De l'Ain au Danube. Témoignages de vétérans de la 1ère armée française (1944-1945)

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Ce livre présente les témoignages d'une vingtaine de vétérans de la Seconde Guerre mondiale, héros modestes qui, malgré les atteintes de l'âge, ont conservé une jeunesse de coeur et d'esprit, mais aussi la simplicité et l'optimisme de leur engagement d'hier. Avec la pudeur qui caractérise les vrais combattants, ils racontent ce que furent pour eux la guerre et la Libération, restituant l'atmosphère du temps, la camaraderie, la dureté des opérations.
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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EAN13 : 9782296509252
Nombre de pages : 298
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Serge
DE L’AIN Bouchet AU DANUBE MémoiresMémMMéMémoires de Fareinsee du XX siècledu Xdu XXdu Xu XXXXX siècless
Ils avaient 20 ans ou presque, et vibraient pour leur patrie,
occupée depuis 1940. Ils rêvaient d’aventure et d’héroïsme,
et s’ils connurent l’un et l’autre, ce ne fut pas sans peine ni
sacrifices… Au fil des années, ils sont devenus des vétérans, DE L’AIN AU DANUBE
des mémoires vivantes d’une épopée moderne dont peu sont
revenus.
Délégué pour le département de l’Ain de la Fondation TÉMOIGNAGES DE VÉTÉRANS Maréchal de Lattre, Serge Bouchet de Fareins a rencontré
une vingtaine de ces héros modestes, dont il a recueilli le èreDE LA 1 ARMÉE FRANÇAISEtémoignage, faisant ainsi acte d’historien. Le résultat de cette
collecte est étonnant : malgré les atteintes de la vieillesse, (1944–1945) ces hommes ont conservé une jeunesse de coeur et d’esprit,
mais aussi la simplicité et l’optimisme de leur engagement
Préface d’André Sciardd’hier, nourrissant toujours la même passion désintéressée
pour la France.
Avec la pudeur qui caractérise les vrais combattants,
ils racontent, incités par l’auteur, ce que furent pour eux la
libération du territoire et la Seconde Guerre mondiale. Leur
mémoire est intacte pour restituer l’atmosphère du temps, la
camaraderie, la dureté des opérations...
Notre époque est trop peuplée de faux héros pour que
ne soit pas conservé le souvenir de ceux qui pourraient y
prétendre, sans jamais en avoir eu la prétention pour autant.
Souvenirs inédits de Henri BEGUIN, François BERTHIER, Paul
BILLON, Henri BOISSELET, Pierre BOUCHET de FAREINS, René
BREVET, Pierre COLOMB, Armand des GARETS d’ARS, Roger
GAMPER, André GAY, Louis GIRARD, Victor JANODY, Pierre-
Olivier LOLLINI, Marc MAGUIRON, Jean SARRAZIN, Jacques
SOYER, René TRONTIN.
Légende de la photo de couverture : Allemagne, avril 1945 : tirailleurs
e emarocains de la 2 D.I.M et « marsouins » de la 9 D.I.C ; à l’arrière de la jeep,
deux prisonniers ennemis (coll. de l’auteur).
ISBN : 978-2-336-00306-1
Prix : €

Serge Bouchet
ère
DE L’AIN AU DANUBE n Témoignages de vétérans de la 1 Armée Française
de Fareins





DE L’AIN AU DANUBE
Témoignages de vétérans
ère de la 1 Armée Française
(1944–1945)
eMémoires du XX siècle


Déjà parus


Gabriel BALIQUE, Saisons de guerre, Notes d’un combattant
de la Grande Guerre, 2012.
Jean DUCLOS, Notes de campagne 1914 – 1916 suivies d’un
épilogue (1917 – 1925) et commentées par son fils, Louis-Jean
Duclos Collectif-Artois 1914/1915, 2012.
Odette ABADI, Terre de détresse. Birkenau – Bergen-Belsen,
nouvelle édition, 2012.
Sylvie DOUCHE, Correspondances inédites à des musiciens
français. 1914-1918, 2012.
Michel RIBON, Jours de colère, 2012.
François MARQUIS, Pour un pays d’orangers, Algérie 1959-
2012, 2012
Jacques RONGIER, Ma campagne d’Algérie tomes 1 et 2,
2012.
Michèle FELDMAN, Le Carnet noir, 2012.
Jean-Pierre CÔMES, Algérie, souvenirs d’ombre et de lumière,
2012.
Claude SOUBESTE, Une saison au Tchad, 2012.
Paul OLLIER, Algérie mon amour, 2012.
Anita NANDRIS-CUDLA, 20 ans en Sibérie. Souvenirs d’une
vie, 2011.
Gilbert BARBIER, Souvenirs d’Allemagne, journal d’un S.T.O,
2011.
Alexandre NICOLAS, Sous le casque de l’armée, 2011.
Dominique CAMUSSO, Cent jours au front en 1915. Un
sapeur du Quercy dans les tranchées de Champagne, 2011.
Michel FRATISSIER, Jean Moulin ou la Fabrique d’un héros,
2011.
Joseph PRUDHON, Journal d'un soldat, 1914-1918. Recueil
des misères de la Grande Guerre, 2010.
Arlette LIPSZYC-ATTALI, En quête de mon père, 2010.
Serge BOUCHET de FAREINS







DE L’AIN AU DANUBE
Témoignages de vétérans
ère de la 1 Armée Française
(1944–1945)




Préface du Général de Corps d’Armée (2S)
André Sciard








L’Harmattan



Du même auteur :

Journet de l’An II, biographie romancée du chef de bataillon
Claude Journet (1768-1858), officier de l’Empire, 211 pages,
Editions de La Tour Gile, Péronnas 1992, épuisé.
Avis de recherche, comédie en 3 actes, 98 pages, Editions Le
Manuscrit, Paris, 2006.
Le diable dans le grenier, roman, 426 pages, Editions Le .
Fugues et escapades, nouvelles, contes et poèmes, 93 pages,
Editions Le Manuscrit, Paris, 2007.
Vous ne passerez pas ! La résistance du département de l’Ain à
l’invasion autrichienne en 1814, essai historique, 132 pages,
Editions Au coeur de ma plume, Marboz, 2007.


N.B Ces ouvrages sont disponibles auprès de l’auteur :
bouchetdefareins.serge@neuf.fr














© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-00306-1
EAN : 9782336003061

À la mémoire de mon père.

1À « Tonton Jacques »,
instigateur et premier témoin de cet ouvrage,
avec toute mon affection.



1
Le lieutenant-colonel Jacques Soyer, ancien compagnon d’armes de mon père.



PREFACE


Ils avaient 20 ans en 1944.
La guerre les a surpris dans leur adolescence. Ils ont connu
les privations imposées par le rationnement, les brimades
quotidiennes de l’occupant, les exactions de toute nature à
l’encontre des populations civiles. Ils ont forgé l’esprit de
Résistance dans le creuset de la douleur mais aussi dans leur foi en
l’avenir de la France que le général de Gaulle incarnait déjà.
Engagés volontaires dans les maquis, ils ont, dans la
simplicité et l’humilité, agi pour que la France retrouve sa liberté et
son honneur perdu. Combattants de l’ombre, ils ont affronté avec
courage et abnégation tous les dangers de la vie clandestine.
Et puis, c’est tout naturellement qu’ils se sont engagés, pour
la durée de la guerre, dans l’Armée de Lattre qui venait de
débarquer sur les côtes de Provence le 15 août 1944. Soldats de la
Première Armée Française, ils ont affrontés les durs combats de
l’hiver 1944 – 1945. Ils ont apporté, chacun à leur manière, leur
contribution à la victoire du 8 mai 1945.
Voici que M. Serge Bouchet de Fareins, Président du
Comité départemental de l’Ain de la Fondation Maréchal de Lattre,
a entrepris de recueillir, selon une méthode précise, les témoignages
de ces hommes qui, dans les circonstances terribles de la Seconde
guerre mondiale, se sont engagés résolument pour redonner à leurs
concitoyens honneur et liberté.

9
Ce livre est un hommage à leur action. Il est aussi, par les
témoignages qu’il présente, un message d’ardeur et de courage
adressé aux jeunes d’aujourd’hui.
Alors que tous, jeunes et moins jeunes, lisent ce livre.


Général de Corps d’Armée (2S) André Sciard
Président de la Fondation Maréchal-de-Lattre,
èreVétéran de la 1 Armée Française








10
AVANT-PROPOS


À l’origine, il n’était question que de rédiger un court article,
destiné à la revue La Cohorte éditée par la Société des Membres de la
Légion d’honneur : cet article, amicalement suggéré par le Lieutenant-
colonel Soyer, alors Président de la Section de l’Ain, se proposait de
èreprésenter les témoignages des quelques survivants de la 1 Armée
2« légionnaires » résidant dans le Bugey ou le Valromey. Dès les
premiers entretiens, j’ai été saisi par la qualité de l’accueil des uns et des
autres, par le souci de m’aider à accomplir ce travail de mémoire, mais
aussi par la vivacité, la richesse et l’originalité des souvenirs qu’ils ont
accepté de me faire partager, avec pudeur et émotion.
èmeLes ouvrages de qualité traitant de la 2 Guerre Mondiale sont aussi
innombrables que variés : les uns étant généralistes, les autres, au
contraire, s’attachant plus particulièrement à une nation, une période,
un corps d’armée ou une unité régimentaire, voire à une bataille
spécifique ou un personnage hors du commun…
Peu nombreux, toutefois, sont ceux qui réunissent les témoignages des
petits, des sans-grades, le plus souvent anonymes, qui – avec leur sang
et leurs larmes – ont forgé l’inoubliable victoire de la Première Armée
Française, menée par ce chef exceptionnel qui avait nom Jean de Lattre.
Eux ont vécu l’Histoire de l’intérieur. Mieux : ils l’ont faite. Bien sûr,
avec l’âge – et combien le leur est respectable ! – les souvenirs, comme
de vieilles photographies, perdent de leur netteté ; la mémoire,
défaillante, se joue des lieux et des dates. Qu’importe ? Ce qui ressort le
plus souvent de leurs témoignages, c’est l’authenticité de l’engagement
pour les valeurs patriotiques auxquelles ils croyaient alors et croient
toujours, c’est l’esprit de sacrifice auquel ils ont délibérément consenti,

2 Dans le sens de : « membres de la Légion d’honneur ».
11
afin que soit lavée la honte d’une défaite à laquelle ils ne se résignaient
pas. C’est aussi la simplicité, la pauvreté de leur condition de simples
soldats, perdus dans l’immensité d’un combat titanesque, ce sont les
souffrances quotidiennes (la faim et, surtout, le froid du terrible hiver
1944-45 reviennent partout comme un cauchemar récurrent), le chagrin
dû à la perte d’un camarade tombé à leurs côtés… Mais, aussi, la force
de la mâle camaraderie, de l’esprit de corps ; la fierté – combien
justifiée ! – d’avoir participé à l’épopée « Rhin et Danube », sans
conteste une des plus glorieuses des temps modernes. Et, surtout,
d’avoir redonné, en même temps que la liberté, la dignité à la France.
Cette épopée de « l’Armée de Lattre », d’autres – bien plus qualifiés que
je ne le suis, soit qu’ils l’aient vécue, soit qu’ils l’aient étudiée en tant
qu’historiens – l’ont relatée. En revanche, du moins dans le
département de l’Ain, peu à ma connaissance ont cherché à sauvegarder
les témoignages des survivants : encouragé, aiguillonné, par l’intérêt
qu’ont éveillé en moi les tout premiers, il m’a semblé qu’incombait au
Comité de l’Ain de la Fondation Maréchal de Lattre le devoir d’aller en
recueillir d’autres. C’est ainsi que d’un article de quelques pages,
l’objectif est rapidement devenu plus ambitieux, jusqu’à envisager le
présent ouvrage.

Il convient, selon l’usage, de donner aux lecteurs quelques clés
préalables : avant tout, précisons qu’il n’est nullement question de
prétendre être exhaustif, mais qu’il s’agit d’un échantillon représentatif
èred’anciens de la 1 Armée, natifs de l’Ain ou y résidant.
Leurs témoignages ont été recueillis auprès de personnes
consentantes (le plus souvent sur dictaphone), listées et préalablement
contactées par courrier accompagné d’un questionnaire préparatoire.
Les textes rédigés à partir de ces témoignages enregistrés sont
par conséquent inédits, tout comme les illustrations, extraites d’archives
personnelles ou de celles des « interviewés ». Les uns et les autres ont
été soumis à l’approbation des intéressés.
12
Le style usité, de forme « questions-réponses », a volontairement
respecté au mieux le langage et les expressions de chacun, fussent-ils
parfois « fleuris ».
Chaque entretien ayant pour canevas le même questionnaire,
certaines questions, par définition récurrentes, semblent apporter des
réponses semblables ; en fait, formulées différemment, elles se
complètent, se confirment, s’authentifient. En effet, il est bien rare
qu’elles soient contredites par les ouvrages de référence. Quand,
d’aventure, cela se produit, il ne s’agit le plus souvent que d’une erreur
de date ou de lieu. Ou encore d’une confusion de noms (notamment
ceux de villages alsaciens ou allemands), bien pardonnable après si
longtemps.
A ces témoignages « directs », il en a été ajouté un que je
qualifierais d’indirect, celui de mon père, qu’il m’importait de
transmettre dans ce cadre.
Le but de ce travail de mémoire est de faire en sorte que ces
souvenirs, ces témoignages, si imparfaits soient-ils, ne périssent pas :
que d’autres, après moi, y trouvent la même émotion, y puisent la même
force et le même respect envers ceux qui les ont vécus et ont accepté de
nous les livrer. Et, en toutes circonstances, se rappellent et sachent
appliquer la belle devise du chef exceptionnel que fut le maréchal de
Lattre de Tassigny : « Ne pas subir !

Serge Bouchet de Fareins

Délégué départemental pour l’Ain
de la Fondation Maréchal-de-Lattre,
Président de l’Amicale
des Anciens Tirailleurs Marocains de l’Ain
13








I. LES UNS VINRENT DU BUGEY…


























Les survivants du groupe « Hello » devant le monument aux morts de Belley, 1986
(archives Soyer, collection de l’auteur)
LE GROUPE HELLO

C’est à Roger Gamper qu’aurait dû revenir l’honneur de nous présenter le
Groupe « Hello » dont, aidé du colonel Jean Guillon, il présidait l’amicale. Il
n’en a malheureusement pas eu le temps : le chagrin dû à la perte de son épouse,
à l’automne 2009, hâtant les ravages de la maladie incurable qui le rongeait,
eut raison de ses dernières forces et nous enleva, début 2010, cet ami dont le
sourire, l’inébranlable gentillesse, resteront toujours gravés dans nos cœurs.
Non sans quelque émotion, son voisin et compère, le Lieutenant-colonel Jacques
Soyer, a fort aimablement accepté la charge d’évoquer à sa place ce que fut le
maquis baptisé « Groupe Hello », où se forgea leur belle et virile amitié.
SBF : Comment, où et quand le « Groupe Hello » a-t-il été
formé ?
Lt-colonel Jacques SOYER : Au printemps et au début de l’été
1944 se trouvent dans la région de Belley de jeunes hommes
désireux de participer à la lutte contre l’occupant et à la libération
de notre sol. Ils sont en général trop jeunes, trop éloignés, ou sans
connaissance des événements qui ont déjà secoué le Valromey
depuis janvier 1944 : parachutages d’armement, premier accrochage
de Pré Carré, combat de Ruffieu, embuscade de Samonod.
Toujours est-il qu’au mois de juin, 141 jeunes, habillés un peu
n’importe comment, prennent le maquis dans la région du Jalinard
et de la ferme des Planes (commune du Petit Abergement) et
forment le groupe Hello sous les ordres d’un ancien officier de
17
Tirailleurs Marocains originaire de Flaxieu (01350) : le lieutenant
3Guilland , devenu général par la suite.
SBF : Le lieutenant Guilland possédait donc, déjà, des
contacts avec la Résistance ?
J.S : Oui, on sait maintenant que le Lieutenant Guilland était en
relation avec le commandant Chabot, lui même dépendant du
lieutenant Plutarque (nom de « résistant »), et que ce dernier avait
souhaité que le lieutenant Guilland plaçât son groupe dans les
parages du col de la Cheminée, ce qui fut fait à Jalinard-Les Planes.

La ferme des Planes autrefois (coll. Soyer)
SBF : Qui étaient ces jeunes maquisards ?
J.S : Des étudiants arrivés en fin d’année scolaire au mois de mai,
dont certains s’étaient connus à l’Institution Lamartine de Belley,

3 Après avoir terminé sa carrière militaire comme général de brigade, il fut
nommé Secrétaire Général de la Chambre du Commerce de l’Ain ; retiré à
Flaxieu (Bugey), il s’y est éteint en 2009.

18
des jeunes des Chantiers de Jeunesse refusant de partir avec leur
groupement en Allemagne au titre du STO (service du travail
obligatoire en Allemagne), donc réfractaires, ou encore quelques
eranciens sous-officiers ou hommes de troupe ayant appartenu au 1
Bataillon de Chasseurs de l’Armée d’armistice stationné à Belley
avant sa dissolution, et d’autres encore.
SBF : Pour la plupart, vous n’aviez aucune expérience du
combat ?
J.S : Sauf exception, la grosse majorité d’entre nous n’avait encore
jamais tenu un fusil de guerre entre les mains ; nous n’avions pour
nous que notre enthousiasme et notre désir de chasser l’occupant.

Le Jalinard, hiver 2011 (cliché de l’auteur)
SBF : Vous souvenez-vous comment vous avez été recruté ?
J.S : Parmi ceux qui sont toujours de ce monde et qui ont pu être
interrogés autour de Belley, aucun ne sait vraiment qui a battu le
rappel et comment ils ont réussi à se réunir. Il est vraisemblable
que le bouche à oreille a fonctionné en toute discrétion, ce qui n’est
pas étonnant compte tenu de l’ambiance du moment à Belley,
19
consécutive à des différents entre groupes de résistants, voire pour
certains quelques abus ou exactions.

La ferme des Planes, 64 ans après… (cliché de l’auteur)
SBF : Comment votre formation s’est-elle effectuée ?
J.S : Nous avons été répartis en sections dont le commandement
fut confié à ceux qui possédaient le plus d’expérience. Les gradés
d’active étaient : 3 adjudants-chefs, 1 sergent-chef et quelques
sergents. Commença alors un début d’instruction dans la région
boisée de la ferme des Planes et l’attente de l’armement… qui ne
vint jamais. Le groupe fut contraint de s’entraîner au tir avec une
unique mitraillette Sten anglaise, arme dont le danger est demeuré
légendaire : privée de dispositif de sécurité, le coup peut partir suite
au moindre choc, à la moindre secousse.
SBF : Cette énorme lacune, qui aurait pu vous être fatale,
vous a tous empêchés d’agir et forcés à vous tenir cois ?
J.S : Absolument. Ne pouvant agir, le groupe Hello n’avait qu’une
chose à faire : passer inaperçu en attendant d’être équipé et armé.
20
SBF : A quel moment avez-vous enfin reçu équipement et
armement ?
J.S : C’est seulement au mois d’août que le lieutenant Guilland prit
èmecontact avec le 5 Régiment de Tirailleurs Marocains, débarqué
avec l’Armée « B » à Saint-Tropez le 15 août 1944, et qu’il négocia
avec le colonel l’intégration du groupe Hello au régiment.

Saint Pierre d’Albigny, autrefois (coll. de l’auteur)
SBF : Comment avez-vous été répartis dans cette unité, déjà
très aguerrie ?
J.S : La question se posa soit de disperser les hommes dans les
divers bataillons ou unités, soit d’adjoindre le groupe en compagnie
franche. Celui-ci n’était nullement expérimenté, de sorte que la
première solution s’imposa. Fort jeunes, pour la plupart, encore
peu aguerris, nous fûmes dispersés et « amalgamés » à des
unités déjà bien rodées. Ce qui valait mieux pour notre survie
que de rester en unité constituée… Nous nous serions fait étriller.
ème erCertains furent affectés au 2 bataillon, d’autres au 1 bataillon
qui était en fait un bataillon d’Algériens venus en renfort pour
èmecompenser les lourdes pertes subies par le 5 RTM durant la
campagne d’Italie.
21
SBF : C’est à ce moment-là que, pour vous, commença
èreréellement l’épopée au sein de la 1 Armée française du
général de Lattre de Tassigny…
J.S : Oui. La majorité des jeunes que nous étions ont signé à Saint-
Pierre d’Albigny (Savoie) un engagement volontaire « pour la durée
de la guerre » : nous nous sommes battus en France, en Allemagne,
en Autriche… Aucun d’entre nous n’était alors gradé. Toutefois,
dès que nous eûmes acquis quelque expérience, nos supérieurs
purent compter sur nous pour les aider à encadrer les soldats
« indigènes ». Nombre d’entre nous ont été blessés, quelques-uns
ont fait une carrière militaire, la plupart a été démobilisée après
l’armistice du 8 mai 1945 ; aujourd’hui les rangs des survivant, âgés
de 88 ans ou plus, s’éclaircissent.
SBF : D’où l’importance de recueillir leurs témoignages…
J.S : En effet. Il y a, malheureusement, urgence.



ème èmeInsignes de la 2 D.I.M (à gauche) et du 5 R.T.M.
(coll. de l’auteur)

22

Un résistant de la première heure :
PAUL BILLON

Paul Billon, né en 1925, « est un élément particulièrement méritant en raison
de son beau passé d’ancien combattant depuis le début de la Résistance jusqu’à
4la fin de la deuxième guerre mondiale » : en effet, dès la défaite de 1940 – il
n’est alors âgé que d’une quinzaine d’années –, il se met en relation avec des
éléments de l’Armée Secrète, rend de précieux services à la Résistance, soit en
portant des plis et en fournissant des renseignements, soit en participant
activement à la destruction par explosif de ponts ou de voies ferrées, jusqu’à son
baptême du feu, en juin 1944, tout près de son village natal ; puis il rejoint le
Groupe Hello et, peu après, s’engage « pour la durée de la guerre » dans les
èrerangs de la 1 Armée du général de Lattre.

S.B.F : Vous êtes entré tout jeune dans la Résistance. Peut-on
dire aujourd’hui que vous étiez alors inconscient du danger
que cela représentait ?

Paul BILLON : Je n’irais pas jusque-là. On savait quand même
bien ce qui nous attendait si l’on se faisait prendre. Mais ce qui
primait, c’était la volonté de « foutre le Boche dehors ». Quel qu’en
soit le prix.

S.B.F : Vous aviez à peine quinze ans, il fallait être « gonflé » !
Quel fut votre première action résistante ?

P.B : Sans mentir, je peux me vanter d’avoir été un des premiers
résistants. En juin 1940, j’ai dû, la mort dans l’âme, assister à la

4 Mémoire de proposition pour la Médaille militaire en faveur de M. Billon,
janvier 2011.
23
parade victorieuse des soldats de la Wehrmacht dans ma petite
commune de Massignieu : ils sont restés une quinzaine de jours.



Paul Billon, résistant le la première heure,
exhibe la crosse du « bijou » (cliché S.B.F, mars 2012)

À peine ont-ils fichu le camp, que je suis allé fouiner dans leur
campement : j’y ai récupéré, au pied d’un sapin, un fusil à la crosse
et au fût cassés, abandonné dans la nature, sans doute après avoir
été volontairement mis hors d’usage par un soldat allemand.
Il y avait la culasse et le canon avec. Je crois que c’était un fusil
anglais. Sans doute une prise de guerre, un trophée que le « Fritz »
n’a pas pu emporter plus loin.
C’était, bien sûr, interdit et risqué de conserver cette arme,
mais pour moi c’était important : c’était mon premier geste de
rébellion face à l’envahisseur. Mon grand-père avait fait trois ans de
service militaire avant 1914, mon père et lui avaient possédé des
fusils de chasse. Bref, ils s’y connaissaient un peu en armes. On l’a
rafistolée, cette pétoire. Je l’ai toujours, cette crosse, elle a servi de
modèle pour en faire une nouvelle et rendre l’arme réutilisable…



24
S.B.F : À quoi vous employait-on, dans la Résistance ?

P.B : Natif de Belmont, je connaissais bien les environs et tout
autant les fermes du coin ; l’occupant avait, a priori, peu de raisons
de se méfier d’un gamin. Alors, je transportais des courriers,
j’observais (par exemple, les passages de transports de troupes) et
en rendais compte…

S.B.F : Vous êtes rapidement passé à des actions plus…
directes !

P.B : En effet, peu après, j’ai pris une part active à des sabotages
de ponts ou de voies ferrées… Jusqu’au 13 juin 1944.

S.B.F : Une date importante dans votre parcours ?

P.B : Et comment ! C’est là que j’ai eu le baptême du feu : c’était
au lieu-dit « Samonod », sur la commune de Belmont. J’étais
ravitailleur de F.M. Le tireur se nommait Héraut : il avait servi aux
Chasseurs, à Belley.

S.B.F : Fusil-mitrailleur avec lequel, le tireur et vous, vous
avez « mis au tapis » une quinzaine de soldats de la
Wehrmacht.

èmeP.B : Ils appartenaient à la 157 Division d’Infanterie. Ce
n’étaient pas des fillettes, vous pouvez le croire ! Dès le 8 juin, un
peu partout, la Résistance s’employait à monter des embuscades
pour empêcher les Allemands de monter à la rescousse de leurs
unités prises à partie par les troupes alliées débarquées en
Normandie. Dès le 10, nous avions reçu pour mission de bloquer
au maximum, par des barrages et des embuscades, les voies de
25
communication situées sur l’axe Brénod-Hauteville, puis de
prolonger plus bas ce blocage, au sud du Valromey. Les
5« doryphores » réquisitionnaient tout ce qu’ils trouvaient comme
véhicules : ils sont arrivés une bonne centaine dans deux autocars à
6gazo .

S.B.F : Vous étiez nombreux pour leur tenir tête ?

P.B : Au début, oui. Mais on a bien failli se faire encercler. Très
vite, beaucoup de nos camarades, sans doute trop peu armés, ou
pas assez aguerris, ont dû se replier. Nous nous sommes retrouvés
à peine une dizaine. Finalement, on s’en est bien tiré : on n’a pas eu
un seul tué ; l’ennemi, lui, en a eu une bonne quarantaine. J’avais
confié le « bijou », remis en état de marche, à mon chef de maquis,
le commandant Jean Brabant : l’arme a bien fonctionné ce jour-là !
À peine le premier camion ennemi s’est-il arrêté que Brabant a
immédiatement descendu le tireur à la mitrailleuse. C’est dommage,
je ne l’ai pas gardée, cette pétoire… Brabant est parti avec.

S.B.F : La réussite de votre embuscade a-t-elle provoqué des
représailles ?

P.B : Hélas, oui ! Les Allemands ont dû redescendre sur Artemare
à pied, emportant leurs nombreux blessés. Au passage, ils ont
incendié la ferme Bornarel. Deux jours plus tard, ils ont déclenché
une très forte attaque dans tout le Valromey, notamment au village
de Saint-Maurice, qu’ils ont entièrement incendié. Ils ont emmené
tout le bétail.

5 Autre surnom donné à l’occupant, en allusion à cet insecte qui ravageait les
plants de pommes de terre.
6 Gazogène
26

S.B.F : C’est après que vous avez rejoint le Groupe Hello ?

P.B : À la ferme des Planes, oui. Au-dessus du Petit Abergement.
Sur le conseil d’un résistant d’Artemare, beau-frère de Marcel
Drizet. C’était en juillet. Nous étions environ cent cinquante
maquisards réunis là par le lieutenant Guilland. La plupart sans
arme ni aucune expérience du combat. Moi, si. Quand même un
peu.

S.B.F : Quel âge aviez-vous à ce moment-là ?

P.B : Dix-neuf ans.

S.B.F : Vous connaissiez déjà le lieutenant Guilland ?

P.B : Pas du tout. Je l’ai rencontré pour la première fois à Saint-
Pierre d’Albigny.

S.B.F : À la Ferme des Planes, vous receviez une instruction
paramilitaire ?

P. B : Même pas. Avec quoi ? On n’avait rien qu’une mitraillette
pour tout le monde. À Belmont, on en avait quatre ! Si quelqu’un
nous avait vendu aux « Frisés », nous aurions été faits comme des
rats ! Ils nous auraient tous zigouillés sans aucun état d’âme… Et
les gens de la ferme avec.

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S.B.F : C’est peu après que vous avez, comme pas mal de vos
ème 7camarades, signé un engagement au 5 R.T.M « pour la
durée de la guerre ».

P.B : Eh oui ! Il y avait encore du boulot avant que la guerre se
termine ! On n’avait pas conscience de ce que cela allait être, de ce
qu’on allait endurer. Parce que, il faut bien le dire, ça n’a pas été du
gâteau ! On a pensé qu’on allait se précipiter vers Meximieux, où ça
bardait : du plateau d’Hauteville, on percevait très nettement les
coups de canon. Mais non : on est monté jusqu’à l’Isle–sur–le
Doubs, Baume-les-Dames, Ronchamp, la Haute-Saône… Là, ça a
commencé à sérieusement chauffer ! Après, ce fut Montbéliard,
Allenjoie, Soppe-le-Bas, où ça a bardé aussi.

S.B.F : Vous étiez dans le même bataillon que Roger
Gamper ?

ème erP.B : Non, lui était au 2 bataillon, moi au 1 (commandant
Clément), comme Jacques Soyer et Marc Piot : comme ce dernier,
8j’appartenais à la « C.B» . Après la campagne d’Alsace, nous avons
9été versés au « Quinze-Un » , régiment cher au général de Lattre,
qui l’avait commandé à Metz de 1935 à 1937. De Lattre avait tenu à
ce que cette unité française soit la première à traverser le Rhin.


7 ème ème R.T.M : Régiment de Tirailleurs Marocains. Le 5 RTM appartenait à la 2
Division d’Infanterie Marocaine, aux ordres du général Dody, puis du général
Carpentier.
8 C.B : Compagnie de bataillon, regroupant services administratifs,
transmissions (dont téléphonistes observateurs) et pionniers.
9 ème Le 151 Régiment d’Infanterie, régiment de tradition de la ville de Metz qui
s’était couvert de gloire à Verdun, durant la Grande Guerre, fut reconstitué en
janvier 1945, à partir des troupes F.F.I du colonel Fabien.
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