France-Amérique

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Cet ouvrage retrace l'histoire du premier empire colonial de la France puis celle de la naissance de la République des Etats-Unis : Français et Américains sont devant leur histoire commune. Il pointe les erreurs qui ont émaillé la politique coloniale d'une monarchie finissante et retrace comment, à partir de colonies misérables, des immigrés anglais devenus colons américains ont conquis, les armes à la main, leur liberté avec l'aide de la France. Ces guerres lointaines ont enthousiasmé l'Europe des Lumières.
Publié le : lundi 1 octobre 2007
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EAN13 : 9782296180956
Nombre de pages : 160
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FRANCE

- AMÉRIQITE

Deux siècles d'histoire partagée XVIIe-XVIIIe siècle

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harrnattan@wanadoo.fr harrnattanI@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03998-8 EAN : 9782296039988

André COLLET

FRANCE

- AMÉRIQUE

Deux siècles d'histoire partagée
XVIIe - XVIIIe siècle

L'HARMATTAN

Pour Comprendre Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
L'objectif de cette collection Pour Comprendre est de présenter en un nombre restreint de pages (176 à 192 pages) une question contemporaine qui relève des différents domaines de la vie sociale. L'idée étant de donner une synthèse du sujet tout en o1Trant au lecteur les moyens d'aller plus loin, notamment par une bibliographie sélectionnée. Cette collection est dirigée par un comité éditorial composé de professeurs d'université de diftërentes disciplines. Ils ont pour tâche de choisir tes thèmes qui feront l'objet de [Cs publications et de solliciter les spécialistes susceptibles, dans un langage simple et clair, de 1àire des synthèses. Le comité éditorial est composé de: Maguy Albet, Jean-Paul Chagnollaud, Dominique Château, Jacques Fontanel, Gérard Marcou, Pierre Muller, Bruno Péquinot, Denis Rolland.

Dernières parutions Lorraine et Sébastien TOURNYOL du CLOS, La délÙujuwlce des jeunes, 2007. Claude M EY ER, Une histoire des représentations mentales, 2007. Claire COURATIER, Christian MIQUEL, Les études qualitatives: théorie, applications, méthodologie, pratique, 2007. Christian MIQUEL, La pensée du rien, 2006. Martine QUINIO BENAMO, Probahilités et statistique CIl!jourd 'hui, 2005. François..Nicolas AGEL, Le monde des marchés, 2005. Madjid BENCHIKH, Algérie: un système politique militarisé, 2003. Jacques FONTANEL" et Ivan SAMSON, Les liaisons dangereuses entre l'Etat et l'économie russes, 2003. Edmond CROS, La sociocritique, 2003.

Gilles VANN IER, L 'existentialisme, 2001 .
Jacques FONTAN EL, L'action économique de l'Etat, 2001. Abderrahim LAMCHICHI, L'islamisme politique, 2001. Bcrnard CU BER TA FOND, La vie politique au Maroc, 200 I.

Pour Brigitte, Isabelle et Thibaud

Vieille France, accablée d'Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée de siècle en siècle par le génie du renouveau. Charles de GAULLE. (Mémoires de guerre, l'Appel)

OUVERTURE

Il y a cinq siècles, des Français se sentant trop à l'étroit dans le cadre du Vieux Continent traversèrent l'Atlantique pour immigrer sur des terres encore inexplorées, avec l'espoir d'y trouver le passage vers l'Asie qui, depuis la fermeture par les Turcs de la route d'Orient, alimente leur imaginaire. Leur rêve sera vite déçu mais ils continueront à parcourir le pays, ouvrant des voies nouvelles pour la pêche et le commerce des fourrures, de l'estuaire du Saint-Laurent à celui du Mississipi. Entre 1534, l'année où Jacques Cartier prend possession du Canada au nom du roi de France et 1763, celle où Louis XV le cède à l'Angleterre par le traité de Paris, la fondation d'une Nouvelle France en Amérique du Nord a constitué une stupéfiante aventure. Au XVIe siècle, lorsque la France monarchique prend conscience qu'elle ne peut rester absente des grandes découvertes du Nouveau Monde, les lieux sont déjà occupés dans le Sud par l'Espagne et le Portugal. Les deux puissances maritimes se sont réservées les meilleures places suivant une ligne de démarcation que le traité de Tordesillas (1494) avait tracée avec la bénédiction du Papel : les Portugais sont au Brésil et les Espagnols aux Antilles, au Mexique, au Pérou et au Chili. Suivant sa fameuse bulle, tout autre navire étranger à l'Espagne et au Portugal qui franchirait la ligne des Açores serait frappé d'excommunication. Restent disponibles au Nord les grands espaces de l'Amérique froide inclus dans la partie espagnole. La France se lance à leur conquête. Pour les reconnaître, François 1er fait d'abord appel à un grand navigateur florentin, Giovanni de Verrazano, puis après sa disparition il envoie le malouin Jacques Cartier qui, en plantant à Gaspé, village du Bas-Saint-Laurent, une grande croix ornée d'un écusson à fleurs de lys, prend symboliquement possession du Canada2. A l'orée du XV!r siècle, l'année 1604 marque le véritable début de la colonisation. Samuel de Champlain, né à Brouage,

fils de marin, explotateur infatigable traverse l'Atlantique près de vingt fois et parcourt à pied ou en canot une vaste partie des immensités canadiennes, l'Acadie, la vallée du Saint-Laurent, puis il pose le premier jalon de la colonie française dans un site remarquable sur sa rive nord à l'embouchure de la rivière Saguenay, proche d'un village amérindien, Tadoussac. Il effectue de nombœuses rencontres avec les autochtones et, quelques années plus tard, en 1608, fonde le premier établissement à Québec. On ne pouvait trouver endroit plus sûr: à 572 km de l'Océan, là où le fleuve se rétrécit, protégeant la ville des incursions de navires ennemis. En hiver ses eaux prises par les glaces y interdisent la navigation. Ce lieu aura une vocation de place forte militaire qui lui vaudra le surnom de Gibraltar de l'Amérique. En 1642, un gentilhomme français, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, fonde un autre établissement nommé « Ville-Marie », future Montréal, dans une île occupée par une bourgade indienne, Hochelaga, située à l'extrémité navigabl,e du Saint-Laurent, à 1 600 kilomètres de la côte atlantique et au confluent de voies fluviales donnant accès à l'intérieur du continent américain3. Cette présence de la France en Amérique du Nord ne pouvait manquer de susciter des tensions avec l'Angleterre qui, elle aussi, s'était laissée distancer dans la course au Nouveau Monde par les puissances ibériques. La jalousie est d'autant plus grande que les deux nations sont rivales en Europe. Les territoires les plus accessibles deviennent des foyers de compétition: les côtes de l'Atlantique Nord, aux eaux très poissonneuses, de Terre-Neuve et de la baie d'Hudson, et à l'intérieur du continent, l'espace clos formé par la vallée du Saint-Laurent et les Pays d'en Haut, pour les fourrures. Dans les premières années du xvne siècle, d'autres immigrés venus des îles Britanniques en quête de liberté religieuse s'installent en Virginie, à l'embouchure de la James River, où ils fondent le premier établissement anglais permanent en Amérique du Nord à Jamestown en un emplacement favorable au mouillage. Quelques années plus tard, une centaine d'hommes et de femmes séparés de l'église anglicane et établis en Hollande, 12

désireux de répandre l'Evangile dans les contrées du monde les plus lointaines, rejoignent Southampton pour gagner l'Amérique à bord du vaisseau Mayflower et s'établissent à Plymouth en Nouvelle-Angleterre. D'autres immigrants ne tarderont pas à les rejoindre de sorte que l'étroite bande côtière longue de 2 700 km et large de 300-350 km adossée à la barrière des Appalaches se peuple rapidement. En moins d'un siècle, la Couronne britannique comporte treize colonies, chacune fondée dans des circonstances particulières avec ses caractères propres dont le seul lien commun avec la GrandeBretagne est le gouverneur nommé par Londres, représentant le roi. A la fin du XVne siècle, elles rassemblent une communauté de 250 888 habitants (alors que celle du Canada français en compte à peine 15 000). Elles relèvent de statuts différents: huit sont colonies royales, trois colonies de lords propriétaires appartenant à une famille, deux colonies à charte s'administrant seules. Leur population forme une société très cosmopolite, melting-pot composé d'éléments les plus divers, Anglais, Allemands, Hollandais, Suédois, Ecossais, Irlandais et deux à trois mille Français, huguenots, qui, venus après la révocation de l'édit de Nantes (1685), débarquent dans les colonies sous contrôle britannique. Ces populations représentent des mouvements religieux très différents, anglican, presbytérien, luthérien, quaker, baptiste et catholique, la très grande majorité provenant des îles Britanniques. Aux côtés des Anglais se trouvent des Hollandais. Rouliers omniprésents sur tous les océans et toutes les mers du monde, eux-aussi s'intéressent comme les autres Européens au continent américain mais sans préoccupation religieuse, leur objectif étant d'établir des colonies dans un esprit mercantiliste, pour s'adonner au commerce du castor, du bois ainsi qu'à la pêche. Dès le début du XVll" siècle, à la suite de Hudson, navigateur anglais qui découvrit le fleuve, le détroit et la baie qui portent son nom, ils s'implantent dans la région de New York, de Manhattan et dans la vallée de la rivière Hudson. Ils créent un comptoir commercial à la pointe de l'île de Manhattan, donnant à l'endroit le nom de Nouvelle-Amsterdam. 13

En 1626, le gouverneur de la West India Company achète toute l'île aux tribus amérindiennes pour une somme symbolique et fait construire un mur pour assurer sa protection (Wall Sreet). Barrant la route aux Français et aux Anglais par leur hégémonie, ceux-ci sont déterminés à les éliminer. Le coup d'envoi des hostilités est donné lorsque Cromwell fait voter en 1651 l'Acte de navigation qui ouvre une série de guerres au cours desquelles les flottes conjuguées de France et d'Angleterre affrontent la puissante marine hollandaise commandée par le !,Jfandamiral hollandais Ruyter. Les traités qui suivirent conclus entre l'Angleterre, les Provinces-Unies, la France et le Danemark mettent fin aux hostilités, ils se traduisent à Breda (1667) par l'abandon par les Hollandais de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle-Amsterdam qui sont livrées à l' Angletene. New York devenue colonie britannique entrait par la voie des armes dans l'Empire. L'Angleterre prend alors la relève des Provinces-Unies comme première puissance maritime. Des Espagnols à la recherche de l'or s'installent plus au Sud dans les Caraïbes, en Floride, sur la côte et à l'intérieur du Mexique. A l'arrivée des Européens, la plupart des sites qui allaient devenir des lieux de compétition étaient occupés depuis des millénaires par des Amérindiens dont le nombre ne peut être chiffré. Sans avoir constitué de véritables empires comme les Aztèques et les Incas en Amérique du Sud, ces premiers habitants formaient des nations plus ou moins sédentaires qui pratiquaient la chasse, la pêche, la cueillette de fruits sauvages et parfois l'agriculture, tout en se livrant à des guerres fratricides. Ils enseignent aux Européens la manière de s'adapter au Nouveau Monde pour survivre. A mesure que la colonisation européenne progresse vers l'Ouest, ils ne cessent de perdre des terres sur lesquelles ils se déplaçaient jusqu'alors à leur guise. Prenant conscience de leurs intérêts, les tribus deviennent, bon gré mal gré, partenaires des Français ou des Anglais avec lesquels elles nouent des alliances militaires, des relations commerciales pour la traite des fourrures et parfois des 14

mariages. Les Iroquois et les Hurons appartiennent à la même famille linguistique mais les Iroquois, rassemblés dans la puissante Confédération des Cinq Nations, pactisent avec les Anglais et les Hollandais tandis que les Hurons sont avec les Français. Un autre groupe va marquer sa présence sur le sol américain bien avant la plupart des Européens: les Africains, d'abord en tant qu'esclaves débarqués à partir du xvr siècle pour servir dans les plantations, puis en tant que citoyens. Les Amérindiens et les Africains ont fait des Américains un peuple créole, écrit Russell Banks dans Amérique notre histoire. Alexis de Tocqueville (1805-1859), jeune aristocrate substitut au tribunal de Versailles, est chargé d'étudier la question pénitentiaire aux Etats-Unis pour déceler surtout ce que pouvait emprunter l'Europe, il y séjourne durant deux années (1831-1832) avec Gustave de Beaumont, son ami qu'il associa à sa mission. Il parcourt le pays dans toutes ses dimensions, des Grands Lacs à la Nouvelle-Orléans, en observant en même temps les institutions et les mœurs. De sa visite, il rapporte un remarquable ouvrage « la Démocratie en Amérique» (publié en 1835 et 1840), tableau complet du Nouveau Monde à cette époque, son ouvrage va fonder sa réputation et les historiens y font de fréquentes références. Il y mentionne souvent les nègres et les indiens «deux races infortunées qui n'ont rien de commun, naissance, langage, mœurs et qui occupent une position inférieure. Le nègre a perdu le souvenir de son pays, ne parlant plus la langue qu'ont parlée ses ancêtres. La destinée des nègres est en quelque sorte enlacée dans celle des européens, les deux races sont liées l'une à l'autre» Défenseur de la démocratie, Tocqueville dénonce l'esclavage. (Jean-Laurent Benoît, Tocqueville, un destin paradoxal). La présence des Européens contribue à envenimer les relations inter-tribales pour des enjeux qui ne sont pourtant pas essentiels. L'une des causes principales de heurts, voire d' affrontements entre Indiens et colons provient des rivalités engendrées par le commerce des fourrures: les tribus font la guerre pour agrandir leurs sources d'approvisionnement ou obtenir l'accès aux voies de pénétration les plus courtes et les 15

plus sûres. La fourniture d'armes à feu par les Anglais et les Hollandais aux guerriers iroquois, les plus belliqueux, constitue une autre cause de conflit, les mousquets destinés à combattre les Français étant aussi utilisés contre des tribus adverses. Ces guerres indiennes larvées et jalonnées de flambées de violence, parfois modérées par la diplomatie, ne sont pas nouvelles, elles préexistaient bien avant l'arrivée des Européens et ont toujours fait partie: de la culture indienne. Au XVIIe siècle, la France est la puissance européenne la plus présente en Amérique du nord. Son Premier Empire colonial couvre un imm(~nseespace de Terre-Neuve à la Louisiane, soit les deux tiers de l'Amérique septentrionale. Dès ses origines, il suscite la convoitise des Anglais et réactive la rivalité ancestrale franco-britannique en l'étendant au Nouveau Monde où les guerres deviennent virulentes au XVIIIe siècle. Elles s'inscrive:nt alors dans le prolongement des guerres européennes : les deux nations rivales se battent autant sur le continent nord-américain, les fleuves, les rivières et les lacs que dans les eaux de l'Atlantique et de ses mers bordières. L'objectif de la Perfide Albion est d'éliminer la présence française d'Amérique du nord, comme elle l'avait fait de la présence hollandaise. Une guerre sans merci s'ouvre en 1754 et s'achèvera sept ans plus tard avec sa victoire et la signature par Louis XV du désastreux traité de Paris alors que tout semblait être à son avantage. Vaincue sur mer et sur terre, la France doit abandonner le Canada et se trouve rejetée dans l'étroite presqu'île européenne. Bientôt cependant, la victoire des Anglais provoque une rupture entre la Couronne et ses treize colonies, les colons anglais rejettent la tutelle de l'Angleterre et ouvrent un conflit armé faisant du continent américain le théâtre d'une guerre révolutionnaire. En réponse au revers subi en 1763, la France, sortant de sa longue expectative à la nouvelle de la victoire des Insurgents à la bataille de Saratoga en octobre 1777, s'engage à leurs côtés dans une guerre qui suscite dans toute l'Europe un immense enthousiasme et offre à Louis XVI l'opportunité d'une revanche4.

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CHAPITRE 1 LA FRANCE EN AMÉRIQUE

Deux cent vingt-neuf ans de présence
Au xvrr siècle, la France de Louis XIV prenait possession, à la barbe de ses concurrents, d'un vaste empire allant de Terre-Neuve au Mexique et de l'Atlantique aux Grands-Lacs. Deux immenses fleuves y pénètrent très profondément: le Saint-Laurent (1140 km), voie royale empruntée par les Amérindiens5 depuis des siècles, puis par les navigateurs, explorateurs, chasseurs, pêcheurs, et le Mississipi (3 780 km) qui, avec son affluent le Missouri (4 370 km), constitue un gigantesque bassin hydrographique avant de se jeter dans le golfe du Mexique par un vaste delta. Cette Amérique froide ne présentait pas d'attrait auprès de l'ancienne monarchie et les Français de l'époque ne lui marquèrent guère d'intérêt. Seules les îles à sucre de la mer des Caraïbes, la Guadeloupe et la Martinique, découvertes par Christophe Colomb puis colonisées par la France recueillaient la faveur de l'opinion, des Encyclopédistes particulièrement. Aussi se consola-t-on aisément, à la signature du traité de Paris en 1763, de la perte de notre Empire dès lors que les Anglais nous restituaient les îles.

Des pêcheries aux pelleteries

L'accès aux métaux précieux, l'or du Brésil et l'argent du Mexique et du Pérou qui avaient procuré dans la première moitié du seizième siècle à l'Espagne et au Portugal une grandeur sans rivale, ne fut pas la motivation première des

Français pour traverser l'Atlantique Nord. Les historiens, sans écarter la possibilité d'incursions de Vikings venus d'Islande et du Groenland, s'accordent sur le rôle essentiel, dans la découverte du Nouveau Monde, de la pêche à la morue sur les côtes de Terre-Neuve. Elle commença vraisemblablement à la fin du XVe siècle et ne cessa de s'amplifier au xvr. A cette époque, en effet, la consommation de poisson était imposée par l'Eglise aux jours maigres et leur graisse utilisée pour la fabrication de chandelles et de savon. Ce seraient des pêcheurs européens, français, portugais, anglais, néerlandais qui, les premiers, auraient traversé l'Atlantique et marqué leur présence dans le golfe et le long des côtes du Saint-Laurent, mais leur fréquentation n'était encore que saisomlière et limitée au littoral. Les Français seront coutumiers des lieux, les Basques, les Bretons et les Normands chassant la baleine dans les eaux du Labrador, les Malouins et les Normands pêchant la morue sur les Grands Bancs de Terre-Neuve et dans le golfe du SaintLaurent6. A la pêche à la morue, point de départ de la colonisation, s'ajoute dans le dernier quart du XVr siècle une activité parallèle qui apporte un complément de ressources, la traite des fourrures. Elle prendra de plus en plus d'importance au point de dépasser celle de la pêche en terme de revenus pour devenir la base de l'économie. Des expéditions sur le continent nordaméricain sont organisées et financées par des marchands et des négociants de grands ports, Dieppe, Rouen, Saint-Malo, La Rochelle, Saint-Jean-de-Luz. L'attrait pour la fourrure s'étend dans toute l'Europe par un effet de mode. Jusque-là apanage traditionnel de la noblesse et des dignitaires ecclésiastiques, son port se répand dans toutes les classes sociales. Les loutres et les castors, dont les rivières outre-atlantique sont abondamment peuplées, permettent également de faire un excellent feutre léger et chaud pour la confection des chapeaux. De ce fait les fourrures d'Amérique dont le négoce est devenu lucratif inondent les capitales européennes. Un réseau commercial régulier s'instaure entre Indiens et Européens portant sur les peaux de castors, loutres, martres, visons, renards, loups, ours 18

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