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Hitler et les sociétés secrètes

De
208 pages
Hitler est-il devenu la créature incontrôlée de sociétés secrètes ? Ce livre dévoile un aspect fondamental de sa personnalité : sa fascination pour l'occulte et le paranormal. Jeune artiste à Vienne, Hitler est membre de l'ordre du Nouveau Temple qui prêche la violence, la haine de l'Eglise et des Juifs. Après la guerre de 14-18, ancien combattant, il rencontre Dietrich Eckart qui deviendra son mentor et un théoricien du national-socialisme. Il découvre la mystérieuse Société de Thulé, païenne et raciste, qui prône un régime autoritaire et prétend pouvoir dominer le monde par la connaissance des grands secrets de l'histoire. Poussé par un cercle d'illuminés, nourri de magie et d'astrologie, Hitler devient une figure publique à travers le parti nazi. Entouré de mages, galvanisé par les drogues qu'il ne cesse de s'administrer, il électrise les foules allemandes et échappe peu à peu à ceux qui l'ont conduit au sommet de l'Etat. Une fois au pouvoir, il se débarrasse de ses anciens maîtres, interdisant même les sociétés secrètes en 1937. Toutefois, il continue à consulter des astrologues réputés dont les prévisions influencent largement ses décisions.
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Suivi éditorial : Sabine Sportouch
Corrections : Catherine Garnier
Maquette : Annie Aslanian


© Nouveau Monde éditions, 2009

9782847364194

Dépôt légal : avril 2009
N° d’impression : xxxxxxxxxx
Imprimé en France par Présence graphique

Hitler et les sociétés secrètes

De la Société de Thulé à la Solution Finale

Philippe Valode

Avertissement de l’auteur

Assurément Hitler est l’un de ces monstres froids que l’humanité engendre à intervalles plus ou moins réguliers. Sans doute l’un des plus effrayants spécimens du XXe siècle avec Staline et Mao !

Mais comment un jeune homme ayant échoué à tous ses examens, un soldat n’ayant pu dépasser le grade de caporal, a-t-il pu devenir le Führer idolâtré par un peuple de plus de 60 millions d’habitants, héritier d’un empire plurimillénaire ?

Assurément le déclic qui a révélé à ce bon à rien qu’il avait une destinée à nulle autre pareille a été provoqué par la fréquentation de la Société de Thulé. Manipulé par elle, puis s’en détachant au point de chercher à supprimer ses principaux dirigeants, Hitler a tenté d’assurer son avenir, en cheminant sur les chemins arides des crimes les plus abjects. Que l’auteur en ait distingué douze, au-delà de l’aspect symbolique, ne signifie nullement qu’il leur accorde un poids équivalent. Mais la progression dans le crime impuni n’a pu qu’encourager Hitler à s’enfoncer dans une voie diabolique, un défi absolu à Dieu et une volonté d’atteindre le Mal. Le passage d’un acte criminel au génocide de tout un peuple est rendu possible par une avancée constante qui s’étale de la « Nuit des longs couteaux » à la « Nuit de cristal », par la volonté de faire disparaître des peuples entiers déclarés inférieurs, parce que juif, slave ou tzigane.

Comment Hitler en est-il venu à penser qu’il incarnait l’Être supérieur désigné pour épurer l’humanité et lui assurer la Voie rayonnante de la lumière des blonds Aryens ?

C’est ce que cet ouvrage s’efforce d’élucider…

Avant-propos

À l’évidence, le drame hitlérien pose une question lancinante et primordiale : comment un pays aussi évolué que l’Allemagne, probablement la seconde puissance industrielle du monde en 1914 (après les États-Unis et à égalité avec la Grande-Bretagne) a-t-il pu basculer dans l’horreur du nazisme ? Car le succès d’Hitler n’a pas été possible sans la complicité avérée (quelques tricheries électorales ne peuvent expliquer les raz-de-marée en faveur du Parti national-socialiste) du peuple allemand. Il faut bien l’écrire : une grande partie des Allemands s’est reconnue dans la tragique marionnette dénommée Adolf Hitler.

Bien sûr les explications ne manquent pas : l’Allemagne sort d’un terrible conflit de cinq années, elle connaît une guerre civile d’une rare violence dès 1919 et elle a le sentiment d’avoir été humiliée par le traité de Versailles. Alors qu’aucun soldat ennemi n’a réussi à pénétrer sur son sol sacré, l’Allemagne se voit occupée, obligée de réparer, amputée de plusieurs territoires. Enfin, dès 1929, elle entre dans une crise économique et sociale sans précédent, jetant des millions de ses citoyens dans le chômage et la misère…

Et soudain se lèvent des militaires extravagants qui restaurent son honneur de grande dame blessée : Goering, l’aviateur héroïque, alter ego du Baron Rouge, véritable Guynemer allemand, Röhm, l’exceptionnel baroudeur, l’homme des corps francs (Freikorps, unités combattantes extérieures à l’armée régulière, le dernier endroit où l’honneur militaire a encore un sens). Apparaissent aussi de parfaits fonctionnaires du crime organisé qui ne savent qu’obéir, des médiocres qui n’ont rien réussi dans la vie, parfois de faux intellectuels, tels Himmler, Rosenberg, Goebbels, Höss, Eichmann, Bormann pour ne retenir que les noms les plus connus du grand public. Sans oublier le seul ami du Führer, Rudolf Hess l’impénétrable, mage égyptien, grand rêveur, complice principal de l’écriture de Mein Kampf, nouvel Icare qui s’envolera vers l’Angleterre en quête d’une alliance avec les Britanniques ou dans l’espoir d’obtenir leur neutralité (voir page 151). Emblèmes vivants de la banalisation des pires perversions, partisans de la violence d’État, incapables de pitié, croyants en des théories fumeuses sur la pureté raciale et le péché originel des Juifs, tous ces chefs nazis, Allemands ordinaires, ont pour maître absolu un homme seul, Adolf Hitler.

Mais qui donc a fabriqué Hitler, qui l’a placé à la tête de cette bande de loups dénués de toute conscience ? Voilà l’interrogation capitale à laquelle cet ouvrage tente de répondre, après bien d’autres, mais en décortiquant tout ce qui a déjà été publié et en accordant une attention particulière à ceux qui ont formé la cervelle du jeune Hitler : Lanz von Liebenfeld, les initiés de la Thulé (voir page 30), von Sebottendorff et Haushoffer (là encore un autre héros national, sans doute le plus jeune général allemand de la Grande Guerre mais également le plus grand théoricien allemand de géopolitique), mais aussi Dietrich Eckart… Héritière des Templiers, des Illuminés, des Teutoniques, des Rose-Croix, des adorateurs du Soleil, de la Golden Dawn, de la Société du Vril, de l’antique Atlantide et du mythe du Nord extrême et de la race pure, bref de toutes les sectes et ordres que l’Allemagne a pu connaître depuis ses origines, la Société de Thulé cherche un guide pour redresser le pays, pour imposer un pouvoir autoritaire, renouer avec la tradition impériale, unir tous les Allemands et redonner sa première place européenne à cette nation glorieuse. Saisi par le démon, Hitler parvient à transformer l’instrument politique de la Thulé, le Parti ouvrier allemand et nationaliste en une gigantesque machine électorale, le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei), et à modifier les ambitions de la Thulé en deux slogans totalement nouveaux : le droit à un espace vital à l’Est et la suppression physique de tous les peuples dits racialement impurs : Juifs, Tziganes, Slaves… par le sang et la fureur. Comment est-on passé d’un programme politique, somme toute classique, à l’Apocalypse ? Au-delà de la dépravation des hommes, ne faut-il pas chercher chez Hitler lui-même la cause de la dérive ? Tel est l’objectif que nous nous sommes fixés. Nous verrons le mal se développer hors de toutes limites, au travers du récit des crimes d’Adolf Hitler, toujours plus abominables les uns que les autres, en une sorte de pacte toujours renouvelé avec le Diable!

I

De l’échec scolaire à l’échec professionnel

Heidler ou Hitler ?

Il est trop souvent affirmé qu’Adolf Hitler, élève inconstant, esprit enfiévré et brouillon, vécut une adolescence miséreuse à Vienne et à Munich, dans les années 1907-1918. Ceci semble fortement erroné, en raison tant des ressources que lui procurait la vente de ses œuvres que de l’encaissement de plusieurs héritages familiaux. Aussi ne faut-il pas attribuer à la misère la révolte du jeune homme, au contraire très calculateur et qui préféra faire courir deux légendes : celle de son obligation de travailler comme manœuvre pour survivre et celle de son internement, en vérité souhaité, pour échapper au service militaire autrichien. Ainsi aurons-nous un portrait plus exact du fantastique manipulateur qui accèdera à la tête de l’État. dans les années trente et prendrons-nous la mesure de cette exceptionnelle habileté qui consista à se présenter comme la victime de la crise économique. Hitler chômeur – ce qu’il n’a jamais été – va capter les 7 millions de voix des vrais demandeurs d’emploi, celles qui le porteront au pouvoir.

Mais revenons à la naissance de cet enfant maudit, le 20 avril 1889, à Branau-sur-l’Inn en Autriche, à proximité de la frontière bavaroise. Dès le premier jour son origine provoque le doute. Il semble bien, en effet, que sa grand-mère paternelle, Maria Anna Schicklgrüber ait eu un enfant naturel, Aloïs, père d’Adolf, d’un membre d’une famille juive, les Franckenberger, chez qui elle servait comme domestique. On en veut pour preuve la pension qui fut versée à cette femme pendant trois quarts de siècle, et donc, bien après sa mort, à son mari (qui l’avait épousée alors qu’Aloïs avait 5 ans) puis à son fils Aloïs, objet du scandale.

Quant à Aloïs, non reconnu par Hiedler, le meunier qui avait épousé sa mère, il le fut, en 1876, à l’âge de 39 ans, par son oncle. Mais le destin, malicieux veillait : l’employé de l’état civil transcrivit Hitler au lieu de Heidler !

Aloïs Heidler, douanier de son état, faut-il parler d’atavisme, n’est guère fidèle en amour. Il se marie trois fois. La troisième fois nous concerne : c’est avec une de ses cousines qu’il découvre la passion : il lui fait cinq enfants, dont le premier, Gustav, conçu avant le mariage, meurt à 2 ans. Puis viennent Ida et Otto, qui quittent rapidement ce bas-monde, enfin Adolf et Paula.

Ajoutons que l’arbre généalogique d’Hitler, laisse, par ailleurs, planer de lourdes suspicions de consanguinité, ce qui explique peut-être la décision d’Adolf Hitler de détruire le village natal de son père en le transformant en champ de tir, à moins que ce ne soit pour effacer tout lien d’origine juive.

La mystérieuse abbaye bénédictine autrichienne de Lambach-sur-Traun

À partir de 3 ans, suivant la carrière paternelle, Adolf déménage plusieurs fois. En 1896, à l’âge de 7 ans, le petit Adolf est inscrit à l’école de l’abbaye bénédictine de Lambach-sur-Traum. Ce collège chrétien qui distille une petite musique antisémite marque l’enfant. Le père Thodorich Hagen, supérieur de l’établissement, se souvient bien du jeune élève et le décrit ainsi : susceptible, indiscipliné, aimant faire l’école buissonnière et courir la forêt. Il lisait beaucoup les romans populaires du Far West et de l’écrivain Karl May. Mais Hitler était très doué. Nous conservons de lui le souvenir d’un enfant singulièrement volontaire et tourmenté, qui subissait avec ravissement le charme des offices divins, se laissait gagner par la poésie de nos galeries calmes, des cours sonores, des tombeaux. Déjà ce goût de la musique et du mystique.

Au milieu des fumées d’encens, dans la polyphonie des chants religieux, frappé par la grandeur et le silence de l’architecture bénédictine si dépouillée, il songe, du moins l’affirme-t-il dans Mein Kampf, un court instant à devenir moine. Il est vrai qu’il a été frappé par toutes ces croix gammées (du grec gamma, parce que formées par quatre lettres se coupant à angle droit), ces svastikas sculptés sur les murs et sur le mobilier, et même gravés sur les objets du culte. Des croix venues du Caucase et de la Volga où le bien curieux père Hagen a séjourné. Des svastikas qui n’ont rien de bien original, car on les a retrouvés tant chez les Hittites qu’en Inde ou dans les civilisations précolombiennes. Ils symbolisent, avec leurs crochets fuyant vers la gauche, dans le sens où tourne la Terre, une roue solaire bénéfique et créative. Exactement l’inverse du svastika nazi, dont les crochets fuient vers la droite, à l’opposé du mouvement des horloges et de l’astre terrestre, constituant un soleil noir négatif et qui renvoie au mythe de Prométhée, c’est-à-dire à la possession du feu par l’homme, à la maîtrise humaine de la création divine.

Que de tels symboles aient impressionné l’enfant, rien d’anormal. D’autant qu’un curieux moine, un cistercien, s’installe à Lambach, en 1898, et s’attache au jeune Adolf. Sans doute ce dernier sert-il ses messes, peut-être peut-il consulter certains ouvrages que le mystérieux Lanz ne cesse de manipuler en cette abbaye bien connue pour sa riche bibliothèque.

Au début de l’an 1899, Lanz quitte l’abbaye, change de nom, se faisant appeler Lanz von Liebenfels (ou Liebenfeld) et, dès 1900, fonde à Vienne, l’ordre du Nouveau Temple et en devient le Grand Maître ! Faut-il penser qu’il a trouvé à Lambach les documents secrets qu’il convoitait ? Ceux venus des Templiers et surtout de leurs descendants allemands, en particulier le baron de Hund, fondateur de la Stricte Observance Templière ?

Hitler retrouvera Lanz von Liebenfels, avec émotion, à Vienne, à partir de 1907-1908, ainsi que nous le verrons.

Les années Linz

Au cours de l’année 1899, Aloïs Hitler déménage de nouveau et s’installe à Leonding, à proximité de la cité autrichienne de Linz, qui regroupe, alors, plus de 50 000 habitants. Le jeune Adolf après avoir achevé son cycle primaire à Leonding, entre en 1900 à l’école de Linz. Ses notes sont extrêmement irrégulières. Excellent en histoire grâce au professeur Léopold Poetsch (un fanatique pangermaniste, anti-autrichien et plus encore antisémite), dont il vantera les qualités, et en géographie, il est bien faible en mathématiques et en sciences naturelles. Il est vrai que la Realschule dans laquelle son père l’a placé prépare à l’administration impériale : tout ce qu’il déteste! Il finit par le dire à son père, lui assénant qu’il entend, en raison de ses dons, devenir dessinateur et peintre… Fureur d’Aloïs qui ne concède rien, du moins jusqu’à sa mort, en 1903. Il est vrai qu’Aloïs est âgé et en retraite depuis 1895, ce qui ne prédispose pas à la compréhension des aspirations de la jeunesse.

Adolf aime néanmoins son père qui n’hésite pas à l’emmener au théâtre et à l’opéra. Ils assistent à la représentation de Guillaume Tell de Schiller, une affaire de résistance à l’occupation autrichienne qui enthousiasme l’adolescent. Mais ce n’est rien par rapport à la passion qu’il conçoit immédiatement pour Wagner, après avoir entendu Lohengrin. Son ami d’enfance, Auguste Kubizek, a raconté dans Hitler, mein Jugendfreund, l’enthousiasme incroyable d’Hitler pour Wagner. Une véritable vénération, une vibration intérieure qui le met en synchronie avec la signification cosmique des thèmes wagnériens. À 16 ans, en 1905, il monte en compagnie de son ami Auguste sur la colline qui domine Linz, après la représentation de Rienzi. Dans un état de ravissement extrême, Hitler entre en transe, en extase, évoquant une vision grandiose de l’Allemagne et de lui-même, avec une éloquence gutturale. Le voilà éveillé au suprasensible!

Ainsi, dès cette époque et après avoir surmonté une grave maladie pulmonaire durant l’année 1905, puis après avoir échoué aux examens de fin d’études, Hitler, dépourvu de tout diplôme, décide de partir pour Vienne et de devenir artiste. Il ne va plus guère changer: le voilà déjà formaté par ses divers maîtres. Il est antisémite, comme beaucoup d’Autrichiens à cette époque (j’allais écrire comme presque tous les Autrichiens de cette époque). Il fait preuve d’un nationalisme allemand exalté, il adore l’histoire germanique et son passé mythique, ne jure que par la grandiloquence wagnérienne et sa puissante mise en scène, et enfin il veut maîtriser la peinture et la musique. Mais pourquoi se sent-il donc si allemand ? Parce que les relations entre l’Autriche et l’Allemagne sont conflictuelles. En juillet 1866, les Prussiens ont battu les Autrichiens à la bataille de Sadowa, une victoire décisive pour la suprématie de l’Allemagne. En janvier 1871, après sa victoire sur la France, la Prusse a réunifié au sein d’un Reich, créé officiellement dans la galerie des Glaces à Versailles, tous les États allemands. Ainsi la monarchie austro-hongroise a-t-elle été éliminée de la scène allemande. Après l’éclatement de cet Empire en 1918, suite à la défaite, les Autrichiens qui sont allemands n’aspirent qu’à une chose : rejoindre le giron commun. L’Autriche réduite par le traité de Versailles à un État croupion est en état de survie artificielle…

La déconvenue viennoise

En septembre 1907, c’est le grand départ d’Adolf Hitler pour Vienne. Il espère être admis à l’École de peinture de l’Académie des Beaux-Arts : mais son art est ordinaire. Le voilà recalé. Il en concevra une haine féroce contre les Juifs : en effet, cinq sur sept des membres du jury qui l’ont recalé sont juifs! Il faut savoir qu’à cette époque Karl Lueger, le maire inusable de Vienne (de 1897 à sa mort en 1910), un antisémite notoire, ne se prive nullement d’accuser les riches Juifs autrichiens de tous les maux. Ne régentent-ils pas la presse, la vie artistique, l’industrie ? Une ambiance qui ne peut qu’encourager la haine du jeune Hitler. Ce sont ses fréquentations qui vont le conduire à tenir des propos effrayants : C’était une peste, une peste morale, pire que la peste noire de jadis, qui, en ces endroits, infestait le peuple.

Puis il lui faut très vite revenir à Linz où sa mère se meurt, d’un cancer du sein qui se généralise. Il l’enterre en décembre. Il repart en 1908 pour la capitale autrichienne, non sans avoir réglé les modalités de l’héritage maternel qui lui garantit un petit pécule suffisant pour vivre modestement. D’autant qu’il dessine et peint beaucoup, vendant ses œuvres avec régularité, ce qui arrondit ses revenus. Contrairement à ce que l’on lit souvent, Hitler n’est pas un peintre raté : il vend bien son travail, des aquarelles et des dessins, presque un par jour, certes à des prix modestes. Il vit au moins aussi bien qu’un instituteur et sans doute nettement mieux. Il sort peu, ne fréquente pas les femmes, ne boit ni ne fume… En octobre 1908, il tente une nouvelle fois l’examen d’entrée de l’Académie des Beaux-Arts, cette fois en section architecture : nouvel échec dû au manque de travail régulier. Un vrai défaut que ce dilettantisme ! À partir de 1911, il reçoit un très important héritage de sa tante…

Par ailleurs, il souhaite se faire une idée de la vie des ouvriers et se fait embaucher (ce point est contesté par plusieurs historiens) comme manœuvre, une façon de comprendre ses futurs électeurs… mais certainement pas longtemps. Il ne le fait pas par nécessité car il ne manque pas de ressources. Fin 1909 il disparaît, et se réfugie à l’asile de vieillards de Meidling. Âgé de 20 ans, il échappe ainsi à la conscription autrichienne. Il ne veut, en aucun cas, servir au sein de cette armée multinationale où Slaves, Hongrois et Germains cohabitent.

Nul ne sait très bien ce qu’il advient de lui durant les années 1911 à 1913 : il se fait discret, avant de quitter Vienne, pour se rendre à Munich, toujours poursuivi par le ministère autrichien des Armées.

Vienne, haut lieu de l’occultisme et du satanisme

Revenons donc au séjour de Hitler à Vienne. Il y a retrouvé Lanz von Liebenfels, le curieux moine croisé à Lambach, et son ordre du Nouveau Temple, un ordre secret où l’on pénètre après un long apprentissage. Une initiation complexe à des mystères qui proviennent d’un incroyable bric-à-brac historique et idéologique germanique. Certes, il est question des Templiers, mais aussi du culte d’Odin et de la lointaine Asens (habitée par les Ases), des Rose-Croix, des Illuminés de Bavière. Ce nouvel ordre du Temple prêche la pureté raciale : seuls des hommes blonds aux yeux bleus peuvent y être admis. Et encore faut-il qu’ils s’engagent à épouser leurs semblables au féminin ! Mais il exhorte, aussi, à la violence, à la haine de l’Église et à celle des Juifs.

Von Liebenfels se prétend, sans vergogne, détenteur de tous les héritages les plus secrets : ceux des Templiers, nous l’avons dit, mais aussi des Cathares, des Aryens, des francs-maçons, des rosicruciens, des Illuminés… D’ailleurs, il est millénariste, se situant dans le prolongement de ceux qui annoncent la troisième ère, celle qui délivrera le monde du matérialisme et instaurera l’œuvre de l’Esprit. Les nazis s’inspireront de cette idéologie pour créer le IIIeReich. Ils s’inspireront aussi du très ancien Livre aux cent chapitres, datant du XVIe siècle. Cet ouvrage intitulé aussi Livre du Révolutionnaire du Haut-Rhin est un livre de prophéties, un texte millénariste et enflammé qui prévoit la fin du monde, l’avènement d’un empereur qui dominera, par le fer et par le feu, et qui règnera mille ans. Il n’y aura plus sur terre qu’un seul pasteur, un seul troupeau, une seule foi ! Aussi le peuple élu n’est-il pas le peuple juif, usurpateur et menteur mais le peuple allemand. Ein Volk, ein Reich, ein Führer (« Un seul peuple, un seul empire, un seul chef ») sans oublier Ein Reich fur 1000 jahre, tous les slogans du futur régime nazi sont déjà établis en ces années 1910.

Lanz publie une revue, Ostara, du nom de la déesse germanique de la Lumière, qu’il parvient, semble-t-il, à tirer à 100 000 exemplaires (un chiffre considérable qui nécessite un financement occulte) et dont Hitler est un lecteur assidu. Pureté du sang, noblesse de la race, virilité du Germain, éloge de la violence, antisocialisme, antisémitisme, anticatholicisme sont les refrains de ce torchon haineux !

À Vienne, également, Adolf Hitler fréquente le libraire Pretzsche, un véritable ami qui lui achète beaucoup d’aquarelles. Et qui lui vend (à prix réduits) ou lui prête de nombreux livres. Car l’austère Hitler s’est découvert une véritable passion pour la lecture: il avale Fichte, Hegel, Schiller, Lessing, Goethe, Schopenhauer, Marx, Bismarck et Nietzsche. Selon Timothy W. Ryback, auteur d’un essai intitulé La bibliothèque personnelle du Führer, Hitler apprécie infiniment Shakespeare et est capable de citer des passages entiers de Hamlet et de Jules César. Il adore également Cervantès et son Don Quichotte, ce qui semble plus étonnant. Plus surprenant encore, sa passion immodérée pour La Case de l’oncle Tom qu’il relit à plusieurs reprises. En revanche, on ne sera guère surpris de l’inspiration qu’il affirme avoir trouvé dans l’essai antisémite d’Henri Ford, le constructeur automobile américain, intitulé Le Juif international.

Plus tard, devenu chancelier, Hitler possèdera trois bibliothèques : à Berlin, dans son appartement de Munich et dans son nid d’aigle de Berchtesgaden, remplies de 16 000 volumes. Il lit tout le temps et aucun cadeau ne lui fait plus plaisir qu’un livre…

Ernst Pretzsche est un personnage fort inquiétant, un ami de Guido von List, écrivain satanique hanté par le sexe, antisémite forcené. Bien plus, il se drogue avec de la mescaline, un extrait d’une plante mexicaine, le peyotl. Ainsi entraîné, toute sa vie Hitler en consommera. Il n’est, d’ailleurs, pas impossible qu’il ait été initié à la loge de von List : rien ne le prouve cependant.

C’est à cette époque, que l’esprit d’Hitler – deux de ses relations intimes en témoignent, tant Walter Stein que Gregor Strasser – commence à vaciller. Lui le bon-à-rien, lui le timide, lui le pauvre hère – en vérité il est d’abord la victime de son manque d’efforts continus et de son absence d’une véritable concentration, défauts que l’on retrouvera plus tard –, se voit transporté dans un monde que peuplent Faust et Lucifer mais aussi les mythes wagnériens. Il est hanté par les destins incomparables des grands empereurs allemands, tels Otto le Grand et Frédéric Barberousse, en proie aux rêves les plus fous. Il sent monter en lui une force étrange qui lui suggère qu’il pourrait être l’homme du destin, l’homme de la situation…

Déjà, Hitler se passionne pour la chose politique : il s’engage totalement dans le combat pangermaniste, d’abord partisan de Georg von Schönerer, le chef du mouvement autrichien, puis au côté de l’avocat Heinrich Class, le dirigeant de la Ligue pangermaniste, auteur de La Grande Allemagne. Une Grande Allemagne que Schönerer, voit déjà, à l’époque, englober l’Empire allemand, la Hollande, le Luxembourg, la Suisse alémanique, la Belgique et, bien sûr, l’Empire autrichien.

À Munich, puis au front

Le 24 mai 1913, Hitler quitte Vienne, parce que, j’éprouvais une véritable répulsion pour la mixture des races que je voyais dans la capitale , affirmera-t-il plus tard. En vérité aussi pour échapper aux poursuites des autorités militaires autrichiennes (il ne veut pas servir dans une armée cosmopolite). On le cherche à Linz, alors qu’il a émigré à Munich. Le voilà muni de l’héritage de sa tante, demeurant dans une chambre louée à un tailleur juif! Il peint encore et toujours, vend ses petits tableaux, des dessins, des affiches publicitaires. Heureux de se trouver dans une ville allemande, il passe le plus clair de son temps à la bibliothèque, dans les musées, visite les différents monuments. Il est mû par le même désir d’apprendre, sans ordre ni rigueur, mais avec la volonté de rattraper le temps perdu. Il déménage et s’en va loger chez son ami Greiner. Puis il finit par se présenter au conseil de révision autrichien, à Salzbourg, début 1914, où il est déclaré inapte…

Lorsque la guerre éclate, il obtient de pouvoir s’engager dans l’armée de Louis III de Bavière. Il est aussitôt incorporé dans le 16e régiment d’infanterie de réserve bavarois. Fin octobre, il part pour le front, exalté à l’idée de combattre.

Promu caporal en novembre 1914, il est très apprécié de ses chefs, mais jugé par eux peu apte au commandement en raison de sa fébrilité, confinant parfois à l’hystérie. Il sera décoré, mais demeurera au même grade durant tout le conflit. Faisant preuve d’un grand courage, parfois inconscient, il reçoit la croix de Fer de deuxième classe dès décembre 1914. Il remplira, pour l’essentiel, une mission d’estafette entre les officiers allemands. En octobre 1916, il est blessé une première fois à la cuisse, devant Bapaume. Soigné près de Berlin, à l’hôpital de Beelitz, il repart au front en mars 1917. Il combat sur l’Aisne, puis participe à la grande offensive de Ludendorff sur le chemin des Dames en 1918.

Il pénètre dans Château-Thierry : la contre-offensive victorieuse des Alliés le repousse. C’est dans la nuit du 13 au 14 octobre 1918 qu’un bombardement britannique au gaz moutarde surprend son unité, à proximité d’Ypres. Hitler est touché aux yeux, évacué, soigné en Poméranie. Et décoré de la croix de Fer de première classe. Il apprend la signature de l’armistice et la fuite de Guillaume II. C’est très abattu qu’il adhère, avec hargne, au mythe totalement mensonger du coup de poignard dans le dos, selon lequel le Reich aurait été trahi par les socialistes, les républicains, les Juifs, alors que pas un pouce de son territoire n’a été occupé par l’ennemi ! Le voilà désormais obsédé par l’exigence primordiale de la destruction de l’ennemi intérieur. Ainsi veut-il châtier « les criminels de novembre ».