Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,00 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Conditions climatiques et compétitions cyclistes

De
316 pages
A partir de l'étude du déroulement des courses professionnelles, l'ouvrage se situe au carrefour de la géographie et de l'histoire d'un sport parmi les plus exigeants qui soient. Malgré un calendrier établi pour limiter les aléas, les coureurs sont confrontés de manière quotidienne à l'imprévu climatique, capable de stopper leur élan dans la polémique ou de construire la légende des cycles après de dantesques chevauchées.
Voir plus Voir moins

CONDITIONS CLIMATIQUES ET COMPÉTITIONS CYCLISTES

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan!@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-03540-9 EAN : 9782296035409

Jean-Paul BOURGIER Gérard STARON

CONDITIONS

CLIMATIQUES CYCLISTES

ET COMPÉTITIONS
Atmosphères

de courses

Préface de Jean-Marie Leblanc

L'Harmattan

Jean-Paul Bourgier et Gérard Staron sont docteurs en géographie et professeurs agrégés au lycée Claude Fauriel de Saint-Etienne.
Autres ouvrages des auteurs:

Jean-Paul Bourgier, Cours Fauriel, lieu mythique du Tour de France à Saint-Etienne, Feurs, éd. Claude Bussy, 2002 Gérard Staron, L 'hiver dans le Massif central, Publications de l'Université de Saint-Etienne, 1993 Gérard Staron, Le ciel tomberait-il sur nos têtes?, Lyon, Aléas éditeur, 2003

Remerciements

Merci à Jean Bobet, Yann Courbon, Eric Dubois, Philippe Fetter, Dominique Garde, Jean-Marie Leblanc, Jérôme Pineau, Pierre Rivory pour leurs conseils et leurs témoignages. Que Gérard Salmon, président-fondateur de la «Vélocithèque », reçoive le témoignage de notre profonde gratitude pour l'aide documentaire et finale qu'il a bien voulu apporter à la préparation de cet ouvrage.

PREFACE
Voici un livre qui ne va pas vous apprendre I'histoire du cyclisme, ni la vie des grands champions, ni les techniques d'entraînement ou les tactiques de la compétition. Les passionnés de vélo ont tout le loisir de faire ample moisson de connaissances, dans ces différents domaines, tant il s'est publié d'ouvrages - souvent excellents - au fil des années. Il est vrai qu'aucun autre sport ne donne lieu à une littérature aussi foisonnante, aussi variée, et le plus souvent captivante. Or, ces pages qui suivent, je les ai dévorées parce qu'elles ont tout d'abord le channe de l'inédit car leur thème n'avait jamais fait l'objet de la moindre approche, par qui que ce soit. Ensuite, parce que leur contenu est passionnant, car fort instructif. Le mérite de lean-Paul Bourgier et Gérard Staron n'est pas mince, en effet, d'avoir pris le parti d'innover en se lançant dans ce qui n'est pas seulement un ouvrage didactique - ce qui serait peut-être un peu rébarbatif - mais à une explication de courses, un peu comme au collège on fait des explications de textes. Et la clé de ces explications? La météorologie. Surprenant non? Ils partent, nos deux amis, du constat suivant: « Les routiers sont confrontés aux conditions météorologiques, qui peuvent perturber le déroulement des compétitions. Les très fortes chaleurs, mais aussi et surtout le vent, le froid, la pluie glaciale ou d'orage, entraînent des événements extrêmes pour la pratique du vélo, en particulier aux grands moments de l 'histoire ». Qui a vécu la fantastique victoire de Bernard Hinault dans la neige et le froid du Liège- Bastogne- Liège 1980 (dont son organisme a conservé des marques) comprend tout à fait cela, et s'incline. Ce n'est bien entendu qu'un exemple, qui dit assez l'influence du contexte climatique dans un sport de « pleine nature» comme l'est le cyclisme. Alors, conjuguant leur passion pour le vélo et leurs connaissances climatologiques, les deux auteurs nous font une analyse magistrale de la manière dont le temps, et en particulier le vent, peut peser sur le déroulement d'une course. « Notre conviction, disent-ils, est que les lieux et les conditions climatiques constituent une entrée

novatrice restée à ce jour trop timide... Le cyclisme porte très haut le rôle de la géographie ». La notre, de conviction, et cela tombe bien, est la même. Combien de fois n' a-t-il pas fallu expliquer à des journalistes peu au fait de la pratique cycliste, ou mal intentionnés - allez savoir! - que les coureurs ne méritaient pas d'être sévèrement taxés de passivité durant la première semaine du Tour de France 1996 qui se déroula sous la pluie et par vent de face. Ou bien encore que si Mario Cipollini avait battu le record de vitesse dans une étape du Tour (50,355 km/h sur les 194 kilomètres de Laval à Blois en 1999), ce n'était pas forcément le fait du dopage, mais plutôt d'un fort courant de nordouest qui propulsa ce jour-là le peloton sur un parcours de début de Tour dépourvu de difficultés. Avec méthode, avec une pertinence et une objectivité de bon aloi, les auteurs relèvent et décortiquent la plupart des excentricités du baromètre et de l'anémomètre qui ont joué des tours aux coureurs et aux organisateurs du Tour, du Giro et de la Vuelta, mais aussi du Dauphiné Libéré, de Paris-Nice et des classiques d'Europe du Nord. Ce livre réhabilite la part de la raison ou si vous voulez de la rigueur scientifique là où, parfois, l'ignorance et la précipitation additionnées conduisent à l'excès et à l'erreur, dans l'interprétation des faits et des performances. Ceux qui ont la charge d'organiser les compétitions, ceux qui les commentent, ceux qui élaborent les stratégies de leurs coureurs et plus largement ceux qui veulent mieux comprendre le cyclisme tireront profit de ces pages documentées - car Bourgier et Staron ont leurs références et connaissent leurs classiques!qui donnent un éclairage nouveau à certains épisodes du passé et de mieux interpréter certains autres à venir. Car ce n'est pas demain que les «bordures» disparaîtront dans le vélo et c'est là encore un effet des éléments naturels qui apparaît largement dans ce livre.

C'est
comprendront!

tellement
-

important

-

ceux

qui ont couru me
pédagogues

qu'on se devait pour une fois, de parler de la pluie et

du beau temps dans le vélo. Merci à nos deux complices de l'avoir fait avec autant de compétence et de clarté.

Jean-Marie LEBLANC

8

INTRODUCTION
A la fin du XIXème et au début du XXème siècles, les compétitions cyclistes sur route, très fréquemment créées par des journaux d'informations générales ou sportives, se multiplient. Les épreuves d'un jour, Bordeaux-Paris, Liège-Bastogne-Liège, ParisRoubaix, précèdent la création des grands tours nationaux, comme le Tour de France en 1903, le Tour de Belgique en 1908 et le Tour d'Italie en 1909. Pratiquant un sport de pleine nature s'il en est, les cyclistes routiers, à la différence de leurs collègues pistards, sont confrontés aux conditions météorologiques, qui, au-delà des situations courantes, difficiles à apprécier et que nous qualifierons de favorables par défaut, peuvent perturber le déroulement des compétitions. Les très fortes chaleurs, mais aussi, et surtout, le vent, le froid, la pluie glaciale ou celle d'orage, la neige, entraînent des événements extrêmes pour la pratique du vélo et participent directement aux grands moments de 1'histoire du cyclisme qui intéressent cet ouvrage. Les faits célèbres abondent et font entrer des lieux et des moments précis dans la mémoire collective, alors que les champions deviennent des héros face aux éléments naturels déchaînés. Sur la route du Tour de France, en 1926, l'étape des quatre cols pyrénéens figure panni les plus dantesques; en 1959, la traversée du Cantal sous une chaleur étouffante favorise les desseins d'Henri Anglade et de Federico Bahamontes ; en 1996, la neige sur la route des cols de l'Iseran et du Galibier entraîne une réduction du kilométrage de l'étape. Le déroulement d'autres courses par étapes est également perturbé par les conditions climatiques. L'histoire de Paris-Nice est jalonnée de remises en cause partielles ou totales d'étapes. Le 10 mars 2004, Le Puy-en- Velay accueille «la course au soleil », mais la neige qui recouvre la montagne forézienne empêche les coureurs d'atteindre la cité ponote. Sur une ligne d'arrivée désertée par le peloton, Jean Bobet reçoit le prix « Louis Nucera » couronnant son ouvrage consacré à la carrière d'Octave Lapize. En d'autres lieux, l'histoire du cyclisme est riche d'épisodes climatiques sévères. Au Tour d'Italie 1956, Charly Gaul est courageux dans la neige et le froid du Monte Bondone. Lors des courses d'un jour, les conditions climatiques marquent également muscles et esprits. En 1909, sur la route de Milan-San-Remo, le col du

Turchino est enneigé. De multiples éditions de Liège-Bastogne-Liège se sont déroulées sous la neige et dans le froid, sans oublier de mythiques Paris-Roubaix et Tour des Flandres. Le présent ouvrage n'a pas vocation à énumérer, à récapituler les épisodes de courses cyclistes rendus célèbres par de rudes conditions météorologiques. Cela serait un travail fastidieux qui ne ferait que reprendre, en les classant, des faits connus du plus grand nombre. En revanche, parce que nous sommes amenés à évoquer régulièrement dans notre enseignement le rôle des conditions naturelles sur le développement des activités humaines, nous avons privilégié l'étude de moments de I'histoire du cyclisme pour lesquels nous disposions de références météorologiques précises. Notre conviction est que, dans l'enseignement des sciences humaines, l'étude du déroulement d'événements sportifs, les lieux concernés et les conditions climatiques constituent une entrée novatrice restée, à ce jour, trop timide. Dans cette perspective, le cyclisme porte très haut le rôle de la géographie. Aussi nous a-t-il fallu rechercher les relations entre la circulation des masses d'air, les types de temps, le relief et la progression du peloton cycliste lancé sur les routes essentiellement européennes en intégrant les résultats 2006. La météorologie utilise pour apprécier ces éléments des observations effectuées selon des normes internationales. Ces dernières ont pour but essentiel de pouvoir comparer les différentes mesures sur l'ensemble de la planète. Correspondent-elles au ressenti du cycliste en compétition sur la route? Les températures sont prises dans un abri ventilé, de couleur claire, pour ne pas accumuler la chaleur, situé entre 1,5 et 2 mètres audessus d'un sol engazonné pour avoir la meilleure appréciation de l'état de l'air. Des températures prises au soleil, contre un mur ou sur la route, sont très différentes et non comparables d'un point à un autre. La couleur sombre de la chaussée accumule la chaleur, ce qui accroît cette dernière sensation lors des canicules de l'été au point de faire fondre parfois le goudron. La vitesse du coureur donne un ressenti différent de la température mesurée, en particulier dans les ascensions et les descentes des cols. Même par temps calme, le déplacement du vélo accentue la sensation du froid en cas de gel. Dans les statistiques, on distingue les températures minimales, qui se produisent le plus souvent en fin de nuit, mais aussi les températures maximales qui, 10

sauf cas particulier, ont lieu dans le courant de l'après-midi. Dans la mesure du possible, nous avons retenu ces dernières qui correspondent aux heures des compétitions. Les précipitations se mesurent en I, mais le caractère glissant de la chaussée correspond-t -il millimètres toujours à la quantité mesurée? Existe-t-il une corrélation entre l'importance et l'intensité de l'averse et la probabilité de risque pour le cycliste? Les mesures de neige différencient la chute qui peut très bien ne pas tenir au sol, de l'épaisseur du manteau nival prise naturellement sur un terrain qui ne subit aucune intervention humaine. Une chaussée dégagée permet le déroulement d'une course alors que des murs de neige se situent de part et d'autre de la route après le passage des services de l'Equipement. La fusion de ce manteau peut provoquer des trainées humides sur la voierie. Cette situation a été observée lors de Paris-Nice au sommet du col de la République après de grands hivers comme celui de 1970-1971, mais aussi dans les cols au-dessus de 2000 mètres comme le Gavia ou le Stelvio en Italie, le Galibier en France. Une chute de neige peut rendre une chaussée très glissante sans tenir au sol. Parmi les mesures inadaptées, un jour d'orage est celui où l'on entend le tonnerre ou l'on voit un éclair. La course peut très bien ne pas être gênée si elle échappe à la pluie ou à la grêle qui concerne des secteurs géographiques très limités. De même, le brouillard correspond à une visibilité inférieure à un kilomètre. Ce seuil est tellement large que les différences de densités de la formation nuageuse rendent son action négligeable ou gênante. Le vent pose aussi un problème en raison de ses nombreuses unités: le nœud au niveau international et dans les pays anglophones, le mètre par seconde, unité officielle en France, le kilomètre par heure utilisé usuellement2. Heureusement que l'échelle Beaufort ne concerne que les milieux maritimes, de quoi constituer un «vrai sac de nœuds» ! La mesure s'effectue au sommet d'un mât situé à 10 mètres du sol pour éviter les influences locales qui agissent pourtant le long d'une route où circule le peloton. Qu'est-ce qui gêne le plus une course cycliste: la vitesse moyenne sur 10 minutes qui correspond à la mesure officielle ou la rafale maximale de la journée dont la durée est ponctuelle? Une épreuve cycliste n'est-elle pas dépendante à la fois
I

2

1 millimètre de précipitations
1 noeud = approximativement

= 1 litre tombé sur 1 mètre carré.
0,5 mis et 1,8 km/ho

Il

d'une action de continuité du vent et de ses excès instantanés? Selon Michel Hontarrède, la rafale maximale équivaudrait environ à 1,5 à 1,7 fois la valeur de la vitesse moyenne sur 10 minutes3. L'analyse de l'imprévu climatique accordera une place majeure au vent, météore le plus influent sur le déroulement des courses cyclistes. Les fortes chaleurs et les pluies spatialement plus ponctuelles ont un rôle important. Quel passionné, attentif à l'histoire du cyclisme, n'a pas en mémoire la chute de Luis Ocana sous l'orage dans la descente du col pyrénéen de Menté, privant certainement le coureur d'une victoire dans le Tour de France? Le champion espagnol appréciait, comme beaucoup d'autres, la chaleur. En revanche, Flamands, Bataves et Vikings sont très à l'aise dans le vent. Les facultés de chacun seront également prises en compte. Le calendrier cycliste épouse globalement le rythme des saisons. Les premières compétitions parcourent les littoraux méditerranéens. Puis les courses remontent en latitude en même temps que les températures vers les plaines de Flandre et les montagnes ardennaises. Des plateaux du Bassin parisien à ceux de la Manche espagnole, des sommets des Alpes à ceux de la Sierra Nevada, un voyage fait de surprises et d'efforts intenses. L'analyse des conséquences des phénomènes météorologiques, leur part dans l'explication des résultats des compétitions, n'exclut pas de saluer les hommes, champions de premier plan et sans grade, dont l'attitude en course pèse en priorité sur le déroulement de celle-ci. Déluges et chaleur torride condamnent les uns, font émerger les autres au tableau d'honneur de la légende des cycles. Que le rappel de quelques uns des exploits de ces héros des temps modernes soit une invitation à évoquer des moments essentiels d'un sport figurant parmi les plus exigeants qui soient: la fougue d'Henri et Francis Pélissier traversant une Beauce enneigée lors de Paris-Tours 1921, le talent de Gino Bartali dans la traversée des Alpes en 1948, le panache de Louison Bobet dans « son jardin» surchauffé de la Casse Déserte sur le versant sud du col d'Izoard, celui d'Eddy Merckx dans le froid des Trois Cîmes du Lavaredo lors du Giro 1968, la volonté de Bernard Hinault dans les bourrasques de neige balayant les Ardennes belges... Bon vent pour nous accompagner dans la roue des «Géants de la route ».
3 Michel Hontarrède, Rafale et vent moyen, Trappes, Met Mar, n0199, 2003, p. 3-6. 12

Première partie

L'imprévu climatique sur la route des coureurs

Chapitre 1 Quand Eole souffle favorablement: courses poussées

Certaines courses, en particulier des étapes de grands tours, se sont déroulées à des vitesses exceptionnelles, parfois supérieures à 50 km Ih. Les étapes contre la montre peuvent atteindre des vitesses encore plus élevées. A l'inverse, certaines courses battent des records de lenteur. En quoi le vent est-il impliqué dans ces vitesses très variables?
1.1. Les courses en Hene : des records de vitesse parfois anciens

Nous ne relatons dans les pages qui suivent que des épreuves en ligne dont le kilométrage est suffisant, de l'ordre de 150 km, pour attester du caractère exceptionnel de l'événement. En France, nous aurions pu retenir l'étape Tournon-Valence, de l'édition 1973 de Paris-Nice, courue à 53,023 km Ih de moyenne, mais sur seulement 19 km, la distance la plus réduite pour une course en ligne sur Paris-Nice. Nous relaterons les raisons d'une aussi courte distance dans le chapitre traitant de la « course au soleil ». 1.1.1. Le record du monde en Tunisie en 1964 Le record du monde de l'étape la plus rapide doit être à rechercher dans le Tour de Tunisie 1964, épreuve réservée aux amateurs qui attirait, à l'époque, de nombreux coureurs de premier plan. Cette édition, comportant 13 étapes, a été disputée par 18 équipes de 6 coureurs qui représentaient des pays de l'Europe et du Maghreb. Certains leaders accompliront ensuite une brillante carrière professionnelle: le Suédois Gosta Petterson vainqueur final et premier du Giro 1971, Lucien Aimar avec une équipe de France composée de Chappe, Lemeteyer, Desvages, Gutty et Bazire, et enfin Walter

Godefroot dont on connaît le palmarès comme coureur puis comme directeur sportif. Entre Gafsa et Gabès, le 30 mars, les coureurs atteignent une moyenne de 53,375 km/h sur une distance de 150 km. Jacques Marchand signale une tempête saharienne avec un vent de sable: « un décor assombri et encrassé de poussière jaune »4. A l'arrivée à Gabès, les coureurs ont 1 heure 30 d'avance sur l'horaire prévu. Il y a eu des bordures. Aimar crève deux fois, doit chasser en vain pour se rapprocher du groupe de Godefroot. Le Belge gagne l'étape et arrive avec 3 minutes d'avance en compagnie de Gosta Petterson. L'analyse de la situation atmosphérique montre qu'une descente froide est arrivée jusqu'en Afrique du Nord au niveau de l'Algérie. Dans ce cas, il se passe toujours un mécanisme décomposé en trois épisodes. Lors du premier, l'air froid, qui traverse la Méditerranée, se recharge en humidité sur cette mer aux eaux tièdes. Ensuite, il dépose ses pluies sur les côtes de l'Afrique du Nord, et enfin atteint les régions désertiques au-delà des chaînes de l'Atlas. En entrant en contact avec un milieu chaud et sec et en redescendant vers le désert, un vent violent se met en place. Il n'a aucune difficulté à soulever les éléments fins qui se trouvent à la surface du sol et qui ne sont pas retenus par une végétation ouverte, faite seulement de quelques touffes d'alfa. Encore faut-il que ce flux soit dans l'axe de la course? Ce 30 mars, la course se trouve dans le sud de la Tunisie, la partie la plus aride du pays, et sa trajectoire globalement ouest-est relie l'intérieur du désert à la côte. Le courant atmosphérique s'établit entre la dépression froide, qui s'est installée sur la Méditerranée et qui déborde sur les côtes du Maghreb, et l'anticyclone qui revient au centre du Sahara. Entre les deux, il ne pouvait que s'établir un vent d'ouest. Il est accéléré par la descente des reliefs de l'Atlas, car la forte densité de l'air froid accentue sa vitesse. Le couloir, entre cette chaîne de montagne et le cœur du Sahara, canalise le flux atmosphérique. Enfin, à l'est, le golfe de Gabès joue un rôle d'attraction. Les coureurs sont très fortement poussés dans l'axe de la trajectoire de la course.

4 L'Equipe,

31 mars 1964. 16

Tour de Tunisie 1964 - L'étape poussée Gafsa - Gabès

L'anticyclone saharien s'est reconstitué et a repoussé la descente froide

L'étape

poussée

u__u

u

l'étape

freinée

de la course du vent
Position des anticycJones

A
Position des dépressions

D

17

Si le Tour de Tunisie 1964 possède l'étape la plus rapide, la veille de cette dernière, les coureurs roulent à 25,14 km/h de moyenne entre El Kef et Gafsa et se présentent sur la ligne d'arrivée avec deux heures de retard sur l'horaire. Les caractéristiques climatiques sont globalement semblables. On est toujours dans le cas de cette descente froide qui atteint l'Afrique du Nord. Elle provoque une réaction sous forme de vent de sable. L'orientation générale de la course change car, entre El Kef et Gafsa, elle plonge vers le sud entre les chaînons de l'Atlas tunisien et le désert. L'orientation des vents a aussi changé en raison du basculement des centres d'action. La dépression froide, qui descend, a fortement pénétré sur le continent africain au niveau du Maroc et de l'ouest de l'Algérie. Elle a même provoqué la mise en place d'une dépression très provisoire sur le Sahara. Au même moment, on remarque la présence d'un petit anticyclone sur la Méditerranée orientale et la Libye. Le sud tunisien est donc concerné par un flux en provenance du sud qui remonte vers le nord et arrive face à la course. La vitesse ne peut pas être justifiée, ce jour-là, par une apathie des coureurs. Des cassures se produisent dans le peloton. Les conditions sont tellement dures dans ce désert par vent de face que Georges Chappe, tellement assoiffé, doit s'arrêter pour boire dans un hôtel du bord de la route et accuse un retard de 17 minutes à l'arrivée. Une descente froide d'origine polaire, qui arrive jusqu'au désert, est un phénomène connu qui amène une instabilité génératrice de pluies et de vents de sable. Si ce type de temps est très important pour le milieu désertique par l'humidité et parfois les inondations qu'il apporte, il ne dure pas, seulement le bref temps du passage de l'air en provenance des hautes latitudes, ce qui explique les changements atmosphériques rapides. Ces descentes froides peuvent poursuivre leur route jusqu'à l'Equateur et ont été suivies au travers du Sahara jusqu'au Cameroun. A vingt-quatre heures près, les trajectoires différentes des étapes d'une course et des flux atmosphériques qui évoluent, ont généré une course freinée entre El Kef et Gafsa avec un fort vent de face de direction méridienne contraire, et une course poussée entre Gafsa et Gabès avec un zéphyr d'ouest dans le dos. 1.1.2. Le record d'Europe en Espagne et en 1963... En prenant seulement en compte les grands tours professionnels, c'est la 10èmeétape de la Vuelta de 1963 qui détient la 18

moyenne la plus élevée. Elle relie les villes de Saragosse et de Lerida dans le fond du bassin de l'Ebre. Jean Stablinski, porteur du maillot « arc-en-ciel» de champion du monde et membre de l'équipe « SaintRaphaël» de Jacques Anquetil, l'emporte en couvrant les 144 km en 2h 47' 35", soit à 51,566 km/ho Le 10 mai, alors que la Vuelta se court au printemps, plusieurs facteurs contribuent à accélérer le vent favorable aux coureurs. D'abord, de Saragosse à Lerida, la première partie du parcours s'effectue selon une orientation nord-ouest sud-est jusqu'au désert des Monegros. C'est dans ce secteur que la course est la plus rapide avec 55 kilomètres parcourus dans la première heure. Il est vrai que les coureurs ont dans le dos un flux éolien particulièrement accéléré par les conditions météorologiques générales, puisque ce courant de nord-ouest, qui pousse la course, se situe entre un anticyclone centré sur l'Atlantique au large du Portugal et une dépression froide située, le 10 à 0 heure, sur les îles britanniques et, le Il à 0 heure, sur le nord de la France. Dans la journée, ce vent de nord-ouest n'a pu que se renforcer à cause de l'approche du centre des basses pressions.

la elta 1963, "Saragosse (9 mai) ; e-Lerida (10 mai) avec le du vent.

19

Une seconde raison explique la violence du vent. Le bassin de l'Ebre canalise et donc accélère les flux atmosphériques. Une troisième contribue à l'augmentation de leur vitesse: la descente d'un air frais à partir des hauteurs des confins pyrénéens et cantabriques en direction des zones chaudes et semi-désertiques du centre du bassin de l'Ebre. En aval, la Méditerranée, mer chaude, attire l'air froid. On retrouve le même mécanisme signalé antérieurement en Tunisie. Ce vent, le cierzo, est l'équivalent dans l'Espagne du nord du mistral et de la tramontane en France. Un petit zéphyr de nord-ouest peut se transformer en un flux violent. Il entre dans cette catégorie de flux atmosphériques qui sont accélérés par des axes de relief à proximité de la Méditerranée. Seule différence, en France il s'agit de vents de nord franc, alors qu'en Espagne l'orientation est nord-ouest. Les conditions géographiques des littoraux septentrionaux méditerranéens, avec leurs montagnes qui plongent vers une mer aux eaux profondes, tièdes ou chaudes, génèrent, de l'Espagne à la Turquie, des vents violents. Chaque fois qu'une masse d'air, en provenance de plus hautes latitudes, ose s'aventurer vers ces rivages, surtout si l'accès est canalisé par des couloirs, les flux atmosphériques s'accélèrent. Les autres raisons de cette vitesse exceptionnelle sont liées aux conditions de course. Jacques Anquetil et sept de ses équipiers, à l'exception de Guy Ignolin, animent un groupe de 30 coureurs avec l'aide des équipes «Kas» et «Faema ». Ensemble, ils souhaitent distancer Manzaneque et Perez-Frances, leaders de l'équipe « Ferrys », grande rivale des autres formations espagnoles. La suite de la course continue à bloc, alors qu'à partir des Monegros, l'orientation du vent n'est plus aussi favorable. En effet, pour remonter jusqu'à Lerida, le parcours prend une orientation ouest-est, qui correspond à un vent de :x arrière. La course est poussée alors que des cassures pourraient alimenter la rubrique «bordures» du Tour d'Espagne. Le groupe de Perez-Frances arrive avec un retard de 3' 20" sur Jean Stablinski, qui gagne l'étape, et Jacques Anquetil porteur du maillot amarillo. La rivalité entre les équipes espagnoles favorise le champion français. Il renouvelle en Espagne, sur la Vuelta de 1963, son exploit du Tour de France de 1961 : posséder le maillot de leader d'un grand tour, du soir de la première journée jusqu'à la victoire finale. La veille, le 9 mai 1963, la course est déjà très rapide, entre Pampelune et Saragosse, avec une vitesse de 45,698 km/ho Ceci 20

constitue un record très temporaire sur la Vuelta qui est battu le lendemain. Il suffit de regarder la carte pour constater que l'on se trouve sur l'amont du sillon de l'Ebre alors que le 10, le record, que nous venons d'évoquer, correspond à la partie aval du bassin avec la même orientation de la course et des vents. Le milieu géographique est semblable: une zone pelée balayée par Eole et aux précipitations proches de la semi-aridité. La seule différence concerne la météorologie. Le vent de nord-ouest en pleine vigueur le lendemain débute le 9 mai. L'anticyclone se situe au même endroit, mais la dépression septentrionale qui descend est encore très loin, au sud de l'Islande. Le flux atmosphérique de nord-ouest, qui provoque le cierzo, commence seulement. Le vent forcit en redescendant des hauteurs pyrénéo-cantabriques dans l'axe de l'Ebre : «Dans la vaste plaine, ce n'était qu'un nuage de poussière jaunâtre. Les blés verts se couchaient sans jamais pouvoir se relever le moindre instant. L'Ebre au cours si doux, se trouvait secoué par mille et mille convulsions, ce paysage en folie, c'est le cierzo »5. Encore ce n'était que le début de cet épisode venteux, cierzo ou moncayo selon les appellations locales, en pleine puissance le lendemain. Le Belge Baens remporte l'étape en précédant l'Italien Bono. Echappés, les deux téméraires arrivent avec 2'51" d'avance sur le peloton. N'oublions pas que le bassin de l'Ebre est une zone sèche sans arbre. Un vent violent, qui souffle dans le dos, accéléré par les conditions géographiques dans un secteur dépourvu de végétation, favorise un double record de vitesse dont celui du second jour tient encore aujourd'hui. Le revêtement médiocre des routes d'alors le rend encore plus remarquable. Au cours de ces étapes, on peut imaginer le sillon de poussière formé par la cohorte de la Vuelta, presque les caravanes de l'Asie centrale de Borodine. Le bassin de l'Ebre est particulièrement sec dans sa partie la plus basse. Le total des précipitations annuelles est de 340 mm à Saragosse, presque à la limite de la semi-aridité. Le mois de mai possède le maximum mensuel avec 45 mm en moyenne, ce qui ne correspond pas à une véritable abondance. Les totaux de l'été ne sont pas aussi faibles, avec 16,9 mm en juillet et 17,8 mm en août, que dans beaucoup d'autres régions méditerranéennes ibériques. Cette sécheresse extrême est liée à la position d'abri derrière les hauteurs de
5 L'Equipe, 10 mai 1963. 21

l'axe des Pyrénées aux monts cantabriques, qui stoppent les pluies océaniques, mais aussi derrière les chaînes côtières catalanes qui empêchent l'arrivée des pluies méditerranéennes. C'est en toutes saisons que la pluie a des difficultés extrêmes à pénétrer cet espace interne. Dans l'angle sud-est du bassin, le désert des Monegros, traversé ce jour-là, mérite son qualificatif en raison de sa position géographique qui accentue l'abri par rapport aux vents pluvieux. Le cierzo, facilité par la sécheresse, soulève d'autant plus les éléments fins des glacis d'érosion, qui constituent le fond du bassin, qu'ils sont composés en grande partie de roches tendres, à dominante gypseuse ou calcaire. Les sols, à la salinité très forte, comprennent beaucoup de poussières d'origine éolienne, que les conditions de ce 10 mai 1963 ne demandent qu'à entraîner, d'autant plus qu'une végétation chétive n'est pas capable de les retenir. Toutefois, ces régions ont beaucoup changé. En 1963, l'Espagne ne connaissait pas encore le développement économique actuel lié à son intégration dans l'Union européenne. Par ai11eurs, cette région a fait l'objet du premier aménagement hydraulique important que l'Espagne ait réalisé à la fin du franquisme. Si ce bassin manque d'eau atmosphérique, l'Ebre lui amène un débit substantiel en provenance des hauteurs arrosées des Pyrénées avec un module de 715 m3/s à Tortosa. Des barrages ont été construits en amont, en particulier sur les affluents qui descendent du nord, pour alimenter de très vastes zones irriguées dans le fond du bassin et même dans les Monegros. En 1963, ces aménagements, qui ont complètement modifié le paysage, commençaient à peine. 1.1.3. Le record du Tour de France avec le beau Mario Pour le Tour de France, l'étape la plus rapide reste la quatrième de l'édition 1999, disputée le 7 juillet, entre Laval et Blois. E11e est remportée au sprint par Mario Cipollini en 3 h 51' 45", soit une vitesse moyenne de 50,355 km/h sur une étape longue de 194,5 km : « le Gpo express », « un sprint de ] 94 kilomètres» ou « le vent de l'histoire »6. Le peloton roule en file indienne. La tentative d'échappée de deux téméraires, Anthony Morin et Paolo Mondini, est réduite à néant à 6 km de l'arrivée.

6 L'Equipe,

8 juillet 1999. 22

Ce jour-là, après les perturbations des jours précédents, un anticyclone gonfle sur le proche Atlantique et commence à envahir l'ouest de la France. C'est l'amorce du retour du beau temps, avec des températures maximales assez fraîches de l'ordre de 21 à 22° et un ensoleillement encore médiocre qui ne concerne qu'un cinquième de la journée. Ces bonnes conditions stimulent les coureurs. Le plus important est l'installation d'un courant puissant de nord-ouest sur le flanc des hautes pressions atlantiques. Il est attiré par une dépression sur le nord de l'Italie. Les vents provoqués sont particulièrement violents en altitude, de l'ordre de 60 nœuds à 5500 mètres environ. Au sol, la station de Tours donne des vents de 10 nœuds à midi. Il s'agit de vitesses moyennes sur dix minutes qui autorisent des rafales de plus de 30 km/ho

Etape Laval-Blois 7 juillet 1999
.. Laval
'"
"

.s.

Châteaùla

Vallière Château-Renault
Q

lmn 6mn 4mn Onzain

Blois

~

._!il!!

Tracé de la course Echappée de Morin et Mondini Direction du vent (sol et altitude) L'anticyclone au loin La dépression au loin

L'examen du parcours montre que les coureurs sont littéralement poussés par le vent. C'est déjà le cas dans les cent premiers kilomètres entre Laval et Château-la-Vallière. Sur ce tracé, quasiment rectiligne à l'exception de la traversée des petites 23

agglomérations, la route est dégagée sur de bas plateaux. Le bocage est irrégulier et les premières haies sont assez éloignées de la route. La pente reste très faible sur de très longues lignes droites. Les coureurs plongent vers le sud-est avec en arrière la stimulation du courant de nord-ouest. La moyenne des deux premières heures de course est époustouflante: 104,5 km parcourus au total, 52, I km dans la première et 52,4 dans la seconde. C'est dans cette partie du trajet que se construit le record. Ensuite, entre Château-Ia- Vallière et ChâteauRenault, la course change un peu de trajectoire en mettant le cap à l'est. Le vent reste % arrière sur des secteurs découverts pendant soixante kilomètres alors qu'on s'approche des plateaux céréaliers du Bassin parisien. Les deux échappés, Morin et Mondini, qui s'étaient extraits d'un groupe quelques kilomètres avant le changement de direction de la course, accroissent leur avance. De l' 20" à Châteaula-Vallière, elle s'élève à plus de 6 minutes et reste de 4' 25" à Château-Renault. A partir de cette dernière localité, la course plonge à nouveau vers le sud-est, la direction du vent devient donc à nouveau totalement arrière jusqu'à Onzain. Sur ce tronçon, les échappés réussissent à conserver une avance substantielle, plus de 3 minutes, en dépit de la chasse du peloton. Pour terminer, l'étape remonte vers Blois dans les 21 derniers kilomètres. Le vent n'est plus favorable, mais on se trouve au fond du Val de Loire dans une position relativement à l'abri. Cette nouvelle orientation de la course, avec l'accélération classique du peloton en fin d'étape, est fatale aux échappés. Sur un terrain sans grande difficulté et de longues lignes droites, on remarque que, sur les 194 kilomètres, on a eu 113 km de vent complètement arrière, 60 km par flux % arrière et seulement 21 km par vent de côté. Ces derniers se situent dans un milieu à l'abri, le Val de Loire, et enfin dans la ville de Blois. L'échappée a pris de l'ampleur à partir du moment où le vent a été % arrière et elle a été rejointe dans les derniers kilomètres aux conditions moins favorables pour deux coureurs isolés. Cette étape est le début d'une série de victoires consécutives de Mario Cipollini qui, après Blois, gagne à Amiens, Maubeuge et Thionville. Il prend le maillot jaune à Amiens grâce aux bonifications. Rares dans l'histoire du Tour sont les séries de ce type. Cipollini rejoint avec quatre victoires consécutives René Pottier (1906) et 24

Charles Pélissier (1930), mais il reste devancé par François Faber, « le géant de Colombes », avec cinq victoires en 1909. En revanche, les très grandes vitesses ne se poursuivent pas. Les trois étapes qui suivent sont courues entre 40,9 et 41,6 km/h de moyenne. En effet, la course change de cap en remontant vers le nord-est du pays, mais aussi la situation atmosphérique évolue. Le nord de la France est en marge d'un anticyclone centré sur les îles britanniques et la mer du Nord. Le vent modéré vient du nord-est, il est donc de ce fait légèrement défavorable. Le record de l'étape Laval-Blois est dû à l'adéquation pendant un seul jour de l'itinéraire de la course et de la direction du vent. Cette concordance très temporaire rend ce record isolé. Précédemment, sur le Tour de France, l'étape Evreux-Amiens de 1993 est la plus rapide avec une moyenne de 49,417 km/h sur un parcours de 158 km. Le vainqueur, Johann Bruyneel, devient ensuite le directeur sportif de Lance Armstrong dans les équipes «U.s. Postal» puis «Discovery Channel ». L'analyse du tracé montre que les coureurs suivent une trajectoire presque régulière de sud-ouest vers le nord-est en passant par Vernon, Gisors et son célèbre donjon médiéval, puis Beauvais. La course traverse de bas plateaux, recouverts de champs de céréales et sans abri forestier dans le Vexin et la Picardie. Une dépression centrée sur la mer du Nord permet l'approche d'une perturbation qui descend vers la France et qui se trouve, à 0 heure, sur la région de Londres, avant d'arriver sur notre pays dans la nuit qui suit. Avant le passage d'une perturbation, il y a presque toujours un courant de sud, plus précisément de sud-ouest que l'on nomme en Bretagne le surois très visible sur les cartes météorologiques. Ce flux de sud-ouest est particulièrement violent en altitude avec des vitesses de 45 à 65 nœuds sur les principales stations du secteur. Au sol, les observations sont rares en raison d'un mouvement du personnel du service de la météorologie nationale. A Paris, il est mentionné un vent de 15 nœuds à 12 heures TU. Il convient de signaler qu'il s'agit d'une moyenne sur 10 minutes qui laisse présager des rafales plus violentes que l'on peut estimer à 50 km/ho Les coureurs connaissent un courant favorable régulier dans le dos pendant toute l'étape, puisque la trajectoire de cette dernière suit la légère courbure du vent dans la remontée vers Amiens. Au début, entre Evreux et Vernon, le tracé est plutôt ouest-sud-ouest, comme le 25

vent en altitude et au sol. Ensuite, après Gisors et surtout Beauvais, la course se redresse pour prendre une direction franchement sud-ouest nord-est comme celle des courants atmosphériques. On peut signaler que, le 25 juillet 2003, la vitesse de l'étape Bordeaux-Saint-Maixent-l'Ecole vient s'intercaler entre les deux que nous venons de décrire. Pablo Lastras de l'équipe «Ibanesto.com » l'emporte à 50,184 km/h de moyenne. Les Français Thomas V oeckler et Andy Flickinger participent à l'échappée du jour. Cette seconde perfonnance réalisée dans le dernier tiers du Tour du centenaire ne sera jamais un record. Des moyennes exceptionnelles se produisent dans des conditions de course où on ne les attend pas. Des épreuves de montagne, réputées plus lentes, peuvent connaître des secteurs poussés avant d'aborder les reliefs. L'ensemble donne des vitesses parfois supérieures à celles enregistrées sur les épreuves plates. Lors de l'étape Tournon-le mont Ventoux du Critérium du Dauphiné Libéré 2005, Alexandre Vinokourov l'emporte à 44,14 km/h de moyenne en dépit d'une ascension mythique finale. Avant le «Géant de Provence », les premières heures de course sont avalées à 52,5 km/h de moyenne en raison d'un puissant mistral qui souffle dans le dos des coureurs. Ce vent, qui correspond à l'accélération des courants de nord dans le sillon rhodanien, est très visible ce jour-là en altitude au niveau de la surface des 500 hpa (hecto pascals, millibars autrefois), vers 5000 m, avec une vitesse de 60 noeuds à Lyon. Une telle vitesse moyenne, avec une montagne aussi élevée pour terminer, est difficile à trouver. Les conditions des courses en altitude et l'abri derrière les reliefs rendent le rôle du vent aléatoire selon le sens des vallées. Dans le cas d'une course se tenninant au mont Ventoux, les conditions à réaliser pour obtenir une grande vitesse sont rares. Il faut que la partie plane antérieure soit dans le sens nord-sud de la vallée du Rhône, lors d'un flux atmosphérique de nord-ouest déclenchant le mistral, avec des coureurs qui décident de lancer la course avant l'ascension. 1.2. Des étapes contre la montre de plus en plus rapides. Pour ce type d'épreuve, souvent moment de vérité pour le résultat final d'une compétition, il paraît plus difficile d'apprécier l'impact du vent sur la vitesse des coureurs. Les premiers du 26

classement général et les spécialistes sont toujours à fond. Les tracés correspondent souvent à des boucles qui induisent des conditions de vent changeantes, avec des parties favorables et d'autres contraires. Ceci contribue à amoindrir ou annuler son influence. L'interprétation des vitesses les plus importantes peut poser problème quant à l'importance relative du vent et des conditions de course. Sur le Tour de France, l'ancien record concerne la dernière étape du millésime 1989, entre Versailles et Paris, avec une moyenne horaire de 54,545 km/ho La situation du classement général peut paraître suffisante pour justifier cette vitesse. La victoire finale est en jeu entre Laurent Fignon et Greg LeMond séparés seulement de 50" au profit du premier nommé avant l'épreuve du chronomètre. Depuis l'Alpe d'Huez, ils alternent dans le port du maillot jaune ménageant un intense suspense. Greg LeMond reprend 58" à son rival handicapé par une blessure à la selle et remporte ainsi le Tour pour 8" sur les Champs- Elysées. N'oublions pas que le vent joue son rôle ce jour-là. On retrouve une concomitance entre la trajectoire de la course et celle des flux atmosphériques. La France connaît une situation orageuse de sudouest. La région parisienne a été peu touchée par la partie précipitations, puisque ces dernières ont affecté une diagonale du Bassin aquitain au plateau de Langres, avec 23 mm à Auch et 25 à Arcachon. En revanche, le vent pousse les coureurs avec un flux d'altitude de sud-ouest qui dépasse 30 nœuds au niveau de la surface des 500 hpa vers 5500 m. Il est beaucoup plus tourbillonnant au sol, comme souvent dans les situations orageuses, mais la direction dominante de sud-ouest subsiste avec des vitesses inégales qui ont pu être ressenties de façon différente en milieu urbain. Certaines rues, orientées dans le sens du vent, canalisent les flux et les accélèrent. Par exemple, à l'entrée de Paris, le trajet remonte la Seine avant d'atteindre les Champs-Elysées. C'est dans cette partie finale que Laurent Fignon perd le plus de temps. Dans ce secteur, les boulevards longent le fleuve entre deux murs de buildings dans un sens sud-ouest nord-est de l'entrée jusqu'au centre de la capitale. Dans d'autres orientations, les rues, avec des directions perpendiculaires, peuvent servir de protection. Par ailleurs, il suffit de regarder une carte pour constater globalement l'adéquation du sens du vent et du trajet de la course entre Versailles et Paris, et particulièrement près de l'arrivée. 27

1.2.1. 2005 explose le chronomètre, d'abord en France La première étape contre la montre du Tour de France 2005 suit un trajet méridien du sud-sud-est vers le nord-nord-ouest, de Fromentine à Noinnoutier, le long de la côte vendéenne. Elle tient lieu de prologue, allongé sur 19 kilomètres. David Zabriskie l'emporte à 54,676 km/h de moyenne en battant Lance Annstrong de 2". Il est poussé par un vent de sud-ouest au moment de l'après-midi où la vitesse, liée aux conditions atmosphériques, est renforcée par le tracé qui longe l'océan en continu. Le vent est toujours plus fort sur un océan que sur un continent, car ce dernier provoque un freinage au sol par sa rugosité: relief, végétation etc. La brise de mer s'ajoute au vent synoptique au moment du trajet de l'Américain au milieu de l'aprèsmidi. Le long de l'océan Atlantique, le record de Greg LeMond tombe, ce n'est qu'un hors d'œuvre. 1.2.2.2005 : un coup de Don Quichotte. Le 17 septembre, la dernière étape contre la montre de la Vuelta se déroule entre la cité de Don Quichotte, Guadalajara, et celle de son auteur, Cervantes, Alcala de Henares, sur 38,9 kilomètres. Il n'y a pas de lutte contre les moulins à vent, mais « le vent favorable fait des cyclistes voler à des vitesses plus vite que 70 km/h »7. C'est en quelque sorte la revanche de Don Quichotte sur le vent, dans un français approximatif. En réalité, la vitesse du vainqueur de l'étape, Ruben Plaza, 56,218 km/h, dépasse de plus de 1,5 km/h le record établi en France quelques mois plus tôt. Ce n'est pas l'exploit d'un seul coureur puisque le 10èmede l'étape, Vandevelde, court à une vitesse de 54,745 km/h, supérieure à celle de Zabriskie entre Fromentine et Noinnoutier. Les quatre premiers du classement général se tiennent en 10 secondes. Heras, le futur vainqueur de la Vuelta, est second à 577 millièmes. Sastre, Menchov et Mancebo, respectivement troisième, second et quatrième du général, tenninent l'étape à 4, 6 et 10 secondes. Pour obtenir cette vitesse, les conditions météorologiques se sont ajoutées à un profil rectiligne de la seconde partie du parcours, en légère descente, sur les plateaux dégagés des confins de la Castille et de la Manche. Une masse d'air en provenance des régions polaires arrive sur l'Espagne. Elle a déjà refroidi la France pendant la nuit
7 Site internet, « lavuelta.com », 17 septembre 2005. 28

précédente et atteint ensuite l'Atlas marocain, au point que des randonneurs se feront surprendre par une tempête de neige entraînant deux morts par hypothermie. A 10 heures, heure légale, le front froid, qui devance la baisse du thermomètre, arrive sur la région de Madrid. Après son passage, le vent passe au nord. Sa vitesse ne fait que s'accélérer jusqu'en fin d'après-midi où elle atteint 25 nœuds sur une moyenne de 10 minutes. La transformation en kmlh et l'évaluation des rafales les plus fortes permettent d'estimer le souffle à plus de 70 km/ho Une telle vitesse est liée à la situation atmosphérique. L'air polaire s'engouffre dans un couloir entre la barrière des hautes pressions atlantiques et une dépression centrée sur le golfe de Gênes. Des accélérations locales agissent sur le flux. L'air froid très dense prend de la vitesse en descendant des reliefs de la Sierra de Guadarrama située au nord de Madrid. Le tracé de l'épreuve accentue l'action du vent. En début d'étape, les coureurs se dirigent d'est en ouest jusqu'à Torrejon deI Rey. Le vent de nord vient de côté. Le premier pointage se situe au kilomètre 15,8, peu avant le changement de direction de Torrejon deI Rey. Mancebo passe en tête à 49,332 kmlh, ce qui correspond à une vitesse assez moyenne pour ce type d'exercice chronométré. Ruben Plaza, le futur vainqueur accumule un retard de 23 secondes. Ensuite, la course plonge vers le sud selon un parcours presque parfaitement rectiligne, en légère descente, avec le vent dans le dos. L'altitude chute de 680 à 560 m sur les plateaux secs et pelés de la NouvelleCastille. La vitesse du vent, avec un tracé rectiligne dans l'alignement de sa direction, sur des tables planes et dégagées en légère descente, constitue un cocktail détonnant pour des cyclistes motivés par la défense ou la conquête d'une place au classement général. C'est alors que les vitesses explosent. Ruben Plaza construit son succès. Au second pointage, situé au kilomètre 26, Heras passe en tête à la moyenne de 53,9 km/h depuis le départ, mais cette dernière monte à 64,5 km/h si on considère seulement les 10,2 km parcourus entre les deux pointages. Ruben Plaza est revenu à 6 secondes. Enfin, à l'arrivée, Ruben Plaza devance Heras de moins d'une seconde. Pour les 12,9 derniers kilomètres du parcours, la vitesse de ces deux coureurs monte à 62 et 61,5 km/ho On peut émettre l'hypothèse que le gain de l'étape se joue sur l'utilisation du vent dans une descente légère. A ce jeu, Ruben Plaza a 29

devancé Heras de 10 secondes, Sastre de 22 secondes, Menchov de 23 et Mancebo de 33. Comme les descentes favorisent plus les lourds que les légers, comme le vent qui pousse profite plus à ceux qui présentent une surface plus importante à ses rafales, on peut émettre 1'hypothèse que la morphologie et la position sur le vélo des différents coureurs a joué un rôle sur le résultat de l'étape. Quitte à se demander également si Heras avait réellement besoin d'utiliser des produits illicites pour conforter sa place au classement général? 1.2.3. Encore plus vite pour les contre la montre par équipes et les prologues. Les vitesses les plus grandes sont à rechercher parmi les courses contre la montre par équipes. Dès la fin des années soixantedix, des équipes, spécialistes de ce genre d'effort, atteignent plus de 48 km/ho Par exemple, l'équipe «Ti Raleigh» gagne l'étape Captieux- Bordeaux du Tour 1979 à 48,262 kmlh de moyenne sur une distance de 87,450 km. C'est un type d'étape par nature rapide puisqu'il allie l'intensité de la lutte contre le chronomètre à la cohésion des coureurs de l'ensemble de la formation. On atteint toutefois des vitesses ahurissantes avec le record battu sur l'étape du Tour de France 2005 entre Tours et Blois à 57,324 km/h pour un parcours de 67,5 km. Le rythme est plus rapide sur la première patiie du parcours entre Tours et Onzain puisque l'équipe « CSC » alors en tête réalise une moyenne de 58,30 km/ho Les conditions météorologiques jouent un grand rôle. La trajectoire globale de l'étape et surtout sa première partie sont orientées globalement sud-ouest nord-est. La direction du vent est identique. Sa vitesse, modérée le matin, entre 5 et 8 nœuds de moyenne, enfle au moment de la course et passe de 13 à 16 nœuds entre 14 et 19 heures, ce qui a donné localement des rafales de 50 à 60 km/h à la station de Tours. Cette accélération du vent est liée à l'approche d'un front chaud qui précède la perturbation qui descend des hautes latitudes. En avant du passage d'une perturbation, le vent est plutôt de sud. Il s'accélère au passage du front qui, à 14 heures, passe sur la région nantaise. Au départ, le vent est de % arrière. A partir d'Amboise, il arrive totalement dans le dos des coureurs jusqu'à Chaumont-sur-Loire. Autre facteur d'accélération, le Val de Loire, dans lequel se déroule l'étape, a un rôle de canalisation du flux atmosphérique. Les valeurs enregistrées à 30

la station de Tours, située hors du Val, dont nous vous communiquions les vitesses du vent, sont certainement inférieures à celles ressenties le long du fleuve. De plus, pendant cette première partie du parcours, la course emprunte les levées de la Loire. Ce sont des digues qui ont été construites dès le Moyen Age pour protéger la vallée des crues célèbres du fleuve. Elles n'ont pas empêché les inondations de causer de grands dégâts dans le passé, car 1'histoire du fleuve multiplie les récits des brèches au cours des grandes crues, en particulier les trois plus importantes du XIXème siècle: octobre 1846, juin 1856 et septembre/octobre 1866 qui restent inégalées dans cette région. De part et d'autre du fleuve, les routes principales du Val ont été construites sur ces levées, dont celle de la rive gauche empruntée par les coureurs. Ces derniers utilisent donc une voie surélevée qui offre une prise au vent maximale. Ces aspects géographiques contribuent à expliquer la moyenne exceptionnelle réalisée pendant cette première partie du parcours par l'équipe « CSC ». Ensuite, l'allure diminue, non en raison de l'orientation par rapport au vent qui reste favorable, mais à cause de la topographie du parcours. Après avoir franchi le fleuve, la course descend dans le fond du Val à Onzain, suit le cours d'un affluent de la Loire, la Cisse, pour s'insinuer dans le plateau dont elle escalade le rebord avant de descendre sur Blois. Le parcours y est beaucoup plus protégé du vent. Al' arrivée, l'équipe «CSC », en tête dans la première partie, est devancée d'extrême justesse par celle de Lance Annstrong en raison d'une chute du maillot jaune au pied du château de Blois. David Zabriskie, alors leader, chute: sa roue arrière chasse pour une raison indétenninée. L'incident ayant lieu avant le dernier kilomètre, il ne peut bénéficier du règlement qui attribue au coureur accidenté, dans ces conditions, le même temps que ceux avec lequel il se trouve. Zabriskie abandonne sa tunique jaune à Armstrong et son équipe perd l'étape. Le «Team CSC » prend sa revanche lors du Giro 2006 entre Piacenza et Crémone en approchant ce précédent record à 56,859 km/ho Nous n'avons pas pris en compte la première étape de la Vuelta 2006 à Malaga, disputée sur seulement 7 km et remportée également par l'équipe « CSC » à 57,632 km/ho En juillet 2005, l'équipe «Discovery Channel» efface des tablettes la perfonnance de la fonnation «Gewiss BalIan» réalisée entre Mayenne et Alençon lors du Tour 1995 avec 54,930 km/h, sur 31