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Journal du siège de Paris par les Allemands - 1870-

De
128 pages
Ce journal, écrit par le pasteur Napoléon Peyrat (1809-1881), né dans les Pyrénées dans un milieu bourgeois protestant, apporte des renseignements précieux sur l'état d'esprit des Français face à l'invasion allemande ainsi que sur les méthodes de guerre des Allemands. Ce texte est fort intéressant parce qu'il offre des impressions à "chaud" puisqu'il s'agit d'un journal qui n'a pas été retouché par son auteur en vue d'une publication.
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Sommaire
Préface d’André Encrevé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Transcription intégrale du manuscrit du Journal du Siège de Paris par les Allemands . . . . . . . . . . . 15 Images d’Épinal et photographies d’époques . . . . . . . . . . . . . . 73
Transcription et notes par Agnès Parmentier de Lingua de Saint Blanquat

Le pasteur de Saint-Germain-en-Laye face au siège de Paris par les Prussiens, 1870 - 1871 . . . . . . 91 Contexte personnel et paroissial de Napoléon Peyrat . . . . . 94 Contexte historiographique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94 Textes choisis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94 Récit de bataille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98 Quelques extraits concernant les Allemands . . . . . . . . . . . . . 101 Idéologie de l’Allemagne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105 Le protestantisme allemand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107 Les Bretons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110 Le Midi, l’Aquitaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110 Démarches pour la paix et « actions humanitaires » . . . . 111 Notes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119 Biographie de Napoléon Peyrat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
[Agnès Parmentier, décédée en 2006, avant d’avoir pu terminer la transcription du manuscrit, son travail a été poursuivi par son époux, le pasteur Roger Parmentier] La présentation du manuscrit du Journal du Siège de Paris a paru en 1998, aux Presses du Languedoc, dans l’ouvrage collectif « Cathares et Camisards, L’œuvre de Napoléon Peyrat (1809-1881) », sous la direction de Patrick Cabanel et Philippe de Robert. Préface de Philippe Joutard. Note des auteurs : Volontairement, le journal de Napoléon Peyrat a été recopié tel qu’il est présenté, avec les fautes d’orthographe et les expressions erronées faites par l’auteur concernant les noms de famille et les lieux. Les [ ] marquent des mots illisibles sur le manuscrit original ou apportent une précision permettant la lecture.

PRÉFACE
la suite d’une crise qui ne dure qu’une quinzaine de jours, le 19 juillet 1870 la France déclare la guerre à la Prusse. Celle-ci obtient immédiatement l’appui des quatre États d’Allemagne du sud : Bade, Bavière, Hesse et Wurtemberg. Cela modifie radicalement le visage de cette guerre. Il ne s’agit plus d’un guerre classique entre deux États qui, à l’issue de combats d’ampleur et de durée limitée, pourraient négocier une paix, désavantageuse certes pour celui auquel le sort des armes aurait été contraire, mais acceptable par les deux parties et ouvrant la voie à une réconciliation quelques années plus tard ; dont la guerre austroprussienne de 1866 offre d’ailleurs un exemple1. Il s’agit désormais d’une guerre entre deux nations qui vont se livrer à lutte sanglante, longue, difficile parce que le sentiment national entre en jeu et que ce ne sont plus seulement deux armées, mais aussi deux peuples qui s’affrontent. Le déroulement de la guerre le montre rapidement : le 2 septembre 1870, après la capitulation de Sedan, la plupart des observateurs étrangers concluent que la France n’est plus en état de vaincre l’Allemagne. Pourtant, la guerre va encore durer jusqu’à la fin du mois de janvier 1871 parce que, les 19 et 20 septembre 1870, lors de l’entrevue Ferrières entre Bismarck et Jules Favre, Bismarck réclame la cession de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine sans consultation de la population de ces régions, ce qui est inacceptable pour le sentiment national français. Et c’est seulement lorsque la France est à bout de force qu’elle se résigne à céder l’Alsace Moselle à l’Allemagne. Mais la volonté allemande d’annexer ces territoires sans faire de plébiscite, interdit toute acceptation réelle par la France des clauses du Traité de Francfort (10 mai 1871), qui
1. Rappelons que l’Empire des Habsbourg (qui deviendra en 1867 l’Empire Austro Hongrois), dont l’armée est vaincue par l’armée prussienne le 3 juillet 1866 lors de la bataille de Sadowa et qui signe le 23 août 1866 le traité de Prague entérinant sa défaite, devient dès 1872-1873 le principal allié de l’Empire allemand et le reste jusqu’en 1918. En effet, les clauses de ce traité sont acceptables pour l’Empereur François-Joseph.

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met fin à la guerre. Elle interdit donc toute réconciliation francoallemande, même à long terme, et induit une tension internationale permanente en Europe continentale, qui se révélera l’une des causes fondamentales de la Première Guerre mondiale. Elle explique aussi le siège de Paris, dont traite cet ouvrage. En effet, dès le lendemain de la capitulation de Sedan les Allemands décident d’assiéger Paris. Ils n’envisagent pas de tenter d’entrer dans la ville de vive force, probablement parce qu’ils savent que ce serait suicidaire pour l’armée allemande, d’autant plus que la ville est très bien défendue par toute une série de forts dont il leur serait très difficile de s’emparer. Ils choisissent au contraire d’en faire le blocus, pour contraindre la ville à se rendre et pour obliger le gouvernement français à accepter ce qu’il regarde comme inacceptable. A partir du 15 septembre l’étau se resserre progressivement sur la capitale et fin septembre le dispositif allemand est en place. Quant à Versailles, ville ouverte, elle est occupée sans combat dès le 19 septembre et elle sert de quartier général aux Allemand. Pasteur à St-Germain en Laye depuis 18472 , Napoléon Peyrat est donc bien placé pour donner ses impressions sur le siège de Paris. Naturellement, il s’agit d’impressions extérieures. Peyrat n’est pas dans Paris, il ne décrit pas ni souffrances imposées aux Parisiens par le siège, ni les tentatives de l’armée française pour tenter de briser les lignes allemandes qui les étouffent. De ce fait, outre les malheurs de la guerre, c’est surtout sur l’armée allemande, ses chefs en particulier, que portent ses observations. C’est aussi ce qui en fait le principal l’intérêt. Qui est le pasteur Napoléon Peyrat ? Né le 20 janvier 1809 dans le petit village pyrénéen des Bordes-sur-Arize (Ariège), qui compte une forte communauté protestante depuis le XVIe siècle, il est le fils d’un commerçant et fait donc partie de la petite bourgeoisie. Très attaché au protestantisme, il décide de devenir pasteur et effectue pour cela cinq années d’études de théologie à la Faculté de théologie protestante de Montauban, qui forme alors la plupart des pasteurs réformés. En 1831 il soutient son mémoire de fin d’études, intitulé Du christianisme au XIXe siècle, ce qui montre bien qu’il se pose la question de l’annonce de l’évangile à ses contemporains.
2. Il est tout d’abord pasteur-auxiliaire, nommé directement par le consistoire de l’Église réformée de Paris ; il devient pasteur titulaire en 1854 parce que l’État a accepté de créer un poste de pasteur concordataire à St Germain.

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Comme il ne semble pas avoir encore trouvé la meilleure façon de parler à ses contemporains, il ne devient pas immédiatement pasteur3. Il s’installe donc à Paris, où il demeure de 1831 à 1842, puis à Bordeaux où il vit de 1842 à 1847. Il gagne sa vie comme précepteur, et comprend cette période de son existence comme une sorte de long apprentissage lui permettant de mieux se préparer au ministère pastoral. Mais il la met également à profit pour se faire un nom dans la littérature de son temps. En effet, dès 1833 il publie dans une anthologie poétique – sous le pseudonyme de Napol le Pyrénéen – un poème épique, fort romantique et d’inspiration hugolienne, intitulé « Roland ». Cependant, il ne poursuit pas dans la veine poétique et ce n’est qu’en 1863 qu’il fait paraître son premier recueil de poèmes intitulé L’Arise, romancero religieux, historique et pastoral. Il publie ensuite deux autres recueils de poèmes : en 1874 La grotte d’Azil précédée d’une notice sur Siméon Pécontal ; et, en 1877, Les Pyrénées, romancero. La plupart des poèmes publiés dans ces recueils sont des textes rédigés dans sa jeunesse et qu’il n’avait pas cru bon alors de livrer au public (on y remarque aussi quelques poèmes inspirés par la défaite française de 1870-1871). Pourtant, ce ne sont pas ses œuvres poétiques qui lui assurent une petite notoriété, mais ses ouvrages historiques. En effet, il a un goût prononcé pour l’histoire et il effectue des recherches qui lui permettent de publier en 1842 deux volumes intitulés Histoire des pasteurs du Désert depuis la révocation de l’Édit de Nantes jusqu’à la Révolution française, 1685-1789. En 1847, comme il se sent désormais prêt à assumer les responsabilités d’un ministère pastoral, il demande à être « consacré au saint ministère » ; puis il devient pasteur à Saint-Germain-en-Laye, où il fait toute sa carrière et où il meurt le 4 avril 1881. Mais cela ne l’empêche pas de poursuivre son travail d’historien, où transparaît aussi son attachement à sa région natale. Il publie notamment : Histoire de Vigilance, esclave, prêtre et réformateur des Pyrénées au Ve siècle (1855) ; Les réformateurs de la France
3. Dans son mémoire (appelé alors « thèse »), il n’hésite pas à prévoir la fin des Églises catholiques et protestantes telles qu’elles existent, car, affirmet-il, « le flot des peuples les dépasse, les abandonne, et va les laisser pour jamais comme des vieux navires échoués sur les sables, où le vent disperse leur poussière aride et leurs lambeaux vermoulus » (p. 26-27). On comprend que, dans ces conditions, il n’ait pas souhaité entrer immédiatement au service de l’Église réformée.

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et de l’Italie au XIIe siècle (1860) ; Le Colloque de Poissy et les conférences de Saint-Germain en 1561 (1868) ; et surtout 3 volumes d’une Histoire des Albigeois. Les Albigeois et l’Inquisition (1870-1872). Certes, ses travaux ne correspondent plus à l’idée que l’on se fait aujourd’hui de l’histoire, et on peut penser que même dans ses travaux historiques le poète n’est pas tout à fait absent. Il reste que cela lui permet d’entrer en relations avec de nombreux intellectuels de son temps, en particulier Béranger, Lamennais4 , Sainte-Beuve, Mignet et surtout Michelet, qui fut son ami. Il contribue ainsi au rayonnement du protestantisme au sein de la société française. On le considère également comme un précurseur des félibres occitans5. Les circonstances de la rédaction de ce « Journal du siège de Paris par les Allemands » sont exposées au début de ce volume. Ce texte est fort intéressant parce qu’il offre des impressions « à chaud » pourrait-on dire, puisqu’il s’agit d’un journal, qui n’a pas été retouché par son auteur, en vue d’une publication. Cette saveur irremplaçable du vécu est particulièrement sensible pour nous qui avons plutôt l’habitude de lire des analyses de la guerre de 1870-1871. Il est par ailleurs fort utile par les renseignements qu’il donne sur l’état d’esprit des Français en face tant de l’invasion allemande ellemême que des méthodes de guerre des Allemands. Évidemment, comme c’est fréquemment le cas dans de telles circonstances, Peyrat se montre prêt à croire les inventions de la propagande française et refuse d’admettre les informations, nettement plus exactes, que fournit l’état major allemand. Il croit ainsi que le 23 septembre 20 000 à 30 000 prussiens ont été mis hors de combat et que « plusieurs milliers de Bavarois, indignés d’être toujours jetés les premiers à la bouche des canons ont passé dans les rangs français » (§ 20). Il cite aussi régulièrement des chiffres fantastiques de morts dans l’armée allemande. A propos d’un combat à Longjumeau, fin octobre il écrit même « un témoin me disait que le terrain était couvert d’une hauteur de deux mètres de cadavres » (§ 32) et soutient, un peu plus loin, que les Français ont fait 15 000 prisonniers (§ 33) !
4. En 1861 il publie un ouvrage intitulé : Béranger et Lamennais, Correspondance, entretiens, souvenirs. 5. Pour plus de détails sur Peyrat consulter : Patrick CABANEL et Philippe de ROBERT [sous la direction de], Cathares et Camisards, l’œuvre de Napoléon Peyrat (1809-1881), Montpellier, Les Presses du Languedoc, 1998.

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