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Jean Ramponneau

De
254 pages
Fils de vigneron, Jean Ramponneau, célèbre cabaretier de la Courtille, naquit à Vignol en 1724. Il fut le héros d'un destin auquel rien ne le préparait. Etabli à Belleville, au Tambour Royal, sa renommée devint telle qu'il fut bientôt de bon ton pour Paris et Versailles de fréquenter chez Ramponeau. Il eut encore l'occasion d'exercer sa verve gaillarde dans un second cabaret, la Grande Pinte, jusqu'à ce que la Révolution ferment ces établissements. Il mourut en 1802, à peu près ignoré... sauf d'une rue de Paris qui porte encore son nom.
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Jean Ramponneau

Parisien de Vignol

Collection Histoire de Paris dirigée par Thierry Halay

L'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France est un vaste champ d'étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects. Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages ou les évènements qui ont marqué les siècles. Elle s'efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu'il s'agisse d'individus célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées. Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d'un travail de fond, s'adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble documentaire passionnant et de qualité. A côté de l'intérêt intellectuel qu'elle présente, l'histoire locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les gens, les évènements et le patrimoine de différentes périodes, à mieux comprendre Paris et l'Ile-de-France.

Déjà paru
Thierry HALAY, Paris et ses quartiers. 1998. J. Paul MARTINEAUD, Une histoire de l'Hôpital Lariboisière,

1998.

(QL'Harmattan.

1998

ISBN: 2-7384-6864-0

Michèle Viderman

Jean Ramponneau

Parisien de Vignol

EditionsL'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'HarmattanINC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - CanadaH2Y lK9

Du même auteur :
"LE PASSÉ RATTRAPÉ"

Édité avec l'aide du Conseil Général de la Nièvre

A la mémoire de cette petite Jeanne Ramponneau qui, il y a quelque deux cent cinquante ans, en épousant l'un de mes ancêtres, a introduit dans ma longue lignée de paysans morvandiaux ce drôle de canard.

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Jean Ramponneau dessin au crayon de Nicholas (1715 - 1790) (Collection de Lancey) Cochin

PARIS

Air de Ramponneau

Allons tous mes amis Chés Mr. Ramponneau Pour passer notre Ennuis Manger du Jambonnau Jirons chés Ramponneau Lon y boit a plein pot Jirons chés Ramponneau Manger du Jambonnau. Air de Ramponneau Si vous êtes bonne fille Fanchons vous viendrés A la basse courtille Nous irons promener Boire du vin nouveau Chés Mr. Ramponneau Nous y ferons fricau Chés Mr. Ramponneau.

Faisant confiance aux Anciens j'aurais dû commencer ainsi. "Fameux cabaretier des Porcherons, à la Courtille, né à Argenteuil, mort vers 1765". Comme l'écrit Pierre Larousse, l'éminence du Grand Dictionnaire Universel du XIXème siècle. L'ennui c'est que... à peine deux lignes et trois bourdes d'importance. Monsieur Larousse -qui réussit à faire de son nom propre un nom commun, on dit un larousse comme on dit un frigidairecommence par confondre les Porcherons et la Courtille (il n'est d'ailleurs pas le seul, ce qui lui permet de récidiver plus avant en parlant du cabaret: "situé en face des Porcherons, à la Courtille"). Or si le quartier des Porcherons se trouvait au bout de notre moderne -et d'ailleurs ancienne- Chaussée d'Antin, la Courtille était au bas de Belleville, à l'extrême nord du Faubourg du Temple. L'homme du Grand Dictionnaire, pour sa gouverne, aurait pu jeter un oeil sur les beaux plans que Jaillot, géographe du Roi, s'était donné la peine de relever en 1775. Ils auraient éclairé sa lanterne. Mais cela ne l'aurait pas empêché de confondre allègrement les deux cabarets de Ramponneau qui, s'ils ne se situaient au même endroit, n'étaient pas non plus, et pour un temps au moins, contemporains. 11

Le décor ainsi planté, il ne restait qu'à commencer par le commencement, la naissance. Là, la bévue est partagée, c'est la faute à Voltaire. Monsieur l'Historiographe du Roi se souciant autant d'exactitude que l'homme du dictionnaire, ne prenait pas la peine de vérifier ses sources -c'est le cas de le dire- et faisait naître notre héros à Argenteuil. Comme une vulgaire asperge. Nous l'avons échappé belle, un rude coup pour notre amourpropre régional. Et pour couronner cette biographie si bien documentée, Larousse nous l'occit "vers 1765".A cette date,1ean Ramponneau avait encore trente sept années à vivre.

l

Vignol (1) est un village qui m'a toujours donné l'impression, le découvrant venant du Mazot, d'un qui, le dos calé au coteau et les coudes sur le mur du cimetière, contemplerait sans fin le paysage. Et quel horizon! Même, en opérant une légère rotation sur la gauche, on pourrait voir ce qui est très sûrement un tertre préhistorique: le mont Sabot. Et le regard parcourant un demicercle jusqu'à l'extrême droite, Montenoison, la butte jadis crénelée. Un rayon, par temps clair, d'une trentaine de kilomètres. Entre les deux, comme blottis contre une poitrine, des bois et des embouches, des collines et des hameaux dont l'un, curieusement, porte le nom d'un empereur fou: Néron. Même une abbaye. Il faut la deviner. Avec une discrétion toute monacale elle se dissimule dans un creux: le Réconfort, ancienne congrégation de femmes qui, voilà quelques siècles, avec Chassy tenant la haute et basse justice pour le temporel, assurait le spirituel dans ce coin de terre nivernaise. Ainsi qu'une réserve de marraines pour les nouveaux-nés du voisinage. Jean Ramponneau n'eut pas cette faveur~Pourtantj'ai idée que pour tenir compagnie à Jean Garsaut, huissier au duché, son 13

parrain, une ou deux fées tutélaires ont dû se pencher sur son berceau. Qui n'était sans doute pas un fût. Bien que ceux-ci ne dussent pas manquer alentour, lepère était tonnelier, le grand'père vigneron ainsi que la majorité de la parentèle, Vignol en ce temps, ainsi que son nom l'indique, avait ses pentes couvertes de vignes. Tout le monde en vivait. Jean Ramponneau, le père, né en 1697, n'avait pas été très loin prendre femme. Il avait épousé le 29 janvier 1720 à Teigny, Françoise Blandin, fille de Jean, "laboureur en ce lieu". Celle-ci commença par lui donner deux filles. Françoise en 1721 qui mourra à douze ans et Anne en 1723. Puis vint "notre" Jean le 4 octobre 1724; un second fils, Denis, naquit le 10 octobre 1727 -ces deux-là resteront liés leur vie durant-, encore une petite fille, Jeanne, en février 1730. Et, deux mois plus tard, Françoise Blandin rendait l'âme. Elle avait trente ans. Son époux sans doute pressé par la nécessité, il avait sur les bras des enfants en bas âge sans parler de la petite dernière de deux mois, épousa un peu plus de trois mois plus tard une veuve de trente cinq ans, le 12 septembre 1730. De toutes façons c'était un homme pressé car Margueritte Lasnier mit au monde, six mois écoulés, une petite fille pour qui le compte n'y était pas. Ou le père Ramponneau avait endossé une paternité ou il est à croire que Margueritte Lasnier attendait derrière la porte le retour de l'enterrement de celle qui l'avait précédée. Inutile de songer à une prématurée, en ce temps cette petite fille n'aurait pas vécu. D'ailleurs elle n'a pas vécu, elle est morte à six jours. Les naissances se poursuivent ainsi jusqu'en 1737 avec des fortunes diverses, mort-né, jumeaux qui mort à la naissance et l'autre un 14

mois et demi plus tard, pour arriver à une ultime Françoise, la mère a quarante deux ans et la nichée se compose alors de cinq têtes. En 1737 notre Jean Ramponneau a treize ans. Qu'a-t-il fait jusque-là? Sans doute a-t-il mené l'existence dure et libre d'une enfance de petit paysan, aidant dès que possible aux tâches des vignes ou des tonneaux. Et, comme c'était la plupart du temps, étroitement inséré dans une famille nombreuse de grandsparents, d'oncles et detantes sansparler des cousins, apparemment unie et semblant aisée. Et des années éprouvantes. Ainsi 1733 qui débute mal par la mort, en mars, d'une soeur aînée des deux garçons qui s'occupait peut-être plus particulièrement d'eux depuis le décès de leur mère. Six jours après c'est le tour du grand-père Joseph, le vigneron, il a soixante dix neuf ans. Un peu plus d'un mois plus tard leur oncle Louis, frère de leur père, se fait assassiner à coup de pieuchot par un voisin irascible. Qu'est-ce qui a pu, vers l'âge de quinze ans, le déterminer à quitter cette trame familiale serrée et confortante. Mésentente? Mais n'est-ce pas une notion moderne, en ces temps vivre en famille était une quasi obligation. Goût de l'aventure? De l'aller voir ailleurs pour un caractère sûrement trempé de bonne heure, un tempérament porté à la convivialité... et une tête sachant compter. C'est alors qu'un marchand de vin passant par Vignol, sûrement connu de son père, le prit par la main et le mena avec lui dans cette capitale qui devait radicalement changer sa destinée de petit paysan morvandiau.

II

Paris! Pas tout à fait, ce n'était encore que Belleville, donc la campagne. Et ses coteaux ne devaient guère le changer de ceux de Vigno!. Alentour on cultivait la vigne comme partout autour de l'agglomération parisienne. Et classiquement, les débuts ne furent pas glorieux. Le marchand de vin n'avait-il pas le moindre emploi à fournir à notre futur cabaretier? Toujours est-il qu'on le retrouve charroyant pour un plâtrier -ce qui n'est pas une fantaisie biographique comme on en trouvera tant au long de cette histoire- il y avait bien, à Belleville, des carrières et des fours à plâtre. Et un plâtrier nommé Cauchois. (2) "Chartier" de plâtrier il est, charretier de plâtrier il restera jusqu'à son mariage, en 1749, et même au-delà, jusqu'à la location du Tambour qui n'est pas encore royal. Jean Ramponneau alors a vingt cinq ans, il est temps de prendre parti. D'où venait cette épouse? M'avait en son temps intriguée cette mention péremptoire de Voltaire -sans parler d'autres- faisant naître notre Jean à Argenteuil. Pourquoi Argenteuil et pas Garges-lès-Gonesse ou n'importe où ailleurs? Il devait y avoir une raison. 17

Sans parler de son mariage qu'on expédie en mentionnant qu'il avait épousé une cabaretière -voire, pour les mieux renseignés, une fille de vigneron- probablement tombée du ciel car personne ne s'est jamais demandé où il avait été la chercher. Dans l'acte de baptême de l'un de ses fils, plus tard, je relevai le nom d'un certain Jacques Voyer, Voyer étant le nom de sa femme. Celui-ci demeurait à Argenteuil. Cela pouvait être le grand-père du nouveau-né ou l'un de ses oncles. Voyons les registres d'Argenteuil, mon Ramponneau y avait peut-être convolé en justes noces, ce qui expliquerait la confusion voltairienne. Pas de mariage Ramponneau ces années-là. En revanche, le Jacques en question avait, lui, épousé une veuve d'Argenteuil. Il était donné comme venant de Taverny et son âge le situait comme beau-frère de Ramponneau. C'est ainsi que je découvris, à Taverny qui n'était pas si loin d'Argenteuil, le mariage de Jean Ramponneau, "chartier" à la Courtille, assisté de Denis son frère qui, lui, était demeuré vigneron au pays natal, avec Marie-Martine Voyer, orpheline de père, lequel était mort en l'hôpital royal Saint-Nicolas de Pontoise le 24 juin 1731. Et quel était le statut social de cette Marie-Martine? Elle était fille de vigneron, petite fille de vigneron et soeur de vigneron. On se retrouvait en terrain connu, l'atavisme reprenait le dessus, la plâtrière allait bientôt sortir du champ. On fit un contrat de mariage. Les époux décidèrent d'être "communs en tous biens meubles, immeubles, conquest suivant la coutume de Paris". Le futur apporte dans la communauté deux cents livres dont cent "de gains et épargne" et les autres cents provenant de Jean Ramponneau le père, qu'il s'engage à verser 18

sur la succession de son épouse, Françoise Blandin. Et la mère de la future "promet lui donner en mariage en habits linge harde à son usage et lit" jusqu'à la somme de deux cents livres. Les témoins sont un marchand et, pour la mariée, le praticien du pays. Les époux sont à égalité sociale car si Marie-Martine, fille de vigneron, compte un médecin parmi ses amis, Jean Ramponneau a pour parrain un huissier. Finie la vie de garçon, il faut s'établir. Et c'est là que naissent les allégations les plus farfelues. Ramponneau aurait acheté le Tambour royal d'une tante cabaretière à Belleville. Un autre le fait hériter d'un oncle mendiant professionnel à Saint-Eustache! Ce qui est une occasion, pour ses biographes du siècle dernier -et même de celui-ci-, de se livrer à de savoureuses improvisations. (3) La plus anodine étant de faire Jean Ramponneau s'établir dans le cabaret de la tante dans lequel il aurait vécu jusque là et qu'elle lui aurait laissé en mourant. En ne mentionnant que pour mémoire l'oncle mendiant à Saint-Eustache. Ailleurs il aurait acquis le terrain d'un père Desnoyers sur lequel il aurait fait construire un cabaret. Là il aurait succédé à un certain Ruelle, planteur de marronniers d'où le nom du cabaret: "Les Marronniers"... La tante parisienne, je n'en ai pas retrouvé trace, en tous cas ce n'est pas elle qui l'a précédé au Tambour. Par ailleurs la famille Ramponneau était assez aisée pour se passer d'un membre mendiant professionnel (à moins d'un marginal), et d'où

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sortirait cet oncle? Toujours pas de trace, et le cabaret n'a pas été construit par Ramponneau mais celui-ci commença par le louer, ce qui ne constituait pas un exploit car il avait dix ans de gains et sans doute épargne derrière lui. Et sa promise n'était pas démunie. Nul besoin d'héritage réel ou imaginaire. Quant au père Desnoyers, c'est un successeur de Ramponneau, en 1826, et qui croyait ainsi profiter de sa vogue tout en ayant la réputation de "vendre des civets à base féline". Ruelle était sans doute un voisin. Ou un fantasme biographique... Un peu moins d'un an après son mariage -le 26 avril 1750les Ramponneau louent à bail "et à prix d'argent" d'une certaine Jeanne Claire Cabirolle, veuve de Nicolas Renard bourgeois de Paris, une maison "seize à la haute Courtille rue Blanche, paroisse de Belleville où pendoit cy devant pour enseigne Le Tambour" et dans laquelle ils demeurent depuis le 15 avril précédent. A cette date Ramponneau est toujours plâtrier. La maison consiste en "deux berceaux de caves (4) avec une grande chambre au-dessus, obtenue par la réunion de deux chambres séparées en deux par une cloison de charpente que la précédente locataire, la veuve Piédrut "avait fait oster, dans laquelle pièce sont deux cheminées" . Au second étage on trouve "deux chambres et un bouge" (5) séparées par une cloison et une porte". Mais la première des deux pièces, à l'origine n'en était également qu'une, "séparée par une cloison de plancher que ladite Piédrut a fait oster". C'est une manie! Si la seconde chambre "est emplafonnée et à cheminée", l'autre est "sans plancher en haut". L'équivalent d'un grenier "les planchers des salles et chambres du premier et second étage étant de terre" et 20

un grenier sans ouvertures couvrant le tout ce n'était pas Byzance. Mais une grande cour avec une porte charretière (6) donnait sur la rue Saint-Maur (dite aussi à cette époque rue Blanche) dans laquelle se trouvait un puits "duquel on tire de l'eau tant par la cour que du premier jardin". Cette cour comportait outre un "cabinet d'aisances en plâtre sans couverture ny fermeture" (!!) une plantation de vingt sept gros arbres agacias et quatre petits. " Au bout de la cour "deux jardins ensuite l'un de l'autre, un potager et un autre fruitier, dans le jardin fruitier est un petit cabinet sans fermeture de deux côtés de planches couvert de thuiles au bout duquel est une porte garnie de ses pentures, gonds et deux veroüls, sans serrure, qui a issue sur la ruelle à costé" .(7) Si le bail se monte à trois cents livres par an, payables par trimestre "dont le premier le sera au jour de la fête de Saint-Jean Baptiste prochain" il est assorti de conditions dont certaines peuvent paraître contraignantes. Ainsi s'il est normal que les preneurs s'engagent à entretenir la maison pour la rendre à la fin du temps en bon état, "de traiter menues réparations locatives et nécessaires à faire durant ledit temps, souffrir et en dire faire les grosses", s'engagent aussi "à fumer et cultiver les deux jardins, tailler les arbres, vignes et groseilliers letout en saison convenable, faire faire dans les deux jardins quatre façons de labours par chacun an, et en fin dudit bail rendre les deux jardins bien façonnés", nous amuserait plutôt que "ladite bailleuse se réserve pour elle, le sieur Moret son gendre et la dame son épouse" d'entrer "en tous temps et saisons dans lesdits jardins pour voir s'ils sont en bon état" ainsi que de garder le droit "de faire ébotter les dits arbres agacias à son profit". Il fallait aussi s'engager à "garnir la maison de biens 21

meubles et marchandises exploitables suffisants pour sûreté", c'est à dire garantissant à la bailleuse qu'il y aurait bien commerce et qu'elle aurait donc toutes les chances de toucher son loyer. Pour les meubles ce n'était pas très difficile car la veuve Piédrut, moyennant quarante sept livres, leur cède la propriété" des tables et angards appuyés à ladite maison qui sont dans la cour, la salle et les chambres". On paie en louis d'or et d'argent, tout le monde paraît satisfait, Ramponneau signe ainsi que la dame Cabirolle. (8) Quelques mots peut-être à propos de cette Jeanne Cabirolle veuve Renard et de l'origine de la propriété. Quand, le 2 mars 1726 elle convole pour la, troisième fois -le premier époux était maître sellier à Montereau Fault Yonne et le second maître boucher toujours dans la même ville qui, en mourant, ne l'ont certainement pas laissée dans le besoin ce qui lui permet cette fois de décrocher un bourgeois de Paris, Nicolas Louis Renard- elle a comme témoins à son contrat de mariage pas moins que "haut et puissant seigneur Messire Hercule Meriadec de Rohan, Prince de Montbazon, Messire René Desforges, Ancien conseiller du Roy notaire au Chastelet de Paris, et Messire Anne Desforges advocat en Parlement ainsi que Messire Philippe Emmanuel Aüray Exempt de la Connestabllie et mareschaussée de France et escuier dudit seigneur Prince de Montbazon, leurs amys communs". Quelle drôle de bouchère que voilà qui a pour amis des Grands de France! On se croirait dans Perrault. Toujours est-il qu'elle semarie sous lerégime de la séparation de biens et qu'elle ne sera propriétaire du "Tambour" qu'à la mort de son époux. 22

Celui-ci le tenait de sa mère qui avait acquis le terrain donnant sur la rue Saint-Maur et les jardins à la suite et fait construire, enjanvier 1658,une maison déjàfrappéed'alignement. Depuis, l'habitation n'avait pas donné lieu à moins de seize baux dont le dernier, celui de la veuve Piédrut datait du 25juillet 1746. Le commerce n'avait pas dû jusque là marcher très fort. La locataire précédente ne laissait pratiquement rien, hormis quelques tables. De plus, on l'accusait de déprédations qu'on comptait bien lui imputer outre le solde du loyer. Voilà donc le ménage Ramponneau installé à la Courtille. Jean Ramponneau, avec des fortunes diverses, on le verra, en restera propriétaire pratiquement jusqu'à la fin de ses jours. En septembre 1752 on refait un bail de location de quelques dépendances, preuve que le commerce commençait à bien se porter.

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III

La Courtille, à cette époque, consistait en haute et basse Courtille séparant le nord du faubourg du Temple du village de Belleville proprement dit. C'était la campagne. Y alternaient les jardins maraîchers et les vergers sur des terrains appartenant à l'origine aux religieux desservant l'hôpital Saint-Gervais où les Parisiens de ce temps avaient pris l'habitude, le dimanche, de venir respirer un air débarrassé des miasmes de la grande ville. Un ruisseau creusé par les moines descendait de la hauteur et entretenait une fraîche verdure, de beaux arbres... Comme le temps n'était pas toujours compréhensif, on construisit des cabanes. Que faire dans ces cabanes en attendant que la pluie cesse? Boire de ce méchant petit vin verd (sic) qui avait nom "guinguet", qu'on récoltait alentour et qui avait la réputation de faire dire des bêtises. Ainsi naquirent les guinguettes qui, même en tenant compte du bon marché du terrain qui permettait de s'étendre, finirent par se toucher toutes. Et la Courtille devint un lieu de plaisir. Le cabaret de Ramponneau était bien situé, à l'angle de la rue Saint-Maur et du chemin des Moulins qui menait à Belleville. 27