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L'école du dimanche en France au XIXe siècle

De
296 pages
Ce livre souligne comment l'école du dimanche, fruit du Réveil anglais, a su mobiliser de nombreux bénévoles en faveur de l'éducation de la jeunesse, palliant l'absence d'accès à l'instruction scolaire mais aussi biblique au sein de familles en zone rurale comme en zone industrielle. Ces propos ne manqueront pas de stimuler la réflexion sur l'engagement bénévole dans l'éducation populaire aujourd'hui.
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eL’École du Dimanche en France au XIX siècle







Religion et Sciences Humaines
Fondée par François Houtart et Jean Remy
Dirigée par Vassilis Saroglou

Dans les sociétés contemporaines, les phénomènes religieux sont
remis en valeur, sous des formes très diverses, et sont reconnus
aujourd’hui comme des faits sociaux significatifs. Les ouvrages
publiés dans cette collection sont des travaux de sciences humaines
analysant les faits religieux, dans les domaines de la sociologie, de la
psychologie, de l’histoire, du droit ou de l’anthropologie. Il s’agit
d’analyser les faits religieux soit de manière transversale soit en lien
avec une tradition ou une forme de religion spécifique (notamment
Christianisme, Islam, Judaïsme, Bouddhisme, nouveaux mouvements
religieux).

Comité éditorial :
Roland Campiche (Lausanne, Suisse), Jos Corveleyn (Leuven, Belgique), Michel Despland
(Montréal, Canada), Nicolas Guillet (Cergy-Pontoise, France), François Houtart (Louvain-la-
Neuve, Belgique), Claude Langlois (EPHE, Paris, France), Albert Piette (Paris VIII, France),
Jean Remy (Louvain-la-Neuve, Belguqie), Patrick Vandermeersh (Groningen, Pays-Bas).

Déjà parus

Adeline HERROU & Gisèle KRAUSKOPFF (dir.), Moines et moniales de
par le monde, 2009.
Martina SCHMIDT, Protestantisme historique et libération. Renouveau
œcuménique dans le Sud et dans le Nord , 2007.
Nicolas GUILLET (études réunies par), Les difficultés de la lutte contre les
dérives sectaires, 2007.
Maurilio Alves RODRIGUES, Les Communautés ecclésiales de base au
Brésil, 2006
Nicolas de BREMOND D’ARS, Dieu aime-t-il l’argent, 2005.
Guy de LONGEAUX, Christianisme et laïcité, défi pour l’école catholique.
Enquête en Région parisienne, 2005.
Thierry MATHE, Le bouddhisme des Français, 2004.
Roberto CIPRIANI, Manuel de sociologie de la religion, 2004.
Stefan BRATOSIN, La nouthésie par la poésie : médiations des croyances
chrétiennes, 2004.
Yves CARRIER, Le discours homilétique de Monseigneur Oscar A.
Romero : les exigences historiques du Salut-Libération, 2004.
J. LE CORRE, La tentation païenne, 2004.
P. BARBEY, Les témoins de Jéhovah pour un christianisme original, 2003
Louis PEROUAS, L’Eglise au prisme de l’histoire, 2003 . Anne Ruolt




eL’École du Dimanche en France au XIX siècle
Pour croître en grâce et en sagesse























































© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56037-6
EAN : 9782296560376


À
Adeline, Beby, Henriette, Jacquy, Jude, Marie-José, Mercédès, Patricia,
Yannick, Yolande,
membres du groupe dit d’« Institut Biblique n° 3 »
qui furent les premiers, dès 2007
à s’intéresser à cette histoire des écoles du dimanche


Abréviations
@N : Archives Numérisées JÉdD : Journal des Écoles du Dimanche
ADSM : Archives Départementales de Seine- LMS : London Missionary Society
Maritime (http ://www.cwmission.org.uk)
AN : Archives Nationales MagÉdD : Magasin des Écoles du Dimanche
eArchives : Archives du Christianisme au XIX Ms : Manuscrits
siècle MusE : Musée des Enfants
ASÉdD : Agence de la Société des Écoles du NT : Nouveau Testament
Dimanche SÉdD et SED : Société des Écoles du Dimanche
AT : Ancien Testament SEIPPF ou SEIPF: Société d’Encouragement
BSHPF : Bulletin de la Société d’Histoire du pour l’Instruction Primaire parmi les Protestants de
Protestantisme Français France
CEÉdD : Comité pour l’Encouragement des SHPF : Société d’Histoire du Protestantisme
Écoles du Dimanche Français (http ://www.shpf.fr)
DEFAP : Département Évangélique Français SLR : Société des Livres Religieux de Toulouse
d’Action Apostolique (Service protestant de SSU : Sunday-School Union
mission) UCJG (parfois U.C.) / YACM : Union Chrétienne
DP : Dictionnaire de Pédagogie et d’Instruction des Jeunes Gens / Young Men’s Christian
Primaire de Ferdinand Buisson Les abréviations des livres de la Bible suivent
ÉdD : Écoles du Dimanche celles de la TOB.
GD : Grande Didactique de Comenius
Avertissements et remerciements
eLes citations en français du début du XIX siècle, respectent
l’orthographe ancienne sans le rappeler, par exemple : « enfan » au lieu de
« enfant », Glocerster pour Gloucester etc. Les majuscules ou minuscules des
citations sont respectées. Nous respectons aussi la ponctuation des auteurs cités
et les règles typographiques adoptées à leur époque.
Les références de notes abrégées sont intégrées dans le corps du texte,
pour répondre aux exigences de la norme de l’APA. On se référera à la
bibliographie des ouvrages cités, pour accéder aux références complètes. Les
références longues, en particulier tirées d’archives ou de sites internet, figurent
en notes infrapaginales pour aérer le corps du texte. Les annexes de ce volume
ont été numérisées. Nous signalons en notes et en bibliographie l’adresse des
liens permettant d’y accéder (@N). Les références des citations tirées de la
Bible sont notées ainsi : nom du livre, chapitre.versets. Sauf indication contraire,
les traductions proposées le sont par l’auteur.
Nous remercions vivement chacune des personnes qui, dans l’ombre, ont
contribué à la relecture de ce manuscrit, ainsi qu’aux bibliothécaires, archivistes
et églises qui nous nous ont permis d’accéder aux sources documentaires. Que
notre directeur de thèse soit ici aussi remercié comme les membres du
laboratoire pour leur confiance, leurs conseilles et encouragements depuis de
début de la rédaction de notre thèse, ainsi que les responsables de cette
collection et l’éditeur de cet ouvrage.
Nous présentons aussi d’avance nos excuses au lecteur qui pourrait être
gêné par d’involontaires coquilles qui malgré notre vigilance, auraient
malencontreusement encore pu nous échapper.

6 Avant-propos
L’école du dimanche, une histoire à faire

2
Figure 1 : Couverture de l’alphabet des ÉdD (1854 )
1. L’école du dimanche : des représentations françaises
eÀ juste titre, à la fin du XIX siècle, le pasteur Roy de Saint-Jean du Gard
considérait le rôle joué par les écoles du dimanche (ÉdD) comme des plus
déterminants pour l’ensemble du protestantisme français :
De toutes les œuvres instituées depuis un demi-siècle, l’école du dimanche est
certainement la meilleure et la plus féconde en heureux résultats. Elle l’emporte à
notre avis sur les Sociétés d’évangélisation et de Missions, car ces dernières ne
sont possibles qu’avec l’école du dimanche. Nous ne saurions nous représenter
l’état de notre protestantisme français sans elle. – Sans elle l’instruction religieuse
deviendrait impossible. Aucune œuvre n’est plus populaire d’une manière
générale dans toute la France. Elle fait partie intégrante de notre vie
ecclésiastique ; elle convient particulièrement à notre génie national, bien que ce
ne soit pas chez nous qu’elle ait pris naissance (ROY, JÉdD, 1895, p. 193).
Mais qui s’en souvient aujourd’hui ?
Tout au plus, en France hors des communautés protestantes, les écoles du
dimanche évoquent le souvenir d’un séjour en Angleterre où les enfants de la
famille d’accueil anglaise fréquentaient les Sunday School, souvenir autant
étonné que celui dont témoignait en 1863 Rémusat, un exilé français en
Angleterre (REMUSAT, 1863, p. 96-205). Reproduite d’une génération à l’autre
selon le modèle du discipulat, l’ÉdD est pourtant devenue une véritable
« institution », fréquentée aujourd’hui à l’heure du culte dominical par de
nombreux enfants de familles membres d’Églises protestantes françaises. Même

7 1lorsque les écoles du dimanche ont été « rebaptisées » en « écoles bibliques »
dans l’Église Réformée de France (ERF), alors que les Églises du courant
évangélique ont davantage gardé le nom originel, ce modèle demeure. Le
préambule des statuts de l’association loi 1901, déposés le 10 juillet 1922,
résume bien cette représentation contemporaine devenue « classique » :
L’Association non déclarée dite « Société des Écoles du Dimanche », fondée en
er1852, a été transformée conformément à la loi du 1 juillet 1901, en une
association déclarée dite « ASSOCIATION PROTESTANTE FRANCAISE
DES ECOLES DU DIMANCHE ET DU JEUDI » qui a pour but de travailler
tant en France que dans les territoires d’Outre-Mer, au développement des
écoles du dimanche et du jeudi, écoles établies auprès des églises et des œuvres
protestantes ; et toute œuvre destinée à donner aux enfants l’enseignement
biblique et l’enseignement de l’histoire du Christianisme (Archives SED, statuts
dactylographiés, sd, in Olivétan, Lyon, janvier 2008).
L’objet de cette œuvre protestante, nous permet d’établir une première
distinction : l’ÉdD n’est pas le catéchisme. Alors que dans la tradition
catholique, l’Église catéchise très tôt les jeunes enfants, dans la tradition
protestante luthéro-réformée c’est à l’âge de l’adolescence que les jeunes sont
catéchisés. L’éveil à la foi se fait traditionnellement dans le cadre familial où le
père de famille joue le rôle de « pasteur de sa famille ».

Cette distinction entre l’ÉdD et le catéchisme est bien marquée dans les
publications de la SÉdD. Alors qu’en 1856, le rapporteur de l’ÉdD de Bruxelles
évoque les débuts de son ÉdD, il précise : « L’école établie par M. L. Anet,
c’était plutôt un catéchisme qu’une école du dimanche. La vraie école du
dimanche date de 1851 » (ANET, MagÉdD, 1856, p. 260). La discussion nourrie
entre la confession d’Augsbourg et le Comité de la Société des Écoles du
Dimanche (SÉdD) à propos des statistiques, montre encore cette volonté de
dissocier les deux dispositifs. C. Meyer s’étonnait que la SÉdD ne comptabilisât
que 42 ÉdD, alors qu’il estimait qu’il y en avait plutôt au moins 300, une par
Église, sans compter les annexes. Après examen de la question, le Comité de la
SÉdD concluait ainsi :
L’on a été unanime à penser que si l’on identifiait les catéchismes de l’école du
dimanche, il n’y aurait plus de recherches statistiques à faire, car il n’existe pas, à
notre connaissance d’Église, soit réformée, soit luthérienne, où n’existaient un
ou plusieurs catéchismes pour les enfants. Mais le Comité persiste à croire qu’il
faut réserver le nom d’École du Dimanche pour ce culte spécial destiné aux enfants,
et qui, présidé par un pasteur ou par un laïque, est précédé ou accompagné
d’instruction dans les groupes par des laïques pieux, moniteurs ou monitrices,
dont le concours gratuit et dévoué est l’un des plus précieux auxiliaires de
l’œuvre pastorale (SÉdD, in MagÉdD, 1863, p. 211).
À Paris, en 1851, l’instituteur Victor Juhlin confirme la distinction faite
au temple des Billettes (luthérien) : « Il est bien entendu, que ces écoles du
__________________________________
1 En 1851, un projet de création « d’école biblique » avait déjà été présenté avant la fondation de la
SÉdD.

8 dimanche sont tout à fait indépendantes des catéchisations préparatoires à la
première communion » (JUHLIN, MagÉdD, 1851, p. 139). Dans sa thèse sur les
ÉdD, présentée en 1907, le pasteur Lombard distinguait toujours le catéchisme
des ÉdD, en présentant ces dernières comme une spécificité du Réveil tournée
vers l’enfance. Il écrivait :
Avant le temps du Réveil, le protestantisme ne s’est guère préoccupé des
enfants, si ce n’est de leur faire réciter un catéchisme appris par cœur : On
demandait aux élèves de connaître le catéchisme, de le savoir par cœur, mais on
négligeait de leur faire comprendre ce qu’ils disaient, de leur faire sentir l’amour
de Dieu, en leur présentant un Jésus qu’ils aient pu aimer. Les hommes qui
èmeprêchèrent le Réveil, au XVIII siècle, Wesley en Angleterre, en Allemagne
Zinzendorf, exigèrent que l’ont tînt compte de l’enfant (LOMBARD, 1907, p. 47-
48).
Au fil de ces pages nous chercherons à répondre à la question principale
suivante : en quoi les ÉdD ont-elles contribué au développement de l’Église
eprotestante d’une part et de l’école primaire d’autre part en France au XIX
siècle ? Cette question en appelant d’autres comme : celles de définir à quel(s)
type(s) de besoin(s) l’engagement de ses premiers acteurs a-t-il cherché à
répondre bien avant 1852, année de la création de la Société des Écoles du
Dimanche ? Pourquoi parler d’« écoles » pour un dispositif d’instruction
religieuse typique des communautés protestantes ? Pourquoi la Société des ÉdD
s’est-elle constituée en association loi 1901, alors qu’André Encrevé dans son
ouvrage : Les Réveils missionnaires en France cite le premier Comité pour
l’encouragement des ÉdD au même plan que les Sociétés missionnaires, qui,
elles, deviendront des associations cultuelles (ENCREVÉ, 1984, p. 251) ?

Remarquons qu’en 1859 déjà, A. Vulliet instituteur et directeur de l’école
normale de la Société évangélique de France (SEF), déplorait le choix du terme
« école » pour ce dispositif, lui préférant celui de « culte » pour enfants
(VULLIET, 1859, p. 282) ! N’est-il pas paradoxal de parler aujourd’hui encore
« d’école » dans l’Église, au sein d’une société laïque, où l’école républicaine
es’est construite au XIX siècle en « déconfessionalisant » l’école, par opposition
à l’Ancien Régime, remplaçant au premier article du curriculum de l’école
primaire, l’instruction religieuse par l’instruction civique (Loi Ferry n° 11 696
du 8 mars 1882), puis l’histoire sainte par l’histoire de France (BRUTER, 2007,
p. 53-85), excluant toute présence d’un ministre du culte à l’école (art. 25, Loi
Goblet, 30 octobre 1886), scellant ainsi la séparation de l’école et de l’Église ?
Et puis sur le plan des valeurs attribuées au « domaine du travail et des loisirs »,
ecomme le disaient les moniteurs d’une ÉdD parisienne au début du XXI siècle :
« les enfants n’en ont-ils pas déjà assez de l’école la semaine ? Le jour du repos
faut-il encore leur parler d’aller à l’école pour une activité de “loisirs” ? ».

Indices d’un certain « malaise identitaire », ces questions contemporaines
ne sont-elles pas l’expression d’un mouvement qui ignore largement d’où il
evient ? Au XXI siècle, les moniteurs, « seraient-ils des h ritiers sans
testament /? comme les éducateurs au sens plus large dont parle Loïc Chalmel

9
$(2011, p. 129) ? Cette « amnésie » serait-elle un effet collatéral de
l’individualisation de l’homme dans la société française, homme centré sur lui-
même jusqu’à ignorer ses origines, amnésie accentuée par l’émergence d’un
protestantisme plus « conversionniste » que « d’héritage », 22 % des protestants
2le sont aujourd’hui par choix, venant d’autres traditions religieuses . Ou bien,
serait-ce un signe d’une difficulté à articuler de façon dépassionnée l’instruction
« universelle » avec l’instruction biblique dans un contexte français ?
Alors qu’avec « l’affaire du foulard islamique » (Creil septembre 1989) et
des « signes ostentatoires » (Code de l’éducation, L. 141-5-1 ; 15 mars 2004) la
religion entrait dans l’école par les élèves eux-mêmes et non plus par les
eministres du culte, en ce début de XXI siècle, des universitaires n’hésitent pas à
revisiter ce champ de recherche s’interrogeant sur la « notion de libre arbitre et
d’action divine » par le biais de travaux sur les neurosciences ou du « monde
quantique » contestant une approche darwinienne stricte de l’évolution comme
le montre la recension faite par Thomas Lepeltier d’un tout récent ouvrage :
« The Cambridge companion to science and religion » publié sous direction de
Peter Harrison en 2010 par cette université britannique (LEPELTIER, 2011,
p. 68). L’histoire des débuts du mouvement des ÉdD avec cette ancienne tension
à propos de la définition : « d’école » ou de « culte » pour enfants, ne pourrait-
elle contribuer à mieux reformuler ou comprendre certaines problématiques
contemporaines, en posant le principe d’une articulation « organique » entre ces
deux définitions, en réfléchissant à la façon d’associer davantage les familles
comme éducateurs-partenaires des dispositifs éducatifs ?
2. L’école du dimanche en France : une histoire à faire
Si personne n’imagine que les ÉdD soient un jour sorties du chapeau d’un
magicien, la littérature destinée à ces écoles en France, aujourd’hui comme au
e 3XIX siècle, est fortement centrée sur l’histoire sainte et les aides pédagogiques .
Elle oublie cependant, souvent un grand pan de sa propre histoire. En effet, en
France, qui connaît par exemple le nom de celui qui a « inventé » ces premières
écoles ? Qui pourrait dire dans quel contexte celles-ci sont nées et comment
elles se sont développées en Angleterre comme en France ?
Nous sommes loin de pouvoir dire comme l’Anglais Baid (T 1, 1844,
p. 416) que l’histoire de l’institution des écoles du dimanche est trop connue
__________________________________
2 Ce chiffre est réparti de la sorte : 11 % de protestants luthéro-réformés et 48 % d’évangéliques selon :
IFOP, Le protestantisme : une famille recomposée. 18.11.2010, p. 12 www.ifop.com/media/poll/1320-
1-study_file.pdf [consulté le 30.11.2011]. Voir aussi, Sébastien FATH et Jean-Paul WILLAIME (dir),
« Les protestants au miroir de sondage IFOP 2010 », La nouvelle France protestante Essor et
erecomposition au XXI siècle, Genève, Labor et Fides, p. 390-420.
3 Aujourd’hui la littérature destinée aux enfants s’est largement développée, mais une étude montrerait
qu’en France elle est souvent le produit de traductions d’ouvrages anglais plutôt que des productions
originale. Les travaux de la Ligue pour la Lecture de la Bible (fondée en 1867 « Children's Special
Service Mission » [C.S.S.M.) » en Angleterre par Josuah Spiers) contribuant particulièrement à cela
www.ligue.be/?p=1&PHPSESSID=a45b111c33a59ab8608a3ba76055c236 [consulté le 24 février
2011].

10 pour essayer de la refaire. La première difficulté rencontrée par l’historien des
ÉdD françaises, est celle des sources. Jusqu’à ce jour, nous ignorons où sont
conservées les archives de l’ancienne Société des écoles du dimanche ! Fondée
en 1852, la société interdénominationnelle devenait le 10 juillet 1922 une loi
1901 dénommée : Association Protestante Française des Écoles du Dimanche et
du Jeudi. La mutation de la société amorcée en 1989 a été officialisée en 1999,
4faisant d’elle un organe des églises luthéro-réformées , avant de devenir en 2000
la « Société d’édition et de diffusion du service catéchétique du conseil
permanent luthéro-réformé (S.E.D.) ». Selon Jean-François Zorn, cette Société a
été dissoute en 2003, faute de moyens suffisants pour accomplir sa mission
(ZORN, ETR, 71, 1996/3, p. 379-400). Mais l’analyse qu’il fait des manuels
suggère aussi un sujet de tension d’ordre théologique : dès 1989, prédomine le
choix de la Religionpädagogik, avec non plus le texte biblique lu et expliqué de
façon suivie au centre, mais la réponse aux besoins des « catéchètes » et des
« enfants » conviés à un « parcours » biblique et non plus à des « leçons »
d’école du dimanche (ZORN, ETR, t. 84, 2009). Si l’hypothèse des très récentes
difficultés financières et théologiques comme causes principales de la
5« disparition » des archives reste à vérifier, l’absence de ces documents est au
moins le témoignage d’une œuvre dont l’identité est mise à mal, dissoute dans la
souffrance en présence d’héritiers certainement déchirés.

La quête historique était différente aux débuts de la SÉdD. Cependant, si
dès 1851 dans le Magasin des Écoles du Dimanche (MagÉdD) Jean-Paul Cook
lance des « appels à témoins », c’était surtout pour recenser les ÉdD françaises
et les encourager grâce au périodique dont il était le rédacteur. Le 20 juin 1828
déjà, Ph. A. Stapfer (1766-1840), second président du Comité pour
l’Encouragement des Écoles du Dimanche (CEÉdD), lançait une enquête auprès
des pasteurs des Églises réformées en France (STAPFER, LUTTEROTH, Circulaire
__________________________________
4 Les publications récentes du Journal Officiel, fixes trois étapes : le 21 décembre 1999 (in J.O. du
22/01/2000) l’association interdénominationnelle devenait l’organe des églises luthéro-réformées sous
le nom de Société d’édition et de diffusion du service catéchétique du conseil permanent luthero-
réformé (S.E.D.) ; Le 18 avril 2002 (in J.O. du 11/05/2002 son objet était modifié ; Le 17 janvier 2003
(in J.O. du 08/03/2003) l’association était dissoute. Jean-François Zorn qui montre comment par la
suite la SÉdD est devenue, en 1989 (Déclaré le 21 décembre 1999 in JO 22/01/2000) un organe des
Églises Luthéro-Réformées, Service des Églises luthéro-réformées alors qu’à ses débuts la Société
était une œuvre indépendante à caractère interdénominationnel (ZORN, ETR, 71, 1996/3, p. 379-400).
Jean-François Zorn discerne quatre étapes de la récente « ecclésification » de la SÉdD à sa
dissolution : « 1)1989 : entrée de la SED dans la Plate-Forme Catéchétique (PFC); 2) 1999 : la SED
devient société d'édition et de diffusion du Conseil Permanent des Églises Luthériennes et Réformées
(CPLR); 3) 2002 : la SED devient plus précisément le service catéchétique du CPLR. L'étape 4 (si l'on
peut dire !) fut la dissolution de la SED », entretien du 5 février 2011. Voir aussi : ZORN, Jean-
eFrançois, « Un mouvement catéchétique contemporain : les Écoles du Dimanche », ETR, 71 année,
1996/3, p. 379-400 ; « Chronique catéchétique I, Le matériel pédagogique pour enfants, produit par la
Société des Écoles du Dimanche de 1989 à nos jours », ETR t. 84 – 2009 ; « Esprit catéchétique es-tu
là(s) ? », in Actes du colloque national « pour construire la catéchèse de demain…», les 15 et 16 mars
2003, www.eglise-reformee-fr.org/IMG/doc/actes.doc [consulté le 25 décembre 2007].
5 Au siège des Éditions Olivétan à Lyon, nous avons pu consulter les quelques cartons d’archives
récentes, rassemblant essentiellement des documents comptables des dernières années de la Société
d’Éditions et de Diffusions.

11 de la Société de soutien aux Écoles du Dimanche, 1828, p. 329-330). Mais il
6s’agissait alors plutôt d’une sorte d’enquête sur les besoins éducatifs . La même
année, le CEÉdD disparaissait. Alors qu’en 1828 le pasteur Soulier publiait les
résultats de l’enquête (1828, 284 p.), en 1829, le pasteur François Martin fils
(1792- ?), s’y réfère dans le rapport du comité préparatoire à la constitution de la
SEIPPF des 17 et 24 avril 1829, pour justifier le « grand besoin » d’écoles
7primaires et d’instituteurs protestants en France .

Ce n’est qu’en 1888 que pour la première fois, le Journal des Écoles du
Dimanche (JÉdD) mentionne le nom du pasteur Laurent Cadoret (1770-1861),
lui reconnaissant d’avoir ouvert en 1814 la première ÉdD connue en France
(CADORET, JÉdD, 1889, p. 209). La rétrospective historique rédigée par
Matthieu Lelièvre pour le jubilé de 1902 établit la primauté cadoréenne
(LELIVÈRE, 1902, p. 3). Mais en 1858, alors que Gauthey (1795-1864) attribue
la paternité du mouvement originel au publiciste Robert Raikes (1736-1811)
dans son Essai sur les ÉdD, il ne parle pas plus de Cadoret que des pionniers du
midi (GAUTHEY, 1858, p. 7-8, 190). Et lorsque le MagÉdD publie en 1863
l’information transmise par un correspondant anglais se référant à la lettre que
Raikes avait adressée le 12 juillet 1787 à William Fox, parlant « [d’] une
députation qui lui aurait été envoyée depuis Paris pour conférer avec lui de
l’œuvre des ÉdD qu’il avait essayé de fonder », la SÉdD se contentait de
renvoyer la question de l’identité de ces personnes aux anciens prédicateurs
méthodistes anglais en France (MagÉdD, 1863, p. 9). Pour « motiver les
troupes » et atteindre le but premier : le salut qui a pour fruit un comportement
changé, les statistiques annuelles et la praxis ont primé sur une approche
historique critique et distanciée du mouvement.
Mais à corps défendant, ce mouvement populaire est né après une époque
de non-droit des protestants en France. Tout était alors à reconstruire. C’est à
l’université de Genève, qu’en 1865 a été créée la première chaire d’histoire des
8religions au monde . En France, ce n’est qu’en 1886 qu’était fondée l’École
Pratique des Hautes Études, avec une cinquième section consacrée aux sciences
religieuses où ont enseigné : Albert Réville (1826-1906), Auguste Sabatier
(1839-1901), Gabriel Monod (1844-1912) etc. Aussi, si les historiens
contemporains reconnaissent leur dette à l’égard de l’héritage que leur ont légué
__________________________________
6 Les trois questions qui suivaient étaient : « 1° Quel est, dans votre Église, le nombre d’enfans des deux
sexes ? Combien d’entre eux sont en état de lire couramment la Bible ? 2° Y a-t-il une école du
Dimanche dans votre Église ou dans quelqu’une de ses annexes ? S’il y en a une, depuis combien de
temps, et sur quel plan est-elle établie ? Combien d’enfans sont inscrits sur ses registres, et combien
assistent régulièrement aux leçons ? Les résultats obtenus sont-ils satisfaisans ? Quelles difficultés
s’opposent encore à ce que les bienfaits de cette institution s’étendent autant que vous le désiriez ? 3°
S’il n’existe pas encore dans votre Église d’école du Dimanche, avez-vous essayé d’en établir une ?
Quels obstacles vous ont empêché jusqu’à ce jour de le faire ? De quelle manière pourrait-on le plus
efficacement vous aider à en organiser une ? Si les moyens dont vous avez besoin vous étaient
fournis, consentiriez-vous à en former une sans retard ?
7 MARTIN fils, François, Rapport séance préparatoire à la SEIPPF, 17 et 24 avril 1829, Ms, SHPF ;
SEIP 017Y/1/1.
8 Site officiel de l’Université : www.unige.ch/lettres/antic/HR/index.html [consulté le 23 février 2011].

12 eles grands historiens universitaires du XIX siècle comme François Guizot
(1787-1874), Jules Michelet (1798-1874), Edgard Quinet (1803-1875), etc.,
cette matière ne s’est développée qu’à partir de 1867 dans les écoles normales
puis les écoles primaires françaises, et à partir de 1882, s’est réduite à l’histoire
de France pour forger l’identité citoyenne comme l’histoire sainte fondait
9l’identité chrétienne pour instruire le présent (BRUTER, 2007, p. 53) .

Ce n’est que très récemment que les historiens tels Daniel Robert, André
Encrevé, Alice Wemyss et Sébastien Fath ont désigné Cadoret, comme le
10pionnier des ÉdD françaises . Jean-Paul Willaime, dans l’article « Éducation »
qu’il signe dans l’Encyclopédie du Protestantisme, ne fait pas plus mention de
Raikes que de Cadoret (WILLAIME, 1995, p. 469-481). Ce dernier n’est pas non
plus cité par Jean-François Zorn, dans le bref article « Écoles du Dimanche »
édité dans le même ouvrage de référence (ZORN, 1995, p. 444). Si Émile
Léonard fait mention du nom du pasteur Laurent Cadoret c’est pour évoquer son
« beau ministère » en Normandie et à Amiens, et non pour signaler son action de
pionnier, menée au sein du mouvement des ÉdD.

eÀ l’occasion du 75 anniversaire de la SÉdD était publiée la brochure :
Qu’avons-nous fait pour nos enfants ? L’œuvre accomplie par la Société des
Écoles du Dimanche de France depuis 1852 ? (WESTPHAL, 1933, 32 p.)
L’historique brossé par A. Westphal omet de citer Cadoret. Le petit-fils de
Guizot, dans son allocution de Président de la SEIPPF, mentionne l’année 1814
11comme celle de la première ÉdD, mais sans citer le nom de son fondateur . En
1936, dans sa conférence sur « Luneray : Histoire de son industrie et de sa vie
er 12intellectuelle » (LHEUREUX, 1 Mars 1936, p. 12) , Pierre Lheureux cite
Benjamin Houplain comme « éducateur de premier ordre » à Luneray à partir de
1850. Il insiste sur l’action des conférenciers de « la Ligue de
l’Enseignements [sic] », mais ignore Laurent Cadoret. Dans sa conférence,
prononcée en 1959 au Temple de Luneray, Daniel Lardans (15 Juin 1957, 24 p.)
qui évoque l’histoire de la Réforme dans cette Église, cite son prédécesseur
Cadoret, mais ce bref extrait de l’épilogue de son discours, prononcé lors de la
dédicace du temple, le dimanche 6 Septembre 1812 (deux ans avant la création
13de la première ÉdD) , valorisait la paix retrouvée par les protestants libres
__________________________________
9 « Victor Duruy, qui fit voter la loi du 10 avril 1867 dont l’article 16 faisait de l’histoire et la géographie
de la France des matières obligatoires de l’enseignement primaire : Bulletin administratif du ministère
de l’Instruction publique (ce périodique sera désormais cité sous la forme abrégée BAMIP), 2e série t.
VII, pp. 341-346 » (BRUTER, Histoire de l’Éducation, p. 53, note n° 1).
10 D. ROBERT, 1961, p. 436, note n° 3 ; ENCREVE, 1986, p. 1018 ; WEMYSS, 1977, p. 103 ; S. FATH,
2005, p. 331 ; Zorn signale la première ÉdD à Luneray en 1814, sans nommer Cadoret (ZORN, ETR,
71, 1996/3, p. 379-400).
e11 GUIZOT-WITT, « 102 AG de la SEIPPF, Montpellier, 24 mai 1937 », BEP, p. 9.
12 C’est nous qui numérotons les pages, l’ouvrage n’ayant pas de pagination chiffrée.
13 @N, www.a.ruolt.free.fr/Histoire_EdD/Lardans_histoire_temple_luneray1957.pdf

13 14d’exercer leur culte et non les écoles du dimanche ! Avant lui, dans son
Histoire de la Réforme en Normandie, le pasteur Émile Berthe (1859) ne
mentionne pas non plus l’Église réformée de Luneray comme pionnière en
matière d’éducation, comme si le souvenir de Laurent Cadoret n’était pas à
réveiller (BERTHE, 29 mai 1859/1860, 23 p). En 1892, dans sa thèse sur le
Réveil, si Léon Maury ignore l’initiative éducative de Cadoret à Luneray, il le
reconnaît cependant comme celui qui encouragea son ami méthodiste Pierre du
Pontavice (1770-1810) à devenir pasteur de l’Église réformée (MAURY, V. 2,
151892, p. 335, et note n° 3, V. 1, 1892, p. 409) .

16Pourquoi cet oubli de Laurent Cadoret ?
Si l’hypothèse des tensions entre le courant « évangélique » et le courant
e17libéral, en particulier à Luneray , s’impose assez naturellement au XIX siècle,
d’autres facteurs sont aussi à considérer. La complexité des causes qui mènent à
la prospérité comme à la décadence d’une œuvre peut être illustrée par un autre
oubli de l’histoire. Les traces d’un projet d’ÉdD non confessionnel antérieur à
Cadoret, oublié lui aussi, sont mentionnées par Condorcet dans son rapport sur
l’instruction de 1789 :
Chaque dimanche l’instituteur ouvrira une conférence publique à laquelle
assisteront les citoyens de tous les âges : nous avons vu dans cette institution un
moyen de donner aux jeunes gens celles des connaissances nécessaires qui n’ont
pu cependant faire partie de leur première éducation. On y développera les
principes et les règles de la morale avec plus d’étendue, ainsi que cette partie des
__________________________________
14 Extrait du discours prononcé par Cadoret le dimanche 6 Septembre 1812 (deux ans avant la création
de la première ÉdD à Luneray), à l’occasion de l’inauguration du temple de Luneray « Comparez le
temps de nos pères et le nôtre ; le temps où ils étaient persécutés pour leur foi, jetés dans les prisons,
égorgés ; le temps où leurs biens étaient pillés, leurs maisons dévastées, leurs livres brûlés, et leur
temple démoli ! Aujourd’hui nous sommes réunis paisiblement et décemment préparés pour le culte.
Soyons heureux [sic], mes Frères, mais prenons garde que la liberté dont nous jouissons, la prospérité
et l’attachement aux biens matériels, ne viennent refroidir le zèle qui doit nous animer après avoir
reçu de si grandes grâces. Montrons-nous, par notre foi, notre renoncement au monde et notre
dévouement, les dignes et fidèles descendants de ces anciens Huguenots, auxquels on ne reprochait
que leur inaltérable et opiniâtre attachement au glorieux Évangile de notre Seigneur et Sauveur Jésus-
Christ… » (LARDANS, 1957, p. 24, @N, www.a.ruolt.free.fr/Histoire_EdD/Lardans_histoire_temple_
luneray1957.pdf).
15 Voir aussi, Pierre du PONTAVICE, « Lettre à Mme Mahy, Paris le 16 décembre 1805 » in LELIÈVRE,
1904, p. 109.
16 Sur Cadoret voir nos articles : Anne RUOLT, « Le pasteur Laurent Cadoret (1770-1861) et une de ses
œuvres : l’école du dimanche de Luneray », Bulletin de la Société d’Histoire du Protestantisme
Français, parution estimée fin 2012 ; « Laurent Cadoret (1770-1861) et l’École du Dimanche à
Luneray (1814) : les prémices de la renaissance des écoles protestantes en France », Penser
el’éducation, Univrsité de Rouen, 4 trim. 2011 ; « Luneray, berceau de la première École du
Dimanche en France ? » Bulletin de la Société d’Histoire du Protestantisme en Normandie n° 47
Février 2010, p. 20-26.
17 Les tensions que connut Cadoret l’orthodoxe, allait refleurir après un répit après sa démission lorsque
le pasteur Coutouly, libéral adopta les idées du réveil à l’occasion d’un voyage en Angleterre. Le
Consistoire de Dieppe consentit le 12 juillet 1859 à créer un second poste pastoral à Luneray pour
reconnaître le pasteur de l’Église libérale dissidente (COLLEN, 1982, p. 170-171).

14 lois nationales dont l’ignorance empêcherait un citoyen de connaître ses droits et
18de les exercer .
Condorcet avait eu connaissance du dispositif mis en place par Raikes en
Angleterre, des documents de premières mains lui ayant été rapportés à
l’Académie des sciences par le chirurgien Jacques Tenon, qui avait visité Raikes
à Gloucester le 5 juillet 1787 (GREENBAUM, 1971, p. 331). Condorcet était alors
le secrétaire de l’Académie des Sciences, celle-là même qui avait envoyé des
émissaires visiter les hôpitaux anglais et s’en inspirer afin de réformer ceux de
19France. Mais ces documents ont été perdus .
20Jean-Paul Cook (pour s’en démarquer) peut-être aussi le Baron de
21 22Gérando et Ernest Renan évoquent des dispositifs « laïcs » qui ont disparu
aujourd’hui. L’économiste Adam Smith (1723-1790), qui inspira Condorcet
(1743-1794), allait jusqu’à affirmer, en parlant des écoles du dimanche (qui
n’existaient pas encore en France), « qu’aucun plan n’a fait espérer un heureux
__________________________________
18 CONDORCET, Rapport et projet de décret, relatifs à l'organisation générale de l'Instruction publique,
présenté à l’Assemblée législative, les 20 et 21 avril 1792, http ://www.assemblee-nationale.fr/histoire
/7ed.asp [consulté le 6 Juillet 2007].
19 Florence Greffe, conservateur des Archives de l’Académie des Sciences-Institut de France, atteste que
« dans un document de la BNF (N.a.f. 22744, fol. 125) que J. Tenon a déposé à l'Académie des
sciences des documents et des ouvrages rapportés de son voyage en Angleterre, ceux-ci n'y sont plus
conservés ni à la Bibliothèque de l'Institut » (GREFFE, Paris, courrièl, 7 septembre 2010).
20 « On lit dans le Bulletin de l’Instruction primaire, que M. le préfet du Haut-Rhin vient d’adresser aux
maires et aux instituteurs de son département une circulaire, pour leur recommander l’institution des
écoles du dimanche. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que ces écoles d’enseignement
primaire et non religieux n’ont aucun rapport avec les écoles du dimanche que le Magasin cherche à
propager au sein du protestantisme dans les pays de langue française » J. P. COOK, MagÉdD, 1857,
p. 64.
21 Le témoignage de Gérando ne permet pas de décider avec certitude s’il s’agit d’une ÉdD laïque ou
protestante. C’est comme philosophe, précurseur de l’anthropologie, qu’il présente ainsi la fonction
des ÉdD : « Le dimanche, les enfants au-dessus de douze ans, qui ont déjà quitté l’école ordinaire, se
réunissent après l’office divin ; ils chantent en commun des hymnes, font des lectures dans les livres
saints, répètent ou récitent certaines leçons ou certains traits d’histoire, exécutent quelques
compositions écrites, quelques opérations de calcul. On leur remet quelques sujets ou problèmes
qu’ils emportent chez eux, pour les étudier ou les résoudre : on saisit cette occasion pour étendre leurs
connaissances sur des objets d’une utilité générale pour leur donner de sages conseils, pour avoir avec
eux des entretiens paternels. On les détourne par là des plaisirs grossiers qui pourraient les entraîner et
leur faire contracter de bonne heure des habitudes vicieuses. L’instituteur préside à ces réunions et ne
peut s’y faire suppléer. Quelquefois ces réunions sont suivies de promenades, d’exercices où
l’instruction se réunit encore à l’amusement et se déguise sous les formes de la gaîté (GÉRANDO,
1839, T2, p. 508).
22 Voir : l’éloge de Renan prononcé à l’occasion de la remise du prix de la vertu à Mme Gros, institutrice
libre, pour l’ÉdD qu’elle avait fondée dans une « banlieue chaude » de Lyon, près des Brotteaux au
milieu des ouvriers de la verrerie de la Guillotière. Ernest RENAN, « Fragments du discours prononcé
par M. Ernest Renan, directeur de l’Académie Française dans la séance du 4 Août 1881, à l’occasion
des récompenses accordées pour les prix de vertu de Monthyon », Petits récits de l’École du
Dimanche de la Guillotière-Lyon, Citeaux, 1881, 1sq. Mais là encore, le témoignage ne permet pas de
conclure avec certitude à une ÉdD laïque. En effet, Ruben Saillens rapportait qu’à Lyon : « Dès 1872,
il y avait de ces écoles à la Guillotière, dans un local d’évangélisation appartenant à l’Église libre, et
aussi à Vaise, à la Croix-Rousse, et ailleurs. Presque tous les membres de l’U. C. (une vingtaine
environ) devinrent moniteurs. Les jeunes filles, de leur côté, virent affluer les élèves. À la fin de 1872,
nous comptions dans nos diverses écoles plus de 600 enfants de 7 à 15 ans, presque tous venant de
familles de libres-penseurs (WARGENAU-SAILLENS, 1947, p. 25).

15 changement dans les mœurs avec autant de simplicité et de facilité depuis les
23jours des apôtres » .
William Frédéric dit Wilfred Monod (1867-1943) atteste bien que le
dispositif protestant ÉdD avait suscité de l’intérêt au-delà de son réseau d’idées
et de valeurs initial. Il écrivait :
Sauf erreur, j’ai lu quelque part que les catholiques nous enviaient nos écoles du
dimanche. Les socialistes font mieux que nous envier, ils nous les ont
empruntées. Dans le dernier numéro de Jean-Pierre, revue socialiste illustrée pour
les enfants, on peut lire les détails suivants : « A Glasgow et ses environs, nous
avons 8 écoles socialistes du dimanche. Nous ouvrons l’école en chantant un de
nos grands et vieux chants socialistes. Ensuite, nous avons notre texte, que nous
répétons tous avec grand plaisir. Le texte choisi, le mois dernier, était le suivant :
« Amour, nous nous donnons à toi ! Puissions-nous vivre en ton esprit,
aujourd’hui, dans nos travaux comme dans nos jeux, dans notre joie et notre
peine, où que nous soyons et quoi que nous fassions, puissions-nous vivre ce
jour en ton esprit, jusqu’à ce que les ombres du soir nous enveloppent. Amour,
nous nous donnons à toi, tout entiers, maintenant et pour toujours ! » Après le
texte, nous chantons un autre chant, puis vient l’appel. Chacun répond à son
nom. Cet appel est désigné ainsi : « l’appel des constructeurs de la nouvelle cité
d’amour. » Après avoir chanté de nouveau, nous avons notre leçon. En général,
c’est un des principaux socialistes du district qui nous parle sur une chose belle,
bonne et vraie. Après la leçon, nous chantons encore un peu, puis nous nous
séparons. » (15 mai 1902 – Aux enfants socialistes de la belle France). Vous admettez
avec moi que nos écoles du dimanche doivent être une institution bien
remarquable, pour avoir suscité de pareilles imitations (W. MONOD, 1902, p. 6-
7).
Mais si la déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie a
empêché Condorcet de mener à bien sa réforme éducative, il est aussi légitime
de se demander si une école non confessionnelle, pour apprendre à lire et à
écrire, ouverte un jour si chargé de symbolisme comme l’est alors le dimanche,
ne venait pas trop tôt en raison d’autres conflits philosophico-religieux en « terre
catholique ».

Proche des idées de François Guizot, président de la SEIPPF, opposé à la
24trilogie de l’école obligatoire, gratuite et laïque , l’histoire générale des ÉdD
françaises n’a-t-elle pas été victime malgré elle d’une forme de transfert
progressif de « désacralisation » de l’école confessionnelle vers la « sacrali-
sation » de l’école républicaine ? Car, contre l’idée reçue selon laquelle tous les
protestants ont idéologiquement souscrit de plein cœur à l’école laïque, une de
ses ailes a plutôt fait contre mauvaise fortune bon cœur comme rappelle Patrick
Cabanel (2006 p. 90) et le montrait déjà Charbonneau, dans sa thèse de 1908 sur
l’école normale de Courbevoie. Numériquement trop faibles, privées des
bourses et allocations de l’État, les petites écoles protestantes ne pouvaient pas
survivre. Si peu de personnes se souviennent aujourd’hui de la SEIPPF, qui se
__________________________________
23 Archives, 1831, p. 378. RAIKES, « Lettre à W. Fox, du 12 juillet 1787 », in POWER, 1863, p. 164,
PRAY, 1847, p. 154, VOGLER, 29 septembre 2004, p. 2.
er24 GUIZOT, PV SEIPPF, 1 mai 1852, p. 12, et PV SEIPPF 9 avril 1864, p. 12-17.

16 réclame aujourd’hui être son héritier ? Le logo choisi l’été 1935, lorsque fut
créée l’association des Amis de l’Enseignement Protestant Secondaire et
25Primaire (1935-1971) , « filiale » de la SEIPPF comme la désigne Witt-Guizot
e 26(1787-1874) dans son allocution à la 102 AG de la Société est significatif du
profond sentiment de minorité persécutée des protestants de ce courant. Au-
dessous des épis chargés de grains qui ploient sur un sol jonché d’ossements se
trouve une formule empruntée à l’apologète carthaginois Tertullien (150/160-
27230/240) : « Du sol fécondé par le sang des martyrs s’élève la moisson » .

Figure 2 : Logo de l’association des amis de l’enseignement protestant
28secondaire et primaire
Ce logo confirme la souffrance ressentie par cette minorité qui se sentait
encore opprimée par un « adversaire », mais cette fois-ci professant non plus le
catholicisme comme sous l’Ancien Régime mais l’athéisme comme forme de
neutralité-méthodologique dans les sphères de l’État. Ce que Guizot avait déjà
combattu en 1861, sans être compris par tous, son petit fils le reconnaît
amèrement dans la revue Les Amis de l’Enseignement Protestant. A posteriori, il
__________________________________
25 La société publie 25 BEP, tous les deux mois, parfois en numéros doubles, n° 1, 15 octobre 1935 -
n° 25-26, 15 septembre – 15 novembre 1939.
26 WITT-GUIZOT, BEP, n° 13, 15 septembre 1937/24 mai 1937, p. 3.
27 « Sang de martyrs, semence de chrétiens », « semen est sanguis Christianorum », TERTULLIEN,
Apologétique 50.13.
28 WITT-GUIZOT, Président, Circulaire : Les Amis de l’Enseignement Protestant, Paris, octobre, 1935,
p. couverture.

17 reconnaît aussi l’importance qu’avait revêtue l’école protestante pour le
développement d’une Église protestante vigoureuse qui, ensuite, s’est attiédie :
Pasteurs et fidèles s’aperçoivent maintenant et de plus en plus du dommage
qu’a subi le Protestantisme de France par l’abandon des écoles. Ils se
rendent compte du danger que fait courir à nos Églises l’esprit laïc qui sévit
en France et qui n’est trop souvent, sous le masque de la neutralité, qu’une
eroffensive contre toute foi religieuse (WITT-GUIZOT, 1 Juillet 1901, p. 3).
Alors qu’une des hypothèses expliquant l’amnésie de l’histoire du
mouvement touche à la relation de la religion avec l’école républicaine, le retour
à l’histoire du développement des premières ÉdD, cette « école des deux cités »
enseignant à la fois à lire et à connaître la Bible aux enfants les moins scolarisés
peut a minimima relier certaines questions présentes à l’histoire qui les a vus
naître et certainement permettre de mieux comprendre certaines tensions
contemporaines du monde de l’éducation.

L’objet de cette recherche a été circonscrit à la période courant de 1814
date d’ouverture supposée de la première ÉdD, par le pasteur Laurent Cadoret
e(1805-1819), le 7 août, à Luneray, à la fin du XIX siècle. Nous avons retenu
symboliquement l’année 1902, date à la fois du cinquantenaire de la SÉdD, et
des déclarations du pasteur Wilfred Monod (1867-1943) au synode du Havre,
inaugurant une nouvelle ère de discussions sur le mouvement qui allait devenir
une association loi 1901 en 1922. Sans entrer dans les conséquences de la loi de
séparation entre l’Église et l’État de 1905 nous n’avons donc pas non plus
considéré les effets de la loi sur les associations de 1901 sur la SÉdD. Les effets
de ce que certains ont appelé « la deuxième puis la troisième vague » des
e 29Réveils du XX siècle , comme les effets de la réunification de certaines Églises
30« orthodoxes » au tronc réformé lors de la création de l’Église Réformée de
France en 1938 sont aussi hors de notre champ.

__________________________________
e 29 « La première vague aurait donné naissance au pentecôtisme, au début du XX siècle, avec un fort
accent sur le baptême du Saint-Esprit, la glossolalie, le biblicisme et une structuration confessionnelle
séparée. Représentant le plus connu de cette vague, le puissant mouvement des ADD (Assemblées de
Dieu). La seconde vague aurait, elle, donné naissance au charismatisme classique, à partir du début
des années 1960. Elle se caractérise par un fort accent sur l'épanouissement par l'Esprit, la diversité
des dons spirituels (sans se focaliser sur la glossolalie qui perd son statut de signe indispensable), une
ouverture œcuménique (dimension trans-confessionnelle), et un biblicisme à géométrie variable. Le
charismatisme troisième vague (largement assimilable à ce qu'on appelle le "néo-pentecôtisme") est
né quant à lui au début des années 1980. Il emprunte à ses deux prédécesseurs, mais se distingue sur
trois points » Sébastien FATH, « Les charismatiques troisième vague, c'est quoi ? » (04.05.2007),
www.blogdesebastienfat.hautetfort.com/archive/2007/05/03/les-charismatiques-troisieme-vague-c-
est-quoi2.html [consulté le 23 février 2011].
30 Nous employons le terme « orthodoxes », non au sens confessionnel du terme, mais au sens psycho-
social, suivant en cela Jean-Paul Willaime (1992, p. 113, note n° 5). Plus largement sur l’histoire du
mouvement Évangélique voire ; Sébastien FATH, Du ghetto au réseau : le protestantisme évangélique
en France 1800-2005, Genève, Labor et Fides, 2005, 425 p. ; « Deux siècles d’histoire des Églises
Évangéliques en France (1802-2002), contours et essor d’un protestantisme de conversion », Hokhma
n° 81, 2002, p. 1-16.

18 La constitution de notre corpus a commencé par la littérature en langue
anglaise, abondante sur l’histoire de ces premières écoles britanniques. Puis, à
défaut d’archives de la SÉdD, nous avons tiré profit des revues que la SÉdD a
publiées ainsi que de l’édition des rapports de ses AG qui sont conservées à la
bibliothèque de la Société d’Histoire du Protestantisme de France (SHPF) où se
trouvent aussi les archives complètes de la Société d’encouragement pour
l’Instruction Primaire parmi les Protestants de France (SEIPPF) et les archives
de certaines Églises Réformées. Aux archives consultées aux Archives
Nationales (AN) et aux Archives Départementales de Seine-Maritime (ADSM),
es’ajoutent la presse protestante comme Les archives du christianisme au XIX
siècle, l’écho de la vérité, mais aussi les mémoires et thèses en théologie que
nous avons pu trouver sur le sujet soutenus à Montauban, Paris et Genève entre
1883 et 1926. La seule recherche récente (1988) en langue française est le
mémoire de DEA d’histoire de Jocelyne Dubois, dirigé par André Encrevé
intitulé : La société des Écoles du Dimanche de 1854 à 1914.

Nous avons cherché à voir ce qui se cachait derrière cet « angle-mort »
historiographique contemporain en adoptant les trois principales méthodes dont
témoignent les écrits publiés par les acteurs des ÉdD eux-mêmes. Alors que
notre méthode a surtout été herméneutique au sens ricœurien de décrire pour
mieux comprendre et expliquer, nous avons aussi parfois eu recours à l’analyse
quantitative, tout en privilégiant les métaphores voire les idéaux-types
(Durkheim) là où ils permettaient de mieux rendre compte de l’histoire. Nous
chercherons à vérifier l’hypothèse d’un mouvement à la fois « auxiliaire » et
« catalyseur » des différents réseaux éducatifs d’initiative protestante-
orthodoxe-réveillée. Nous situant en marge du conflit de ces « deux Frances »,
dans le tissu d’idées et de valeurs méconnu de la lignée des premiers acteurs des
ÉdD nous avons cherché à restituer aux éducateurs contemporains, une part de
ce « testament perdu ». Ainsi, nous nous sommes intéressée à cette aile
méconnue de « troupiers au théâtre des opérations éducatives », comme les
nomme Daniel Hameline (2002, p. 9). Notre approche émique (emic), plutôt
31qu’étique (etic) selon la catégorisation établie par le linguiste nord-américain
32Kenneth Lee Pike (1912-2000) , en reconnaissant le sujet comme initiateur
d’idées et de valeurs, nous a placée dans un courant d’idées hamelino-
chalmélien prenant le contre-pied d’un des courants de « la science occidentale
moderne essentiellement positiviste » qui, selon Loïc Chalmel, en écho à Daniel
__________________________________
31 La phonétique est l’étude des phénomènes d’une langue s’appliquant à tous les contextes culturels.
32Disqualifié pour devenir missionnaire en Chine, Pike s’orienta vers la linguistique. Il devint professeur
au département de linguistique de l’université du Michigan. Il présida aussi de 1942 à 1979 la S.I.L.
ou mission Wycliffe. En 1951, il publiait le Nouveau Testament mixtèque (langue non écrite
d’habitant d’une région du Mexique). Nominé douze années consécutives pour le prix Nobel de la
paix. Pour une bibliographie étendue de ses travaux, voir Ethnologue Languages of the world, sur
www.ethnologue.com/show_author.asp?auth=6224 [consulté le 25 décembre 2009]. Jean Caudmont
présente Pike comme quelqu’un qui « ne présentait aucune particularité qui pouvait faire penser qu’il
deviendrait l’un des linguistes américains les plus originaux et les plus prolixes de la deuxième moitié
edu XX siècle (CAUDMONT, 2001, p. 147). Dès la publication de sa thèse en 1942 donne à la
phonétique descriptive sa nouvelle orientation (CAUDMONT, 2001, p. 149).

19 33Hameline « fonde pour une large part sa légitimité sur l’éviction du sujet : les
objets, pour mieux dire les facteurs, déterminent les contextes éducatifs et
évoluent de manière autonome, indépendamment des velléités des acteurs »
(CHALMEL, 2002, p. 7).
3. L’école du dimanche : portrait d’une histoire à visage
humain
Nous ne nous attacherons donc pas, stricto sensu, qu’aux seuls « faits du
passé ». Pour rendre plus sensible la présence des premiers acteurs, comme le
contexte de vie qui fut le leur, nous les citerons à plusieurs reprises. Mais si nous
n’évinçons pas les acteurs du mouvement, nous ne considérons pas non plus
l’historien comme s’il était un « parasite » dont il faudrait s’efforcer de réduire
l’effet déformant, au plus près du zéro (MARROU, 1954, p. 49). En effet si
« l’histoire, c’est ce que font les historiens » (PROST, 1996, p. 15), il faut alors le
considérer comme participant de façon « organique » au processus qui
« produit » l’histoire. Nous envisagerons donc plutôt l’historien –nous, en
l’occurrence, ici- comme « l’acteur de l’écriture de l’histoire qui n’est de ce fait,
ni « le bruit », ni « la perturbation, [...] qu’il faut éliminer afin d’atteindre la
connaissance objective » » (MORIN, 1990, p. 55). Si nous sommes extérieure au
dispositif, n’ayant jamais été ni élève ni monitrice d’une ÉdD, en revanche nous
sommes proche de ses idées et de ses valeurs par notre formation initiale à
l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne puis à la Faculté Libre de Théologie
Évangélique de Vaux-sur-Seine ; comme nos engagements professionnels
successifs : au Tchad, en Côte d’Ivoire, en Suisse et en France au sein d’œuvres
et Églises fruits du Réveil au même titre que l’ont été à leur origine les ÉdD
françaises.

Notre posture proche de celle de l’ethnologue est donc à la fois macro ou
distanciée car extérieure au mouvement et à ses acteurs et micro, car intérieure
au courant d’idées et de valeurs qui l’ont porté. Cette posture épistémologique
peut aussi s’exprimer en termes à la fois « d’osmose avec le référent » et « dans
une posture de distance critique » (CHALMEL, 2002, p. 9). Consciente de notre
propre héritage théologique partagé par de nombreux acteurs du mouvement des
ÉdD, nous avons aussi cherché, par une approche critique des documents-source
sur l’action menée par leurs auteurs, à ne pas faire des acteurs-troupiers une
présentation épidictique. Point de panégyrique hagiographique, cherchant à
« isoler» tel ou tel acteur oublié pour le mettre sur un piédestal ! L’écriture
s’inscrit dans une ligne épistémique, telle que Loïc Chalmel l’a adoptée dans sa
thèse « La petite école dans l’école » et que la décrit Daniel Hameline dans sa
préface à la monographie sur Jean Georges Stuber (HAMELINE, 2001, p. X-
XIII).
__________________________________
33 « On nous a enseigné qu’il était, de toute évidence, plus instructif d’inscrire cette histoire dans l’ordre
des structures anonymes où les processus éducatifs trouvent leurs tenants et leurs aboutissants »
(HAMELINE, 2002, p. 9).

20 L’analogie du portraitiste versus celle du géomètre, appliquée au
pédagogue par Gauthey (1854, p. 454) et à l’historien par Marrou (1954, p. 282-
283) illustre à la fois la marque laissée par l’historien dans son interprétation des
sources, et sa volonté de tirer instruction de l’action de ceux dont il se fait le
porte-parole qui se conjuguent dans une interprétation « juste » de l’histoire. Un
double parallèle théologique, peut ici utilement renforcer cette compréhension
34de l’écriture historique : il s’agit de la doctrine de l’inerrance biblique , telle
que la théologie du Réveil l’entend et du sens d’Écrits prophétiques donné par la
35tradition juive aux récits historiques du Tanak .
Pour Louis Gaussen (1790-1863), dogmaticien du Réveil et acteur des
ÉdD à Genève, la Bible dit juste et elle ne laisse errer personne. Il la définit
comme : « Dieu parlant dans l’homme, Dieu parlant par l’homme, Dieu parlant l’homme, Dieu parlant pour l’homme! » (GAUSSEN, 1840, p. 13). La
variété des styles littéraires porte bien la marque des rédacteurs qui n’ont pas fait
qu’une œuvre mécanique de sténographes sous la dictée d’un auteur.

Pour la tradition juive, au nombre des écrits « prophétiques » figurent les
livres comme ceux de Samuel, des Rois, des Chroniques etc. Le récit historique
revêt une fonction « prophétique » plutôt que « généalogique » au sens commun
contemporain. Ces récits sont transmis de génération en génération avec pour
vocation d’enseigner à la génération nouvelle, quel est son héritage, quel fut le
parcours de ses pères, pour en tirer une instruction à valeur éthique qui, pour le
judéo-christianisme renvoie à la Personne et à la Parole du Créateur, fondement
des idées et des valeurs. À l’antipode des positivistes, qui voudraient réduire au
maximum le facteur « vie » du « récit historique », les anciens historiens
hébreux conféraient à l’histoire une valeur de « parole » où était inscrite une
perspective résolument « relationnelle et vivante ». Il s’agissait par exemple de
montrer comment s’était déployée la grâce du « Maître » de l’histoire, envers
son peuple retors (Ps 78.1-8 ; 1 Co 10.1-7). En cela les récits bibliques illustrent
aussi le modèle monographique épistémique, ne manquant pas de présenter les
manquements des hommes dont la fonction est celle de serviteurs hérauts, et
non héros, sans peur et sans reproche. Mais par analogie néotestamentaire où les
faux prophètes sont assimilés aux faux docteurs (2 Pi 2.1), l’historien est donc
aussi l’enseignant qui au-delà de la complexité réelle de l’histoire, sait en
discerner les articulations pour l’expliquer avec justesse et cohérence, sans
mépriser la métaphore car « souvent les images rendent des services »
(GAUTHEY, 1853, p. 376), comme l’affirmait volontiers le pasteur-pédagogue
Louis Frédéric François Gauthey. C’est une telle forme d’enseignement qu’il
présentait à ses élèves instituteurs :
__________________________________
34 Les tenants de cette doctrine affirment que dans sa version originale, la Bible est sans erreur. Avec le
schème Création-Chute-Rédemption, comme nous le montrerons plus loin, la doctrine de l’inerrance
est la pierre d’angle de la théologie du Réveil.
35 Le Tanakh est l’acronyme hébreu pour Torah (Pentateuque), Nevi’im (Prophètes), Kethouvim (Les
Écrits), soit les 3 parties de l’Ancien Testament selon la division hébraïque.

21 Voulez-vous étudier l’histoire ? Gardez-vous d’apprendre d’une manière
détachée les faits et les dates ; car vous n’arriverez qu’à une sèche chronologie,
qui ne vous ferait connaître le drame des destinées humaines, ni dans sa réalité,
ni dans sa vie ; mais étudiez les événements dans leurs causes, dans leur
développement naturel et dans leurs conséquences ; ainsi vous saisirez la vérité
historique, votre regard ne s’arrêtera pas à la surface des choses, mais vous les
pénétrerez profondément et une fois que votre mémoire en possédera
l’enchaînement et la substance, elle ne s’en dessaisira plus (GAUTHEY, 1854,
p. 418).
Nous aurons souvent recours à cet ami oublié de Pestalozzi, car c’est à
l’aune de la méthode pédagogique qu’il a synthétisée, et dont il rend compte
dans son Essai sur les Écoles du Dimanche, ainsi que de ses cours donnés à
l’école normale de Lausanne, puis de Courbevoie, que nous avons cherché à
comprendre et expliquer les caractéristiques pédagogiques singulières de ce
mouvement dont il fut aussi un des acteurs en France.

Première partie
Les écoles du dimanche françaises
filles des écoles du dimanche anglaises et du Réveil

1Figure 3 : Robert Raikes, quartier du « Pré-sainte-Catherine », à Gloucester
1. Le vent du Réveil britannique
Dans son article : Un coup d’œil sur l’histoire des écoles du dimanche en
France, publié en 1890, Matthieu Lelièvre présente à juste titre l’ÉdD comme
« un article d’importation britannique ». Mais pas n’importe quel « article », car
pour lui il s’agit du « fruit excellent du réveil anglais du siècle dernier »
(LELIÈVRE, JÉdD, 1890, p. 364-367, p. 405-409). Cette double « marque
d’origine » : anglaise et protestante-réveillée, est confirmée par le profil des
premiers acteurs français.
__________________________________
1 H.B. PAULL, (Mrs), Robert Raikes and his scholars, Londres, The Sunday School Union, 1880, p. 1

23 Lorsque Laurent Cadoret, pasteur de l’Église Réformée de Luneray,
fonde la première école du dimanche le 9 août 1814, c’est sous l’impulsion de
David Bogue (1750-1825) le directeur du séminaire théologique à Gosport où
Laurent Cadoret a été formé. Les rapports nourris qui semaine après semaine
2suivent ses premières expériences sont adressés au révérend Tracy , secrétaire
de la Mission de Londres dont Cadoret avait accepté d’être l’agent depuis le 4
3octobre 1801 . Alice Wemyss précise que la décision d’implanter le mouvement
en France avait été prise par Cadoret avec Durell à l’occasion d’une rencontre
4religieuse en Angleterre en mai 1814 . Pour Daniel Robert, Cadoret était un
5précurseur du Réveil en France avec vingt ans d’avance .
La première ÉdD du Midi, créée en 1815 à Bordeaux, à l’initiative du
6pasteur « Réveillé » François Martin père (1857-1838) et de sa femme , l’a été
sur la demande de l’Union des écoles de Londres assortie d’une subvention de
250 francs (J. P. COOK, MagÉdD, 1851, p. 258, J. MONOD, 1852, p. 66).
Le pasteur César Chabrand (1780-1863) de Toulouse, qui rédige un
premier guide pratique des ÉdD en 1817 : Des écoles du dimanche de leur
7importance et de la manière de les diriger était parti en 1816, pour Paris puis
9pour l’Angleterre dans le but : « d’intervenir… auprès du ministre de l’Intérieur
[et] d’instituer des écoles du dimanche » (WEMYSS, 1977, p. 93). Proche des
frères Moraves, il s’est activement engagé dans différentes œuvres du Réveil,
dont la Société des Livres Religieux de Toulouse, Société existant dès 1820,
deux ans avant la fondation de celle de Paris à laquelle appartenaient des acteurs
10aussi engagés dans les ÉdD et dans la SIEPPF .
__________________________________
2 Laurent CADORET, Lettre anglaise au pasteur Tracy, Dieppe, le mardi 9 août 1814 ; mardi 16 août
1814, Luneray le lundi 29 août 1814, Luneray, le lundi 5 septembre 1814. @N,
www.a.ruolt.free.fr/Histoire_EdD/Cadoret_4Ms_LMS1814.zip.
3 « David Bogue », in Archives 1828, p ; 1-8 ; 49-62 ; A. HALDANE, 1859, p. 37 sq., Laurent CADORET,
Lettre anglaise à David Bogue, Paris le 4 décembre 1801.
4 Wemyss, se référant à une lettre écrite par Cadoret le 16 août 1814, fait part de l’accusation qu’il essuie.
Lui est reproché de chercher à « introduire un nouveau système religieux et de chercher à changer leur
religion ». Cadoret écrit : They go about saying I am introducing another system, and changing their
religion. Sans autre référence que celle-ci, dans le même paragraphe, Wemyss affirme qu’en : « mai
1814, Cadoret participa à la sainte semaine, d’où il revint en compagnie de Durell, prosélyte comme
lui, qui devait l’assister dans son ministère et introduire les Écoles du Dimanche encore inconnues en
France » suggérant par là même un lancement de la première École avant août 1814. Cependant, cette
information ne figure pas dans la lettre du 16 août 1814 (WEMYSS, 1977, p. 72 ; D. ROBERT, 1961,
p. 436, note n° 3).
5 Daniel ROBERT, « Cadoret », in André ENCREVÉ (dir), Les protestants, vol. 5 du Dictionnaire du monde
religieux dans la France contemporaine, Paris, Beauchesne, 1993, p. 114.
6 CASTANET, T. II, 2000, p. 63-65. Et non par son fils comme l’affirme Lelièvre en 1890 (LELIÈVRE,
JÉdD, 1890, p. 364-367 et p. 405-409).
7 David César CHABRAND, Des écoles du dimanche, de leur importance et de la manière de les diriger,
1817 réédité in Archives, 1818, p. 360 sq. Saisie numérisée (@N) : www.a.ruolt.free.fr/Histoire_EdD/
Chabrand_EdD_importance_direction1817.pdf
9 Le Comte de Vaublanc (Ministre de l’Intérieur du 26 septembre 1815 au 7 mai 1816) ou plutôt Joseph-
Henri-Joachim Lainé (Ministre de l’Intérieur du 7 mai 1816 au 29 décembre 1818).
10 Daniel ROBERT, 1961, p. 430 d’après STR, rapport du 15 avril 1823. Puaux cite pour la Société des
Traités Religieux de Paris : « Lutteroth, Stapfer, Victor de Pressensé, Wilks, le comte Delaborde,
l’amiral Ver-Huell, le baron Auguste de Staël, Jean Monod père et son fils Frédéric, Ch. Coquerel,

24 Suite à l’enquête lancée par le CEÉdD, le pasteur Soulier recensait huit
ÉdD à Mens en 1828 (SOULIER, 1828, p. 97), là même où œuvra « l’apôtre des
Alpes » : l’agent de la Société Continentale, Félix Neff. Celui-ci était genevois,
ville où deux jeunes venus d’Angleterre : Lombard Guers (1794-1882) et
Empeytaz (1780-1885) avaient fondé la première ÉdD de langue française
(LOMBARD, 1907, p. 52-53) ouvrant la voie dans laquelle allaient entrer les
principaux pasteurs, acteurs du réveil de Genève.
Évoquant l’installation de Frédéric Monod à l’Oratoire du Louvre, en
1820 à son retour de Genève où il avait été touché par le Réveil pendant ses
études, Alice Wemyss fait ce constat : « Frédéric s’empressa d’y introduire les
réunions de prière et de fonder une école du dimanche, institutions propres au
Réveil » (WEMYSS, 1977, p. 113). Comme les Réformateurs ont innové en
produisant des catéchismes : « de Luther à Calvin, les réformateurs inventent
[...] de nouveaux apprentissages [...] la catéchèse longtemps confondue avec la
pratique pastorale ordinaire [...] s’autonomise et commence à concerner de
manière privilégiée les enfants » (HÉBRARD, 1988, p. 12), les écoles du
dimanche sont des écoles populaires, un produit spécifique du « Réveil » en
France qui ont été fondées sur le modèle précurseur du dispositif anglais
(POUJOL, 1983, p. 211, 100).
Le zèle missionnaire des protestants britanniques dépassait le cadre des
ÉdD. Parlant d’effrayante « disette de Bibles, en France, avant, ou même au
commencement du Réveil » Frank Puaux se réfère au témoignage de chrétiens
anglais, qui avaient été délégués en 1802 par la Société des Missions de Londres
pour mener une enquête de terrain à Paris. Ils « ne purent pas, malgré trois jours
de recherches, mettre la main sur un seul exemplaire des Écritures » rapporte-il.
Douen considère l’action de la Société biblique britannique et étrangère, comme
« mère et modèle, de toutes les associations du même genre », et lui attribue
d’avoir fait cesser cette disette (LORTSCH, 1910/1984, p. 166). Le Réveil de
Genève porte l’empreinte des frères Haldane. Henry Drummond (1851-1897)
qui leur succéda, conçut la Société Continentale de Londres, qui a été
officiellement fondée en 1818 à Londres (GUERS, 1850, p. 27, ROBERT, 1961,
p. 356-353, 351). Cette Société devint le fer de lance du réveil en Europe, et en
particulier en France (FATH, 2001, p. 107). Son but était d’assister les
prédicateurs nationaux dans l’annonce de l’Évangile, la distribution des Bibles
et de la littérature religieuse en Europe, et non de créer de nouvelles Églises
indépendantes. Au nombre des agents, on compte, Ami Bost (1790-1825) et
Henri Pyt (1796-1835), Félix Neff (1797-1829), et de nombreux autres répartis
11dans les différentes régions de France et d’Europe . La Société, qui utilisa
__________________________________
Gœpp, François Delessert, Ernest André, Audelez, GrandPierre, Jules Hollard, de Valcourt, Pédézert,
Dr Lamouroux, Edmond de Préssensé, Jules Bonnet, Louis Bridel, Pilatte, Vuilliet, Louis Vernes,
Louis Meyez, Levray, Bersier, Rosseeuw Saint-Hilaire, Gauthey, Beger ». Louis Sautter et Émile
Soulié furent secrétaires de la Société de Paris (PUAUX, 1893, p. 313, 317).
11 D. ROBERT, 1961, p. 351, WEMYSS, 1961, p. 338 : Evangelical magazine, V. 4, 1826, p. 157 ; FATIO,
1983, p. 187 ; ZORN, 1993 p. 609 ; GUERS, 1850, p. 295. Depuis le début de la Société, Ami Bost était
engagé : Agents, à Paris : M. Mejanil, M. F. Olivier, dans le Nord, M. Colany, en Frandres, M. De

25 12surtout la méthode du colportage, a été active jusqu’en 1840 . Ce sont les
Sociétés Evangéliques de Genève (fondée en 1831) et de Paris (fondée en 1833)
qui ont prolongé son action, avec un siège national plutôt qu’anglais (D.
ROBERT, 1961, p. 357 ; ENCREVÉ, 1986, p. 146). La stratégie de soutenir la
formation et le travail de pasteurs et d’évangélistes français était imposée par les
lois organiques qui stipulaient qu’aucun étranger ne pouvait être ministre du
Culte en France. Les relations des ministres français avec l’Angleterre étant
aussi interdites au début du siècle, elles durent rester discrètes.
ARTICLES ORGANIQUES des Cultes protestants. Loi du 18 germinal an X (8
avril 1802)
erTITRE I. Dispositions générales pour toutes les Communions protestantes.
erART. I. Nul ne pourra exercer les fonctions du culte, s’il n’est Français.
I. Les églises protestantes, ni leurs ministres, ne pourront avoir des relations avec
aucune puissance ni autorité étrangère.
2. Le berceau du mouvement à Gloucester
Tout en montrant que si la première vocation du mouvement anglais a été
la prophylaxie contre la délinquance juvénile auprès des enfants-ouvriers
palliant l’absence des parents, alors qu’en France sa première vocation fut
13missionnaire et scolaire , avec l’histoire de ces premières ÉdD britanniques,
nous pouvons dégager une typologie des œuvres protestantes, ainsi que les trois
principes structurant ces Sociétés interdénominationnelles. Mais dès le début de
l’œuvre, s’est manifestée la tension entre la notion d’« école » et celle de
« culte ».
Les précurseurs du mouvement
« Filles » du Réveil, les premières ÉdD n’ont pourtant pas été l’œuvre de
grands prédicateurs, comme le fait remarquer à juste titre Matthieu Lelièvre
dans sa petite histoire du mouvement anglais :
__________________________________
Faye, à Orléans M. F. Caulier, du côté de Toulouse à Calmont, M. Falle, à Lyon, M. Barbey, à
Colmar, M. Louis Bott, à Strasbourg, M. Martin Fuchs. Dans le nord de l’Allemagne le nom de G.
Oncken, père des ÉdD et du baptisme en Allemagne est à relever pour l’Europe. D’après Evangelical
Magazine, V. 4, 1826, p. 157.
12 En Avril 1831, le bilan des dépenses de la Société s’élevait à deux mille trois cent huit livres, dix-neuf
shilling et sept pence (GOODRICH, 1845, p. 447-448). Le bref historique de la Société Continentale,
publié en 1826 dans l’Evangelical magazine, rappelle le contexte protestant franco-helvétique où le
socinianisme et l’arianisme prévalaient, et où, au mieux, on pouvait espérer une prédication empreinte
de morale. « In France and Switzerland, until lately, almost all the Protestant pastors were Socinians,
or Arians at the best, preaching mere dry morality instead of the gospel of Christ : and the populace,
led by them, entertain the most inveterate prejudices, and have frequently manifested the most
persecuting spirit against the preatchers of the gospel, and those who followed them » (Evangelical
Magazine, V. 4, 1826, p. 156).
13 En France, l’effet conjoint du rejet du protestantisme post-Révocation de l’Édit de Nantes suivi de la
déchristianisation post-Révolutionnaire firent des premières ÉdD des dispositifs à vocation
missionnaire de re-protestantisation des familles, palliant le manque de scolarisation antérieure de
parents qui de facto ne lisaient plus la Bible en famille.

26 On sait, que les Écoles du Dimanche naquirent en Angleterre dans la seconde
emoitié du XVIII siècle, et qu’elles furent l’un des fruits du puissant mouvement
religieux qui ranima les Églises, en les ramenant aux doctrines vitales de
l’Évangile. Elles ne furent pas toutefois l’œuvre des chefs reconnus du Réveil. Ni
Whitefield ni Wesley n’en eurent l’idée. Cette idée, comme la plupart des grandes
choses, germa obscurément et simultanément dans plusieurs esprits. Il était
d’ailleurs bien naturel qu’au moment où un intérêt très vif s’éveillait partout en
faveur des œuvres de moralisation et d’évangélisation, on songeât aux enfants, et
surtout à ceux des classes pauvres, qui vivaient alors dans un demi-paganisme.
Parmi les obscurs ouvriers de la première heure, un nom, celui de Robert Raikes,
a mérité d’entrer dans l’histoire religieuse. C’était un imprimeur de Glocester
[sic], rédacteur d’un journal, circonstance qui lui permit de faire connaître au
public ses vues et ses expériences en matière d’éducation. Cet honnête bourgeois
n’était, à aucun égard, ni un génie, pas même un homme supérieur, mais un
philanthrope convaincu, qui, ayant eu la chance de mettre la main sur une idée
féconde, en poursuivit jusqu’au bout la réalisation, avec une ténacité toute
britannique (LELIÈVRE, JÉdD, 1900, p. 364).
Mais est-il légitime d’attribuer la paternité de ce mouvement au publiciste
Robert Raikes ? Arthur Massé le conteste dans son petit traité publié à Lausanne
à l’occasion du centenaire des ÉdD. Selon lui : « la réponse à cette question
dépend, de ce qu’on entend par le mot fondateur ». Il répond en plaidant que :
« Si l’on veut dire par là que c’est lui qui a eu le premier l’idée d’instruire les
enfants et la jeunesse et qui le premier l’a mise à exécution, Raikes n’a aucun
droit à ce titre » (MASSÉ, 1880, p. 22). Certes, Raikes est reconnu, à juste titre,
comme le fondateur du mouvement qui s’est institutionnalisé et répandu dans le
monde entier, cependant, il y a eu bien des précurseurs avant lui. Alors que l’on
trouve différents noms, c’est celui de la méthodiste Hannah Ball (1733-1792),
du Haut-Wycomb, qui mérite sans doute le plus le titre de tête de file du
protomouvement dès 1769. Hartley nous en apprend un peu plus, en se référant
à une lettre écrite par Hannh Ball à John Wesley (1703-1791) : « Les enfants se
rencontrent deux fois une semaine, chaque dimanche et lundi. Ils sont une petite
compagnie sauvage, mais semblent disposés à être instruits. Je travaille parmi
eux sincèrement, désirant favoriser les intérêts de l’Église du Christ »
(HARTLEY, 1887, p. 21). Hannah Ball précisait :
Une partie du sabbat [comprendre dimanche] est consacrée à instruire les
enfants selon les principes de la religion chrétienne. Il est cependant très difficile
de faire comprendre ce qu’est le péché et le mal, ou ce que signifie la crainte de
Dieu, pour amener les enfants de l’obscurité à la lumière. J’ai prié avec quelques
enfants que je rencontre chaque dimanche pour les instruire selon les principes
chrétiens. Dans une réunion d’enfants, une jeune-fille d’environ quatorze ans dit
14avoir ouvert son cœur à l’amour de Jésus .
Même s’il serait heureux de rendre par elle, un peu de la considération
qui devrait être due aux femmes qui ont été les chevilles ouvrières de ce
mouvement, il demeure plus juste de voir en sa personne une des premières
__________________________________
14 « She said : " The children meet twice a week, every Sunday and Monday. They are a wild little
company, but seem willing to be instructed. I labour among them earnestly, desiring to promote the
interest of the Church of Christ ". » (GREGORY, 1880, p. 39).

27 méthodistes précurseur du mouvement, car si en 1769 elle établit une école du
dimanche à Wycombe pour apprendre aux enfants à lire et à écrire, son initiative
est restée très localisée (GORGE, 1940, p. 337). En 1788, à peine cinq ans après
les débuts de l’expansion du mouvement, le revivaliste John Wesley (1703-
1791), fondateur « malgré lui » de l’Église Méthodiste parlait des ÉdD en
termes de « Nurseries de chrétiens ! la plus haute forme de charité depuis
Guillaume le Conquérant » (GORGE, 1940, p. 337 ; GREGORY, 1881, p. 76).
Harrtley parle aussi de Mme Catherine Boevey, de Flaxley, dans la région
de Gloucester. Elle meurt en 1726, dix ans avant la naissance de Robert Raikes.
Mme Boevey offrait un repas chaque dimanche aux enfants pauvres, après quoi
elle leur faisait réciter le catéchisme. Ce fut aussi le cas d’autres initiatives,
toutes aussi significatives, mais qui n’ont pas bénéficié des conditions propres à
Raikes (moyens de communication, réseaux, circonstances), pour pouvoir être
considérées comme initiatrices d’un mouvement d’envergure internationale et
interdénominationnelle (HARTLEY, 1887, p. 18).
Selon cette même analyse, Pray cite comme précurseurs, du côté
catholique : Charles Borromero, de Milan (1538-1584), Linsey, Cappe, Ball,
Heys et Simpson en Angleterre (PRAY, 1847, p. 133). Massé et Merle
d’Aubigné parlent d’un Écossais : John Brown qui, vers 1680, réunissait
15quelques enfants le dimanche soir pour les instruire dans la Bible .
Pourtant, deux statues de Raikes, l’une à Londres et une copie à
16Gloucester sont dédiées à la mémoire du fondeur du mouvement des ÉdD. Les
médailles commémoratives du mouvement anglais sont souvent frappées à
l’effigie de Raikes. Son portrait se trouve aussi sur de nombreux certificats
d’assiduité des ÉdD des États-Unis d’Amérique comme du Canada. En 1851,
J. P. Cook insère son portrait dans le premier numéro du Magasin des Écoles du
Dimanche. C’est encore lui qui est cité en exemple à d’autres par la Reine-
Charlotte, femme de Georges III. Même si les historiens francophones
17contemporains ont peu écrit sur lui , l’historien américain Mark Noll (2004,
18p. 232) n’hésite pas à désigner Robert Raikes comme le fondateur d’un
nouveau paradigme pour de nombreuses œuvres évangéliques, affirmant qu’il
__________________________________
15 J. P. COOK, MagÉdD, 1853, p. 61-72, GAUTHEY, 1858, p. 7, note n° 1, MASSÉ, 1880, p. 22.
16 Érigée le 2 octobre 1930 à Gloucester, copie de celle de Londres, œuvre du sculpteur Thomas Brock
R. A en 1880 www.gloucester.gov.uk/build/media/_5586/Robert%20Raikes1a.JPG [consulté le 2
décembre 2007].
17 Même si un bref article de Jean-François Zorn sur l’École du Dimanche, figure dans l’Encyclopédie du
Protestantisme, on peut s’étonner que Jean-Paul Willaime ne cite même pas cette forme d’instruction
dans l’article Éducation qu’il signe dans cette encyclopédie (ZORN, « École du Dimanche », 1995,
p. 444 ; WILLAIME, « Education », 1995, p. 469-481). Si en anglais et en allemand, figurait un article
Sunday school et Sonnatagsschule dans la populaire « encyclopédie » mutualisée en ligne wikipedia,
en langue française un article succinct n’y est apparu qu’en début 2008 et sous l’impulsion d’un
travail académique demandé par un professeur de théologie pratique de Faculté de Théologie !
18 Spécialiste de l’histoire du christianisme, formé au Wheathon College, Trinity Evangelical Divinity
School et Vanderblilt Univertsity, Mark NOLL (1946), après avoir enseigné 27 ans au département
théologique du Wheaton College (Illinois), enseigne à présent au département d’histoire de
l’Université Notre Dame (Indiana). Bien que moins connu en France, son nom figure au nombre des
25 protestants les plus influents en Amérique selon le Time Magazine http ://www.time.com/time/
covers/1101050207/photoessay/20.html [consulté le 7 juin 2008].

28 19mérite pour cela de figurer au grand tableau du patrimoine éducatif . Pourtant,
si Raikes est à considérer comme le fondateur du mouvement (Harris parlera de
First Founder of the Sunday School Systeme), il serait faux de penser qu’il a tout
inventé et encore plus qu’il a agi seul (HARRIS, 1899, p. 13 ; BELCHER, 1859,
p. 18) !
Le père du mouvement : le publiciste Robert Raikes
La première ÉdD fondée par Robert Raikes, n’a été ni le fruit d’une
longue étude de besoins, ni celui d’une vision mystique d’un jeune élève ne
sachant pas lire à la manière de la vision du macédonien de Saint Paul ! Aux
20dires même de Raikes, le « début de cette œuvre fut entièrement accidentel » .
Dans sa lettre à Townley le 25 novembre 1783 il écrivait :
Je me rendis un jour dans un des faubourgs de Glocester [ancienne orthographe
du nom] pour engager un jardinier à mon service. Il était sorti ; en attendant son
retour, je fus fort dérangé par une bande de jeunes fainéants qui avaient envahi
la rue. Ayant demandé à la femme du jardinier d’où il venait que ces enfants
fussent si négligés et parussent si corrompus : « Ah ! Monsieur », me dit-elle,
« vous en auriez plus pitié encore si vous étiez ici un dimanche. N’y aurait-il
personne dans le voisinage qui voulut les recevoir le dimanche à l’école ? » Les
renseignements qu’on me donna me décidèrent à payer une femme pour
instruire le dimanche ces enfants. Ce fut là l’origine de l’école du dimanche »
(trad. LANGENHAGEN, 1883, p. 8).
Cette visite « pour affaire »dans le quartier populaire du « Pré-sainte-
21Catherine » s’est faite avant la mi-juillet 1780 . Des ouvriers de l’usine
22d’épingles vivaient surtout là. Cette visite a eu des conséquences plus
« durables » que ce que le jardiner a pu faire pousser dans le jardin !
L’informatrice de Raikes lui expliquait que le pasteur de la paroisse, Thomas
Stock (1750-1803) avait bien mis quelques enfants à l’école [sans doute la
charity school]. Mais les enfants-ouvriers ne pouvaient s’y rendre. Livrés à eux-
mêmes, ils ne faisaient rien de bon ni le soir après le travail, ni le dimanche.
C’est ainsi que, saisi par la misère de hordes d’enfants livrés à eux-
mêmes dans les rues que la pensée vînt à Raikes de créer une école le dimanche,
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19 Nous paraphrasons le titre de Jean HOUSSAYE et Brigitte DANCEL, Les idées pédagogiques :
patrimoine éducatif ?, Rouen, PURH, 2002, 390 p.
20 « The beginning of the scheme was entirely owing to accident » (GREGORY, 1880, p. 49, VEROLLET,
1912, p. 10 ; RAIKES, Lettre à Townley, 25 novembre 1783, in POWER, 1863, p. 36).
21 Mme Meredith aurait ouvert la première École du Dimanche pilote, dans sa maison située en face de
la prison, rue Sooty à Gloucester, le 11 juillet 1780, selon le Ministère de l'Éducation Nationale
français. Cependant ce jour correspondant à un mardi et non à un dimanche elle reste incertaine
(Ministère de l'éducation nationale, V. 6, 1889, note n° 1, p. 466). Booth (1980, p. 79, note 19), fait
mention d’une dédicace datée de juillet 1780, signée par Robert Raikes dans une Bible offerte, à Mme
James King, rue Sainte Catherine, en remerciement de son travail parmi les enfants. On peut avec
certitude conclure à une fondation au début de l’été 1780 au moins, contre Power (1863, p. 34), qui
fixe l’épisode en 1781 ou début 1782.
22 Il s’agissait du quartier où se trouvait une manufacture d’épingles métalliques, innovation remplaçant
les épingles de bois qu’utilisaient avant les femmes pour fermer leurs robes (LAUNE, 1881, p. 3-7).

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