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J'ÉTAIS À OUALATA

De
176 pages
Depuis l'indépendance en 1960, l'État mauritanien a développé une politique " raciale ", discriminant et marginalisant l'entité négro-africaine, au profit des Bidanes (arabo-berbères). Sous les régimes successifs, les tensions entre les deux communautés n'ont cessé de s'exacerber. En octobre 1987, une vague d'arrestations s'abat sur Nouakchott, ciblant les cadres militaires négro-africains. L'auteur fut emprisonné à Oualata puis à Aïoun. Il retrace ici les péripéties de l'engagement, l'arrestation, le calvaire carcéral.
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Collection « Mémoires

africaines»

BOYE ALASSANE HAROUNA

J'ÉTAIS À OUALATA
,

Le racisme d'Etat en Mauritanie
Préface par Samba Thiam

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9

(Ç) Harmattan, 1999 L' ISBN: 2-7384- 7329-6

Préface

J'ai rencontré l' homme en prIson, la prison de Oualata dont il est question dans ce livre. Un tempérament autonome, quelques traits de caractère partagés avaient, peut-être, fini par nous rapprocher. Il nous arrivait, assez souvent, de nous retrouver en (trio) lorsque surgissait une situation extraordinaire dans notre vie de prisonniers. Nous nous concertions alors pour l'analyser et élaborions des stratégies de réponses, savamment distillées, en vue de créer les conditions d'un consensus de groupe. Ce n'était pas toujours chose aisée! Cette complicité ainsi créée avait fini par faire naître entre nous une estime réciproque qui, je crois, me vaut le privilège de rédiger cette préface. Je dois d'emblée rendre un hommage mérité à Alassane d'avoir le premier apporté, pour la postérité, son témoignage sur cette triste séquence de l' histoire politique de notre pays. Le fort de Oualata dont il est question dans ce livre est situé en Mauritanie. Battue par les vents, balayée par les sables, large comme deux fois la France, accrochée sur le flanc occidental du continent africain, la Mauritanie est une République Islamique indépendante depuis 1960. Sa population bi-raciale, estimée à 2 500 000 habitants, est répartie en deux communautés. Les Arabo-berbères ou « Bidan » appelés aussi Maures blancs, minoritaires. Les Négro-Mauritaniens (Halpulaars, Wolofs, Soninkés, Haratin), autochtones, majoritaires et pourtant discriminés et exclus. Un sous-groupe au statut particulier (les Haratin), descendant d'anciens esclaves noirs, devenu ipso-facto. culturellement maure, en tout cas hassanophone1. Il faut comprendre que ce pays reste encore tiraillé entre des aspirations à la modernité et des anachronismes du moyen-âge, comme l'esclavage.

1. Hassan: noble guerrier descendant des Arabes Mâquil (cf. Pierre Gourou, L'Afrique, Hachette, 1967 (note de l'éditeur). 5

Dans la coexistence de ces deux communautés, une cohabitation qui aurait pu être harmonieuse, n'eussent été les politiques nocives et funestes de régimes à l'origine de toutes les crises répétitives et cycliques qui mettent à rude épreuve la vie en commun. Pour avoir osé poser ce problème de cohabitation, pour avoir osé s'exprimer, oser penser remettre en cause un Système et un État à fondement raciste, des cadres noirs, civils et militaires, se verront injustement arrêtés et jetés brutalement en prison pendant de longues années. Ce que fut leur histoire toute récente, la cause de leur révolte, le contexte de leur arrestation et libération, le calvaire enduré pendant ces longs mois interminables, leurs gestes, leurs pensées dans cette période cruciale, c'est tout cela que tente de nous faire revivre l'auteur. Et il le réussit très bien... dans un style alerte et clair, propre et osé qui bouscule les règles classiques et conformistes de l'écriture; à travers une maîtrise de la langue, le mot juste, des réflexions singulières, un tantinet philosophiques, le tout porté par de longues phrases qui tonnent, sourdes et cadencées, comme l'écho amorti d'un obus lointain. Sous sa plume, les acteurs du drame, déjà lointain, s'animent, revivent dans ce décor sinistre de cliquetis de chaînes où des hommes-fantômes trouvent la force de rire, ou plutôt de vivre, alors que la mort rôde. Ce n'était pas KIDAL, ce n'était pas TAZMAMART, ni le bagne de CAYENNE, mais c'était terrible! Et l'évasion fut nécessaire pour la surVIe. J'ai admiré l'auteur d'avoir su taire le côté vil et mesquin du prisonnIer. En fait, « J'étais à Oualata » relève d'un défi pour symboliser un double refus: refus de se laisser museler, réduire au silence envers et contre tout; refus de l'oubli dans lequel ce Régime voulait reléguer ces problèmes vitaux! Ce livre constitue, surtout, la preuve éclatante de l'échec cuisant du tyran qui a cru, par la force et l' humiliation, briser à jamais la volonté de ces adversaires politiques... briser jusqu'au ressort psychologique et moral de leurs personnalités. En vain. Par cet acte posé, Alassane vient de combler un vide formidable dans l'action de ces anciens « locataires» du fort qui, loin de céder, continuent le combat. Samba TH/AM Inspecteur de l'Enseignement. Président des F. L. A. M. (Forces de Libération Africaines de Mauritanie) 6

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L'autre visage du raGismed'£tat en Mauritanie

Aux lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou, Râ Seidy, Bâ Abdoul Khoudouss, A Ten YoussoufGueye, Djigo Tabssirou, BâAlassane Oumar, A Toutes les victimes du racisme et de l'exclusion.

Mes remerciements à Bénédicte Bouchet, ma formatrice en informatique, dont le dévouement et les conseils techniques permirent l'impression du manuscrit dans les délais souhaités.

Walata
Geyyelle min tonggiraama No sasa min kabbiraama Nder oto buumaado min mbeddaama Walata min ndumboyaama Banndiraabe e musibbe min ngoddinaama Jamma e nyalawma, nankata uJdo, luubdo min nyammlnaama Kala sifa musibbaaji min kollaama no daaba, bidonaaji e kaaye min ndimndaama berde peri kono gite peeri Sikki alaa Jaandaare gano feeni... Kono Alla gaynaani Ko wona Alla Jof ko meere.

Oualata
Menottes aux poignets. Attachés comme des besaces. Dans un camion bâché nous fûmes entassés. A Oualata nous fûmes emprisonnés. Des nôtres, nous fûmes isolés. Pour toute nourriture, de jour comme de nuit, Nous n'eûmes qu'une pâte de riz avarié, nauséabond. Toutes espèces de misères on nous fit: tortures, insultes, humiliations. Telles des bêtes de somme, on nous fit transporter bidons et pIerres. Au fond de nos âmes meurtries une lumière s'est faite. Pas de doute: la volonté du pouvoir raciste était claire. Mais elle s'est heurtée à la volonté divine. En somme, il n'y a que celle-ci qui compte.

A l'occasion d'une rencontre à l'état-major de l'armée en 1985 De gauche à droite les lieutenants Sarr Amadou exécuté le 06/12/1987 à Jreïda; Soumaré Abdoul Aziz accusé de complot en 1990, fut emprisonné et révoqué de l'armée; Boye Alassane Harouna.

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Place du Trocadéro, le 6 septembre 1997 Six rescapés de la prison de Dulata De gauche à droite: Oumar Moussa Bâ, Ibrahim Abou SalI, Ousmane Abdoul Sarr, Alassane Harouna Boye, Mamadou Yerro Kane, Chouheïbou Ly. En marge de la manifestation de protestation contre la visite en Mauritanie du président Chirac les 5 et 6 septelnbre 1997.

Introduction
Septembre 1986 : des intellectuels négro-africains membres du mouvement F.L.A.M. (Forces de Libération Africaines de Mauritanie), publient un document intitulé Manifeste du négromauritanien opprimé. Dans ce document, ils mettent à nu, faits et chiffres à l'appui, l'ensemble du dispositif politique, économique, culturel et financier de la politique de discrimination raciale et d'exclusion de l'entité négro-africaine de Mauritanie. Cette politique, s'il est vrai qu'elle n'atteint son paroxysme que dans la période comprise entre septembre 1986 et décembre 1991, s'il est vrai que son application ignominieuse et macabre par le colonel Taya et son équipe a généré les violations des Droits de l'Homme encore jamais connues dans ce pays, il demeure hélas indéniable qu'elle fut conçue et appliquée pendant dix-huit ans, de 1960 à 1978, par Moctar ould Daddah et son équipe. Cependant, cette politique raciale fut exécutée avec tellement de finesse que, quoique ses fruits inéluctables fussent suicidaires pour les négro-africains, elle n'était perçue, appréhendée dans toutes ses dimensions, à l'intérieur du pays, que par une faible poignée de l'élite négro-africaine, à l'extérieur, par aucun observateur. Et pour cause. Deux facteurs, l'un de politique intérieure, l'autre de politique extérieure, combinés avec doigté et constance par Daddah, occultèrent l'essence de la dynamique de marginalisation et d'exclusion de la communauté négro-africaine: - Au plan interne: l'illusion d'un équilibre intercommunautaire, d'une participation des négro-africains à la gestion des affaires nationales était créée et entretenue par une politique magistrale de dosage dans l'attribution des responsabilités politiques et administrati ves. Ainsi, sous le règne de Oaddah, enregistrait-on un taux de pourcentage important de né17