Capitaine Émile Coquibus

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Voici le journal de bord du capitaine Emile Coquibus (1874-1915) tenu tout au long de ses campagnes en Guinée et au Haut Sénégal et Niger. Entre 1901-1910, son témoignage et ses photographies constituent une source inédite et traduisent les bouleversements culturels et sensoriels vécus par cet officier de la « Coloniale » : le vertige de la découverte d'un continent et de ses peuples, l'âpre réalité des missions de terrain, voire la désillusion, à rebours de l'imaginaire vanté par la propagande métropolitaine. (De nombreuses photographies d'époque).
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
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EAN13 : 9782336391762
Nombre de pages : 350
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CAPITAINE ÉMILE COQUIBUS
Présentation, chronologie et sources de Journaux d’Afrique (1901-1910)
Lucie MoriceauComme pour de nombreux militaires, le départ du capitaine Émile
Coquibus (1874-1915) aux colonies déclenche son goût pour l’écriture et la
photographie, agréments participant à la réalisation d’un journal de bord tenu
tout au long de ses campagnes en Guinée et au Haut-Sénégal et Niger entre
1901 et 1910.
En 1898, les modestes troupes du capitaine Gouraud capturent le dernier CAPITAINE grand chef africain Samory Touré et achèvent la conquête de l’Afrique de
l’Ouest. Toutefois, plusieurs colonnes militaires sont encore engagées
afn de consolider l’emprise territoriale française sur la boucle du feuve ÉMILE COQUIBUS
Niger. Les campagnes d’Émile Coquibus s’inscrivent dans ce contexte de
pacifcation et d’administration de ces contrées fraîchement conquises.
Chargé successivement de commander différents postes et cercles, il devient
Journaux d’Afrique (1901-1910)l’une des chevilles ouvrières du pouvoir colonial mis en place. Rendre la
justice, réaliser des missions de reconnaissances topographiques, développer
l’économie (agriculture et commerce), s’occuper du recensement et prélever
les impôts, conduire le recrutement et la formation des troupes autochtones,
telles sont les nombreuses fonctions dévolues au capitaine Coquibus, à la
charnière entre administrateur et chef de brousse.
Son témoignage et ses photographies constituent une source inédite et
traduisent le séisme des bouleversements culturels et sensoriels vécus par
cet offcier de la « Coloniale » : le vertige de la découverte d’un continent
et de ses peuples, l’âpre réalité des missions de terrain, voire la désillusion,
à rebours de l’imaginaire exotique et civilisateur vanté par la propagande
métropolitaine. Mêlant journal intime, récit d’aventures et critique de
l’appareil administratif civil et militaire colonial, les carnets de voyage du
capitaine Coquibus dressent un portrait haut en couleur de l’Afrique et de ses
ehabitants au début du xx siècle.
Lucie Moriceau est chargée d’études documentaires à l’ECPAD, responsable
de la collecte des archives photographiques et cinématographiques
privées depuis 2008. Titulaire d’un master II en histoire et critique des
earts (Université Rennes II) et du diplôme de 2 cycle de l’École du Louvre,
son travail porte sur l’histoire de la photographie et ses usages sociaux dans
le monde combattant.
Illustration de couverture : Émile Coquibus. D180-9-13g/
ECPAD (collection Coquibus). Négatif au gélatino-bromure
sur verre, 6x6,4 cm.
Montée d’un rapide en pirogue sur le Niger non loin de
Tillabéry, Haut-Sénégal et Niger (Niger), 26 janvier 1909.
ISBN : 978-2-343-07335-4
30 €
Présentation, chronologie et sources de
CAPITAINE ÉMILE COQUIBUS
Lucie Moriceau
Journaux d’Afrique (1901-1910)




CAPITAINE ÉMILE COQUIBUS
Journaux d’Afrique (1901-1910)
Collection « Racines du Présent »


En cette période où le phénomène de la mondialisation
conjugué au développement exponentiel des nouvelles
technologies de l’information et de la communication contracte
l’espace et le temps, les peuples, jadis éloignés, se côtoient,
communiquent et collaborent aujourd’hui plus que jamais. Le
désir de se connaître et de communiquer les pousse à la
découverte mutuelle, à la quête et à l’interrogation de leurs
mémoires, histoires et cultures respectives. Les générations, en
se succédant, veulent s’enraciner pour mieux s’ouvrir dans une
posture proleptique faite de dialogues féconds et exigeants. La
collection « Racines du Présent » propose des études et des
monographies relatives à l’histoire, à la culture et à
l’anthropologie des différents peuples d’hier et d’aujourd’hui
pour contribuer à l’éveil d’une conscience mondiale réellement
en contexte.

Déjà parus

Florent S OHI B LESSON, Le commerce dans la région de Man,
Côte d’Ivoire (1896-1940), 2014.
Luc FOTSING FONDJO et Moustapha FALL (dir.), Traditions
orales postcoloniales, 2014.
Samia EL-MECHAT et Florence RENUCCI (dir.), Les
edécolonisations au XX siècle, 2014.
Will Mael NYAMAT, Français de fait et de droit. Chronique
d’une (ré)intégration réussie, 2013.
Lang Fafa DAMPHA, Afrique subsaharienne. Mémoire,
histoire et réparation, 2013.
Jean-Pierre DUHARD, La soumission des touareg de
l'Ahaggar, 1894-1920, 2013.
MANDA TCHEBWA Antoine, Contexte urbain, L’Afrique en
musiques, Tome 4, 2012.
MANDA TCHEBWA Antoine, Panorama des instruments du
patrimoine africain, L’Afrique en musiques, Tome 3, 2012.
MANDA TCHEBWA Antoine, De l’art griotique à la
polyphonie australe, L’Afrique en musiques, Tome 2, 2012. Présentation, chronologie et sources
de Lucie Moriceau










CAPITAINE ÉMILE COQUIBUS
Journaux d’Afrique (1901-1910)














L’Harmattan / ECPAD





























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© L’Harmattan/ECPAD, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-07335-4
EAN : 9782343073354
Remerciements
Cet ouvrage est dédié à la mémoire des deux filles du capitaine Coquibus,
mesdames Gheysens et Willemetz.
L’ECPAD et Lucie Moriceau tiennent également à adresser leurs plus vifs
remerciements à Frédérique Girard, Emmanuel Gheysens, Dominique
Blanc, Bertrand Gheysens, ainsi qu’à Pascale Desurmont, Jacqueline
Willemetz, Jeanne-Alberte Henry-Biabaud et à l’ensemble des
ayantsdroit Coquibus.
Une pensée pour le général Philippe Augarde qui a très généreusement
partagé ses découvertes dans les archives du service historique de la
défense.
Un hommage au travail de transcription de Michel Simon. Qu’il en soit
ici remercié.
Remerciements enfin à Denis Pryen pour avoir apporté encouragements
et soutien à ce projet.Studio photographique de Rochefort. D180-14-4/ECPAD (collection Coquibus).
Épreuve gélatino-argentique contrecollée sur carton, 4x6 cm.
eLe capitaine Émile Coquibus du 3 régiment d’infanterie coloniale, Rochefort, 1911.SOMMAIRE
**
Préambule ..................................................................................................................................................................................... 11
Introduction................................................................................................................................................................................ 13
Émile Coquibus (1874-1915).......................................................................................................................... 19
Journal, 17 février 1901-9 décembre 1910 ............................................................................... 35
Épilogue ...................................................................................................................................................................................... 307
Repères chronologiques ...................................................................................................................................... 317
Sources.......................................................................................................................................................................................... 321
Bibliographie ....................................................................................................................................................................... 325
Index ................................................................................................................................................................................................. 327« On ne trace jamais avec plus de vérité le tableau d’un pays qu’en rendant compte de la
manière dont on a été affecté chaque jour en le traversant ».
Gaspard Théodore Mollien, Voyage dans la République de Columbia, 1824.
« Sans vouloir parler de quelques cas spéciaux, tels que missions, explorations, etc., le
colonial aura tôt ou tard, soit par agrément, soit par intérêt, besoin de recourir à la photographie.
« Dans la solitude d’un poste perdu, il trouvera dans l’occupation attrayante et intelligente
qu’elle constitue un précieux moyen de lutter contre l’action déprimante du climat sur le moral.
« Par l’envoi d’épreuves, il rendra moins sensibles aux siens la séparation et l’éloignement.
« Et quand, les années s’étant écoulées, il consultera sa collection, que de souvenirs
mélancoliques se presseront en foule à son esprit. Il se reverra, au temps passé, parcourant ces pays
lointains où il aura vécu parfois le meilleur de son existence, où il aura souffert et, par
conséquent, laissé quelque chose de lui-même ».
Edgard Imbert, Maurice Poincet, La photographie en France et dans les pays chauds, 1908.
10PRÉAMBULE
**
Les carnets manuscrits du capitaine Émile Coquibus, rédigés aux colonies de
Haute-Guinée et du Haut-Sénégal et Niger entre 1901 et 1910, sont entrés dans les
collections de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la
Défense (ECPAD) en 2011. Accompagnées de deux milliers de photographies sur
verre, ces archives, généreusement données par la famille, étaient conservées dans leur
état originel à l’intérieur d’une cantine militaire depuis la mort du capitaine Coquibus
erle 1 octobre 1915. Les travaux de transcription des textes et la numérisation récente
des photographies révèlent au public un témoignage inédit ayant valeur de source
pour l’histoire de la présence coloniale française en Afrique de l’Ouest au début du
eXX siècle.
Après l’épopée glorieuse de ses prédécesseurs, les célèbres « bâtisseurs d’Empires »
– les généraux Faidherbe, Gallieni ou Gouraud – Émile Coquibus pose pied en Afrique
sur les brisées de leurs conquêtes, à une époque où l’État colonial n’existe pas encore
réellement et doit être consolidé. Acteur et observateur de la colonisation, il livre son
expérience sans rien en occulter: le choc de la découverte, l’ivresse de l’aventure, le
manque de moyens pour administrer les nouveaux territoires, la désillusion, la violence
des rapports humains entre Blancs dominants et Noirs dominés, et après ces années
passées, les charmes d’un continent et de ses habitants bientôt regrettés.
Reflet de la pensée de l’auteur et de son contexte socio-culturel, ce récit d’un
journal intime peut frapper le lecteur contemporain par son ton paternaliste et parfois
péjoratif à l’endroit des Africains. Toutefois, la dureté des mots est tempérée par la
douceur du regard photographique, dévoilant l’intérêt sensible qu’il porte aux
populations rencontrées. Le manuscrit est ici restitué in extenso, sans coupe, sans correction
1aucune sur les textes et en conservant la graphie des noms en usage à l’époque . Seuls
les jours, les mois et les années ont été systématiquement précisés pour permettre un
meilleur suivi chronologique des déplacements du capitaine Coquibus et ainsi restituer
eune chronique de l’histoire militaire du XX siècle saisie au travers du prisme de
l’intimité.
1 – Les légendes des photographies sont celles du capitaine Coquibus. Les informations restituées sont
présentées entre crochets.
11Anonyme. D180-13-15/ECPAD (collection Coquibus). Négatif au gélatino-bromure d’argent sur verre, 9x12 cm
[Portrait du capitaine Coquibus à Madagascar en avril 1914.]
12INTRODUCTION
**
En 1901, lorsqu’Émile Coquibus pénètre en Guinée française,
l’Afrique n’est déjà plus cet « espace blanc » sur la carte du capitaine
1Marlow . De l’aventure de l’écossais Mungo Park, parti reconnaître le
cours du Niger en 1795, à la fondation de Brazzaville en 1880 par Pierre
Savorgnan de Brazza, les connaissances en matière de géographie
eafricaine se sont constituées par à-coups successifs au XIX siècle, à la
faveur des explorateurs d’abord, des militaires ensuite.
Depuis la prise d’Alger en 1830, la conquête prend progressivement
l’ascendant sur la découverte. Sous l’impulsion du chef de bataillon
Louis Faidherbe, la France agrandit ses possessions du Sénégal
entre 1854 et 1865, amorçant un processus de domination de l’ouest
africain. Les cuisantes défaites de Sedan et de Metz en 1870 face à
l’armée prussienne, conjuguées à la douloureuse perte de l’Alsace et de
la Moselle, donnent cependant un coup d’arrêt à l’expansion de l’Empire
et annoncent le « temps du recueillement » national. Jugé aussi coûteux
pour l’État qu’éprouvant pour l’armée exsangue, le projet colonial divise
alors l’opinion française.
Plusieurs groupes d’influence, réunis sous le vocable de « parti
2colonial », perçoivent pourtant dans l’aventure ultramarine la possibilité
de restaurer la grandeur nationale et l’économie, tout en apportant
connaissance et progrès aux peuples autochtones. Leur action auprès du
gouvernement de la troisième République, portée entre autres par la
personnalité emblématique de Jules Ferry, alliée aux jeux de rivalités
entre grandes puissances européennes, notamment l’Allemagne et
l’Angleterre, concrétise bientôt la reprise des conquêtes, dont celle du
3Soudan à compter de 1880 .
1 – J. Conrad, Au cœur des ténèbres, Paris, 1989, p. 73 : « Or, quand j’étais petit garçon,
j’avais une passion pour les cartes. Je passais des heures à regarder l’Amérique du
Sud, ou l’Afrique, ou l’Australie, et je me perdais dans toute la gloire de l’exploration.
En ce temps-là, il restait beaucoup d’espaces blancs sur la terre et quand j’en voyais
un d’aspect assez prometteur sur la carte (mais ils le sont tous), je mettais le doigt
dessus et je disais, “Quand je serai grand, j’irai là” ».
2 – J. d’Andurain, La capture de Samory, Paris, 2012, p. 15-24.
3 – Les repères chronologiques situés en fin d’ouvrage reprennent les différents jalons
de la conquête du Soudan français.
13Accéléré par la conférence de Berlin de 1884-1885, le partage
territorial de l’Afrique se mue en course aux clochers entre les États
impé1rialistes, cristallisée par l’épisode de la crise de Fachoda en 1898 . Se
référant à la rhétorique de la mission civilisatrice, l’ambition de cette
politique n’en demeure pas moins offensive et dévoile, en France, la
nécessité d’organiser une armée spécialisée et permanente rompue aux
conditions de vie les plus dures. Ce seront les troupes de marine, nommées
2troupes coloniales à compter de 1900 , qui incarneront les fers de lance
de l’Empire, en particulier le long de la boucle du fleuve Niger, où le
groupe des stratèges soudanais (Gallieni, Borgnis-Desbordes, Archinard
et Gouraud) ont mis au point un nouvel art de la guerre – la tactique
3de la colonne , pour maîtriser le cœur de la future Afrique occidentale
4française. Créée le 16 juin 1895, l’AOF répond à la nécessité de
coordonner sous une autorité unique la pénétration française à l’intérieur du
continent africain. Le gouverneur général réside à Dakar ; des
gouverneurs locaux sont à la tête de chaque territoire, subdivisés en cercles,
cantons et villages. Si la période de conquête de l’Afrique de l’Ouest
s’achève avec la fin des grands Empires musulmans et la capture en
51898 de l’almamy Samory Touré, redoutable chef de guerre malinké
surnommé le « Napoléon des savanes », plusieurs colonnes sont encore
1 – Fachoda, du nom de l’ancien poste égyptien (aujourd’hui Kodok, dans le Soudan
du Sud), désigne l’incident diplomatique du 19 septembre 1898 qui mit face à face la
mission française du capitaine Marchand, dont l’objectif était de devancer la présence
de l’Angleterre sur le Haut-Nil, et l’expédition anglo-égyptienne commandée par Lord
Kitchener. Face aux exigences britanniques et afin d’éviter un casus belli entre les
deux puissances, le gouvernement français s’inclina : le capitaine Marchand reçut
l’ordre d’évacuer les lieux au mois de novembre 1898. Le 21 mars 1899, un accord
colonial consacrait la perte, au profit de l’Angleterre, de la totalité du bassin du Nil.
2 – En 1894, le ministère des colonies est séparé de celui de la marine. Se pose alors
la question de l’administration des troupes de marine, qui ne servent pratiquement plus
qu’aux colonies. Elles sont finalement rattachées au département de la guerre par la
loi du 7 juillet 1900 et prennent le nom de troupes coloniales.
3 – J. d’Andurain, « La “petite guerre” africaine, entre conquête, contre-guérilla
et contre-insurrection (1880-1900) », dans Revue historique des armées, n° 268,
e3 trimestre 2012, p. 23-31.
4 – L’Afrique occidentale française est une fédération qui regroupa de 1895 à 1958 le
Sénégal, la Mauritanie, le Soudan (ancien Haut-Sénégal-Niger), la Haute-Volta, le
Niger, la Guinée française, la Côte-d’Ivoire et le Dahomey pour une superficie
repré2sentant 4 425 000 km . La capitale politique et administrative en était Dakar.
5 – Halmany ou Almamy, terme correspondant à la contraction de « Amir al mumeinin »
ou de « Al Imam », commandeur des croyants, titre religieux que Samory a pris en
1884.
14engagées pour pacifier et consolider le territoire. Les campagnes d’Émile
Coquibus s’inscrivent dans ce contexte d’une emprise française encore
1fragile sur le sol africain . Il s’agit dès lors, pour cet officier
franccomtois, de faire face à une situation de fait très différente de l’idée que
la métropole se fait d’un État colonial, caractérisé par une sous-occupation
militaire en terme d’effectifs et de moyens, et de sous-administration
des nouvelles contrées colonisées. Les états de services du capitaine
Coquibus traduisent cette ambiance encore martiale, en précisant
2« période de guerre » pour sa seconde campagne en Guinée . Le
« régime du sabre » n’appartient pas encore au passé.
Si la « Coloniale » a ses héros, son épopée repose néanmoins sur une
poignée d’hommes pour lesquels le choix de cette affectation, souvent
délaissée par les cadres issus de Saint-Cyr, demeure singulier. Les
vocations sont disparates et les conditions dans lesquelles se déroulent
les campagnes, souvent difficiles.
Émile Coquibus. D180-7-13g/ECPAD (collection Coquibus).
Négatif au gélatino-bromure d’argent sur verre, 6x6,4 cm.
[Un homme tenant un iguane par une cordelette,
Bourem, Haut-Sénégal et Niger (Mali), ca 1907.]
1 – M. Michel, « Panorama politique de l’Afrique noire française, vers 1900 », dans
erRevue historique des Armées, n° 218, 1 trimestre 2000, p. 6: « Au Soudan français,
les Touaregs échappent toujours à l’autorité française et toute la boucle nord du Niger
constitue également un “territoire militaire”… les régions voltaïques du sud-ouest
également… La Côte-d’Ivoire est à peu près entièrement terra incognita. […] il faudra
attendre les années 1908-1915 pour achever la “pacification” de l’intérieur par des
opérations qui s’inspireront de la “tache d’huile” de Gallieni mais revêtiront un aspect
beaucoup plus brutal de réduction à l’obéissance ».
e er2 – SHD, GR 4y 1341 : état des services du capitaine Émile Coquibus, du 1 janvier
1902 au 31 décembre 1904: « Haute-Guinée (guerre), 36 mois ».
15Le climat, l’éloignement et la solitude participent à un désenchantement
1qui conduit fréquemment à la dépression . L’aventure coloniale ne
serait-elle donc qu’une illusion rêvée en terre de France ? Pour apprivoiser
la dureté du métier, voire remédier à la mélancolie, nombreux sont les
soldats qui se consacrent à l’écriture, la lecture ou la photographie.
Les archives d’Émile Coquibus réunissent, à cet égard, ces trois
agréments. Bercé par les récits des explorateurs, versé dans les ouvrages
de géographie et la presse coloniale tel le Bulletin du comité de l’Afrique
2française , Émile Coquibus arrive en Afrique avec un imaginaire nourri
de lectures et imprégné de l’iconographie des périodiques de son époque
(l’Illustration, le Tour du monde, le Petit Journal, etc.).
De fait, dans le contexte colonial européen, la photographie devient
le témoin privilégié de la rencontre avec les peuples autochtones tout en
servant les desseins des idéologies raciales en plein essor, grâce à son
aptitude à enregistrer l’altérité. Des officiers supérieurs, tels Gallieni et
Lyautey, sauront à cet effet parfaitement exploiter le médium, d’une part
en orchestrant la couverture médiatique de leurs succès militaires,
d’autre part en l’instrumentalisant politiquement pour identifier et définir
3les types anthropologiques en outre-mer . Ainsi la photographie
participe-t-elle pleinement à l’inventaire des richesses de l’Empire
(diversité des peuples et de leurs aspects culturels, la faune, la flore, les
ressources géologiques, fluviales ou maritimes, etc.) tout en illustrant
l’action civilisatrice de la France (construction des infrastructures,
éducation, santé, etc.) à laquelle l’armée contribue, et constitue-t-elle
bientôt, dans ses déclinaisons imprimées (affiches, cartes postales et
4journaux), un vecteur iconographique de la propagande coloniale .
1 – É. Deroo, La vie militaire aux colonies, Paris, 2010, p. 9: « Les superbes affiches
de recrutement pour les troupes coloniales soulignent davantage la pénurie d’engagés
qu’elles ne vantent la grandeur impériale ».
2 – J. d’Andurain, « Le Bulletin du comité de l’Afrique française », dans Dictionnaire
des orientalistes de langue française, Paris, Karthala, 2008. Le BCAF est créé en 1890
et donne sa première livraison en janvier 1891. Émanation du Journal des débats, il
s’emploie à créer un « excellent instrument de propagande et de vulgarisation qui vise
à établir un lien entre tous les Français qui s’intéressent aux entreprises africaines ».
Le BCAF vit difficilement sur fonds de souscription jusqu’en 1908. Après un
changement de formule en 1909, il revient à sa forme initiale et paraît jusqu’en 1939.
3 – G. Boëtsch, É. Savarese, « Photographie anthropologique et politique des races,
sur les usages de la photographie à Madagascar (1896-1905) », dans Journal des
eranthropologues, n° 80-81, 1 semestre 2000, p. 247-258.
4 – N. Bancel, P. Blanchard, L. Gervereau, Images et colonies, Paris, 1993.
16Arrivé à Dakar le 17 février 1901, Émile Coquibus découvre bientôt
une autre Afrique, un pays pluriel et sensoriel auquel il se heurte tout
d’abord (« Quel pays que ce Soudan ? […] Quelle sera un jour la richesse
1de ce pays que j’avais cru réelle d’après les lectures ? »), avant d’être
progressivement conquis. Très vite, il écrit, il décrit, il photographie,
offrant un prolongement visuel à ses journaux de bord tenus de façon
quasi-ininterrompue de 1901 à 1910 et sur plus de deux mille cinq cents
kilomètres parcourus. À rebours des récits héroïques, les manuscrits et
les images d’Émile Coquibus sont l’expression d’une pensée réflexive,
le support affectif d’impressions de voyage, au travers desquels l’officier
interroge les objectifs intrinsèques de sa mission.
Dans l’intimité de l’écriture, le capitaine Coquibus se livre tout entier,
sans taire ses désordres intérieurs, qu’ils soient de nature physiologique
ou existentielle, et exprime librement ses jugements. Condescendant de
prime abord au sujet des Africains, il mesure bientôt leurs qualités et
dévoile progressivement l’attachement qu’il leur porte. Son style,
exempt d’affèterie littéraire et plutôt vivant, est souvent humoristique,
voire truculent. Si Émile Coquibus est bien dans l’esprit de son temps –
tantôt nostalgique de la grandeur de l’armée en convoquant le souvenir
2napoléonien, tantôt revanchard s’agissant de Sedan – il fait souvent
montre d’un solide esprit critique envers le gouvernement, l’institution
militaire et ses frères d’armes, soulignant l’écart entre la propagande
métropolitaine et la réalité d’une expérience vécue sur le terrain.
Modeste acteur de l’histoire, son témoignage d’honnête officier
conscient de son devoir constitue aujourd’hui une source supplémentaire
pour appréhender le fait colonial et ses représentations au travers de ce
3que fut le paradoxe de la République .
1 – ECPAD, D180 fonds Coquibus : journal, 2 avril 1901.
2 – Son journal est ponctué de références à des dates anniversaires de défaites et de
victoires françaises : 2 septembre 1901 (Sedan), dimanche 5 mai 1901 (mort de
Napoléon), 2 décembre 1901 (Austerlitz), 2 décembre 1904 (couronnement de
Napoléon), 5 novembre 1910 (Inkerman), etc.
3 – G. Manceron, Marianne et les colonies, Paris, La Découverte, p. 18-19 : « Ce
“paradoxe républicain” s’emboîte lui-même à l’intérieur d’un plus vaste paradoxe,
européen et occidental. Il s’inscrit dans un contexte plus général, où, pendant quelque
cinq siècles, le rapport de l’ensemble de l’Europe avec les autres mondes, marqué par
l’esclavage et les colonisations, a été souvent contraire aux principes d’humanisme
que cette même Europe a produits ».
17Campagnes du lieutenant Coquibus en Haute-Guinée (1901-1905)
Campagnes du capitaine Coquibus dans le Haut-Sénégal et Niger (1907-1911)
Carte extraite de P. Duchesne-Fournet, L’Afrique occidentale française, Paris, 1909.
18ÉMILE COQUIBUS
(1874-1915)
Émile Coquibus. D180-11-3g/ECPAD (collection Coquibus). Négatif au gélatino-bromure d’argent sur verre, 6x6,4 cm.
Cour de ferme à Malans [parents d’Émile Coquibus], Franche-Comté, ca 1911.
Itinéraire d’un franc-comtois en Afrique
Né le 13 janvier 1874 à Malans, dans le canton de Pesmes en
HauteSaône (Franche-Comté), Émile-Marie Coquibus, fils d’un modeste
couple de vignerons, délaisse la terre pour la voie des armes.
Engagé volontaire le 18 janvier 1892 à Auxonne (Côte-d’Or) pour
eune période de quatre ans au sein du 131 régiment d’infanterie, il intègre
en 1897 l’École militaire d’infanterie de Saint-Maixent en qualité d’élève
erofficier. Nommé au grade de sous-lieutenant le 1 avril 1898, il est en
egarnison à Paris entre 1899 et 1900, au sein du 130 régiment d’infanterie
où il semble effectuer, d’après son journal, plusieurs gardes au Sénat.
19Bientôt, la routine de la vie métropolitaine s’achève pour le jeune
eofficier : au tournant du siècle, il est incorporé au 3 régiment d’infanterie
de marine et rejoint le Soudan français (Haute-Guinée), dans une région
de hautes plaines situées dans le bassin du Haut-Niger.
Est-ce l’envie d’une aventure bien au-delà de la ligne bleue des
Vosges qui motive Émile Coquibus à s’engager dans les troupes
coloniales ? La promesse d’une carrière militaire moins monotone dans
1une affectation où l’avancement se gagne aux faits d’armes ? Une page
qui se tourne sur une déception sentimentale, comme pourrait le laisser
penser les références dans son journal à la mystérieuse M. N., laissée au
2pays et bientôt mariée ?
Le choix d’une carrière outre-mer pour un homme célibataire et
encore jeune résulte sans doute d’un savant mélange de ces différents
facteurs.
Le 5 février 1901, après avoir rassuré ses parents et soigneusement
préparé ses affaires, Émile Coquibus quitte Rochefort pour Bordeaux
d’où il embarque à destination de Dakar, premier contact avec la terre
africaine, avant de rejoindre le poste de Beyla, dans la partie forestière
de la Guinée française, pour lequel il est nommé adjoint au capitaine
Morin, commandant du cercle. Après un trajet effectué en train de Dakar
à Saint-Louis-du-Sénégal, le lieutenant poursuit un itinéraire ponctué de
nombreuses étapes, fluviales et terrestres, qui le mèneront de Kayes à
Bamako au Soudan (actuel Mali). Si les premiers paysages traversés ne
sont pas à la hauteur de l’imaginaire soudanais qu’il s’était forgé, la suite
du voyage, en particulier la découverte des rives du fleuve Niger, lui
réserve bien des enchantements. C’est d’ailleurs au gré de cette croisière
qu’il évoque pour la première fois la photographie. Arrivé à Kankan, en
Haute-Guinée, le 24 avril, il reprend la route à pied ou à cheval, suivant
l’état des pistes, pour arriver finalement à Beyla le 5 mai, au terme d’une
expédition de presque trois mois.
1 – É. Deroo, op. cit., p. 8 : « En métropole, l’avancement des officiers est extrêmement
lent, près de huit à douze ans entre chaque grade. Aux colonies, on verra des officiers
particulièrement entreprenants promus tous les trois à quatre ans ».
2 – ECPAD, D180 fonds Coquibus : journal, 7 et 28 avril 1901.
20Du printemps 1901 jusqu’à l’hiver 1903, le lieutenant Coquibus
demeure en Haute-Guinée, au gré d’un quotidien qui laisse peu de place
1à l’ennui. En qualité d’adjoint au commandant du cercle , il réalise des
missions de reconnaissance topographique pour la cartographie des
territoires administrés, ses voies de communication et ses étapes pour
le ravitaillement. Il encourage le développement de l’économie locale
(agriculture en particulier), s’occupe du recensement des populations et
participe à la formation militaire des autochtones, destinés à être
gardescercles ou tirailleurs.
La variété de ces activités le mène à la rencontre du peuple africain
de Guinée et de ses diverses composantes ethniques (Bambaras,
Guerzés, Malinkés, Peuls) qui ne laissent pas de le surprendre par leurs
croyances. Comment ne pas imaginer le choc culturel qu’il vit, à des
milliers de kilomètres de sa Franche-Comté natale et de son milieu
social? À cet égard, bien qu’Émile Coquibus soit influencé par
l’idéo2logie coloniale de son temps – celle de la conviction de la suprématie
occidentale qui apporte la civilisation aux « indigènes » – il n’en demeure
pas moins intéressé par leurs mœurs auxquels il consacrera plusieurs
centaines de pages de ses cahiers et de nombreuses photographies. Ses
observations, collectées dans le cadre du renseignement militaire,
politique et statistique, ont certainement nourri le contenu de nombreux
3rapports. L’un d’entre eux, conservé dans les archives de l’AOF au
service historique de la défense et ayant trait au recrutement des
tirailleurs, dévoile sa connaissance intime des sociétés africaines qu’il
côtoie.
1 – J. Frémeaux, L’Afrique à l’ombre des épées, Paris, t. II, 1995, p. 51 : « Le
responsable territorial en Afrique du Nord comme en Afrique noire est un “commandant
supérieur”, un “commandant de cercle” […] chargé avant tout de “tenir en main” ceux
qu’on devrait appeler ses gens plutôt que ses administrés. La première mission de
l’armée, après la conquête, est de faire reconnaître son pouvoir ».
2 – La conquête de l’opinion à cet égard s’est organisée grâce à la pédagogie, voir
N. Bancel, P. Blanchard, L. Gervereau, op. cit., p. 38-39: « Les livres de géographie,
eux, détaillent les “races d’hommes” à l’instar du célèbre Tour de France par deux
enfants de G. Bruno (1877, tirage de 550000 exemplaires par an entre 1880 et 1910)
ou du dictionnaire Larousse. Des alphabets font correspondre “n” et “nègre” ».
H3 – SHD, GR 5 1 : archives de l’Afrique occidentale française, sous-dossier « Mission
Mangin », « Réponse du capitaine Coquibus commandant le cercle de Dori ayant trait
erau recrutement de tirailleurs, 1 août 1910 ». Voir également V. Caniart, « La
soussérie 5H : les archives de l’Afrique occidentale française », dans Revue historique des
erarmées, n° 250, 1 trimestre 2008, p. 129-131.
21Toutefois, son intérêt pour « ses administrés » semble dépasser la
simple commande du bureau du gouverneur de la colonie et se manifeste
en abondance dans ses écrits privés, leur conférant une dimension
ethnographique. Malgré leurs charges administratives, les missions du
lieutenant Coquibus sont aussi ponctuées d’opérations militaires. Si la
capture de Samory en 1898 signait l’achèvement de la conquête de
l’Afrique de l’Ouest, plusieurs tribus rétives à la domination française
donnent encore maille à partir aux casques blancs. La tournure parfois
martiale des événements ne semble pas lui inspirer de crainte, il exprime
même, dans son journal, son regret de ne pas être plus associé aux
expéditions.
Au terme des trois années passées en Haute-Guinée et en dépit de
l’éloignement, de la solitude, du climat et des fièvres, le lieutenant
1Coquibus ne semble pas sujet à la « soudanite » et souhaite même
prolonger son séjour. Le 10 décembre 1903, il apprend pourtant son
départ prochain par le courrier de France. Onze mois plus tard, Émile
Coquibus est remplacé et emprunte la route du retour. Le quotidien
d’Émile Coquibus en métropole entre 1906 et 1907 n’a pas fait l’objet
ed’un journal et, de ce fait, est moins connu. Affecté au 6 régiment
d’infanterie coloniale, il est envoyé en garnison à Brest dans le quartier
de Pontanézen. Plusieurs photographies témoignent de ce séjour breton.
eLe 24 mai 1907, toujours célibataire et incorporé au 4 régiment de
tirailleurs, il rembarque pour l’Afrique à destination de la colonie du
Haut-Sénégal et Niger afin de prendre le commandement du poste de
Bourem (actuel Mali), situé sur la boucle du Niger. Parmi ses missions,
il doit mettre à jour les données cartographiques, recenser les points
d’eau utilisables (puits et mares) tout en s’assurant de la sécurité des
routes commerciales qui relient le Soudan à l’Algérie, encore soumises
2à l’indocilité de certaines tribus nomades . La collecte de l’impôt et du
renseignement fait l’objet de nombreux palabres avec les différents chefs
autochtones.
1 – J. Frémeaux, op. cit., p. 99: « […] un certain nombre d’officiers succombent à la
dépression. Les officiers coloniaux ont inventé le terme de “soudanite” pour qualifier
les crises auxquelles peu d’entre eux peuvent se vanter d’échapper ».
2 – La reconnaissance de l’autorité française par les Touaregs fut conclue le 21 janvier
1904 par un traité entre l’amenokâl Moussa ag Amastâne (1867-1920), chef des
Touaregs Kel Ahaggar, et le capitaine Métois à In Salah. Pour autant, après cette date,
certaines tribus pratiquent encore le rezzou, des attaques-surprises pour piller les
caravanes ou les campements.
22Émile Coquibus. D180-6-1g/ECPAD (collection Coquibus). Négatif au gélatino-bromure d’argent sur verre, 6x6,4 cm.
[En manœuvres à Brest, Finistère, ca 1906-1907.]
Cette nouvelle affectation le mène au contact des peuples de l’aire
sahélienne (Bellahs, Songhaïs), en particulier les Touaregs dont il
partage le quotidien spartiate et itinérant, notamment au cours des
tournées topographiques qu’il effectue, comme celle menée en avril-mai
1908 afin de reconnaître les puits situés dans le nord-est du cercle de
Bourem vers le territoire désertique de l’Azawad ou encore celle réalisée
1entre novembre et décembre 1908 pour effectuer le levé de la région
comprise dans le secteur nord-est du cercle entre le Niger, l’Andiourou
et les limites supposées nord et est du cercle de Tillabéry.
2En juin 1909, Émile Coquibus rencontre le célèbre Laperrine , le
commandant supérieur du territoire des Oasis.
1 – ECPAD, D180 fonds Coquibus : ordre de route de tournée n° 286 du cercle de
Tillabéry, 4 nov. 1908.
2 – Le général François-Henri Laperrine d’Hautepoul (1860-1920) est le grand
protagoniste militaire de la conquête et de la pacification du Sahara. Proche ami du père
blanc Charles de Foucauld (1858-1916), il fut le créateur des compagnies méharistes
(1902) et un fin connaisseur du peuple touareg.
23Après avoir successivement occupé les fonctions de chef de poste
à Bourem et à Tillabéry (1907-1908), le 25 octobre 1909, date de
l’obtention de son grade de capitaine, il reçoit le commandement du
cercle de Dori, situé dans le secteur nord-est de l’actuel Burkina-Faso.
Comme dans ses emplois précédents, le capitaine Coquibus est chargé
d’administrer le territoire qui lui est échu, autrement dit de recenser les
1populations, maintenir l’ordre, lever les impôts et rendre la justice . Sa
fonction de chef du tribunal lui fait ainsi découvrir tous les arcanes du
droit coutumier des ethnies sous sa juridiction et leurs coutumes – en
2particulier les Songhaïs, qu’il consignera dans un cahier .
Émile Coquibus. D180-7-54g/ECPAD (collection Coquibus).
Négatif au gélatino-bromure d’argent sur verre, 6x6,4 cm.
[Femme africaine et ses enfants, Haut-Sénégal et Niger (Mali), 1907.]
1 – J. Frémeaux, op. cit., p. 57 : « Rendre la justice et lever les impôts signifient plus,
dans cette première phase, la volonté d’affirmer l’autorité française que celle
d’intervenir profondément dans l’existence des populations indigènes. Si l’officier tient
tribunal, ce tribunal a des compétences très spéciales. Il s’agit essentiellement d’un
arbitrage, non obligatoire, souvent réclamé par les indigènes eux-mêmes […]. Ce
“tribunal” a l’intérêt aussi de constituer un excellent moyen de connaissance du pays
et en particulier d’aider au contrôle des chefs indigènes ».
2 – Ce cahier, très dense, n’a pas fait l’objet d’une transcription à ce jour. Voir ECPAD,
D180 fonds Coquibus: Notes manuscrites relatives aux principes coutumiers des
Courtèyes, Onogobis, Songhaïs (Cadots), 97 p. Dans ses écrits, Émile Coquibus relate
le système des alliances, les rituels des fiançailles et du mariage, la filiation, les
successions de même que les cérémonies entourant les décès et le deuil.
24Si le métier semble toujours autant exercer son attrait, il n’en demeure
pas moins critique vis-à-vis de certains comportements déviants ou
abusifs de ses confrères auprès des populations autochtones, qui le
scandalisent et jettent l’opprobre sur la réputation de l’armée française
1au Soudan . Au terme d’une expérience de presque dix années passées
en Afrique, Émile Coquibus s’est peu à peu laissé gagner par le pays et
ses habitants, développant une sincère empathie à leur endroit. Le regard
qu’il pose sur sa mission a mûri: il est devenu à la fois moins subjectif
et plus distancié quant à l’« œuvre coloniale », qu’il n’est pas loin de
considérer comme une chimère: « Ah! République, à qui prodigues-tu
tes faveurs ? Tous ces grands hommes ne voient qu’avec des télescopes.
La terre les occupe moins que les astres où ils croient planer […]. Je me
contenterai de leur dire que nous n’avions rien créé au Soudan et que
notre présence avait seulement donné de l’importance aux marchés déjà
2existants. Les marchés se sont développés à cause de la paix ».
En novembre 1910, le capitaine Coquibus s’apprête à rentrer en
France bien que, à le lire, le retour en métropole ne soit à nouveau
qu’une étape pour une suite de carrière qu’il espère mener en outre-mer.
De retour en Franche-Comté au début de l’année 1911, il épouse
quelques mois plus tard, à Bard-les-Pesmes, Étiennette Gras, « Célina »,
le 13 novembre 1911. Émile Coquibus est alors âgé de 37 ans et de leur
union naîtront deux filles. Le statut marital ne met pas fin à ses ambitions
de vie aux colonies: il embarque à la fin de 1912 pour Madagascar au
esein du 3 régiment de tirailleurs malgaches, accompagné de son épouse.
Il y poursuit la photographie en amateur et fixe sur le verre la variété et
la beauté des paysages de la « Grande Île ».
Au cours de son séjour malgache, la rédaction de son journal devient
très épisodique. Sans doute en éprouve-t-il moins le besoin à présent
qu’il goûte aux joies de la vie de famille. Ce bonheur sera
malheureusement trop éphémère pour le capitaine Coquibus qui ne pouvait se douter,
en écrivant ces lignes en Afrique: « Malgré cela, on n’a toujours pas
1 – Si l’aventure coloniale captive une partie de l’opinion publique en France, la
métropole découvre en 1900 les abus cruels commis par certains militaires en Afrique.
Notamment les exactions de la colonne infernale menée par les officiers Voulet et
Chanoine, partis à la conquête du Tchad en 1899, pillant et massacrant tout sur leur
passage et assassinant le colonel Klobb venu les rappeler à leur devoir.
2 – ECPAD, D180 fonds Coquibus : journal, 24 mai 1908.
25repris l’Alsace et la Lorraine ! Personne ne s’en est trop soucié. S’en
1occupera-t-on un jour ? », qu’il allait bientôt connaître le désastre de la
erGrande Guerre en disparaissant brutalement au front le 1 octobre 1915.
La rencontre en terre africaine,
le déclic photographique d’Émile Coquibus
Entre enregistrement du souvenir et photoreportage sur les conditions
de vie outre-mer, la production photographique d’Émile Coquibus
s’inscrit dans une pratique amateur du médium largement répandue chez
eles officiers depuis le dernier tiers du XIX siècle. Elle constitue, en
images, le parfait pendant de ses journaux de bord.
Émile Coquibus. D180-2-19/ECPAD (collection Coquibus). Négatif au gélatino-bromure d’argent sur verre, 4,5x11 cm.
Le repas des boys, Haute-Guinée, juillet 1902.
2Née officiellement en 1839 , la photographie rencontre un succès
immédiat et devient un auxiliaire plébiscité par plusieurs générations
d’aventuriers (diplomates, militaires, religieux, scientifiques, etc.) qui,
dans le contexte de l’expansion coloniale française, voient se dessiner
1 – ECPAD, D180 fonds Coquibus : journal, 14 déc. 1909.
2 – Q. Bajac, La photographie, du daguerréotype au numérique, Paris, 2010, p. 11.
261devant elles de nouvelles contrées à explorer, à évangéliser, à conquérir .
Formidable outil d’enregistrement du réel, parfait corollaire de la
2cartographie et du renseignement , la photographie ne pouvait que
séduire le ministère de la guerre. Pour autant, malgré ses domaines
d’applications multiples au sein de l’armée, l’utilisation de la
photogra3phie demeure diffuse et cloisonnée jusqu’au printemps 1915 , date de
création de l’officielle section photographique de l’armée. Avant cette
date et malgré l’existence d’ateliers photographiques, d’abord au dépôt
de la guerre en 1859 puis au sein du ministère de la marine en 1863,
l’emploi de la photographie, chez les militaires, repose donc
essentiellement sur des volontés individuelles.
Jusqu’alors réservé aux officiers et aux classes aisées tant en raison
de leur formation technique que de la cherté du matériel, le procédé
s’ouvre progressivement aux autres catégories sociales. Au tournant des
années 1880, une étape importante est franchie dans les progrès du
médium qui gagne en commodité. Passant d’un processus artisanal
4« humide » à une technique fabriquée industriellement et « sèche », via,
entre autres, l’ouverture de l’usine des frères Lumières à Lyon et la
miniaturisation des appareils, la photographie, devenue instantanée, se
démocratise. Pour nombre de militaires et a fortiori en outre-mer,
promesse d’exotisme enchanteur, plus une campagne ne semble pouvoir
échapper à leur objectif. Quid de cette production photographique
1 – De nombreux livres et catalogues d’expositions richement illustrés rendent compte
de ce formidable essor de la photographie et de ses usages dans « l’inventaire du
emonde » en images au XIX siècle. Une sélection est proposée en fin d’ouvrage dans la
bibliographie.
2 – Voir à cet égard l’exemple du capitaine Albert d’Amade (1856-1941), attaché
militaire en Chine entre 1887 et 1891, dont les archives photographiques sont conservées
à l’ECPAD (fonds D137) et présenté par J.-F. Brun et L. Moriceau dans Au cœur de la
Chine impériale, Paris, 2011.
3 – Sur les prémices de la photographie militaire, cf. M. Meyer-Pajou, « L’entrée de
ela photographie au ministère de la guerre au XIX siècle et les différentes utilisations
de cette nouvelle technique par les militaires jusqu’en 1900 », dans Images de guerre,
guerre des images, paix en images, Perpignan, 2012, p. 184-214.
4 – Q. Bajac, op. cit., p. 128. Le gélatino-bromure d’argent (1871), procédé tout à la
fois sec (pouvant être préparé longtemps à l’avance et de manière industrielle) et très
rapide (permettant de réaliser des images en près d’un centième de seconde), détrône,
à partir des années 1880, la domination d’un quart de siècle de la technique du
collodion, délicate à mettre en œuvre en dehors de l’atelier pour le collodion humide,
ou moins sensible et donc plus « lente » pour le collodion sec.
27amateur, à la charnière entre activité officielle et loisirs? À l’exception
des épreuves offertes aux institutions (ministère de la guerre) ou aux
sociétés de géographie, une large partie de ces témoignages conserve un
caractère privé et n’a pas vocation à être diffusée en dehors du cercle
familial.
Les photographies du capitaine Coquibus, produites au cours de ses
campagnes militaires en Afrique et à Madagascar entre 1901 et 1914,
constituent à ce titre un témoignage exemplaire sur les usages sociaux
du médium. Le fonds Coquibus, très peu remanié, se présente dans un
état de conservation très proche de celui d’origine, à l’image de
l’organisation élaborée par le photographe.
Uniquement constituées de négatifs et de positifs au gélatino-bromure
d’argent sur plaques de verre, dont la majorité est stéréoscopique, les
photographies étaient toutes conditionnées dans leur emballage en carton
originel, agrémenté d’étiquettes sur lesquelles étaient inscrits avec une
1précision toute documentaire la date, le lieu et le sujet . À ceci s’ajoutent
les journaux de bord, dans lesquels est détaillé le contexte de la prise
de vues, parfois l’état de santé de l’opérateur voire l’horaire, le tout
complété par l’un des appareils photographiques ainsi qu’un corpus de
trois cent six magazines consacrés à la photographie amateur (Photo
2Pêle-Mêle, Photo-Index et Photo-Magazine ) qu’Émile Coquibus devait
recevoir en Afrique par le courrier de France ou consulter à l’occasion
de ses retours en métropole.
À la lumière de ses archives, le capitaine Coquibus apparaît donc
comme un opérateur cultivé, éclairé, qui cherche à accroître ses
connaissances techniques grâce à la presse spécialisée. Quelle est sa pratique?
Son journal introduit la photographie tout d’abord par son absence. Il
n’avait pas prévu, à son départ, d’emporter un appareil. Or, le spectacle
de la découverte de l’Afrique convoque chez lui une envie de
photographier, de saisir en images ses impressions de voyage: l’acte
photographique s’impose très vite comme une exigence. Ainsi, déclare-t-il le
1 – La rigueur de l’opérateur souffre quelques exceptions. Les dates des photographies
correspondent à celles du journal mais ce n’est pas systématique, certaines boîtes ne
comportant pas de dates ni de légendes. De même, toutes les séances de prises de vues
ne sont pas forcément décrites par le capitaine Coquibus. Enfin, il y a des interruptions
chronologiques dans le journal et ces lacunes sont parfois couvertes en photographies.
En conséquence, le choix des illustrations suit une logique tantôt chronologique, tantôt
thématique.
2 – Voir la rubrique des sources à la fin de cet ouvrage.
2821 avril 1901: « On s’arrête le soir à Niafadié à l’endroit même et au
moment où toutes les femmes et les enfants se baignent. Ah! Que
1n’ai-je un vérascope » ou encore, le 17 avril, « Je prends des leçons de
photographie près de Dor [médecin rencontré au poste de Siguiri] et je
suis tout décidé à faire venir un vérascope malgré le prix de 210 [frs] ».
Le 26 avril 1901, sa décision s’affermit: « Je prends ce jour-là tous les
renseignements concernant le vérascope que je veux acheter ».
ECPAD, D180 : fonds Coquibus
Facture du 13 sept. 1915, studio Photo-Plait, Paris.
1 – ECPAD, D180 fonds Coquibus : journal, 21 avr. 1901.
29Toutefois, la réalisation de ce projet, si chèrement désiré, ne fait
l’objet d’aucune ligne dans son journal. Rétrospectivement, grâce à la
description d’une première séance de photographie dont les essais ont
été jugés piteux, on peut estimer qu’Émile Coquibus reçoit son
vérascope entre juillet et août 1901, ce qui paraît plausible si l’on se
réfère à une éventuelle date de commande passée au mois de mai et au
délai d’acheminement du courrier qui peut parfois excéder deux mois.
De fait, alors que le photographe relate régulièrement ses clichés dans
son journal, il se montre extrêmement lapidaire sur sa cuisine
photographique. À quelle fréquence commande-t-il ses plaques? Comment
procède-t-il pour le développement : en laboratoire de fortune, aménagé
au sein des postes africains ou, au contraire, a-t-il confié ce travail à un
studio-photo français à l’occasion de ses retours?
Ces informations sont très rares dans son journal, hormis quelques
exceptions liées aux ratés et aux difficultés de rechargement de l’appareil
qui nécessite le noir complet. Un élément ressort néanmoins dans
l’analyse de l’inventaire de ce fonds. En un peu plus d’une décennie,
Émile Coquibus n’a produit que mille six cents vues, ce qui, en référence
au retranchement opéré dans la redondance des sujets entre négatifs et
positifs, réduit le corpus à environ cinq cents séances de prise de vues
réparties. Ce rapide examen démontre une économie du procédé chez
l’officier, dont les périodes de latence chronologique en photographie
coïncident parfois avec celles de ses journaux manuscrits.
Cette relative parcimonie s’explique certainement tant en raison
de la difficulté d’approvisionnement en fournitures dans les localités
reculées géographiquement que par le quotidien accaparant et sédentaire
de l’administration des postes qui lui sont confiés, à l’instar de ceux de
Bourem et de Dori au Niger.
Équipé au départ d’un vérascope se chargeant avec des plaques
de verre stéréoscopiques au gélatino-bromure d’argent de format
4,5 x 11 cm, Émile Coquibus fait l’acquisition d’un autre modèle
d’appareil, un Stéréocle Bazin & Leroy, pour son second séjour au Soudan.
1Utilisant un format de plaques 6x13 cm (toujours en stéréoscopie ), il
1 – Afin de rendre plus lisibles les photographies qui accusent cent ans d’existence,
seules l’une des deux vues est reproduite dans l’ouvrage.
301semble, à la lecture de ses notes , que son choix se portait plutôt à
l’origine sur une chambre Folding 13x18 cm. La sélection de ces formats
d’appareils dévoile chez l’officier un souci d’employer le matériel ad
hoc afin de se livrer à une étude plus approfondie du médium. De fait,
le capitaine Coquibus paraît faire siens les propos du guide relatif à la
2photographie aux colonies du lieutenant Edgard Imbert :
Si la photographie ne fait pas partie des connaissances
militaires proprement dites, elle constitue tout au moins un art
des plus utiles […] c’est en effet le complément naturel de la
topographie soit qu’il s’agisse de fixer rapidement la physionomie
de certains sites ou points importants d’une région, ou qu’il
s’agisse de reproduire à des échelles variées, et à un grand
nombre d’exemplaires, des documents cartographiques. Ainsi
envisagée, la photographie mérite de retenir l’attention des jeunes
officiers des troupes coloniales à qui elle ne doit pas apparaître
comme un art étranger à leur état mais plutôt comme une
connaissance complémentaire susceptible de leur rendre de réels
services aux colonies, outre l’agrément qu’elle leur procurera par
surcroît dans les postes isolés où il est si important de savoir
travailler utilement, tout en se donnant de saines distractions.
Comme nombre de ses confrères militaires photographes, la production
d’Émile Coquibus s’apparente à la photographie de voyage ou
d’exploration et au reportage documentaire de la vie aux colonies. Frappé par
tout ce qui lui est « autre », « atypique », il consigne sur le verre la
variété des paysages, le folklore des ethnies africaines, l’érotisme des
beautés noires – on lui doit à ce sujet de belles études de nus et des
portraits – tout en relatant son quotidien d’officier-administrateur rythmé
par la fortification des postes, le développement de l’agriculture, les
étapes et les missions de reconnaissances topographiques, etc.
1 – Un brouillon manuscrit d’une correspondance rédigée par le lieutenant Coquibus
à l’attention de M. Berranger, auteur d’une petite annonce parue dans un numéro de
Photo-Magazine du 7 avril 1907, est conservé dans le fonds Coquibus et rend compte
de son projet d’achat : « « Je lis dans le Photo-magazine du 7 avril 190, sous le n° 733,
que vous avez un appareil Folding 13-18 à vendre. Ayant l’intention, avant de partir
aux colonies, de me procurer un appareil de ce genre, je vous prie puisque et ne pouvant
présentement voir cet instrument, je vous prie de vouloir bien me fournir à son sujet
des renseignements plus détaillés que ne le porte l’annonce du Photo-magazine ».
2 – ECPAD, fonds Imbert : E. Imbert, « Quelques indications sur la photographie aux
colonies », dans Revue des troupes coloniales, t. 6, vol. 2, juil.-déc. 1907, p. 148-249.
31Parfois, le photographe passe devant l’objectif pour immortaliser le
« j’y étais » et ainsi enregistrer la preuve irréfutable d’une expérience
dans laquelle, selon le lieutenant Imbert, il « aura laissé un peu de
1 2lui-même ». On citera son étonnant portrait devant le tata de Samory ,
hommage aux exploits militaires de ses frères d’armes, trace de son
passage en terre africaine dans le sillage légendaire du capitaine
Gouraud. Faisant la part belle aux Africains – hommes, femmes, enfants,
tirailleurs, laptots, chefs de village – et aux animaux sauvages, les
photographies du capitaine Coquibus sont empreintes d’une vive
empathie envers ses « sujets » qui témoignent tant du « caractère
heureux » qu’il leur prête (« Quels gens heureux ! Quelle différence avec
notre vie en Europe où le progrès a créé trop de besoins pour les
3ressources […] ! »), que de son propre tempérament somme toute
débonnaire. La photographie et l’écriture, deux agréments qui participent
à la fixation du souvenir, constituent chez Émile Coquibus des
expressions formant un tout indissociable. Tel un dialogue intime, ce que les
images taisent, les mots le dévoilent et réciproquement.
4Émile Coquibus pratiquera la photographie jusqu’à sa mort en 1915 ,
immortalisant son séjour à Madagascar ou encore ses proches à Malans.
Il réalisera notamment d’intéressantes vues des travaux des champs
en Franche-Comté. Eu égard à la variété des sujets et à la richesse
documentaire apportée au renseignement des photographies par
l’opérateur, l’absence du recours aux épreuves et à la réalisation
d’albums photographiques étonne. Sans doute aucun, le retour brutal en
France, au lendemain de la déclaration de la première guerre mondiale,
comme sa disparition, auront dramatiquement empêché Émile Coquibus
d’apprécier la patine du temps sur ses souvenirs africains.
1 – ECPAD, fonds Imbert : E. Imbert et M. Poincet, La photographie en France et
dans les pays chauds, Toulon, 1908, p. 10-11.
2 – ECPAD, D180-2-39 fonds Coquibus : le lieutenant Coquibus photographié à
l’entrée du tata de Samory, Haute-Guinée, 1902.
3 – ECPAD, D180 fonds Coquibus : journal, 11 déc. 1902.
4 – ECPAD, D180 fonds Coquibus : facture du 13 sept. 1915 adressée par le studio
Photo-Plait, rue Lafayette à Paris, au capitaine Coquibus pour un achat de fournitures
photographiques.
32Émile Coquibus. D180-11-12g/ECPAD (collection Coquibus). Négatif au gélatino-bromure d’argent sur verre, 6x6,4 cm.
Le ramassage des foins, Franche-Comté, ca 1911.
33

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