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Histoire de la Fédération des Employés et Cadres

De
746 pages
Le dimanche 23 mai 1869, les employés des grands magasins, à Paris, avec leur Chambre syndicale, se mirent en grève pour avoir un jour de congé hebdomadaire. Ainsi le groupe social des employés a été socialement reconnu. Le présent livre décrit leurs luttes et commémore les 120 ans de la Fédération des Employés et Cadres. Des grèves de 1917 à 2013, c'est le même combat pour l'égalité entre hommes et femmes, pour le progrès et la justice sociale, " pour l'émancipation humaine ".
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HISTOIRE
DE LA FÉDÉRATION
DES EMPLOYÉS ET CADRES
120 ans de luttes pour la justice sociale
1893-2013
Le dimanche 23 mai 1869, les employés des grands magasins,
à Paris, avec leur Chambre syndicale, se mirent en grève pour
avoir un jour de congé hebdomadaire… C’est ainsi que le groupe
social des employés a été socialement reconnu… Depuis, cette
lutte n’a jamais cessé.
Le présent livre, année après année, de 1869 à 2013, décrit
leurs luttes, celles de la Fédération Nationale des Employés, Gérard da Silva
fondée en 1893, devenue Fédération des Employés et Cadres en
1946. Il commémore, aussi, les 120 ans de la FEC.
Que cela soit durant les grèves de 1917, de 1925, durant le Front
populaire, au premier rang dans les combats de la Résistance, HISTOIRE en 1957, 1968, 1995, comme en 2013, c’est le même combat pour
l’égalité entre hommes et femmes, pour le progrès et la justice DE LA FÉDÉRATION sociale, « pour l’émancipation humaine ».
DES EMPLOYÉS ET CADRES
Gérard da Silva est titulaire de deux doctorats ès 120 ans de luttes pour la justice sociale
elettres (3 cycle et thèse d’État). Il a publié Le texte
1893-2013et le lecteur (L’Harmattan, 1985), L’affaire Mortara
et l’antisémitisme chrétien (Syllepse, 2008),
Histoire de la CGT- FO 1895-2009 (L’Harmattan,
2009) et Panacée pour le chômage et les retraites
(Le Muscadier, 2012). Il a également publié plusieurs livres de
Préface de Serge Legagnoa, Rose Boutaric et Jean-Claude Maillypoésie dont, à l’Harmattan, Le dernier jour (2009), Lumière
Postface de Marc Blondel(2010), L’enfant perpétuel (2011), Chant funèbre pour Danielle
da Silva (2011), le Bestiaire Ami (2012).
Photo de couverture :
journée unitaire interprofessionnelle de grève
et manifestations, 29 janvier 2009.
ISBN : 978-2-343-01511-8
45 €
HISTOIRE DE LA FÉDÉRATION
DES EMPLOYÉS ET CADRES
Gérard da Silva
120 ans de luttes pour la justice sociale
1893-2013HISTOIRE DE LA FÉDÉRATION DES
EMPLOYÉS ET CADRES
120 ans de luttes pour l DMXVWLFHVRFLDOH
1893-2013 MOUVEMENT SOCIAL ET LAÏCITÉ
Collection dirigée par Marc Blondel, Gabriel Gaudy, Jean- Marc Schiappa,
Jean-Jacques Marie et Gérard da Silva
Volumes publiés :
Gérard da Silva : Histoire de la CGTFO et de son UD de Paris, 1895-
2009, 2009
Jean-Marc Schiappa : Une histoire de la Libre Pensée, 2011
ePour la défense de la Révolution française, 1789-2009, 220
anniversaire (dir : J-M Schiappa), 2012Gérard da Silva
HISTOIRE DE LA FÉDÉRATION DES
EMPLOYÉS ET CADRES
120 ans de luttes pour l DMXVWLFHVRFLDOH
1893-2013
Préface de Serge Legagnoa, Rose Boutaric et Jean-Claude Mailly
Postface de Marc Blondel



































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01511-8
EAN : 9782343015118
PRÉFACE
eLe 54 Congrès de la Fédération des Employés et Cadres FORCE
OUVRIÈRE, qui se déroule en 2013, est marqué par la célébration de
ses "120 ans". À cette occasion, nous avons souhaité retracer son
histoire, tâche immense et sacrée gageure…
Une gageure, car à une époque où le superficiel est roi, où les
évènements se succèdent comme un clou chasse l’autre, où
l’économie présentée comme une science exacte tend à être imposée à
la démocratie et aux principes républicains, vouloir écrire l’histoire
complète du mouvement syndical des employés et des cadres peut
paraître étonnant. Bien au contraire, il s’agit de poser un regard précis
sur ce qui a façonné cette histoire, notre histoire, ainsi que sur ceux
qui ont élaboré les droits collectifs et individuels des employés et des
cadres de notre pays. Qui ne connaît pas son passé comprend mal son
présent et envisage plus difficilement l’avenir.
C’est aussi une manière de s’arrêter sur ce qui fait la valeur de
l’être humain à l’opposé de la seule valeur marchande qui tend à tout
corrompre. C’est montrer qu’il y a encore et toujours des femmes et
des hommes pour qui les valeurs de solidarité, d’égalité, de justice ne
sont pas de vains mots, mais doivent et peuvent être traduits en actes
au quotidien. Le résultat de ces engagements et de ces luttes est
toujours présent : le repos dominical, l’égalité Homme-Femme, le
droit aux Prud’hommes, l’instauration de la Sécurité Sociale, des
régimes de retraite complémentaire, de l’Assurance chômage, sans
parler des nombreuses conventions collectives de branche, ont été
obtenus grâce aux actions déterminées de notre Fédération.
Évidemment, rien n’est acquis, et les temps difficiles que nous vivons
montrent qu’il ne faut jamais baisser la garde, toujours se battre pour
préserver les acquis sociaux et en gagner de nouveaux. C’est donc
aussi un message d’espoir.
À la lecture de ce livre, chacun constatera que nombreux sont
les sujets du passé qui restent d’actualité. L’autre raison qui prévaut à
la rédaction de l’histoire de notre Fédération est la nécessité de ne pas
laisser la plume à de pseudo historiens, sans méthode, plus enclins à
salir tout ce qui touche au syndicalisme en général, et au syndicalisme
indépendant, donc à Force Ouvrière, en particulier.
Cet ouvrage se veut complet, précis et documenté. Chaque fait
est étayé et renvoie à une référence officielle et vérifiable. Cela ne fait
5que renforcer le caractère historique et indéniable des faits qui y sont
rapportés, bien loin de certains amalgames malveillants écrits ici ou là.
Le syndicalisme indépendant est une richesse pour l’humanité. Il porte
en lui des valeurs qui lui permettent de traverser l'histoire la tête haute,
y compris pendant les périodes les plus sombres.
Enfin, nous tenons à saluer et à souligner le long travail de
recherche et d’écriture qu’a mené notre camarade et ami, Gérard Da
Silva, ayant toujours à cœur d’être fidèle, précis et rigoureux dans sa
rédaction.
À une époque où d’autres organisations syndicales continuent
à jouer un rôle politique au sens partisan ou entendent être
cogestionnaires des entreprises ou de l’État, voire colégislateurs, il est
primordial de rappeler que toute l’action des militants de la Fédération
des Employés, devenue ensuite des Employés et Cadres, a été de lutter
contre toute soumission et de défendre coûte que coûte l’indépendance
syndicale et la liberté de comportement. C’est aujourd’hui encore
l’une des raisons d’être de FORCE OUVRIERE.
Serge LEGAGNOA Rose BOUTARIC Jean-Claude MAILLY
Secrétaire général Ex Secrétaire générale Secrétaire général
de la FEC FO de la FEC FO de la Confédération
Trésorière Confédérale Générale du Travail FO
6Introduction
Ce livre est l’histoire de la Fédération des Employés et Cadres,
fondée en 1893, avant même la CGT, fondée en 1895. Il est publié pour ses
120 ans, alors que la FEC demeure la principale Fédération dans son
domaine de représentativité. Ce qui représente des recherches d’archives sur
120 ans, à commencer par celles de la FEC, pratiquement complètes, de
1894 à nos jours ; continuité assurée par le fait que la même orientation
syndicale y a été toujours majoritaire, y compris lors des scissions de 1922 et
1947. Mais le livre, entendant restituer toute l’histoire de la constitution des
employés, en tant que groupe social, organisé comme tel, commence avec
leur première chambre syndicale, en 1869, et leur première reconnaissance
publique, la grève du dimanche 23 mai 1869, pour ne pas travailler le
dimanche. Ce sont les Archives de la préfecture de police qui ont été le plus
mises à contribution pour cette partie ; la série F 7 des Archives Nationales
1étant plus globalement consultée . De sorte que, de 1869 à 2013, hormis
pour la difficile époque de la Première Guerre mondiale, c’est une
reconstitution chronologique, quasi année après année, qui est donnée, dans
une forme qui s’apparente à des annales et non au genre commémoratif.
Au plan méthodologique, la restitution des faits dans leur
chronologie est fondamentale et permet, sur la « longue durée », de mettre en
évidence des données récurrentes significatives et des novations éventuelles,
plus rares. Il s’agit, aussi, de donner la parole, le plus souvent, aux acteurs et
actrices du mouvement syndical (en confrontant parole et pratique effective)
ou aux documents d’archives et non de privilégier le commentaire. Comme
l’entendait l’école des Annales, il n’y a pas de hiérarchie au regard de
l’Histoire, et 150 ans d’histoire, du point de vue des employés, éclairent
différemment, mais tout autant, que le point de vue des gouvernements ou de
ce qu’il est convenu d’appeler les « élites ». Dès lors qu’un processus est
restitué, « les hommes ne sont pas dans les catégories sociales comme des
2billes dans des boîtes » , comme risquait de le faire une approche seulement
quantitative. Il en est ainsi sur plusieurs générations et c’est la confrontation
de la parole et de l’action des employés constitués en groupe social devenu
visible, par son unité revendicative, à compter de 1869, qui en permet la
restitution : « si l’objet d’analyse est à construire, et s’il ne doit pas être
enfermé dès l’origine dans des catégories a priori, c’est la démarche même
3de la recherche qui le porte au jour et l’explicite » .

1 Pour des raisons de commodité d’identification les références d’archives et à la presse
syndicale sont intégrées dans le texte ; les autres références étant en bas de page.
2 Bernard Lepetit, Les formes de l’expérience Une autre histoire sociale (dir.), p.13, Albin
Michel, 1995
3 Bernard Lepetit, Les villes dans la France moderne, p.17, Albin Michel, 1988
7La période de Vichy, avec trois responsables de la FEC signataires du
Manifeste du Syndicalisme français, dès le 15 novembre 1940, contre
l’occupant et son régime satellitaire, démontre combien est factice toute
hiérarchie sociale a priori. Tandis que la Confédération Générale du Patronat
Français fit le choix de la collaboration, au point, en 1944, de ne pouvoir se
reconstituer (contrairement à la CGT) et de devoir attendre juin 1946, sous le
nom de CNPF.
Ainsi est constitué un « ensemble » cohérent et systématique, sur
150 ans. Ce qui réduit d’autant la part de subjectivisme et permet de ne pas
masquer l’inévitable engagement de tout auteur, aux antipodes du mirage du
« juste milieu », comme d’un hypocrite « apolitisme »…Ce qui importe,
c’est la méthode, à l’encontre de la prétendue « histoire des idées », où des
connexions arbitraires, voire inventées, sont proposées, et sans aucune
démonstration que cela est attesté dans les faits, chronologiquement compris
(du type, qui a été publié, de Rabelais en idéologue fondateur de la
« purification ethnique », ou Baudelaire, traducteur de Poe, transformé en
chantre de « l’antiaméricanisme » !)…La relation constante entre le propos
tenu et la pratique sociale avérée, dans la chronologie restituée, est le devoir
de l’historien à l’opposé de ce type de sensationnalisme infondé. En
revanche, si des éléments sont reconnus constants, c’est avec la plus grande
probabilité…En ce sens, l’exemple, le plus évident, c’est bien le combat
pour ne pas travailler le dimanche, dès mai 1869 (acquis en 1906), et avoir
deux jours de repos consécutifs, obtenus en 1937 ; c'est-à-dire, pour les
employés, avoir des conditions de travail et de vie qui ne soient ni la misère,
ni l’indignité. Et, pour le patronat, dès octobre 1869, de faire échec à cette
demande, d’obtenir, depuis 1906, des remises en cause de la loi de 1906
interdisant le travail du dimanche ; comme d’obtenir, en 1997, la remise en
cause du décret de 1937 sur les deux jours consécutifs. Il en est ainsi, que la
situation économique soit bonne ou mauvaise, tant l’essentiel et le
déterminant et le constant, c’est la nature de la relation entre les groupes
sociaux. Une autre constante, c’est la collusion du patronat et des
gouvernements, sauf exception, et ce en dépit des résultats électoraux…
Les uns revendiquent la justice sociale, au nom du principe d’égalité contre
tout dumping social et fiscal et pour un cadre collectif du progrès social.
Alors que la minorité possédante entend détruire toute législation sociale
pour bénéficier, bafouant l’égalité devant la loi, de privilèges et
d’exceptions, tant sur le plan fiscal que social, et pour un retour à l’état de la
législation sociale d’avant le Code du travail…Le prétexte (« concurrence »,
« compétitivité », selon les temps et les modes) de la remise en cause du de
la législation sociale, à toute époque, signifie bien, qu’avant d’être
économique, la raison en est idéologique. Si le libéralisme, idéologie née à
l’époque de l’Ancien Régime (avec A. Smith- lequel voulait néanmoins
contrôler la classe des rentiers), est aujourd’hui revenu à la mode, c’est bien
pour détruire toute égalité dans les relations entre groupes sociaux, et revenir
8à un système avec une caste (actionnaires et patrons, avec la cléricature
médiatique et intellectuelle à son service) bénéficiant de privilèges et des
travailleurs sans droits ; tout comme durant l’Ancien Régime, qui le vit
naître. Revenir au travail à la tâche (en lieu et place du contrat de travail à
durée indéterminée), ce n’est pas « innovant », ni « moderne », c’est revenir
à l’article 1780, lequel affirmait qu’il n’y a qu’un seul type de contrat de
travail : « on ne peut engager ses services qu’à temps ou pour une entreprise
déterminée ». Ceci était dans une Section intitulée « Du louage des
domestiques et ouvriers », avec cet unique contrat dit de « louage », excluant
tout contrat à durée indéterminée. La marginalisation de l’article 1780
eprendra tout le 19 siècle au mouvement ouvrier, pour voir son périmètre
réduit à la Section « Du louage de service ». Ce qui fait que l’Art. 1780 est
devenu : « On ne peut engager ses services qu'à temps, ou pour une
entreprise déterminée. Le louage de services, fait sans détermination de
4durée, peut toujours cesser par la volonté d'une des parties contractantes » .
Son abrogation pure et simple serait, néanmoins, souhaitable, tant la
prolifération du temps partiel et de l’intérim vont dans le sens du retour à la
généralité de l’article 1780, sans le dire. Tel est le sens du combat syndical.
Au demeurant, certains ultras du libéralisme, dont le programme n’est pas
économique, mais antidémocratique, vont jusqu’à nier le « droit au travail »,
pourtant inscrit depuis l’Édit, proposé au lit de justice du 12 mars 1776, par
Turgot: «Dieu en donnant à l’homme des besoins, en lui rendant nécessaire
la ressource du travail, a fait, du droit de travailler, la propriété de tout
homme ; et cette propriété est la première, la plus sacrée et la plus
imprescriptible de toutes ». Revenir à une société non - démocratique et de
type oligarchique est la véritable « passion » de ces ultras, avec son cortège
de liquidation de droits sociaux des travailleurs, dont le programme 2012 du
Medef, Besoin d’Aire, se veut le plus récent bréviaire.
Or c’est depuis la Cité grecque, à tout le moins, qu’existe l’opposition de
deux conceptions de la société: la démocratie ou l’oligarchie. Le retour
actuel de cette dernière, par destruction de la démocratie, s’opère, de
manière privilégiée, par le transfert des compétences des gouvernements et
parlements à des instances non élues. Et, dans le même temps, par une
prétendue « rigueur » à sens unique, dans le domaine social, contre le monde
du travail, et qui prend grand soin de protéger la caste des actionnaires
majoritaires des multinationales, fonds de pension et banques.
eLa lutte du syndicalisme, fondé au 19 siècle, contre le libéralisme alors
dominant pour changer la nature de la relation entre les groupes sociaux (la
première loi sociale, limitant le travail des enfants, datant de 1840), ne peut
pas ne pas se poursuivre afin de ne pas revenir aux inégalités sociales
dramatiques de cette époque…Et ce, d’autant plus que l’échec du libéralisme
est constant, depuis la faillite de Law en 1715, comme en 1929, ou avec les

4 Code civil de 2013
9krachs de 1987, 1998 et celui commencé en 2008 : ce qui exige de maintenir
l’alternative sociale et démocratique, pour le moment de son nouvel échec.
Le rôle de l’organisation syndicale, libre et indépendante, est bien de
maintenir cette alternative; en aucun cas de collaborer à toute tentative de
liquidation du syndicalisme, qui serait, également, celle de la démocratie
sociale. Ce qui importe, ce n’est pas la « compétitivité », c’est la justice
sociale, ici et maintenant. Tel est le constat de plus d’un siècle d’histoire de
la FEC.
Après avoir milité à la CGT, dès 1974, l’auteur a rejoint, en 1985, la
CGT-FO et a été secrétaire de Comité d’entreprise, dans le privé, durant plus
de vingt ans, jusqu’à son licenciement, sur fond d’antisyndicalisme et ,
durant un conflit, d’instrumentalisation de la justice. Le présent ouvrage
s’inscrit dans la complémentarité de celui publié en 2009 : Histoire de la
CGTFO et de son Union Départementale de Paris de 1895 à 2009.
Je tiens à remercier Jeanne Coadou-Capocci, fille d’Oreste Capocci,
pour les deux entretiens qu’elle a bien voulu m’accorder et pour l’accès aux
archives familiales. Je remercie Serge Legagnoa, secrétaire général de la
FEC, qui m’a demandé ce livre pour le congrès de Perpignan des 120 ans de
la FEC et m’a permis l’accès aux archives de la FEC. Je remercie Sabine
Antao, assistante de S.Legagnoa, pour sa constante disponibilité et amabilité.
Je remercie également Serge Feuga, trésorier général de la FEC pour sa
lecture et ses remarques attentives ; ainsi que son assistante, Sylvie
Gonsalves. Je remercie celui qui fut 15 ans secrétaire général de la FEC,
Marc Blondel, qui a bien voulu écrire la postface et pour nos fructueux
échanges. Je remercie Jean Garabuau pour ses éclaircissements. Je remercie
Jacqueline Becker pour l’accès aux archives du SNPEP et Yves Lhotellier
pour celles de la Fédération des Clercs de notaire. Je remercie Henri Euzen
pour nos laïques discussions hebdomadaires. Enfin, je remercie Claudine
Schalck, mon épouse, pour la « lumière » partagée.
Une pensée pour mon oncle, Manuel Baptista Domingues, et pour son
épouse, ma tante Marie (Maria Helena da Silva), dont il fut « l’employé » au
restaurant « Chez Baptiste », qu’elle tint durant des dizaines d’années, à
Marseille, pour le bonheur des gourmets et des dockers. Comme toujours,
une pensée me vient pour ma sœur Danièle, tragiquement disparue, et nos
parents, Éva et Manuel.
Ce livre est dédié à la mémoire de Marie-Françoise, 39 ans, chargée
de famille, clerc dans une étude notariale de la Sarthe, mise à bout par le
harcèlement d’un notaire, et qui se donna la mort, le 15 avril 1980, au matin.
Ainsi qu’à Sylvie Trémouille et Daniel Buffière, inspecteurs du travail,
assassinés dans l’exercice de leur fonction, le 3 septembre 2004.
10Première Partie
Les premiers combats, de 1848 à 1893, ou comment les employés, par
leurs luttes, existent socialement
« Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard
tranquille; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; c'est d'agir et de se
donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre
effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense. Le courage, c'est
de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge
triomphant qui passe»
Jean Jaurès
Discours pour les élèves du lycée d’Albi, 1903
Notre Société ressemble à la Forêt
Nous sommes en novembre et l’Automne est en elle
Ô fumier d’aujourd’hui ! plus ton lit est épais
Plus avril sera vert dans la Forêt nouvelle !
Gaston Couté
La chanson d'un gâs qu'a mal tournéChapitre 1
De la Tribune des Employés de 1848 et du statut social des Employés
« L’collier d’misère m’est octroyé
V’là
l’histoire de l’employé »
Leclère,
« L’Employé », 1833
À l’origine, l’image sociale de l’employé est ambivalente. Le
caractère corporatiste en est encore sensible lorsque, le 18 août 1789, 3000
5garçons coiffeurs revendiquèrent un salaire minimum .Cela ne permettait pas
de discerner, parmi le Tiers, un groupe social homogène des « employés ». Il
perdure avec des lois, telle celle du 24 Messidor, an III, portant « que les
fonctionnaires publics et employés pourront provisoirement cumuler
pensions et traitements jusqu’à concurrence de 3000 livres par an » ;
signifiant à la fois le contrôle des revenus et que ces employés ne sont pas, à
l’époque, des exploités comme les ouvriers. Au demeurant, la loi du 29
Germinal, an IV, qui « fixe provisoirement les bases du traitement des
employés salariés par le trésor public », décrit ce que socialement on entend,
au XVIIIe siècle par employés, à savoir ceux qui travaillent « dans les
ergrands établissements de l’administration générale » (article 1 II). Il en est
de même pour l’arrêté n°588, du 3 germinal an IX (24 mars 1802), portant
sur la « liquidation des pensions de tous les employés près des ministères et
des administrations civiles et militaires ».
En 1817, de la Bourdonnaye, comte de la Bretèche, chef de file des
Ultras, dans son projet de budget pour 1817, met en cause « la Bureaucratie
et la prodigalité avec laquelle on accorde les pensions ». Castel - Bajac lui
fait écho et veut « détruire cette Bureaucratie, enfant chéri de la révolution et
qui dévore la substance de l’État ». Il appartient à un isolé, l’employé
Dossion, de leur répondre en publiant la brochure « Le Cri des Employés »,
se disant un « simple et modeste employé », contestant de se retrouver
« dans la proscription prononcée contre eux, le même jour, du haut de la
6tribune nationale » ; et, citant La Fontaine, pour défendre l’employé « ce
pelé, ce galeux d’où venait tout le mal » ; en différenciant, parmi les agents
de l’État, les chefs de division des « simples Employés, sous-chefs,
7rédacteurs, commis d’ordre, expéditionnaires » . Dossion demande, pour

5 Lichtenberger, Le Socialisme et la Révolution française, p.162
6 Le Cri des Employés, p.3
7 Ibid, p.12
12eux, que soient mis en place des « hospices convenables, destinés à servir de
8retraite »; et ce au nom des « employés inférieurs de toutes les
9administrations publiques de la France » . Telle est la première manifestation
d’une conscience sociale d’un groupe des employés, strictement comprise de
manière corporatiste, parmi les seuls employés de l’État. Et ce, car telle est
la première fonction historique des travailleurs nommés « employés »,
strictement de l’État, avec la confusion entretenue entre leurs différents
niveaux sociaux, comme s’ils étaient tous membres d’une bureaucratie
étatique de privilégiés : le discours « ultra » du comte de la Bretèche ne
manquera jamais d’imitateurs, jusqu’ à ce jour.
Balzac, dans Les Employés, ouvrage publié en 1838, donne la même
description d’un statut historiquement daté: «ai-je besoin, dit- elle, de
connaître un plan dont l’esprit est d’administrer la France avec six mille
employés au lieu de vingt mille ? Mais mon ami…un roi de France se ferait
10détrôner en voulant l’exécuter » . Cet « employé » de Balzac est encore
celui du siècle précédent (le terme « employé » étant établi dès les années
1720), soit un agent de l’État nanti de privilèges. Ainsi Rabourdin est chef de
bureau au ministère des Finances et Des Lupeaulx est secrétaire général du
ministère. Rabourdin, qui a un plan pour administrer la France, est contraint
de démissionner et ne deviendra pas chef de division au ministère… C’est
bien plutôt dans Grandeur et décadence de César Birotteau (publié en 1837)
que Balzac décrit l’ascension d’un garçon de magasin chez le parfumeur
Ragon, un employé qui a de l’ambition et deviendra patron…Et plus encore
dans sa Physiologie de l’employé : « Il est ponctuel, il déploie les plus hautes
vertus, il demeure hors barrière…le ménage vit avec dix-huit cents francs, et
s’en contente pendant vingt ans, sans pouvoir mettre un sou de côté... dans
cette lutte entre le ventre et la main, l’intelligence s’est ou effacée ou
agrandie…s’il meurt avant sa retraite, on ne sait pas ce que devient ni sa
femme ni son enfant . Les ministres ne s’inquiètent en aucune manière de ces
11pauvres victimes» .Tel est le nouvel employé, que Balzac décrit, parmi eux,
comme le « pauvre employé » avec un statut social proche de celui de
l’ouvrier …Dans la Vie de l’employé, publiée en 1854 par Louis Reybaud
(auteur fameux, alors, de Jérome Paturot et, proche de Guizot, puis opposé
au Second Empire), au ton volontiers moral, on lit, en synthèse, la
description de cet employé nouveau, celui du XIXe siècle : « un employé !
Qu'est-ce qu’un employé ? S’appartient-il et où peut être son
indépendance ? De petites jalousies et d’énormes servitudes, voilà
l’existence de l’employé. Dans la hiérarchie, ce sont des chaînes

8 Ibid, p.1
9 Ibid, p.14
10 Balzac, Les Employés, p. 200; Édition Louis Conard, OC volume XIX, 1950
11 Balzac, Physiologie de l’Employé, pp.12/13, ed. de la Bibliothèque pour rire, 1850).
1312intérieures ; hors de la hiérarchie, ce sont des chaînes extérieures » .
Reybaud, qui va consacrer des Rapports aux ouvriers du fer, de la soie, du
coton, de la laine, des manufactures, ne portera pas un tel regard
sociologique envers l’employé. En tout état de cause, ce dernier est dans les
« chaînes », un pion dans une hiérarchie. Aussi significatif que ces deux
ouvrages, et moins connu, un Chansonnier est publié en 1833. On y trouve,
en particulier, sur l’air Il faut de la santé pour deux, la chanson « L’employé
de poste », qui évoque la « grande poste de Paris, Au commerce donne la
vie ». L’auteur, Goulard, décrit le travail, à sa façon : « Ah ! que de franches
13sans franchise, Arrivent, partent de Paris » . La chanson de Leclère (sur
l’air, cette fois, de V’là c’que c’est qu’d’aller au bois) est beaucoup plus
directe est descriptive : « De tous les temps souffre-douleurs/En voir de
toutes les couleurs/Et si votre zèle se déconcerte/Toujours en alerte/Avoir en
pur’ perte/Pendant vingt neuf ans louvoyé/V’là l’histoire d’un employé ».
Jacinthe Leclère évoque tant le « collier de misère de l’employé » que les
conditions de travail : « on me cajole, on me menace/Si j’fais la grimace/ On
m’souffle la place ». Avec cette chanson de Leclère, c’est la description d’un
nouveau groupe social, sous le nom d’ « employé », groupe dépourvu de
toute espèce de privilèges, ne travaillant pas comme agent de l’État (en
particulier dans les ministères), mais dans des services comme la poste, dans
des bureaux, des établissements de commerce. Le nouvel employé décrit par
Leclère, affirme : « Surnumérair’ des plus constants/ Vivre d’espoir et d’
l’air du temps/Seul d’un’ douzain’ fair’ tout l’ouvrage/Et perdant
courage/Se dire avec rage:/Pour le roi de Pruss’, j’ai travaillé/ C’est
14l’histoire d’un employé » . C’est de cet employé que l’histoire, ici, sera
racontée, dans ses conditions de travail, ses revendications sociales et les
luttes engagées pour les faire aboutir.
Avant 1848, il n’est guère fait mention d’une conscience sociale
d’un groupe qui serait celui des employés ; même si certains d’entre eux sont
membres, en 1832, de la Fédération des Bannis, avec l’ouvrier cordonnier
Efrahem, lequel écrit excellement en une brochure de quatre pages: « le
premier pas à faire, c’est de former un corps, composé de tous les
travailleurs du même état, de donner à ce corps une administration qui le
gouverne…mais vous n’aurez pas atteint le but que vous vous proposez si
vous ne cherchiez à former une Association de tous les corps d’état […]Les
droits, les intérêts des ouvriers, à quelque corps qu’ils appartiennent, sont
toujours les mêmes ; en défendant les droits et les intérêts d’un corps d’état,
15on protège les droits et les intérêts de tous les autres » . Lorsqu’il est arrêté,

12 Reybaud, Vie de l’employé, p.430
13 Le quatuor et la Chanson des Employés de commerce de l’excellent opéra-bouffe de
Chabrier, l’Etoile (1877), les décrit, encore, comme « bien mis » et « fringants », avec en
couplet : « c’est les employés jolis, c’est les employés gentils des maisons de commerce ».
14Chansonnier de tous les Arts, États, Métiers, pp.178-191
15 Efrahem, De l’Association de tous les corps d’état, p.2
14le 24 août 1833, pour « provocation à crimes et délits », avec huit membres
de la Société des Droits de l’Homme il y a, parmi eux, deux employés de
commerce. J-P. Aguet, dans une étude exhaustive, fait le bilan suivant : « ce
sont avant tout des métiers de l’ancien artisanat, de l’ancien bâtiment, de
l’ancienne industrie textile qui figurèrent à l’avant-garde des luttes ouvrières
constantes. Car dans les grandes masses du prolétariat nouveau,
16l’organisation n’existe encore qu’à l’état embryonnaire…» . L’unique
grève répertoriée, en juillet 1847, celle des gaziers, ne concerne pas des
« employés », et pour briser cette grève, la justice « fit arrêter huit
17ouvriers » . C’est qu’il n’est pas de définition en soi d’un groupe social
déterminé, tant c’est le mode d’accès propre à ce groupe, sur la scène
historique, avec ses enjeux, objectifs et acquis, qui en permet
l’autodéfinition, seule légitime. Pour les employés, il faut attendre plus que
1848, 1869.
Le décret de 1848 et le statut des employés
Le décret du 2 mars 1848 affirmait : «1° qu’un travail manuel trop
prolongé non seulement ruine la santé du travailleur, mais encore, en
l’empêchant de cultiver son intelligence, porte atteinte à la dignité de
l’homme 2° Que l’exploitation des ouvriers par les sous-entrepreneurs
ouvriers, dits marchandeurs ou tâcherons, est essentiellement injuste,
vexatoire et contraire au principe de fraternité». De ceci découlait la
diminution de la journée de travail, à dix heures pour Paris et onze pour la
province. Or lorsque Victor Dalle, un des militants majeurs de la Fédération
des Employés, présentera, en 1901, ses Rapports et Documents sur la
Réglementation du Travail dans les bureaux et magasins, ce sera pour
constater, encore, une durée moyenne du travail, dans les grands magasins,
de 11 à 12 heures, par jour. Et ce sans compter les « veillées », les heures
supplémentaires, le travail le dimanche matin et parfois l’après-midi. Les
garçons de magasin peuvent travailler quatorze heures par jour. Selon Dalle,
la moyenne est la même en France (entre 11 heures ½ et 12 h ¾) et avec les
mêmes abus, sous prétexte de samedi, de veille de fête, avec des « veillées »
allant, au bon vouloir du patron, jusqu’à minuit, voire deux heures du
18matin .Pour les employés de bureau, la moyenne se situe entre 8 et 10
heures. Ainsi, en termes de durée, voire de conditions de travail, les
employés ne sont nullement privilégiés, comparés aux ouvriers. Il y a
cependant des disparités, à l’avantage des employés de bureau, car les
employés de magasin travaillent au Havre 12 ½ et à Nice 13 ¾ tandis que

16 Aguet, Contribution, p.393
17 Ibid. p.292
18 Dalle, Rapport, p.44
1519l’employé de bazar travaille entre 11 heures ½ et 14 heures par jour .
Surtout, la législation du travail, telle que prévue depuis 1848, ne les touche
généralement pas. Il faudra, largement, qu’ils se mobilisent, avec la
constitution de la Fédération des Employés en 1893, pour voir la législation
du travail, d’abord appliquée aux ouvriers, leur être, enfin, appliquée. Ce
mouvement de constitution d’un groupe social des employés est sensible au
plan international et l’on voit le pourcentage des employés de bureau, aux
États-Unis, passer de 2 à 22 %, de 1870 à 1940, celui des vendeurs de 7 à 14
20et celui des salariés des professions libérales de 4 à 14%.
En France, le constat de Dalle se retrouve, par des données
comparatives, avec la publication, dans les années 1893-1897, de la série
« Salaires et durée du travail dans l’industrie française », par l’Office du
21Travail (soit le ministère du Commerce et de l’Industrie). Dans le tome II
et dans la meunerie 212 (Rhône), on peut comparer les salaires, qui sont les
mêmes pour les minotiers, chauffeurs et employés de bureau, à 1.020 par
année (pour 2.400 pour les contremaîtres et 630 pour les manœuvres). Il en
est de même pour la distillerie 327 (Seine et Oise), où le maximum horaire
journalier est de 8.00 pour les tonneliers et de 7.00 pour les employés de
22magasin .Le tome III de la série, pour les fabriques de bouchons 1763, met
la journée à 3.00 pour les trieurs et les coupeurs et à 2.00 pour les trieuses et
les coupeuses. En l’occurrence, les employés de bureau sont payés comme
les salariées, à 2.00 (tableau de la page 63). Le tome IV compare certaines
professions. Pour la région de Marseille, le salaire par journée de travail est à
5.00 pour les carrossiers, 4.50 pour les meuniers, 8.00 pour les verriers, 4.50
pour les employés de commerce et les employés de café et 3.50 pour les
23employés d’hôtel . Ces indications montrent des employés payés comme
des ouvriers peu qualifiés. Rien ne justifie de les considérer comme leur
étant supérieurs, quant au statut social. L’ambiguïté vient d’un contexte où
l’on voit être déposés, en même temps, les « Statuts provisoires d’un projet
d’association entre les Employés du Commerce, de l’Industrie et des
Administrations publiques ». Ce à Mulhouse (avec observations à faire
parvenir, par écrit, à l’adresse du Comité de travail, au bureau de
l’Industriel alsacien) et qui fonctionne comme une assurance en cas de
maladie, d’accident et de chômage (articles 10,12 et 24). Or ceci est dans un
contexte corporatiste, liant chefs d’établissement présents « à titre
honoraire » et employés (article 3). Ce qui interdit d’y voir les prémisses
d’une organisation de type proprement syndical. Ceci est confirmé avec une
des plus anciennes institutions d’employés, la Société philanthropique des

19 Rapport, pp. 17 et 48
20 C.Wright Mills, Les cols blancs, p.85
21 « Salaires », tableau, p.75
22 « Salaires », tableau, p.107
23 Tome IV, tableau, p.359
16Commis et Employés de la ville de Marseille, fondée le 8 octobre 1848.Son
Bulletin administratif n° 226 trimestriel de janvier 1904 décrit encore une
présidence d’honneur composée du préfet des Bouches-du-Rhône, du Maire
de Marseille, du Président du tribunal de Commerce et du Président de la
Chambre de Commerce. C’est dire qu’une telle Société d’employés n’est en
rien dans la logique de classe du groupe des employés de la Fédération
fondée en 1893…Le Bulletin administratif de janvier 1929 de la même
Société se fait l’écho de la loi sur les Assurances sociales applicable en
1930, disant : « n’abandonnez pas la Société à laquelle vous appartenez
depuis de nombreuses années, car votre défection pourrait lui nuire ».
Reconnaissance que ce type de Société n’existait pas pour une fin
revendicative, mais comme une société d’entraide limitée à ses seuls
membres et non pas à la défense des intérêts de l’ensemble des employés.
Opposition classique du corporatisme particulier de ce genre de Sociétés
réservée et du syndicalisme, lequel, non content de défendre les intérêts de
tous, veut changer, en ce sens, les lois et la société même. Ce sont ces
sociétés que le Second Empire, par paternalisme, va privilégier, telle l’Union
des Employés de Commerce et de l’Industrie du département de la Seine,
24 erfondée en 1856 . Au 1 janvier 1868, le nombre de sociétés de secours
mutuel est de 5269.
Ce que 1848 a apporté, c’est le décret du 2 mars qui abolit le
marchandage et fixe la durée du travail à Paris, à 10 heures, à 11 heures en
province. Un décret du 4 avril « considérant qu’il importe de donner une
sanction au décret du 2 mars 1848…» condamne les patrons qui refuseraient
l’application du décret de l’amende à un emprisonnement, en cas de récidive,
« qui pourrait aller d’un à six mois ». Telle est la conséquence de la réunion
de la Commission des Travailleurs, réunie sous la présidence de Louis
erBlanc, à compter du 1 mars. Le décret du 8 mars établit des bureaux de
placement gratuit dans les mairies. Ce sont des représentants populaires qui
se voient confier ces bureaux, dont les garçons restaurateurs, le 27 mars, les
garçons marchands de vin, le 29, les garçons coiffeurs, le 31. Ce sont là de
possibles « employés ». Mais le 27 mai, si les ouvriers deviennent éligibles
aux prud’hommes, ceci ne concerne pas les employés, qui demeurent exclus
des prud’hommes (il n’est question, au plan légal, que de « patrons » et
« ouvriers »). Bénéficier des Prud’hommes sera, pour les employés, une
revendication majeure, jusqu’en 1907. De même, la reformulation du décret
er ersur le temps de travail, dès le 1 septembre, avec un article 1 qui le limite à
12 heures dans les mines et manufactures et un article 2 qui prévoit les
dérogations de toute nature n’en limite pas la durée pour les employés (qui
ne sont pas cités). Ce sera une autre revendication majeure des employés. La
seule mention des employés, au plan légal, se trouve dans le décret du 2 mai
1848 concernant « les Fonctionnaires et Employés qui, du 25 février au 25

24 nb : La Question de l’Employé, d’Artaud, p.112 à 122, donne la liste de principales sociétés
17juillet 1848, auront été réformés pour cause de Suppression d’emploi ou de
Réorganisation ». C’est peu et correspond à la définition habituelle de
l’employé d’État, pas à celui, plus récemment apparu, des différents
commerces et bureaux et leurs employés aussi durement traités que les
ouvriers. Cependant une affiche, signée Fouquet, adressée « aux commis,
garçons et hommes de peine de tous les magasins et boutiques de la ville de
Paris », appelle à une réunion, le dimanche 26 mars 1848, afin de nommer
« les délégués qui devront nous représenter auprès du Gouvernement
provisoire pour l’amélioration des conditions de nos travaux ». Le 3 avril, les
employés se manifestent, es qualités, par la parution de la Tribune des
Employés, et participent à la Commission des Travailleurs. La Presse du 5
avril annonce, pour le 6, une nouvelle assemblée de « tous les employés de
commerce, en général »; ce à l’Hôtel de Ville.
La Tribune des Employés, premier journal du groupe social des
Employés, avril – mai 1848
La Tribune des Employés, dont le numéro 1 paraît le lundi 3 avril
1848 (l’adresse étant le 60, rue des Martyrs), commence par ce titre :
« L’Union fait la force ». Elle poursuit par une approche qui a valeur
historique, car c’est la première fois que les Employés prennent la parole, au
plan social et tentent de se définir, en tant que groupe et par la revendication
: « L’Employé est l’homme qui, moyennant un traitement, met son
intelligence, ses connaissances acquises, son temps, à la disposition d’une
administration publique ou privée. En un mot l’Employé, c’est le travailleur
de la plume. Ouvrier par le travail manuel, homme de lettres par la pensée, il
tient à la fois de l’artisan et de l’artiste ; il est le lien naturel entre les
professions matérielles et les professions libérales. Ainsi que les autres
travailleurs, dont le sort préoccupe avec raison tous les esprits judicieux,
l’Employé a le droit de revendiquer sa part dans les améliorations possibles.
Malheureusement, il faut le dire, cette classe, si nombreuse et si digne
d’intérêt, est restée longtemps en butte à d’injustes préventions. Disséminée,
méconnue jusqu’ici, elle a compris enfin que, lorsque des voix éloquentes
s’élèvent en faveur de l’artisan, le moment est venu pour elle de se compter,
de s’organiser, de plaider sa cause, et d’exposer, elle aussi, ses mécomptes
dans le passé, sa confiance et son espoir dans l’avenir. Il est vrai que
l’Employé, habitué à la subordination des publicistes, ni l’inquiétude des
gouvernants : longtemps on a pu passer devant son honorable misère sans
détourner la tête, et sans qu’une plainte de sa part protestât contre ce cruel
égoïsme. On sait combien le sort de la plupart des Employés est précaire :
pour trois qui parviennent à une position convenable, il en est cent qui, dans
un travail sans relâche, ne trouvent même pas le pain quotidien. D’ailleurs,
l’Employé malheureux s’isole dans sa détresse, parce que murmurer, c’est se
compromettre : mais se taire, c’est rendre toute réforme impossible. Tel est
18le mal auquel il fallait un remède. Déjà plusieurs réunions partielles ont eu
lieu ; d'autres, plus nombreuses, se préparent. Mais que d’idées utiles
étouffées dans ces assemblées, où le trouble et la confusion sont presque
inévitables ; que de projets lumineux, mais incohérents ; combien de
penseurs timides qui répugnent à parler en public ! Il fallait aux Employés
une tribune, un journal qui leur appartînt exclusivement : là, les propositions,
les motions mûrement pensées, peuvent se produire d’une manière nette et
méthodique ; là elles reçoivent une publicité opportune et facile. L’idée la
plus simple en apparence va trouver l’homme intelligent qui doit la
féconder ; ainsi s’établit d’une manière sûre et régulière la communion de la
pensée. Voici le but de la Tribune. Ouverte à tous les Employés, elle sera
dirigée par une Commission semestrielle de cinq membres, qui prononcera
l’admission des articles. Déjà les démarches qui lui assurent des relations
officielles et étendues ont valu à la Tribune des Employés le concours
empressé d’une foule d’hommes de cœur, amis de l’ordre et du progrès.
Désormais elle peut compter sur des sympathies fraternelles. Elle saura les
mériter. » Le mot d’ordre est « Liberté, Égalité et Fraternité » ; et ce
numéro 1 de la Tribune affirme : « Ce n’est point à la porte, c’est dans
l’intérieur du bureau qu’il faut écrire ces trois mots régénérateurs ». Le nom
d’un des gérants mentionné est Et.Brun (un autre nom donné, celui de Brun
Lavainne). Dans un article du numéro 2, du 10 avril, « Des petits
fonctionnaires », il est affirmé : « Après la grande et pure révolution de
1848, il faut que chacun retrouve le fruit de son œuvre : la République ne
permettra plus à de nouveaux venus d’usurper les places supérieures, et
chacun sera libre d’y parvenir par l’intelligence et le travail ». Le numéro 3,
du 17 avril, annonce que la veille s’est tenue « la première réunion des
délégués nommés dans les ministères et administrations publiques pour
arrêter définitivement les statuts de leur association fraternelle ». L’article 1
énonce : « Il est fait acte d’association entre les employés civils de tous
grades des administrations publiques et municipales dont le siège est à
Paris ». Et la Tribune ajoute en note : « Pourquoi exclure les Employés de la
province ? » Le numéro 4 reproduit une lettre qui demande la création d’un
« Cercle des Employés », considérant qu’un journal est, certes, une
« heureuse conception », mais qu’il faut « l’union ». L’ultime numéro, du 8
mai, titre, signé Brun : « De l’indépendance politique des Employés » ; ce
qui veut dire : « Contester à l’Employé le libre exercice de ses droits
politiques, la libre expression de ses opinions, c’est attenter aux principes
sacrés de liberté, d’égalité, sur lesquels est basé le nouvel état des choses ».
Est confirmée la constitution d’une Association des Employés des
Ministères, du moins dans le principe, le 19 avril, avec constitution d’une
« caisse de mutuelle assistance ». L’ultime article, signé « Salut et fraternité.
Des employés des douanes dans les départements », dénonce « cet ignoble
vice connu sous le nom de népotisme ». Pour que la catégorie sociale existe,
il faut que les employés s’unissent et, ensemble, obtiennent des droits
19sociaux et démocratiques. Telle est la base revendicative et le processus
exposés par la Tribune, laquelle fait date (même limitée aux administrations)
et, comme la Révolution de 1848, demeure brutalement inachevée.
Si le décret du 25 février 1848 donnait une totale liberté de création
des associations professionnelles et de droit de réunion, de sorte que
plusieurs sont créées (typographes, mégissiers, mécaniciens, coiffeurs…),
ceci est le plus souvent éphémère (contrecarré par le décret du 5 juillet). Le
décret du 26 mars 1852 devait officialiser la suppression de cette liberté
d’association et limiter ce droit, sous contrôle impérial, à celui de sociétés de
« secours mutuels ». Toutefois, en 1850, Jeanne Deroin lance l’idée d’une
fédération regroupant l’ensemble des associations. Le 23 août 1849, 104
associations acceptent ce cadre; mais le 29 mai 1850, au siège de
l’Association (37, rue Michel Lecomte), la police arrête l’ensemble des
participants dont plusieurs (avec Deroin) sont condamnés à la prison. La loi
électorale du 31 mai 1850 supprime 3 millions d’électeurs sur 9 millions.
Les prolétaires sont exclus… L’exposé des principes de l’Association de
Deroin et Delbrouck affirmait : « L’Association fraternelle et solidaire de
toutes les associations a pour base la solidarité la plus complète. Elle veut
pour tous ses membres toutes les conséquences de nos grands principes de
liberté, d’égalité et de fraternité ». 1848 demeure un moment social de
clivage et La Montagne, tribune des peuples, en son numéro 4 de mars 1849,
devait donner le bilan suivant, pour l’ensemble des travailleurs : « L’une des
conséquences de la révolution de février a été la création d’un grand nombre
d’associations ouvrières qui, pour la plupart, résolvent la question de
l’émancipation du travail et enlèvent à l’agiotage et au monde financier une
proie sur laquelle il se sont, pendant un si grand nombre d’années, repus et
gorgés…à ces diverses associations… nous n’avons qu’à souhaiter
l’extension et surtout la propagation dans les grandes cités de notre France,
car le jour où elles s’étendront sur tous les points du territoire, un véritable
lien fraternel unira les travailleurs de la métropole et les travailleurs de la
province et ce jour-là seulement commencera l’affranchissement du
prolétaire ». Pour les employés, il faudra attendre 1869 pour avoir un
mouvement social des employés véritablement organisé.
L’ambiguïté de n’être pas ouvrier ou comment définir l'employé
La difficulté, c’est que n’être pas ouvrier peut constituer une
ambiguïté sociale ; de sorte que, si les conditions de travail des employés
sont comparables à celles des ouvriers, la hiérarchie interne aux employés
(allant du moins qualifié à des fonctions plus spécialisées ou d’encadrement)
va maintenir une illusoire différence. L’illusion fait de l’employé un salarié
ayant un statut différent du travailleur manuel et qui pourrait, par là même,
lui être supérieur. Dans les faits, les premières lois du travail, de 1848,
s’appliquant d’abord aux ouvriers, les employés se retrouveront avec des
20conditions de travail moins bonnes (spécialement pour les horaires). Le rôle
du mouvement syndical sera de mettre un terme à cette illusion,
instrumentalisée par le patronat, pour conduire à une union égalitaire, au sein
de la CGT, en l’occurrence, de l’ensemble des salariés.
Si le premier magasin Félix Potin date de 1844, le fait est que nombre des
grands magasins sont fondés durant le Second Empire : les magasins du
Louvre en 1855, la Belle Jardinière en 1856, le BHV en 1860, en 1870 la
Samaritaine. Le Bon Marché, fondé en 1833 est dirigé par Boucicaut, à
compter de 1863, avec un nouveau magasin en 1869. Ce n’est que dans les
années 1920 que des magasins plus populaires vont être mis en place, selon
le principe « uniprix », par le Printemps (Prisunic, en 1931), par les Galeries
Lafayette (Monoprix, en 1932), par les Nouvelles Galeries (Uniprix en
1928). Ces grands magasins n’ont donc rien de populaire; même si leur aura
pourra donner l’impression que les salariés y sont privilégiés, par le cadre
même. Dans les faits, l’ensemble de leurs patrons va profiter de l’exclusion
des employés de la loi limitant la durée du travail pour imposer des
conditions de travail, qui relèvent souvent de l’exploitation la plus
éhontée…La différence entre ouvrier et employé tient moins à leur statut
social, qu'au statut de leur lieu de travail. Car, pour l’essentiel, soit la nature
du lien social avec le patronat et le cas échéant, l’actionnariat, il n’y a
aucune différence. Seulement, il est de meilleure image de travailler dans un
bureau, une administration, voire en ses nouveaux magasins, auréolés du
prestige de la toute nouvelle « modernité », qu'en usine. De surcroît, le
mouvement ouvrier a connu, spécifiquement, des luttes et une répression
impitoyable. Ainsi, le 8 octobre 1869 à Aubin, la troupe tire et tue en toute
impunité 14 mineurs, deux femmes et un enfant. Une inique justice de classe
fait un procès à 27 mineurs pour « provocation, rébellion, outrages et voies
de fait contre des soldats agissant pour l’exécution des lois et des ordres de
l’autorité, complicité, incidents ».
C'est pourquoi Hugo écrit son Ode à la misère: - « Quel âge as-tu ? - Seize
ans. - De quel pays es-tu ?
D’Aubin. - N’est-ce pas là, dis-moi, qu’on s’est battu ?On ne s’est pas
battu, l’on a tué.-La mine Prospérait.- Quel était son produit ?-La famine.
Oui, je sais, le mineur vit sous terre, et n’a rien. Avec la nuit de plus, il est
galérien. »
Il en est ainsi de l'ouvrier, de son image sociale, et non de l'employé, tant
qu'il n'aura pas lutté et conquis ses droits et sa place parmi les groupes
sociaux. Zola, en 1883, pourra encore dire, concernant les employées des
grands magasins : « presque toutes les vendeuses, dans leur frottement
quotidien avec la clientèle riche, prenaient des grâces, finissaient par être
d’une classe vague, flottant entre l’ouvrière et la bourgeoise ». Alors que
25leur réalité sociale était « une misère noire, une misère en robe de soie » .

25 Zola, Au Bonheur des Dames, p. 187 et 150
21 De fait, une approche sociologique anhistorique et qui ne peut
définir, pour comprendre les employés, qu’un « syndicalisme des non-
26 27manuels » , n’est pas recevable, y compris méthodologiquement . Il n’est
pas surprenant de lire, dans la même approximation que, selon cet auteur, la
chambre syndicale fédérale des employés « se constitue définitivement en
281882 » . Or c’est en 1885 et 1882 se trouve être, en fait, une année de crise
pour la Chambre syndicale, en mal de stabilité depuis 1869. En fait, le 30
mars 1868 paraît, au Moniteur, un rapport donnant aux chambres syndicales
ouvrières la même tolérance que celle dont bénéficiaient les chambres
patronales, depuis l’abrogation du délit de coalition, en 1864. 67 chambres
29syndicales furent fondées jusqu’en 1870 .C’est dans ce contexte de lutte
sociale, rendant visible le nouveau groupe social, qu’il est possible de le
définir, soit, pour les employés, à compter de janvier 1869. Tout aussi
ignorant de la conscience d’un groupe social s’organisant, par le syndicat, en
l’occurrence, pour obtenir statut et cadre revendicatif, Kocka écrit, à propos
des employés d’industrie :« Les fonctions d’employé sont nées : a) de la
délégation de fonctions et d’activités exercées par le chef d’entreprise, b) de
l’éclatement et de la simplification par division de fonctions et d’activités
exercées auparavant par des ouvriers de façon globale avant d’être soumises
à un processus de division croissante du travail ainsi que c) de contions
30nouvelles crées par les mutations technologiques et sociales » . Ceci est dit
sans restitution d’une chronologie historique permettant de décrire la venue
du groupe des employés, en tant que tel, et qui se différencie des ouvriers,
sur le seul point d’exiger une reconnaissance et un statut spécifique, compris,
in fine, dans le cadre de l’égalité des droits entre l’ensemble des travailleurs.
L’organe de la CGT, la Voix du Peuple, pourra encore écrire en son
numéro du 3 février 1901 : « Depuis le temps qu’on le répète, les travailleurs
de magasin, comme ceux de l’atelier et de l’usine, devraient pourtant savoir
que, dans l’organisation sociale actuelle, les intérêts du salariat étant opposés
aux intérêts du capital, ce qui sert l’un dessert inévitablement l’autre ». Faire
entendre sa voix, parmi celles du salariat, c’est ainsi que les employés,
syndicalement organisés, existeront et s’autodéfiniront socialement et
historiquement.

26 Crozier, Le monde des employés de bureau, p.46
27 Il est a fortiori irrecevable de lire le même Crozier (Gérer et Comprendre n°80-juin 2005)
affirmer: « j’ai découvert au fil de mes entretiens que le concept même de consience de classe
était étranger aux filles des Chèques…y compris chez celles qui adhéraient à la CGT »…Pur
artefact fabriqué par celui qui mène l’entretien et obtient la réponse qu’il souhaite ! Si l’on
respecte, a minima, les témoignages historiquement attestés, cette « consience de classe » est
régulièrement explicite, on le verra, spécialement en cas de conflit, il est vrai (et non dans le
cadre standard, sinon condescendant, d’un questionnaire orienté « d’expert », sans mise en
perspective historique).
28 Crozier, Le monde des employés de bureau, p.47
29Associations professionnelles, OFT, p.227
30 Kocka, Les employés en Allemagne, p.59
22Chapitre 2
De la première Chambre syndicale de 1869 à celle de mai 1885
La première Chambre syndicale contre le travail du dimanche, le 23
mai 1869, et pour la réduction du temps de travail
Dans ce contexte, ce qui va totalement changer la donne, tant pour
l’image que pour le statut des employés, c’est l’année 1869, durant laquelle
vont se constituer les premières organisations de défense et de revendication.
Toutefois, en juillet 1865 paraît le journal hebdomadaire, l’Employé, organe
spécial des employés et employées de commerce, et surtout est envoyée une
circulaire aux patrons de la « Nouveauté », au nom des employés de
commerce, venant solliciter « de leur bienveillance la fermeture des
31magasins le dimanche » . Demande modeste, qu’un journal comme
l’Opinion nationale du 4 août 1865 soutient. Il n’en reste pas moins que, lors
ede la 12 Assemblée générale des délégués et membres des bureaux
électoraux du département de la Seine, tenue le dimanche 27 octobre 1867,
A. Chotard, employé en comptabilité, fait le bilan suivant, contestant de ne
pouvoir intervenir: « Les employés d’aujourd’hui, ouvriers d’hier,
redeviendront peut- être ouvriers demain. Conséquemment, ouvriers et
employés ont tous les mêmes intérêts à défendre et aussi les mêmes vœux à
exprimer. Il est impossible que moi, enfant du travail, attaché aux ateliers
depuis l’âge de sept ans, je me voie exclu du droit d’émettre des vœux pour
la répartition équitable des salaires et l’amélioration du sort de tous les
32travailleurs. Je proteste contre cette décision » . Si les employés se voient
refuser un statut les autorisant à revendiquer lors d’une telle Assemblée
(comme si, à cette date, ils n’existaient pas encore socialement), Chotard
revendique néanmoins : « droit de réunion, liberté de la presse,
enseignement public gratuit et obligatoire, séparation de l’élément religieux
33dans l’enseignement, abrogation de la loi sur les livrets des ouvriers » .
Ceci sans succès, et en octobre 1868, 3000 employés avaient demandé, à
nouveau, au Cirque de l’Impératrice, le repos le dimanche, puis avaient
décidé de se constituer en Chambre syndicale, pour mieux faire aboutir cette
revendication.
En janvier 1869 la première Chambre syndicale est fondée. Son siège social
est au 30, rue Thévenot. Elle est présidée par Douvet, avec Allègre comme
secrétaire. Il y a rapidement 6000 adhérents. Cette fondation trouve son
historique première réunion le jeudi 28 janvier 1869, comme le relate
l’Opinion nationale : «Une réunion des employés de commerce a eu lieu

31 Planais, Historique de la Chambre syndicale, p.1
32cité in Les sociétés ouvrières, p. 245
33 Ibid, p.247
23jeudi soir à la salle du Pré aux Clercs. Cette réunion comptait 2000 membres.
La résolution suivante a été adoptée à l’unanimité :« Attendu que les patrons
exigent des employés de commerce, un travail excessif sans analogue dans
aucune profession…déclarent qu’il y a lieu de pourvoir sans retard à une
réorganisation forte et libérale, ne reposant que sur l’énergie des employés
qui veulent mettre un terme à leurs souffrances… L’Assemblée s’ajourne à
jeudi prochain». Plus nettement, il s’agit de mettre un terme au paternalisme
des sociétés mutuelles, seules soutenues par le Second Empire : « Attendu
que les Sociétés dites Mutualité commerciale et Union de Commerce bornent
leurs efforts à soigner les malades et enterrer les morts… » (Opinion
ernationale du 1 février 1869). Il est vrai qu’on pouvait lire, dans le Temps du
er1 février 1868, en bilan des sociétés de secours mutuel : « les 11 616 décès
enregistrés par les sociétés établissent une moyenne de 1.56 décès pour 100,
soit un décès sur 64 ; ce qui est une proportion très favorable ». Alors que le
syndicalisme, c’est l’émancipation sociale.
Bientôt la Chambre syndicale comporte 6000 membres, essentiellement de
jeunes employés. Ce qui est affirmé, le 22 mars 1869, lors d’une réunion,
tenue au Grand Orient, et durant laquelle est nommé le bureau de la
Chambre syndicale, tandis qu’un orateur affirme : « Nous sommes pour la
première fois constitués définitivement…nous sommes aujourd’hui 5712 ».
Les revendications concernent le travail le dimanche et la fermeture de
« bonne heure », selon les termes de Douvet, qui précise : « c’est notre
affaire » ; Bezout, avocat-conseil indiquant qu’il faut s’appuyer sur la loi de
341814 . Il s’agit de la loi du 18 novembre 1814, non respectée par les patrons
et prescrivant « le repos dominical ». Un employé, à propos des grands
magasins, déclare : « vous ne pouvez pas me forcer à travailler le dimanche,
35car vous n’avez pas même le droit de les ouvrir » .
Le président, Auguste Douvet, de juin à septembre, dirige également le
journal le Commerce, organe des sections parisiennes de l’Association
Internationale des Travailleurs. Il est franc-maçon et fera partie de la
délégation maçonnique rencontrant Thiers le 22 avril 1871. Engagé dans les
combats de la Commune, il gagnera Londres, sera condamné le 2 juin 1874
(pour « insurrection ») et amnistié en 1879. Ce jugement par contumace
précise : « coupable d’avoir en 1871, à Paris, exercé un commandement dans
des bandes armées et d’avoir, dans un mouvement insurrectionnel, porté des
armes apparentes étant revêtu d’un uniforme militaire » ; ce qui le condamne
à la « déportation dans une enceinte fortifiée » et aux dépens… (AN BB
24 856 A 2407). Le dossier 2407 de « demande de grâce » le concernant
précise qu’elle est accordée le 24 mai (AN BB 24 856 A 2407) ; sa fiche à la
préfecture de police fait état de deux condamnations (outre celle pour

34 Associations professionnelles et ouvrières, IV, p. 616
35 Artaud, La Question de l’employé, p.127

24« participation à l’insurrection »), en février et mars 1870, pour « excitation
au mépris du gouvernement et au mépris des citoyens les uns envers les
autres » et « provocation à commettre un ou plusieurs crimes ». Il est
précisé, concernant sa « conduite antérieure » : « a été mêlé à plusieurs
mouvements grévistes ». Il est aisé de reconnaître les grèves des employés
de 1869, alors qu’il présidait la Chambre syndicale, étant employé de
commerce, à l’âge de 22 ans (étant né le 5 janvier 1847) ; alors que faire
grève est une « excitation au mépris des citoyens les uns envers les autres »,
selon les versaillais. Pour ce qui concerne la Commune, l’une de ces figures
majeures, Ferré, fusillé à Satory, le 28 novembre 1871, était employé de
commerce.
Dès le 17 mai est décidée une grève pour obtenir le repos du dimanche. Le
23 mai 1869, cette Chambre syndicale des employés de commerce (qui avait
son siège au 44, rue des Jeûneurs) avait préparé une affiche (interdite à
l’affichage par l’administration, mais reproduite par le Rappel du même jour,
avec un léger correctif ; soit « Les Négociants de Paris (Tissus, Confection et
Mercerie et Bonneterie ») :
« AVIS AU PUBLIC
Les membres de la chambre syndicale des employés de commerce ont
l’honneur de prévenir le public que les négociants en tissus de Paris, à
l’exception de quelques dissidents, ont consenti à la fermeture des magasins
le dimanche. Les magasins seront donc fermés le dimanche à partir du
dimanche 23 mai. Les employés de commerce font appel à la bienveillance
du public pour les aider à rendre cette mesure générale ».
Ce qui sera efficace, car si nombre de patrons passent outre, ils doivent
fermer dès l’après-midi, faute d’un personnel employé qui a suivi le mot
d’ordre de la Chambre syndicale. Ainsi la première victoire concerne le
travail du dimanche ; victoire que de constantes dérogations et l’opposition
patronale viendront contrecarrer, cependant, jusqu’à la loi de 1906. En fait,
selon les magasins, le conflit dure plusieurs jours, par le principe de la grève
renouvelable, comme l’indique le Rappel du 25 mai : « Les commis de
magasin sont en grève. Ils refusent de travailler le dimanche ; quelques
maisons ont cédé, d’autres résistent ; dans la plupart les commis se
présenteront demain à leur travail, mais en déclarant formellement qu’ils
veulent être libres le dimanche ».
Les conditions de cette victoire, qui ne passe pas inaperçue, sont difficiles et
la Presse du 25 mai précise que « Les commis de la Ville de Saint-Denis ne
s’étant pas rendus hier au magasin ont été remerciés ce matin. Le Louvre a
été également contraint de fermer hier, aucun employé ne s’étant présenté
au magasin. On assure que le syndicat des employés de Paris a reçu une
dépêche télégraphique du syndicat anglais lui offrant 100.000 fr. pour
soutenir la grève. Dans un autre magasin, les commis ayant profité du
25dimanche pour aller passer la journée à la campagne, le patron a fait
démonter tous les lits et lorsque les rebelles sont rentrés le soir, ils ont été
obligés d’aller chercher un gîte ailleurs ». Le Rappel du 27 mai donne un
historique : « l’historique de cette grève date de vingt ans… L’année
dernière déjà, des réunions avaient eu lieu au Cirque de l’Impératrice et
devant trois mille employés, cette question avait été agitée et chaque fois
l’assemblée s’était prononcée pour la grève…dimanche matin l’immense
majorité des employés ne vinrent pas à leurs rayons. Il a fallu fermer les
magasins faute de commis. Les directeurs, furieux, ont refusé le soir de
recevoir leurs employés qui logent presque tous dans leurs magasins… On
nous assure que le comité syndical de l’Association de Londres a envoyé
hier une somme de 100 000 francs pour subvenir aux besoins des employés
en grève ». La question du gîte des employés en dit long sur les conditions
de vie et de travail et comment, désormais, à compter de cette grève qui les
rend socialement visibles, ils existent comme groupe social, dès lors qu’ils
sont des « rebelles » à l’ordre imposé, tout comme les ouvriers.
Le Siècle du 8 octobre 1869 devait recevoir une adresse du secrétaire
de la Chambre syndicale des employés de commerce qui synthétisait le
mouvement de mai: « Nous prenons acte de la déclaration de M.Boucicaut,
propriétaire des magasins du Bon Marché, que depuis vingt ans environ “il
ferme ses magasins tous les dimanches et jours de fête et qu’il songe moins
que jamais à renoncer à cet usage”. Cependant, avant le 24 mai dernier, voici
ce qui se passait dans cette maison. Tous les dimanches, si les magasins
étaient fermés au public, les employés n’en étaient pas moins occupés aux
travaux intérieurs depuis huit heures du matin jusqu’à cinq à six heures du
soir, heure à laquelle on les renvoyait sans les faire dîner. Tous les jours de
la semaine, M.Boucicaut fermait, il est vrai, son magasin à huit ou neuf
heures, mais le personnel n’en sortait la plupart du temps qu’à une heure très
avancée de la nuit. Quant à l’évacuation de sa maison, non par un certain
nombre, comme il le dit, mais par la presque totalité de ses employés, elle
n’a eu lieu que provoquée par un ultimatum hautain et blessant, de
M.Boucicaut qui imposait à ses employés de travailler le dimanche, quand
bon lui semblerait ». Le même document est reproduit par la Réforme du 8
octobre et L’Opinion nationale du même jour avec la signature du secrétaire
de la Chambre syndicale, Gustave Bulthez. Le même Boucicaut venait
d’inaugurer, en septembre, son nouveau Bon Marché, dont il devait faire le
premier magasin au monde, en peu d’années. Selon Miller, « … la leçon ne
fut pas perdue pour les propriétaires du Bon Marché. En mettant sur pied
leur « organisation philanthropique », les Boucicaut s’assurèrent bien que de
nombreuses dispositions leur laissaient la possibilité d’exercer des pressions
sur leur personnel. Mais le paternalisme constituait surtout une stratégie
destinée à désamorcer les conflits et atténuer les difficultés qu’engendraient
2636les conditions de travail » . Ainsi des 400 embauches de 1873, « 39 %
37furent congédiées dans les cinq premières années » . Encore le Bon Marché
était-il censé être un magasin « paternaliste », par excellence…
Le 3 octobre, la Chambre syndicale, avec Douvet, avait transmis, sans
succès, ses revendications à la nouvelle Chambre syndicale patronale,
présidée par Larivière. Dès le 16 octobre, Le Temps fait savoir : « il est
question d’un projet de grève des commis de magasin. Ils ont obtenu le repos
du dimanche ; ils demandent une diminution du temps de travail. Les patrons
ont eu une réunion dans laquelle on a décidé que l’on résisterait à ces
demandes. Il aurait même été stipulé des dédits considérables pour tout
patron qui reprendrait un commis absent depuis vingt-quatre heures ». C’est
dire que, cette fois, le patronat veut faire échec à un nouveau mouvement ; il
s’est lui-même constitué en Chambre syndicale, à la fin mai, suite à la grève
victorieuse des employés. Il fait publier dans la presse une note contre la
grève et faisant appel, avant la lettre, à des « jaunes » : « Les jeunes gens de
Paris et de province qui désirent se soustraire à la pression du groupe qui
dirige les grèves pourront donc connaître facilement et sans frais les emplois
disponibles et se faire inscrire pour ceux qui pourraient devenir vacants. Les
employés indépendants sauront apprécier l’esprit de sollicitude qui a
déterminé les patrons à mettre ce service à leur disposition » (Le Siècle du
17 octobre). Le 17 octobre, les employés de magasin du Coin de Rue, les
Trois Quartiers, le Printemps, les Villes de France, le Louvre et Pygmalion
décident la grève. Pour ce faire, 600 employés se réunissent au Café des
Halles, rue saint Denis et certains patrons se disent prêts à négocier, en
particulier le Bon Marché. Le 18 octobre, 4000 employés de commerce sont
réunis, au cirque des Champs Elysées, et adoptent un plan de revendications
en deux points : « 1° Lorsque les patrons auront accepté la réglementation
proposée par la chambre syndicale, c'est-à-dire la réduction du travail à
douze heures par jour et le repos absolu le dimanche. 2° Lorsque tous les
chefs de maisons se seront engagés formellement à reprendre les jeunes gens
sans place par salle du mouvement ». Le fait est que le magasin Place
Clichy, qui avait accepté ces revendications, pour revenir sur sa décision, dès
le 20 octobre, voit la cessation totale du travail des commis. Il en sera, de
même, le 21, avec le magasin Notre-Dame-de-Lorette. Le mouvement
s’étend à l’ensemble des magasins, tels le Pauvre Diable, les Magasins du
Roule, le Siège de Corinthe. Surtout, il est question, lors d’une réunion du 20
au soir, au Café des Halles, que les inspecteurs, acheteurs, comptables et
caissiers, se joignent aux commis. Les grévistes sont estimés à 6000 et 1800
d’entre eux reçoivent des secours de la Chambre syndicale. Ils seront jusqu’à
8000. Mais les employés du Grand Marché Parisien se refusent à se joindre
au mouvement. Pour leur part, 180 employés de commerce de Marseille font

36 Miller, Au Bon Marché, p.85
37Au Bon Marché, p.80
27publier l’adresse suivante : « Citoyens, Nous trouvons dans les journaux
l’appel de vos patrons demandant aux employés de province de venir
prendre les places si vaillamment quittées par nos collègues de Paris. Non
seulement nous répondrons de toute notre énergie à ces offres, qui sont une
injure faite à nos sentiments d’honneur et de fraternité, mais nous croyons
devoir protester en ouvrant immédiatement dans les maisons de commerce
de Marseille une souscription pour venir en aide à nos frères de Paris. Notre
exemple sera suivi, nous en sommes certains, par les employés de la France
entière. Salut et fraternité » (Le Siècle du 21 octobre).Selon le Figaro du 22
octobre, 1500 demandes d'emploi seraient venues de la province pour
remplacer les grévistes. Le 22 octobre un banquet des employés de
commerce, à Saint-Mandé, fait une collecte, tant pour la grève des employés
que pour les mineurs d'Aubin, en grève depuis le 6 octobre. Henry Walker,
président de la Chambre syndicale des employés de Londres, fait parvenir un
message de soutien où il expose, avec modération, que « nous ne pouvons
agir qu’à l’aide d’une pression morale que nous employons vis-à-vis de la
clientèle » et par une propagande par voie d’affiches. (lettre reproduite par le
Temps du 24 octobre). Le 25 octobre a lieu une seconde réunion des
employés, au Cirque de l’Impératrice, au cours de laquelle Douvet indique
qu’il s’agit, aussi, de fonder des sociétés coopératives, dans une autre
logique que celle des grands magasins. La chambre syndicale fait publier par
le Siècle du 28 octobre, une note, signée Bulthez, où elle annonce ses
« maisons coopératives où les consommateurs n'auront pas à subir les dures
exigences de la spéculation ». Le 30, lors d’une réunion tenue à la salle du
Grand Orient, Douvet annonce que cette coopérative ouvrira le 5 novembre,
sous le nom de Grands Magasins de l’Union. Quant à la campagne
d’affichage prévue par la Chambre syndicale, elle est mise en échec par le
refus de la préfecture de police. À la fin octobre, le mouvement n’a pas
l’impact souhaité, le coût en est important pour la Chambre syndicale et, le
30, il y a seulement 700 employés réunis au Café des Halles ; reflux
manifeste après les 4000 réunis précédemment. Le mouvement va continuer
courant novembre sans parvenir à s’imposer, faute de s’être étendu à une
partie des employés (caissiers, comptables…) et faute de moyens financiers
face à la Chambre syndicale patronale (ce problème étant aggravé par le
lancement sans suite et peut-être prématuré, financièrement parlant, des
Grands Magasins de l’Union). Si la grève de mai avait été efficace par sa
brièveté, le choix patronal de laisser pourrir le conflit d’octobre devait
porter. Il s’agissait, aussi, de faire un exemple. Et cependant, ce mouvement
n’est pas une défaite, car, préalablement à son déclenchement, certains
patrons avaient accordé une des principales revendications : la journée
limitée à 12 heures. Malgré tout Douvet met en place (ce que reprend le
Rappel du 22 novembre) au nom de la « Chambre syndicale des employés de
la nouveauté », son « Union », sous la forme d’une société anonyme, dont la
fonction est la suivante : « L’Union des employés de commerce a pour objet
28l’exploitation, à Paris, d’un grand Magasin de Nouveautés, dirigé et
administré par les employés de commerce grévistes, sortant des premières
maisons de Paris ». La souscription est ouverte du 17 au 24 novembre et peut
être reçue au Crédit financier et au siège de la Chambre syndicale, 44, rue
des Jeûneurs. Les membres du Conseil d’administration sont Douvet, comme
président de la Chambre syndicale, avec A.Leclercq et A.Rolland, vice-
présidents, Bultez secrétaire et Allègre, trésorier. Soit les principales figures
de ce premier syndicalisme des employés. Mais l’Union n’aura pas le succès
escompté et fait plutôt figure de légitime baroud d’honneur. La chronique du
Rappel, signée Jacques Bonhomme, fidèlement proche du mouvement, n’en
fait plus mention au-delà de cette fondation symbolique de l’Union.
Le 3 décembre 1869, Douvet est condamné à un mois de prison,
officiellement pour ses activités journalistiques; en fait, c’est tout autant le
syndicaliste qui est condamné et le mouvement de grève qu’il a initié. Sa
participation à la Commune, sa condamnation et son exil jusqu’au 24 mai
1879 lui interdirent de jouer un rôle dans les luttes à venir des employés.
Mais la mémoire sociale se souviendra plus de la grève d’octobre que de
celle de mai, brève et victorieuse. On lira, en 1870, sous la plume de Jean
Nestor Sempé, une charge contre les employés qui est, aussi, une
reconnaissance du groupe social, dès lors qu’il a fait grève pour ses
revendications : « Les commis de nouveautés on aussi fait leur grève.
Heureusement que les frondeurs ne constituent pas la partie la plus
intelligente de la corporation. Ce sont des incapacités notoires qui se
trouvent déclassées ; leur mot d’ordre était : réduction des heures de travail
et repos du dimanche […] ils connaissaient les conditions de la maison
lorsqu’ils sont venus solliciter leur emploi ; pourquoi donc aujourd’hui
38rompre ce contrat librement consenti » . Sous la signature de Jacques
Bonhomme, on lira encore dans le Peuple du 20 août 1872, une version bien
différente, en forme d’éloge : «cette grève était la plus formidable qu’on eût
vue dans la capitale, elle étonna le monde, et donnait réellement une idée de
ce qui se passe dans les grandes villes du Royaume-Uni …cette grève dura
deux mois et n’eut pas de succès ». Ce qui est attesté, c’est qu’avec elle les
employés existent socialement et historiquement. À preuve, Barberet, en
1873, revient sur le conflit et son échec, alors que la cause des « employés de
commerce…était sympathique » citant, dans le journal la Marseillaise, un
appel des derniers grévistes, qui faisaient bien le rapport entre ouvriers et
employés : « ouvriers aussi (les employés de commerce), ils savent que,
étant isolés, ils sont fatalement condamnés à végéter sous le joug énervant du
patronat, et, comme les ouvriers, c’est à l’association qu’ils demandent leur
affranchissement ». Les commis de la Nouveauté, restés fidèles à la
Chambre syndicale, « malgré l’échec de la grève…poursuivent l’idée de la

38 J. Sempé, Grèves et grévistes, p.35 et 37, Madre, 1870
2939création, sur les véritables bases de la coopérative ». Barberet précise :
40« Ce rappel ne fut pas entendu » . Il sera combien laborieux de reconstituer
la Chambre, après la répression de 1869, la guerre de 1870 et la Commune.
Les difficiles reconstitutions de la Chambre syndicale
Une réunion de la Chambre syndicale a lieu le 6 avril 1870, avec
pour convocation : « qu’est devenu cet enthousiasme qui vous transportait
l’année dernière? Avez-vous donc perdu le souvenir du 23 mai? Avez-vous
oublié la grande manifestation d’octobre…Il est temps que vous retrouviez
votre énergie, il est temps d’effacer de votre mémoire cette terreur du
patronat qui s’est appesantie sur vous depuis la dernière grève, et qui
frapperait de mort la chambre syndicale, si votre indignation ne se soulevait
contre ce patronat parjure qui vous arrache aujourd’hui par lambeaux, les
concessions qu’il vous accordait hier en tremblant, parce que vous étiez unis
et forts ». Corcelle, président- Leclercq Alphonse, président honoraire-
Mirambeau et Dubuc, vice-présidents, Boudeau, trésorier et Touchez,
secrétaire, Tassel, secrétaire adjoint.
La Marseillaise du 9 février 1870 avait annoncé la reconstitution de la
Chambre syndicale, par une Assemblée générale réunissant 800 employés.
La Constitution du 26 février 1872, sous la signature, de Boudeau, Paillet et
Wynants, lance un appel : « reconstituez votre ancienne chambre syndicale,
qui prendra en mains vos intérêts et les discutera avec vos patrons…les
funestes événements qui se sont abattus sur la France ont emporté avec eux
notre chambre syndicale ». Une réunion est convoquée, le 1er mai 1872, au
café de France, 7 rue des Bons Enfants, pour la « réorganisation de la
Chambre syndicale des employés de commerce ». Cette réunion dans un
café, sans autorisation, n’échappe par à la préfecture de police (dont
l’indicateur compte 28 personnes présentes –rapport du 14 mai 1872/APP
Ba 1422) et Boudeau et Wynants comme animateurs. Se met en place un
principe de réunion à la Taverne Alsacienne, au 67 rue de Rivoli.
Lors de la réunion du 31 mai, il y avait 120 employés. Une commission
d’initiative pour la réorganisation de la Chambre est mise en place avec
Léon Boudeau, Oudart, Wynant, Kun, Paillet, Couders, Rougier, Dumaine et
Menetalo. Une demande est faite de réunion de l’Assemblée générale de la
Chambre, au préfet de police, pour le 9 août, à la salle de la Redoute, 35 rue
Jean Jacques Rousseau. Le programme appelant à cette Assemblée s’achève
en célébrant les « améliorations fortes, vraies et durables ».

39 La Marseillaise du 19 décembre 1869
40 Joseph Barberet, Les grèves et la loi sur les coalitions, p.51, Librairie de la Bibliothèque
Ouvrière, 1873
30Le Rappel, et « le respect qu’a le public pour la corporation » depuis la
grève de 1869
Le Rappel du 14 août 1872 (datant 22 thermidor an 80), et dans la
rubrique « Mouvement ouvrier », revient sur l’historique de la Chambre
syndicale des employés, indiquant que, fondée en 1869, elle avait cessé de
fonctionner, à cause de la guerre, car la moyenne d’âge des syndiqués était
de « 26-27 ans et qui pour l’immense majorité sont célibataires avaient été
appelés sous les drapeaux ». De sorte que la réunion du vendredi 9 août, que
relate le Rappel, a une importance particulière. Elle est présidée par Bonnet,
lequel examine les moyens dont disposent les employés pour faire aboutir
leurs revendications : « la grève, les établissements coopératifs, l’entente
amiable avec les patrons ; il l’a présentée comme une véritable utopie, à son
avis les patrons n’admettent que la force à l’égard de leurs employés ». Mais
des intervenants condamnent la grève. Pour le Rappel, c’est là une évolution,
car lors de la création de la Chambre syndicale, en janvier 1869, les
employés « ne connaissaient qu’un moyen pour réclamer ce qu’ils
demandaient, la grève ». Revenant sur la grève d’octobre, le journal fait un
commentaire significatif au plan historique et sociologique : « cette grève
dura deux mois. Elle fut conduite avec une énergie et une intelligence qui
sont pour beaucoup dans le respect que le public a depuis pour la
corporation ». Et cependant la grève fut un échec ; le patronat refusant toute
« conciliation ». Un des grévistes de décembre 1869, Rolland, auquel il est
demandé de faire part de la nouvelle Chambre, s’y refuse : « Mon nom est
un drapeau, il pourrait faire tort à l’Association ; car les patrons en me
voyant au nombre des syndics pourraient supposer qu’elle est toujours
animée des mêmes idées, quand ce n’est pas… ». Néanmoins les deux
propositions de Rolland, soit l’élection par acclamation et le maintien des
statuts de 1869, sont acceptées et comprennent un renouvellement de la
Chambre tous les trois mois et la mise en place d’un bureau de placement.
Le nouveau siège est chez Lefevre, 7, rue Bonne Nouvelle, puis au 29 rue
d’Aboukir. Le secrétaire est Boudeau. La première revendication formulée
par la nouvelle Chambre est de bénéficier du Conseil des prud’hommes, car
en passant devant le tribunal de commerce, ils sont, comme le souligne le
Rappel, « jugés par des patrons ». Ainsi la guerre et la répression de la
Commune avaient changé la donne, pour un moment ; certains employés
croyant à une entente « amiable » avec le patronat. Ce dernier ne manqua pas
de les faire déchanter et l’esprit de la première Chambre fut, alors, repris.
Une réunion est convoquée, le 19 décembre 1872, pour la discussion des
statuts : « la Chambre syndicale a pour but : 1° de s’occuper de tout ce qui
peut concerner les intérêts généraux des Employés de commerce ». Il y a 250
militants. Lors de la réunion du 17 janvier 1873, il sera annoncé 580
adhérents. Le président, à compter de juillet, est Boudeau. Plus globalement
venait d’être fondé un Cercle de l’Union syndicale ouvrière, dont les statuts
31sont adoptés, le 28 août 1872, par 25 chambres syndicales, dont celles des
employés de commerce et garçons de magasins. Mais, dès le 22 octobre, la
41préfecture supprime le Cercle .Il s’agit d’imposer le maintien de Chambres
syndicales séparées. En juillet 1873, le Chambre syndicale envoie une
délégation à l’Exposition universelle de Vienne.
L’opposition interne à la Chambre syndicale entre les partisans de la
« coopération » (suivant la doctrine de Barberet) et ceux qui n’y voient
qu’un leurre, conduit à une impasse et à une réunion, le 11 août 1874, pour
une Assemblée générale revendiquant la journée de dix heures et pas de
travail le dimanche. Le débat de fond conduit à la publication, par Bourgès,
Pelletan et Hardy, d’une « Protestation de la Chambre syndicale des
employés de commerce contre la conduite de la Commission du rapport
d’ensemble » (et son représentant à l’Exposition universelle de Vienne, en
novembre 1873). La Première réponse de la Protestation est à la question
« Les travailleurs de toutes les corporations doivent-ils avoir pour but la
transformation des patrons et des ouvriers en coopérateurs ? À cette question
nous répondons : Non. 1° Parce que la coopération ne répond pas aux
besoins impérieux des travailleurs 2° Parce qu’elle n’est pas susceptible
d’une application générale 3°Parce que les expériences nombreuses et
décisives faites jusqu’ici ont prouvé qu’elle était impraticable »
(Protestation, p. 3, imprimerie Garson). Cette Protestation faite
explicitement aux chambres syndicales ouvrières de Paris est un point de non
–retour. La Chambre syndicale qui avait 1300 adhérents n’en a plus que 200
en octobre 1874 (Rapport du 12 octobre /APP Ba 1422), dont 30 ayant payé
leurs cotisations. Lors de la réunion du 27 janvier 1875, il est annoncé qu’il
n’y a plus que 43 adhérents. Le 13 octobre se réunissent cinq membres de
« l’ancienne chambre syndicale des employés de commerce » (selon les
termes du Rapport de police du 14 octobre 1875 /APP Ba 1422) lesquels
entendent la faire perdurer.
La Chambre syndicale, dissoute le 14 octobre 1875, devait se reconstituer,
gardant son siège au 29, rue d’Aboukir. Il avait fallu, l’année suivante,
rétablir un comité d’initiative pour l’élaboration de nouveaux statuts (avec
Tapia, Riçois, Vaudier, Fleury, Schwob, Galloy, Paulard et Barron) pour
parvenir à cette reconstitution. Tapia fait paraître dans la Tribune du 28 juin
1876, une lettre où il insiste sur les conditions de travail des employés de
détail qui « commencent leur journée à sept heures et demie ou huit heures
du matin, et finissent à dix ou onze heures du soir, si ce n’est quelquefois
plus tard, et leur rétribution est loin d’être en rapport avec leur travail ».Il
ajoute qu’il se doit de « parler de la femme, qui forme une grande partie du
contingent, elle se trouve en proportion plus malheureuse que l’homme ».
Dans la Tribune du 10 juillet 1876, L.Barron, employé, affirme « ouvriers et
employés, qu’ils y songent bien, n’ont à compter sur la générosité de qui que

41 cf. Associations professionnelles, OFT, p.236
32ce soit, État ou patronat. Le sentiment en matière d’intérêt est absurde. Il faut
s’unir et se cotiser pour opposer puissance à puissance et il faut compter ;
tout est là ». Ce qui est certain, c’est que la tenue du premier congrès
ouvrier, en 1876, est décrite comme « une excellente occasion de résister à
l’oppression, ou pour mieux dire à l’exploitation » (Chartier dans la Tribune
du 7 août). Une lettre du 20 septembre au préfet de police fait demande
d’une réunion privée, pour le 26, avec pour ordre du jour un comité
d’initiative pour constituer une chambre syndicale et la nomination de trois
délégués au congrès ouvrier (APP/Ba 1422-69/2). Ce sont Tapia, Barron,
Poulet et Schrameck (suppléant) qui sont désignés et sont présents, mais sans
42participation significative, au nom des « Employés de Paris » .
Schwob, trésorier provisoire, fait parvenir aux Droits de l’Homme du
novembre une mise au point définissant les employés : « tous les salariés
acheteurs, vendeurs, placiers, voyageurs, comptables caissiers et employés
aux écritures pour n’importe quelle branche du commerce ou de
l’industrie ». Le 11 décembre, 180 employés se réunissent au sein de la
Chambre syndicale presque reconstituée. Les projets de statuts sont donnés à
la connaissance de l’assistance et le bureau est constitué. Les adhésions sont
à faire parvenir au 8, rue Saint Marc (salle Sauvan), qui sera le siège social
(transféré au 10, rue Coquillière, en novembre et au 16, rue de Valois, en
janvier 1879, au 47, rue de Turenne, en mai). Le secrétaire Schramek peut
convoquer une réunion pour le 2 février 1877, date de fondation véritable de
cette nouvelle « Chambre syndicale des employés du commerce et de
l’industrie », ayant pour but « d’instituer un bureau de renseignements et de
placement » et « d’intervenir dans les différends qui peuvent s’élever entre
patrons et employés » (points 1 et 3 du préambule). Il s’agit de « favoriser
leur émancipation économique et sociale » (article 3). Dans L’Homme Libre
(le journal de Louis Blanc) du 17 février 1877, Beaurepaire, secrétaire, pour
le Conseil syndical, fait paraître une communication « aux employés », qui
informe que l’employé, en différend avec le patron, « est, à défaut de
prud’homie, renvoyé devant le tribunal de commerce ». Cette revendication
fera l’objet d’une lutte constante des employés. On lit dans le Peuple du 23
février que la Chambre syndicale a pris contact avec les députés Blanc,
Lockroy et Madier-Montjau pour le dépôt d’un projet de loi permettant
l’accès des employés à l’institution prud’homale. Une des premières
initiatives de la Chambre, fin mars, est d’ouvrir une souscription en faveur
des ouvriers lyonnais. Cependant, lorsqu’il sera question de fonder un
journal ouvrier, les employés se verront refuser leur collaboration, au
prétexte qu’ils ne sont pas « travailleurs manuels » (Le Rappel, du 12 juillet
1877). Ce journal y voit « un regrettable malentendu » et prend position pour
l’unité. Le 15 mai 1878, la Chambre syndicale connaît une nouvelle
fondation pour une nouvelle relance.

42 Compte rendu du Congrès ouvrier de 1876, p.55
33Le Rapport de police en date du 18 août 1878 indique que la réunion de la
Chambre syndicale, tenue la veille, a mis en discussion le projet Lockroy,
abrogeant les restrictions à la liberté de réunion et d’association. Les
participants trouvent le projet trop limité et défendent un contre-projet pour
la constitution des chambres syndicales ouvrières. (APP Ba 1452, 2000-69).
Dans la Lanterne du 4 octobre 1878, la Chambre syndicale déclare
« repousser de toutes ses forces et de toutes ses énergies le projet de loi
Lockroy ; Demande la liberté absolue et illimitée de réunion et d’association
et, par suite, l’abrogation de toutes les lois et dispositions législatives et
administratives restreignant les libertés ». La Chambre syndicale des
employés fait partie des 53 chambres adhérentes aux réunions préparatoires
au congrès ouvrier de Marseille de 1879. Elle se réunit le 6 septembre pour
la nomination des nouveaux délégués à ce congrès. Blanc, Pépin et Vérich
sont élus à la commission d’organisation du congrès. Pratiquement, c’est
Clément Roux, de la Chambre syndicale des Commis et Employés de
Marseille, qui intervient, pour l’enseignement, en invoquant le décret du 9
43décembre 1793 , et le voulant « gratuit, civil, obligatoire », exigeant
« l’application des lois non abrogées expulsant les jésuites de France », et la
44reconnaissance de cours gratuit dispensés par les Chambres syndicales .
Lors de ce congrès, Hubertine Auclert présente le rapport sur la situation des
femmes, basé sur l’égalité: « Le congrès émet le vœu qu’il y ait pour les deux
sexes même facilité de production et application rigoureuse de cette formule
45économique : à production égale salaire égal » . Les conclusions du rapport
46« mises aux voix sont adoptées (Applaudissement prolongés) » .
Pour la Chambre syndicale, ses statuts sont ceux adoptés en mai 1878
(Tapia, président de séance) définit bien qui sont les employés: «La
Chambre syndicale est composée de tous les employés des deux sexes…
L’ensemble des différentes branches du commerce et de l’industrie est divisé
en quatre sections, savoir : Première section. Métaux, mécanique, bijouterie,
quincaillerie, articles de Paris, ameublements et toutes parties s’y rattachant.
e2 section : Tissus, draperies, soieries, velours, nouveautés, mercerie,
bonneterie, chapellerie, lingerie, confections pour hommes et pour dames,
eindustries textiles et toutes parties s’y rattachant. 3 section : Produits
chimiques, pharmacie, droguerie, photographie, couleurs, verrerie,
parfumerie, épicerie, produits alimentaires, cuirs et peaux et toute partie s’y
erattachant. 4 section: Divers, imprimerie, librairie, papeterie,
commissionnaires, transports et matériaux, employés d’administration et de
banque, etc., etc. Les comptables et tous les employés aux écritures pourront
faire partie de la section se rattachant à leur industrie ». Le 16 mars 1879 est

43 Séances du congrès socialiste de France, Marseille, du 20 au 31 octobre 1879, p.400
44 Séances du congrès socialiste de France, p.407
45 Séances du congrès socialiste de France, p.804
46 Séances du congrès socialiste de France, p.805
34fondé, en marge de la Chambre syndicale, le Cercle de l’Union fraternelle
des employés, regroupant les éléments radicaux (sans lien avec le
« positivisme »), par une de ces scissions entre réformistes et
révolutionnaires, marque du syndicalisme des employés. Mais le siège social
est à la même adresse, au 47, rue de Turenne.
Le 22 janvier 1880, la Chambre syndicale débat de sa relation au journal le
Prolétaire ; certains refusant de s’y associer, d’autres jugeant ce périodique
socialiste comme « le meilleur et le plus honnête » (Rapport de police du 28
janvier /APP Ba 152). C’est que la Chambre syndicale réunit tant des
adhérents « socialistes », que d’autres « positivistes » (au point que certaines
réunions se tiennent au siège de la Société positiviste, 58, rue de Réaumur) ;
c'est-à-dire de ce « réformisme » positivisme, dont Keufer, du Livre, sera le
représentant par excellence au sein de la CGT.
La Chambre syndicale reste faible et un tract, qui titre « Appel à tous les
Employés de Commerce, d’Industrie et d’Administration », signé Pépin et
André (APP Ba 152) indique, pour l’année 1880, que, si les employés sont
estimés à 150 000, « parmi eux, 200 à peine se montrent soucieux de leurs
droits ». Aussi le Conseil syndical convie l’ensemble des employés de Paris
à une réunion, le 5 juin, salle Orange, au 11, place de la République. Une
trentaine de personnes est présente. Pour autant, la Chambre syndicale
décide d’adhérer à l’Union des Chambres syndicales ouvrières et a désigné
trois de ses membres pour la représenter au sein de cette union. Elle décide
d’envoyer deux délégués au Congrès national ouvrier du Havre de novembre
1880. L’opposition entre les « collectivistes » (Deynaud, André, Ayez) et les
« positivistes » est une constante de chaque réunion, en lien avec les débats
du Havre. Deynaud admet qu’il est dans « la minorité », lors de la réunion du
er1 octobre au cours de laquelle Blanc s’en prend aux collectivistes en
condamnant « la dictature de groupe » (Rapport du 2 octobre/ APP Ba 152).
La Chambre syndicale publie, en novembre 1880, une brochure de 36 pages,
« Aux employés », par laquelle elle résume son programme revendicatif, qui
porte sur «1° la durée de la journée de travail 2°La nourriture 3° Un jour de
repos hebdomadaire, indispensable à tout travailleur 4° Le salaire ou
appointements » (p.4 de « Aux employés » - avec pour siège social nouveau,
le 58, rue de Réaumur). Pour le dimanche 12 décembre, la Chambre
syndicale convoque une Assemblée générale extraordinaire, au 3, rue
d’Assas, sous la présidence de Clemenceau (député), avec Lacroix
(conseiller municipal) et F.Jourde (ancien Communard) sur l’ensemble de
ces revendications. Il y a 450 personnes. La Lanterne du 8 janvier publie des
revendications chiffrées de la Chambre syndicale en matière de salaires et
également la suppression du renvoi durant la morte-saison, la suppression
des amendes (une minute de retard, c’est un franc d’amende dans les grands
magasins - avec d’autres amendes et le paiement des objets ou meubles
abîmés). Le numéro du 30 janvier revient sur ces revendications, ajoutant la
35suppression du coucher dans les magasins, indemnité d’un mois en cas de
renvoi, augmentation de salaire au lieu la nourriture et les prud’hommes…
Pour autant, la Chambre syndicale parvient à se développer grâce à l’arrivée
en masse des employés de la nouveauté, dans le courant de 1881. Elle publie
une brochure « Aux employés », en janvier 1881 : « nous affirmons qu’il est
rationnel d’accepter et de faire accepter la durée de travail à partir de 8
heures ½ pour finir à 6 heures… Le travail du dimanche n’est qu’une
question de boutique et de concurrence ; mais si la mesure est générale,
encore un argument qui tombe à l’eau ». Il est décidé d’accentuer la lutte
pour les employés de la nouveauté qui sont « plus exploités et opprimés que
tous les autres ». On le constate lors de la réunion du 18 février, qui se tient
au 104, rue saint Antoine, salle Rivoli, et regroupe 800 participants. Le 27
février, la chambre syndicale participe à la fête de Victor Hugo (en dépit de
l’opposition de « collectivistes », comme Deynaud). Une manifestation
prend forme jusqu’à la maison de Hugo, qui est à sa fenêtre, afin de lui
remettre une couronne de laurier dorée. Outre les membres de l’Union des
chambres syndicales, on remarque de nombreux maçons, de diverses loges
(Rapport du 28 février /APP Ba 152/Renaud). Le fait est que le dimanche 27
mars, la Chambre syndicale des employés de commerce convoque une
réunion, salle du Grand Orient, 16 rue Cadet. Le président est Blanc et
Pouget est secrétaire. Lors de la réunion du 28 avril est annoncée la parution
d’un Journal des Employés, deux fois par semaine. Le Rappel, du 6 juillet
1881, indique que la Chambre syndicale comporte 1600 adhérents et rend
compte d’un récent banquet, sous la présidence de Guenardeau, orné de la
bannière bleu et rouge de la Chambre syndicale, qui reprend celle des
drapiers du XIVe siècle. Mais cette prospérité ne dure pas et dès février
1882, il est noté que la Chambre syndicale est « tout à fait tombée » (note
Brice du 20 février 1882/APP Ba 152). Ce qui est lié au départ des employés
de la nouveauté, qui étaient venus en masse, et plus marginalement, au débat
avec la minorité « collectiviste » (dont Deynaud, reste le plus constant
représentant). Le coût du Journal des Employés, qui est un échec, est aussi
en cause ; au point que la réunion du 2 mars 1882 est consacrée à la
« création d’un journal corporatif » pour lui succéder. Mais une scission est
opérée entre deux Chambres syndicales, en mars 1882, l’une avec Lyonnais
(et Blanc, Guenardeau, Corne…) et l’autre avec le « collectiviste » Deynaud
(et Pouget, Pioche, Tapia). À elles deux elles ne rassemblent pas plus de 150
membres. Mais en août, il apparaît que Deynaud n’agit guère pour constituer
sa Chambre syndicale. Pratiquement, Émile Pouget s’est révélé plus actif,
publiant, le 10 mars, un Bulletin mensuel de la Chambre syndicale fédérale
erdes employés fondée le 1 mars 1882 (siège au 347, rue Saint Martin) ; ce
erqui n’aura pas l’ampleur souhaitée pour cette option révolutionnaire, et le 1
mai, il n’y a que quarante adhérents.
Est organisée une conférence publique, salle de la Redoute, mais, hormis
Solter, employé de commerce, les autres intervenants sont des politiques : le
36député et poète, ancien communard, Clovis Hugues, Joffrin, conseiller
municipal, les citoyens Chabert et J - B Clément, le fameux chansonnier, qui
affirme que les employés sont autant « à plaindre que les travailleurs de
l’usine ou de l’atelier» et qu’ils devaient se « tendre une main fraternelle
pour arriver à leur émancipation »… Une autre réunion, par l’autre Chambre,
le 26 août se déroule en présence de Pelletan, député, de Mesureur et Poulet,
conseillers municipaux. Elle attire 450 personnes. Pelletan déclare : « c’est
donc en vous groupant que vous imposerez votre volonté et que vous ferez
passer dans les mœurs, avant les lois, ces habitudes de liberté dont nous
avons tous besoin » Deynaud s’en prend à Pelletan qui « n’apporte rien de
nouveau au principe socialiste ». Tapia fait un bilan : « depuis 1869, nous
avons essayé de fonder une chambre syndicale, mais nous n’avons jamais pu
nous entendre…nous demandons donc tous la conciliation et il faut
l’essayer » (Rapport de police du 27 août 1882, APP Ba 152). Le 11 août
s’était déroulée une réunion de la Chambre syndicale fédérale, avec Pouget.
Parmi les intervenants, il est remarquable de trouver Gély, lequel propose
que les membres de la Chambre syndicale fédérale adhérent aussi au Parti
ouvrier et que cela soit spécifié dans les statuts. Il est appuyé par Pouget
(Rapport de police du 12 août 1882/ APP Ba 152). Ainsi est établi le lien
entre Pouget, futur dirigeant (libertaire) de la CGT, et Gély, futur premier
secrétaire (possibiliste) de la FNE. Lors d’une réunion, tenue le 25 août, salle
de la Redoute, Gély revient à la charge : « la question politique est forcée de
marcher avec la question sociale au point de vue des revendications des
employés de commerce » (Rapport du 27 août 1882/ APP Ba 152). Le
erBulletin mensuel du 1 septembre « considérant que l’émancipation des
Travailleurs doit être l’œuvre des Travailleurs eux-mêmes », affirme « qu’il
y a lieu de créer immédiatement une vaste Fédération Syndicale des
Employés venant se grouper sous le drapeau du Parti Ouvrier ». Ce qui pose
le problème récurrent de la relation parti-syndicat. La modeste Chambre
syndicale, décide de changer de nom pour devenir Fédération syndicale des
employés, car organisée par sections. Une manifestation des sans-travail, le 9
47mars 1883, est un échec conduisant à la fin de la Fédération .
Marie Bonnevial, Hubertine Auclert, André Gély et le journal le
Prolétaire
Il avait existé préalablement un journal, Le Prolétaire, organe des
revendications sociales, paraissant à compter du 10 mai 1871, durant la
Commune (et dont le quatrième numéro et dernier date du 24), lequel
affirmait, sous la plume de Jacqueline, en son numéro 3 du 19 mai : « La
Commune, c’est le peuple même manifestant sa volonté par la délibération
légale sur les actes de ses agents ». Les conditions de création du journal le

47 Associations Professionnelles, IV, p. 635
37Prolétaire sont, à la date du 23 novembre 1878 (il est précisé « 3 frimaire
87 ») : « la mise en pratique des deux Congrès ouvriers de Paris et de
Lyon ». Aussi est fondé un organe spécifique, l’Union des Travailleurs. Dès
ce premier numéro, Prudent Dervillers, ouvrier tailleur, se dit favorable à
une nouvelle loi sur les chambres syndicales pour « la liberté entière de
réunion et d’association ». Parmi les membres fondateurs de l’Union, Marie
Bonnevial, institutrice libre et Aimé Lavy, instituteur. Admiratrice de
Garibaldi, Marie Bonnevial, qui sera une figure majeure du Droit Humain,
avait milité pour la création d’un syndicat d’instituteurs et avait été déchue
de ses fonctions, en 1873, pour avoir refusé d’enseigner la religion et
également en raison de son appui aux Communards et des condamnés après
le 28 mai 1871 comme de sa présence durant la Commune de Lyon. En
e1877, retour d’exil, elle fonde une école professionnelle dans le 18
48arrondissement. Elle est élue déléguée au Sécrétariat National du Travail .
49En 1900, elle est la première femme au Conseil Supérieur du Travail et fut
50vice-présidente du Conseil National des Femmes Françaises .
Le numéro du 29 janvier 1879 (10 pluviose 87) reproduit un « Manifeste de
la Société de droit des femmes » de Hubertine Auclert, mettant en cause les
Chambres (« une assemblée d’hommes va faire des lois pour les femmes »),
revendiquant de « se rendre indépendante de l’homme dont le droit seul est
reconnu, le travail seul rétribué ». Le numéro 27 du 5 avril 1879 (16
germinal an 87) fait mention d’une organisation des employés et l’article,
signé V.Pierre, ouvrier graveur, s’achève : « Nous souhaitons un plein
succès au Cercle de l’Union fraternelle des employés ». Le 31 du 3 mai 1879
(14 floréal an 87) indique que le dimanche 4 mai est convoquée l’assemblée
générale du Cercle de l’Union fraternelle des employés, au 127, salle de la
rue Vieille du Temple, portant sur l’élargissement de la juridiction
prud’homale. Il est précisé que « le siège social est transféré, rue de Turenne,
47, chez le citoyen Emmanuel André, qui recevra les communications et
adhésions ». C’est, en fait, André Gély, lequel, dans le numéro du 10 mai,
informe de la création d’une chambre syndicale des employés des travaux
publics, en assemblée, le 6 mai avec pour responsable Thevenon. Le
numéro 38 du 21 juin (3 messidor), reproduit un « Appel adressé à tous les
employés de commerce, d’industrie et d’administration », lequel regroupe,
l’ensemble du groupe social constitué des employés.
C’est pour dire que, s’ils sont évalués « sans être taxé d’exagération à
150 000…pour Paris seulement… 200 à peine se montrent soucieux de leurs
droits » ; alors que « nos frères ouvriers travaillent plus activement que

48 Lors du congrès national des Chambres syndicales tenu à Paris en juillet 1893.
49
Lors du congrès de la FNE de 1902 elle assure « que ce n’est pas uniquement aux groupes
féministes à défendre les intérêts des femmes. Les intérêts des travailleuses sont liés à ceux
des travailleurs ».
50 Cf. fonds Marie Bonnevial 11 AF du Centre des Archives du Féminisme de l’université
d’Angers
38nous à rechercher les moyens qui peuvent amener une amélioration à leur
situation… Employés, secouez cette indifférence, sortez de cet isolement et
venez vous grouper autour de la chambre syndicale …Venez grossir le
nombre des adhérents au Cercle de l’Union fraternelle des employés…
N’oublions pas que nous ne serons forts que lorsque nous serons unis, et que
ce ne sont pas nos employeurs qui nous émanciperont, si nous ne nous
émancipons pas nous-mêmes ». Les signataires sont G.Pepin, Champonnois,
Lemoine et, comme président de séance, Emmanuel André (alias Gély). Le 5
juin, André sera autorisé à siéger lors de l’Assemblée générale de l’Union
des Travailleurs et est élu au conseil d’administration. Dans le numéro du 30
août (13 fructidor), J.L.B., employé de commerce, pose la question de
l’ « union des chambres syndicales ouvrières », soulignant « la force de
résistance que cette fédération donnera aux chambres syndicales pour tout ce
qui concerne l’intérêt collectif ». Le même numéro annonce que « sous le
pseudonyme de Victor Gély » vient de paraître « Paria parmi les parias » ;
sans préciser qu’il s’agit d’Emmanuel André. Mais l’identité de ce dernier
finit par être révélée (Prolétaire du 18 octobre). Toujours est-il qu’en 1884,
le devenir de la Chambre syndicale des Employés reste problématique et
qu’il s’agit, d’abord, de faire le lien entre Chambre syndicale et Union
fraternelle des Employés (laquelle tient encore son assemblée générale
mensuelle, le 6 mars 1885, puis le 3 avril, es qualités, afin d’organiser sa
participation à l’Exposition internationale ouvrière d’Anvers, en mai).
La nouvelle Chambre syndicale fondée en 1885, par Gély et Dalle
(Chambre syndicale et Union fraternelle)
Pratiquement, la Chambre syndicale des Employés est fondée en mai
511885 ; ses nouveaux statuts étant adoptés en assemblée générale, en avril .
Mais pas déposés, car le Parti ouvrier, lors de son congrès de mai 1885, ne
manquera pas de considérer la loi de 1884, fondant les syndicats, comme
« œuvre de police et de réaction » et demande aux groupes syndicaux de
« résister solidairement à la mise en œuvre de cette loi » (Prolétariat du 30
mai). Lors de ce congrès du « Centre », tenu du 3 au 10 mai, le point 5 de
l’ordre du jour est bien « De la loi sur les syndicats professionnels ».Le 12
avril, l’Union fraternelle de Dalle tient réunion sur la question prud’homale
(Prolétariat du 11 avril) et la représentera à l’Exposition universelle
d’Anvers. Une certaine ambiguïté va perdurer vis-à-vis de la nouvelle
chambre syndicale jusqu’au dépôt des statuts en décembre, essentiellement
provoquée par cette opposition (avant de s’y conformer) des syndicalistes
fondateurs à la loi du 21 mars 1884 sur les syndicats, au point que le
Congrès de mai avait mis en place une « Ligue de Résistance » dans le but

51 Le Syndicat des Employés devient Chambre syndicale des Employés, avec statuts ad hoc,
en avril 1885, à l’origine, par refus de la loi du 21 mars 1884
39de « résister solidairement à la mise en place de cette loi » (Prolétariat du 30
mai 1885). Il fallut un référendum pour conduire aux dépôts des statuts, le 30
décembre 1885, dans le cadre de la loi. Il ne manqua pas de se créer, en sus,
un Cercle des employés, fondé par des éléments plus radicaux…Le 22 mai
1885, l’Union fraternelle, avec Dalle, tient toujours sa réunion mensuelle
spécifique ; ce qui permet à Dalle de faire parvenir « une lettre d’Anvers »,
en date du 27 mai, laquelle précise qu’il intervient « au nom des Chambres
syndicales parisiennes » (Prolétariat du 6 juin) au côté de Jean Allemane.
C’est un pas décisif, d’autant que les deux figures centrales sont Dalle et
André dit Gély, futurs dirigeants de la Fédération Nationale des Employés,
l’un représentant l’Union fraternelle et l’autre la Chambre syndicale. Lors du
Congrès du Centre du Parti ouvrier (possibiliste), du 3 au 10 mai 1885, c’est
encore l’Union fraternelle des employés, avec Dalle, qui est représentée.
e André Gély est présent pour la Section du Parti Ouvrier du 15 (Prolétariat
du 16 mai). C’est en marge du Congrès que la Chambre syndicale est
formée ; ce qui sera commémoré, comme de juste, le 28 mai de l’année
suivante. Le 11 juillet 1885 a toujours lieu la réunion de l’Union fraternelle
des employés, pour permettre à Dalle de rendre compte de son mandat.
Désormais, l’Union se donne pour « Syndicat des Employés », indice de
l’évolution vers la disparition de l’Union. Le 29 août, c’est un « Appel aux
employés » qui est lancé pour les élections à venir, convoquant à une
réunion publique « en vue de l’intervention des employés lors des prochaines
élections législatives » (Prolétariat du 29 août). Car pour le Parti ouvrier, ce
sont les élections du 4 octobre 1895 qui importent, au terme desquelles
André-Gély (présenté comme « métreur ») obtient 6293 voix. On remarque,
dans le programme du Parti, l’article 14 : «A travail égal, égalité des salaires
pour les travailleurs des deux sexes ». La même égalité est demandée pour
les «ouvriers étrangers » (article 15). Toute la « partie économique » du
programme est revendicative: journée de 8 heures, repos hebdomadaire.
L’article 18, sur l’interdiction de retenue sur salaire se veut application du
« décret de la Commune du 27 avril 1871 ». L’importance accordée aux
chambres syndicales (article 21) ne s’accompagne pas de la condamnation
de la loi de 1884 (Prolétariat du 8 août).
Lors du comité fédéral du Parti du 27 octobre, on remarque qu’il n’est plus
fait mention que du Syndicat des employés (Le Prolétariat du 6 novembre
1885) et il ne sera plus fait mention de l’Union fraternelle. C’est bien le
Syndicat qui convoque ses membres à une réunion le 10 avril 1886 pour
« obtenir satisfaction» sur la question des prud’hommes » (Prolétariat du 8
au 15 avril). La Chambre syndicale des employés, telle que fondée en 1885,
est suffisamment reconnue pour être appelée à répondre à un « questionnaire
de statistique », envoyé à l’ensemble des Chambres syndicales, à l’initiative
de la Bourse du Travail, inaugurée le 3 février 1887. Il est clairement
répondu que sa date de fondation est mai 1885, que le nombre d’adhérents
est de 2.225 et qu’à propos de la loi de 1884 : « nous repoussons cette loi sur
4052les Syndicats et nous ne nous y sommes jamais conformés » . Si la Chambre
syndicale est fondée en mai, les statuts sont déposés seulement le 30
décembre 1885, au répertoire des Syndicats professionnels de la Préfecture
de police, sous le numéro 882 (APP F7 13722 ; note du 10 décembre
1931).C’est sous ce numéro 882 qu’elle est identifiée dans l’Annuaire des
Syndicats professionnels ; soit « 882- Chambre syndicale des employés
53[1885]- 6, 220 m. À la Bourse du Travail » . Toujours est-il que le vendredi
28 mai 1886, au 35 rue Jean Jacques Rousseau, salle de la Redoute, se
déroule, tant avec Dalle que Gély, une réunion de ce « syndicat des
employés », de cette chambre syndicale (la terminologie fluctue encore) qui
deviendra fédération, enfin, en 1893. (Prolétariat du 29 mai 1886). Ce qui
importe, c’est la présence conjointe de Gély et Dalle et de l’ordre du jour :
« de la situation matérielle et morale des employés, des moyens pratiques de
l’améliorer ». Ont été priés d’assister à cette réunion les citoyens Michelin,
Tony-Révillon, députés, Hovelacque, président du Conseil municipal,
Chabert et Robinet, conseillers municipaux, afin, selon les termes de
l’invitation (reproduite par le Rappel du 27 mai), de « reporter dans les
assemblées dont ils font partie les revendications formées par les
employés ».Il y a un millier d’employés réunis ce 28 mai et le député
Michelin s’engage à défendre devant la Chambre le projet d’extension du
Conseil des prud’hommes aux employés. La plate –forme revendicative
adoptée est la suivante : « La réduction de la journée de travail ; le repos
d’un jour par semaine ; la suppression des amendes ; l’interdiction de faire
coucher les apprentis ou les employés dans les magasins ; la mise en vigueur
de contrats signés après consentement par les deux parties et ne permettant le
renvoi d’un employé qu’après l’avoir justement indemnisé du préjudice
causé ». (Rappel du 3 juin).
La Chambre syndicale dispose d’un service de placement, d’une caisse de
chômage, de cours professionnels (avec aide du Conseil municipal de 2000
francs ; marque d’une reconnaissance manifeste) et un conseil juridique. Ses
assemblées se tiennent le premier mercredi de chaque mois, au sous-sol du
café la Nouvelle Poste, 33, rue Montmartre. Le mardi 24 août 1886, une
réunion publique, salle Pétrelle, avec Dalle et André-Gély, a lieu sur le
thème : « de la nécessité pour les employés d’adhérer au syndicat ».
Ce 28 mai 1886, premier anniversaire de la chambre syndicale, Dalle
demande à tenir une réunion pour l’application aux employés de la
juridiction des prud’hommes ; l’ordre du jour y convoquant porte également
sur « la situation matérielle et morale des employés ; des moyens d’y
remédier ». Cette réunion permet à Dalle de faire un bilan de l’action du

52Annuaire de la Bourse du Travail 1887-1888, pp.72-73 (y compris pour la date fondatrice
de mai 1885).
53 Annuaire des Syndicats professionnels, p.406, année 1896, Ministère du Commerce, de
l’Industrie/Direction du Travail/Librairie Berger-Levrault
41Syndicat des employés (ou Chambre), sur la revendication des prud’hommes
et de l’ensemble des courriers envoyés au préfet de la Seine, par le Conseil
du Syndicat ; et ce sans réponse. André dit Gély intervient dans le même
sens. Il y a 800 participants. (APP Ba 153 Rapport du 29 mai). La présence
de Gély dans cette nouvelle Chambre syndicale, confirme qu’elle est fondée
sur des bases politiques particulières, étant adhérente de l’Union fédérative
de la région Centre/Fédération des travailleurs socialistes de France- Parti
Ouvrier socialiste révolutionnaire. La Chambre syndicale a un cadre
revendicatif, que Dalle fait adopter : outre la juridiction prud’homale, pas de
licenciement du jour au lendemain et sans indemnité. L’ordre du jour retient
aussi la journée de neuf heures maximum, le repos hebdomadaire,
l’interdiction de faire coucher employés et apprentis dans les magasins et la
suppression des amendes. Ce Syndicat des Employés a son siège au 33, rue
Montmartre et ses statuts retiennent cette appellation spécifique : « le
Syndicat est composé de tous les employés des deux sexes qui adhéreront
aux présents statuts » (article 2). Le secrétaire est Victor Dalle. Est
également mise en place une caisse de chômage. Lors d’une réunion du 2
juillet 1886, Gély fait savoir qu’il a rencontré le ministre Lockroy (avec
Dalle et Adrien Mayer) qui se dit favorable à une loi sur les prud’hommes
pour les employés. Le 24 août 1886, Gély et Dalle sont les deux orateurs
inscrits lors de la réunion publique des Employés. L’ambiguïté, quant à
l’appellation, cesse lors de la Conférence Ouvrière Internationale, à laquelle
participe, la « Chambre Syndicale des employés de commerce », avec Dalle,
Gély et Augé (Prolétariat du 28 au 4 septembre 1886). Dalle et Couturat
sont secrétaires lors de la séance du 28 août de cette conférence. Le Rappel
du 6 septembre reproduit une circulaire du Syndicat des Employés aux
patrons des grands magasins et revendiquant la journée terminée à sept
heures du soir. Le Prolétariat du 9 au 16 octobre titre « Les employés de
commerce », pour dire : « La corporation des employés si nombreuse, si
intéressante et si exploitée, semble enfin sortir de son indifférence et
s’organiser pour défendre ses intérêts depuis si longtemps lésés. Fondé
depuis moins de deux ans, le Syndicat des employés, dont les débuts furent si
difficiles, vient de prendre, dans ces derniers mois, un essor considérable ».
Le numéro suivant titre « Les magasins de nouveauté », pour mettre en cause
la « philanthropie » des patrons des grands magasins, tel le Bon Marché
(l’article se poursuit sur plusieurs numéros du journal, jusqu’à celui du 13
novembre, mettant en cause tant le Louvre que le Petit Saint Thomas). Ces
articles ont un retentissement significatif pour la cause des employés.
En 1887 est publiée une nouvelle version des statuts « adoptés dans
l’Assemblée générale d’avril 1885 et modifiés dans celle de Novembre
1886 ». L’article premier dit qu’il est formé une « société », laquelle se
nomme désormais « Chambre syndicale des employés ». Elle se doit
« d’intervenir auprès des patrons et des pouvoirs publics » (article 2). Le
nouveau siège social est 52, rue de la Verrerie. Une affiche de la Chambre
42syndicale appelle à une grande réunion publique, le vendredi 4 mars 1887, à
l’Élysée Montmartre, 80 bd Rochechouart, où interviendront André-Gély et
Dalle, ainsi que des figures politiques comme Joffrin, Michelin, Hovelacque,
Mesureur. La relation du syndicat et du parti prend la forme d’une délégation
de syndicalistes reçue, le 27 février, par des députés de la Seine, afin
d’appuyer la loi élargissant les prud’hommes aux employés. Cette démarche
privilégiant la relation syndicat et parti caractérise la nouvelle Chambre
syndicale et sera marquante jusqu’à 1914.
Le « Programme » de la Chambre syndicale des Employés
Surtout lors de son Assemblée générale du 6 avril 1887, la Chambre
syndicale des employés adopte un programme qu’elle veut commun aux
travailleurs manuels et qui affirme et demande « Seuls, parmi les salariés,
les Employés sont exclus des tribunaux de Prud’hommes existants : nous
demandons l’extension de cette juridiction à tous les différends entre patrons
et salariés, quel que soit leur métier. Et, pour la solution des litiges de tout
ordre, nous demandons l’introduction en matière judiciaire, du principe de
l’arbitrage et des jurys élus par le suffrage universel ; la limitation légale de
la journée de travail à 8 heures pour les adultes-hommes ; dans les bureaux,
magasins, ateliers et manufactures, et sans diminution de salaire ; la
réglementation effective du travail des femmes et des enfants ; l’extension du
privilège à l’intégralité des salaires des employés et ouvriers en matière de
faillite, l’établissement d’une loi pour obliger les patrons à fixer les
conditions de travail et de salaire par un contrat passé entre eux les leurs
employés, la dite loi déterminant le délai dans lequel le contrat pourrait être
dénoncé et fixant les indemnités à payer au cas où il serait rompu avant ce
délai ;La mise au concours de tous les emplois dans toutes les
administrations publiques ; la réforme de la législation actuelle pour
assurer la sécurité du travail pour tous et l’hygiène des habitations,
bureaux, magasins, ateliers et manufactures, en fixant des pénalités sévères
pour réprimer les infractions ; L’établissement d’une loi fixant la
responsabilité des patrons en matière d’accidents du travail ; La réforme de
la loi sur les syndicats, du 21 mars 1884, pour assurer la liberté complète
dus groupements corporatifs, en établissant des pénalités rigoureuses pour
réprimer les entraves apportées à la mise en pratique de ladite loi ;
l’abrogation des articles 414 et 415 du Code pénal et l’interdiction aux
gouvernants d’envoyer des troupes sur le théâtre des grèves ; La
suppression des bureaux de placement, l’établissement dans Paris d’annexes
de la Bourse du Travail ; La surveillance des lois sur le travail confiée à des
commissions composées pour un tiers d’hommes ayant des connaissances
techniques et scientifiques, et pour deux tiers d’ouvriers et d’employés
présentés par les Syndicats ; Nous demandons encore la transformation en
services publics communaux ou départementaux des monopoles concédés à
43des grandes Compagnies, tels que : Marchés publics, Pompes funèbres,
Omnibus, Tramways, Bateaux, Eaux, Gaz, etc. ; tous ces services devant
fonctionner désormais, sinon gratuitement, au moins à prix de revient ;
L’enseignement intégral de tous les enfants mis gratuitement, pour leur
entretien, à la charge de la Commune et de l’État ». Ce programme sera
repris et publié sous la forme d’affiche en 1893. Son nouveau siège social
sera la Bourse du Travail (à l’annexe du 35, rue Jean-Jacques Rousseau).
Le rapporteur du Programme est André-Gély et le secrétaire Victor
Dalle. Il faut que « ces réformes devenues des lois votées » soit constituée
une législation du travail. Le même Programme revendique des transports en
commun, « l’établissement d’industries municipales par la Commune », la
création de greniers, boulangerie, boucherie, minoteries, bazars,
« construction de maisons salubres, etc., le tout à titre municipal pour
combattre les spéculateurs au profit des travailleurs ». Le Programme
s’achève en précisant que les membres de la Chambre syndicale qui se
présenteront aux municipales ou aux législatives « s’engageront à défendre
ce programme et à travailler à sa réalisation, s’ils sont élus ». Par là même,
on reconnaît que Dalle et Gély, membres du Parti « possibiliste » de Paul
Brousse, entendent agir comme syndicalistes et comme élus, afin de réaliser,
au plan municipal, le plus accessible, puis au plan législatif national, un
programme d’institutions de services publics comme de lois propres à
constituer une législation du travail. Ils sont favorables à l’union du parti et
du syndicat et défavorables à la voie prônée par les anarchistes, celle de
l’action directe et qui privilégiera la grève générale, comme de
l’indépendance vis-à-vis des partis politiques. Le 7 octobre 1887 est
organisée une réunion, salle Rivoli, sur de telles revendications et en
présence d’élus comme les députés Mesureur, Lagrange et Jacquier, lesquels
s’engagent à promouvoir une législation sociale. De même le 8 février 1888
avec les députés Michelin, Clovis-Hugues, Labordère et Mesureur pour la
réduction de la journée de travail et la fermeture des magasins à 7 heures.
Une grande affiche, placardée dans Paris, y appelle. Lors de la réunion du 16
novembre, Paul Brousse vient annoncer que le conseil municipal vient de
voter les boulangeries municipales et qu’il s’agit d’en faire autant avec les
bazars municipaux pour mettre un terme à la domination des grands
magasins. Dans son Rapport, présenté au Conseil syndical du 24 décembre
1889, André-Gély affirme : « L’institution de la Bourse du Travail créée par
le Conseil municipal a été un puissant auxiliaire pour les organisations
syndicales ». Par là, la Chambre syndicale peut se prévaloir de l’efficacité de
sa démarche « possibiliste ». La Bataille du 13 juin 1890 informe qu’une
délégation de la Chambre syndicale des Employés avec Dalle, Gély, Augé,
Haupais et Borsary sera reçue, ce jour, par le président de la Chambre des
députés, Floquet, délégation qui sera reçue, également, par les députés
républicains de la Seine. Est remise une pétition qui reprend les points
majeurs du « Programme » de la Chambre syndicale. Mesureur, pour les
44délégués de la Seine, informe la délégation qu’une commission va examiner
son projet de loi, portant sur la création d’un Conseil supérieur du Travail.
Une loi semble symboliser l’approche légaliste et « possibiliste » et le lien
entre le syndicat et le parti, à la condition que le premier ne soit pas la
« courroie de transmission » du premier, la loi n° 25890, laquelle, de surcroît
reconnaît spécifiquement les employés ; c’est la « Loi sur la Conciliation et
l’Arbitrage de différends collectifs entre Patrons et Ouvriers et Employés »,
er
du 27 décembre 1892 (promulguée au JO le 28) et dont l’article 1 stipule :
« Les patrons, ouvriers et employés entre lesquels s’est produit un différend
d’ordre collectif portant sur les conditions du travail peuvent soumettre les
questions qui les divisent à un comité de conciliation et, à défaut d’entente
dans ce comité, à un conseil d’arbitrage… ». Il s’agit, comme l’article 2 le
précise, de se tourner, « soit ensemble, soit séparément » vers le juge de paix
du canton, qui notifie l’objet du différend à la partie adverse « dans les vingt-
quatre heures » (article 3). Le délai de réponse est de trois jours (art.4). Un
jeu de nomination d’arbitres est censé conduire à une décision sur le fond,
remise au juge de paix (art .10). En cas de grève, le juge demande une
réponse dans les trois jours sur les motifs du différend (11). Le refus de
conciliation et d’arbitrage est rendu public (12). Les femmes de nationalité
française peuvent être déléguées (15). La loi est applicable à la Guadeloupe,
la Martinique et la Réunion (16). Une telle loi peut être comprise comme une
reconnaissance du droit des travailleurs à s’organiser syndicalement et de
l’obligation du patronat à le reconnaître. Pratiquement, elle laisse le patronat
libre de ne rien négocier avec comme seule sanction la publication de ce
refus. Il s’agit surtout de la question de l’arbitrage et il arrivera, en dernière
instance, au gouvernement d’arbitrer plutôt pour le patronat, comme lors de
la grève des employés de Banque de 1925. Mais, en 1892, cette loi est une
avancée pour la cause « possibiliste », telle que nombre de Chambres
syndicales l’ont défendue.
45Chapitre 3
De la Chambre à la Fédération et du rapport Parti -Syndicat
Le 30 mai 1891, huit cents employés sont présents à la Bourse du
travail, à l’occasion de la grève des employés des omnibus. Brousse,
conseiller municipal, est présent. Est revendiquée l’application du droit
commun aux employés et de la loi de 1848, avec l’abrogation, demandée par
erDalle, de l’article 2. Car si l’article 1 limite à douze heures le travail
journalier (dans les mines et manufactures), l’article 2 le contredit en mettant
en place les dérogations « en raison de la nature des industries ou des cas de
force majeure ».
erUn 1 mai 1891 réunissant employés et ouvriers
erEn 1891, le 1 mai (le second en date, mais le premier a être organisé) est
annoncé par une grande affiche rouge :
er« MANIFESTATION INTERNATIONALE OUVRIÈRE DU 1 MAI/
Comité Général du département de la Seine

FRÈRES DE TRAVAIL, Ouvriers, Ouvrières et Employés, Le même
jour, les travailleurs du vieux et du nouveau monde vont affirmer cette
nécessité économique, cette sauvegarde sacrée de la vie humaine : La
réduction des heures de travail et la fixation d’un minimum de salaire
garanties par une législation internationale. Par la voix des chambres
syndicales, groupes socialistes, des travailleurs conscients, organisés, mûris
dans l’étude des questions professionnelles, Paris vous convie à cette
ermanifestation solennelle, il vous convie à chômer le 1 Mai et à vous réunir
dans de vastes meetings. Paris ne sera pas en retard sur Londres, Berlin,
Bruxelles, Milan, Barcelone, New York. Au contraire, la ville de la solidarité
et de la fraternité sera toujours à l’avant-garde, l’initiatrice de mesures
pouvant aider à l’émancipation générale. Il ne faut plus voir jeter sur le
pavé,livrer aux horreurs de la misère, à la honte des refuges de nuit, des
hommes valides, des pères de famille, des femmes, parce que le machinisme,
qui devrait être un instrument d’émancipation est, dans les mains du capital,
un instrument qui opprime et qui affame. Dans ce mouvement vertigineux de
surproduction, songez-y, la RÉDUCTION DES HEURES DE TRAVAIL,
c’est le relèvement du salaire, c’est le loisir fécond qui vous permet de
réfléchir, de retremper vos forces physiques, d’élargir vos connaissances
techniques et scientifiques.
TRAVAILLEURS,
erLe 1 Mai, vous montrerez au monde entier que la Cité républicaine et
révolutionnaire est pénétrée de la transformation de la société oppressive et
46capitaliste en une société qui sera la glorification du travail. Forts de nos
droits, de la grandeur du but poursuivi, nous n’irons pas porter nos
doléances, auprès des députés, des ministres, nos serviteurs. Ils auront à
écouter la grande voix ouvrière, à obéir aux revendications légitimes et
salutaires, sanctionnées par le prolétariat dans les MEETINGS qui auront
lieu
erVENDREDI après-midi, 1 MAI /Salle Favié, Au Grand Turc, Mille-
Colonnes, Alcazar d’Italie
VIVE L’INTERNATIONALE OUVRIÈRE ! VIVE LA RÉPUBLIQUE
SOCIALE ! »
L’affiche, signée du Comité général, est imprimée par Imp.J.Allemane. Ce
er1 mai, Haupais, dès 9 heures, pour la Chambre syndicale des employés de
commerce, remet une pétition à Pierre, secrétaire général de la présidence de
la Chambre ; ce en même temps que la délégation des conseillers
municipaux broussistes. Haupais revendique la même législation du travail
pour tous, employés comme ouvriers. Coupat, mécanicien et Roland et
Jubrot, typographes, sont également présents. Tous rencontrent Floquet,
président de la Chambre. Il y a 3500 personnes salle Favié, qui adoptent un
ordre du jour portant sur les huit heures et le salaire minimum, ainsi qu’une
erdemande d’une législation internationale du travail. Le 1 mai 1892, la
Chambre syndicale des Employés affirme, par voie d’affiche que les
Employés se doivent « de célébrer, avec tous les autres exploités, la Fête du
Travail, de saluer l’aurore de leur émancipation ». Cette affiche « à la
population parisienne » revendique auprès des patrons « qui ont l’habitude
d’ouvrir le Dimanche de bien vouloir fermer leurs magasins ».
Les employés des omnibus, du gaz ; les garçons de magasin
Plusieurs groupes d’employés étaient, corporativement, sur la
brèche. Ainsi les employés des omnibus, dont le journal la Révolution
Française du 14 mars 1879, faisait savoir que ces employés venaient de se
réunir afin de constituer une Chambre syndicale, avec pour revendication un
jour de repos par mois et la limitation du temps de travail journalier à 13
heures. En 1881, Vaughan (par ailleurs rédacteur à l’Intransigeant de
Rochefort) tente toujours de constituer cette Chambre syndicale et le siège
provisoire en est à son domicile, 26 rue Censier. Le 11 mai se déroule une
réunion de la Chambre, sous la présidence de Vaughan. Les statuts sont
publiés et l’article 2 assure que la Chambre syndicale « pratiquera la
solidarité avec la fédération des autres associations et groupes ouvriers ». Le
23 juillet 1884, la Chambre syndicale fait parvenir à la Compagnie, une
réclamation collective contre le chômage technique imposé (APP Ba 165,
rapport du 23 juillet). Mais ce premier syndicat disparaîtra et le 12 mai 1891,
une réunion des employés de la Compagnie des Omnibus, présidée par le
47député Mesureur, décide de créer un syndicat des employés. La première
revendication est la journée de 12 heures. En juillet, il y aura 250 adhérents
au nouveau syndicat (sur 380 salariés de la Compagnie). Boscas est
président et Moreau, secrétaire général et figure majeure du syndicat. Un
accord est trouvé avec la Direction, pour la journée de 12 heures. Mais en
janvier 1892, les parties se retrouvent devant le Tribunal de Commerce ; les
patrons revenant sur leurs engagements. Les employés sont défendus par
Millerand et obtiennent gain de cause, bien que le patronat se refuse à
appliquer la décision de justice…Le Bulletin Officiel, n°1 (gérant Baudin),
de la Chambre syndicale des employés, en date du 6 mars 1893 (et qui
remplace le Courrier des omnibus) affirme : « Venez acquérir le droit d’être
appelés frères et ne craignez plus, une fois votre devoir accompli- qui est de
vous syndiquer- de passer la tête haute et fière devant ceux qui, avec vous,
par l’union, forment ce que vous appeler le Syndicat ». La grève que le
Syndicat parvient à organiser, en 1895, est réprimée par la police et l’armée
et s’achève par la révocation de nombreux grévistes. La Chambre syndicale
des employés et ouvriers privilégie comme la Fédération Nationale des
Employés, le lien avec certains politiques, en particulier Mesureur,
Chauvière et Rouanet. Le 19 octobre 1896 est organisée une réunion pour
combattre la société de secours mutuel mise en place par la Compagnie et
mettre à sa place une caisse de retraités approuvée par l’État. Lors de
réunions à Lyon, en novembre, puis à Montrouge, le patron de la
Compagnie, Cuvinot, empêchera le vote à bulletin secret pour sauver sa
société de secours mutuel. En fin d’année, la Chambre syndicale a plus de
1700 membres actifs. Toutefois, la Chambre syndicale se veut autonome et
son secrétaire, De Ville, refuse d’installer ses locaux à la Bourse du Travail !
Entre corporatisme et union dans le syndicat, tel est l’enjeu.
Plus récent était l’engagement des employés du gaz. Une réunion des
employés de la Compagnie du Gaz, avec Brard président, a lieu le 2 août
1891. Les statuts de la Chambre syndicale des travailleurs de la Compagnie
Parisienne d’éclairage et de chauffage au gaz, sont adoptés en août 1891 ;
elle est « ouverte à tous les travailleurs sans distinction d’emploi ou de
nationalité» (article 3). Ils sont imprimés par l’imprimerie Jean Allemane. Le
Secrétaire est Pignon. Une Assemblée générale corporative de la Chambre
syndicale est convoquée, le 30 mars 1892, à la Bourse du Travail, rue
Rousseau, au 35, avec lecture du rapport du citoyen Brard. En octobre 1892,
la Chambre fait parvenir aux conseillers municipaux de Paris un « résumé
des revendications des travailleurs du gaz ». Jules Chapelle, secrétaire
général, affirme que le renouvellement du Monopole de la Compagnie du
gaz va être « une source de bénéfices considérables ; de sorte que « nous
estimons donc qu’il serait juste qu’une partie de ces bénéfices soit environ
un million cinq cent mille francs fut répartie entre tous les ouvriers ». Lors
d’un banquet, le 5 décembre 1896, Claverie, figure importante du syndicat,
demandera à nouveau que « les salaires soient…proportionnés surtout à la
48progression des affaires de la Compagnie ». Lors de la réunion générale du
26 avril 1897, les travailleurs du gaz adopteront un ordre du jour demandant
« L’augmentation de la retraite avec prélèvement sur les salaires, taux
minimum 1000 Fr garantis. Le droit à la retraite pour la femme employée.
Base : demi-salaire. La retraite proportionnelle, pour tous, après quinze
années de service » (La Lanterne, du 28 avril). Lors d’une réunion, le 25
mars 1900, à la Bourse du Travail, des ouvriers et employés de la
Compagnie du gaz, Claverie, secrétaire de l’Union syndicale des employés
du Gaz, et qui est auteur « d’un projet de loi devant aboutir à l’exploitation
directe de l’éclairage de la capitale par les employés à cet éclairage »,
intervient sur la question des monopoles. John Labusquière, conseiller
municipal socialiste de Paris, souhaite que le prochain conseil municipal soit
socialiste et qu’il faut exiger du Pouvoir central que « les grandes
exploitations actuellement monopolisées par des compagnies capitalistes
puissent être directement régies par le conseil municipal ». Il s’agit d’une
stratégie délibérée de répartition des tâches entre le syndicat et le parti
(quitte à ce que le syndicaliste ait un mandat politique) pour mettre en place
des services municipaux ou nationaux publics et une législation du travail.
Le 23 août 1891, une réunion de garçons de magasin s’était
déroulée, afin de fonder leur syndicat et de revendiquer la journée de travail
réglementaire et un salaire minimum. La Chambre syndicale des garçons de
magasin du département de la Seine publie ses statuts, adoptés lors de
l’Assemblée générale du 23 juin 1892 et qui reprennent ces revendications
avec celles concernant les Prud’hommes et la création d’une caisse de
erretraite (article 1 ). Le 25 juin sera rendue publique la fusion avec la
Chambre syndicale des cochers livreurs. Le 18 mars, une réunion a lieu où la
tendance anarchiste de la Chambre syndicale exprime son opposition aux
« broussistes » et en référence à la Commune de Paris (APP Ba 1431,
Rapport de police du 18 mars). Ce qui ne l’empêche pas d’adhérer à une
Fédération naissante qui comporte bien des « broussistes »…
La lutte des fonctionnaires pour pouvoir se syndiquer
Toutefois s’il est un problème majeur, c’est celui des fonctionnaires.
Des restrictions avaient été apportées à la loi de 1884 ; ainsi lorsque la Cour
de cassation avait décidé, par un arrêt du 27 juin 1885, qu’elle n’était pas
applicable aux médecins. Ce qui fut annulé par la loi du 30 novembre 1892,
en faveur des médecins, sages- femmes et dentistes « sauf à l’égard de l’État,
des départements et des communes ». Arguant du silence de la loi de 1884,
Spuller, ministre de l’Instruction Publique proclamait, en 1887, qu’une
« Fonction n’est pas une profession » et « qu’un traitement n’est pas un
salaire, et que, par suite, la loi de 1884 ne pouvait s’appliquer aux
fonctionnaires » (AN F7 13 724 ; document « Le Droit au Syndicat », p.5).
En 1891, Jules Roche affirmait que « s’ils se syndiquaient ce serait contre la
49nation elle-même » (DS, p.6). Néanmoins des projets de loi (21 juin 1886,
puis le 8 juillet 1890) furent déposés pour étendre « le bénéfice de la loi à
toutes les professions ».
Dès 1884, le syndicat des sous-agents des Postes de Lyon avait été dissous à
la demande de l’administration, dès après sa création et de même, en 1887,
pour le syndicat des instituteurs et institutrices de la Seine. Cette interdiction
de se syndiquer, opposée aux fonctionnaires, conduisait à l’absurde avec les
cheminots des réseaux exploités par des compagnies privées qui pouvaient
se syndiquer et non ceux des réseaux d’État. Le 22 mai 1894 à la Chambre
des députés, un débat s’engage: « La Chambre, considérant que la loi de
1884 s’applique aux ouvriers et employés des exploitations de l’État, aussi
bien qu’à ceux de l’industrie privée, invite le Gouvernement à la respecter et
à en faciliter l’exécution ». Débat qui fut sans lendemain pour les
fonctionnaires, mais des syndicats des ouvriers de l’État et des collectivités
locales purent se créer. Dejeante, le 14 octobre 1902, proposait que « la loi
sur les syndicats professionnels est applicable à tous les salariés sans aucune
distinction ». Ce qui fut repris par Vaillant, le 26 janvier 1903. En 1902, les
syndicats d’ouvriers de l’État formèrent une Union fédérative des
travailleurs de l’État. Deux circulaires, l’une du général André et l’autre du
ministre de la Marine, Pelletan, en 1901 et 1902, revenaient à reconnaître la
légalité des syndicats des Magasins, Ateliers et Arsenaux. En 1903, le
rapport Barthou, issue des travaux de la Commission du Travail de la
Chambre, se proposera d’étendre cette disposition à tous les salariés de
l’État ; sinon que ce projet ne fut jamais discuté. Il est remarquable que la 9e
Chambre du Tribunal correctionnel, le 8 juillet 1903, se refuse à reconnaître
le syndicat des égoutiers et que deux circulaires ministérielles interdissent
les syndicats de cantonniers qui avaient été formés au niveau des
départements et des communes. Le rapport Barthou édictait : « La présente
loi est applicable aux professions libérales et aux ouvriers et employés de
l’État, des départements, des communes et des établissements publics, qui ne
détiennent aucune portion de la puissance publique ». Mais en 1903, la
Fédération nationale des travailleurs municipaux et départementaux,
récemment constituée, adhérait à la CGT.
Des instituteurs prirent alors l’initiative de transformer leurs Amicales en
syndicats, en 1905, conduisant à des poursuites judiciaires à l’encontre de 40
d’entre eux et, lors de la séance du 7 novembre, à ce que le Président du
Conseil, Rouvier, affirme l’impossibilité d’un syndicat de fonctionnaires :
« aucun gouvernement ne pourrait y consentir sans se suicider » (DS, p.8).
Quant à Barthou, devenu ministre, il oublia promptement son rapport, au
point de dire, le 4 février 1906, qu’appliquer la loi de 1884 aux
fonctionnaires, « c’est l’anarchie » (DS, p.9). Par ailleurs, la loi du 16 août
1901 ne pouvait régler le problème, car elle n’entend pas s’occuper des
« intérêts professionnels », mais d’une « activité dans un but autre que de
partager des bénéfices ». Au demeurant Trouillot, rapporteur de la loi de
501901, avait déclaré le syndicat préférable à l’association, pour la défense des
intérêts professionnels. Néanmoins, en avril 1901, des organisations avaient
formé une Commission d’études, à l’initiative des Allumettiers, pour une
« Fédération des Syndicats des travailleurs de l’État » ; pour aboutir, le 9
novembre 1901, à l’Union Fédérative des Travailleurs de l’État » avec les
Fédérations des Allumettiers, des Travailleurs des arsenaux, des Ouvriers et
Ouvrières des Magasins de la Guerre, des Ouvriers des Poudreries et
Raffineries, du Syndicat National des Monnaies et Médailles, du Syndicat
National des Ouvriers des PTT (la Fédération des Ouvriers des manufactures
de tabac adhérant en 1903). Un congrès fut tenu, le 29 juin 1903, reprenant
l’essentiel des revendications de la CGT (8 heures, salaire minimum,
suppression du travail à la tâche et aux pièces, congés annuels, retraite,
règlements pour la maladie et les accidents du travail, exclusion de la main
d’œuvre militaire et abrogation de la loi du 18 mars 1889 sur les emplois
réservés aux sous-officiers). Gervaise est élu secrétaire général. Les contacts
étaient réguliers avec les Douaniers, les Employés d’octroi, Employés des
Impôts, agents des PTT et instituteurs, généralement regroupés en
« Amicales ».
En 1904, les Employés des Contributions Indirectes se constituent en Union
Générale et, lors de son second congrès, en avril 1906, l’Union décide de se
transformer en syndicat. Quant aux agents des PTT, lors de leur congrès de
septembre 1905, une partie des congressistes avait quitté l’assemblée pour
fonder le Syndicat des Sous-Agents des PTT, obligeant le Congrès à adopter
un ordre du jour afin de transformer leur Association générale en syndicat.
En avril 1906, la grève des facteurs, conduite par Grangier, lequel refuse
l’alliance avec d’autres syndicats de travailleurs, se termina par un échec et
la révocation de 300 facteurs. Quant aux instituteurs, ils avaient connu la
vindicte des ministres de l’Instruction publique depuis 1884, pour parvenir à
constituer deux syndicats, au tournant du siècle, l’un à Lorient et l’autre à
Toulon, qui adhéra à la Bourse du Travail. À compter du rapport Barthou, ils
se multiplièrent en province. Mais lorsqu’il devait s’agir de constituer un
syndicat à Paris, en octobre 1905, le gouvernement décida de poursuites
judiciaires, en vain. Car en novembre 1905, un manifeste est envoyé à tous
les instituteurs de France, avec nombre de réunions. Le 22 février 1906 était
constituée la Fédération des syndicats d'instituteurs ; les statuts en furent
déposés à la préfecture de la Seine. Le même jour, à l’hôtel des Sociétés
Savantes, une conférence, présidée par Anatole France, et en présence de
Jaurès, adopte une résolution : « Les Instituteurs et Institutrices, réunis au
nombre de 1500, considérant qu’au point de vue de la défense des intérêts
corporatifs les droits des syndicats sont supérieurs à ceux des
associations…affirment leur volonté d’adopter la forme syndicale ».(p.23).
Le 7 avril 1906, au Sénat, Briand prétend qu’« il ne tolérerait plus désormais
ni une formation de syndicat, ni à plus forte raison une affiliation de ces
erprétendus syndicats aux Bourses du travail »…Le 1 mai se déroule
51néanmoins le premier congrès de la Fédération des syndicats d’instituteurs,
avec 150 délégués. Le secrétaire est Marius Négre et le siège est au 234,
faubourg St-Antoine. L’adhésion à la CGT est renvoyée au congrès suivant.
Mais le syndicat de la Seine adhère à l’Union des Syndicats CGT. Le 19
janvier 1907, ce syndicat demanda un local à la Bourse du Travail. Ce que le
préfet de la Seine refusa. La même mésaventure venait d’arriver au syndicat
du Rhône. Le 3 février, un meeting, tenu à Dunkerque, la revendication de
ces deux syndicats était soutenue tant par les syndicats d’Employés de l’État
que par la CGT et une délégation est reçue par le président du Conseil,
Clemenceau, sans nul résultat. Mais le mémoire, demandé par celui-ci, remis
le 31 janvier 1908, est un réquisitoire. Le gouvernement y répond par un
projet de loi sur les associations de fonctionnaires, présenté par le Garde des
Sceaux, au Conseil des ministres du 11 février. Lors de leur second congrès,
tenu à la Bourse du Travail de Nantes, du 28 au 31 mars 1907, la Fédération
Nationale des Instituteurs décida d’adhérer à la CGT, car, selon les termes de
l’ordre du jour adopté, « elle est aujourd’hui le trait d’union indispensable
entre les toutes les organisations syndicales ». Une « lettre ouverte à
M. Clemenceau » est rédigée, avec Nègre, secrétaire de la FNI parmi les
signataires. Traduit devant le Conseil départemental le 25 avril 1907 et
acquitté, il n’en est pas moins révoqué, le 27, par arrêté du préfet de la Seine.
Lors du renouvellement du Conseil départemental, le 5 juillet, la liste
syndicale est élue avec 1370 voix (et 859 pour la liste anti- syndicaliste).
Par ailleurs, en novembre 1905 avait été créé un Comité central pour la
défense du droit syndical des salariés de l’État, des départements, des
communes et des services publics », avec 17 associations ou syndicats
(nombre d’entre eux étant actifs au sein de l’UFTE). Le 26 janvier 1906,
soixante meetings sont organisés dans toute la France et celui tenu à Paris,
au manège St Paul, avec 5000 participants. Il s’agissait de sommer le
Parlement de se prononcer avant le 15 mars 1906 par une loi mettant un
terme au refus d’appliquer la loi de 1884 à tous. Le 22 mai, Sarrien,
président du Conseil décide de la mise en place d’une Commission à cet
effet composée des hauts fonctionnaires et magistrats. C’est le 9 mars 1907
qu’est proposé le premier projet de loi sur le statut des fonctionnaires, dit
projet Clemenceau –Guyot- Dessaigne. Ce projet privilégie l’association,
soit la loi de 1901, tout en permettant (article 4) aux associations de créer des
unions soumises à l’article 5 de la loi de 1884 ; ce en prévoyant des
sanctions (article 6) en cas de refus de coopérer au service public. Telle est la
cause de la « Lettre ouverte » qui devait conduire à la révocation de Nègre et
qui affirmait : « Comme travailleurs, nous avons non seulement le droit,
mais le devoir de nous occuper de l’organisation sociale ». Le 25 mai, les
mêmes modifient leur projet et qui revient à supprimer l’article 4, permettant
aux associations de se constituer en union…Le 15 avril, 6000 personnes
s’étaient réunies, au Tivoli, à l’initiative du Comité Central, pour exiger
l’application de la loi de 1884 et pour demander que cessent les poursuites
52gouvernementales contre les fonctionnaires militants. Et Vaillant, lors de la
séance du mercredi 8 mai à la Chambre, fait le bilan d’un an de
gouvernement Clemenceau : « M. Clemenceau a tenu une seule promesse,
c’est celle qu’il a faite dans son discours de Lyon où il déclarait la guerre à
la fois au syndicalisme et au socialisme ». Quant à Jaurès, lors de la séance
du 11 mai : « Il paraît que c’est parce qu’ils ont eu la témérité d’approcher
d’une conférence où la grève générale est recommandée comme la méthode
souveraine et où cette grève générale s’accompagne de quelques
commentaires un peu vifs, il paraît que c’est pour cela que les syndiqués
sont suspects, que les fonctionnaires sont frappés ». Ce qui met en évidence
combien l’orientation gouvernementale est ressentie comme une hypocrite
provocation, aggravée, en août, par l’affaire Grandsart et Faure, du Syndicat
des Égoutiers de Paris (existant depuis 15 ans), élus à la Commission
administrative de la Bourse du Travail et contraints à la démission, le préfet
de la Seine les sommant de choisir entre leur emploi et leur mandat. Un
nouveau projet, rapporté par Jeanneney, est proposé par la Commission
parlementaire, en octobre. Mais son article 7 maintient l’interdiction de
transformer les associations en union, tout en confondant les lois de 1884 et
1901 et assurant que la grève conduit à la révocation (article 3). Aussi le
gouvernement propose sa troisième version, en décembre, mais qui est
seulement technique, sur le statut des fonctionnaires. La question syndicale
s’y trouve évacuée et, en février 1908, Clemenceau estime « qu’il n’y a pas
lieu et qu’il est impossible de conférer un tel droit aux employés et ouvriers
de l’État » (DS, p.40). Cette vindicte particulière de Clemenceau se retrouve,
alors que le 10 mars 1908, la Chambre a voté la réintégration des révoqués,
dont Nègre, par 352 voix contre 147. Le 13 mars, la Chambre se déjuge par
352 voix contre 147, laissant Clemenceau, avec sa spectaculaire médiocrité,
réintégrer qui il veut et poursuivre de sa haine Nègre, en maintenant sa
révocation. Le Comité Central se réunit en congrès le 27 décembre,à Paris. Il
revendique « le bénéfice intégral de la loi de 1884 ». Il exige la réintégration
de tous les fonctionnaires révoqués, mais l’amendement Dumont est
repoussé (308 voix contre et 124 pour). La Voix du Peuple du 7 mars 1908
précise : « Le gouvernement s’obstine à couper en deux la classe ouvrière –
d’un côté les salariés d’industrie privée, de l’autre les salariés de l’État.
C’est toujours l’efficace « diviser pour mieux régner ».
En mars, éclate la grève des PTT, laquelle à l’avantage de signifier
que le droit de se syndiquer comme celui de faire grève appartient aux
travailleurs, et qu’il est démocratique et social, en dépit des tergiversations
des Clemenceau et consorts…lesquelles vont perdurer, sous d’autres
gouvernements pour parvenir au « Projet de loi sur le statut et le droit
d’association des fonctionnaires » de mai 1909 (ou projet Briand). Le titre II
article 30 assure que « Les fonctionnaires peuvent s’associer librement entre
eux en vue de l’étude et de la sauvegarde de leurs intérêts professionnels » et
que les associations peuvent se constituer en unions. On est dans le cadre de
53la loi de 1901, en laquelle est instillée, sans s’y référer explicitement, la loi
de 1884 sur les « intérêts professionnels ». La Voix du Peuple du 30 mai
1909, condamne le « renégat Briand » et affirme : « Les postiers n’ayant pu
de haute lutte conquérir le droit syndical, le gouvernement s’est empressé de
soumettre à son Parlement Domestique un projet de statut qui, croit-il
mettra fin à toute grève des fonctionnaires .Nous croyons que le
gouvernement se leurre ». La grève des postiers venait de connaître un
échec, provoqué par des révocations et lors d’un meeting, le 18 mai, du
syndicat des employés de la Région parisienne, Lévy avait déclaré : « On a
dit que les postiers avaient été battus. On n’est pas battu avec 600
révoqués…Aidons nos camarades à conquérir le droit de coalition et le droit
syndical » (Petite République du 19 mai 1909). E. Rouger, juriste, en
propose ce bilan: « La première grève des postes éclata en mars 1909 ; elle
fut bientôt suivie, au mois de mai de la même année, d’une seconde grève.
Cette grève était dirigée contre M.Symian, alors sous-secrétaire d’État aux
postes et télégraphes, qui avait vivement ému ses subordonnés par des
circulaires relatives à la durée de service et à l’avancement. Les agents des
postes étaient tellement irrités qu’ils déclarèrent dans un manifeste, qu’ils
n’accepteraient jamais de continuer à travailler sous la direction d’un homme
qu’ils considéraient comme indigne de les diriger. Après que Barthou ait
déclaré à la Chambre, cette dernière, dans une affiche, se dit « résolue à ne
pas tolérer les grèves de fonctionnaires ». La grève semble se terminer le 23
mars, pour continuer de la part de ceux qui veulent le départ de Symian et le
gouvernement ordonne leur révocation. Et cependant : « les révocations
furent prononcées sans que les agents révoqués aient eu communication de
leurs dossiers, comme semblait l’exiger l’article 65 de la loi du 2 avril 1905.
Ils formèrent un recours devant le Conseil d’État, demandant l’annulation de
l’arrêté de révocation, compris en violation de la loi de 1905. Le Conseil
d’État rejeta leur recours. On peut se demander s’il n’y a pas lieu de critiquer
cette décision ; le Conseil d’État, en refusant d’appliquer en cette hypothèse
une loi dont le texte ne contenait aucune restriction, n’a-t-il pas
manifestement corrigé la loi ? La seule raison invoquée par le Conseil d’État
pour expliquer et légitimer ses décisions est une raison d’ordre public ; pour
lui, les agents préposés à un service public, en se mettant en grève, se placent
en dehors de l’application des lois et règlements ; il serait en effet contraire
aux conditions fondamentales de l’existence de l’État que des fonctionnaires
54en grève ne puissent pas être immédiatement révoqués » . C’est dire
combien seul l’engagement idéologique de classe du Conseil d’État permet
d’aller outre la loi pour interdire la grève et le droit de se syndiquer.
Dans ce contexte est constituée une Fédération des Associations de
Fonctionnaires (un comité constitué en février 1908 devenant Fédération en
novembre 1909), avec Demartial pour président, qui refuse le droit de grève.

54 E.Rouger, La Grève des employés, note 2 de la page 20
54Quant au Comité Central, dont le secrétaire est, en 1909, Nègre, son récent
congrès du 28 décembre 1908, maintient le cadre de la loi de 1884, soutient
les instituteurs du Maine-et-Loire « persécutés par les haines réactionnaires
et cléricales » et exige « la réintégration de Grangier, Simonnet et Nègre,
révoqués à la suite de la publication de la « Lettre ouverte à
M. Clemenceau». Suite au meeting du 2 avril 1909, Nègre se déclarera
favorable à la grève générale concertée entre ouvriers et fonctionnaires,
contre tout lien avec la FAF de Demartial (AN F7 13 724 ; note M/2560 du
30 janvier 1909). Demeure que Demartial, chef de bureau du sous secrétariat
d’État aux colonies, publie en 1908 son ouvrage, Le Statut des
fonctionnaires, qui impose, faute de statut effectif, le terme de « statut » ; sa
Fédération ayant été fondée pour demander un « statut des fonctionnaires »,
spécifique et séparé des autres salariés. Mais la manœuvre de la FAF a fait
long feu, privilégiant la loi de 1901 et l’association de droit commun (se
basant, aussi, sur une jurisprudence initiée par un arrêt de la cour de Paris du
26 octobre 1903).Le fait est que cette division organisée des associations ou
fédérations de fonctionnaires facilitera le refus de leur appliquer la loi de
1884, pour celle de 1901, jusqu’en 1946. Ainsi un nouveau projet de loi du
30 juin 1910, en son article 32, reconnaît le droit d’ester en justice,
d’acquérir, posséder et administrer, les cotisations, le local et de recevoir
dons et legs, mais exclusivement comme associations et unions
d’associations. En 1908, les associations s’étaient vues reconnaître le droit
d’ester en justice par le Conseil d’État pour défendre les intérêts collectifs de
la profession (arrêt du 11 décembre 1908). Le droit de se constituer en
syndicat à l’égal des autres salariés est refusé. Du point de vue du droit, c’est
celui du juriste positiviste Léon Duguit qui est reçu, sacralisant le « service »
et ignorant l’égalité des droits: « Le service public étant, par définition
même, un service qui est d’une importance telle pour la vie collective
qu’incombe aux gouvernements l’obligation juridique d’en assurer
l’accomplissement sans interruption, les fonctionnaires, en se mettant en
grève, s’insurgent contre le but essentiel de la loi du service. Ils commettent
55le plus grave des attentats à la vie collective elle-même » .
Quant à Nègre, il ne sera réintégré qu’en 1911 et les fonctionnaires auront la
reconnaissance du droit à se syndiquer seulement à compter de 1924. C’est
la position antisyndicale de Clemenceau qui perdure, lui qui avait fait
répondre aux fonctionnaires, le 11 mars 1907 : « votre place n’est pas dans
les Bourses du Travail. Votre place n’est pas davantage à la Confédération
Générale du Travail. Elle y est d’autant moins qu’il s’y tient un langage
auquel un éducateur ne peut apporter son adhésion. L’apologie du
“sabotage”, de “l’action directe”, la provocation à la haine entre citoyens,
l’appel à la désertion ou à la trahison, sont d’une doctrine que vous vous

55 Léon Duguit, Traité de droit constitutionnel, I, Théorie générale de l'État (les éléments, les
fonctions, les organes de l'État, les agents publics), page 513, Fontemoing 1911
55devez à vous-même, à votre mission, à l’école laïque, à l’idéal
56républicain » . De même, l’arrêt du 22 janvier 1922 par lequel le Conseil
d’État réaffirme le caractère illicite des syndicats de fonctionnaires. C’est
une vraie question de rapport de force pour imposer le droit des
fonctionnaires à se syndiquer. Certains, tels les agents des contributions
indirectes font, en ce sens, le choix de l’affiliation à la CGT, lors de leur
Congrès de juin 1919, en présence de Laurent, secrétaire général de la
Fédération des Fonctionnaires. Un ordre du jour est adopté considérant que
« tous les travailleurs, quelle que soit leur dénomination, ont tous des intérêts
matériels et moraux à défendre ». L’affiliation est votée par 389 voix et 47
contre (France Libre du 6 juin 1919). C’est la venue du « Cartel des
gauches » qui conduit à une déclaration, lue aux deux Chambres, le 17 juin
1924, par le président du Conseil Édouard Herriot annonçant sa volonté de
reconnaître le droit syndical pour les fonctionnaires. Ce qui se concrétisera
avec la circulaire du ministre de l’Intérieur, Camille Chautemps, aux préfets,
en date du 27 septembre 1924 :« Le Gouvernement estime … utile à la bonne
marche des services et à la paix sociale que les chefs des administrations et
des représentants de la majorité de leurs collaborateurs… entretiennent des
rapports réguliers et confiants. » Ce qui revient à tolérer ce droit, sans
véritablement l’établir dans la loi. Quant à la revendication « à travail égal
salaire égal », si elle est loin d’être satisfaite, la loi des pensions du 14 avril
1924 réduit certaines discriminations indues apportant «de sérieuses
améliorations, en ce qui concerne les dames fonctionnaires, à la loi de
571853 »
Pour ce qui concerne, le régime de Vichy, son statut des fonctionnaires du
14 septembre 1941, différencie les simples employés de l’État des
fonctionnaires chargés d’une mission de service public : ce qui est interdit
aux juifs et aux femmes, dont la présence n’est pas nécessaire au service et
ce qui exclut tout droit syndical. Ce statut inique fut abrogé en août 1944.
Il faudra attendre l’Assemblée constituante, qui vota la reconnaissance du
droit syndical, à l’unanimité, le 5 octobre 1946. Ce qui devint la loi n° 46-
2294 du 19 octobre 1946 et son article 6 : « Le droit syndical est reconnu
aux fonctionnaires. Leurs syndicats professionnels régis par le livre III du
Code du travail peuvent ester en justice, devant toute juridiction... Toute
organisation syndicale de fonctionnaires est tenue d’effectuer, dans les deux
mois de sa création, le dépôt de ses statuts et de la liste de ses
administrateurs auprès de l’autorité hiérarchique dont dépendent les
fonctionnaires appelés à en faire partie... ». Cette loi ne concernait que les
fonctionnaires de l’État. Le droit syndical fut étendu aux agents communaux
par la loi du 28 avril 1952 (article 2) et aux agents hospitaliers par un décret-
loi du 20 mai 1955, codifié ultérieurement dans le code de la santé publique

56 G. Guiraud, P’tite gueule, p.172
57 Jeanne Bouvier, Histoire des dames employées des PTT, p.231, PUF, 1930
56(art. L. 793). La loi du 19 octobre 1946 fut remplacée par l’ordonnance n°
59-244 du 4 février 1959, relative au statut général des fonctionnaires, dont
l’article 14 reprenait l’intégralité des termes de l’article 6 du texte abrogé. La
loi du 27 décembre 1968 fait entrer l’exercice du droit syndical dans les
entreprises. Ce qui est étendu à la fonction publique de l’État par instruction
du Premier ministre du 14 septembre 1970, puis aux agents communaux et
aux agents hospitaliers.
Enfin vint la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et son article 8: « Le droit
syndical est garanti aux fonctionnaires. Les intéressés peuvent librement
créer des organisations syndicales, y adhérer, y exercer des mandats. Ces
organisations peuvent ester en justice ». Tandis que l’article 9 de la loi du 13
juillet 1983 précise : « Les fonctionnaires participent, par l’intermédiaire de
leurs délégués siégeant dans les organismes consultatifs, à l’organisation et
au fonctionnement des services publics, à l’élaboration des règles statutaires
et à l’examen des décisions individuelles relatives à leur carrière ». Avec le
libéralisme, il n’est question que de « moderniser » le statut des
fonctionnaires si durement acquis ; c'est-à-dire de le détruire et de revenir à
une restriction des droits, telle qu’elle fut de rigueur jusqu’à la Libération,
pouvant aller jusqu’à la négation des droits et une division organisée et
discriminatoire entre les travailleurs de la part de gouvernements
« domestiques » des intérêts privés et adeptes de l’antisyndicalisme. C’est en
ce contexte historique difficile que des fonctionnaires purent adhérer à la
CGT et à la FNSE devenue FEC.
Pour l’égalité entre hommes et femmes
Outre le dépassement du corporatisme, la question de l’égalité entre
hommes et femmes est d’autant plus cruciale que la loi, selon le code dit
« Napoléon », enlève tous droits à la femme mariée, y compris celui de se
syndiquer. Le 7 septembre 1892 est organisée une réunion, à la Bourse du
Travail, portant sur la réglementation du travail des femmes. Sont présentes
Aline Valette, Léonie Rouzade, Marie Bonnevial. Maria Deraismes est
excusée. Pour la Chambre syndicale Dalle, Haupais et une future figure
syndicale parisienne, Martinet prennent la parole. Aline Valette, de la Libre
Pensée, démontre la nécessité pour les femmes de se regrouper afin de lutter
pour leur émancipation. Myrtil Rengnet, du groupe « Solidarité des
femmes » va dans le même sens, alors que Léonie Rouzade est favorable à
une Chambre syndicale féminine. Mme Vincent, du groupe « l’Égalité »
revendique l’élection des femmes aux prud’hommes. Dalle, qui préside,
déclare le syndicat solidaire des grévistes de la mine de Carmaux et fait
adopter un ordre du jour, voté à l’unanimité : « le Syndicat des employés
réclame du Parlement l’extension des dispositions législatives réglementant
les conditions de travail des femmes et des jeunes filles employées dans le
commerce ». Lors du congrès national des Chambres syndicales et groupes
57corporatifs ouvriers, qui se tient à Paris, en juillet 1893, c’est André Gély qui
représente la Chambre syndicale des employés (au nom de la Bourse du
Travail de Nimes). Il y est décidé que le prochain congrès se tiendra
également à Paris. Ce sera le congrès de Limoges, fondateur de la CGT.
Bilan de la Chambre syndicale des Employés
Pour la Chambre syndicale, un nommé Dubois rédige, le 8 août
1891, un bref « historique de la Chambre Syndicale des Employés ».Ce
document d’origine policière, indique bien que ceux qui la fondent, en 1885,
sont « membres du parti ouvrier » : Augé, Haupais, André Gély, Dalle,
Borsary et Courtoux. En décembre 1888, elle comptait 2910 adhérents, dont
« 500 membres actifs ». À la rédaction de cet historique, il y a 5000
membres. Le fait que la grève des omnibus ait été victorieuse compte dans
cette évolution. Par ailleurs « depuis sa fondation, le Syndicat a placé plus de
800 de ses membres et distribué environ 10.000 francs à titre d’indemnité de
chômage ». La Chambre syndicale est également « pour beaucoup » dans
l’adoption de la loi du 20 décembre 1890 sur le contrat de louage et le
restreignant. Elle a également « lutté énergiquement contre le
boulangisme ». Dubois indique, cependant, que certains membres de la
Chambre syndicale, Aldabe, du Louvre, Avez et Dejeante, du Comptoir
d’Escompte, sont politiquement proches d’Allemane et contre Brousse. Il
nomme un certain Briois, comptant sur « l’appoint des banques » pour
mettre à mal le Syndicat, de l’intérieur. Le bilan donné de ces six années est
manifestement positif. Le Rapport annuel donné, pour sa part, par la
Chambre syndicale (Gély, rapporteur) au 31 décembre 1891 donne 5156
adhérents. Il montre l’intérêt de la Caisse de chômage, fondée en 1887. Il
errappelle que le Programme de la Chambre syndicale a été remis, le 1 mai
1891, au président de la Chambre des députés et que Floquet a « promis de
s’intéresser à nos légitimes revendications ». En avril 1892, la Chambre
syndicale des employés (au 35, rue J-J Rousseau) apposera une affiche dans
Paris, qui est un appel à la population parisienne et affirmant que, si certains
patrons acceptent sa demande de fermer le dimanche, d’autres « sont restés
sourds à notre revendication ». Il s’agit de « célébrer, avec tous les exploités,
la Fête du Travail, de saluer l’aurore de leur émancipation ».
Pour une Fédération des Employés
Le 16 mars 1893 a lieu une réunion dont le but est d’intégrer les
employés des bazars à la Chambre syndicale. Fin 1892, le Rapport annuel
donne 6000 adhérents à la bre. Mais l’obligation de fédérer l’ensemble
des employés conduit à la fondation, le 15 juillet 1893, de la Fédération des
Employés avec Dalle et Gély. La Chambre syndicale n’en poursuit pas
moins son activité. Lors de la réunion du 22 novembre, Dalle dit son
58admiration pour Jaurès et son discours tenu à la Chambre des députés, le 21
novembre. Dès janvier 1894, il est patent que les employés se tournent plus
vers la Fédération et sa structure générale et nationale. Un Rapport de police
(Gustave, du 4 janvier) ne donne plus à la Chambre syndicale que 1800
adhérents et 50 seulement présents lors de l’Assemblée générale du 3
janvier. Alors que le Rapport annuel de la Chambre syndicale donne
« presque le chiffre de 7000 adhérents ». La fermeture autoritaire de la
Bourse du Travail, en 1893, par le gouvernement, a fortement perturbé le
mouvement syndical. La Chambre syndicale a son nouveau siège au 8,
passage du Grand Cerf, tout comme la Fédération des Employés. Haupais est
secrétaire et Gély, trésorier. Le fait est que le document « Projet de loi sur les
Prud’hommes », présenté, en avril 1894, par Dalle, l’est au nom de la
« Chambre syndicale du département de la Seine », nouvelle appellation
depuis son installation passage du Grand Cerf.
Lors de la réunion organisée au Grand Orient, 16 rue Cadet, le 7 décembre
1894, sous la présidence de Jaurès, les partisans d’Allemane décident
d’apporter la contradiction au Conseil syndical concernant leur position sur
la grève générale. Sont également présents des députés (Mesureur,
Millerand), conseillers municipaux (Brousse), sénateurs (Floquet et
Millaud). Il s’agit de combattre la position du Sénat qui s’oppose, depuis
1889, à l’extension de la juridiction des Prud’hommes aux employés. Il y a
1500 participants. Dalle fait l’historique de la question prud'homale. Jaurès
se dit favorable à la réglementation des heures de travail, à un jour de repos
par semaine (« le dimanche, si on veut »), critique le Sénat sur la prud’homie
et assure qu’il faut « chasser l’esprit de réaction de la Chambre » et que « la
honte du gouvernement d’aujourd’hui, c’est qu’il opprime les prolétaires et
soutient le capital. Il faut donc résoudre cette question et la résoudre par la
République sociale » (Rapport du 7 décembre 1894/APP Ba 153 APP).
De la Chambre syndicale des Employés à la Fédération Nationale des
Employés
Le supplément de la France Socialiste du 11 mai 1895, rendant
ecompte du 3 congrès annuel des Employés, sous-titre « chambre syndicale
des employés/ Fondée en 1885 ». Le secrétaire général de la Fédération est
bien Dalle ; tandis que Marie Bonnevial est bibliothécaire- archiviste. Dalle
affirme qu’il est « indispensable d’unir tous les groupements professionnels
d’employés, pour porter, à son plus haut degré, la puissance de la
Fédération ». Fonction que n’occupait pas la Chambre syndicale, d’autant
que la Fédération veut intégrer les employés des services publics et
condamne « la résurrection contre eux du délit de coalition, inventé en
er1791 ». Est donnée la liste des associations adhérentes au 1 janvier 1895, et
parmi elles, la chambre syndicale des employés, comme la chambre
syndicale des garçons de magasin et l’Union amicale et corporative des
59employés. Il faut bien une Fédération et l’on conçoit que les fondateurs de la
Chambre syndicale des employés se retrouvent à l’initiative de fondation de
la FNSE. Ce qui explique un travail commun, comme lors de la réunion du
11 février 1899, avec Dalle et Martinet, sous la présidence du député Viviani
et qui s’achève par les cris « Vive Viviani ! Vive la Sociale ! ». En ces
années, Viviani était encore un proche de Jaurès…Rozier est présent. Il y a
3000 participants. De même le 21 mars 1900, réunion au cours de laquelle
Marie Bonnevial défend la loi Gautret qui atténue les conditions
d’exploitation du travail féminin. Dalle se réfère à deux « serviteurs des
travailleurs », pour l’heure, à savoir Dumau, directeur de la Bourse du
Travail et Millerand. C’est que la question centrale, pour les organisations
syndicales, est la nature de la relation avec les partis politiques et pour la
Chambre syndicale des employés, avec la FTSF.
La Fédération des travailleurs socialistes de France et la Chambre
syndicale des employés
La Fédération des travailleurs socialistes de France (nommée aussi
Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, comme « sous titre ») a adopté cette
appellation lors de son VIIe congrès, tenu en 1883. En 1884, lors de son
congrès de Rennes, la FTSF critique la loi de 1884, fondatrice des syndicats,
et estime qu’elle impose « aux Syndicats une forme déterminée », qu’elle
maintient les articles 414 et 415 du Code pénal (lesquels punissent
quiconque aura « tenté d’amener ou de maintenir une cessation concertée de
travail dans le but de forcer la hausse ou la baisse des salaires »), qu’elle
écarte les membres des syndicats « nés à l’étranger ». Aussi « le Congrès,
58Déclare œuvre de police et de réaction la loi du 21 mars 1884 » . C’est que
la FTSF affirme : « attendu que, si la production, organisée par l’État
socialiste sous le nom de Services publics, fera aux ouvriers émancipés des
conditions convenables de travail, cette production, dirigée par l’État
bourgeois, peut devenir et devient en effet dans les chantiers, arsenaux et
59manufactures de cet État un instrument terrible d’oppression … » . Ainsi
l’alternative sociale, qui permet de comprendre la condamnation de la loi de
1884 (outre les aspects restrictifs de cette dernière, avec la déclaration des
statuts et des membres du Bureau) est une conquête de l’État par la mise en
place progressive de « services publics ». Ce qui conduit, pour les syndicats,
au cadre suivant : « Le Congrès invite tous les travailleurs à se grouper
autour des Chambres syndicales et des Groupes corporatifs pour obtenir, par
tous les moyens possibles, les revendications suivantes :1° Fixation légale de
la journée de travail à huit heures maximum, avec conditions de salaire,
hygiène, règlements, arrêtés par les Chambres syndicales corporatives

58Compte rendu du Congrès de Rennes, pp.11-12
59 Compte rendu du Congrès de Rennes, p.12
60ouvrières…2° Repos d’un jour hebdomadaire 3° Suppression du travail aux
pièces…4° Suppression du marchandage…lequel consiste à répartir la
besogne selon les aptitudes et à partager également le salaire 5°Abrogation
de la loi contre l’Association internationale des travailleurs 6° Établissement
d’un Conseil de surveillance nommé par les Groupes corporatifs et
Chambres syndicales…7° Suppression du travail des enfants dans les
ateliers, mines, houillères….8°Défense de faire travailler dans les prisons au
dessous des tarifs élaborés par les Syndicats ouvriers et Groupes
corporatifs…9°Suppression de tout travail dans les couvents, ouvroirs et
60établissements religieux » . Dans les « considérants », il est proclamé que la
FTSF poursuit comme « but final…l’émancipation complète de tous les êtres
61humains, sans distinction de sexe, de race ou de nationalité » . Une affiche
de la FTSF, appelle à un meeting, le 7 décembre 1884, salle du concert
Omnibus, avenue de Clichy, avec pour ordre du jour : « De la nouvelle loi
sur les Chambres syndicales/Limitation de la durée de la Journée de
travail/Les conseils de Prud'hommes /La taxe du pain et les boulangeries
municipales ». Parmi les orateurs sont inscrits Clément, Joffrin, Couturat et
Allemane. La FTSF va considérer que la relation entre le parti et le syndicat
doit être de complémentarité avec cumul des deux mandats possibles, dès
lors que les fonctions sont bien définies : législative pour le parti et de
revendication pour le syndicat.
Lors du Congrès suivant, tenu à Charleville, en octobre 1887, la FTSF
adopte le principe «à travail égal, salaire égal », car « il serait
souverainement injuste de ne pas reconnaître l’égalité des sexes dans le
62travail » et exige « la responsabilité des patrons en matière d’accidents »,
ainsi que la généralisation des Bourses du travail pour « la suppression des
bureaux de placement ». Le Congrès « décide la création de Bourses du
Travail dans toute la France, et leur administration confiée aux Chambres
63syndicales et Groupes corporatifs ouvriers » . Ce qui est remarquable, au
plan syndical, c’est que la FTSF laisse toute indépendance aux Chambres
syndicales pour l’administration des Bourses du travail et pour grouper les
travailleurs, sans réclamer le moindre lien « organique » entre le Parti (qui
fonctionne sur le principe fédératif) et le syndicat. C’est dans ce contexte
qu’intervient la Chambre syndicale des Employés, représentée par Augé,
laquelle « réclame pour sa corporation la juridiction des Prud’hommes, que
les appointements ne puisent être saisis, et la suppression des amendes.
Création de cours d’économie industrielle et réunions technologiques,
délégations pour connaître les innovations des autres pays, afin de mettre
les organisations ouvrières à même de prendre la direction des forces

60 Compte rendu du congrès de Rennes de la FTSF pp.12-13
61 Compte rendu p.39
62 Compte rendu du congrès de Charleville de la FTSF, p.32
63 Compte rendu, p.34
6164productives » . Quant à la relation parti-syndicat, il y a oppositiono entre
FTSF et le Parti Ouvrier, fondé par Guesde, en 1882, consécutivement à la
première scission du Parti ouvrier socialiste, fondé lors du Congrès ouvrier
national de Marseille, en 1879. Depuis cette scission, il y avait la FTSF,
d’une part, et le PO, d’autre part, lequel affirmait, en son congrès fondateur
erde Roanne, du 26 septembre au 1 octobre : « Le Parti ouvrier qui
commence à grouper la fraction la plus intelligente et énergique du
prolétariat français, a mission de mener à bonne fin l’organisation nationale
et internationale des métiers…au lieu d’apporter des obstacles à
l’organisation corporative, ils doivent l’accélérer en lui prêtant leur concours
et en lui donnant conscience de son but. Les chambres syndicales sont les
embryons de cette organisation de métiers ; le devoir de tous les militants du
65Parti est d’y aller planter le drapeau collectiviste » . Si la FTSF laisse aux
Chambres syndicales leur indépendance, l’idéologie d’une élite devant
mener à la conscience le prolétariat, afin de le guider en une « mission », en
est fort éloignée. Dans le premier cas, la liberté et l’indépendance syndicale
sont maintenues, car les fonctions partis et syndicats sont complémentaires ;
en l’autre, le lien « organique » entre le parti et le syndicat est presque
inévitable au bénéfice dirigeant du parti. Benoit Malon, évoquant les
principales figures du réformisme non- collectiviste, en ces années, nomme
Chabert, Léonie Rouzade, Jules Joffrin, Jean Baptiste Clément, Jean
Allemane, Paule Minck, Jean – Baptiste Dumay et, également, parmi les
66« recommandables à des titres divers », André Gély . Dans cet ouvrage,
publié en 1881-1882 (avec une préface de Vallès), soit avant la scission de
1882, à Saint-Étienne, Malon (qui va opter pour la FTS), précise, concernant
les syndicats : « si maintenant divers syndicats de cette masse ouvrière
s’entendent avec des ouvriers, tanneurs, fileurs, tisseurs, agriculteurs,
éleveurs et pour les fournitures en commun et ce avec l’aide de l’État,
créditant les associations ouvrières, nous arrivons bientôt au total de neuf
millions d’affranchis, plus du quart de la population totale. Et le crédit
national serait assuré à toutes catégories d’ouvriers qui, pour se former en
associations productives auraient recours à lui…avec dix milliards le
gouvernement socialiste révolutionnaire inaugurerait l’affranchissement de
67millions de prolétaires » . Il ajoute « l’universalisation de l’instruction, y
compris les frais d’entretien, mettrait tous les enfants sur le pied de l’égalité,
tandis que la nationalisation des assurances contre la maladie, les chômages,
les sinistres, les accidents en tous genres et la vieillesse, assureraient à tous,
tous sans exception, valides ou infirmes, un large minimum d’existence et la

64 Compte rendu, p.50
65 Compdu, p.15
66 Malon, Le nouveau Parti, 2, pp.77-78
67 Malon, Le nouveau Parti, 2, p.98
6268sécurité du lendemain. Ce seul bienfait social vaut une révolution » . En
l’occurrence, Gély, est un contributeur régulier du journal du Parti
« possibiliste », le Prolétaire. Lors du congrès de Saint-Étienne, il avait opté
pour la Fédération des travailleurs socialistes de France. Il est également
affilié à la loge maçonnique la Ruche Libre. Son activité politique le conduit,
en 1894, à se présenter, aux législatives, à Alès. Il est présent au congrès de
Châtellerault, d’octobre 1890, où une nouvelle scission a lieu entre la
tendance « possibiliste » (ou du nom de Paul Brousse, « broussiste ») et la
tendance dirigée par Allemane. On le trouve mandaté par le Comité central
du XIXe, tandis qu’Augé représente la Chambre syndicale des employés.
Cette dernière réclame « la limitation de la journée de travail, la corporation
étant une de celles dont les membres sont le plus victimes de l’exploitation
69capitaliste » . Si ce congrès vit les partisans de Jean Allemane provoquer
une nouvelle scission, c’est à Gély, président et Augé, secrétaire, qu’il fut
demandé de répondre, pour le Congrès, soit en concluant. : « Démocrates et
socialistes, comme l’a toujours été notre Parti, nous voulons, nous,
conquérir le peuple par la persuasion et non l’asservir aux caprices de
quelques-uns. Pour affranchir les hommes, il faut éclairer leur esprit,
stimuler leur initiative et leur volonté. Penser et agir pour eux, c’est les
maintenir dans la servitude : ce rôle peut être à la taille de nos adversaires,
ils sauraient nous convenir ». Le Matin du 14 janvier 1890, fait état d’une
réunion à la Bourse du Travail. Il précise que « les possibilistes, à qui on doit
d’ailleurs la création de la Bourse du Travail, ont la majorité des chambres
syndicales et par suite la majorité dans le comité général et dans la
commission exécutive ». Mais cinq chambres syndicales veulent que cela
soit proportionnel au nombre des membres pour l’élection des délégués. Les
possibilistes sont, avec Brousse, Augé, Gély, Prudent -Dervillers, Aveline,
Haupais, Joffrin, Lavy…En 1892, Lavy et Prudent – Dervillers, sont
députés, Brousse et Caumeau et Picau, sont conseillers municipaux. On lit
dans le Prolétariat du 3 août 1890, signé H.G. (probablement H.Galiment) :
« avec les guesdistes, exclus jadis du Parti ouvrier, au Congrès de Saint-
Étienne, parce qu’ils voulaient diriger selon leurs vues ambitieuses les
travailleurs, sans tenir compte de l’avis des groupes et des Syndicats, la
concentration est impossible […] sachant que nous appliquons bien la
devise : Ni dieu, ni maître » (celle des blanquistes). Si l’on ajoute les les
groupes qui veulent se limiter au cadre légal ambiant et refusent le cadre
social de classe, cela fait autant de tensions qui vont générer des scissions
diverses, de la fondation de la FNE, devenue FNSE, à 1914.
Au plan syndical, les conséquences c’est que, trois ans après le Congrès de
Châtellerault de 1890, la fondation de la Fédération des Employés, avec
Gély, pour premier Secrétaire, est à mettre au crédit de militants favorables

68 Malon, Le nouveau Parti, 2, p.99
69 Compte rendu du congrès de Châtellerault, p.78
63tant à l’indépendance syndicale, avec un lien privilégié avec la FTSF et une
possible action politique propre des syndiqués, qu’à des luttes pour obtenir
des acquis sociaux tangibles, par la loi. Enfin ce lien spécifique du Parti et
du Syndicat (de partage mais dans l’indépendance statutaire des fonctions)
ers’éclaire mieux par l’article 1 des statuts adoptés lors du congrès de Paris
de la FTSF, en 1885 : « suppression du Sénat et de la présidence de la
République. Responsabilité effective des ministres avec sanction pénale
substituée à leur responsabilité parlementaire. Législation directe du peuple,
c'est-à-dire sanction et initiative populaire en matière législative.
Reconnaissance par la loi du mandat impératif et son assimilation au mandat
70civil » . La proclamation de « l’intervention résolue de l’État dans les
branches diverses du travail privé, ateliers, compagnies, banques,
entreprises agricoles, industrielles, commerciales…» (Article 19) est la base
commune d’une action différenciée : l’action syndicale et le travail
législateur des élus. Ce qui explique que Gély et Dalle, membres de la
Chambre syndicale des Employés, ont pu participer à la seconde conférence
ouvrière internationale tenue à Paris, du 23 au 29 septembre 1886, où se
retrouvent les principaux dirigeants de la FTSF. Un autre point commun,
plus ponctuel, mais révélateur, est la condamnation du boulangisme. Le
Comité national de la FTSF, en mars 1888, dénonce qu’ « après Thiers et
Mac Mahon, il faut encore à la troisième République, un sauveur », ce
Boulanger, alors que « comme Cavaignac, il a égorgé les prolétaires en
armes pour la défense de la République ». Parmi les signataires et membres
du Conseil national, se trouve Victor Dalle, qui sera le successeur de Gély et
la principale figure des débuts de la Fédération Nationale des Employés.
C’est seulement après l’adoption de la Charte d’Amiens qu’un lien aussi
visible entre parti et syndicat sera mis en cause.
Enjeux et clivages autour de la grève générale et de l’action directe
Si le clivage avec les guesdistes est surtout la relation du parti et du
syndicat, l’autre clivage, non moins central, est la grève générale, célébrée
par les anarchistes et les allemanistes, contrairement aux broussistes (ou
socialistes), pragmatiques et peu enclins à la mystique, telle qu’on la voit
affirmée par cette Affiche rouge du Comité de Propagande de la Grève
générale, datant de septembre 1899 (le Comité ayant été nommé par le
congrès de la CGT de Rennes de 1898) et qui proclame : « Travailleur,
Souviens-toi que la grève générale supprimera l’exploitation que tu subis
depuis des siècles ; c’est par cette arme puissante que tu t’affranchiras de la
misère et de l’esclavage dans lequel te maintient le capital exploiteur. Sois
donc prêt à t’en servir quand le moment d’agir sera venu. Vois dans tout le
pays les exploités, las de souffrir, se révoltent. Un vent de liberté souffle

70 cf. Humbert, Les possibilistes, pp.22 et s.
64dans l’air, la Grève Générale, trouble-fête pour ceux qui te font souffrir, est
peut-être proche. Méfies- toi des conseillers de toutes sortes, n’écoute que
toi-même, soit conscient de ta force. La Grève Générale est une arme dont
toi seul sauras te servir, ne t’alarmes donc pas des craintes chimériques,
rappelle-toi que les ennemis de la Grève Générale, fussent-ils exploiteurs,
capitalistes, réactionnaires, politiciens ou autres, sont aussi tes ennemis.
Écarte- les donc tous et souviens- toi que l’émancipation des travailleurs ne
peut être que l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Vive la Grève
erGénérale ». Le 1 juin 1899, une réunion à la Bourse de Travail réunissait
une trentaine de militants en vue de la grève générale, avec huit fédérations
(livre, métallurgie, chapellerie, culinaire, cuirs et peaux, mouleurs, bâtiment,
voiture) et trois syndicats (charpentiers, chemins de fer, ouvriers en
instruments). Le plus déterminé est Riom, du Bâtiment qui se dit sûr de la
grève générale : « nous préviendrons nos syndicats la veille même du jour où
éclatera la grève » (Rapport Boudin du 2 juin 1899).Toutefois, le 18 mai,
avait eu lieu une réunion publique à la salle du Commerce, 94, Faubourg du
Temple, avec des chantres de la grève générale, tels Faure, Riom, mais
également avec Jaurès, Viviani, Millerand, Sembat…Il s’agit de combattre
erpour la mise en application de la loi du 1 juin 1899 sur les accidents du
travail. Si la relation avec les députés que côtoie également la Fédération des
Employés est patente, il n’y a là aucun paradoxe, car le Comité central de la
Grève générale venait d’adhérer, fin avril, au congrès régional du Parti
Ouvrier, de tendance allemaniste (et non possibiliste ou broussiste). Le
clivage politique était maintenu, comme celui des moyens, entre le caractère
progressif des conquêtes « possibilistes » et les militants assurés que la grève
générale renverserait le régime capitaliste, tel quel.
Pour les révolutionnaires, tenants de la grève générale, en 1900, le Congrès
de Paris de la CGT confirme le Comité de la Grève Générale. Une affiche
(imprimerie J.Allemane, 51, rue St- Sauveau), de l’automne 1900, affirme
que ses tenants en attendent, comme en une révélation, la réponse sociale
globale : “L’arrêt du travail, qui placerait le pays dans l’immobilité de la
mort, serait nécessairement de très courte durée ; ses conséquences terribles
et incalculables amèneraient aussitôt le gouvernement à capituler. S’il s’y
refusait, le prolétariat, révolté d’un bout à l’autre de la France, saurait l’y
contraindre, car, les forces dont disposent les dirigeants, éparpillées,
émiettées sur tout le territoire, seraient sans consistance et ne pourraient
opposer la moindre résistance aux volontés des travailleurs, enfin maîtres de
la situation”. Il est remarquable de la montée en puissance de cet idéal placé
dans la grève générale, qu’aux côtés de neuf fédérations, dont la Métallurgie
et le Bâtiment (avec Galantus, des ferblantiers, Danjean, de la Chapellerie, et
Girard, du Bronze, comme animateurs) on trouve la Fédération des
Employés parmi les signataires. Toutefois ce n’est pas Dalle qui représente
la Fédération, mais Pennelier et Guilhem. La relation entre deux tendances,
l’une légaliste et l’autre (libertaire ou allemaniste) pour la grève générale ne
65manquera pas de susciter des tensions au sein de la FNSE, voire des
scissions. D’autant que, pour les seconds, la grève générale est le « prélude
erde la révolution », comme l’indique la convocation à la réunion du 1 mars
1901, en soutien aux militants emprisonnés de Châlon. La preuve d’une
tension interne à la FNSE, c’est que la liste « État des organisations
ouvrières désignées au XII congrès national corporatif de Lyon…pour faire
partie du comité de propagande de la Grève générale » ( contenue aux APP
cote Ba 1406) s’il nomme Pennelier et Guilhem, c’est pour préciser que suite
à une Assemblée générale, la FNSE se retire du comité de la grève générale.
Mais l’idée, exposée initialement au congrès de Bordeaux de 1888, et son
organisation en comité, retenue, lors du Congrès national corporatif (des
chambres syndicales), tenu à Paris du 12 au 15 juillet 1893, consécutivement
à la fermeture de la Bourse du Travail, demeurera centrale, à tout le moins
jusqu’en juillet 1914. C’est, comme l’affirme la brochure publiée en 1901,
par le Comité (avec la FNE parmi les signataires): « de tous les moyens de
lutte dont dispose la classe ouvrière pour réaliser son émancipation intégrale,
la Grève Générale est certainement le plus pratique et le plus
71révolutionnaire » . Consécutivement au congrès de Lyon de 1901, le
principe de la grève générale sortira renforcé, au niveau de la CGT, et Yvetot
publiera une brochure programmatique, où il pense que « l’Évolution est
partout ; elle est en tout », donc que la Révolution est le terme de l’évolution
sociale et balaie le risque d’utopie en affirmant que “l’utopie, c’est bien celle
qui consiste à croire que des tigres…pardon, des patrons puissent jamais
72s’humaniser ou que les lois puissent servir à quelque chose » . Mais a FNE
ne figure plus parmi les signataires pour le Comité de grève générale. C’est
que la tendance qui domine à la FNE, son « possibilisme », se pense aussi le
plus pratique, tout en promouvant un programme de classe.
Il n’en est pas moins problématique que le premier défenseur de la grève
générale comme moyen absolu de révolution sociale, soit Aristide Briand,
lequel, à l’occasion d’un conflit dans les chantiers de la Loire, le 13 août
1892, sous l’influence de Pelloutier, avait développé, pour la première fois,
l’idée de grève générale, comme mode d’action révolutionnaire: « Je crois
que le jour où quelqu’un aura trouvé la formule de la grève universelle, où
les ouvriers du monde entier, opposant à la force brutale l’inertie, se
croiseront les bras et ne produiront plus, la révolution sera faite. Pour que
les engins meurtriers, les baïonnettes, les fusils, les canons, sauvegarde
séculaire de la société oisive, deviennent inutiles, pour que les
gouvernements s’écroulent, il suffira que plusieurs millions d’hommes
demeurent inactifs. Ce que vous n’avez pu obtenir par la persuasion, obtenez
le par la force, non par la force violente, par les barricades et le plomb,
mais par la force légale, si je puis m’exprimer ainsi, en vous croisant les

71 La Grève Générale, p.3, Imprimerie Nouvelle, 11, rue Cadet, 1901
72 Vers la grève générale, pp. 9 et 22, Imprimerie Allemane, 1901
6673bras » . Son opportunisme ne devait pas manquer de renforcer, à la FNE, le
point de vue socialiste d’un programme social de classe à réaliser
progressivement…
L’échec de la grève générale tant contre la guerre que comme moyen
suprême d’accès à une société de justice sera patent en 1914. Mais la grève
générale demeurera le moyen privilégié de lutte contre l’injustice sociale
organisée. Si chaque tendance rencontre sa limite, révolutionnaire- libertaire
comme possibiliste-socialiste, du moins l’accord se fait sur ce moyen, la
grève, pour exprimer la revendication de classe des travailleurs, ouvriers
comme employés.

73 Cité in Cahiers de l’Aremors, n°4, La grève de Trignac en 1894, p.12, Imprimerie Omac,
1995
67Deuxième Partie
Histoire de la Fédération des Employés
De la FNE à la FNSE et à la guerre
1893-1918
« Parle, et que dans nos cœurs ton appel retentisse !
Dis-nous qu’il faut toujours avoir faim de justice,
Toi dont le pauvre a toujours faim !
Dis-nous qu’en allégeant la commune souffrance,
Nous devons préparer le jour de délivrance
Où nul ne manquera de pain!... »
Maurice Bouchor, le Pain
« L’homme est pas fait pour la misère
Et contrarier ses beaux désirs
Ni pour qu’ses frangins l’forc’nt à faire
Des cravails noirs et sans plaisir
Car y s’enferm’dans des usines
Des quarante et cinquante ans
Dans des bureaux des officines,
Alors qu’les cieux sont éclatants »
Jehan Rictus, Soliloques du Pauvre
Chapitre 1
La fondation de la FNE, de 1893 à 1897
Le premier congrès national des Employés se réunit, fondant ce qui
deviendra la Fédération des Employés et Cadres, le 15 juillet 1893, au 10,
rue de Lancry, soit à l’Hôtel des chambres syndicales. Il s’agissait bien,
groupant les syndicats et « associations amicales » d’employés de constituer
une « Fédération nationale des employés ». Le premier secrétaire de la
Fédération Nationale des Employés, André Gély, fait partie de la Fédération
des travailleurs socialistes de France.
André dit Gély, le premier secrétaire de la Fédération des Employés
François Emmanuel André dit ou Gelly ou Victor Gély (du nom de
sa mère Victoire Gelly), est né le 25 avril 1852 à Alais. Gély, d’abord
ouvrier menuisier, devient employé en 1872, suite à un accident à la scierie
de la maison Allard, rue du faubourg du Temple. Il sera par la suite métreur
vérificateur. Lors de la réunion du 4 mai 1879 de l’Union fraternelle des
employés, Gély, qui en est trésorier, propose, avec succès, que son logement,
74au 47, rue de Turenne, serve de lieu de réunion .Il est signataire (signant
Emmanuel André) du Programme et Adresse des socialistes révolutionnaires
français, rendu public en juillet 1879, lequel réclame que les frais
d’éducation et d’instruction professionnelle soit à la charge de « la société
représentée momentanément par les communes », que « le sol et les autres
instruments de production…doivent être repris par la Société, et rester
propriété indivise et inaliénable de la Société ou de la Nation » et qui somme
« la République de l’heure présente » de proclamer immédiatement « les
libertés de presse, de réunion et d’association ». Il se présente aux élections
municipales, pour le Parti ouvrier, à compter de 1881.
La même année, il choisit de signer Victor Gély, en publiant la brochure
« Parias parmi les Parias » (au siège de la Chambre syndicale et du cercle
de l’Union fraternelle des employés, 47, rue de Turenne).
Cette brochure est importante, car elle expose que l’on « considère
généralement les employés, dont la plupart ont une tenue tout à fait
bourgeoise, comme des citoyens dont la condition morale et matérielle est
75
bien supérieure à celle des ouvriers » . Il considère que les employés sont
soit avilis, dans l’administration, soit « dans le commerce nous devenons
76voleurs » , par la pratique de la guelte. La brochure s’achève par un

74 APP Ba 933 Gély – source essentielle pour les documents cités de la présente esquisse
biographique
75 André Gély, Parias parmi les Parias, p.10
76 André Gély, Parias parmi les Parias, 24
70« Appel adressé à tous les employés de commerce, d’industrie et
d’administration » et qui proclame : « nos frères ouvriers travaillent plus
activement que nous à rechercher les moyens qui peuvent amener une
amélioration de leur situation. Avons-nous moins besoin qu’eux
77d’émancipation et d’affranchissement » . Ce qui s’achève par un appel :
« Employés, secouez votre indifférence, sortez de cet isolement et venez vous
grouper autour de la chambre syndicale…Venez grossir le nombre des
adhérents au Cercle de l’Union fraternelle des employés…ce ne sont pas nos
employeurs qui nous émanciperont, si nous ne nous émancipons pas nous-
78mêmes » . L’Appel est signé André (soit Gély) comme président, G.Pépin,
secrétaire, Champonnois et Lemoine. Le 11 novembre Gély dépose 50
exemplaires de sa brochure lors de la tenue de la loge « la Ruche Libre »,
dont il est membre depuis le moi de juin. Dans le même temps, il est membre
de la Commission de propagande du journal « le Prolétaire » (c’est à ce titre
qu’il usera, à l’origine, du pseudonyme Victor Gély). Il est également
secrétaire de l’Union fédérative des groupes ouvriers et membre de l’Union
syndicale des travailleurs. Travail fédérateur qu’il accomplit aux côtés
d’Avez ou Paulard.
Le 3 juillet 1880, il est nommé membre du conseil syndical de la Chambre
syndicale des employés de commerce (Rapport du 4 juillet 1880). Lors de la
première réunion privée du congrès régional ouvrier, le 17 juillet 1880, il est
secrétaire. Le 30 avril 1880, il avait été nommé membre du Conseil
ed’administration de la société la Libre Pensée, groupe du 17 arrondissement
(Rapport du 16 septembre 1880).
Le 18 mars 1881, il participe à un banquet socialiste, en commémoration de
la Commune et déclare : « je porte un toast à la Révolution sociale, pour
laquelle on a tant combattu en 1871, pour laquelle nos amis ont été fusillés
ou déportés en Nouvelle-Calédonie…nous nous réunissons et nous nous
proclamons hautement partisans de la Commune » (Rapport de Girard du 19
mars 1881). Le 11 août 1882, il propose, lors d’une réunion de la Chambre
syndicale des employés, que cette dernière adhère aussi au Parti ouvrier et
que cela soit spécifié dans les statuts. Ce qui est adopté (Rapport du 12 août
e1882). Le fait est que, lors de la troisième séance publique du 4 congrès du
Parti Ouvrier, Gély préside. Lorsqu’il se présente aux élections municipales
e(quartier Saint-Lambert, dans le 15 arrondissement), en mai 1884, pour le
Parti Ouvrier Socialiste, il obtient 345 voix et ne se présente pas au second
tour. Par ailleurs, le Prolétaire du 7 avril 1883 avait fait savoir que la
nouvelle institution du Parti Ouvrier, sa Bibliothèque socialiste (dont
erl’article 1 dit qu’elle « a pour but le développement intégral, théorique et
pratique des membres du parti ») a pour secrétaire André Gély, au 15, rue
Jules César, Paris. Le 18 août, une réunion de la Bibliothèque socialiste

77 André Gély, Parias parmi les Parias, p.30
78 André Gély, Parias parmi les Parias, p.33
71confirme la fonction de Gély, avec Allemane comme président (Rapport du
19 août 1883 APP Ba 1470). Une autre Bibliothèque socialiste existait
depuis mai 1878, avec Basile dit Jules Guesde, Deville, Finance,
Mlle Bonnevial, Rennepont…
Un rapport de police du 14 mai 1886 (signé de l’officier de paix Girard)
entend faire le bilan de l’activité du citoyen Gély. Il commence par le rappel
qu’en 1879, il est signataire du programme socialiste révolutionnaire
français. Surtout il démontre que Gély est surveillé en permanence, mois
après mois, par la police. Le 14 janvier 1885, Gély publie dans la Ligue un
article qui annonce la formation d’un groupe qui se nommerait « Union
fraternelle des employés » et invite à une réunion, le 16, au 99, boulevard de
Sébastopol. Le 6 septembre, il participe à une réunion de la Société des
Proscrits de 1871. La veille, il avait participé à une réunion électorale, où il
avait demandé d’imposer les locaux non loués et mis en cause la Chambre
des députés, et « Clemenceau en particulier » (Rapport de police du 6
septembre), tant l’aile gauche du Parlement lui semble se compromettre avec
l’ordre bourgeois et ses privilègiés. Le 29 juillet 1886, il anime une réunion
du Syndicat des employés (siège au 33, rue Montmartre) et compare la
situation des ouvriers et des employés : ces derniers travaillent entre 15 et 16
heures par jour et les ouvriers entre 10 et 11 avec une paye mensuelle de 120
à 150 francs pour les premiers et 7 à 8 francs par jour pour les seconds. Il
rappelle que la promesse du député Lockroy de permettre aux employés
d’aller devant les Prud’hommes est restée sans suite (Rapport du 30 juillet
1886).Il publie une brochure, Hygiène et sécurité du Travail, comparant la
législation française et étrangère en matière de protection et de
réglementation du travail.
Il préside la réunion de la Chambre syndicale des employés, qui se tient le 3
février 1888, au 104, rue saint Antoine. Le 18 mars, il participe au punch
anniversaire du 18 mars 1871 et rappelle « le dévouement des 37 000
prolétaires morts en relevant le drapeau des revendications communalistes »
et affirme que la bourgeoisie voit « avec crainte la future émancipation » de
la classe ouvrière (Rapport du 19 mars 1888). Lors d’une réunion électorale,
tenue le 16 janvier 1889, il attaque la candidature de Boulanger et s’en prend
à « Rochefort le vendu » (Rapport du 17 janvier). Il intervient comme
membre du « Comité central anti-boulangiste », traite Boulanger de
« bonapartiste » et rappelle qu’il fut un massacreur des ouvriers en 1871. Il
demande, le 27 janvier, que l’on vote pour Jacques, le candidat ouvrier. La
même année 1888, il est délégué au congrès socialiste international de
Londres, pour la Bourse du Travail de Nîmes. En 1888, André- Gély est
membre de la Commission exécutive d'administration de la Bourse du
Travail. Il est membre du bureau, comme secrétaire de rédaction. Il fait
partie de la Commission de Statistique, de celle de Publication et de
Rédaction. Il est le représentant des Employés de Commerce. Il est
manifestement une figure marquante et reconnue du mouvement social et
72revendicatif, d’autant que le Comité général réunit 135 Chambres syndicales
ou Syndicats (au 31 décembre 1888). Gutton représente les voyageurs de
79commerce et Mme Avez, le Syndicat de l’Enseignement . Au plan
politique, Gély est un proche de Paul Brousse. Ce dernier s’était fait
favorablement remarquer, en 1867, lors de l’épidémie de choléra à
Montpellier, y jouant un rôle actif durant la Commune. Lors d’un procès
contre l’Internationale, il est condamné à cinq ans de prison par contumace.
Expulsé de Suisse, puis de Belgique, il revient de Londres à Paris, lors de
l’amnistie et commence, avec Joffrin, la campagne contre Clemenceau. Elu
le 15 mai 1887, réélu, il est en 1896 conseil municipal du quartier des
eÉpinettes, dans le 17 arrondissement. Il est toujours conseiller municipal,
lors des élections de 1906, élu au premier tour. En 1887, son « possibilisme
étant perçu » comme une trahison de son anarchisme initial, le groupe
anarchiste la Panthère des Batignolles fait apposer une affiche appelant à ne
pas voter « pour le renégat Paul Brousse ». Le 3 août 1889, Brousse rend
compte de son mandat devant 2000 personnes. Il défend la révision socialiste
et républicaine de la Constitution du 24 juin 1793 et condamne le
boulangisme. Le Bureau est présidé par Gély (Le Radical du 6 août 1889).
Lors des élections municipales du 27 avril 1890, il est demandé, par voie
d’affiche (APP Ba 985) de voter pour Brousse « qui n’a pas fait de son siège
un marchepied pour arriver à la députation ». Gély est nommé comme
membre du comité de soutien. Tous deux sont mis en cause par l’Egalité du
17 septembre 1890, qui prétend que « derrière Brousse qui voudrait être
député il y a André Gély » ; de sorte que si Brousse devenait député, il
« tendra les bras pour aider l’aîné Gély à se caser à l’aise dans le fauteuil
municipal ». Assertions qui se révéleront fausses. Brousse, en mars 1905, est
élu président du Conseil municipal et se charge particulièrement d’hygiène
sociale (soit la désinfection de l’enceinte de Paris). Devenu député, en 1907,
il quitte ses fonctions municipales, tout comme Arthur Rozier, un des
dirigeants de la FNE. Brousse est un collaborateur régulier de la Petite
République, le journal de Jaurès, et publie, le 21 août 1899, un article titré
« Pour l’armée nouvelle », à propos et en défense de Dreyfus et affirmant :
«à l’armée républicaine nécessaire, il faut des généraux républicains, rêvant
d’exportations révolutionnaires et non d’importations monarchiques, bref,
des chefs nouveaux ». Brousse verra lui succéder et le supplanter, y compris
pour les syndicalistes, Jaurès (dont « L’armée nouvelle » est publiée en
1910). Lors de ses obsèques, le 5 avril 1912, sont présents Rozier,
Camélinat, Vaillant, Cachin, Renaudel. Le 5 juillet 1914, Rozier rendra
hommage à Brousse pour l’inauguration de son monument, au Père-
Lachaise. Lors des législatives de 22 septembre 1889, Gély est candidat dans
ela 2 circonscription du 17e arrondissement et obtient 1933 voix (sur 16 214
votants). La Chambre syndicale des Employés, par voie d’affiche, reprend

79 cf. Annuaire de la Bourse du Travail, p. V et s.
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