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L'épopée du Parti Africain de l'Indépendance (P.A.I.) au Sénégal (1957-1980)

De
282 pages
Ce témoignage de Sadio Camara, militant de la première heure du PAI, fait découvrir d'autres acteurs maintenus dans l'oubli de l'histoire officielle de la décolonisation du Sénégal et d'Afrique. Réprimé puis interdit dès 1960, le PAI va mener son combat pour une "indépendance et une démocratie véritables" dans la clandestinité jusqu'en 1980.
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L’ÉPOPÉE DU PARTI AFRICAIN DE L’INDÉPENDANCE (P.A.I.) Sadio CAMARA
AU SÉNÉGAL (1957 - 1980)
De l’indépendance octroyée au Sénégal, l’on ne connaît que les acteurs
que sont Léopold Senghor, Mamadou Dia, Valdiodio N’Diaye, Lamine
Guèye, etc. Ce témoignage de Sadio Camara, militant de la première heure
du Parti Africain de l’Indépendance (PAI) fait découvrir d’autres acteurs L’ÉPOPÉE DU PARTI AFRICAIN
maintenus dans l’oubli de l’histoire offi cielle de la décolonisation du Sénégal
et d’Afrique. DE L’INDÉPENDANCE (P.A.I.)
Voilà une autobiographie qui sort de l’anonymat ces militants de l’ombre
ignorés dont certains ont perdu la vie et d’autres, comme Sadio Camara, AU SÉNÉGAL (1957 - 1980)
ont survécu pour nous livrer aujourd’hui sa « part de vérité » sur le combat
pour l’indépendance.
Réprimé puis interdit dès 1960, le PAI va mener son combat pour une
«indépendance et une démocratie véritables » dans la clandestinité jusqu’en
1980. Le PAI en sort divisé, ce qui fait que ces militants éparpillés détiennent
chacun des « parts » de cette histoire héroïque marquée par des sacrifi ces
pour la liberté du peuple sénégalais et des peuples africains.
Cette œuvre de mémoire de Sadio Camara est un témoignage majeur
et exceptionnel d’un des éminents acteurs d’une épopée qui mérite d’être
connue des jeunes générations comme la face cachée d’une histoire du
Sénégal et de l’Afrique que l’on ne nous enseigne pas à l’école.
Sadio Camara est né en 1934 à Bantata Malink
dans le département de Kédougou dans le sud-ouest
du Sénégal. Cet enseignant s’engage dans le PAI
dès qu’il prend connaissance du Manifeste des 23
signataires fondateurs réunis à Thiès le 15 septembre
1957. A l’occasion du cinquantenaire du Manifeste
fondateur du PAI en 2007, Sadio Camara et plusieurs de
ses camarades qui apparaissent dans son récit de vie
militante ont organisé des célébrations afi n d’informer
sur la vraie histoire des combats pour l’indépendance et la démocratie au
Sénégal et en Afrique. Ce livre participe donc de ce devoir de mémoire dont
s’acquittent les anciens pour les jeunes d’aujourd’hui et du futur.
Photo de 4e de couverture : Sadio Camara alias Alphonse dirigeant du Parti Africain de
l’Indépendance (PAI).
ISBN : 978-2-343-01182-0
29 euros
L’ÉPOPÉE DU PARTI AFRICAIN DE L’INDÉPENDANCE (P.A.I.) AU SÉNÉGAL (1957 - 1980)
Sadio CAMARA






L’épopée du Parti Africain
de l’Indépendance (P.A.I.)
au Sénégal (1957 - 1980)
Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen

Dernières parutions


Hygin Didace AMBOULOU, Traité congolais de droit du travail
et de la sécurité sociale, 2013.
Jean-Crépin Soter NYAMSI, L’Afrique et son développement.
Réalités complexes et nouveaux enjeux, dans un monde en
transformation, 2013.
Ernestine NGO MELHA, Education inclusive en Afrique
subsaharienen, 2013.
Yaya SY, Mouhamadou Lamine Darame. Entre jihad et
résistance anticoloniale, 2013.
Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU, Identité ethnique et
conflits civils au Congo-Brazzaville, 2013.
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subsaharienne, 2013.
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Patrick Juvet LOWÉ GNINTEDEM, L’obtention des brevets
pharmaceutiques en Afrique. Le cas des pays de l’OAPI, 2013.
Gunhild ODDEN, Milfrid TONHEIM (éds.), La route cahoteuse
de la réintegration des filles ex-soldats dans l’Est du Congo,
2013.
Pither MEDJO MVÉ, Langage et identité chez les Ndambamo du
Gabon, 2013.
André ENGAMBÉ, Impôt colonial et résistance des populations
du Congo, 2013.
Bouopda Pierre KAMÉ, Kamé Samuel. Aux fondements du
régime politique camerounais, 2013.
Paulin KIALO et Flora EKOZOWAKA NGUEMASSA, Un projet de
barrage hydroélectrique au Gabon. L’affaire Kongou, 2013.
Paulin KIALO, Les proverbes de la forêt chez les Pové du
Gabon, 2013.
Daha Chérif BA, Cultures populaires en Sénégambie.
L’exemple des Fulbe (1512-1980), 2013.
Stéphanie NKOGHE, L’éducation traditionnelle fang en
mutation, 2013.
Prof. KIMPIANGA MAHANIAH, Kasa-Vubu, Lumumba et
l’indépendance du Congo. 1956-1960, 2013.
Sadio CAMARA
Alias ALPHONSE

Membre dirigeant du P.A.I. de 1961 à 1980
Commandant du Maquis P.A.I. en 1965 au Sénégal Oriental







L’ÉPOPÉE DU PARTI AFRICAIN
DE L’INDÉPENDANCE (P.A.I.)
AU SÉNÉGAL (1957 - 1980)














L’Harmattan





































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01182-0
EAN : 9782343011820


A LA MEMOIRE DE FILY DIALLO
ALIAS CAPITAINE LARY GASSY
MORT DANS LE MAQUIS P.A.I.
EN 1965 AU SENEGAL-ORIENTAL
POUR LA CAUSE DU P.A.I.
HISTORIQUE, NOTRE CAUSE.

Sadio CAMARA : auteur du présent livre

Epigraphe
Ce livre s’adresse à tous les patriotes sénégalais comme africains, particuliè-
rement à la jeunesse avide de savoir et d’action pour l’amour de la patrie
sénégalaise et/ou africaine, pour la liberté, la justice sociale, la fraternité entre
les hommes, entre les peuples, entre les Etats

Le grand élan de sentiment patriotique contre le colonialisme qui a animé les
militants du P.A.I. historique et la solidarité humaine tissée dans leurs rangs
pour la cause commune ont constitué le socle granitique qui leur a permis de
supporter stoïquement les plus dures épreuves de la lutte pour l’indépendance
nationale et les libertés démocratiques au Sénégal.



Préface
L’épopée du P.A.I est avant tout la recherche de concrétisation d’un
projet politique porteur d’immenses espoirs pour des élites et masses de
l’Afrique Occidentale française. Premier parti politique à se réclamer de la
théorie marxiste-léniniste dans cet espace colonial, il est évident que le
contexte ne sera pas favorable au déploiement d’une telle ligne politique
même après la proclamation des indépendances octroyées par la puissance
coloniale car, dans la prise de relais les gouvernants de la loi cadre ne seront
pas bien différents des tenants du pouvoir colonial dans la conduite des
affaires de leurs pays surtout sur les questions relatives à la réalité de
l’indépendance et aux libertés démocratiques.
Un patriote, un militant de la première heure du P.A.I nous donne ici dans
ce travail particulièrement documenté son témoignage personnel sur les
diverses péripéties que la formation politique connaîtra dans les deux
décennies de l’étude.
Sadio Camara se hissera au sommet des dirigeants conséquents et pleins
d’abrogation que la lutte politique, surtout dans sa phase clandestine imposée
par le pouvoir néocolonial mettra au devant de la scène.
L’expérience de guérilla au Sénégal-Oriental est ici décrite et analysée en
profondeur. Son échec reste lié au contexte général et non à la détermination
des hommes et femmes qui l’ont théorisée et conduite.
La lecture de cet ouvrage apportera à tous ceux qui se préoccupent
d’histoire politique sénégalaise une mine d’informations intéressantes tant la
rigueur de l’analyse est solide
L’auteur a le mérite de se prononcer, en toute liberté, sur une question
souvent gardée tabou par les acteurs.
Cheikh Faty FAYE

Cheikh Faty FAYE, universitaire sénégalais actuellement à la retraite, a servi à
l’École Normale Supérieure de Dakar (Université Cheikh Anta Diop) comme
enseignant de la didactique de l’histoire, a consacré l’essentiel de sa vie à
l’enseignement, au syndicalisme, à la politique et aux questions sociales.


Avant-propos
Ce travail est le résultat des démarches qu’ont faites auprès de moi de
jeunes militants de mon parti le P.A.I. pour écrire mon expérience de lutte
révolutionnaire ainsi que le résultat de leur assistance.
Ces démarches sont devenues plus pressantes après la disparition de Mady
DANFAKHA en 1993. Car, selon ces jeunes camarades, les dépositaires de
l’histoire du parti étaient en train de disparaître et, avec eux, l’histoire si riche
du P.A.I.
Ainsi l’expérience accumulée des uns et des autres, si complémentaire, se
trouvait en voie de disparition au grand détriment non seulement des
générations présentes et futures, mais aussi et surtout du patrimoine historique
national tout court.
En outre, ces jeunes camarades estimaient que les dirigeants et militants
P.A.I avaient, plus que quiconque dans ce pays, pris une part importante dans
la lutte pour l’indépendance nationale et les libertés démocratiques.
Ils y ajoutaient que notre parti, le PAI, recelait en son sein plus que tout
autre parti au Sénégal, des hauts cadres politiques, des grandes figures
révolutionnaires, des figures historiques nationales malheureusement incon-
nues de l’opinion publique, et au sein du parti. Ils pensaient que c’était parce
que ces grandes figures historiques étaient confinées uniquement dans des
tâches internes et de couloir et que rien n’était fait pour les faire connaître
alors que rien ne s’y opposait. Ainsi, ils font cas d’anciens dirigeants du P.A.I
au passé glorieux comme LY Tidiane Baïdy, Malick KAMARA et d’autres
auprès desquels ils apprennent beaucoup de choses intéressantes sur l’histoire
politique du Sénégal et sur celle du P.A.I. mais qui ne sont pas fixées par écrit,
alors que ces dirigeants étaient de véritables bibliothèques menacées de
disparition.
Ces jeunes camarades ont parfaitement raison. En effet, la vie du PAI est
une des plus belles pages de la lutte politique pour l’indépendance nationale et
les libertés démocratiques au Sénégal. Le chemin parcouru a été jalonné de
hauts faits et d’actes hautement héroïques, patriotiques, mémorables de ses
dirigeants et militants. Nous dirions même que la lutte héroïque du P.A.I. est

inégalée dans l’histoire politique contemporaine de notre pays. A dire vrai,
c’est l’extraordinaire épopée ou en d’autres termes, la longue marche pour
l’indépendance nationale et les libertés démocratiques au Sénégal qu’il s’avère
nécessaire de porter à la connaissance des générations présentes et futures pour
servir d’exemples d’abnégation et de sacrifice pour la patrie et la justice
sociale, pour la fraternité entre les peuples, entre les Etats, somme toute pour
un monde civilisé, c’est-à-dire un monde débarrassé de toute forme de
domination et d’exploitation de l’homme par l’homme.
Mais, la réflexion des jeunes camarades qui m’a surtout aiguillonné a été
celle d’anciens compagnons et d’adversaires politiques qui s’évertuaient à
falsifier et à obscurcir les pages glorieuses du parti. Je ne donnerai ici que
deux exemples parce que publiés dans la presse, donc connus de l’opinion
publique. Il s’agit de :
– Majhmout DIOP, ancien premier secrétaire du P.A.I., aujourd’hui
président du « P.A.I. béni de Senghor »; Charles GUEYE, ancien
militant P.A.I, vice-président du « P.A.I béni de Senghor ».
e– Majhmout DIOP, dans son rapport au 4 congrès de son parti en 1987
qualifiait notre tentative de maquis de 1965 en ces termes :
– « En décembre 1965, éclata l’affaire des prétendus maquis de la
Casamance et du Sénégal-Oriental » (page 6, paragraphe 3).
– « Faute d’avoir été trop conspiratif en 1965 et d’avoir ainsi fait
prendre ce qui n’était qu’une guérilla politique pour une guérilla tout
court » (page 9, avant dernier paragraphe).

Quant à Charles GUEYE, dans son interview parue dans le journal
Walfadjiri n° 723 des 13 et 14 juillet 1991 page 8, il prenait à son compte, à la
suite de son président, le terme de « guérilla politique » pour tenter de masquer
la réalité de notre projet légitime, parce que fondamentalement patriotique et
démocratique, de maquis en 1965. A la question du journaliste : « le maquis de
Kédougou n’existait pas ? », Charles répond : « cela n’a existé que dans la tête
re edes autorités sénégalaises » (1 colonne, 87 ligne). En réalité, Charles feint
d’ignorer l’existence dudit maquis pour plaire à son président Majmout DIOP.
Un adage de chez nous dit « quand la mémoire va chercher du bois mort
elle apporte le fagot qui lui convient ». La décision de la lutte armée contre le
epouvoir senghorien, antidémocratique et répressif, a été prise par la 24 session
du Comité Central tenue à Bamako en décembre 1964. Des camarades ayant
assisté à cette session vivent encore et peuvent confirmer notre propos.
En outre, dans la même interview, Charles GUEYE affirme avoir fait partie
des camarades formés à Cuba. En effet, à la question de savoir si lui-même,
Charles avait suivi la formation militaire et où ? Sa réponse a été la suivante :
re e« Oui, moi comme d’autres à Cuba » (1 colonne, 60 ligne). Toujours dans la
même interview, il continuera à dire des contrevérités en prétendant avoir été
14
parmi les maquisards de 1965, s’évertuant à donner une explication
concernant l’acquisition du fusil de chasse des camarades maquisards du
Sénégal-Oriental, les vrais ceux-là et en prétextant avoir été présent à la
conférence rectificative de mai 1967.
Nous aimerions préciser que Charles GUEYE, n’a ni fait partie du groupe
de camarades ayant suivi la formation militaire à Cuba, ni appartenu à aucun
des groupes de guérilla de 1965, ni participé à la conférence rectificative de
1967. Il s’est livré à la fabulation sur des questions qu’il n’a jamais vécues ni
de près ni de loin.
Certes, Charles GUEYE a été un militant P.A.I et pour cela a assez souffert
comme beaucoup d’autres camarades. Mais, à notre connaissance, il n’a
jamais appartenu à une instance quelconque du parti qui lui aurait permis
d’avoir une connaissance de ses grands problèmes et d’en parler en
connaissance de cause. En plus, il a passé plus de temps en prison (dix ans : de
1966 à 1976) que dans les activités du parti.
Par ses déclarations fantaisistes dans la presse, Charles GUEYE tente de
falsifier des séquences glorieuses du P.A.I, mais qui gênent aujourd’hui son
patron Majhmout Diop, ayant bien changé de vision sur la question.
Le maquis de 1965 était bel et bien réel comme montré aux chapitres V et
VI du livre.
Suite donc aux démarches des jeunes camarades outrés par la falsification
des belles pages de l’histoire du P.A.I, j’ai fini par me décider à répondre à
leur sollicitation.
A cet effet, j’ai réuni, dans un premier temps, dans le courant de l’année
1994, quelques interpellateurs pour élaborer un premier plan du projet.
Il s’agit des camarades suivants, par ordre alphabétique :
– Mamadou MBAYE dit Pape MBAYE, Secrétaire Général de l’Union
de la Jeunesse Alboury NDIAYE (U.J.D.A.N.) ;
– Kalidou DIALLO, professeur d’histoire et géographie, membre du
Comité Central du P.A.I-SENEGAL ;
– Bamba NDIAYE, Docteur en physiologie appliquée, membre du
Comité Central du P.A.I-SENEGAL

Jusqu’en 1964 je n’avançais pas encore dans le travail, perturbé par des
activités politiques. Cela a certainement inquiété les camarades. Aussi certains
d’entre eux, comme Bamba NDIAYE, Mamadou MBAYE dit pape MBAYE,
sont revenus à la rescousse avec un appareil d’enregistrement, des cassettes et
un cartable contenant des cahiers et pointes « bic » pour me proposer de
m’enregistrer et de se charger de la transcription. Ce que j’ai accepté.
Quelques mois plus tard, Bamba NDIAYE est parti pour les Etats Unis
d’Amérique. Mais, il a pris soin, au préalable, de confier la frappe du
manuscrit de la première mouture à une de ses connaissances, Mademoiselle
15
Khady DIOUF, Secrétaire Dactylo de Bureau et a chargé le jeune camarade
Mor Khoudia NDIAYE d’assurer la liaison entre elle et moi pour la remise des
copies et des originaux. Ils se sont bien acquittés de la tâche. Je leur exprime
ici mes vifs remerciements.
Emerveillée par le contenu du texte, ne m’ayant jamais vu, Mademoiselle
Khady DIOUF, par l’intermédiaire du camarade Mor Khoudia NDIAYE, m’a
invité à un dîner au restaurant « Mic-Mac » à l’Avenue W. Ponty de Dakar
pour faire ma connaissance et me féliciter.
Voilà comment ce travail a vu le jour : grâce aux interpellations de jeunes
camarades et plus particulièrement aux initiatives hardies de Bamba NDIAYE
et de Mamadou MBAYE.
Je leur exprime ma profonde gratitude.
J’espère ne pas trop les décevoir et par-delà eux, tous ceux qui, dans le
parti et en dehors, au Sénégal ou hors du Sénégal veulent voir de la lumière
sur les zones d’ombre de l’histoire du P.A.I, de la lutte pour l’indépendance
nationale au Sénégal, héritier de la lutte anti-esclavagiste, antiféodale et de la
lutte anticolonialiste dans notre pays.
Il faut préciser qu’il ne s’agit pas ici de l’histoire du P.A.I., mais de
l’expérience de lutte révolutionnaire de Sadio CAMARA dans le P.A.I. ; car le
P.A.I. est une œuvre commune à des générations de militants, à tous ceux qui,
à un moment donné, y ont apporté leurs marques.
Pour cette raison, aucun militant, quel que soit le rôle qu’il a joué dans le
Parti et le rang qu’il a occupé en son sein ne saurait prétendre détenir l’histoire
du P.A.I. dans sa globalité. Chaque militant ne peut connaître qu’une parcelle
de celle-ci, vécue par lui-même au niveau des structures et instances où il a
mené réellement ses activités militantes.
Nous disons bien que des apparitions épisodiques ne sauraient conférer à
un membre d’une organisation l’expérience suffisante pour relater son histoire
comme acteur et témoin.
C’est aussi l’occasion, avant de terminer, d’adresser mes remerciements à
tous ceux qui ont apporté leurs concours généreux pour mener à bien ce
travail.
En tout premier lieu à Moctar Fofana NIANG avec qui, depuis 1960,
j’entretiens une forte amitié, une amitié contractée dans le P.A.I et qui s’est
poursuivie tout au long de sa vie.
Ainsi, nous sommes devenus plus que des amis, des frères.
Moctar Fofana NIANG est une des rares personnes qui, à ma connaissance,
connaissent le P.A.I, notamment le processus de sa création et les premiers
jalons de ses activités les signataires et la diffusion du MANIFESTE, le dépôt
des statuts du P.A.I, les premières conférences sur le mot d’ordre « INDE-
PENDANCE IMMEDIATE », les manifestations commémoratives du
MASSACRE DE THIAROYE EN 1944 et le lieu baptisé CIMETIERE DES
16
MARTYRS DU COLONIALISME, l’accueil au Général De Gaulle le 26
AOUT 1958 à la place Protet, aujourd’hui place de l’indépendance, etc. C’est
dire qu’il a beaucoup contribué à l’éclairage de beaucoup de questions
abordées dans ce livre. Qu’il reçoive ici mes remerciements chaleureux et
fraternels
Au camarade de parti, compagnon des jours sombres et des jours de
lumière de la lutte, Samba Diouldé THIAM, qui a bien voulu faire les
premières corrections, m’a aidé à compléter certaines séquences et donné des
conseils utiles pour la publication du travail.
Au camarade Ibrahima SENE et à Mademoiselle Oumou Kalsoume KA
qui m’ont assuré de leur concours précieux pour la saisie du texte manuscrit.
Mes remerciements vont également à :
– Mme Béatrice Thellier, professeur de lettres, qui a corrigé
gracieusement le texte du livre ;
– Mme Alice Repiquet qui aussi a fait gracieusement le prêt à clicher.
Encore une fois, merci à tous !

Sadio CAMARA



17
CHAPITRE I

L’histoire de ma formation à la vie ou les influences
reçues pendant mon enfance et mon adolescence
1. Du milieu familial
Je suis né dans le village du nom de Bantata, un endroit pittoresque du
Gnokholo, dans le département de Kédougou, région de Tambacounda.
Bantata est l’un des premiers villages du Gnokholo, plus précisément le
quatrième après Djikoye, Badon et Sibikiling, selon l’histoire traditionnelle. Il
est situé au-dessus de la source d’une rivière appelée Sévala, débouchant sur le
flanc d’une colline boisée. Il a été fondé par quatre frères CAMARA de
Nétékoto venus de l’ancienne province maritime de l’Empire du Mali alors
appelée Gabou.
Bantata, mon village natal, connut un essor florissant dans tous les
domaines de la vie sociale et fut le nombril du Gnokholo durant toute la
période précoloniale, c’est-à-dire jusqu’en 1903, date de l’installation de
l’administration coloniale à Kédougou.
Ma famille, elle aussi du même patronyme CAMARA, venue de Gabou,
s’était fixée depuis longtemps dans ce village.
Les parents dont je me souviens sont ceux qui ont vécu presque en même
temps que moi ou dont mon père et ma mère m’ont conté la vie. Mon père
avait trois frères : Sara, Sina et Séni.
Le premier, le plus âgé des trois, mourut dans la guerre de Magnankanti en
1898, guerre ayant opposé les populations du Gnokholo aux Peuls d’Alpha
Yaya Diallo du Fouta-Djalon. Je ne l’ai pas connu. Son histoire m’a été contée
par mon père et ma mère qui le présentaient comme quelqu’un de très belle
stature, de teint clair, affable, chasseur de grand talent. Sina et Séni étaient des
jumeaux qui finirent par s’installer à Tomboronkoto où ils fondèrent une
famille du même clan, Diandiancounda, avec laquelle nous continuions à avoir
des relations parentales. Séni mourut dans les années 40, et Sina dans les
années 50.


Je suis né dans une famille polygame de neuf enfants dont cinq garçons et
quatre filles. Nous avons tous été élevés à l’ombre de nos parents. Il n’y avait
aucune rivalité ou mesquinerie quelconque entre ma mère et sa coépouse,
d’une part, et entre les enfants de ma tante et ceux de ma mère de l’autre.
En outre mon père et ses épouses s’entendaient bien ; mais il lui arrivait de
hausser le ton pour marquer sa suprématie de chef de famille et leur imposer
son « véto ». En pareille circonstance, et en leur qualité de bonnes épouses du
Gnokholo traditionnel, ma mère et ma tante baissaient le ton et lui présentaient
leurs excuses. Alors l’une d’elles introduisait une plaisanterie appropriée qui le
faisait rire ; ce qui détendait l’atmosphère.
Après quoi, mon père disait « vous m’avez fait rire au point que j’ai faim,
vous paierez cela avec un plat de « malikino » (riz à la sauce de « tigadégué »
prisée par les mandika). Et ses femmes lui rétorquaient, « d’accord, mais à
condition que tu nous ramènes un gros gibier comme condiment. »
Et leur conversation continuait poliment, gentiment et gaiement. La famille
était encore une entité économique et sociale sans faille. C’était dans cette
ambiance familiale, en compagnie de mes frères et sœurs, que j’ai acquis
diverses valeurs morales traditionnelles comme le respect et l’amour dus aux
parents, frères et sœurs, le respect tout particulièrement dû au père qui incarne
le pouvoir familial : la sécurité, la cohésion, l’honneur et la prospérité de la
famille, la dignité, le courage et la politesse, le sens de la solidarité, le respect
des personnes âgées, des malades et du bien d’autrui.
Mon père fut un travailleur infatigable. Il exerça tour à tour ou
simultanément des activités agricoles, de chasse et de commerce. Ainsi il eut
une grande réputation de cultivateur, de chasseur et de commerçant. Mais les
deux premières qualités étaient davantage reconnues et alimentaient les
conversations de ses contemporains.
A un moment donné de sa vie, alors qu’il n’avait encore qu’une seule
épouse sans enfant et qui était ma mère, il partit pour le royaume de Gabou
pour deux décennies. Tous mes frères et sœurs y naquirent à l’exception de
mes sœurs jumelles et moi-même.
Mon père siégeait dans la cour du chef de la province du Kantora pour
rendre la justice et à ce titre il avait des droits sur les présents faits au chef de
l’époque. Il était notamment sollicité sur les questions les plus délicates et les
plus complexes. Ma mère me racontait l’histoire de certaines sentences
rendues par mon père et l’attention du Roi à son égard. Celui-ci appréciait
beaucoup sa sagacité à trouver des réponses appropriées aux problèmes les
plus complexes et les plus délicats. Durant son séjour au Gabou, mon père
avait accumulé une grande fortune : des troupeaux, des pièces et bracelets en
argent et en or, des pièces de monnaie anglaise.
Ses contemporains racontaient que sa richesse serait si grande qu’elle
profiterait même à ses petits-fils. Mais rien n’en a été. Avant même que ses
20
enfants eussent grandi, il n’avait plus rien. La tradition de l’époque exigeait le
retour au pays natal parmi les siens, pour l’éducation commune des enfants
dans les valeurs traditionnelles de la famille et du clan. Pour ces
considérations, ses frères allèrent le chercher et le ramenèrent au Gnokholo
avec son épouse, ses enfants et ses biens. Ce fut alors qu’on lui donna alors
une deuxième épouse. Mon père fut heureux moralement parmi les siens
démunis, son devoir étant de les aider, il prit en charge ses frères en assurant
les dépenses communes de la famille élargie plus de dix ans durant. Au bout
du compte, il devint le quatrième frère pauvre. A sa mort en 1945, il nous
laissa un troupeau de sept têtes seulement. C’est donc à Bantata, mon village
natal, que j’ai appris à parcourir, torse et pieds nus, la brousse pour ramasser le
bois mort, couper et transporter le bois vert, creuser des ignames, grimper aux
arbres pour cueillir des fruits et des feuilles comestibles, récolter du miel, faire
le berger et traire les vaches, m’exercer aux travaux champêtres et
domestiques, faire des pièges pour attraper des oiseaux et le petit gibier
comme les lapins, les rats palmistes, etc.
Ces heureux moments s’interrompirent avec mon entrée de force à l’école
coloniale. A cette époque mon village ne comptait que trois personnes ayant
fréquenté cette école, mais sachant syllaber à peine quelques mots en langue
française. C’était Moussa CAMARA de Santossou, Kécouta CAMARA de
Nétékoto et Honsa CAMARA de Barambaki. Ce dernier vit encore au village
et est consulté comme personne ressource par les différents chercheurs en
anthropologie, en histoire et en sociologie, en mission d’études dans la région.
Dans ma tendre enfance, la nature et ses manifestations, les phénomènes
sociaux m’intriguaient beaucoup et m’incitaient à me poser des questions
auxquelles je ne trouvais pas de réponses par moi-même. Je ne trouvais même
pas de réponses satisfaisantes auprès de mes parents. Voici quelques
exemples :
• Au plan de la nature et de ses manifestations ; précisons auparavant que
j’imaginais la terre comme le monde et je me posais des questions
comme celles-ci : le monde a-t-il une limite ? Si oui, qu’est ce qu’il y a
au-delà ? Qui l’a créé et comment ? Qui a créé le ciel et qu’est ce que
c’est ? Qui fait venir la pluie ? Le tonnerre, qu’est ce que c’est ? Le
tourbillon, qu’est ce que c’est ? D’où vient et où va l’homme après la
mort ? Qui donne la mort et pourquoi ? Pourquoi ou comment se fait-il
que le soleil se lève et se couche aux mêmes endroits ? Qu'est-ce qui
guide les astres ?
• Au plan social : Pourquoi des riches et des pauvres ? Pourquoi l’Etat et
comment est-il apparu ? Pourquoi les guerres, les impôts ? Pourquoi les
blancs sont chez nous et d’où viennent-ils ? Pourquoi leur domination
sur nos pères ? Plus tard je trouverai les réponses adéquates à ces
questions dans la conception marxiste du monde et dans la conception
21
matérialiste de l’histoire. Cela a été une grande découverte pour moi. En
quelque sorte, je suis sorti des ténèbres.

Je suis né vers 1935 et suis entré à l’école en 1945. C’était le contexte de la
Seconde Guerre mondiale dans laquelle se trouvait engagée la métropole
française, la puissance colonisatrice.
Cette guerre se manifestait dans mon village par l’enrôlement forcé des
jeunes pour le front. Ce qui se traduisait par des scènes comme si on pleurait
des morts et cela pendant des jours et des jours.
Des mamans en sanglots voyaient leurs fils partir au front avec la certitude
qu’ils ne reviendraient plus jamais vivants. Mais ce qui m’a le plus marqué
durant mon enfance, c’était la réquisition des récoltes et du bétail, l’obligation
faite aux populations de fournir chaque mois des quantités déterminées de
céréales (mil, riz, maïs), de miel d’abeilles et de bandes d’étoffe de coton pour
suppléer leur manque en Europe suite à la destruction de l’industrie sucrière et
de l’industrie textile. Les travaux forcés étaient imposés également à la
population dans la sisalerie de Wassadoun, dans l’ouverture et l’entretien des
pistes automobiles comme Tambacounda-Kédougou ; Kédougou-Saraya ;
Kédougou-Bandafassi et aussi l’ouverture des pistes d’aéroport à Kédougou et
à Tambacounda. S’ajoutaient à ces travaux forcés la construction et l’entretien
des bâtiments de l’administration coloniale, le transport par hamac des
fonctionnaires coloniaux…
Face à ces différentes réquisitions, mon père exprimait sa désapprobation et
sa condamnation aux autorités exécutantes. Il dénonçait les collaborateurs
locaux complices des « toubab », maudissait leurs « toubab » ; il se demandait
s’il y avait encore des chefs dignes dans cette partie de notre continent, le
continent noir. Ces réactions de mon père exerçaient une grande influence sur
moi, car il était très rare à l’époque de voir des chefs de famille faire de
pareilles remontrances aux autorités de l’administration coloniale.
En outre, dans les conversations avec mon père, j’ai appris pour la
première fois que les « toubab » n’étaient pas de notre continent, qu’ils
venaient d’un pays très loin au-delà de la mer qui nous séparait de leur
continent. Que les « toubab » menaient une guerre entre eux qui ne nous
concernait pas et ils nous utilisaient comme chair à canon. Ils réquisitionnaient
nos récoltes, nos bétails, nos produits artisanaux et de cueillette pour le front et
la métropole française.
Mon père n’avait jamais cru aux devins, aux enchanteurs et aux médiums.
A cet effet, il n’en hébergeait et n’en consultait jamais, interdisait à ses
épouses de le faire. Il en était de même de la sorcellerie qu’il définissait
comme un complot mystifié et camouflé des hommes les uns contre les autres.
Il caractérisait le charlatan comme un menteur qui vient de loin et comme un
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diviseur de familles. Ainsi donc, nous avons été éduqués et élevés sans gris-
gris ni talismans, sans charlatan. Cela, ma mère aimait beaucoup s’en vanter.
Dans l’ancien Empire du Mali, certaines sociétés mandinka ne connais-
saient pas de castes. Ce fut le cas du Gnokholo traditionnel. Mon père avait la
même culture, et à ce titre il nous apprenait que les hommes étaient égaux,
qu’il n’y avait pas d’intouchables parmi eux, que nous pouvions contacter
amitié avec n’importe quelle personne sans aucune considération sociale
(forgeron, cordonnier, etc.). L’esclavage n’existait que par la force, n’importe
qui, du plus faible au plus puissant pouvait devenir esclave, c’était un fait de
guerre, le fait du plus fort d’un moment, d’une circonstance donnée à une
époque donnée de l’évolution des sociétés humaines. Une personne esclave ou
d’origine esclave était « touchable » par tous les autres membres de la société.
Pour toutes ces considérations mon père n’aimait pas héberger les griots qui
venaient hors des frontières du Gnokholo, ni leur faire des cadeaux.
Mon père nous entretenait également des différentes régions de l’empire du
mali, des populations et de leurs civilisations, des mystères de la brousse et des
animaux, de l’agriculture. Il magnifiait l’agriculture comme source de bonheur
de l’homme. A ce titre il avait un poème populaire qu’il aimait réciter en
labourant :
« La terre, la source de la richesse, de toutes les richesses ;
La terre, source de la noble épouse ;
La terre, source de la bonne cuisine ;
La terre, source du bon habitat ;
La terre, source du bel habit ;
La terre, source de l’épanouissement de l’homme ;
Aimons la travailler ;
Nous aurons tout ce dont nous aurons besoin ;
La terre est source de la richesse de toutes les richesses ».

L’époque était celle des grandes famines consécutives à des calamités
naturelles comme le passage des criquets pèlerins ou des chenilles après les
semis ou avant les récoltes. Ainsi, il arrivait des hivernages sans récoltes. Il ne
restait plus à la population qu’à se nourrir de cueillette (feuilles, tubercules,
fruits de la brousse et miel) ; de chasse (gibier, oiseaux et même certains
reptiles comme la gueule tapée) et de pêche (poisson, tortues aquatiques,
caïmans, etc.).
Dans cette économie de cueillette, les femmes jouaient un grand rôle. Ma
mère avait une grande réputation en la matière, notamment dans l’art culinaire
de ces produits, et aussi comme mère spécialisée dans la nutrition des enfants
en bas âge (soupe de feuilles, de tubercules et autres). Pour ces raisons, les
enfants en bas âge dont les parents manquaient des qualités nécessaires pour
leur assurer une nutrition adéquate étaient confiés à ma mère pour traverser le
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cap de la disette. Ainsi donc ma mère assurait la nutrition et même l’éducation
non seulement de ses propres enfants mais aussi des enfants d’autres familles.
Elle ne faisait pas de distinction entre eux. Elle apprenait à nous aimer les uns
et les autres sans aucune discrimination.
Ce fut dans cette atmosphère que je fus élevé avec mes frères, sœurs et
demi-frères. Aux heures libres, le soir au clair de lune, dans la cour de la
maison, ma mère nous contait la guerre de Magnankanti, l’histoire de
l’esclavage, les activités de chasse et de commerce de mon père, leur séjour à
Bassé, à Sékoto, Tourokoto, à Kantora et leur retour au Gnokholo.
En conclusion de cette étape de mon enfance, on peut dire que j’ai eu les
influences suivantes : l’amour de mes parents, le culte des ancêtres, les valeurs
morales traditionnelles, l’amour du travail, l’amour de mes semblables,
l’amour pour la justice sociale, la haine du colonialisme, une culture sans
caste, une non-croyance aux charlatans et à la sorcellerie.
A ces influences reçues au niveau familial, il faut ajouter celles qui m’ont
été insufflées par la société villageoise à travers les associations de classe
d’âge. Ce sont, entre autres, la solidarité, la fidélité à ses camarades, à ses
engagements, le courage dans toute épreuve, l’abnégation dans toute
entreprise, la dignité en tous lieux et en tout temps, le respect de la parole
donnée.
2. De l’école primaire
J’ai fait mes études primaires à l’école Régionale de Kédougou, à partir de
l’année scolaire 1944-1945. Au cours de ce séjour, trois événements m’ont
particulièrement marqué : la première année scolaire, la vie à la cantine et le
premier maître européen de l’école.
La première année scolaire
La première année scolaire fut pour moi et mes camarades de promotion,
une année de calvaire. En effet, j’ai été confronté à des corvées épuisantes, des
incendies volontaires et des maladies graves.
Les corvées consistaient non seulement à nous faire faire des travaux de
maraîchage dans le jardin et le verger de l’école, à nettoyer la cour et les
locaux de l’école, mais aussi à puiser de l’eau et à piler le mil pour nos
cuisinières. Certains étaient envoyés travailler gratuitement dans les champs
des notables influents de Kédougou et d’autres employés comme domestiques
dans certaines familles de fonctionnaires. Nous étions ainsi taillables et
corvéables si bien que nous avions très peu de temps pour nous reposer et
apprendre nos leçons. Ces débauches d’énergie n’étaient pas pour autant
compensées par une bonne nourriture ni en quantité, ni en qualité. Intérieu-
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rement, cela me chagrinait et je commençais à nourrir beaucoup de haine
contre l’administration coloniale.
Les incendies
A l’époque, l’école n’était du goût ni des élèves, ni de leurs parents. Pour
cette raison, le recrutement se faisait par la force. Les familles de chaque
village concerné s’organisaient pour donner à tour de rôle le nombre d’enfants
demandés par les autorités coloniales.
Par hostilité donc à l’école, certaines nouvelles recrues parmi nous,
provoquaient des incendies pensant que cela allait permettre de la fermer et de
nous renvoyer dans nos familles. Pour cela, tard dans la nuit, au moyen d’arcs,
ces élèves lançaient des flèches enflammées sur les toits des cases et des
bâtiments de l’école. Alors, des cris « au feu !au feu ! » fusaient de partout, la
cloche de l’école sonnait de manière ininterrompue. Toute l’école, tout le
village de Kédougou, hommes et femmes valides, se levaient pour éteindre le
feu. Alors, nous élèves de la cantine, étions mobilisés durant le reste de la nuit
et même la moitié du jour suivant, pour puiser de l’eau et l’apporter aux
adultes qui l’aspergeaient sur les flammes.
Ces incendies se répétaient tous les deux ou trois jours jusqu’à ce que tout
soit consumé à par le feu. Ainsi, maîtres et élèves se trouvaient sans abri. Les
classes se faisaient en plein air, mais à l’ombre de grands fromagers et
manguiers. Les élèves de la cantine se couchaient à la belle étoile dans la cour
de l’école. Heureusement que c’était en période de saison sèche.
Après l’école, le choix des incendiaires se porta sur les bâtiments d’autres
services administratifs comme le Coba-Club. Mais dès le premier acte, ils
furent pris par un garde cercle.
C’étaient trois élèves dont deux Bassari (Tama Ngari BINDIA et Kali
BOUBANE) et un peulh appelé Mamadou Wouri DIALLLO. Ils furent arrêtés
et emprisonnés à Toubacouta dans les environs de Kaolack, sur la route de
Nioro. Kali Boubane y mourut. Les deux autres prisonniers furent graciés et
libérés quelques années plus tard. Tama Ngari BINDIA fut confié au chef de
Canton Diadié BA dans la famille duquel il s’intégra et se convertit à l’islam,
il fut baptisé Boubacar BA et y fonda une famille. Il mourut en 1993 en
laissant une femme et quatre enfants. Mamadou Wouri DIALLO, lui, fut
confié au vieux Bakary DANSOKHO. Il intégra la famille de celui-ci tout en
conservant son nom ; il fonda aussi une famille et se trouve aujourd’hui dans
sa propre maison dans le quartier DANDE-MAYO.
Voilà comment ma première année scolaire, durant les trois premiers mois,
fut perturbée par des incendies criminels. Nous vécûmes dans la hantise de ces
incendies et perdîmes beaucoup de nos forces dans le puisage d’eau pour les
éteindre. Mais, en même temps, ils nous initièrent à une vie dure, difficile, et
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somme toute, à l’endurance. En un délai record, les bâtiments et cases de
l’école furent entièrement réfectionnés. L’école retrouva sa vie normale.
Les maladies
Durant la première année scolaire nous connûmes également des épidé-
mies, notamment les maladies de la peau comme la gale. Mais, la plus grave
fut l’épidémie de méningite intervenue dans le courant de mars-avril, période
de haute chaleur dans la localité.
Les élèves atteints furent isolés hors du village dans des huttes en pailles
confectionnées à cet effet par les autorités sanitaires. Kédougou fut mis en
quarantaine pendant un mois. C’est-à-dire que personne n’en sortait et
n’entrait.
Parfois, je me trouvais parmi les élèves chargés d’apporter le repas, l’eau et
des ustensiles de cuisines aux camarades malades. Pour ce faire, nous
déposions les bols de repas, les seaux d’eau, et autres à cent mètres de leurs
huttes pour revenir sur nos pas. Cinq à dix minutes après, les malades venaient
les récupérer. C’était là une recommandation du médecin traitant par nos
maîtres interposés.
Un cas grave avait nécessité le parachutage du vaccin et autres
médicaments contre la méningite. L’avion devait venir de Dakar. Tout
Kédougou, y compris les élèves, en était informé. L’occasion s’offrait ainsi
aux populations de voir de plus près un avion.
Dès les échos du vrombissement du moteur, tout le monde accourut vers la
piste de largage. Le gros « oiseau métallique » passa au-dessus de la foule
dans la même direction qu’elle. Puis, il revint à très basse altitude, dans le sens
inverse du mouvement de la foule pour larguer sa cargaison… Le
comportement de l’avion donna à la foule l’impression qu’il allait s’abattre sur
elle. Alors ce fut la débandade, le sauve qui peut général… Mais l’avion ne
s’écrasa pas, il prit de l’altitude pour disparaître dans le ciel et dans la direction
d’où il était venu.
Le parachute ne s’ouvrit pas et le colis tomba au sol comme une pierre en
chute libre. Des caisses de médicaments subirent des dommages, mais
l’essentiel fut préservé ; le malade dont le cas était grave fut sauvé, avec lui,
les autres malades. Au bout du compte, l’épidémie fut jugulée et devint un
mauvais souvenir. Le cas grave en question concernait Fily SADIAKHOU, un
de nos « grands » de l’école. Comme nous le verrons un peu loin. Fily sera
instituteur puis Directeur de la même école régionale de Kédougou. Ensuite, il
sera député à l’assemblée Nationale de 1984 à 1993.
Cinq ans après, nous étudions au Cours Moyen (C.M), classe terminale de
l’école primaire à l’époque, les maladies tropicales dont la méningite, leurs
incubations et les traitements qui leur étaient appliqués, nous avaient été
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enseignés. Ainsi, nous apprenions que la méningite est une maladie grave,
foudroyante. Elle tue en moins de vingt quatre heures et parfois en quelques
heures. Les personnes qu’elle ne tue pas, elle les laisse atrocement diminuées
physiquement ou mentalement. Maladie microbienne, elle provoque
l’inflammation des méninges. Deux types de méningite nous ont été enseignés
à savoir :
• La méningite cérébro-spinale causée par le méningocoque. La période
de l’harmattan (novembre en mars), provoque le dessèchement des
muqueuses et crée ainsi un terrain favorable au développement de cette
forme de méningite. C’est cette forme que nous avons connue à la
première année de l’école, à la même période de l’harmattan.
• La méningite tuberculeuse est donnée par le bacille de coch. Quant au
vaccin, nous saurons que c’est une culture microbienne appelée toxine à
virulence atténuée que l’on inocule à une personne ou à un animal
contre une maladie microbienne comme la méningite cérébro-spinale.
De même on nous enseigna que la vaccination fut réalisée pour la
première fois au monde en 1796 par un médecin anglais du nom de
Jenner. Celui-ci remarqua que le cow-pox des vaches était transmissible
à l’homme sous forme d’une maladie bénigne dite la vaccine qui
immunisait contre la variole beaucoup plus grave.

Ainsi, nous nous rendîmes compte du danger que nous avions frôlé pendant
notre première année scolaire. En même temps, nous découvrîmes un domaine
de la science infiniment utile à l’homme, à savoir la recherche et
l’expérimentation.
La vie à la cantine
A l’époque, l’école régionale de Kédougou recevait les enfants recrutés
dans le village de Kédougou même et ceux des villages des cantons
Bandemba, Bassari et Gnokholo. Les élèves venus de ces cantons étaient logés
et nourris dans l’enceinte de l’école. Le lieu d’hébergement et d’entretien de
ces élèves s’appelait la cantine et les locataires les cantiniers. La cantine se
trouvait sous la responsabilité du directeur de l’école. A cet effet, des
subventions en espèces et en natures étaient mises à sa disposition par
l’administration.
Pour l’administration de la cantine, le directeur de l’école se faisait
seconder par des élèves cantiniers terminant leur cycle scolaire, c’est-à-dire
des élèves se trouvant au « cours moyen » deuxième année (C.M.2) préparant
le Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires (C.E.P.E) et l’examen d’entrée
en sixième des lycées et collèges, à raison d’un responsable par ethnie. Ils
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