JEUNESSE ET SPORTS

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L'Histoire du Ministère de la Jeunesse et des Sports, exception culturelle de l'administration française, née sous le Front Populaire, affirmée sous Vichy, reprise à la Libération, valorisée aux débuts de la Vè république, n'a pas encore été écrite. Michel Héluwaert en propose une lecture critique et militante.
Publié le : vendredi 1 février 2002
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EAN13 : 9782296279094
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Espérances contrariées, marginalités récupérées

Jeunesse

&:

Sports

Propos sur des utopies abandonnées

Collection Espaces et Temps du sport dirigée par Pierre Arnaud

Le phénomène sportif a envahi la planète. Il participe de tous les problèmes de société qu'ils soient politiques, éducatifs, économiques, sociaux, culturels, juridiques ou démographiques. Mais l'unité apparente du sport cache mal une diversité aussi réelle que troublante: si le sport s'est diffusé dans le temps et dans l'espace, s'il est devenu un instrument d'acculturation des peuples, il est aussi marqué par des singularités locales, régionales, nationales. Le sport n'est pas éternel ni d'une essence transhistorique, il porte la marque des temps et des lieux de sa pratique. C'est bien ce que suggèrent les nombreuses analyses dont il est l'objet dans cette collection qui ouvre un nouveau terrain d'aventures pour les sciences sociales.

Dernières parutions

Marianne LASSUS, L'affaire Ladoumègue, le débat amateu-risme/profes sionnalisme dans les années trente, 2000. Claude PIARD, Où va la gym. L'éducation physique à l'heure des « staps », 2000. Jean-Philippe SAINT-MARTIN et Thierry TERRET (textes réunis par), Le Sport français dans l' entre-deux-guerres, 2000. Claude ROGGERO, Sport... Et désir de guerre, 2001. Michel RAINIS, Histoire des clubs de plage au XXème siècle, 2001. Pascal CHANTELA T (coord.), La professionnalisation des organisations sportives, 2001. Claude PIARD, Education physique et sport. Petit manuel d'histoire élémentaire, 2001. Alice TRAVERS, La montagne éducatrice, ]940-]944, 2001. Michel POUSSE, Rugby, les enjeux de la métamorphose, 2002.

Michel HÉLUW AERT

Espérances contrariées, marginalités récupérées,

Jeunesse

&

Sports

Propos sur des utopies abandonnées

Préface de Jean Pierre Augustin

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

cg L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-1986-4

Préface
Les recherches sur l'histoire des institutions et des mouvements de jeunesse, comme celles concernant le mouvement sportif, ont été assez tardives en France et les chercheurs ne leur ont pas toujours accordé la place qu'ils tenaient dans la société. Depuis les années 1980, on assiste à une modification de tendances et plus nombreux sont ceux qui soulignent que l'analyse l'organisation de ces secteurs permet d'éclairer et du fonctionnement de nos sociétés. le rôle joué par les multiples années 1960, ces initiatives sociodes pans entiers de

De fait, on mesure mieux aujourd'hui l'éducation populaire et du sport. Jusqu'aux

initiatives issues de la société civile dans les domaines de la jeunesse, de en France se sont généralement réseaux différenciés. réalisées dans des contextes

politiques marqués par l'appartenance

à des courants de pensée et de des initiatives

On peut évoquer une tripartition

religieuses, laiques et socialistes et considérer que ces oppositions ont été stimulantes pour la société. L'État ne pouvait cependant pas se tenir à l'écart de ces ensembles socio-politiques organisés. Si 1936 reste une date symbole, c'est à partir des années 1940 que les divers mouvements ont fait l'expérience de la rencontre forcée des réseaux privés et des orientations gouvernementales. Là encore, différentes étapes se sont succédé et imbriquées jusqu'à la création d'un service autonome de la Jeunesse et des Sports qui apparaît comme une exception culturelle de l'administration tère de la Jeunesse et des Sports s'affirment française. C'est au début de la Cinquième République que le Secrétariat d'État, puis le Miniscomme des instances à la fois populaire et d'écoute et de propositions dans des domaines très variés. La connivence entre l'État, les fédérations d'éducation le mouvement sportif se précise, les instances de réflexion et consultation se multiplient, les associations de cogestion d'un type nouveau voient le jour. Le renforcement de l'intervention de l'État apparaît notamment dans la planification des équipements sportifs et socio-éducatifs après 1961.

Puis, la crise aidant, de nouveaux dispositifs impulsés par le pouvoir central voient le jour alors que les lois de décentralisation donnant de nouveaux création d'instances locales d'animation. taurent autour de l'animation bénévoles s'ajoutent de diplômes d'État. Cette histoire, à la fois riche et complexe, est une histoire francofrançaise et l'on peut, à juste titre, parler d'une système original d'intervention proposer des lectures différentes de cette histoire. Michel Héluwaert nous invite à revisiter plus d'un siècle d'actions autour de la Jeunesse et des Sports. Son travail s'appuie sur de sérieuses connaissances, des références précises et des textes peu connus présentés en annexe auxquels s'ajoute une connaissance vécue, pendant plus d'un quart de siècle, de cette administration de mission. Mais l'auteur nous prévient, s'il a tenté (souvent avec brio) de faire comprendre l'histoire, il n'est pas historien, et son travail, surtout dans les dernières parties, est plus proche de l'essai engagé que de la distanciation de l'historien. Sa position est celle d'un militant qui croit aux valeurs de l'éducation sport et au rôle de l'administration. populaire, du Il ne propose rien de moins qu'une lente invention d'un publique. Il est évidemment possible de de 1982 en la pouvoirs aux collectivités locales favorisent

Des formations nouvelles s'insprofessionnels détenteurs

socioculturelle et sportive, aux militants et

des milliers d'animateurs

refondation du concept Jeunesse et Sports et pour cela envisage toute une série de mesures qui vont alimenter les controverses. Michel Héluvaert ne veut cependant pas apparaître comme un prophète, il souhaite stimuler la réflexion, déclencher des réactions, faire avancer les savoirs et surtout les débats. N'en doutons pas, ses prises de positions, ses expressions souvent radicales vont susciter des réactions. Cet essai va jouer un rôle utile de stimulation car l' objet Jeunesse et Sports n'est pas seulement un fait social dont il faut saisir les fondements et les contours, mais, aussi et surtout, un fait en train de se faire, c'est-à-dire une construction et non un simple construit. Jean-Pierre AUGUSTIN Bordeaux TII Professeur à l'université Michel de Montaigne.

Jeunesse & Sports! Vous n'irez quand même pas, chez ces gens là ! me dit, un jour, un Secrétaire Général d'Académie, apprenant que je refusais le bénéfice du de la Jeunesse & des Primaire, concours de Conseiller Administratif des Services Universitaires, qu'il estimait prestigieux, au profit de celui d'Inspecteur pourtant simple coordinateur pédagogique local. Certains disent que je suis tombé dedans lorsque j'étais tout petit, puisque j'ai connu le patro, la patrouille, les Auberges et le club sportif. Tous lieux où j'ai appris la culture, le syndicalisme et la politique. Il est vrai que j'en suis, sans complexes, malgré les critiques qu'en moi, ce que je n'aurai peut-être pas pu être ailleurs. J'y ai vécu des moments sublimes que peu d'administrations peuvent offrir à leurs personnels d'encadrement. J'y ai trouvé des amis sincères qui croyaient, comme moi, à cette mission impossible que nous ont concoctée Léo, Guéhenno, Segonzac, et d'autres qui avaient foi en la jeunesse. Si j'y ai rencontré, comme partout ailleurs, quelques parfaits salopards, j'ai bien souvent eu le sentiment que je vivais la position d'un militant qui manageait des missionnaires. Un jour, comme on me demandait d'en parler, j'ai, préférant ne pas procéder à la lecture habituelle des missions et à la litanie des bureaux parisiens, voulu comprendre d'où il venait et pourquoi il existait. N'ayant rien trouvé à son sujet, j'ai ouvert la boîte de Pandore et tiré un fil, puis d'autres. Bien que je ne sois pas historien, je vais tenter de faire comprendre l'histoire de cette exception culturelle de l'administration française. Il y a, sans aucun doute, des manques, que les anciens me reprocheront raison. Il y aura aussi des remarques, des interrogations avec que la décence font les mouches maniérées du microcosme. J'ai choisi d'y être car j'ai pu y être Sports, qu'il considérait plus bas que les fonctions d'Inspecteur

administrative conduit à ne pas faire lorsqu'on est en fonctions, mais que, parvenu à l'issue de sa période opérative, un ancien peut, dût-il faire grincer quelques dents, se permettre,

Bien que je ne sois pas prophète, je pense que le concept, s'il peut toujours être d'État, peut connaître, dans le cadre d'une décentralisation enfin réelle, l'expansion que les corporatismes centralistes lui ont toujours refusée et mettre en place les réformes qui, depuis un demisiècle, attendent toujours d'être instaurées. Sans les incitations de Thierry Crespon, de Pierre Bourgenot, de Jean Pierre Malhaire, d'Alain Jourda, membres très actifs de mon équipe de formateurs de Jeunesse & Sports en Languedoc-Roussillon, je ne serais peut-être pas allé aussi loin dans ma réflexion sur un domaine où j'ai vécu un quart de siècle de vie pédagogique et administrative. J'ai trouvé en Jean Pierre Augustin, qui est intervenu, lors de sessions où je rodais mon discours, un conseiller discret mais efficace qui m'a rappelé les critères de la présentation des idées. Il est vrai que, militant à l'épiderme parlois trop sensible, j'ai eu, lors des premiers jets, des expressions parlais abruptes qu'il m'a suggéré de lisser.
Pierre Arnaud a admis que cette expression remercié. intègre la collection

qu'il dirige, qu'il en soit sincèrement

Corrézien de corps et d'âme, il a été successivement,

porteur télégraphiste à Paris XX ème ,
instructeur du plan de scolarisation de Constantine, secrétaire, puis attaché d'administration universitaire, inspecteur, puis directeur départemental de la jeunesse & des sports. Il a connu les quatre catégories de la Fonction Publique d'État

Nos controverses vespérales, entre bords de Seine, Père Lachaise et Butte aux Cailles, ont fondé notre amitié. . .. . ..

à Henri Soubrane,

Montpellier, juillet 2001.

JEUNESSE

& SPORTS

Une exception culturelle?
Ministère de la Jeunesse & des Sports. Ce concept politicoadministratif franco-français reste une exception culturelle européenne, fondée sur la conception jacobine d'un État dont il a fallu pallier nombre de carences en de larges domaines, notamment celles du Ministère de l'Instruction Publique. En outre, de nombreuses situations qui ont marqué la Nation dans la période des années 30 à 80 ont influé sur ses missions et son attitude. On ne le trouve pas dans les Etats de l'Union, il perdure dans nombre de ses anciennes mis en place ceux, fondés caractéristique socioculturels. Ces modalités d'appréhension morale et culturelle du monde, qui étatique déterminent des attitudes d'encadrement ou de non-encadrement par des possessions systèmes coloniales. Il semble être la nationalet recherche d'un équilibre entre les concepts de sport et de jeunesse d'État totalitaires (Allemagne socialiste, R.D.A., Italie fasciste, Russie soviétique et pays satellites) sur le principe du libre regroupement des nations anglo-saxonnes

des citoyens,

qui mettent en avant par

tradition et culture une vision libérale des attitudes et comportements

de lajeunesse, ont, chacune à leur manière, en fonction de l'histoire et du poids politique de ceux qui les représentaient, participé à cette définition d'un Ministère de la Jeunesse & des Sports qui a tenté, sans y parvenir réellement, de réaliser un équilibre entre ces deux visions du monde.

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Une exception culturelle?

Il n'est pas dans la tradition du Royaume, jusqu'à la Révolution de 1789, de se préoccuper des problèmes de la jeunesse. Le dossier est dévolu à l'Eglise. Elle l'assume par le biais de congrégations qui assurent les charges publiques au bénéfice des pauvres auxquels elles apportent des soins de santé et d'éducation (Hôpitaux de Charité et Hospices, Petites Écoles des Frères de la Doctrine Chrétienne). La cible jeunesse se limite aux fils de la noblesse et certains, très choisis, de la petite ou moyenne Collèges des Jésuites, des Oratoriens bourgeoisie. S 'y intéressent les et des Jansénistes. Pour les filles

prévalent Couvent et Pensionnat. Il suffit qu'on en fasse des personnes, si possible agréables au regard, aptes à la conversation et au chant en salon, et capables de gérer la domesticité et les contraintes d'une bonne maison. La Convention leurs prédécesseurs pratique physique. et l'Empire perpétuent les errements avaient de lajeunesse antérieurs, sous des formes parfois laïcisées, mais sans faire évoluer la vision que ou d'une quelconque forme de de Condorcet à la Si le rapport, institutionnel,

Convention apparaît comme fondateur du principe de l'instruction pour tous, le discours, pédagogique, qu'y tient Portiez serait, si l'on en croit Geneviève Poujol, fondateur d'un corps de doctrine administrative mis en place cent cinquante ans plus tard. Hormis quelques activités de loisirs, relevant de la tradition rurale, (Soule, Paume, Barrette, Thèque), urbaines, liées aux pratiques festives citadines, (Archers et Arbalétriers sport des Flandre s, la Boule de Fort, les d'opposition, d'affrontement, de Jeux de quille, la Sarbacane et d'autres jeux d'extérieur), le concept de qui fait appel aux notions recherche de la performance, tel qu'il est codifié par les anglo-saxons, est absent des préoccupations l'Etat. de ceux qui ont en charge la conduite de

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JEUNESSE

& SPORTS

Il ne semble émerger, en France, un intérêt pour les activités physiques, qu'à partir de l'époque napoléonienne. nécessité d'une formation physique de lajeunesse, On admet alors la car elle est destinée à lance à la

intégrer les cadres et la troupe de l'année que l'Empereur

conquête de l'Europe. Le développement d'une année nationale, fondée sur la conscription, impose au pays de disposer de soldats et d'officiers aptes à affronter les rigueurs de la discipline et des combats. La formation à l'escrime, l'équitation et la gymnastique, actuellement considérées comme sportives, mais alors réservées à la Noblesse, à la caste des officiers, parfois, aux membres de certains corps d'élite, semble devenir une mission d'État. Les processus lèges d'institutions religieuses, répondent physiquement aptes au combat. C'est sans doute pour y répondre que se développe la doctrine d'Amoros, dont le projet, bien que présenté sous la forme d'une rénovation des méthodes d'enseignement, aspects militaristes qui le sous-tendent. d'éducation de lajeunesse ne parvient pas à cacher les La rénovation des principes d'éducation, privimal à l'attente de soldats

vue dans le concept amorosien, même si elle

vise à la réforme des pratiques scolaires, notamment par des références à Pestalozzi et à Rousseau, fait surtout en sorte que, par la promotion des activités physiques, le pays dispose de militaires de qualité. On remarque que c'est, en France, et dans les pays d'Europe continentale, où prédominent gnantes, qu'apparaissent les pédagogies des congrégations enseices tentatives de rénovation des méthodes les

éducatives, intégrant les activités physiques. Au moment où les projets d'Amoros visent à servir la cause des conquêtes napoléoniennes, peuples de culture et de langue allemande, opprimés par sa dictature, créent des centres d'activités gymniques, adaptés aux attentes militaires, et liés à des mouvements de libération de l'occupation française.

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Une exception culturelle?

Friedrich

Ludwig Jahn, patriote

prussien,

que les allemands participe, dans la de sociétés préparatoires de à

appellent le Turnvater (le père de la gymnastique), réveil national allemand, du Tugendbund, groupe

ligne de pensée du philosophe Fichte, à l'organisation, dans le cadre du résistance à l'occupation, liées au concept de Volkstum, et anime des sociétés de formation à l'art gymnastique (Turnkunst), l'enrôlement dans les armées locales de libération. À cette époque, les nations de l'Europe continentale sont confrontées à la nécessité de lever des conscrits, donc de disposer de soldats issus de la masse du peuple, non plus des filières traditionnelles du mercenariat, et découvrent la nécessité de travailler, en amont de leur incorporation, les capacités physiques de leur jeunesse, afin de disposer d'éléments aptes aux combats. C'est, vraisemblablement, centre-européen la raison de l'apparition différent dans du concept sa vision de d'éducation physique,

l'individu, des pratiques sportives, qui se codifient un peu plus tard, au sein des universités britanniques. Elles ne sont qu'un passe-temps pour jeunes, nobles ou bourgeois, riches et oisifs, comme elles le seront dans la France du début du xxème siècle. C'est sans doute ce qui inspire, et justifie, le concept d'amateurisme, défendu par Pierre Frédy baron de Coubertin, promoteur de la rénovation des Jeux Olympiques, mais qui ne prétend pas faire du sport et des Activités Physiques et Sportives un réel facteur de ciment social. L'Education Physique, telle que conçue par ses pères fondateurs, apparaît alors comme un des aspects primaires de l'Éducation Populaire en ce qu'elle a pour objet la libération et l'émancipation d'un peuple, c'est peut-être ce qui conduira certains à opposer dans les esprits Sport d'un côté, Éducation Physique de l'autre.

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JEUNESSE

& SPORTS

Pour ce qui concerne une jeunesse, considérée non plus comme un objet militaire, mais comme un objet social, seules existent en France des structures relevant des Eglisesl, ou de groupements philosophiques ou politiques. Dans le cadre de l'évolution de la pensée politique avant puis l'éducation physique est promue par l'Armée qui tente de la développer en liaison avec l'école et les sociétés gymniques et conscriptives, que ne s'étende, dans une part de la bourgeoisie chez les ouvriers, un phénomène athlétiques anglais. Dans un autre ordre d'idées, la contestation d'un système scolaire, que les syndicalistes, suivis par d'autres, mais pour des raisons différentes, estiment non adapté aux attentes du peuple, conduit à l'émergence du concept d'éducation populaire. De tout cela, ignoré d'abord par l'État et repris par lui, progressivement, dans des conditions lement des militants, missionnaires marginalités récupérées, parfois aberrantes, va s'établir cette structure, dite Jeunesse & Sports, dont les personnels sont traditionneld'une certaine idée de la jeunesse, contrariées, en Elle persiste à abandonnées. des sports et des loisirs, qui chemineront d'espérances en utopies exister, face à des administrations disparaître. On exposera donc, en premier lieu, les éléments constitutifs de son existence, puis les modalités de structuration administrative et pédagogique, de l' avventura politico-administrative la lecture de son bilan ouvrira une interrogation des services. Enfin, sur son avenir qui anglomaniaque, nouveau et classifiant:

les sports

centrales et des structures diverses

qui aimeraient bien qu'elle ne soit plus, et espèrent constamment la voir

pourrait être un peu moins étatique, un peu plus territorial, un peu plus

1

L'Église catholique contrôle l'A.C.J.F, les Églises protestantes regroupent des
fonnes françaises des Y.M.C.A. anglo-saxonnes.

U.C.J.G,

17

Une exception culturelle?

associatif aussi, mais à partir d'un mouvement associatif affranchi des multiples tentatives d' instrumentalisation C'est d'utopies dont il est l'objet. à partir

un avenir qui pourrait très bien se reconstituer retrouvées, celles dont rêve la jeunesse

et que les vieux au

pouvoir refusent traditionnellement qu'elle vieillisse mieux qu'eux.

de lui accorder, sans doute de peur

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JEUNESSE

& SPORTS

Les paradigmes fondateurs
Trois ensembles, regroupés Ce sont les mouvements premIers. dans ce que Jean Pierre Augustin du concept. le fait sportif et l'éducation décrit comme une tripartition idéologique, sont fondateurs de jeunesse,

populaire, le dernier me semblant être le paradigme fédérateur des deux

Les mouvements et institutions de jeunesse
Les premières manifestations d'intérêt britanniques en faveur des jeunes dès les viennent des Églises protestantes en découlent, naissent dans qui fondent, débuts du XIxème siècle, les Sunday schools. Les YMCA et YWCA! qui les pays anglo-saxons. Les UCJG2 apparaissent en France, dans les régions protestantes, dès 1882. L'Église catholique suit de peu avec la création, par Albert de Mun en 1886, de l'ACJp3. On attendra le début du xxème siècle pour voir, avec la création du scoutisme et celle des auberges de jeunesse, se définir les premiers concepts de mouvement de jeunesse. Le concept est allemand. Jugendbewegung (la jeunesse), et de Bewegung (le mouvement). est la fusion de Jugend Dans Bewegung, on

trouve Weg: le chemin, la route: ingrédients de cet aspect de la jeunesse qui cherche à mettre en mouvement (bewegen) les choses, les gens, la société, le reste. Le terme décrit un phénomène, die deutsche Jugendbewegung (le mouvement allemand de la jeunesse) qui apparaît dans

1

Young Men Christian Association, Young Women Christian Association. Unions Chrétiennes de Jeunes Gens. Association Catholique de la Jeunesse Française.
19

2
3

Les paradigmes fondateurs.

l'Allemagne wilhelminienne en réaction à la société postbismarckienne. Caractérisé par le Wandervogel1, il est différent du YMCA, anglo-saxon apparu en 1844, et français, d'ACJF, instauré en 1886. La deutsche Jugendbewegung se caractérise par une forme affinnée de refus des

contraintes de l'establishment. «Elle regroupe (au lieu d'être regroupée), se donne des règles et des lois (au lieu de se couler dans un monde préétabli pour elle par des éducateurs) et va jusqu'à proposer aux générations culture juvénile
»2.

montantes

les éléments

constitutifs

d'une

contrede

Il est, en France, de coutume

de distinguer

les concepts

mouvement et d'institution. On voit, dans cette distinction sémantique, se développer, au cours des années 1920-1940, diverses façons d'appréhender lajeunesse, fondées sur des analyses religieuses, philosophiques ou politiques. Chaque Église, chaque parti, chaque tendance, cherche à disposer de sa jeunesse, de son mouvement de jeunesse, vivier à partir duquel il lui sera possible de se développer. Il cible donc, avec le plus d'efficacité possible, toutes les composantes de cette société en devenir.

1

Le Wandervogel fonde ses activités sur le wandern, vision germanique du partir.

S'il n'a pas les retombées du scoutisme, il contribue à définir le concept des Auberges de jeunesse. Il apparaît à Berlin aux environs de 1900 dans la très rigide Allemagne wilhelminienne. Regroupant des étudiants et des lycéens, il connaît le succès dans toutes les classes de la société allemande. Ses membres sont des utopistes du retour à la nature, admirateurs de la terre qui ne ment pas, et du paysan porteur de la tradition humaine. Ce naturisme caractérise aussi le scoutisme. Le concept de terre qui ne ment pas est repris par la lAC, qui veut éviter que les jeunes de la campagne partent vers l'univers frelaté des villes. Cette mystique se retrouve dans Giono et caractérise l'attitude nostalgique d'une société rurale qui bascule progressi vement vers l'urbain.
2

Augustin J.P. & Ion J. Des loisirs & des jeunes. Paris, Éditions ouvrières. 1993. 20

JEUNESSE

& SPORTS

Les institutions politiques, religieuses, philosophiques découvrent, à cette époque, qu'une jeunesse consciente,

et sociales organisée, à de

structurée et proche de leur idéologie, est un moyen de se développer, voire d'assurer leur survie. Il leur faut persuader des jeunes d'adhérer un projet social, religieux ou politique, et définir une pédagogie l'accueil et de la formation de ces néophytes qui s'engageront au système social. Comme le note Jean Jousselin1, la structuration mouvements n'est pas monolithique, il y distingue: sociologique des

à leurs

côtés. Ces organisations sont liées à des systèmes religieux et intégrées

- le militant.

Engagé effectivement, il a la charge de diverses responsaparler, il est simplement tenu à un minimum

bilités, est lié à un minimum de présence et de régularité.

- le membre.À proprement
d'activité et de régularité.

- le participant. Il assiste à certaines rencontres, lit la presse du mouvement, mais aucune contrepartie (assiduité, cotisation, engagement doctrinal ou moral) ne lui est demandée. Cette distinction permet de voir comment certains ont eu, à la suite d'un engagement de jeunesse, la capacité d'évoluer vers des engagements sociaux. Le mouvement de jeunesse, parce que son action fait émerger des militants, est une école de préparation à la vie civique. En ce qu'il permet d'accéder à l'engagement social et à la prise de responsabilités, associatives, politiques et syndicales, il est une filière de cette contre-école qu'est l'Éducation Populaire. C'est pourquoi il est l'objet de tentatives régulières mouvement effectif. de contrôle par des hiérarchies opposées à tout

1

Jousselin J. Jeunesse, fait social méconnu. Toulouse, Privat. 1959. 21

Les paradigmes fondateurs.

Les mouvements

d'essence confessionnelle

Les Unions ChrétiennesElles sont, en France, les premières à se préoccuper des problèmes de la jeunesse. Elles agissent à l'instar des unions anglo-saxonnes

(YMCA & YWCA), qui existent depuis le XIX ème siècle1 et présentent,
pour notre pays, une antériorité remarquable en matière d'intérêt porté à la jeunesse. L'Union Chrétienne des Jeunes Filles est fondée en France en 1894, la Fédération des Étudiants Protestants en 1898 au Congrès de Montpellier. Geneviève Poujol rappelle2 que «dès 1789, les enseignants des Ecoles du dimanche avaient fondé la Birmingham Sunday Society pour

enseigner la lecture, l'écriture, le calcul et d'autres matières utiles aux jeunes gens ». Elle précise que les méthodes et le concept des Écoles du Dimanche ne seront introduites en France, dans le milieu du Réveil de jeunes laïcs religieux d'origine créent des Ecoles du généralement Protestant, que vers 1815. Utilisant les compétences formés à cette tâche, ces Ecoles du Dimanche par les lois laïques. Accueillant subiront progressivement des jeunes,

Jeudi3 qui utilisent le créneau laissé libre pour l'enseignement

paysanne, venus en ville pour y trouver un nouveau paysage social, elles leur influence, ne serait-ce que dans « la lutte
»4.

contre le conformisme et la stabilité des Églises protestantes

L'Union de Nîmes expose, vers 1830, qu'elle organise des «études bibliques, réunions de prières, écoles du dimanche, union
1

1884: Première YMCA à Londres, fondateur Georges Williams. 1885 : Première

YWCA en Grande-Bretagne, fondatrices Emma Roberts & Maryjane Kinnaird.
2

Poujol G. Histoires et pouvoirs de l'Éducation

Populaire. Paris, Éditions

ouvrières. 1981.
3 4

ibid.

Jousselin J. Jeunesse, fait social méconnu. Toulouse, Privat. 1959. 22

JEUNESSE

& SPORTS

cadette, patronage» philanthropiques
philanthropes» 1

et rappelle qu'elle « ne dédaigne pas les moyens

puisque Christ a été le premier et le plus grand des

. Ces Ecoles sont des instruments d'évangélisation et de
ouvrent le chemin aux Écoles de garde, aux des jeunes adultes sur une sportives, des églises, culturelles, elles sont

conquête missionnaire,

Écoles de vacances, puis aux Colonies de vacances. À leur côté, dit Arnaud Baubérot, les UCJG «réunissent base interconfessionnelle autour d'activités

sociales et spirituelles »2. Indépendantes
religieuses mais non confessionnelles, en aidant à l'introduction

et entrent, avant 1910, en contact

avec le Sillon de Marc Sangnier. Elles innovent dans le domaine sportif du basket-baIl et lancent des expériences de camping qui se transfonnent en camps réguliers à partir de 1908. Elles ont des sections cadettes qui encadrent les plus jeunes. Leur pédagogie, importée des sections adultes, n'étant pas adaptée aux attentes des jeunes, le scoutisme leur apparaît comme la meilleure réponse limité, assez possible à cette situation. Elles sont, le protestantisme étant à l'époque en France un fait religieux minoritaire et géographiquement guerre mondiale. discrètes. Ce qui n'empêchera pas leur efficacité au cours de la première

Associations

et mouvements

catholiques.

L'Action Catholique de la Jeunesse Française.Fondée en 1886 par Albert de Mun, qui a pris modèle sur une association d'étudiants du canton de Fribourg (CH), l'ACJF a pour objet de dispenser une fonnation, qui doit pennettre aux jeunes chrétiens d'acquérir les moyens de prendre des responsabilités dans la Cité. Les cercles locaux qui la composent sont sous la tutelle étroite de la paroisse et regroupent des
1

Poujol G. Histoire et pouvoirs de l'Éducation Populaire.

Paris, Éditions

ouvrières. 1981.
2

Baubérot A. Invention d'un scoutisme chrétien. Paris, Les bergers et les mages,

1996.
23

Les paradigmes fondateurs.

jeunes, bourgeois et petits-bourgeois. élèves des classes de philosophie établissements

Apparaissant lors de la promulgaet de rhétorique, surtout, dans les

tion des lois laïques, elle recrute prioritairement parmi les étudiants et les libres. Résolument élitiste, elle s'ouvre progressivement,

parfois avec réticences, à d'autres couches sociales. Elle ne s'intéresse à la question sociale qu'à partir de 19021. Elle accepte finalement fondées sur le regroupement La Jeunesse l'idée d'être fédératrice de structures, et qui agissent de couches sociologiques, du pays. (J.O.C.-J.O.C.F.).

dans la perspective de rechristianisation Ouvrière Chrétienne

La fondation de la JOC, liée à l'influence d'un ecclésiastique belge, l'abbé Gardijn, pénètre en France par la frontière nord perméable aux échanges culturels entre jeunes travailleurs. C'est à Clichy que l'Abbé Guérin crée les premières équipes de jeunes ouvriers, afin de relancer la pratique religieuse dans une masse ouvrière déchristianisée. Elle a pour slogan nous referons chrétiens nos frères. Les militants du mouvement appliquent la technique du voir, juger, agir, inspirée du scoutisme et des théories de Le Play. Ce qui leur pennet, à partir d'enquêtes de terrain, de déterminer les conditions de vie de la masse et de mettre en forme un plan d'action et d'intervention. Les évaluations des militants de la JOC tiennent compte de tous les paramètres sociaux qu'ils repèrent afin d'agir au mieux de leurs objectifs. Elle participera au développement du syndicalisme chrétien et de la Démocratie Chrétienne en France. La Jeunesse Agricole Chrétienne (].A.C.-].A.C.F.). La JAC est conçue en mars 1929 par des clercs et des laies ruraux de l'ACJF qui souhaitent apporter une réponse chrétienne au malaise paysan dû, entre autres, à la baisse des prix agricoles et à une reprise de

1

Thèmes des Congrès de l'ACJF à partir de 1903 : CHALONS: La question

syndicale. 1904: ARRAS: La mutualité. 1905: ALBI: Les conditions de travail de Lajeunesse ouvrière. 1906: ANGERS: La question agraire. 24

JEUNESSE

& SPORTS

l'exode rural. Les promoteurs de la JAC suivent l'exemple de la JOC en adaptant ses principes au monde rural. Elle reçoit, dès ses débuts, le soutien de l'AClF dont les Cercles Ruraux composent, depuis 1919, sa section agraire. L'Union Catholique de la France Agricole (UCFA)l l'Enseignement Agricole par Correspondance et lui apportent un soutien

actif. Le principe général d'intervention du mouvement est simple. Il faut prouver aux ruraux que, si leur sort est entre leurs mains, leur avenir ne pourra se résoudre aideront positivement qu'avec l'aide de chrétiens, qui les et socialement. Ses militants à progresser spirituellement

prennent en main, en utilisant des pratiques de l'EAC ou de l'UCFA, le plus grand nombre de moments de vie du monde rural. Elle est le chantre d'une ruralité qui valorise les concepts de terre, de clocher, de foyer, qui tend vers une sorte de corporatisme profondément rural. La lAC a marqué le monde rural et permis qu'il se prépare à la

modernité de l'après-guerre. Acteur de sa modernisation, elle jouera un rôle notable dans sa transformation. La Jeunesse Étudiante Chrétienne (J.E.C.-J.E.C.F.) Les motivations sont différentes. Ni ouvriers exploités, ni paysans isolés, les membres de la lEC sont des enfants de la petite et moyenne bourgeoisie, rarement enfants d'ouvriers, considérés comme des privilégiés pour avoir, après concours, obtenu une bourse d'études dans un Lycée. Ce sont de jeunes intellectuels qui s'opposent à une société et à une Eglise qui leur paraissent Française figées. Le problème des premiers jécistes est celui de la Culture. La JEC, complémentaire de la Fédération des Etudiants Catholiques, s'affirme, dès 1929, en tant que mouvement, composé de sections implantées dans les lycées, où elle pose très vite et clairement, le problème des finalités de l'enseignement.

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L'UCFA, association à rayonnement rural, soutient et développe la pratique
En 1927 elle regroupe 10 000 adhérents dans 60 diocèses.

catholique.

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Les paradigmes fondateurs.

C'est essentiellement, un mouvement qui se structure et s'étend à partir d'une pédagogie active, qui mise sur la capacité de créativité des jeunes, et adopte le voir, juger, agir, de la JOC. Elle peut être qualifiée, selon la formule d'André de Peretti, en fonction de sa volonté, non pas (de) se former pour agir, mais (d') agir pour se former. permanente de contrôle de la JEC par la hiérarchie La volonté se heurte à sa

spécificité de mouvement de laïcs, comme à son originalité, due à sa présence dans l'enseignement public, où elle est attaquée par les laïques qui la considèrent comme une manœuvre de l'Eglise et n'y admettent pas son existence. Les mouvements s'organiser. confessionnels sont donc les premiers à S'ils bénéficient du soutien intéressé de leurs hiérarchies,

ils ne se priveront pas de faire régulièrement, et de plus en plus, preuve de velléités d'indépendance.

Les mouvements non-confessionnels
Les composantes non religieuses de la société française s'ouvrent progressivement, elles aussi, aux problèmes de la jeunesse. Le plus important et qui présente de fortes connotations politiques, est celui des Faucons Rouges qui bénéficie, argument important dans les années 20, de l'aura intemationaliste. Au contraire des mouvements catholiques, ils ne sont ni fédérés, ni confédérés. Les Faucons Rouges En 1905, un journaliste autrichien, Anton Mritsch, militant En socialiste, crée pour les enfants ouvriers de Vienne, un mouvement de jeunesse die roten Falken étroitement lié au parti social-démocrate. France, il faut attendre 1932, pour que 700 Faucons Rouges allemands soient invités à Draveil, pour retrouver des enfants de Suresnes, Puteaux et Drancy. Les Faucons scission de 1920 ayant Rouges sont très proches nombre de la SFIO, la et de créé chez d'enseignants

pédagogues, des positions qui lui sont favorables. Il n'empêche que des 26

JEUNESSE

& SPORTS

tensions constantes se font jour entre les militants du mouvement et la hiérarchie de la SFIO. Leur projet politique est de fonner les cadres de la société socialiste future, il s'exprime à travers les Républiques d'Enfants. La transversalité idéologique qui caractérise dans les années 30 des regroupements de ce genre, laïques, scouts, ou politiques, les conduit à témoigner de l'idéalisme de l'époque. Lors du rassemblement annuel de ses membres, chaque obédience présente sa solution -pour et par les jeunes- de la société future à laquelle elle aspire. « Une remarque, peut-être sur ces cités idéales qui fleurissent alors: les Républiques des Faucons Rouges, les colonies éducatives, les camps scouts, la Cité des jeunes du Père Tillière - qui fait de son camp d'été une sorte de répétition de ce que devrait être la Grande Cité de

Dieu - proposaient tous un idéal qui allait au-delà du simple souci de
procurer une meilleure santé aux enfants des villes; Il s'agissait de faire d'eux - de meilleurs citoyens, de plus ardents patriotes, des chrétiens mieux instruits, des lnembres plus conscients de leur collectivité de classe ou de religion, pour tous, la réalisation d'un camp d'été transcendait le modeste camp de toile en un projet exaltant de
contre-société» 1.

La pédagogie des Faucons Rouges, aux aspects proches des méthodes du scoutisme, est fondée sur la prise de responsabilité par les jeunes (élection de responsables, parlement interne, gouvernement élu, auto-administration). Les Républiques et leurs activités sont organisées selon les principes de la pédagogie nouvelle, portés par des éducateurs dont les idées ne s'accordent pas avec la rigidité idéologique du PCF qui n'admet, ni les anarchistes, ni les trotskystes, ni les libertaires. Elles seront, pour les futurs cadres des CEMPA2, un laboratoire d'expérimentation lors de leur fondation en 1938. À leurs côtés se trouvent les
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Perrein L. Cahiers de l'Animation n° 32.
Centres d'Entraînement aux Méthodes Pédagogiques Activys.

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