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FILMER LE PASSE DANS LE CINEMA DOCUMENTAIRE

140 pages
Comment filmer le passé ? Que faire avec les traces ? Peut-on mettre en scène la mémoire ? Faut-il inventer des images et des sons pour raconter ce qui n'est plus ? Dix cinéastes, un historien, un plasticien, s'interrogent sur "les traces de la mémoire". Le scénario du film "No pasaran ! Album souvenir " de H-F Imbert offre une représentation sensible de l'Histoire avec les outils du cinéma.
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FILMER LE PASSE
Les traces et la mémoire

No pasaran ! Albulll souvenir

Illustration de couverture: François Lemaire: Autoportrait dans la cour d'école
@ atelier 651 (fra.lem@free.fr)

" FILMER LE PASSE

Les traces et la mémoire
Entretiens et contributions
Pierre Beuchot, Robert Bober, François Caillat, Edgardo Cozarinsky, Frédéric Goldbronn, Henry Rousso, Robin Hunzinger, Laurent Roth, Ernest Pignon-Ernest

No pasaran

! Album souvenir

Scénario de Henri-François Imbert

ADDOC

L'Harmattan

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

cg L' Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4259-9

SOMMAIRE

Les entretiens LA DERNIERE TRACE sont issus d'un débat public organisé par ADDOC durant le XIVème festival Les Ecrans Documentaires. Avec: Pierre Beuchot, Robert Bober, Edgardo Cozarinsky et Henry Rousso. Introduction Entretiens 9 18

Contri butions LA MEMOIRE AU TRAVAIL Le petit théâtre de la mémoire, par Frédéric Goldbronn... Je joue beaucoup sur la disparition, par Ernest Pignon-Ernest et Sara Roumette Berlin contre les fantômes, par François Caillat. L'idée d'une juste mémoire, par Robin Hunzinger Ma vieille tante vient de mourir, par Laurent Roth 77 82 89 97 105

Le scénario NO PAS ARAN ! ALBUM SOUVENIR a été tourné par Henri-François Imbert en 2003

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Entretiens

LA DERNIERE TRACE

INTRODUCTION

Cinéastes et historiens. La dernière trace, c'est ce qui est donné à voir lorsque nous arrivons trop tard. Après coup. Les cinéastes s'expriment toujours après coup. Comme les historiens qui parlent quand c'est déjà fini, presque réglé, en cours d'être passé - plus ou moins bien passé. Aux historiens, la raison d'être commande un tel délai. Pour réfléchir à ce qui s'est passé, il faut attendre que cela soit passé. Difficile d'allier les deux, de vivre l'événement et d'en faire l'analyse distanciée. D'ailleurs on n'est jamais sûr que le dit "événement" en soit un, qu'il mérite
de passer à la postérité

- même

si parfois, quand l'époque

est

agitée et l'émotion intense, on a le sentiment grisant de vivre l'Histoire. Les historiens ne vivent pas l'Histoire, ils réfléchissent sur l'Histoire. Et pour ce faire, ils ont besoin de recul, de retard. Ils ne sont pas chroniqueurs de l'actualité. A peine contemporains de leur propre pensée. Pas plus que les historiens, les cinéastes n'ont vocation à vivre dans l'instant. Ni témoins du réel, ni observateurs des événements en cours.. En filmant, ils créent de la distance et prennent du recul. Ils refabriquent l'espace et le temps en déplaçant l'événement ailleurs et plus tard, c'est-à-dire sous forme d'un récit travaillé. Ils scénarisent le réel à l'aide de médiations techniques qui font écran. La dernière trace intéresse cinêastes et historiens parce qu'ils ne cherchent pas à exhiber le réel mais à le reformuler. La dernière trace superpose deux états du monde: celui qui a été, celui qui est. Ce qui s'est passé et ce qui se passe. Montrer la dernière trace, c'est organiser l'existence de ce qui n'existe 9

plus. C'est mettre en scène une manifestation ultime, à l'aide d'un témoignage, d'une photographie ou d'une archive, d'un monument ou d'un lieu anonyme, voire à l'aide d'un minuscule fragment de rien du tout. Tout ce qui forme lieu de mémoire devient ainsi susceptible d'être exploré, lu ou regardé, filmé.

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Un historien devant trois cinéastes. Les entretiens sur "La dernière trace" confrontent l'historien Henry Rousso à trois cinéastes: Pierre Beuchot, Robert Bober et Edgardo Cozarinsky. Ces trois cinéastes ont produit chacun une œuvre originale et variée. Ils ont en commun de s'être intéressés de près à l'Histoire et d'avoir réfléchi à la manière d'en faire l'objet d'un film documentaire: Pierre Beuchot avec son long-métrage Le Temps détruit, Robert Bober dans ses Récits d'Ellis Island, et Edgardo Cozarinsky avec La guerre d'un seul homme. Face à l'historien Henry Rousso, il sera question de ces trois films-là. Quelques repères: Henry Rousso Agrégé d'Histoire et enseignant à l'ENS de Cachan, dirige l'Institut d'Histoire du Temps Présent (CNRS). Auteur d'ouvrages réputés portant sur la période 1939/45 : Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen, 1944-1945 (éd. Complexe, 1984). Le Syndrome de Vichy de 1944 à nos jours (Le Seuil, 1987). La collaboration (éd. MA, 1987). Les -années noires, vivre sous l'Occupation (Gallimard, 1992). Vichy, un passé qui ne passe pas (écrit en collaboration avec Éric Conan, Gallimard Folio I Histoire, 1996).

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La Hantise du passé (entretiens avec Philippe Petit, coll. Textuel, Conversations pour demain, 1998).

. Pierre Beuchot
Cinéaste, auteur-réalisateur de films documentaires et fictions pour le cinéma ou la télévision, parmi lesquels: Le Temps détruit (lettres d'une guerre 1939-40) (1985). Aventure de Catherine C. (1990). Hôtel du Parc (1992). Compagnons secrets (1996). Les Temps obscurs sont toujours là (1998). Sade en procès (1999)... Parmi ses réalisations figurent de nombreux films sur l'art et la littérature: Lascaux par Bataille (1981), Cézanne par Rilke (1983), Stig Dagerman (1989), La légende de la Croix d'après Piero della Francesca (1993), Robert Walser (1997)... Le Temps détruit (lettres d'une guerre 1939-40) Réal. Pierre Beuchot (1985, 73', 3Smm) Pendant de longs mois d'attente de la «drôle de guerre », trois soldats ont écrit presque chaque jour à celles qu'ils aimaient: Maurice Jaubert était musicien, Paul Nizan, écrivain et Roger Beuchot - père de Pierre Beuchot - était ouvrier. Ils sont morts tous les trois dans les combats du printemps 1940.

. Robert Bober
Cinéaste et écrivain, a tourné près d'une centaine de films documentaires, parmi lesquels: Cholem Aleichem, écrivain de langue yiddish (1967). La génération d'après (1970). Mimika L. (1974). Réfugié provenant d'Allemagne, apatride d'origine polonaise (1975-76). Récits dtEllis Island (1978-80) En remontant la rue Vilin (1992).

Il

Auteur également d'ouvrages littéraires, notamment: Quoi de neuf sur la guerre? (éd. POL, 1993). Berg et Beck (éd. POL, 1999). Récits d'Ellis Island Réal. Robert Bober et Georges Perec (1978-80). De 1892 à 1924, seize millions d'émigrants venus d'Europe sont passés par Ellis Island, îlot à proximité de la statue de la Liberté, où le secrétariat américain à l'Immigration avait construit un centre d'accueil et de transit. Robert Bober et Georges Perec recueillent les traces de ce qu'il en reste aujourd'hui. . Edgardo Cozarinsky Cinéaste et écrivain d'origine argentine, auteur--réalisateur -de films pour le cinéma et la télévision, parmi lesquels: Les apprentis sorciers (1977). La guerre d'un seul homme (1981). Jean Cocteau: Autoportrait d'un inconnu (1983). Haute mer (1984). Guerriers et captives (1988). Citizen Langlois (1995). Fantôme de Tanger (1999)... Auteur également de récits et d'essais, notamment sur Henry James et Borges. La guerre d'un seul homme Réal. Edgardo Cozarinsky (1981, 105'). En 1940, Ernst Jünger, écrivain et officier allemand, est affecté au commandement militaire de Paris. Le film conjugue des extraits de ses Journaux parisiens (écrits entre 1940 et 1944) avec des images d'archives de l'époque: évocations de massacres et manifestations officielles, scènes de la vie quotidienne, spectacles culturels et mondains...

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Durant les entretiens qui suivent, quelques autres films seront évoqués, notamment: Ernesto "Cheu Guevara, le Journal de Bolivie, de Richard Dindo; Parmi les hommes, de Peter Forgacs; Une maison à Prague, de Stan Neuman.

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Richard Dindo

Cinéaste suisse, auteur-réalisateur d'une vingtaine de films, parmi lesquels: Max Frisch - Journal I-III (1981). Arthur Rimbaud, une biographie (1991). Ernesto "Che" Guevara, le Journal de Bolivie (1994). Une saison au paradis (1996). L'affaire Grüninger (1997). La maladie de la mémoire (2002)...

Ernesto "Che" Guevara, le Journal de Bolivie Réal. Richard Dindo (1994, 92') Du départ mystérieux du "Che" de Cuba à son arrivée à La Paz, des premières embuscades jusqu'à la dernière journée du "Che" le 9 octobre 1967, le film suit pas à pas le Comandante et fait renaître sa voix éteinte à travers son Journal.

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Peter Forgacs

Cinéaste hongrois, auteur de films expérimentaux et fictions documentaires, parmi lesquels: Wittgenstein-Tractatus, le dictionnaire bourgeois (1994). Parmi les hommes 1940-1943 (1995). Free Fall (1997). Exode sur le Danube (1998).

Parmi les hommes 1940-1943 Réal. Peter Forgacs (1995, 52') Recueil et mise en scène de films d'amateurs tournés entre 1940 et 1943 en Europe occupée: vie de famille et grands événements, l'existence au quotidien...

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Stan Neuman

Né à Prague, auteur-réalisateur de films documentaires, parmi Iesquel s : Les derniers marranes (1990). Paris, roman d'une ville (1991). Louvre, le temps d'un musée (1993). La maison de fer (1995). Rainer Maria Rilke (1997). Une maison à Prague (1998)... Une maison à Prague Réal. Stan Neuman (1998, 70'). C'est dans cette maison praguoise qu'a vécu au XXe siècle la famille du réalisateur: son arrière grand-père (poète officiel du parti communiste), son grand-père (acteur officiel), son père (se suicida à l'invasion soviétique en 68), le cinéaste luimême, sa demi-sœur. La maison évoque une famille, une ville, une nation, un siècle...

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Des cinéastes devant l'Histoire. Durant les entretiens qui suivent, il sera question de trace, de métonymie, de plein et de vide. De telles notions visent à cerner le cinéma documentaire lorsqu'il prend pour objet le passé, la mémoire, l'Histoire... Elles ne prétendent pas, bien sûr, réduire la complexité des films.

La trace: (Richard Dindo) Au cœur du lieu de mémoire, il y a la trace. Celle qui subsiste lorsque tout est détruit. Celle qui retient un fragment de

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