//img.uscri.be/pth/514bddaf0c8f27984821624704a1412f3e46f538
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,23 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Châteaux oubliés de la Messénie médiévale

De
318 pages
La Messénie fut l'une des régions du Péloponnèse à rester latine pendant plus de deux cents ans, du XIIIe siècle au milieu du XVe. De nombreuses forteresses y furent construites alors, mais la plupart sont aujourd'hui méconnues et en ruines. Or ces châteaux oubliés méritent notre attention... Le présent ouvrage fait découvrir ces lieux fortifiés par une approche originale, fondée sur la topographie, le lexique, l'histoire et la castellologie. Les décrire, reconstituer leur histoire, tout cela contribue à réhabiliter le patrimoine de la Messénie médiévale.
Voir plus Voir moins

Châteaux oubliés de la Messénie médiévale

@ L'lIarmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8841-6 EAN:9782747588416

Martine BreuiIlot

Châteaux oubliés de la Messénie médiévale

L'Harmattan 5-77rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

Collection « Etudes grecques »
diritJée yar ~née-PauCe 'De6aisieux

Edmond ABOUT, La Grèce contemporaine, 1854 [réédition, présentée et annotée par J. Tucoo-Chala] - 304p. Venetia BAL TA, Problèmes d'identité dans la prose grecque contemporaine de la migration

- 234p. PaulCALLIGAS,
[Textes traduits, présentés et annotés par Marie-Paule Masson-Vincourt] Thanos Vlécas - 320 p. Des Prisons - 112p. Réflexions historiographiques - 174p. Voyage à Syros, à Smyrne et à Constantinople - 222p. Constantin CRA TZOPOULOS, Dans l'obscurité et autres nouvelles [Nouvelles traduites du grec] - 90p. Automne [texte bilingue, traduit et annoté par Nicole Le Bris] - 477 p.
Deux Femmes [texte bilingue, traduit et présenté par Nicole Le Bris]

- 255p.

Jean-Luc CHIAPPONE, Le récit grec des Lettres Nouvelles, «Quelque chose de déplacé... »- 206p. Constantin CHRISTOMANOS, Le Livre de l'impératrice Elisabeth, Pages de journal [Traduit, présenté et annoté par Renée-Paule Debaisieux] - 237p. Joëlle DALÈGRE, La Thrace grecque, populations et territoire - 270p. Grecs et Ottomans, 1453-1923 - 269p. Stathis DAMIANAKOS, La Grèce dissidente moderne, Cultures rebelles - 229p. Renée-Paule DEBAISIEUX, Le Décadentisme grec (1894-1912) - 272p. Le Décadentisme grec, une esthétique de la déformation- 186p. Pénélope DELTA, Voyou [Traduit et présenté par Marie-Cécile Navet-Grémillet] - 463p. Ion DRAGOUMIS, Le Sang des Martyrs et des Héros [Traduit et présenté par Marc Terrades]. - 175p. Samothrace [Traduit et présenté par Marc Terrades] - 143p. Andréas EMBIRICOS, Domaine intérieur [Traduit par Jacques Bouchard] - 112p. Ioannis KONDYLAKIS, Patoukhas [Traduit et annoté par Vassiliki et Pierre Coavoux] - 206p. Premier amour et autres nouvelles [Traduit et annoté par Vassiliki et Pierre Coavoux] Marie-Paule MASSON-VIN COURT,

Paul Calligas(1814-1896)et lafondation de l'Etatgrec

-

658 p.

Grégoire PALAIOLOGUE, L 'Homme aux mille mésaventures (1839) [Traduit, présenté et annoté par Henri Tonnet Édition bilingue] - 650p.
Le Peintre (1842) [Traduit, présenté et annoté par Brigitte Lastennet]

-

431 p.

Charles-Sigisbert
Patrice Brun]

SONNINI, Voyage en Grèce et en Turquie (1801) [présenté et annoté par

- 253p.

Panayotis SOUTSOS, Léandre [Traduit et présenté par Marie-Jeanne Hobé] Marc TERRADES, Le Drame de l 'Hellénisme, Ion Dragoumis et la question nationale en Grèce au début du .x:¥e siècle - 408p.

Henri TONNET, Histoire du roman grec, des origines à 1960 -

304p.

Irini TSAMADOU-JACOBERGER,
Le nom en grec moderne, Marqueurs et opérations de détermination

- 336p.
Debaisieux]

Mélangesofferts à AstériosArgyriou- 416p. Mario VITTI,
Introduction à la poésie de Georges Séfiris [Traduit du grec par Renée-Paule

-

256p.
Nouvelles grecques
l'Université d'Athènes]

d'Epire,

[Traduites par le Département de Traduction-Traductologiede

- 65p.

DOMAINE GREC ANTIQUE: Christophe CUSSET, Les Bacchantes de Théocrite [édition, traduction et commentaire de l'Idylle 26] - 112p. Arine LE BRIS, La mort et les conceptions de l'au-delà en Grèce ancienne à travers les
épigrammes funéraires

- 190p.

A la mémoire de mes parents

REMERCIEMENTS

Remerciements

Au moment où j'achève cette étude, je ne peux m'empêcher d'effectuer un retour en arrière et de revoir par la pensée mon premier déplacement entre Athènes et Kalamata, en août 1977. Une certaine angoisse m'avait saisie dans les derniers virages, serrés à l'époque, de la route Megalopolis - Kalamata quand elle descend vers la plaine de Messénie: je ne connaissais cette région que par les livres, je devais lui consacrer une thèse 1, mais j'étais d'ores et déjà liée à elle à tel point qu'il paraissait difficile et même impossible de renoncer. La Messénie m'a adoptée aussitôt, le lien tient solidement jusqu'à aujourd'hui et le charme agit toujours 1Pendant ces semaines où j'ai parcouru les routes, les pistes, et marché sur les sentiers de Messénie pour visiter ses sites antiques, comment oublier que mes parents étaient là pour fouler avec moi le sol messénien, partageant émotions, joies et déceptions? Ils furent séduits autant que moi par la Messénie, et leur dernier voyage en Grèce en 2000 leur permit de la revoir encore unefois. Ce que j'ai ressenti de profondément enrichissant, cette énergie, cette force qui montent en vous depuis les profondeurs du sol grec et que parvient également à insuffler la terre de Messénie, je continue de les éprouver en parcourant d'autres routes, d'autres pistes et en marchant sur d'autres sentiers (quand ils existent ... I). Les vestiges attendus ne sont pas de la même époque, certes, mais la plénitude est la même. Rien n'aurait été possible sans Bernard, le compagnon des bons et des mauvais jours dans la montagne messénienne, qui a su s'entêter pour deux et m'encourager dans les moments difficiles, quand je voulais rebrousser chemin: ce livre n'existe pas qu'au travers de ses photographies, mais aussi grâce à sa patience et à son obstination admirables dont il doit être remercié ici. il y a aussi les silhouettes, les images floues de ceux qui m'ont indiqué une colline, un sentier, sans cacher leur embarras ou leur étonnement en écoutant mes questions. Il est vrai que depuis 1977, les Grecs sont moins disponibles, plus pressés ou plus méfiants; ils informent moins volontiers, parce qu'ils en ont moins envie et qu'ils
Il s'agit de La Messénie antique: étude de géographie historique, doctorat de 3e cycle, soutenu à l'Université de Lille III en 1981 (thèse non publiée).
1

ont moins de connaissances à faire partager. Les anciens ont disparu, et dans les années 2000, les plus âgés n'ont pas forcément la mémoire du passé qu'avaient leurs aînés. n n'empêche qu'une information et un sourire sont souvent venus confirmer un itinéraire ou encourager à poursuivre une marche difficile. Eux aussi, ces anonymes des villages et de la campagne, ont apporté à leur manière leur contribution à cet ouvrage. Mais ce serait injuste d'oublier tous mes amis de Messénie, Angueliki Koutsomitopoulou et Georges Trimandilis surtout, qui furent informés de bonne heure de ce projet et qui, chaque fois qu'ils le pouvaient, m'apportaient aide et encouragement. C'est aussi à ces amis que ce livre est dédié, c'est avec eux que j'aimerais partager mes émotions et mon admiration pour le patrimoine de la Messénie médiévale. C'est avec eux enfin que j'aimerais en entreprendre la restauration, même partielle: mais mon appel sera-t-il entendu? Aucune terre, quand elle vous est étrangère, ne se donne de son plein gré, la Grèce pas plus que les autres,. on apprend à la mériter, à se montrer digne d'elle! Ensuite, la récompense est au bout des efforts, infinie. Martine Breuillot mars 2005

12

SIGLES ET ABRÉVIATIONS

SIGLES

A.J.A.
American Journal of Archaeology

B.C.H.
Bulletin de Correspondance hellénique

Bull. Lund Bulletin de la Société royale des Lettres de Lund B.Z.

B.z .Namen
R.-E.

Byzantinische Zeitschrift

Beitriige zur Namenforschung Real-Encyclopedie Pauly-Wissowa

XM.
XpOYlKÔV roo Mop&cvç

ABREVIATIONS Textes littéraires Chronique aragonaise
Libro de los fechos

- Chroniques

Chronique française
Le livre de la Conqueste de l'Amorée

Textes non littéraires Hopf
C. Hopf, Chroniques gréco-romanes

Longnon & Topping
Documents sur le Régime des terres dans la Principauté au XIve siècle de Morée

Regestes F. Thiriet,Regestes Récits et guides de voyage Aldenhoven
F. Aldenhoven, Itinéraire descriptif de l'Attique

15

Deulè
E. Beulè, Etudes sur le Péloponnèse Expédition scientifique de Morée

Dlouet
A. Blouet,

Duchon
J.-A. Buchon, La Grèce continentale et la Morée Dursian C.Bursian, Geographie von Griechenland

Curtius
E. Curtius, Peloponnesos Flaubert G. Flaubert, Voyage en Orient

Gell
W. GeIl, Itinéraire de Morée

Leake
W. Leake, Travels in the Morea Pouqueville (1) F.C. de Pouqueville, Voyage en Morée Pouqueville (2) F.C. de Pouqueville, Voyage de la Grèce

Quinet E. Quinet, La Grècemoderne Vischer
W.Vischer, Erinnerungen

Anthologie Duchêne
H.Duchêne, Voyage en Grèce - Anthologie Guide Road
A vS(SpSVVIJTIJ n&ÀOlTovvIJt70ç

Guide DLEU
Guide Bleu Grèce 1967 réédité en 1970

Ka~avT~aKT), TaçœzfoYTaç N.KaÇavrÇaKT), TaÇiô&vovraç OMOptâç Ouvrages et périodiques généraux Avraméa
A. Avraméa, Le Péloponnèse du IV au VIIl! siècle

Longnon
J. Longnon, L'Empire latin de Constantinople Jacoby (1)

16

D. Jacoby, Les« Assises de Romanie »

Jacoby (2)
D. Jacoby, Travaux et Mémoires II Roebuck C.-A. Roebuck, A History ofMesseniafrom Tonnet H. Tonnet, Histoire du grec moderne 369 to 146 B.C.

Zakythinos
D. Zakythinos, Le Despotat grec de Morée EYXElpi&o
A. noXt TT), ErX&lp{Ô10 rov N&O&ÀÀIJY1C7rJj'

Ouvrages et périodiques spécifiques Aerts & Hokwerda
Lexicon on the Chronicle of Morea

Bon (1)
A. Bon, La Morée franque

Bon (2)
A. Bon, Le Péloponnèse byzantin jusqu'en Breuillot M. Breuillot, La Messénie antique 1204

Le Hailé
G. Le HaIlé, Histoire des fortifications en Bourgogne Loenertz Loenertz, Orientalia Christiana Periodica Hira und Andania Hiller von Gaertringen und Lattermann, « Hira und Andania »

Mouillebouche
H. Mouillebouche, Les maisons fortes en Bourgogne...

La fortification...
Lafortification au temps des croisades

Byzantine Fortification
An Essay on Byzantine Fortification

Valmin (1)
N. Valmin, Etudes topographiques sur la Messénie ancienne

Valmin (2)
N. Valmin, Bulletin de la Société royale des Lettres de Lund

Valmin (3)
N. Valmin, The Swedish Messenia Expedition

17

Bayla'ICcX'lCou il. BC:XV1CXKaKOV, sv IOuf)l1J Moyif TOV BovÀKcfvov H (Le Monastère de Voulkano à Ithômi) BOpf31ÀcX I. BopplÀa, H sv ÀE5CTCTlJv{aspâ )loyif BovÀKcfvov (Le saint l monastère de Voulkano en Messénie) Al1J111TPO'IC6ÀÀl1 ilrU.1llTPOK6ÀÀll, AYVUJCTTOI Bv(avnvof Naof (Eglises byzantines inconnues) LlpayOUJll1Ç LT. LlpayOVJ.1llÇ,XpOYIKufv Mopia;ç (à propos des Chroniques de Morée) E~EpT
KâCTrpa KOOŒTCXVa1Cll TIJÇDSÀoJTovl/ifCTov (Châteaux du Péloponnèse)

LT. KooreT<xva1<:l1ç,01 Marnl/S1Sç TIJÇMâl/IJç (Les villages du Magne appelés Mantinia) KcXOTPexMa1CEOOvicxç KâCTTpa MaKst50vf aç Kat 8pâKIJÇ (Châteaux de Macédoine et de Thrace) AE~11C6v AeçKôl/ TIJÇ Bv(avnl/ifç lkÀoJTovvifCTov (Dictionnaire du
Péloponnèse byzantin)

Avpex
f. Ll. Avpaç, DpôraCTIJ Yla il/a «corpus» (Proposition d'un « corpus» Mt1CpOJ1avll il. LlLTaJ.!cxT61ToVÀOU, MiKpopcfvlJ (Mikromani) H LTaJlaT01rOUÀOV il. Ll. LTcxJ.!<XT6rrovÀov, KaÀapâTa (2600 .1l:X -1336 p.X) (Kalamata 2600 a.C. -1836 p.C.) I4>l1Ko1TOVÀoç Ta ÀE5CTaltJJvlKâKâCTtpa rov MoplJti (Les châteaux médiévaux de Morée) TOEp1rÉç IffTopfa TIJÇ ÀE5CTCTIJl/faç(Histoire de la Messénie)

18

INTRODUCTION

La Messénie a une longue et belle histoire: l'Antiquité, le Moyen Age, la Grèce moderne, autant de pages glorieuses, douloureuses souvent, sur lesquelles elle a apposé son nom. Bien après l'essor de la période mycénienne, les guerres de Messénie, renvoyées à un passé obscur, l'ont opposée à Sparte, son ambitieuse voisine. La repousser lui coûta des efforts redoublés, la vaincre ne fut rendu possible qu'avec le soutien armé de Thèbes. Plus tard, à Kalamata, l'heure de la Révolution grecque sonna, non le 25 mais le 23 mars 1821, quand les représentants grecs firent reculer les autorités turques locales. Le Moyen Age n'est pas en reste. Sur le « kastro » de Kalamata, qui a sans doute perdu de sa superbe d'antan, plane toujours l'ombre fière de Guillaume de Villehardouin. Sur la Messénie veillent les ruines des bastions médiévaux qui ont marqué la présence latine, parfois menacée par la reconquête byzantine. L'Antiquité et le Moyen Age s'étudient selon la même approche, l' « autopsie», la compréhension du terrain, l'archéologie du paysage. C'est le complément le plus précieux des sources écrites, et bien qu'indispensable, peu d'historiens qui ont étudié la Messénie y ont eu recours. Les deux périodes voisinent, se superposant quelquefois. S'intéresser à l'une signifie forcément aller à la rencontre de l'autre. C'est aussi, pour comprendre, s'appuyer sur les mêmes données fournies par le relief, le climat et les activités économiques. Mais revenons à la période médiévale. . .La Messénie, ainsi que le reste de la Morée, a subi les affres de la conquête franque consécutive à la prise de Constantinople par les Croisés en 1204. Une page. d'histoire grecque s'est passée là, sans que de nos jours les esprits soient marqués par les événements qui s'y déroulèrent alors. Le nom de Villehardouin a laissé une empreinte indélébile et flatteuse sur la Messénie, sur Kalamata en particulier, en la personne de Guillaume de Villehardouin appelé également Guillaume de Kalamata. La présence franque transparaît dans quelques racines de la toponymie et surtout dans de nombreux vestiges disséminés sur le sol du Péloponnèse. L'occupation par les Francs fut obtenue au terme d'une conquête militaire, et le pouvoir des nouveaux seigneurs se matérialisa par la présence de châteaux, symbole de pouvoir affirmé ou de pouvoir à défendre. Toutefois ce patrimoine de deux siècles n'est pas toujours également connu et apprécié. Chaque région du Péloponnèse (ou presque) peut s'enorgueillir de posséder de magnifiques forteresses, et la Messénie n'est pas en reste avec Androusa, Coroni, Methoni, Kyparissia et Kalamata. Malheureusement, la plupart demeurent ignorées ou méconnues. 21

Du milieu du XIIIe siècle au début du XVe siècle, la période n'est pas aussi glorieuse pour les Francs/les Latins que le début du XIIIe. En effet, le déclin s'amorce dans la mesure où peu à peu cette dénomination est supplantée par celle de « Latins» pour des raisons de succession, de descendance, de transmission de biens ou de pouvoir et aussi pour des questions d'intérêt. La différence sémantique est effective entre Francs et Latins, parce que «Francs» renvoie aux premiers conquérants, originaires de plusieurs provinces de France, de Champagne pour les premiers qui se sont installés en Morée dans le but d'y rester et sont demeurés attachés à leur nouveau territoire, tandis que « Latins» évoque le moment où, pour les motifs énumérés plus haut, des membres de familles alliées ou suzeraines régnant dans différents pays d'Occident se sont trouvés à la tête de ces terres qui ne représentaient rien pour eux sur le plan sentimental et familial. A partir de ce moment-là, le même scénario se reproduit souvent à l'identique. D'un pouvoir réel, avec un Prince physiquement présent qui dirige et décide en connaissance de cause, on passe à un exercice du pouvoir par intermédiaire interposé qui, en l'absence du Prince, dirige par délégation de responsabilités à son bail, au point que la population et les notables locaux se plaignent cruellement d'être délaissés. La terre de Messénie, pour ne prendre que ce seul exemple, finit dans certains cas par servir de monnaie d'échange, afin de récompenser les fidèles conseillers et accroître généreusement leur fortune. Les possessions latines, privées de plus en plus de la cohésion identitaire et de la confiance que leur insufflait auparavant leur seigneur franc, sentent peser sur elles la menace byzantine que leur inspire le Despotat grec de Morée installé à Mistra. Les Byzantins ont en effet l'ambition de reconquérir les terres que leur ont enlevées les Francs et il anivera un jour, au début du XVe siècle, où le défi sera relevé. La Messénie vit ce danger, cette menace et cette tentative de reconquête, et son exemple illustre dans quelles conditions et de quelle manière les Latins de Morée ont cédé du pouvoir et du terrain à leurs voisins grecs. Les châteaux oubliés de Messénie témoignent à leur manière de cette longue période pendant laquelle les Francs (ou Latins) sont restés maîtres de la région alors que les Byzantins de Mistra les pressent à leur porte. Leur présence est liée à la Francocratie du Péloponnèse, menacée de,puis que la reconquête byzantine reprend en 1262 avec l'installation grecque à Mistra, et chancelante dès que s'éteint le nom de la famille Villehardouin. Néanmoins, même fragilisée, la Francocratie résiste, lutte, tente de préserver la prospérité 22

qu'elle est en train de perdre; elle mettra malgré tout deux siècles à payer ses maladresses et ses erreurs. La Messénie est l'une des régions du Péloponnèse à être restée, presque jusqu'à sa conquête par les Ottomans, entre les mains des Latins. Cela vaut donc la peine de s'interroger sur les raisons d'une résistance qui s'inscrit dans la durée malgré le danger byzantin. Mais se limiter à l'espace messénien en empiétant rarement sur l'Elide et l'Arcadie voisines n'a rien d'artificiel: la réalité messénienne est riche et, comme on le constatera, peu et mal mise en valeur. La Messénie a même tant à nous enseigner que sa partie occidentale, du côté de la mer Ionienne, et sa partie méridionale en direction de la péninsule, terre vénitienne depuis 1209, gardienne des portes de la mer avec les deux places stratégiques de Coroni et Methoni, peuvent être laissées de côté. Il est nécessaire d'ajouter que du côté méridional, si les châteaux portent des noms, leurs vestiges ont pratiquement tous disparu. Inversement, la partie septentrionale et orientale ne pouvait pas compter sur la protection de Venise; or les plaines fertiles, assurant des revenus agricoles substantiels, justifiaient ainsi le fait d'être conservées, montrant qu'une intervention militaire n'est pas forcément étrangère à des considérations d'ordre économique et financier. La menace byzantine puis ottomane a exercé un tel poids au Nord-Est et à l'Est que les Francs et Latins de Messénie ont été amenés à se défendre, à surveiller et protéger leurs positions. Le château joua alors un rôle défensif et dissuasif qui aide à lire la réalité événementielle. De plus, il est intéressant de comprendre pourquoi la Messénie est restée latine pendant deux siècles au total, alors que les Grecs de Mistra, même avant la création du Despotat, ne rêvaient que d'une reconquête rapide et définitive des terres perdues. Dans son environnement naturel, la Messénie a trouvé en partie les moyens de se protéger contre les Grecs, grâce à ses montagnes élevées, à l'Est surtout, et aux gorges profondes entaillant les massifs. Le Péloponnèse est riche en forteresses médiévales construites à l'époque franque, en bon état de conservation pour quelques-unes d'entre elles, ruinées et presque arasées pour la plupart. En entendant «forteresses médiévales », beaucoup d'historiens et d'archéologues spécialisés dans cette période auront aussitôt à l'esprit les châteaux d'Orient, qui représentent pour certains les points de référence

23

incontournables de l'architecture militaire médiévalel. Pour le plus grand nombre, la valeur d'un monument se mesure à la hauteur de ses murs et à sa superficie. Partant de ce principe, on retiendra du Péloponnèse médiéval quelques magnifiques forteresses, telles l'Acrocorinthe, Chlémoutsi, Mistra, Patras qui focalisent le regard de tous les visiteurs, attirent les objectifs des photographes et retiennent l'attention des historiens. Or ce patrimoine s'étend aussi à des constructions plus modestes, qui n'ont eu qu'une existence éphémère, une fonction essentiellement militaire et que des moyens réduits en argent et en hommes ont permis d'édifier. Certes, qui a envie de s'intéresser, d'étudier, de visiter une tour ruinée ou quelques pans de murs à moitié écroulés? Or, avant que la tour ne soit ruinée et le mur presque détruit, ces constructions modestes et la page d'histoire qu'elles représentaient n'intéressaient pas davantage; peu ont fait l'objet d'attentions particulières de la part des historiens ou des archéologues. Autant dire que l'indifférence dans laquelle ces vestiges sont plongés n'est pas née avec l'annonce de leur disparition. Et c'est justement parce que le temps presse et que pour certains du moins, rien n'est encore véritablement perdu, qu'il faut en parler: les décrire, leur donner une identité, reconstituer leur passé, en somme les réhabiliter aux yeux de la communauté scientifique, des spécialistes, et aussi à ceux des autorités grecques et du public messénien qui en sont les héritiers sans le savoir.

On oublie trop souvent que du XIII e au XVe siècles, le

Péloponnèse, et la Messénie en particulier, est au carrefour de deux histoires: celle de Byzance et celle de l'Occident. Leur confrontation est douloureuse pour les Byzantins et pour les orthodoxes, et les Grecs n'ont toujours pas oublié la date de 1204: le choc eut lieu à Constantinople. La rencontre, moins sanglante, de ces deux histoires se fit ailleurs, dans le Péloponnèse, avec, il est vrai, un vainqueur et un vaincu, un dominant et un dominé. Mais l'on constate fréquemment que la population grecque est demeurée sur place, conservant les activités artisanales et agricoles qu'elle exerçait avant, acquérant pour certains quelques postes de confiance auprès des Latins. Plusieurs études ont confirmé que la « cohabitation» s'est traduite sur place par une collaboration, ou une situation d'asservissement (de vassalité si l'on préfère), voire une forme d'indifférence, mais jamais par des
La fortification... : dans son Introduction pp. 15-19, Jean Richard ne manque pas de corriger cette idée toute faite en précisant que les châteaux d'Orient sont dans un état de conservation variable d'une forteresse à l'autre. 24 1

manifestations incessantes d'agressivité et de violence. Il serait pourtant erroné de croire que le maintien de la Francocratie signifiait qu'elle inspirait confiance et garantissait l'opulence. Dès le XIVe siècle, les Princes se sont détachés sentimentalement et physiquement de cette région qu'ils connaissaient mal ou parfois pas du tout. S'ils ont tout fait pour la conserver, c'est qu'elle représentait une terre

occidentale - autrement dit catholique - qu'il était inconcevable
d'abandonner dans un contexte et sur un sol orthodoxes; plus encore, les seigneurs installés sur place, poussés par l'intérêt, cherchaient à garder leurs privilèges aussi longtemps que possible: c'est dans ce sens qu'ils intervenaient auprès du Prince et orientaient ses décisions politiques et économiques. Dès lors, le château illustre une présence qui résulte

immédiatement de la conquête du début du XIII e siècle et rappelle

quelles mains détiennent le pouvoir. La contestation de cette présence provoque souvent une vague de révolte, révélant ainsi la volonté de résister. Les châteaux, pris ensemble, suggèrent une certaine occupation de l'espace, une organisation militaire et une stratégie précises, une manifestation de la volonté de prévenir le danger ou d'y faire face. Sans eux, la reconquête byzantine n'aurait-elle pas été plus rapide? L'objectif idéal à atteindre serait de faire coïncider les listes de seigneurs, de fiefs, de domaines, de châteaux, les toponymes, les noms apposés sur les cartes avec les vestiges archéologiques. Au-delà de cette vision utopique, il est plus raisonnable de chercher, entre des sources de nature si diverse, au moins quelques points de cohérence, de dresser un tableau, même partiel, de la Messénie septentrionale, combler des lacunes et réparer des oublis, lever des malentendus et tirer au clair des confusions, enfin réunir au moins une bonne fois les informations mises à notre disposition afin d'éviter de répéter ce que beaucoup d'études historiques ont déjà beaucoup dit auparavant, et afin de ne pas traiter que les événements étatiques majeurs en ignorant le quotidien des hommes. Les recherches en bibliothèque ont eu pour but de réunir et de vérifier les sources écrites. Or pour cette période mal connue, les documents sont fréquemment éparpillés: à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg pour les

ouvrages de référence - études majeures, récits de voyageur - que
détiennent la plupart des bibliothèques universitaires, à la Bibliothèque Gennadios d'Athènes pour élargir l'éventail des recherches, mais avec la constatation finale que la plupart des titres, incontournables ou rares, mais aujourd'hui difficilement consultables, 25

étaient disponibles soit à la Bibliothèque Municipale de Kalamata (Aa:i1C~B1BÀ10e~Kll TllÇ KaÀlXlleXTaç), remarquablement dotée et qui présente l'insigne avantage de mettre rapidement à disposition les titres demandés, soit à Paris, à la Bibliothèque Byzantine du Collège de France, à la Bibliothèque Mazarine et à la Bibliothèque Nationale de France sur le site de Tolbiac et rue de Richelieu pour le Département des Cartes et Plans. La fréquentation de tous ces établissements a contribué à compléter la liste des sources écrites et à consulter les titres de base, ouvrages et périodiques. Mais la difficulté principale a été de trouver certaines études publiées au XIXe siècle, à l'époque où les études médiévales ont pris leur essor, où des chercheurs infatigables ont dépouillé, recopié les archives médiévales de bibliothèques prestigieuses et où quelques noms célèbres comme celui de Buchon ont entraîné d'autres chercheurs dans leur sillage. Or ces ouvrages sont rares ou si anciens qu'ils ne sont plus communicables: de là, la nécessité absolue de rechercher le bon livre au bon endroit. Les bibliothèques grecques ont compensé ce qu'on ne trouve pas en France, en particulier les Actes des Colloques organisés en Grèce et des revues spécialisées en langue grecque. En revanche c'est le Département des Cartes et Plans de la BNF qui possède le plus grand nombre de cartes du PéloponnèseMorée, 54 au total, allant du XVI e au XXe siècles2. A Athènes, la Bibliothèque Nationale paraît pratiquement dépouillée de son fonds: le Péloponnèse est pour ainsi dire « rayé de la carte », je veux dire absent des rayons! Des médiévistes comme Buchon et Bon nous ont enseigné l'avantage que présente la combinaison du dépouillement des textes et de la visite sur place. Il nous a toujours paru essentiel de voir un lieu, dans le cas présent un château avec ses proches environs, pour pouvoir en parler en toute connaissance de cause: étudier un site, c'est le décrire tel qu'il est, c'est comprendre sa fonction dans son environnement immédiat. Notre expérience de la Messénie antique est finalement une excellente entrée en matière pour la Messénie médiévale; cela revient parfois, comme à Gardiki, à réaliser une
2 La plupart des cartes existantes peuvent être consultées à la BNF,Rue de Richelieu, au Département des Cartes et Plans; la liste des 54 documents est accessible sur le site http://www.bnf.fr puis BN-OPALINE cartes et plans, en tapant "Morée" comme mot-clé.

26

seconde visite, les bâtiments sur lesquels se focaliser étant les seuls à changer! Visiter veut dire voir, mesurer et dessiner, noter, photographier; cela a permis de vérifier que malgré le sérieux reconnu et apprécié de certains historiens, des erreurs avaient été commises dans la retranscription de leurs visites et que des corrections étaient indispensables. Pour la plupart des châteaux et sites, exception faite de Stomiokastro et de Kato Melpeia, une double visite a été effectuée dans un souci de vérification et d'exhaustivité. Les études concernent généralement la Grèce médiévale, avec ici ou là des références sporadiques à la Messénie. Par exemple, plusieurs livres traitent des châteaux de cette époque, du Péloponnèse en général, mais sans distinction de région, et en donnant la priorité aux plus célèbres: c'est le cas du livre de William Miller, The Latins in the Levant - A history of a frankish Greece dans sa traduction grecque H (/JpayKoKpana ev EÀÀdc51 ou de celui de Giannis Gkikas3. Les études propres à la Messénie sont rarissimes: font exception celles de Tserpes et Sfikopoulos, mais avec une large place accordée à la narration, sans communication des sources utilisées, et avec un penchant appuyé pour la « grande» histoire plus que pour l'histoire 10cale4. La même remarque concerne les monographies consultables à la Bibliothèque Municipale de Kalamata: beaucoup d'érudits locaux se sont essayés à ce genre d'étude, s'intéressant davantage aux faits, qu'à tort ils ne justifient jamais de références bibliographiques, et négligeant les informations que l'on peut tirer du sol et du sous-sol. Les sources écrites comprennent avant tout les textes originaux, littéraires, venus de l'Antiquité comme la Périégèse de Pausanias, et surtout de la période byzantine, textes d'historiens et en même temps hauts fonctionnaires, témoignages directs de la situation dans l'Empire. De tous, plus encore que Georges Pachymère, Jean Cantacuzène ou Doukas, pour ne citer qu'eux, Phrantzis est le plus précieux, le plus précis, quant à l'état des lieux lors de la reconquête du Péloponnèse par les Byzantins au XVe siècle. Plus encore, un cas tout particulier est à réserver aux Chroniques: quatre textes, chacun de langue différente, rapportent de manière plus ou moins développée
3 La bibliographie consacrée aux châteaux par Alexis Politis dans Erxs/pfmo rov NSOSMIJY/t7r!j' (Manuel du Néo-helléniste) est déconcertante de brièveté. 4 Nous reconnaissons que Sfikopoulos a visité certaines de nos forteresses;
dommage qu'il ne tire pas davantage parti de ses repérages!

27

chronologiquement la Francocratie, XPOYlKO roo MOP5CVÇ(version grecque), Le Livre de la Conquête (version française), Libro de los fechos (version aragonaise), et la Chronique italienne. Beaucoup de médiévistes ou d'historiens de la littérature ont pris soin de présenter par le menu chacune d'elles dans leurs différentes versions, et leurs présentations respectives sont tellement soignées que nous ne voyons rien à ajouter. De l'une à l'autre, les faits ne sont pas tous identiques, ni racontés avec la même précision, les partis pris d'écriture traduisent des orientations ou des déformations des événements. Oui, tout cela est à prendre en compte, mais... ce sont des textes relativement proches des personnages évoqués et des événements racontés, qui privilégient le fait à la manière: c'est en utilisant les quatre ensemble, quand c'est possible, que l'on approche de la vérité. Plus tard apparaissent les récits de voyageurs français, anglais et allemands, et pour ce qui est de la Messénie, la période où les e principaux ouvrages sont écrits démarre au tout début du XIX siècle: c'est un peu « le Siècle d'or» des voyageurs, nourris de romantisme et emportés par des élans lyriques. Mais il faut savoir trouver dans une description portée par l'enthousiasme le détail qui confirmera la position d'un château: ce sera joindre l'utile à l'agréable, l'information documentaire au beau langage. A ces voyageurs souvent connus comme de brillants écrivains, Chateaubriand par exemple, il convient d'ajouter ceux qui ont voyagé dans le Péloponnèse pour compléter leurs travaux de médiévistes: le Français Jean-Alexandre Buchon, le Suisse Ernst Meyer, les Allemands Conrad Bursian et Ernst Curtius. Leurs récits sont indispensables, mais il est facile de constater qu'au-delà d'une impression favorable, ils ne répondent pas à toutes les attentes: la localisation des ruines manque de clarté, leur description aussi, et si on cherche une confirmation, une information, on la trouve rarement. A force de lire ces récits et de découvrir les différents sites, on finit par reconnaître que leur fiabilité est facile à mettre en cause, pour les raisons exposées plus haut, tout simplement: leur bonne foi n'est pas contestable, mais la description par des mots avec le souci d'obtenir la même précision qu'avec une caméra est inconcevable. Les études historiques portant sur la période et la région qui nous intéressent n' existent pas, 'surtout celles en rapport avec la
5

/ Longnon, Introduction,ch. I - III p. XXXI - LXXXIV - XM, 00. tE;' - t( -

Buchon, Recherches historiques, t. I, Introduction pp. 112, n034 - R. Bouchet, pp. 23-31 . 28

-

Bon (1), pp. 10-14 - Tonnet,

région. Elles peuvent être classées thématiquement selon qu'elles évoquent les châteaux et la castellologie, la Francocratie, les activités de Venise et sa place en Morée, et la Morée en général. On sera

surpris de constater que ces études, bien que souvent anciennes - le
XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle -, restent encore aujourd'hui des ouvrages de référence: il suffit de lire l'hommage rendu, cinquante années plus tard, au travail d'Antoine Bon, La Morée franque, par les chercheurs américains de Houses of the Morea. Certes, des articles - relativement - récents complètent ou reprécisent certains points déjà abordés. Mais l'ensemble des connaissances n'est pas contestée: on pourrait même se demander par qui elles le seraient! Les nombreux travaux historiques de Jean Longnon, ceux de David Jacoby en droit moréote, de Denis Zakythinos concernant l'administration, la vie politique, sociale et religieuse du Despotat grec de Morée sur le versant byzantin du Taygète, enfin la thèse de Bon, toujours aussi brillante même un demi-siècle après, ont constitué et constituent encore les lectures de base inépuisables et des répertoires bibliographiques inestimables. Les travaux plus récents de Jean Longnon et Peter Topping ont porté un regard autre, avec des propositions nouvelles de localisation, sur les études péloponnésiennes, et messéniennes en particulier. Une mention spéciale est à réserver aux études strictement messéniennes, mais sans rapport direct avec le Moyen Age, de Nathan Valmin, archéologue suédois, auteur des fameuses Etudes sur la Messénie ancienne où, bien que l'Antiquité y soit à l'honneur, certaines hypothèses touchent le Moyen Age. De même et avec la même démarche, les archéologues américains qui ont écrit dans la revue American Journal of Archaeology, 1961, n'ont pu ignorer, au moment de dater poteries et murs, d'autres périodes que l'Antiquité. Venise n'a pas gouverné les places de Methoni et de Coroni sans avoir de contacts ou d'échanges avec les Latins. Les archives des Vénitiens installés dans les deux places messéniennes sont parfaitement recensées si bien que d'éventuelles interventions ou décisions de la Sérénissime à propos de la Messénie nous sont connues. De là on accède à un autre corpus, vaste, constitué de textes du quotidien, actes relatifs au commandement et à l'administration, reflets de l'actualité du moment qui fournissent indirectement des informations très diverses et infiniment précieuses. Ce sont des chercheurs passionnés et persévérants qui dès le XIXe siècle ont cherché et copié les documents en rapport avec le Moyen Age byzantin: Carl Hopf et Sathas ont ainsi collecté des 29

centaines de textes qui valent pour la connaissance du sujet bien plus que les textes des auteurs byzantins. Dans les Chroniques grécoromanes de Carl Hopf, et surtout dans le volume II, 14, sont regroupés textes de chroniques et listes qui informent de l'organisation administrative et militaire de la Morée, avec force toponymes et noms de famille: à titre d'exemples, Istoria deI Regno di Romania (Histoire du Royaume de Romanie) de Marino Sanudo, la Table des fiefs de la Morée an 1364 et an 1371, Cronica di Morea (Chronique de Morée: version italienne). Les documents publiés plus récemment dans Documents sur le régime des terres de la Principauté de Morée au XIve siècle sont pour la plupart des inventaires qui illustrent la géographie et la toponymie de certaines régions, parmi lesquelles la Messénie est bien représentée. Assez récente également est l'étude intitulée Monumenta Peloponnesiaca constituée de textes qui, même disparates de nature, nous renseignent utilement sur la vie

quotidienne entre les XIII e et XVe siècles. De tous ces documents,
châteaux et seigneurs ne sont jamais absents: et leur apport pour la connaissance de l'histoire messénienne et des sites fortifiés est considérable. Des articles récents ou des Actes de Colloques, publiés pour la plupart dans des revues grecques, contribuent de la même façon à cet effort de connaissance: ce sont les UpaK17Ka TWV LllE8vwv LüvE5plwv IIEÀo1Tovvl1otaKwv L1Tov5wv (Actes des Colloques internationaux des Etudes péloponnésiennes), UpaKLlKa
TUJVLüvE5plwv MEOOllV1CXKWVL1Tov5wv (Actes des Colloques des

Etudes messéniennes), ou les revues UeÂOJToVvllt7/aKa (Etudes péloponnésiennes) et Met7(TIlVlaKa Fpappara (Etudes messéniennes). Il serait logique que des sources illustrées viennent confmner l'enseignement des sources écrites. Confmner, non, mais plutôt emmêler, car les cartes, qui existent, non seulement fournissent plus de toponymes que les textes, mais encore ne font presque jamais correspondre ces toponymes aux mêmes emplacements. C'est le cas des cartes anciennes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, qui, en plus de cela, se copient parfois les unes les autres. Il faut attendre l'admirable travail cartographique des militaires français au lendemain de la Guerre d'Indépendance, la carte GeCC2657 de Pelet de 1829 -1832, pour reconnaître parfaitement la Messénie et y retrouver certains PK (= Paleokastro, « château ancien », à savoir médiéval) relevés par les soldats. Mis à part les couleurs, la cartographie de cette époque, avec des techniques admirablement précises et remarquablement maîtrisées, n'a rien à envier aux productions modernes. 30

On comprendra qu'avec ces références tantôt hétéroclites, tantôt disparates dans leur contenu et leur support, une phase de tri, de reclassement puis de compilation a été nécessaire. La connaissance du terrain a fait le reste pour affiner ce travail, amorcer une analyse critique et réaliser les monographies descriptives et argumentées des châteaux ou sites répertoriés. C'est qu'à cette somme impressionnante et variée d'informations, il manque la réflexion. A la compilation s'ajoute un commentaire synthétique, à la description faite au premier niveau se joignent le message des pierres et la voix du passé. Chaque château pris séparément, puis les châteaux tous ensemble ont de longues pages à raconter.

31