Du paganisme au christianisme

De
Publié par

L'île de Chypre fut la première région romaine à être christianisée, en 45. Les IVe et Ve siècles font partie autant de l'histoire romaine que byzantine et constituent une époque typique de transition. L'acheminement de l'imperium romain vers l'empire byzantin fut progressif, et la paix constantinienne n'a pas signifié la victoire du christianisme sur le paganisme. La nouvelle religion devait faire face aux anciennes croyances encore très fortes.
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
Lecture(s) : 129
EAN13 : 9782296468245
Nombre de pages : 230
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Du paganisme au christianisme
L’exemple de ChypreDu même auteur
Lumière à quatre feuilles, Recueil de poèmes, Nicosie, 1986.
Peintures Dionysiaques, Recueil de poèmes, Nicosie, 1988.
« La naissance de l’Eglise Orthodoxe Autocéphale de
Chypre », in Istina, pp. 43-54, Paris, 1992.
« L’Eglise de Chypre entre Constantinople et Byzance »,
in Byzantinische Forschungen, Bd 25, pp. 131-141,
Amsterdam, 1999.
Chypre Turquie. Perspective géopolitique. L’Harmattan, 2011
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56313-1
EAN : 9782296563131Charalambos PETINOS
Du paganisme
au christianisme
L’exemple de Chypre

Avertissement.

Dans le présent ouvrage, l’auteur s’exprime à titre personnel.
Ses propos n’engagent aucune administration ou service.




























Sommaire
Avertissement. 6
Abréviations. 10
Avant-propos. 13

CHAPITRE I
Présentation générale. 15
1. Bref rappel historique. 15
2. Entre Rome et Byzance. 17

CHAPITRE II
Une Eglise orthodoxe autocéphale. 19
a) Barnabé, le chypriote. 20
b) Voyage de Barnabé, Paul
et Marc à Chypre. 21
c) L’Evangile selon Barnabé. 26
1. Le concile œcuménique de Nicée et les
premières difficultés entre l’Eglise
de Chypre et le patriarcat d’Antioche. 58
a) L’Arianisme. 58
b) Constantin et la doctrine. 59
2. Constantin et le christianisme. 62
3. Sardique : la confirmation
de la position orthodoxe de
l’Eglise de Chypre. 67
4. Le concile œcuménique
de Constantinople. 68
a) La gnose. 68
b) Le Marcionisme. 68
5. Le concile œcuménique d’Ephèse
et les nouvelles difficultés entre
l’Eglise de Chypre et le Patriarcat d’Antioche. 71
6. S. Zénon, évêque de Chypre. 76
7. Concile de Chalcédoine. 78

CHAPITRE III
D’Aphrodite à la Vierge. 81
a) Le chamanisme. 84
b) Art païen, art chrétien. 86
c) La symbolique des quatre saisons. 89

CHAPITRE IV
La géographie du culte. 91
1. La basilique de
Chrysopolitissa (Sainte Vierge
de la Cité d’Or). 91
2. La basilique de la Vierge
Limeniotissa (Paphos). 92
3. La basilique paléochrétienne
de Curium. 93
4. La basilique de Saint
Epiphane (Salamine). 96
5. La basilique de Campanopetra
(Salamine). 97
6. L’église paléochrétienne
d’Amathonte. 98
7. La basilique de Saint
Heraclidios à Tamassus. 98
8. La basilique de Tremithonte. 99
9. La ba Theodosiae. 99
10. La basilique paléochrétienne
de Panayia Angeloktistos
(Notre-Dame bâtie par les Anges)
à Kitium. 99
11. Le monastère de Stavrovouni. 100
12. Le monae Saint André. 101
13. Le monastère d’Ayia Napa. 102
14. Le monae Saint Barnabé. 102

CHAPITRE V
Organisation et société cléricale. 105
1. Le haut clergé. 105
2. L’administration des biens
ecclésiastiques. 106
3. Le clergé de la mission locale. 108
4. Martyrs et saints de l’Eglise
de Chypre. 109

Conclusion. 113

Notes. 115

Bibliographie. 131

Sources consultées. 133

ANNEXES 135
Annexe I
Canons du troisième
concile d’Ephèse. 135
Annexe II
Vie de Constantin par
Eusèbe (extraits). 138
Annexe III
Chypre chrétienne et byzantine. 150
Annexe IV
Délibérations du concile d’Ephèse. 152
Annexe V
Canons du Synode d’Antioche. 159
Annexe VI
Liste des empereurs romains et byzantins
jusqu’à la dynastie justinienne. 169
Annexe VII
Décret de Gélase. 175
Annexe VIII
Le Code théodosien et le christianisme. 188





Abréviations
A.C.O. : Acta conciliorum oecumenicorum.
B.C.H. : Bulletin de correspondance hellénique.
C.O.D.: Conciliorum oecumenicorum decreta.
P.G.: Patrologie grecque.
P.L.: Patrologie Latine.
Chypre ancien : Chypre ancien dans les sources grecques. Re-
cueil de textes anciens sur l’histoire et l’ethnologie de Chypre
















« Structure romaine de l’Etat, culture grecque et foi
chrétienne : telles sont les grandes sources d’où Byzance est
sortie. Seule la synthèse de la culture hellénistique et de la
religion chrétienne avec la forme romaine de l’Etat a rendu
possible la constitution de ce phénomène historique que nous
appelons l’empire byzantin.
Ce qui a permis cette synthèse, ce fut le décalage vers
l’Orient du centre de gravité de l’empire romain, conséquence
de la crise du IIIème siècle. Ce décalage a trouvé son
expression la plus sensible dans la christianisation de
l’Imperium Romanum et la fondation d’une nouvelle capitale
sur le Bosphore. Ces deux événements, la victoire du
christianisme et le transfert définitif du centre de l’Etat dans
l’Orient hellénisé symbolisent le commencement de l’ère
byzantin »

Georges Ostrogorsky « Histoire de l’Etat byzantin »



















































Avant – propos.
Il est des pays et des régions du monde qui ont une im-
portance majeure. Tel est le cas de Chypre, un des berceaux de
la civilisation européenne.
Sur la route des trois continents, à la croisée des che-
mins, l’île de Chypre a toujours attiré les convoitises, a subi
des influences diverses, a constitué un point d’encrage vers la
région du Moyen orient, sur la route des grandes théories phi-
losophiques, au cœur des religions - monothéistes ou pas - au
cœur des routes maritimes de la région dominant la culture et la
civilisation pendant des siècles, la Méditerranée.
A la croisée des chemins, elle fut la première région
romaine à être christianisée, en 45, par un des Apôtres. Toute-
fois, la foi chrétienne ne s’est pas imposée du jour au lende-
main sans problème. Le paganisme a coexisté, pendant des
siècles encore, avec la nouvelle foi. En attestent les nombreux
monuments postérieurs à cette date.

















- 13 -

































CHAPITRE I.
Présentation générale.

L’île de Chypre occupe une situation géographique pri-
vilégiée. Située dans l’angle nord – est de la Méditerranée,
d’une superficie de 9 251 Km2, elle est la troisième île de cette
mer. Plus petite que la Sicile et la Sardaigne, elle est plus
grande que la Corse et la Crète. Sa côte nord se trouve à 70 Km
de l’Asie Mineure et sa côte est à 103 Km de la Syrie. Le sud
de l’île est séparé de l’Egypte, par une distance de 380 Km, la
Grèce continentale est à 800 Km et Rhodes à 385.
Cette situation géographique a fait le malheur et le bon-
heur de l’île : convoitée depuis l’antiquité par toutes les puis-
sances, régionales d’abord, méditerranéennes ensuite, elle a
connu une multitude d’occupants et de maîtres. Tour à tour
place d’armes ou poste avancé dans la Méditerranée orientale,
son paysage et ses monuments en gardent les traces.
Deux massifs montagneux s’étirant d’est à l’ouest – le
Troodos et le Pentadactylos – enserrent la pleine de Messaorée,
grenier de l’île. Couverte des forêts méditerranéennes, la
chaîne de montagnes au cœur de l’île, est la plus haute elle
culmine à 1951 mètres d’altitude.
Grecque par sa population depuis le deuxième millé-
naire avant J.-C., Chypre l’est restée, majoritairement, malgré
les vicissitudes de son histoire.


1. Bref rappel historique.

Chypre, par la richesse de son sol et de son sous-sol
(cuivre, chrome, pyrite et amiante), par la douceur de son cli-
mat, par la beauté de ses paysages, par sa position stratégique,
par sa situation géographique au carrefour des civilisations,
éveilla la convoitise des peuples avoisinants ou lointains.
- 15 - Les fouilles archéologiques récentes ont montré que les
premières manifestations de vie sociale à Chypre remontent à
plus de 11 000 ans, c'est-à-dire au 9ème millénaire avant notre
ère. Il s’agissait d’établissements humains organisés et structu-
rés qui ont laissé une empreinte sur le terrain, découverte par
les fouilles.
La découverte et l’exploitation de mines de cuivre, vers
le début du 3ème millénaire avant J.-C., a apporté une certaine
richesse et a permis le développement du commerce avec les
pays voisins. L’isolement de l’île est brisé. Elle devient une
escale importante de la navigation en Méditerranée orientale.
En même temps, elle devient un point de rencontre entre les
civilisations du monde qui l’entoure. Les habitants de l’île sont
devenus des fabricants/commerçants, construisant des navires
de commerce et sillonnant la Grande Bleue. D’ailleurs, une des
routes maritimes les plus fréquentées de l’antiquité, dans cette
partie de la Méditerranée, est celle utilisant comme escale
Chypre (1).
Dans le courant du 2ème millénaire avant notre ère un
événement d’une portée décisive s’est produit : il s’agit de
l’arrivée des Grecs en provenance principalement de la Grèce
continentale et de l’ile de Crète : des Minoens au XVIIIème
siècle, des Mycéniens aux XVème et XIVème siècles avant
notre ère et des Achéens à la fin du XIIIème et au XIIème
siècle. Chypre est hellénisée. Elle fait depuis, partie de la civi-
lisation grecque, contribuant à son développement et à son
rayonnement dans le pourtour méditerranéen. La langue
grecque est également introduite dans l’île, sous forme d’un
dialecte apparenté à l’arcadien et transcrit dans une écriture
syllabique propre à Chypre. Cette écriture a subsisté jusqu’au
3ème siècle avant J.-C., remplacée alors par l’alphabet grec.
Depuis l’arrivée des Grecs, la civilisation et la langue grecque
sont restées vivantes et dominantes sur l’île (2).
- 16 - A la fin du 4ème siècle avant J.-C., Chypre est inté-
grée dans le royaume d’Alexandre le Grand. Ensuite, elle fera
partie du royaume hellénistique des Ptolémée d’Egypte.
Chypre est intégrée à l’Empire romain en 58 av. J.-C. A
partir de 22 av. J-C elle devient une province sénatoriale gou-
vernée par un proconsul. Elle restera romaine jusqu’au 4ème
siècle.
En 45 de notre ère commence la christianisation de l’île
par les Apôtres Paul et Barnabé et l’Evangéliste Marc. A partir
du Concile d’Ephèse de 431, l’Eglise de Chypre sera reconnue
comme autocéphale (3).


2. Entre Rome et Byzance.

Chypre a été conquise par les Romains en 58 avant Jé-
sus-Christ. Durant la rivalité entre César et Pompée elle de-
meura dépendante de la province de Cilicie et pendant une
courte période elle est passée sous la domination de ses maîtres
précédents, les Ptolémée.
La défaite d’Antoine à Actium et la mort de Cléopâtre
ont mis fin à cette instabilité quant au sort de l’île. Elle fait
désormais partie de l’Empire romain.
En fait, Chypre ne présentait pour les Romains d’autre
intérêt que celui d’une place d’armes, une position stratégique
indispensable au maintien de leur autorité sur les régions du
Proche Orient.
Les IVème et Vème siècles qui nous intéressent, parti-
culièrement, ici font partie autant de l’histoire romaine que de
l’histoire byzantine et constituent une époque typique de transi-
tion avec ses continuités et ses ruptures. L’acheminement de
l’imperium romain vers l’empire byzantin fut lent et progressif.
L’époque précédant cette transition est marquée par des
crises multiples au sein de l’Empire et ont abouti aux réformes
- 17 - de Dioclétien (système de la Tétrarchie, réforme administra-
tive, réforme de la fiscalité, politique de romanisation, etc.).
Ce processus s’est accéléré avec l’avènement de Cons-
tantin qui fait de l’Empire un monde nouveau : rompant avec le
passé, il soumet à une monarchie un empire chrétien ou, plus
précisément, mis en situation de l’être, car le christianisme ne
s’est pas imposé du jour au lendemain, après sa reconnaissance
par l’Etat.
Quant à Chypre, à partir de 330 elle constitue une pro-
vince du Diocèse d’Orient qui dépend de la Préfecture
d’Orient. Elle est gouvernée par un consulaire envoyé
d’Antioche, chef-lieu du Diocèse. L’île fut divisée en quatorze
districts dont les chefs-lieux sont : Salamine (Constanteia),
Kitium, Amathonte, Keryneia, Paphos, Arsinoe, Soloi, Lape-
thus, Ledrae, Chytri, Tamassus, Kurium (Kurion), Trémithonte
et Carpasiae.


















- 18 - CHAPITRE II
Une Eglise orthodoxe autocéphale.

Selon les Actes des Apôtres, l’Eglise de Chypre fut
fondée vers le milieu du 1er siècle par saint Barnabé, natif de
Chypre, et saint Paul, qui ont réussi à convertir au christia-
nisme le proconsul romain, gouverneur de l’île, Sergius Paulus
(4).
Bien que l’évangélisation de l’île remonte aux temps
apostoliques, la première hiérarchie cléricale sûrement attestée
remonte seulement au concile de Nicée auquel prirent part les
évêques insulaires (5). L’Eglise chrétienne de l’île, malgré les
conditions favorables que lui procuraient son origine aposto-
lique et le prestige de ses fondateurs, ne s’est pas imposée sans
difficultés : les persécutions d’une part et la force de la foi
païenne de l’autre, ont constitué des obstacles majeurs à son
développement. A cet égard nous n’avons qu’à prendre
l’exemple de Tychon, évêque d’Amathonte au milieu du
IVème siècle, pour nous en rendre compte. Tychon, lors d’une
visite à Paphos, a essayé d’éloigner le peuple de la ville des
mystères et des fêtes païennes dédiés à Aphrodite (6). Même
après la reconnaissance du christianisme par l’Etat, la foi
païenne reste encore fortement implantée.
Dans ce travail, nous allons nous consacrer plus particu-
lièrement à l’histoire de l’Eglise de Chypre pendant les IVème
et Vème siècles, nous allons voir la participation de cette
Eglise aux conciles les plus importants et la façon dont elle a
acquis son indépendance.
La paix constantinienne n’a pas signifié pour autant une
victoire facile du christianisme sur le paganisme. La nouvelle
religion devait faire face aux anciennes croyances, encore très
fortes, notamment dans les milieux intellectuels. Elle devait
aussi affronter le danger provenant de l’intérieur, danger dû à
l’interprétation différente de certains points de doctrine.
- 19 - Le christianisme antique est sorti assez rapidement
d’une période doctrinalement assez fluide où des courants dif-
férents se côtoyaient et s’entrecroisaient. A mesure qu’ils se
faisaient plus précis et plus exigeants, l’effort de réflexion sur
les données essentielles de la foi et la volonté de les formuler
en un ensemble structuré et cohérent et en un langage rationnel
se faisaient sentir ; la marge de liberté dans leur interprétation
est allée en se rétrécissant de plus en plus (7).
Cette situation a été affrontée au moyen des conciles
auxquels participait une grande partie du haut clergé de
l’Empire.
Pendant le concile, les participants débattaient des pro-
blèmes de l’époque et à la fin, ils soumettaient au vote les dif-
férentes propositions. La proposition qui obtenait la majorité
des voix était considérée comme la vérité universelle et devait
être appliquée partout (canon) (8).
Les travaux des conciles n’étaient pas axés seulement
sur les questions concernant la doctrine ; les évêques partici-
pants se penchaient aussi sur des problèmes généraux tels que
l’organisation et la politique religieuse de l’Eglise. En fait le
christianisme gagnant sa liberté veut se fixer une doctrine et
une pratique bien définies et universelles.

a) Barnabé, le chypriote. La christianisation de Chypre.
Barnabé était un juif de la tribu de Lévi, né dans l’île de
Chypre où une importante colonie juive s’était installée à
l’époque d’Alexandre le Grand. Il reçut dans sa jeunesse une
culture hellénique. Il vint à Jérusalem et fit partie de la
première communauté chrétienne : « Joseph, surnommé par les
apôtres Barnabé - ce qui veut dire fils de consolation - lévite
originaire de Chypre, possédait un champ ; il le vendit,
apporta l’argent et le déposa au pied des apôtres » (Actes des
Apôtres IV 36-37).
- 20 - Dès lors, tout au long de ses courses apostoliques, il vécut
du travail de ses mains, comme le dit saint Paul dans sa
première lettre aux Corinthiens (IX 6).
Barnabé a rencontré Paul à Jérusalem : « Barnabé l’ayant
pris avec lui, le mena aux apôtres et leur raconta comment, sur
le chemin, Saul avait vu le Seigneur qui lui avait parlé et avec
quel courage il avait à Damas prêché le nom de Jésus » (Actes
des Apôtres IX 27).
Les apôtres envoyèrent Barnabé à Antioche où il fit venir
Paul. Ensuite, ils furent envoyés ensemble à Chypre puis dans
d’autres régions, revenant ensuite à Antioche. Barnabé,
accompagné de Jean-Marc, est retourné à Chypre où il, est
mort en martyr.

b) Voyage de Barnabé, Paul et Marc à Chypre.
Barnabé, Paul et Marc se sont rendus à Antioche au
printemps de l’an 45.
A cette époque, une trentaine d'heures étaient
nécessaires pour effectuer ce voyage, traversée toujours
périlleuse à cause des conditions climatiques changeantes et les
tempêtes fréquentes à cette saison de l’année.
La navigation dans l’antiquité n’était possible, et en tout
cas, recommandée, que pendant le printemps, l’été et une
partie de l’automne - la belle saison qui allait de mai à
septembre, afin d’éviter les vents qui conduisaient à la
catastrophe. Pendant le restant du temps, la mer était fermée à
la navigation (mare clausum), même si des navigateurs
pouvaient braver les éléments pour l’appât du gain. Dans ce
cas, les risques encourus étaient énormes, les possibilités de
bénéfices également.
Le voyage les a menés au plus grand port de Chypre,
desservant la cité la plus importante de l’ile, Salamine, ville
natale de Barnabé. Cette ville était très cosmopolite et abritait,
entre autres communautés, une communauté juive importante.
- 21 - Pour Paul et Barnabé, ce premier voyage missionnaire
durera environ quatre ans. Les Actes des apôtres racontent cette
première mission des deux voyageurs aux chapitres 13 et 14 :
« Or il y avait dans cette Église d'Antioche des prophètes et des
hommes chargés d'enseigner : Barnabé, Syméon surnommé
Niger, Lucius de Cyrène, Manahène, ami d'enfance du prince
Hérode, et Saul.
Un jour qu'ils célébraient le culte du Seigneur et qu'ils obser-
vaient un jeûne, l'Esprit Saint leur dit :
« Détachez pour moi Barnabé et Saul en vue de l'œuvre à la-
quelle je les ai appelés ».
Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains,
ils les laissèrent partir.
Quant à eux, ainsi envoyés en mission par le Saint-Esprit, ils
descendirent jusqu'à Séleucie, et de là prirent un bateau pour
l'île de Chypre ; arrivés à Salamine, ils annonçaient la parole
de Dieu dans les synagogues. Ils avaient Jean-Marc pour les
seconder.
Ayant traversé toute l'île jusqu'à Paphos, ils rencontrèrent un
magicien juif, soi-disant prophète, du nom de Barjésus, qui
vivait auprès du proconsul Sergius Paulus, un homme intelli-
gent. Celui-ci fit venir Barnabé et Saul et manifesta le désir
d'entendre la parole de Dieu.
Ils rencontrèrent l'opposition du magicien Élymas (car ainsi se
traduit son nom), qui cherchait à détourner le proconsul de la
foi.
Mais Saul, appelé aussi Paul, rempli de l'Esprit Saint, le dévi-
sagea et dit : « Individu plein de toute sorte de fausseté et de
méchanceté, fils du diable, ennemi de tout ce qui est juste, n'en
finiras-tu pas de rendre tortueuses les voies du Seigneur qui
sont droites ?
Voilà maintenant que la main du Seigneur est sur toi : tu vas
être aveugle, tu ne verras plus le soleil jusqu'à nouvel ordre ».
Et subitement tombèrent sur ses yeux brouillard et ténèbres ; il
- 22 - tournait en rond, cherchant des gens pour le conduire par la
main.
Alors le proconsul, voyant ce qui s'était passé, devint croyant,
vivement frappé par l'enseignement du Seigneur.
Paul et ses compagnons s'embarquèrent à Paphos, et arrivè-
rent à Pergé en Pamphylie. Mais Jean-Marc les quitta et s'en
retourna à Jérusalem ». (Actes des Apôtres, chapitre 13).
On trouve également trace des voyages de Barnabé dans
le Chapitre 15 des Actes des Apôtres :
« Quelques hommes, venus de la Judée, enseignaient les frères,
en disant: Si vous n'êtes circoncis selon le rite de Moïse, vous
ne pouvez être sauvés. Paul et Barnabas eurent avec eux un
débat et une vive discussion; et les frères décidèrent que Paul
et Barnabas, et quelques-uns des leurs, monteraient à Jérusa-
lem vers les apôtres et les anciens, pour traiter cette question.
Après avoir été accompagnés par l'Église, ils poursuivirent
leur route à travers la Phénicie et la Samarie, racontant la
conversion des païens, et ils causèrent une grande joie à tous
les frères. Arrivés à Jérusalem, ils furent reçus par l'Église, les
apôtres et les anciens, et ils racontèrent tout ce que Dieu avait
fait avec eux. Alors quelques-uns du parti des pharisiens, qui
avaient cru, se levèrent, en disant qu'il fallait circoncire les
païens et exiger l'observation de la loi de Moïse.
Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette
affaire. Une grande discussion s'étant engagée, Pierre se leva,
et leur dit: Hommes frères, vous savez que dès longtemps Dieu
a fait un choix parmi vous, afin que, par ma bouche, les païens
entendissent la parole de l'Évangile et qu'ils crussent. Et Dieu,
qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, en leur don-
nant le Saint Esprit comme à nous; il n'a fait aucune différence
entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi. Mainte-
nant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou
des disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu por-
ter? Mais c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous
- 23 -

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.