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Histoire du Rwanda pré-colonial

De
331 pages
La vision globale du Rwanda pré-colonial regroupe la période pré-historique et la période dite "des royaumes claniques", mentionnée par la tradition orale et ciblée ici. L'auteur revoit l'histoire événementielle rwandaise à travers les trois cycles dynastiques successivement au pouvoir : Mukobanya, Ndoli, Rujugira. Puis il aborde l'histoire culturelle de la monarchie théocratique "nyiginya" en retraçant l'élasticité de son espace et donc de sa population, sa langue, son administration et son économie, sans oublier le rôle d'Imana le Dieu Suprême..
Voir plus Voir moins

Bernardin MUZUNGU, o.p.

HISTOIRE

DU

RWANDA

PRECOLONIAL

L'HARMATTAN 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75 005 Paris -France

L'auteur
Bernardin MUZUNGU est né en 1932 dans la province de Butare, au Rwanda, d'une famille de poètes du clan singa. Dominicain, il a effectué ses études dans plusieurs pays successifs - Rwanda, France, Suisse, Angleterre, Canada - pour les achever par un doctorat en théologie patristique et une spécialisation en anthropologie culturelle. Il a enseigné la théologie, I'Histoire de l'Eglise et l'anthropologie culturelle dans les théologats du Burundi et du Rwanda, ainsi qu'aux Facultés Catholiques de Kinshasa (R-D Congo). Ses autres ouvrages: «Le Médiateur entre Dieu et les hommes, selon S'Iaint Augustin» ( thèse de doctorat à Fribourg, 1973). «Le Dieu de nos pères» (en 3 volumes, Bujumbura, 1974, 1975,1981).
Les contes moraux du Rwanda
-

traduction,

commentaires

des Imigani miremire de Mgr A. Bigirumwami (édition de l'Université de Butare, 1987,1989). Je ne suis pas venu abolir mais accomplir (édition du Centre Saint-Dominique, Kigali, 1995). Fondateur et directeur en 1995 d'une revue socio-culturelle intitulée Lumière et S'Iociété ( édition du Centre Saint-Dominique, Kigali ).

Copyright L'Harmattan 2003 ISBN: 2-7475-3616-5

4

Remerciements
A tous nos amis qui nous ont aidé, de bien des façons, à concrétiser cette réflexion, dont spécialement Mme Jacqueline Murorunkwere Rusiribya, MM.Paul Ruyenzi, Paul Rutayisire, et Cyprien Ntibankundiye. Toute notre gratitude va à Tribert Rujugira, qui a généreusement participé au financement de l'impression de l'ouvrage, ainsi qu'à Sœur Thérèse Frémiot, pour ses compétences dans la mise en forme du texte.

5

SOMMAIRE Introduction ... 7
1èrePARTIE LES BASES DE l'HISTOIRE

15

I. II. III. IV.

Les sources de I'Histoire. .. 17 La société traditionnelle rwandaise... 53 Les royaumes clanique pré-nyiginya ... 60 Le royaume clanique nyiginya ... 72
jme

PARTIE

L'HISTOIRE

EVENEMENTIELLE

...

101

I. II. III.

Le cycle MUKOBANY A ... 103 Le cycle NDOLI ... 131 Le cycle RUJUGIRA ... 163
3èmePARTIE

L'HISTOIRE I. II. III.

CULTURELLE

_

.

... 291

Le territoire, la population, la langue... 293 L'administration et l'économie... 304 La religion et l'éthique. .. 310

ANNEXES

... 321

- Glossaire... 367 - 4 cartes du Rwanda ... 373 - Bibliographie ... 377
Table détaillée 6 '" 381

INTRODUCTION

Un triple préambule s'impose: pourquoi un nouvel ouvrage sur l'histoire du Rwanda~ la vision globale de l'Histoire du Rwanda précolonial; comment est structuré ce texte.

1. Pourquoi un nouveau livre d'Histoire du Rwanda?
Trois principales raisons militent en faveur de cette initiative: corriger, compléter et ordonner l'histoire déjà écrite sur le Rwanda. Trois auteurs ont déjà écrit une histoire devenue classique sur le Rwanda. Selon l'ordre chronologique, le premier est Albert Pages qui a publié lIn Royaume Hamite au centre de l'Afrique. Le second est Louis de Lacger qui a écrit Le Ruanda ancien et moderne. Le troisième est Alexis Kagame qui a écrit de nombreux ouvrages dont le principal est Inganji Karinga, en deux volumes, dont la dernière édition fut publiée à Kabgayi en 1959. Cet ouvrage a reçu sa version française en deux autres volumes devenus célèbres sous les titres lIn abrégé de l'ethno-histoire du Rwanda ( édité à Butare, en 1972) et Un abrégé de l'histoire du Rwanda, de 1853 à 1972, édité également à Butare, en 1975. Jusqu'à la fin de l'époque coloniale, ces trois auteurs sont les seuls à avoir eu le mérite d'envisager l'histoire intégrale du Rwanda pré-colonial. L'ouvrage de Bernard Lugan Histoire du Rwanda. De la préhistoire à nos jours, publié en 1997, n'entre pas dans cette catégorie. Il est dans la problématique actuelle dont la référence historique est la période 1959-1994. Pour cette même période et la même problématique, on peut citer les deux livres de Jan Vansina : L'évolution du royaume rwanda des origines à 1900 et Le Rwanda ancien - Le royaume nyiginya. Tous ces ouvrages, les anciens comme les récents, méritent les trois remarques suivantes.

7

A

- Un correctif

concernant« le prisme racial»

Ecrire l'histoire du Rwanda après le génocide, qui a eu son paroxysme en 1994, mais qui avait commencé bien avant et dont les retombées perdurent encore, exige de s'interroger sur ce qui a rendu possible cette catastrophe pour savoir si ses causes ne sont pas dans le passé de ce pays. Elles peuvent se révéler, évidemment, récentes et même d'origine extérieure à lui. Et cela d'autant plus que, depuis un siècle, le Rwanda était un pays aux mains du colonisateur qui en a fait ce qu'il veut selon ses intérêts. Notre correctif vise « le prisme racial» déformateur à travers lequel ces historiens ont regardé l'histoire du Rwanda pré-colonial. Ce prisme a réduit I'histoire du pays en une histoire de ses trois composantes Hutu/Tutsi/Twa, et a déformé leur relation en conflit congénital. L'histoire que nous allons écrire essaiera de montrer que cette vue est erronée et vient en réalité d'une pensée étrangère au Rwanda, comme un accident historique. Même A. Kagame n'a pas pu résister à cette vision colonialiste projetée sur son pays qu'il a si chèrement servi. En pratique, et pour éviter une polémique stérile, nous allons écrire une histoire du Rwanda sans ce « prisme racial», tout en mentionnant les trois groupes sociaux comme des composantes de la société rwandaise.

B - Un complément
Parmi les éléments nouveaux que nous ajoutons aux anciens récits de l'histoire du Rwanda, le principal est Le Corpus des Ibisigo d'Alexis Kagame. Ce qui est nouveau, même par rapport à celui-ci qui en a fait la collecte, c'est le caractère « historiographique de ce Corpus de 176 poèmes ». L'ensemble de ces poèmes, notamment ceux de l'espèce dite « Impakanizi », constitue un compendium d'histoire événementielle du Rwanda. A.K. (dorénavantAlexis Kagame apparaîtra sous ses initiales) a regretté lui-même de ne pas avoir eu le temps de montrer que « son histoire du Rwanda se base essentiellement sur ces textes poétiques mémorisés» (EH - voir explicationp. 23 -, p.15 ) depuis le règne de Ruganzu Ndoli jusqu'au dernier, Mutara Rudahigwa. Autrement dit, une histoire racontée par les contemporains aux cours des âges, pendant environ quatre siècles. 8

C - Ordonner les informations sur la tradition
Les informations sur la tradition rwandaise officielle proviennent, pour l'essentiel, des écrits d'Alexis Kagame. Il a eu la chance d'en recevoir la communication par les Mémorialistes de la Cour royale, sur l'ordre du roi Mutara Rudahigwa. Nous verrons de quelle façon cette transmission a été faite. Il suffit de savoir pour commencer que ces écrits sont une voie obligée pour accéder à l'histoire du Rwanda d'avant l'introduction de l'écriture dans ce pays. Tous les chercheurs en ce domaine dépendent de ses écrits, aussi bien ses admirateurs que ses détracteurs. Pour peu qu'on les ait fréquentés, on se rend compte que ce sont des « compilations d'informations, à l'état brut ». A l'intérieur de chaque livre, ces informations sont reliées par un système de renvoi à des chiffres numériques des différents paragraphes. Chaque écrit est terminé par un index analytique très riche qui explique les termes les plus importants utilisés dans chaque document. Cet état de chose représente un avantage pour les recherches ultérieures. Il donne des matériaux prêts à tout usage formel. Malheureusement, A.K. n'a pas eu le temps de publier toutes ses collections. Il est parti au moment où on avait le plus besoin de lui. L'ou vrage présent prétend apporter un ordre d'intelligibilité des événements de base pour connaître et comprendre le vécu du peuple rwandais. Cela veut dire que les informations dispersées dans les nombreux ouvrages de notre auteur seront rassemblées dans un seul livre avec un lien logique qui les fait concourir à une même finalité: dire ce que fut le Rwanda pré-colonial.

2. Une vision globale de l'Histoire du Rwanda
A partir des données actuelles, une vue globale de l'histoire du Rwanda exige la distinction de trois périodes nettement différentes: la pré-histoire, la période monarchique et la période coloniale avec celle des deux premières républiques. Nous appelons pré-Histoire toute la période anhistorique qui 9

précède la fondation des premiers royaumes claniques dont parle la tradition orale. Nous savons aujourd'hui, par les découvertes archéologiques et par l'histoire mieux connue actuellement des pays voisins du nôtre, que notre territoire est habité depuis au moins le 7ème siècle avant Jésus-Christ. L'histoire des mouvements migratoires de l'Afrique permet d'élargir nos découvertes sur notre passé. Aussi, espérons-nous voir un jour des publications sur cette période préhistorique. Après la période monarchique que cible la présente publication, nous attendons d'autres publications qui porteront sur la période coloniale et les deux premières républiques. La troisième république commence une nouvelle ère de notre histoire toute récente qui ne sera écrite que plus tard. Pour ce double élargissement heuristique, beaucoup d'ouvrages sont actuellement disponibles. En archéologie on peut citer, par exemple, La métallurgie traditionnelle au Burundi, au Rwanda et au Buha, de G. R. Célis. En histoire des pays voisins du Rwanda, il y a lieu de citer un certain nombre de monographies actuellement accessibles et pour les ouvrages cités ci-dessus, voir notre bibliographie finale.

3. La structuration

de notre étude

Le livre est divisé en trois parties. La première concerne les sources de la tradition orale. La deuxième partie concerne l'histoire événementielle, celle qui suit la succession des règnes. La troisième vise ce que nous avons nommé l'histoire culturelle. Le contenu de cette partie montre qu'il s'agit de l'exposé des valeurs culturelles de ce pays, se référant spécialement au Rwanda monarchique avant l'influence coloniale et ses conséquences. Comme compléments au corps du texte: une bibliographie finale, 4 cartes montrant l'évolution politique du Rwanda, des annexes illustratifs, et enfin un glossaire.

4. Débat sur la chronologie de l'Histoire du Rwanda
Pour la présente réflexion, le débat qui existe autour de cette question de la chronologie de l'histoire du Rwanda a une 10

importance « relative ». L'essentiel pour nous ici consiste à faire « comprendre correctement la mémoire collective du peuple rwandais concernant son passé national». Pour ce faire, il faut se mettre à son écoute et éviter toutes projections extérieures qui produiraient une histoire du Rwanda vue du dehors. Dès lors, de la

question de chronologie, nous allons retenir trois points: 10- les
sources, 2°_ les chronologies divergentes, et 3°_ la liste des monarques « canonIques».

A - Les sources
Prise dans son ensemble, la question des sources de I'histoire du Rwanda se comprend sous deux aspects: les sources de la tradition orale et les sources extérieures à celle-ci. Commençons par les premières.

a) LES SOlfRCES DE LA TRADITION ORALE
Avant la connaissance de l'écriture, le Rwanda a compté sur la mémoire de ses spécialistes pour fixer les souvenirs et la transmission de ceux-ci au fil des siècles. Cette tradition comprend essentiellement deux documents touchant la chronologie: llbucurabwenge et Ibisigo. - llbucura-bwenge C'est la liste généalogique des souverains qui établit au fil des générations par des Fonctionnaires de la Cour royale ~ elle est régulièrement remise à jour ~elle commence par le fondateur de la dynastie nyiginya, Gihanga Ngomijana. Tous nos chronologistes dépendent de cette unique source publiée par A.K. (IK,I, pp. 93-99). - Ibisigo Ce sont des poèmes historiographiques. Cet héritage littéraire, longtemps ignoré par le grand public, constitue, en fait d'histoire du Rwanda, le document le plus important. Le type de poème nommé Impakanzi est le véhicule spécifiquement historiographique. Toute l'histoire événementielle du Rwanda trouve sa référence première en ce « Corpus d'lbisigo » actuellement en instance de publication. Un modèle de ces poèmes va venir ci-après pour illustrer ces assertions. Il

b) LES SO[JRCES EXTERNES La recherche actuelle peut recourir à deux autres sources nouvelles: l'archéologie et l'histoire comparée. - Les découvertes archéologiques Nous en parlerons en temps voulu. Notre région en général et le Rwanda en particulier ont fait l'objet de fouilles et des découvertes sont venues enrichir considérablement les données de la tradition orale. Ces découvertes permettent, notamment, de remonter plus loin dans le temps. Par exemple, la tradition orale siècle selon le comput d'A.K. qui commence par Gihanga au 12ème va plus loin que les autres chronologistes, alors que l'archéologie montre que «les débuts de l'Age du Fer Ancien au Rwanda remontent au moins jusqu'au 7ème siècle avant J.C.» (van Grunderbeek, 1983, p. 46). L 'histoire comparée Aujourd'hui, les moyens de communication modernes rendent possible la connaissance de l'histoire des pays voisins du Rwanda. Comme un texte se comprend mieux dans son contexte, ainsi l'histoire du Rwanda se comprend aujourd'hui mieux qu'à l'époque de la seule tradition orale. Nous indiquerons des publications sur l'histoire des pays voisins, comme l'Uganda et la Tanzanie, qui éclairent d'une lumière nouvelle nos données traditionnelles. Celles-ci nous ont déjà montré que les contacts entre le Rwanda et ses voisins sont de toujours. L'Uganda, en particulier, est le lieu de provenance de nombreux groupes de migrants qui constituent la population actuelle de ce pays. De nombreux conflits armés ont eu lieu entre le Rwanda et ses voisins. Ces contacts sont des sources d'histoire commune qui peut éclairer celle du Rwanda. Cette source n'est pas encore suffisamment exploitée par nos chercheurs.

B Les chronologies divergentes
Les auteurs les plus connus pour ce sujet sont: Léon Delmas, Jan Vansina et Alexis Kagame. Avant de noter leurs divergences, relevons les points qui leur sont communs. Ils puisent tous leurs informations manifestement à la même source qui est la généalogie 12

-

royale: Ubucura-bwenge. L'unique date certaine pour tous est celle de la mort de Rwabugili, le dernier roi de la liste de cette période pré-coloniale: il est mort en 1895. Les trois chronologies commencent par le même roi Gihanga, fondateur de la dynastie nyiginya. Leur divergence essentielle concerne un seul point: la datation de chaque règne sur l'ensemble chronologique des rois. Entre la liste de Kagame et celle des deux autres, il y a un décalage de tout un siècle. Chaque auteur a suivi sa méthode pour arriver à son résultat qui est déclaré explicitement approximatif Pour le présent propos, il suffira de dire pourquoi nous utilisons l'une des trois chronologies: celle de Kagame. La raison de ce choix repose sur la simplicité de son critère. Etant donné, dit-il, que toutes ces dates sont fatalement approximatives, donnons à chaque règne une moyenne d'années de durée. Il décide donc une moyenne de 30 à 33 ans, compte tenu des biographies de la plupart des monarques les plus connus. Tout de même, il n'applique pas ce critère les yeux fermés. Entre autres entorses, il ne donne au règne de Sentabyo que 5 ans. Une raison supplémentaire qu'on devine est que ce livre utilise les écrits d'A.K. comme témoin privilégié de notre tradition orale. Il fallait donc accorder les récits à la chronologie des principales sources bibliographiques citées. C - La liste chronologique des rois canoniques

Entendons par « canonique» la liste d' Clbucura-bwenge qui était l'organe officiel de décision en cette matière. Cette instance indiquait les noms que l' Clbwiru considérait comme ceux des monarques IWandais authentiques qui perpétuent la dynastie. Les « irréguliers» étaient exclus de cette liste. Les poètes se conformaient à cette « canonicité » ( canon = règle, en latin). Ainsi, par exemple, sont exclus de cette liste officielle Karemera Rwaka, Mibambwe Rutarindwa, pour des raisons expliquées dans leurs histoires respectives.

13

Le Fondateur: GIHANGANGOMIJANA 1091 Les rois de la ceinture
1. Kanyarwanda Gahima I 2. Yuhi I Musindi 3. Ndahiro I Ruyange 4. Ndoba 5. Samembe 6. Nsoro I Samukondo

1124 1157 1180 1213 1246 1279

Les rois historiques
1. Ruganzu I Bwimba 2. Cyilima I Rugwe 3. Kigeli I Mukobanya 4. Mibambwe I Sekarongoro Mutabazi 5. Yuhi II Gahima II 6. Ndahiro Cyamatare 7. Ruganzu II Ndoli 8. Mutara I Nsoro Semugeshi 9. Kigeli II Nyamuheshera 10. Mibambwe II Sekarongoro Gisanura Il. Yuhi III Mazimpaka 12. Cyilima II Rujugira 13. Kigeli III Ndabarasa 14. Mibambwe III Mutabazi Sentabyo 15. Yuhi IV Gahindiro 16. Mutara II Rwogera 17. Kigeli IV Rwabugili 1312 1345 1378 1411 1444 1477 1510 1543 1576 1609 1642 1675 1708 1741 1746 x 1853

14

1ère PARTIE

LES BASES DE L'HISTOIRE DU RW ANDA

15

Le commence moment-là « lieu rwandais déjà comme le Rwanda et de

Rwanda avec qu'il dont ce précolonial. partie le prend le moment

comme règne le chef-lieu que Celui-ci prenante nom

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KAGAME
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royaumes

16

Chapitre I LES SOURCES DE L'HISTOIRE

1. LA TRADITION ORALE
«Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre». Cette phrase est le début du livre le plus connu de tous qu'on nomme la Bible. Les spécialistes de ce livre, qu'on appelle les exégètes, se posent à son sujet deux questions: dans quel texte trouvons-nous le récit exact de cette histoire et quelle est la signification de ce récit? En d'autres termes, qui est cet agent que le récit nomme «Dieu », quel est le résultat de son agir qu'il appelle « le ciel et la terre» et quelle est la nature de cette performance exprimée par le terme « créer» ? Ce qui est dit de cette histoire du monde dans sa totalité se pose également au sujet de l'histoire de chaque pays en particulier. Les événements le concernant sont consignés dans un texte et leur signification est livrée par les interprètes officiellement mandatés. Pour garder ce même exemple du texte biblique, l'Eglise catholique nomme les textes bibliques officiellement reconnus par son autorité l,es « livres canoniques». Pour l'histoire particulière du pays nommé Rwanda, les choses se présentent sous ce même schéma. Il existe un «texte» constitué par trois groupes de documents, transmis et interprétés par des fonctionnaires dûment mandatés par l'autorité suprême de la nation. La transmission ainsi que la publication de cet ensemble de textes ont fait l'objet d'une relation, la plus autorisée, que nous reproduisons ici pour introduire toute la question des «sources de l'histoire du Rwanda ». Nous lisons cette relation dans le livre d'Alexis Kagame, intitulé La notion de génération appliquée à la généalogie dynastique et à I 'histoire du Rwanda des Xe-Xie siècles à nos jours (soit en abrégé le sigle NG, pp.9-44). 17

Les sources dont il est question sont en réalité celles de «la tradition orale ». Tout le premier chapitre de ce livre est consacré à ce sujet qui occupe onze longs chapitres. Pour en donner une certaine idée, voici les titres des divers groupes de ces documents:
1°_ Ubwiru = Le code cérémonial de la dynastique

2°_ Ubucura-bwenge == Le poème généalogique de la dynastie 3°-Ibisigo == La poésie dynastique 4 o-Ibitekerezo == La poésie guerrière épique
5°_ lnanga == Des morceaux de harpes 6°_ lndilimbo z'Ingabo ==Des chants guerriers 7°_ lbyivugo == La poésie guerrière lyrique

8°_lngabo

==

Les armées sociales

9°_ lmitwe y 'lnka ==Les armées bovines 10°- Amazina y 'lnka ==La poésie pastorale Il o-Ibitekerezo by'lmiryango ==L'histoire des familles

De toutes ces sources, les plus importantes pour l'histoire événementielle sont les trois premières. C'est avec satisfaction que nous en trouvons une présentation dans le livre d'Alexis Kagame que nous sommes en train de citer. Lisons attentivement de larges extraits de cette présentation.

A - Ubwiru = Le code dynastique
« L'institution dite «Ubwiru» est sans conteste le genre le plus ancien de notre littérature. La signification réelle de ce terme est suffisamment explicitée dans la traduction que nous donnons du titre: Code cérémonial de la Dynastie. Son contenu conceptuel est plus vaste que les poèmes, dont le Code se compose. Il y a, en effet, deux sections qui ne sont pas formulées dans les poèmes, à savoir Irage ly'Abami == les dernières volontés des rois, que leurs successeurs doivent exécuter à perpétuité, à l'instar de lois particulières. Ensuite [lmurage w'ingoma == le testament de succession au trône, suivant lequel, une fois toutes les quatre générations, les monarques aux noms dynastiques de Mutara et Cyilima, déterminent à tour de rôle les clans qui fourniront les reines-mères à la lignée. Les monarques donc aux noms dynastiques de Kigeli, Mibambwe et Yuhi ne choisissent pas eux-mêmes les femmes qui leur donneront le successeur ~ ils sont obligés d'en 18

prendre au sein du clan et même de la famille déjà précisée dans cette section du « Code». Un dignitaire spécial, portant le titre de roi honoraire, était chargé de conserver ledit testament. « La section la plus étendue du « Code» est constituée par 18 longs poèmes, appelés « Voies» (Inzira). Les dépositaires du Code, qui étaient très nombreux, ne connaissaient pas la totalité de ces poèmes. Chacun d'entre eux ne connaissait que les passages dont le roi I'avait investi. «Cela constituait une faveur unique d'être investi de la connaissance du « Code », car ce fait comportait la participation à la dignité royale. Quoique le «Code» fût de tout temps confié, section par section et poème par poème, à des familles qui en étaient fonctionnaires officiels de génération en génération, les pères ne pouvaient en souffler mot à leurs enfants. C'était au roi qu'il appartenait d'investir ces derniers, leur ayant préalablement fait prêter le serment du secret inviolable (igihango). Il donnait alors à leurs pères l'ordre de leur apprendre le texte, en spécifiant s'il fallait tout leur révéler ou seulement une partie déterminée. Les grands favoris non issus des familles «dépositaires du Code» pouvaient en être investis, mais cela constituait une faveur personnelle, qui ne passait pas à leurs enfants. L'importance de ce Code, du point de vue de sa conservation et de son invariabilité, réside dans le fait que « la vie du dépositaire en dépendait». Lorsque le monarque convoquait ses fonctionnaires en vue de se faire déclamer le Code, l'entretien se déroulait toujours devant des témoins qualifiés. Oublier un passage du poème dont vous aviez été investi, cela équivalait à une espèce de trahison inqualifiable, et le coupable était immédiatement exécuté. N'exposait-il pas de la sorte tout le royaume aux pires calamités? De plus, si le dépositaire se permettait d'en parler au roi sans témoin, il était condamné à mort et exécuté par strangulation. En effet, en se permettant d'agir ainsi, il exposait son maître à commettre peut-être une erreur fatale au royaume, dans le cas où l'imprudent pourrait oublier l'un ou l'autre passage. On comprend dès lors que chaque dépositaire répétait chaque jour le poème dont il avait été investi, pour en garder le texte fidèlement imprimé en sa mémoire ». «Lorsque, en 1945, le roi Mutara III parvint finalement à décider les dépositaires du Code à m'en dicter le texte, ils étaient 10 19

à le déclamer. Ils le récitaient en chœur, telle une formule de prière ou une leçon de catéchisme. Certains d'entre eux me dirent leur satisfaction d'avoir enfin pris connaissance, à cette occasion, des poèmes qu'ils avaient ignorés jusque-là. Avant de venir me les dicter en chœur, les plus vieux leur avait dit: « Puisque le roi nous a convoqués sans distinction, c'est qu'il nous laisse libres de tout vous apprendre. Et ils avaient commencé par en instruire les plus jeunes. Le roi ne pouvait entendre la déclamation de tous les poèmes. Les traditions s'opposent absolument à ce que le monarque connaisse le Poème concernant les obsèques royales. Mutara III ne parvint pas à se le faire déclamer avec les autres morceaux. Les dépositaires s'y opposèrent absolument et lui dirent: « Nous le dicterons à l'Abbé, libre à lui de vous le faire lire; quant à nous, ils nous est impossible de vous le déclamer» . « En ce qui concerne l'histoire du Rwanda, le Code est une source précieuse, non seulement à cause de son invariabilité, mais surtout à cause des faits qu'il contient. Telle famille y joue un rôle qui lui a été réservé par tel roi en vue de commémorer tel événement de son règne. Le roi au nom dynastique Untel doit accomplir telle cérémonie en tel lieu, ou dans telles circonstances, parce que, tel monarque du passé qui portait le même nom a agi ainsi dans les circonstances analogues. Au cours de telle cérémonie commémorative, qui doit se répéter soit annuellement, soit une fois pour toutes les quatre générations, il faut utiliser tels objets et faire intervenir les représentants de telle famille, parce qu'il en fut ainsi décidé par tel monarque à la suite de tel événement de son temps. On comprend dès lors combien ce Code est une source précieuse au point de vue historique et qu'il serait superflu d'en dire plus» (pp.lO-14). Oui, il est superflu d'en dire plus de l'importance de ce document au point de vue de l'histoire du Rwanda. Les documents suivants dont nous allons citer les passages-clés, ont leur importance que nous allons expliquer.

B - Ubucura-bwenge = La généalogie des rois
« Ce poème était naguère déclamé par un nombre imposant d'aèdes et de mémorialistes de la Cour. Le grand nombre des 20

déclamateurs implique fatalement des variantes, car les répétiteurs dont ils le retenaient étaient nécessairement différents. « Mais ceci était peu important, car en plus de ces amateurs, il existait une famille officiellement chargée du poème généalogique. Les représentants de cette famille possédaient le «texte-modèle» auquel tout le monde devait finalement se référer. Ayant pris la dictée de ces aèdes marginaux, j'eus la chance de repérer le nommé Rwanyange, fils de Ntiyambeshye, alors habitant à Karama, dans la province de Marangara. Il était le dernier titulaire du poème, et le texte qu'il me dicta servit de base à la rédaction définitive. « Quant à sa structure, le poème commence par le régnant et suit l'ordre chronologique inverse, allant des descendants aux ascendants. Le texte cité ici étant dicté au temps du roi Mutara Rudahigwa, c'est par lui que le poème commence et suit le schéma que VOICI: « Le roi que nous vénérons est Mutara. Son nom encore tutsi est Rudahigwa. Sa mère est Nyiramavugo. Son nom encore tutsi est Kankazi. Elle est fille de Mbanzabigwi de Rwagakara, de Gaga, de Mutezintare, de Sesonga, de Makara, de Kiramira, de Mucuzi de Nyantabana, de Bugirande, de Gihinira, de Ndiga, de Gahutu, de Serwega, de Mututsi. Elle est donc du clan des Abega. Sa mère est Nyiranteko, fille de Mbonyingabo, fils de Nzagura. Elle est fille du clan des Abashambo. Ainsi donc, les Abega engendrent les rois avec les Abanyiginya. Mutara est fils de Yuhi. Son nom encore tutsi est Musinga », ainsi de suite jusqu'à Gihanga, le premier roi de la lignée des Abanyiginya. «Considérons maintenant l'importance de ce document du point de vue historique. Concernant les variantes que nous relevons fatalement chez les aèdes amateurs, celles-ci ne se rapportent pas à l'essentiel du poème, mais aux généalogies paternelles et maternelles de la reine mère. L'essentiel de la généalogie concerne la succession ininterrompue des rois. «A quand remonte l'institution d' [lbucura-bwenge? Le fondateur de la dynastie des Abanyiginya est Gihanga. Le poème généalogique l'appelle lui-même le premier roi du Rwanda. On peut penser raisonnablement que cette institution chargée de perpétuer le souvenir de la lignée royale a commencé avec l'existence de la dynastie d'une nation souveraine. Cette étape de l'évolution du royaume nyiginya a été atteinte avec les règnes de Kigeli I Mukobanya et de Mibambwe I Sekarongoro Mutabazi. C'est donc à 21

cette époque que se place normalement l'élévation des deux institutions (Ubwiru et [lbucura-bwenge) au rang de fonctions publiques dans le cadre d'une monarchie devenue absolue ».

C - Ibisigo = La poésie dynastique
Comme nous aurons à revenir sur ce sujet, voici quelques indications fournies par notre informateur. « Ce genre poétique remonte, d'une manière certaine, à une époque antérieure au règne de Ruganzu Ndoli. Avant ce monarque, les morceaux s'appelaient ibinyeto et se présentaient sous forme de couplets isolés, consacrés isolément à tel roi. Sous Ruganzu Ndoli, une femme appelée Nyirarumaga révolutionna la composition de ces poèmes et introduisit la structure sous laquelle le genre s'est perpétué jusqu'à nous. Au lieu des couplets isolés d'antan, la poétesse composa des morceaux plus étendus, dans lesquels tous les rois, à partir de Ruganzu Bwimba, se côtoient dans une louange unique ~ chaque règne est chanté en un couplet, séparé des autres par un refrain dit impakanizi. Des compositions de Nyirarumaga nous ne possédons plus que deux morceaux fragmentaires de 52 et de 112 vers ». Après la publication du Corpus complet de cette collection dont parle notre informateur, des précisions supplémentaires vont nous être fournies dans les lignes qui suivent. « Il faut relever le fait que ce genre poétique avait été élevé au rang d'institution officielle et qu'il était confié à une série de familles qui assuraient la conservation des morceaux, de génération en génération, sous l'autorité d'un dignitaire de la Cour, portant le titre de Préfet des poètes dynastiques (Intebe y'Abasizi ). Au sein de ces familles d'aèdes, tous les enfants se constituaient, dès leur plus tendre enfance, en école de déclamation, sous la direction des anciens. Ceux-ci organisaient régulièrement les veillées poétiques, au cours desquelles les assistants récitaient à tour de rôle chacun au moins un poème. Disons donc, en conclusion, que grâce au genre dynastique, nous possédons une vue générale des événements du passé rwandais, depuis Ruganzu Ndoli (1510-1543). Quant aux six générations antérieures à ce règne, les poètes dynastiques ont utilisé les récits des mémorialistes» ( EH, pp.12-15 ~sigle == p.suivante).
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2. UN INTERMEDIAIRE OBLIGE
Nous venons d'entendre de sa propre bouche, le témoignage d'Alexis Kagame concernant le mandat reçu du roi Mutara Rudahigwa pour mettre par écrit les textes sacro-saints du Code de la dynastie (Ubwiru). Ce document est le plus important témoin de la tradition pour les raisons suivantes: le plus ancien, le mieux protégé contre l'altération et le plus lié à la vie du royaume. C'est en 1945 que ce Document ultra-secret sortit de la tête de ses gardiens pour entrer dans I'histoire de l'écrit sur un support matériel et de la communication universelle. S'agissant de la généalogie des rois ([lbucura-bwenge), nous savons maintenant comment notre informateur nous a transmis le texte-modèle. Pour ce qui est de la collection la plus riche qui soit conservée de nos poèmes dynastiques, celle de notre historien n'a pas d'égal. Parmi les très nombreuses publications d'Alexis Kagame (que nous citons en abrégé sous ses initiales A.K.), celles qui nous transmettent cette tradition orale officielle sont principalement les suivantes (qui seront également citées en abrégé, sous leur sigle) .
1. Inganji Kalinga I (Kabgayi, 1959), en abrégé =:IK. 2. [ln abrégé de l'ethno-histoire du Rwanda (Butare, 1972) =: EH. 3. Un abrégé de l'histoire du Rwanda de 1853 à 1972 (Butare, 1975) =:AH 4. Les organisations socio-familiales de l'ancien Rwanda ()S: (Bruxelles, 1954) = 5. Le Code des institutions politiques du Rwanda précolonial (Bruxelles, 1952) =:IP. 6. Introduction aux grands genres lyriques de l'ancien Rwanda (Butare, 1969) =: GL. 7. Les Milices du Rwanda précolonial (Bruxelles, 1963) =:MR. 8. L'Histoire des Armées-Bovines dans l'ancien Rwanda (Bruxelles, 1961) =:AB. 9. La notion de génération appliquée à la généalogie dynastique et à l 'histoire du Rwanda des Xe-XIe siècles à nos jours (Bruxelles, 1959) = NG.

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Un cas d'espèce mérite d'être signalé dans le présent contexte. On aura remarqué que dans la liste des « ouvrages témoins» de la tradition, A.K. n'a pas publié le texte d' Ubwiru. Avant de le faire, comme il en avait le mandat officiel du roi Mutara, il s'est vu courtcircuité par deux chercheurs qui ont publié «le texte» et en ont donné une traduction en Français. Que s'est-il passé au juste ? Marcel d'Hertefelt et André Coupez sont les deux chercheurs qui ont publié « le Document» sous le titre La royauté sacrée de l'ancien Rwanda: texte, traduction et commentaire. Dans la préface de ce volume, un passage nous dit comment ils ont obtenu ce trésor national: « C'est le 10 octobre 1961, quinze jours après le référendum qui mit fin au régime monarchique rwanda, qu'un informateur averti de nos préoccupations scientifiques remit à Marcel d'Hertefelt le texte dactylographié de dix-sept des dix-huit morceaux que comporte le rituel» (p.l). Quelque surprenant que soit le procédé utilisé pour obtenir ce Document, on peut se féliciter qu'il soit aujourd'hui en notre possession alors que A.K. aurait pu mourir sans avoir eu le temps de le publier, comme ce fut le cas pour tant d'autres textes traditionnels qu'il avait pu obtenir et qui, sans doute, ne le seront JamaIS.

3. NAISSANCE

DE L'HISTORIOGRAPHIE

Les trois catégories de « textes mémorisés» qui sont à la base de notre histoire traditionnelle ont elles-mêmes une histoire. Les actes juridiques qui les ont fait naître marquent en même temps le début de notre « historiographie ». Trois souverains ont joué un rôle décisif à cet égard: Gihanga, Mukobanya, et Nyirarumaga. A

- Le rôle de Gihanga

Le Code dynastique de la monarchie nyiginya ([lbwiru) a pour base un texte emprunté à la dynastie des Abarenge. A.K. nous en fait 1'historique en ces termes: « Le règne de Gihanga se divise, en effet, en deux périodes, et c'est le Code Esotérique de la Dynastie qui nous le révèle. Durant la 24

première période, l'Emblème de sa dignité était double: 1° un marteau et 2° un instrument de musique appelé Nyamiringa. « Ce double Emblème fut, au deuxième stade, remplacé par le tambour Rwoga = le Renommé. Il l'adopta lorsque le nommé Rubunga lui révéla les premiers Chants du Code Esotérique qui appartenait à la Dynastie mourante des Abarenge. «Dans les traditions des Dépositaires du Code (Abiru), ce Rubunga est surnommé Mwungura wunguye Ingoma ubwiru = le Surajouteur qui a surajouté le Code Esotérique à la Royauté. En souvenir de cette révélation faite à Gihanga, Rubunga obtint la dignité de Grand Intronisateur, attachée à sa descendance à perpétuité. Ses descendants sont appelés Abatege, du nom de l'ancêtre éponyme Nyabutege qui vécut sous Ndahiro Cyamatare. Ils étaient constitués en une dynastie honoraire, avec leur tambour
appelé Busamire

= le Gemmé.

Leur royaume titulaire était la colline

de Remera, dans l'ancienne province de Kabagari. «A l'avènement de chaque monarque rwandais, le Code Esotérique prescrivait d'introniser en même temps un homme de la descendance de Rubunga, autre privilège qui leur aurait été accordé par Gihanga ». Soulignons les éléments importants de cette citation pour la présente réflexion. Tout d'abord, on voit bien ce que signifie une tradition vivante. Dans le cas présent, il s'agit de l'existence de la dynastie honoraire des Abatege descendant de Rubunga qui coexista effectivement avec celle des Abanyiginya descendant de Gihanga. Il faut ensuite remarquer que ce Code emprunté à la monarchie des Abarenge est le tout premier texte dans I'histoire des traditions textualisées et mémorisées par les Fonctionnaires de la Cour royale. Nous voyons enfin ce que pouvaient être les méthodes pour écarter l'oubli ou l'altération. Il fut entouré de sanctions sévères allant jusqu'à la peine de mort contre toute défaillance de mémoire de la part de ses Gardiens. La fidélité littérale aux paroles et aux gestes était supposée être la condition sine qua non de leur efficacité rituelle.

B - Le rôle de Mukobanya
Dans l'histoire du Rwanda, entre Gihanga et Ruganzu Bwimba, il y a un silence qui a duré environ 188 ans, d'après le 25

comput d'A.K. Ce vide historique couvre l'espace des 6 règnes de rois dits « de la ceinture» (Abami b 'umishumi), c'est-à-dire de 1134 à 1312. Avant de revenir sur la signification de ce temps anhistorique, parlons directement du rôle du roi Kigeli Mukobanya, petit-fils de Ruganzu Bwimba, qui inaugura la lignée des rois nyiginya vraiment historiques. Au bout d'une évolution dans l'ombre, le petit royaume des Abanyiginya fait surface et attire l'attention des royaumes voisins. Il a déjà installé sa capitale à Gasabo, au bord du lac Muhazi dans lequel il peut tranquillement abreuver ses troupeaux. Il est déjà assez prospère pour que le puissant royaume du Gisaka songe à l'annexer. Pour parer à ce danger, le monarque Bwimba et sa sœur Robwa sacrifient leur vie sur le sol du Gisaka, à titre d'Abacengeli (Martyrs de la Nation ). Ce triple martyr - car Robwa s'est tuée avec l'enfant qu'elle portait dans son sein - fait montre d'un niveau de patriotisme peu ordinaire. En bref, la période des « rois de la ceinture» est terminée. Ruganzu Bwimba laisse le pays aux mains d'un bébé de quelques jours, Cyilima Rugwe. En attendant sa maturité, le royaume patauge sous la direction d'un Régent qui n'a pas les mains libres pour gouverner. Même lorsque Rugwe eut l'âge de prendre en mains les affaires du pays, il ne réussit pas à le mettre complètement en marche. Son fils Mukobanya naquit et grandit dans cette humiliation nationale. Mais il n'est pas de nature à supporter indéfiniment cet état. Aussi se fait-il pressant auprès de son père et voilà qu'il commence à le déborder. Finalement, le père le laisse faire et va même jusqu'au bout en l'intronisant co-régnant. Le fougueux jeune prince va se mettre à l'œuvre rapidement. A la tête de ses milices Ababarabili et Ibidafungura, il mâte la rébellion interne, annexe des principautés voisines, nomme des administrateurs à la place des roitelets déposés ou occis. Bref, son royaume commence à devenir un vrai « Rwanda» au sens littéral (Ru-aanda = étendue à perte de vue). Le rôle de Mukobanya ne se limite pas à ce domaine purement politique mais déborde sur le domaine culturel et historiographique. En effet, ses conquêtes et ses réformes administratives font passer son territoire du système royaume confédéré avec ses voisins à celui d'un Etat-Nation souverain et indépendant. Dans la nouvelle conception, le Rwanda devient un englobant et non une composante 26

additionnable à ses voisins. Pour « garder, gérer et protéger» un tel régime, il fallait le doter d'un appareil institutionnel conséquent. C'est là que se situe la naissance de l'Ibwami (la Cour royale). Parmi les hauts fonctionnaires de cette Cour, on trouve, bien entendu, les grands Fonctionnaires des diverses traditions. Les Abiru ( Gardiens du Code dynastique) occupent la place de choix. C

- Le rôle de Nyirarumaga

Le 4èmesuccesseur de Mukobanya fut Ruganzu Ndoli. Il eut pour reine-mère « adoptive» une grande dame poétesse de métier, du nom de Nyirarumaga. Nous laissons de côté, pour plus tard, le contexte politique particulier qui a préparé et accompagné le règne de Ruganzu Ndoli et de la reine-mère Nyiraruganzu. Limitons-nous ici à ce qui concerne l'historiographie du pays. Nyirarumaga qui n'était pas une novice dans l'administration des affaires du pays, guida et encadra fort heureusement le jeune monarque qui rentrait de l'exil et tombait dans un pays qui n'avait de pays que le nom. Elle apportait au royaume un héritage précieux: sa culture. Elle réalisa les innovations suivantes: - Tout d'abord, comme nous l'a déjà dit A.K., elle introduisit un nouveau genre poétique dit Ibisigo by'impakanizÏ. La particularité de cette nouveauté fut que ce genre de poème récapitule les hauts faits de tous les règnes antérieurs jusqu'au contemporain du compositeur. De cette manière, l'histoire du pays ne pouvait plus se perdre et était racontée par plusieurs poètes contemporains de tous les règnes successifs. Bien plus, elle érigea la Corporation des Aèdes en une institution officielle à la Cour royale (Intebe y'Abasizi) pour en faire un organe d'autorité, habilité et responsable devant le pays pour son histoire. Ainsi, depuis cette révolution culturelle, les aèdes couvrirent tous les événements majeurs du pays. C'est avec une émotion compréhensible qu'on peut lire aujourd'hui le poème qu'elle a composé, il y a de cela environ 490 ans, pour indiquer le modèle du nouveau genre poétique et historiographique. On peut le lire dans la collection d'A.K., N° 1, sous le titre « [lmunsi ameza imiryango yose = Le jour où elle devint la racine de tous les peuples ». Le poème chante la reine Nyamususa, épouse de Gihanga, et mère des héritiers de trois 27

royaumes: du Rwanda, du Ndorwa et du Bugesera.

4. L'IMPACT DE LA PUBLICATION DESIBISIGO En 1972, A.K. a publié son ouvrage intitulé [ln abrégé de l'ethno-histoire du Rwanda ( Butare, 1972). Il Y écrit avec regret: « Si nous avions eu le temps de publier le Corpus des Ibisigo, nous aurions constamment renvoyé le lecteur aux passages justificatifs» (p.15). Ce vœu est actuellement réalisé. C'est à nous qu'il est revenu I'honneur de mettre en état de publication ce « Corpus des Ibisigo », colligés pour la première fois par notre regretté A.K. durant les années 1942-1956 (idem, p.13). Le fruit de ce long labeur, nous le présentons ici en résumé, dans le but principal de répondre au souhait d'A.K., au moment où nous reprenons son œuvre de transcription de l'histoire du Rwanda sur la base de ses propres recherches.

A - Les poèmes historiographiques
Comme chacun peut l'imaginer, tous les poèmes traditionnels n'avaient pas pour but d'être historiographiques. Nous présentons ici seulement la collection de cette catégorie, qui comprend trois branches. La première se nomme «Ikobyo » ( s'écrivant d'un seul trait) et nous en possédons 95 unités. La seconde branche s'appelle «Ibyanzu » ( poèmes «à brèches », c'est-à-dire à refrain) et de cette catégorie, nous avons 54 unités. Viennent enfin les «Impaakanizi », poèmes récapitulatifs de toute l'histoire du pays, règne par règne. Nous savons déjà que le poème a été créé dans un but historiographique par la reine Nyiraruganzu II. Notre collection en contient 27 unités et de celle-ci, nous reproduisons ci-après un échantillon des poèmes récapitulant l'histoire du pays jusqu'à leur apparition.

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LES TEMOINS

DE TOUS LES REGNES :

1°_ Sous le règne de Mibambwe II Gisanura (1609-1642)

010. Nigire inama nanoga = Il faut me résoudre à un parti, je suis à l' extrêmité, par Muguta 2°_ Sous le règne de Yuhi III Mazimpaka (1612-1675) : 014. [lmunsi inkuba iganza intare triompha du Lion, par Mirama

= Le jour

où le Tonnerre

3°_ Sous le règne de Cyilima II Rujugira (1675-1798) :
024. Bantumye kubaza umuhigo = On m'a envoyé m'informer de la chasse, par Nyabiguma 4°_ Sous le règne de Kigeli III Ndaabarasasa (1708-1741) :

055. Batewe n 'iki uburake = Qu'est-ce qui les a courroucés?, par Kigeli III Ndabarasa + Musare

5°_ Sous le règne de Kigeli IV Rwabugili (1853-1895) : 139. Bambariye inkuru Nkomati

=

On m'a communiqué la

nouvelle, ô preux des démêlées, par Munyanganzo
6°_ Sous le règne de Mutara III Rudahigwa (1931-1959) :

171. Ruhanga rutsindiye igihugu = 0 front qui vient de triompher pour le pays, par Karera

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B - Le poème modèle de Karera
L'histoire du Rwanda pré-colonial que nous allons écrire suit le modèle de référence dessiné par le poème ci-après. Celui-ci est l'œuvre du dernier «Préfet du Collège des Poètes de la Cour », institution qu'on pourrait mieux traduire par l'expression «Académie Royale des Poètes Historiographes ». Karera est son nom. Karera a offert le présent poème au roi Mutara III Rudahigwa après son intronisation en 1931. Comme on va le constater, le poème compte 210 vers retenus par cœur et débités sans faute devant le roi. Le contenu est une chaîne des faits saillants de tous les monarques «historiques », c'est-à-dire depuis Ruganzu I Bwimba jusqu'au dernier, Mutara III. Comparé aux nombreux poèmes parallèles, il ne saute aucun règne et sait dégager de chacun les événements dignes d'entrer dans I'histoire du pays. Fort heureusement, ce texte a été entièrement traduit en français par A.K. lui-même. On peut se demander, néanmoins, si une traduction moins littérale n'aurait pas été préférable pour le lecteur qui ne connaît pas la langue originale du texte. Ce poème déborde la période étudiée qui est pré-coloniale. Un témoin vivant qui permet de rejoindre la vieille tradition poétique justifie cette entorse méthodologique. RllHANGA RllT51NDlfE IGIHllGll

----------------------------------------------Ruhanga rutsindiye igihugu Muhabura w 'inka n 'ingoma, Wahagaze aho rugwa, llrarwubura u Rwanda. 005 fa mishitsi rwahindaga irashira Akayubi katwubitse urakatwunamura. lnka n 'ingoma ziteterewe Abantu bahebye amagara, Amagambo ageze i magume 010 Abagabo bararanye amaganya,

30

Ayo lteka ltunga lyi

makuba ni uko uwo ngoma ya

abaye ituye itoranye

urayatuvura Rugina,

.

Rugema-nshuro, irakurandira

OIS

Yarakweretswe

KARERA, dernier l'auteur Préfet du

fils

de des

Bamenya, Aèdes, mort en 1931,

poème

historiographique

o

FRONT

QUI

VIENT

DE

TRIOMPHER

------------------------------------------------------o o Ta A 005 Le Front qui vient des opportune le Rwanda qui qui nous chancelait! remuait s'est évanoui:
31

de

triompher et des

pour

le

pays!

Pacificateur présence relevé tremblement

Vaches

Tambours!

De la stupeur qui nous avait attirés tu nous as redressés! Les Vaches et les Tambours étaient dans l'impasse, Les gens sentaient la vie leur échapper, Les langues ne pouvaient plus articuler une parole, 010 Les hommes avaient passé la nuit à gémir: Tu nous as donné le remède de toutes ces perturbations. Il agit toujours ainsi le Karinga : Il prend pour titulaire l'élu de son choix. Ce Tambour du Héros foudroyant 015 T'a reçu comme héritier et t'a accepté irrévocablement,

Ngo uzabe umukamyi wayo udukamire, Abakamyi bazo muhora mu ijabiro. lteka n 'uko mutuye Musanzwe mudukura mu matabe, 020 Ntihabwa igitenzi Mutukura wa Mitana Abayimikwa muraringaniye. llrengeye ingoma ya so akireba Karinga ntiyarenganye, 19umye mu nzu ye.
025

Rero kurya uvuka muri zirya ntwari,
llri intwarane nka bo, lJri uwa ya ntwari Ntambara itava ho Mvano nsa ya Rwimivugo, Wavurunganaga na Byaro.

030

Na we yari ngendu n 'uko ugenda uku,

Rugenda, amararo ye urayageze. lltambutse imbibi uturengera llturinda iminsi mibi, Nka Nldndi ya Mildko, 035 lJkomeje u Rwanda rurameze.

32

Rl!GANZl! I BWIMBA Uzazikama kera Wazitsindiye amakuba akomeye
Wazikuye mu makuba Angana ay'inkungu, l!rya munsi nyine Mukora-ntambara Akora ku ntwaro ze. 040 Araga uwo ataroye

Pour que tu traies son lait et nous le distribues: Vous autres, nos laitiers, sur le trône êtes toujours assis. Dès toujours vous agissez ainsi: C'est à vous de nous tirer de ces situations désespérées! 020 Le Karinga, héritage de Ndabarasa, n'est jamais confié à un indolent! De ses anciens titulaires tu égales la renommée! Du vivant de ton père, tu as défendu son Tambour: Le Karinga n'a pas subi un déshonneur, Ayant été raffermi dans sa maison.
025 Toi qui descends de ses héros, Leur hardiesse est son apanage! Tu es le digne fils de ce preux qui bataillait sans trêve, Ce guerrier-né, descendance de Ndabarasa, Qui bouleversait les pays étrangers. 030 Il voyageait aussi comme toi maintenant: Tu as déjà égalé, ô Marcheur, le nombre de ses campements, Tu es allé au-dèlà des frontières pour nous défendre, Et les mauvais jours, tu les as éloignés de nous. A l'exemple du Beau-guerrier, fils du stratège, 035 Tu as raffermi le Rwanda et lui as donné la prospérité.

33

RUGANZ[! I BWIMBA
Tu les trairas de longs jours, les bovins, Car tu les as préservés de grandf} malheurs.

Tu les as tirés de l'impasse

Commeau jour de Nkûngu .
Ce jour-là le Batailleur Empoigna ses armes, 040 Léguant ses biens à celui qu'il ne connaissait pas.

Arambagira yarahiye Ahiga yahize, Izi nka arazigura arazigwira. Arengera inka zabo 045 Ngo zitajya i Bukobwa, Mukura-biti wa Bitondo arazitabarira.

CYILIMA I R[lGWE Uzazikama kera Wazitsindiye amakuba akomeye
Wazikuye mu makuba nka Ruyenzi Azigendera iminsi myinshi, Ngo uzazikura mwo iminsi mibi lzi nka yazirariye ijoro Janja.

050

Ubuhatsi yashakaga ni bwo tukimitse Ubwo azanye Batinyi na Bavishyamba.

KlGELII M[lK()BANYA Uzazikama kera Wazitsindiye amakuba akomeye 34

Wazikuye mu makuba

Angana ay 'i Magu,
055 Rugogwe yagumiwe n 'inzira,

060

Rugumira yigira ku rugamba Ingogo y 'umushi arayivuga, Ngozi amwimika ingoma ze. [fwo musango yatabarukanye [fbwo yari yarasaniye se

ku "Musobanya-biti

",

Amwizihiye amujyeza i Kigali. Ni ko ntigira uwanyuma Nyabaldga Aho bakuru bayo ntibajyananwa izi nka.

045

Il se mit en route avec grande décision Et entreprit la chasse avec une résolution jurée. Il se livra pour nos Bovins et leur sacrifiant sa vie. Il défendit les Vaches de sa Maison Pour qu'elles ne devinssent pas I'héritage d'une fille:

L'Annexeur, fils de Nsoro, par sa mort les libéra.

CYILIMA I RlfGWE
Tu les trairas de longs jours, les Bovins, Car tu les as préservés de grands malheurs.

Car tu les as tirés de l'impasse comme fit le Marcheur: Pour eux il fit des voyages prolongés Afin de les prémunir contre les mauvais jours.
050

Ces Vaches-ci ont coûté des fatigues à Rugwe.

La Royauté qu'il recherchait est celle-ci même qui nous régit encore Lorsque Mageni et Nyanguge nous furent amenées.

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