Guadeloupe 1899, année de tous les dangers

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EAN13 : 9782296156081
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GUADELOUPE 1899 : ANNÉE DE TOUS LES DANGERS

Claude THIEBAUT

GUADELOUPE

1899 :

ANNÉE DE TOUS LES DANGERS

Préface du Dr H. BANGOU

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

« Tout ne relève pas der opinion. Il ne serait ni juste ni exact de mesurer toujours la valeur des entreprises à l'estime que le public en fait, mais dans les .affaires coloniales, l'opinion est un facteur considérable ».
Joseph CHAILLEy-BERT

Éditorial du premier numéro de La Quinzaine Coloniale) 10 janvier 1897

@ LJHarmattan} 1989 ISBN: 2-7384-0140-6

Table des matières

PRÉFACE, par Henri BANGOU .....................................................................................
AVANT

- PROPOS.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

I. Guadeloupe 1899.Année de tous les dangers.. .................. ll. Pourquoi ces incendies, et depuis quand? ........................................................... Ill. Interpellation d'Alexandre Isaac au Sénat (29 mai 1899) ...................................
IV. Les in cendiairesnoirs .. . . . . . . . . ~. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

V. Les incendiaires blancs....................................................................................... VI. Pour une autre politique locale............................................................................ Vil. Pour une autre politique coloniale..................................................................... VilI. Vers un changement de souveraineté ............ IX. Le scénario cubain et l'hypothèse séparatiste..................................................... X. Le complot ................................................................................
XI. Convergences. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . ... . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XII. L'annexionnisme américain................................................................................ XIII. Un non événement dans l'histoire de la France ............................................... XIV. Un non événement dans l'histoire des Etats-Unis .............................................
XV . Fin 1899 ............................................................... ...........................................

ABRÉVIATIONS

UTILISÉES

DANS

LES NOTES

ET LA CIIRONOLOGIE

CHRONOLOGIE DoCUMENTS

.............................. .

ANNEXES................................................................................................

7 Il 13 17 25 34 43 50 57 63 71 83 90 94 101 115 123 128 129 144 144 147

I. Lettre du Gouverneur de la Guadeloupe Moracchini au ministre des Colonies Antoine Guillain (22 juin 1898) ............................................................................ II. Article d'Alexandre Isaac, sénateur de la Guadeloupe, dans flndépendant de la Guadeloupe du Il août 1898 (extrait) sur les Etats-Unis et Cuba,contre l'extension indéfinie des applications du principe de Monroë .............................. III. Délibérations du Conseil Général de la Guadeloupe. Session ordinaire de 1898, du 25 novembre au 26 décembre (extrait) sur l'augmentation des droits de sortie sur le sucre. Interventions de Ernest Souques, de Pierre Blanche, de Céran Th art an (Journal Officiel de Guadeloupe) ............. IV.. Lettre du Gouverneur de la Guadeloupe Moracchînî, au ministre des Colonies, Antoine Guillain, du 15 mars 1898 sur l'origine des incendies .............................. V. Lettre du directeur de la Banque des Consignations à Paris au ministre des Colonies Antoine Guillain, du 10 avril 1899 ........................................................... VI. Dépêche du Consul américain en poste à Pointe-à-Pitre Louis Aymé, n° 122, en date du 25 avril 1899, adressée au sous-secrétaire d'Etat, David J. Hill- State Department, Washington .................................................. VII. Motion adoptée par les notables de Pointe-à-Pitre réunis le 25 avril 1899 au Cercle du Commerce.............................................................................................. VIII. Rapport de Mer du Capitaine de Frégate Coffinières de Nordeck, Commandant du Sfax, sur son séjour à Pointe-à-Pitre, rédigé vers le 15mai.

148 153 158 161 163

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Lettre du Contre-Amiral Richard, commandant en chef de la Division navale de r Atlantique au ministre de la Marine, sur ce rapport et sur la situation en
Guadeloupe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. ... . . . . .. .. . .. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167

IX. Lettre du Gouverneur de la Guadeloupe Moracchini au ministre des Colonies Antoine Guillain, du Il mai 1899, où apparaît clairement son refus de céder aux pressions et du ministre et des notables pointois. Brouillon d'une lettre du ministre au gouverneur qui témoigne de la dégradation de leurs relations X. Interpellation du Sénateur de la Guadeloupe, Alexandre Isaac, lundi 29 mai ~ 1899 et réponse du ministre (extraits de Journal officiel du lendemain) XI. Artices du Courrier de la Guadeloupe du 6 juin 1899 et de la Vérité du 4 juin 1899 sur une première Alliance Capital-Travail inaugurée en décembre 1897 XII. Lettre d'Hégésippe Légitimus depuis Paris au ministre des Colonies, Albert Decrais , du 29 juin 1899 XIII. Lettre du Procureur de la République en Guadeloupe Girard au Gouverneur Moracchini, 29 juin 1899 XIV. Pétition d'habitants des faubourgs de Pointe-à-Pitre au ministre des tolonies, 7 juillet 1899 XV. Article d'Hégésippe Légitimus dans L'Aurore du 21 juillet 1899, sur le caractère politiqse de la campagne d'opinion qui se dévdoppe en France au sujet d~ événements en Guadeloupe XVI. Lettre du Gouverneur Moracchini au ministre des Colonies Antoine Guillain, du 27 août 1899, en réponse à l'extrait du Rapport de Mer de Coffinières de Nordeck DRAMA TIS PERSONAE (JuSQU'EN 1899) ..
BIBLIOG RAPI'lIE . . . .. . . . .. . . . . . . .. .. . .. . . . .. .. . . . .. . .. . . . . .. . . . .. . . . . .. . . . . . .. . . . .. . . . .. . . . . . .. . . . . . . . . . . . .. . . . . . .

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Préface

Sollicité par Claude Thiébaut) ancien professeur du lycée de Pointe-àPitre) pour préfacer son ouvrage sur une partie encore obscure de I)Histoire de la Guadeloupe et de la naissance du mouvement socialiste dans l)île) mon premier mouvement a été de me récuser) dans le doute où je suis de pouvoir honorer sa confiance par une introduction digne de sa remarquable et talentueuse enquête sur les incendies survenus à Pointe-à-Pitre et dans les campagnes de la Guadeloupe durant les années 1898 et 1899. Mais le sujet, autant que sa conduite) ne pouvaient me laisser indifférent. De surcroît) l'éclairage tout à fait nouveau porté par l'auteur sur les événements qui défrayèrent la chronique locale et parisienne en cette fin du XIX siècle) me fait penser que mon intérêt ne fait que précéder, j'en suis certain) celui de la grande majorité des Antillais qui auront l'avantage et le plaisir de le lire. Mes propos seront donc) avant tout) le reflet de cet intérêt et de la satisfaction que j'ai éprouvée à suivre le fil d'une enquête passionnante menée par l)auteur qui sait tenir éveillée jusqu)au bout la curiosité du lecteur. Mon premier sentiment) en effet) "est celui de l)admiration au regard de la scrupuleuse minutie avec laquelle ont été dépouillés des documents d)archives aussi diversifiés que ceux qui ont fondé l)analyse de Claude Thiébaut. C)est d)ailleurs l)aspect colossal évident de ce dépouillement qui permet d)écarter tout a priori de sa part) ou une quelconque volonté d) étayer après coup une thèse élaborée à l)avance) et en l)absence de tout dossier révélateur ou « présomptzf ». Certes) il ne s)agit pas pour moi de déflorer le sujet traité dans ce livre) mais malgré la séduction de la solution suggérée par I)auteur à la problématique des incendies qui se succédèrent tout au long des deux années

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qui virent l'élection d'Hégésippe Legitimus comme député et comme prészdent du Conseil général de la Guadeloupe, on est étonné de constater que l'hypothèse envisagée n'ait jamais été évoquée jusqu)ici, ni même effleurée. J'y trouve, pour ma part, plusieurs raisons. La première} la plus importante, qui honore l'esprit de recherche de Claude Thiébaut, c'est que les historiens qui sont enclins à repousser l'accusation d'incendiaire lancée contre Légitimus, n'ont guère porté leur curiosité de chercheurs aussi loin que l'a fait l'auteur lui-même. Une autre raison tient à ce que ces historiens étaient très vite satisfaits dans leur propension à disculper Hégésippe Légitimus et ses lieutenants puisque, fait assez rare dans l'Histoire coloniale insulaire, un coupable blanc créole avait été livré à la justice. Il faut dire aussi que le problème des incendies criminels dans l'île n'était pas nouveau, et qu'il avait surgi au lendemain de l'abolition de l'esclavage, en 1848, et après l'élection triomphale de Victor Schœlcher, comme député de la Guadeloupe, par les anciens esclaves devenus citoyens et électeurs. A l'époque, l'abolitionniste lui aussi fut traité d'incendiaire par les colons et la presse de la Droite métropolitaine conservatrice. Cela en des termes similaires à ceux utilisés contre Legitimus et ses compagnons.

Disons} enfin, que l'habitude d'une investigation historique interinsulaire, et surtout régionale, n'a pas été suffisamment prise en considération, alors qu'à l'évidence tous les pays qui s'y trouvent ont subz~ peu ou prou, les effets d'une politique volontariste et intéressée des puissances mondiales qui y sont installées. A cet égard, l'enquête exhaustive menée par Claude Thiébaut sur cette tranche de notre Histoire vient à point nommé pour rappeler les insuffisances d'une recherche restée trop longtemps compartzmentée et « mono-insulaire ». Nous avons nous-même regretté, entre autres choses,
l'absence d'une Histoire post-colombienne et précoloniale de nos îles, qui eût sans doute mis en lumière des événements conflictuels et intriqués concernant l'ensemble de la région que se sont disputés Espagnols et Amérindiens. Quoi qu'il en soit} l}intéressant ouvrage de Claude Thiébaut vient confirmer la richesse des thèmes d'analyse inhérente à l'expérience socialiste et négriste de Légitimus à la Guadeloupe dans les années charnières du XIX siècle finissant et du début du xx: siècle. Richesse d'événements et de problématiques que l'importante thèse de Philippe Cherdieu sur Légitimus n'a pas épuisée, tout en en laissant entrevoir l'étendue et la complexité. Car il apparaît, de plus en plus, que ces problématiques soulevées par tel ou tel aspect de cette période dzfficile n'apportent pas toujours aux chercheurs des réponses définitives ou tranchées. Il en a été ainsz~ rappelons-le, de celle de 1'« Entente Capital-Travail» de 1902 conclue entre le leader socialiste et négriste guadeloupéen, Hégésippe Legitimus, et le patron du syndicat usinier blanc, Ernest Souques. . ~ 8

De même} au terme de I}enquête passionnante que mène Claude Thiébaut} force nous est de demeurer en éveil dans l}attente d}un élément du dossier qui permettrait de le refermer. Ces incertitudes} autant que l}abondance des interrogations que suscite
I}

expérience politique de Legitimus} sont en tout cas le signe même de

l}intérêt qu}il y a à approfondir cette tranche d}Histoire. Cela} d)autant plus} et l)auteur le rappelle opportunément} que celle-cz. est intimement liée non seulement à la politique coloniale de la France de cette époque-là} mais surtout à une période originale de I}évolotion de la société française faisant ses premières expériences;} elle aussz~ des zdées socialistes introduites par Guesde et Jaurès. A un moment ou l}extrême gauche venait de marquer des progrès sensibles au niveau électoral en France} et pesait sur l)orientation de la politique gouvernementale) il serait difficile d}imaginer que les Etats-Unis aient pu rester indifférents à la situation politique dans les îles françaises de la Caraïbe. Ce puissant voisin eût-il négligé de s}en préoccuper} que les colons I}eussent sollicité} comme ils le firent un siècle plus tôt à la mort du Roi de France et pour prévenir les effets de la politiqu.e conventionnelle dans les îles. On se souvient qu}ils firent appel alors à I)Angleterre et y envoyèrent leurs représentants Dubuc et Clairfontaine négocz.er I)occupation de la Martinique et de la Guadeloupe par les Anglais en mars-avril 1794. Plus près de nous} après la première guerre mondiale} I)éventualité du paiement des dettes de la France par l)abandon de ces îles aux Etats-Unis fut évoquée et} au cours de la dernière guerre mondiale) la présence de la /lotte française dans la région a sans doute coupé court à bien des velléités. Autant dire que I)ouvrage de Claude Thiébaut a aussi des relents dJactualité qui en accusent l}intérêt. Pour ma part} jJai particulièrement apprécié la manière dont sont reconstruites la vie et IJatmosphère de cette époque} à travers la lecture quotidienne de la presse et grâce à l}abondante compilation mise à la disposition du lecteur. Au-delà de la relation} il nous aide à mener avec lui une délicate enquête pour laquelle il sait habilement solliciter notre curiosité autant que notre sens critique} sJexerçant sur un écheveau dont les maillons sont multiples. Legitimus et ses amis ne sont sans doute pas coupablesJ mais leurs déclarations et leurs écrits sont accusateurs. Les colons ne cessent de mettre en accusation Legitimus et les NoirsJ mais il est prouvé qu)il y a parmi eux des incendiaires. La preuve est faite que des incendies sont allumés pour des raisons sordidesJ comme notamment pour toucher des indemnités d)assurances sans proportion avec la perte réelle. Mais ne sont-ils pas une façon idéale d) obtenir du gouvernement en France quJil rappelle un Gouverneur trop indifférent aux sollicitations du patronat usinier? Mais} nJest-ce pas aussi une occasion de renforcer le pouvoir du

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Gouverneur en face de celui du Conseil Général dont les Noirs viennent prendre le contrôle? Des incendies à Pointe-à-Pitre et dans les campagnes de la Guadeloupe ne sont que de événements locaux et mineurs par rapport à la politique générale de la France. Mais} n}est-ce pas l}occasion de modifier l}ensemble de sa politique coloniale? Legitimus est député et président du Conseil généra£ mais son activité n'est-elle pas fragilisée par la double autorité du représentant du gouvernement français et des colons usiniers? Ces derniers semblent vouloir se débarrasser de Leg itim us} mais ne manœuvrent-ils pas en fait pour l)obliger) deux ans plus tard} à conclure une alliance avec le capital ? Que fait enfin la flotte américaine dans les eaux de la Guadeloupe? Comment interpréter la présence aussi d'une flotte française? A-t-elle empêché celle-là d'intervenir, alors que dans le Nord, à Cuba) un navire américain coulé avait chassé l'Espagne de la grande île à sucre? Claude Thiébaut mène I)enquête et nous éclaire sur tout cela tout au long de son remarquable ouvrage. Henri BANGOU

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AVANT-PROPOS

Mais que se passe-t-il donc en Guadeloupe en ce début d'année 1899 ? Apparemment, la situation y est d'une extrême gravité. Un incendie particulièrement spectaculaire, une nuit d'avril, vient de détruire tout un quartier de Pointe-à-Pitre (chapitre I). Pour certains, cet incendie, après beaucoup d'autres, est à mettre en rapport avec l'émergence du « parti noir» : Légitimus est député depuis mai 1898 et surtout Président du Conseil Général depuis novembre, des « mesures d'écrasement» ont été aussitôt votées par cette assemblée. L'incendie sonnerait le glas de la puissance et de la présence des blancs sur l'île. A Paris, le Sénateur Alexandre Isaac interpelle le gouvernement (chapitre II) et sur place Le Courrier de la Guadeloupe d'Ernest Souques mène campagne contre les « incendiaires noirs» (chapitre Ill), jusqu'au jour où le journal La Vérité de Gerville-Réache révèle l'existence... d'incendiaires blancs! (chapitre IV). Simples escroqueries à l'assurance? On l'a dit. Le but de la campagne de presse initiée par Ernest Souques est quelquefois avoué: obtenir sur l'île des mesures de maintien de l'ordre par un renforcement des forces de police et de gendarmerie, par une plus grande sévérité de la part de la justice. Et si le Gouverneur Moracchini refuse de coopérer, eh bien, qu'on le déplace! (chapitre V). Mais la campagne de presse, au-delà du prétexte guadeloupéen, concerne l'ensemble des colonies et ce c'est pas seulement de maintien de l'ordre qu'il s'agit, mais du maintien d'un certain ordre, inégalitaire, comme au temps longtemps d'avant 1848. Cette nostalgie, sans doute, pour être moins avouable, n'en est pas moins évidente quand on lit la presse du temps (chapitre VI). Pourtant rien ne se passe dans l'immédiat (c'est seulement en 1900 Il

que les pouvoirs des Conseils Généraux des anciennes colonies restreints). Dans l'immédiat, alors qu'on pouvait espérer à Paris un changement radical de politique, suite aux différents scandales qui éclaboussent le régime, la « République Radicale» se révèle étonnamment apte à surmonter toutes les crises: Boulanger, Panama, Déroulède, Ravachol, bientôt Dreyfus, etc. Que faire pour, à la fois, résoudre la crise sucrière et instaurer un nouvel ordre social? C'est alors qu'intervient, selon nous, un complot (et non pas seulement une tentation, celle-ci est de toutes les époques), tendant à faire de la Guadeloupe un nouveau territoire des États-Unis d'Amérique, avec un statut à définir (annexion? protectorat ?), mais selon des modalités très claires: celles-là mêmes qui avaient détaché Porto-Rico et Cuba de la tutelle espagnole à l'été 1898. « Remember the Maine! » (chapitre VII et suivants) . Pourquoi le scénario cubain ne put-il se reproduire? Il faudra aussi répondre à ces questions, du point de vue français (chapi~re XIII) comme du point de vue américain (chapitre XIV). Il s'agit donc, finalement, d'un non-événement mais dont la connaissance peut être utile à une meilleure appréhension de la réalité coloniale. S'agit-il d'une histoire si ancienne qu'il ne puisse être fécond de la prendre en compte et d'y trouver matière à réflexion? Notre étude s'appuie sur des documents publiés par la presse du temps, journaux guadeloupéens ou nationaux, américains aussi. Le Journal Officiel (lois et décrets, comptes-rendus des débats à la Chambre et au Sénat) a bien sûr été consulté, ainsi que la Gazette Officielle de la Guadeloupe (débats au Conseil Général, arrêtés du Gouverneur). Au-delà, diverses archives ont été consultées, administratives et politiques, diplomatiques et militaires (Archives Nationales d'Outre Mer à Aix-en-Provence, Archives du Service Historique de la Marine à Vincennes, Archives diplomatiques au Quai d'Orsay et au State Department à Washington). Plusieurs de ces documents sont reproduits en annexe. Une chronologie permet de montrer l'interdépendance de la vie politique guadeloupéenne, nationale et internationale. Les premiers éléments de cette étude ont été exposés à Pointe-à-Pitre en juin 1988, lors du colloque « Légitimus » organisé par la Mission aux Affaires Culturelles du Conseil Général de la Guadeloupe que j'entends ici remercier publiquement, ainsi que mes collègues Christian Schnakenbourg et Alain Buffon pour le plaisir et l'intérêt que j'ai pris à discuter avec eux de toutes ces questions.

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1. Guadeloupe 1899 Année de tous les dangers
« J'ai fait ce songe, dans l'estime... J'ai fait ce songe, il nous a consumés sans reliques» I.

Sur le bureau du ministre des Colonies, à Paris, en ce 18 avril 1899, une dépêche télégraphique en provenance de Pointe-à-Pitre, signée du Gouverneur Moracchini, dépêche qui sera bientôt dans tous les Journaux:
,-)

« D'après contrôleur des contributions 313 maisons brûlées. Un million cinq cent mille francs pertes immobilières et un million cinq cent mille francs pertes mobilières. On affirme un million pertes couvertes par assurances. Aucun édifice public endommagé. Feu commencé minuit dans maison assurée. Aucun

incident. Tout calme. Moracchini » 2.
D'autres dépêches tomberont, au Ministère mais aussi chez le sénateur de la Guadeloupe Alexandre Isaac, à son domicile de Vanves ou chez le sénateur Jules Siegfried, le chef du «parti colonial» 3. Ces

1. Saint-John Perse. « Pour fêter une enfance », in Eloges) 1911. 2. Cette dépêche télégraphique, comme la plupart des documents d'archives ici publiés pour la première fois, est conservée aux Archives Nationales d'Outre-Mer à Aix-en-Provence. Les principales pièces relatives à l'incendie des 17-18 avril 1899, son exploitation médiatique et politique, ete., se trouvent dans la série Outre-Mer, série Géographie Guadeloupe, carton 59, dossier n° 415 (SOM c59 d415). Sauf autre mention, les documents cités proviendront de ce dossier. 3. Jules Siegfried s'empressera d'alerter le ministre des Colonies (lettres des 19 et 24 avril 1899. SOM série Géographie Gpe, c221 dI355). 13

dépêches là sont le plus souvent signées Ernest Souques, patron de la .Compagnie Sucrière de la Pointe-à-Pitre (E. Souques et Cie), président du Syndicat des Fabricants de Sucre de la Guadeloupe. La presse aussi est assaillie de dépêches alarmistes, du Matin à La Dépêche Coloniale, de La Politique Coloniale au Petit Journa~ L}Aurore}La Patrie} La Liberté} etc. La presse américaine elle-même fait une large place à l'incendie qui, dans la nuit du 17 au 18 avril 1899, vient de détruire tout le centre de Pointe-à-Pitre; au besoin, elle en rajoute. Ainsi, le New-York Herald et le Sun affirment que « les incendies ont été allumés par les nègres en émeute et ont causé la destruction de beaucoup de maisons et nombre de

victimes»

4.

Or, tout ceci participe d'une stratégie de dramatisation sur laquelle il faudra nous interroger car la ville, avant l'incendie, était calme, et celui-ci ne fit aucune victime. Pour autant, il fut spectaculaire, la panique indescriptible. Les journaux locaux, Le Courrier de la Guadeloupe et L)Indépendant) évoquent « les autorités affolées reconnaissant leur impuissance devant l'irrésistible marche de l'incendie».
Les Chambres de Commerce des villes portuaires de même interviendront auprès du ministre (ibid.) lettres des Chambres du Havre, la ville de J. Siegfried, le 12 mai; Bordeaux, les 17 mai et 2 juin; Nantes, le 5 juin: Marseille, le 12 juin). Le « parti colonial» réunit des parlementaires d'obédiences politiques diverses, des industriels et des colons. Il s'est doté depuis janvier 1897 d'un organe de presse spécifique, La Quinzaine Coloniale) mais s'exprime aussi dans La Dépêche Coloniale} La Politique Coloniale} de même que dans la presse non spécialisée. Sur les liens de Jules Siegfried et de Saumery avec la Guadeloupe, cf. infra p. 49 et Annexe VII. L'émergence de ce « lobby» est attestée par le docteur Armand Corre, l'auteur de Nos Créoles. Paris, 1890, qui écrit dans sa préface: « Je ne suis pas l'ennemi des Créoles. Tout au contraire, je les aime et j'apprécie très haut leurs qualités. Mais, Français de la Métropole, j'ai à déplorer l'immixion de l'élément colonial dans nos propres affaires, la prépondérance dangereuse que cet élément a conquise par l'intrigue au sein du Ministère de la Marine et qu'il essaie d'acquérir dans d'autres Ministères». L'ouvrage fit scandale en Guadeloupe mais n'en fut pas moins réédité sans changement en 1902. 4. Cité dans CDG, 9 mai 1899. La dépêche de l'Agence Havas, la première qui soit parvenue en France, affirme: « Sinistre d'une grande importance. Plus de 500 maisons et cases ont brûlé. Le feu continue ». Une seconde dépêche commente: «Depuis longtemps, des incendies dus à la malveillance étaient signalés à la Guadeloupe (...) La situation revêt en ce moment un caractère fort alarmant. Les troubles des Antilles débutent toujours par des incendies volontaires. A la fin du siècle dernier à Saint-Domingue, la révolution a commencé de la sorte ». (Textes reproduits par tous les journaux, à Paris comme en Province). 14

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Plan partiel de Pointe-à-Pitre établi par les services du gouverneur et annexé

à son rapport du 26 avril 1899 5. Ils ironisent sur la pompe à vapeur « que l'on promène volontiers les jours d'exercice dans nos rues et sur nos places comme des chars carnavalesques dont on

amuse les badauds»

6.

Elle n'a pu rendre aucun service sérieux, et c'est seulement parce que le vent a tourné que la ville ne fut pas tout entière réduite en un monceau de cendres, comme en 1871, comme en 1843... Surtout, à la différence de ces incendies mémorables mais explicables
5. Ce plan a inspiré celui que publiera L)Illustration du 27 mai 1899. Le consul américain à Pointe-à-Pitre adressera de même un plan à Washington, plus précis que celui-ci (cf. infra pp. 22-23). Tous ces plans ne situent pas exactement le foyer initial au même endroit (nord ou ou sud de la rue Arago?). Cela pourtant importe pour l'identification des responsables. 6. CDG, 18-21 avril 1899. 15

par des causes naturelles (tremblement de terre ou accident), ce nouvel incendie est immédiatement attribué à la malveillance, il s'agirait d'un incendie volontaire. Le Courrier de la Guadeloupe, en même temps qu'il annonce la catastrophe évoque d'« imbéciles incendiaires» et signale qu'une instruction a été ouverte par la justice. «Déjà plusieurs arrestations ont été faites». Pendant des semaines, Le Courrier de la Guadeloupe d'Ernest Souques mais aussi, quoique à un degré moindre, L'Indépendant de la Guadeloupe du docteur Isaac, le frère du sénateur Alexandre Isaac, vont mener une campagne de presse d'une grande envergure et créer dans l'île et en ville une véritable psychose de l'incendie. Comment s'est développée cette campagne de presse, pourquoi a-t-elle pu se développer, et dans quel but? C'est à ces questions que nous allons tenter de répondre. On le verra, il ne s'agit pas d'un épisode mineur de la vie politique en Guadeloupe, mais d'un moment crucial de son histoire, moment intéressant en raison de la nature des problèmes qui se posaient à la société guadeloupéenne et au pouvoir politique à cette époque, intéressant aussi en ce qu'on y découvrira certaines tentations qui ne laissent d'avoir un paradoxal air de famille avec celles d'autres lieux ou d'autres temps, y compris le nôtre.

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II. Pourquoi ces incendies, et depuis quand?
« ça ou pédi nen fé, ou ké trouvé nen sann » 7.

Le Courrier de la Guadeloupe est très clair sur ce point et ne modifiera jamais son analyse: « Une situation aussi grave ne date pas d'aujourd'hui mais des élections de mai 1898 qui ont marqué une ère nouvelle dans les fastes de la Guadeloupe » 8. Sur l'île, chacun a compris: en mai 1898, très exactement le 22, Hégésippe Légitimus, un nègre, un socialiste, a battu au second tour des élections législatives le député sortant, le docteur Auguste Isaac, sur un score sans appel. Plus généralement, mai 1898 marque l'émergence, en Guadeloupe,

7. Mot à mot, « Ce que vous avez perdu dans le feu, vous le retrouverez dans les cendres ». Le proverbe est opportunément cité, en français, par H.A. Lara dans son journal, La Petite République du 27 mai 1899. La plupart de nos épigraphes en créole proviennent, ainsi que leur tr...aduction, de l'ouvrage de Louis Garaud, Trois ans à la Martinique) Paris, Librairie d'Education Nationale, A. Picard et Kaan, 1895. 8. CDG, 30 mai 1899. Or les incendies, accidentels ou criminels, sont de toutes les époques, et les statistiques témoignent de leur stabilité. Ce qui commence en mai 1898, c'est la liste des incendies considérés comme politiques par CDG et IDG. Ph. Cherdieu (La vie politique en Guadeloupe) L}Affrontement BoisneufLégitimus 1898-1914) thèse dactylographiée, 2 volumes, 1981, p.34), a publié quelques tableaux statistiques. On trouvera l'intégralité des relevés adressés par le Gouverneur Moracchini au ministre des . Colonies in SOM c49 d415. 17

du «parti noir»

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bientôt confirmée, grâce à son alliance avec les

« Réachistes » (les partisans de l'autre député sortant, Gerville- Réach.e), par la conquête de la majorité des sièges au Conseil Général, en novembre. De nombreuses municipalités ont échappé, en cette même période, au pouvoir des blancs créoles. Le premier incendie aurait même éclaté dès la nuit du 22 au 23 mai 1898, dans le dépôt d'engrais du Crédit Foncier Colonial, au lieu-dit Bobinot, dont le gérant est un certain Alexandre Beauperthuy, un des « notables» de l'île. Qui oserait penser à une coïncidence, à un incendie accidentel, puisqu'au soir du 22, on aurait entendu - c'est Le Courrier de la Guadeloupe qui l'affirme -, au cours des manifestations de joie qui saluaient la victoire de Légitimus, des cris tels que: « A bas les blancs et les mulâtres, vive l'incendie» ? 10. Peut-être y a-t-il là une invention pure (?) et simple, pour les besoins de la cause que défend le journal de Souques, celle-ci étant de souligner la gravité de la situation pour en accuser les socialistes. Il n'empêche que, vrais ou faux, ces faits, rapportés dans le journal que lisent les békés, durent fortement les impressionner.

9. La formule, à notre connaissance, apparaît pour la première fois dans La Vérité du 20 mars 1898, le journal de Gerville-Réache, le député (mulâtre) de la Basse-Terre. L'article dénonçait «la politique haineuse de caste» de Légitimus, sa «dangereuse politique séparatiste» (au sens social et non pas politique du terme). A cette époque, Gerville-Réache et Légitimus sont en effet ennemis politiques, depuis décembre 1897, Légitimus est objectivement l'allié de Souques et des Usiniers (cf. annexe XI), CDG, le 2 juin 1899, rappellera ce texte pour nuire à l'union reconstituée depuis l'été 1898 entre Gerville- Réache et Légitimus, et fera de la formule « le parti noir» un épouvantail. Quelle que soit notre répugnance à utiliser de telles formules chargées d'idéologie, il nous faudra en faire un large usage puisqu'elles sont naturelles à l'époque: « réactionnaires », «usiniers », «parti noir », «parti mulâtre », «grands blancs », «nègres », « békés », etc., doivent sous notre plume être considérés comme des citations. La formule « parti noir» est d'autant plus discutable que le Comité de la Jeunesse Révolutionnaire de la Pointe-à-Pitre, puis la Fédération Socialiste Autonome de la Guadeloupe, comptent des mulâtres et des blancs parmi leurs membres influents, tels respectivement Robert OmaÏ qui fut à l'origine de la candidature de Légitimus aux législatives de 1893 et Lanessan, un métropolitain, professeur au lycée Carnot (selon Ph. Cherdieu, L'échec d'un socialisme colonial: La Guadeloupe (1891-1914)) in Revue d'lIistoire Moderne et Contemporaine, avril 1984, p. 318). 10. CDG, 30 mai 1899. « A la Guadeloupe, l'incendie est l'arme du parti révolutionnaire dont le cri de guerre est: « Mort aux blancs et aux mulâtres, la Guadeloupe aux noirs ». (ln: Le Petit Journal de Paris, repris dans CDG, 12 mai 1899). Sur les murs du Palais de Justice, on avait inscrit: « La ville est à nous. Courage aux incendiaires. Vive l'anarchie ». CDG s'en fit bien sûr l'écho, de même que le commandant du Sfax dans son Rapport de Mer, de même qu'Alexandre Isaac, à la tribune du Sénat. Le Gouverneur Moracchini, dans sa lettre au ministre du 27 août 1899, croit à une mauvaise farce... et nous à une provocation. 18

Dans la nuit du 7 au 8 juin, à Pointe-à-Pitre, un autre incendie suspect éclate, tôt éteint par la police. Mais dans la nuit du 10 au Il, Îes choses se gâtent: le feu détruit la maison en construction du docteur Crane, rue Alsace-Lorraine, vers deux heures du matin, et se communique aux maisons voisines dont les occupants sont évacués. Le Courrier de la Guadeloupe rapportera plus tard que sur les lieux on put entendre les cris: « Ce sont des maisons de blancs. Laissez-les brûler» 11. La même nuit, rue Schoelcher, on eut à déplorer un début d'incendie que le journal attribue lui aussi à la malveillance, chez M. Lubin, carrossier, absent de chez lui au moment des faits. « Peut-être espérait-on que le feu détruirait le Trésor Public tout proche », suggère le journal des frères Isaac. La Vérité} le journal de Gerville-Réache, rapporte qu' « il y a quelque temps, et ces jours passés encore, le bruit de projets d'incendie préparés par des misérables qui vivent des calamités publiques, a été colporté par toute la ville ». Le journaliste poursuit: « Nous disons à chacun ici, gardez-vous contre les sinistres entreprises de quelques sinistres bandits qui guettent le moment propice pour jeter le deuil et la désolation au milieu de nous ». Surtout, selon La Vérité} qui rejoint en cela la presse de l'Usine, ces incendies sont le résultat d'un complot: « Des faits comme ceux que nous venons de signaler tendent à prouver qu'il y a un plan concerté pour la destruction de la ville» 12. Le 14 juin, on franchit un nouveau degré dans l'escalade, il va y avoir mort d'homme (le marbrier italien Barbafiera). Huit maisons de bois vont brûler, faubourg Frébault, juste en face de la chapelle de l'Hôtel-Dieu. Le feu a pris à l'angle de la rue Frébault et de la rue Anatole-Léger, dans une maison vide encore une fois. Le 15 au soir, on arrêtera un certain Bonnet, surpris au fond d'un magasin. Apparemment il « attendait la tombée de la
Il. CDG, 14 juin 1898, souvent répété, par exemple le 30 mai 1899. 12. LV, 12 juin 1898, repris par CDG, 14 juin pour nuire à l'entente reconstituée entre réachistes et socialistes. En effet, LV, évoque un «complot» (et non pas des initiatives isolées, provoquées par la misère. Le journal de Gerville-Réache n'en viendra à cette seconde analyse que dans un deuxième temps. Mais CDG ne cessera de rappeler sa thèse première). 19

nuit pour exécuter son sinistre dessein ». Il faudra bien le relâcher, faute de preuve. A partir du 19 juin, le calme règne. à Pointe-à-Pitre mais le feu est mis presque chaque nuit dans les campagnes: nuit du 19 au 20, Habitation « Ermitage » appartenant à la Socié~é des Sucreries de Port-Louis; soirée du 23, pavillon attenant à la maison principale de l'Habitation « Sylvain Montalegre » appartenant à la même société; nuit du 24 au 25, case à cultivateurs de l'Habitation «Ermitage », encore; nuit du 26 au 27, boutique de l'indien Matadine, sur l'Habitation « Bellevue ». Tantôt le feu

est arrêté à temps, souvent le bâtiment est entièrement détruit
Tous ces faits

13.

« ont eu comme point de départ, l'élection de M. Légitimus

à la députation»

14.

affirme Le Courrier de la Guadeloupe. Plus tard, il expliquera une accalmie par le fait que le député a quitté l'île le 1erjuillet pour aller siéger au Parlement. Le problème est qu'il ne reste que 26 jours en France et qu'il revient bientôt, pour les élections au Conseil Général. Le journal note aussitôt: «une nouvelle agitation se produit, agitation à laquelle prend part le parti réachiste d'evenu son allié ». A ces élections, « huit pseudo-socialistes noirs» sont élus et forment au Conseil Général, avec les partisans de Gerville-Réache, une majorité de 20membres (sur 36). «On aurait pu les croire satisfaits, puisqu'ils ont triomphé. Mais non. Ou du moins, s'ils sont satisfaits, cette satisfaction se traduit par des incendies, par de nouveaux feux de joie, de joie pour les criminels, mais de douleur et de ruine pour les malheureuses victimes ». En effet, le Il décembre 1898, un nouvel incendie éclate et détruit complètement le magasin Boulognet, 25, rue Delgrès, à Pointe-à-Pitre. « Grâce aux murs qui protégeaient le Trésor et les autres maisons contiguës, le feu est circonscrit dans son foyer. La malveillance est évidente, et comme toujours, c'est vers minuit que le feu a éclaté, illuminant de ses lueurs sinistres les mesures d'écrasement votées au Conseil Général, alors réuni en session ordinaire, contre les producteurs du pays ».
13. Dans CDG, cette chronologie des faits est constamment rappelée, elle participe de la campagne de presse qui va accompagner l'interpellation du sénateur Isaac, le 29 mai. 14. CDG, 30 mai 1899, de même que les citations suivantes. 20

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