//img.uscri.be/pth/db08221d7ca095292d9d058756a25a7fddb4078e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'Exception calédonienne

De
210 pages
Témoignage portant sur une période riche et cruciale de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie, cet ouvrage a pour ambition de révéler, de l'intérieur, l'humanité des actions, des réflexions, des comportements de la plupart des grands acteurs qui ont durablement orienté l'avenir des communautés qui peuplent ce territoire.
Voir plus Voir moins

E’L

xception c

alédonienne

edc ére rd« Portes océanes »
Collection dirigée par Frédéric Angleviel,
Professeur des universités en histoire

e spnot sneterl e sdiféfrnet sacetur sedl aercehcrehe tedm teter ette collection est dédiée en premier lieu à une meilleure connaissance de
l’Océanie à partir de l’édition cohérente des articles épars de chercheurs
C
reconnus ou de la mise en perspective d’une thématique à travers les
contributions les plus notables. La collection « Portes océanes » a donc pour
objectif
à la disposition de tous des bouquets d’articles et de contributions, publications
éparses méconnues et souvent épuisées. En effet, la recherche disposant désormais
de très nombreuses possibilités d’édition, on constate souvent une fragmentation
et une dissémination de la connaissance. Ces rééditions en cohérence se veulent
donc un outil au service des sciences humaines et sociales appliquées aux milieux
insulaires de l’aire Pacifique.
En second lieu, la collection « Portes océanes » a pour ambition de permettre
la diffusion auprès du public francophone des principaux résultats de la recherche
internationale, grâce à une politique concertée et progressive de traduction. Tout
naturellement, elle permettra aussi la publication de colloques ou de séminaires
sans s’interdire la publication d’ouvrages mettant à la disposition du public les
derniers travaux universitaires ou des recherches originales.
Déjà parus
Frédéric Angleviel :

Histoire de la Nouvelle-Calédonie. Nouvelles approches, nouveaux objets
, 2005.
Sonia Faessel :

Vision des îles : Tahiti et l’imaginaire européen. Du mythe à son exploitation littéraire
(
xviii
e
-
xx
e
siècles)
, 2006.
Alain Moyrand :

Droit institutionnel de la Polynésie française
, 2007.
Mounira Chatti, Nicolas Clinchamps et Stéphanie Vigier :

Pouvoir(s) et politique(s) en Océanie – Actes
du
xix
e
colloque CORAIL,
2007
.
Sémir Al Wardi :
Tahiti Nui ou les dérives de l’autonomie,
2008
.
Frédéric Angleviel (dir.) :
Chants pour l’au-delà des mers. Mélanges en l’honneur du professeur Jean Martin
,
.8002Benoît Carteron :
Identités culturelles et sentiment d’appartenance en Nouvelle-Calédonie,
2008
.
Frédéric Angleviel et Jean-Michel Lebigre :
De la Nouvelle-Calédonie au Paciique,
2009
.
Dumas Pascal et Lebigre Jean-Michel (dir.) :
La Brousse, représentations et enjeux
, 2010.
Marc Debene et Jean-Paul Pastorel :
La « loi du pays » en Polynésie française,
2011.
Pechberty Dominique :
Vie quotidienne aux îles Marquises
, 2011.
Pechberty Dominique :
Récits de missionnaires aux îles Marquises
, 2011.
À paraître
Nathalie Cartachef :
La vie quotidienne à Maré au temps des Vieux.
Collectif :

Franconesia. Études anglophones.
Collectif :

Franconesia. Études italiennes.

Pierre Maresca

L’Exception calédonienne

Petites histoires humaines
et politiques de la grande histoire calédonienne
(1970-2011)

Avec la participation du
Groupe de Recherches Historiques sur l’Océanie Contemporaine

mise en page
Totem Infographie | Tél : (687) 79 54 30 | toteminfo@mac.com
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
hdtitfpf:u//siwown.wh.alirbmraaitrtiaenha@rwmaanttaadno.co.ofrm
harmattan1@wanadoo.fr
ISEBAN N: :9 9778-822-2299665-6596294294 -9

À Marilyn et à nos enfants.
Frédérique,
Christophe,
Rodolphe,
Élodie,
Daphné,
Citoyens calédoniens,
Cette contribution à l’histoire de leur pays.

Sommaire
Préambule
...................................................................
11
P
remière

Partie
Le Passé recomposé
Prémices
.....................................................................
17
Un contrat de 30 ans… et plus
..........................................
20
Le petit Jacques
............................................................
21
Les Jeunes Giscardiens
...................................................
23
Tjibaou et l’UC
............................................................
25
RPR et RPC (R)
..........................................................
28
Les sabras de Jacques Laleur
............................................
37
De Nouméa à Paris
........................................................
44
Jacques Laleur député
....................................................
49
Le Parti républicain
.......................................................
50
François Léotard
...........................................................
55
D
euxième

Partie
De plain-pied dans l’histoire
De Paris à Nouméa
........................................................
65
Le Conseil de gouvernement Ukeiwé
..................................
67
Mitterrand président
......................................................
69
Tête-à-tête avec VGE
.....................................................
71
Le Conseil de gouvernement Tjibaou
..................................
74
Les communautés océaniennes et les autres
..........................
76
Les dramatiques contradictions socialistes
............................
81
L’intuition géniale de Jacques Laleur
.................................
83
Le Sénat
.....................................................................
84

9

L’exception calédonienne
L’ami Charles
...............................................................
87
Dick Ukeiwé
................................................................
91
Ministres calédoniens
.....................................................
96
L’univers de Dick
........................................................
110
L’épreuve
..................................................................
113
Pisani
......................................................................
115
Demain !
..................................................................
121
Révélateur
.................................................................
124
Enjeu national
............................................................
125
Les Accords de Matignon-Oudinot
..................................
127
Le prix politique
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
142
La rupture Chirac-Laleur
.............................................
145
Gérer les Accords
........................................................
152
Jacques Laleur, l’homme d’État
......................................
154
t
roisième

Partie
Ça n’engage que moi
L’Histoire a-t-elle un sens unique ?
..................................
159
Légitimité
.................................................................
160
Immobilisme
.............................................................
162
La longue marche du Rassemblement
...............................
169
Nouvelle donne
..........................................................
172
L’exception calédonienne
...............................................
176
Le paradoxe indépendantiste
..........................................
180
Le nouveau geste fort
...................................................
183
Pierre Frogier
.............................................................
188
Contributions
............................................................
190

Index
195

.....................................10

..................................591

Préambule

La nature et la vocation d’un préambule consistent la plupart du
temps à tenter d’exprimer en quelques lignes la quintessence de ce
que l’on va développer plus longuement dans le reste de l’ouvrage.
À ce titre, j’ai apprécié à sa juste valeur le préambule de l’Accord
de Nouméa, qu’on aurait pu dénommer sans risque « préambule
Christnacht » tellement l’ancien haut-commissaire, alors en charge
du dossier calédonien au cabinet du Premier ministre Lionel Jospin,
s’est investi dans sa rédaction. Un texte qui répond en efet parfai-
tement à cette déinition et plus encore puisqu’il est aussi un rappel
à l’ordre de l’esprit des Accords de Matignon, l’Accord de Nouméa
n’étant lui-même que le prolongement technique, souvent imparfait
d’ailleurs, de l’intention politique initiale. Ce préambule semble dire
aux signataires historiques :
« Ensemble acceptable mais peuvent mieux
faire et voilà comment ».
Belles formules et bons sentiments dont je retiendrai, presque avec
reconnaissance,
« les ombres et les lumières de la colonisation ».
Pour la première fois en efet, la France postcoloniale, dégouli-
nante de culpabilité et de repentance envers les peuples autochtones,
a osé rappeler, timidement mais ociellement, qu’elle avait apporté
autre chose, en Nouvelle-Calédonie aux populations locales que les
maux dont l’histoire l’accable. Une chance que n’a pas eue l’Algérie
Française dont on enseigne désormais ociellement qu’elle a spolié,
humilié et asservi,
« faire suer le burnous »,
des hommes et des femmes
qui aujourd’hui, paradoxalement, cherchent refuge par millions sur la
terre de cette France qui se serait montrée si odieuse à leur égard. Si

11

L’exception calédonienne
le sens de l’histoire, aux dires de ceux qui façonnent la pensée unique,
existe, je soupçonne qu’il doit y avoir quelque part une ironie de la
même Histoire dont nous constatons, piètre satisfaction, qu’elle se
manifeste avec force, bon sens et constance sous nos yeux.
Le préambule de ce livre servira pour sa part avant tout à ixer le
cadre de ce que l’on aurait pu appeler « Mémoires » si mes actions
et ma pensée avaient marqué durablement notre époque. Comme
ce n’est pas le cas, qualiions donc plus modestement les pages qui
suivent de témoignages. Je crois en efet avoir été plus témoin pas-
sionné qu’acteur essentiel au cours de ces quelques quatre décennies
qui, du début des années 70 à nos jours, ont marqué durablement le
destin de notre territoire.
Un livre de plus donc sur la Nouvelle-Calédonie. Sans doute, mais
autre chose aussi, du moins je l’espère. J’ai pu constater en efet, au
cours des conversations, des réunions, des exposés, des conférences
que j’ai pu faire ou tenir pendant toutes ces années, que mes auditeurs
ou interlocuteurs étaient très sensibles à ces petites histoires qui, en
relation directe ou indirecte avec les événements décisifs, contribuent
à l’écriture de la Grande Histoire. Et le fait d’avoir été souvent – pas
toujours – présent lors des moments marquants, d’avoir côtoyé au
plus près les personnalités qui en étaient les acteurs, d’avoir vécu de
l’intérieur ces situations, me permet de porter témoignage sur des
faits qui sont maintenant igés dans le marbre. Avec d’autant plus de
pérennité désormais que le dernier des deux personnages essentiels,
Jacques Laleur, a rejoint dans le mythe collectif forgé par la mort,
son indissociable partenaire de poignée de mains, Jean-Marie Tjibaou.
Même si, quelquefois, la légende a pris le pas sur la réalité, la défor-
mant et la modelant pour leur conférer la grandeur qui sied à leur
immortalité posthume.
Je ne suis pas historien, je suis passionné par l’histoire. Je n’ai donc
pas la prétention d’empiéter sur des territoires qui sont hors de ma
compétence. Je ne prends pas de notes, je me souviens. Je m’expose

21

Préambule
donc à l’approximation et j’évoquerai plus souvent des périodes ou
des époques, que des dates précises. La chronologie des événements
sera peu respectée – pas d’unité de temps, de lieu, ou d’action – il ne
s’agit pas d’une tragédie classique. Cet ouvrage a surtout pour vocation
d’apporter la touche subjective, donc imparfaite et non impartiale, à ce
qui a été pendant des décennies le il des jours de notre vie quotidienne
avec ses angoisses et ses espoirs, ses craintes et ses joies. Et aussi, fort
de cette expérience, d’essayer d’imaginer le chemin à suivre, en jetant
un œil prudent au-delà du mur du présent, vers cet avenir incertain
qui n’appartient à personne.
Tout cela, au risque parfois d’égratigner, sans plus, les statues des
Commandeurs et leur redonner ainsi une dimension humaine.

31

P

remière

Partie

Le Passé recomposé

« Savoir d’où l’on vient pour se projeter dans l’avenir. »

Prémices

Le Passé recomposé

« Alors tu pars en Nouvelle-Canellonie ! »
L’amie d’enfance qui évoque le Caillou sous cette appellation
vaguement culinaire, donne une idée de la totale ignorance qu’ont
nos compatriotes en général de cette lointaine terre française, perdue
dans le Paciique Sud, à proximité relative de l’Australie. J’aurai droit
également aux approximations géographiques
« à

côté de La Réunion
 »
ou
« vers les Antilles ».
Ou à la remarque inquiète 
: « mais tu ne parles
pas la

langue du pays ».
Ça n’est pas mon cas. La Nouvelle-Calédonie a
bercé mes rêves d’enfant et d’adolescent ainsi que ceux de mes parents,
de mes deux sœurs et de mon frère. Et je ressens l’urgente nécessité de
quitter un pays qui a trahi tous les idéaux que je défendais. hérapie
de choc pour évacuer un ressentiment violent risquant de m’entraîner
sur des chemins de perdition.
Nous sommes en octobre 1962. L’Algérie Française c’est ini
depuis quelques semaines. Plus d’un million de personnes rapatriées
en catastrophe, sous la pression terroriste du FLN triomphant à qui la
France a abandonné la population civile et les soldats algériens servant
dans ses troupes. Des dizaines de milliers de morts dans les quelques
jours qui suivent la date de l’indépendance sous l’œil impuissant de
l’Armée française qui laisse, sur ordre, s’accomplir les massacres.
Un crime d’État dont l’histoire devra un jour, quand sera venu le
temps du courage, faire le procès.
Il a fallu fuir, la mort dans l’âme, et la peur au ventre, notre terre
ancestrale où sont inhumées des générations de pionniers, nos aïeux,

71

L’exception calédonienne
qui ont façonné de leurs mains cet immense pays trouvé en friches, ont
édiié les villes, ont construit les ponts et les routes et ont ensemencé
les terres, des vergers de la Mitidja aux contreforts du Djurdjura.
Ceux que l’on a qualiiés péjorativement de colons constituent un
petit peuple d’ouvriers, d’artisans, de fonctionnaires, de membres des
professions libérales dont le revenu moyen est de 20 % inférieur à celui
des Métropolitains. Quant aux véritables
« colons »
, ils sont à peine
10 000, sur une population d’un million deux cent mille personnes et
les 2/3 d’entre eux exploitent des parcelles de moins de 10 hectares.
L’accueil de la métropole est hostile. La presse dans sa majorité
nous voue aux gémonies. Gaston Deferre, maire de Marseille,
s’illustre particulièrement dans la vindicte à notre égard. Pour lui,
nous n’avons pas notre place en France et il suggère de nous orienter
vers l’Amérique du Sud.
Nous vivions à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt, au
sein d’une population mêlée composée d’Arabes musulmans, de Juifs
sépharades et d’Européens chrétiens, dans un même état d’extrême
modestie à la lisière de la pauvreté. Situation dont nous n’avions pas
réellement conscience, puisqu’elle était la norme dominante, n’en
déplaise aux pourfendeurs de
« colons »,
chez les Pieds-noirs et les
Algériens qui cohabitaient, dans des conditions sociales identiques
et souvent précaires, sur une terre qui leur était commune.
J’ai le souvenir d’une jeunesse ensoleillée passée dans une « 
misère
heureuse »
, illuminée par la chaleur du foyer familial et portée par les
liens forts de la rue qui se tissent dès l’enfance dans les endroits favo-
risés par les conditions climatiques permettant de vivre à l’extérieur
et d’échapper ainsi aux aux inconvénients de logements surpeuplés.
La rue n’était pas alors le lieu de tous les dangers qu’elle est devenue
de nos jours, mais le terreau fertile d’amitiés solides dont certaines
perdurent, cinq décennies plus tard, malgré les éléments de dilution
que sont l’espace et le temps.

81

Le Passé recomposé
Pour parodier Coluche, chez nous ainsi que chez beaucoup de nos
contemporains, les ins de mois étaient diciles, surtout les trente
derniers jours…
Mais il y avait la Nouvelle-Calédonie… cette terre mythique pleine
de rêves et d’espoirs qu’un oncle, lieutenant de gendarmerie muté sur
le territoire, nous racontait à longueur de lettres et nous promettait
pour un futur proche.
Et puis il y a eu la Guerre d’Algérie… L’oncle est revenu pour servir
dans les zones de combat. En 1960, retraite prise, il est retourné à
Nouméa avec sa famille et au moment de la grande rupture, en juillet
1962, il nous a incités fortement à faire le grand voyage, me détournant
d’un autre objectif envisagé : le Québec. C’est ainsi que nous avons
entrepris, il y a prés d’un demi-siècle, cette grande migration familiale.
Merci à la mémoire du tonton Gonzalo.
Un long voyage que notre dénuement rend dicile à concrétiser.
Je garde en archives, une lettre du ministre de l’Intérieur du gou-
vernement de la Nouvelle-Calédonie (loi-cadre) Wakolo Pouyé qui
me refuse la dispense de caution de retour, ce qui aggrave encore le
problème. Quinze ans plus tard, alors que je siège dans le Conseil de
gouvernement, je reçois la visite d’un homme manifestement dans
une extrême diculté qui vient me demander de l’aide. Il s’appelle
Wakolo Pouyé…
« Le Calédonien »,
paquebot mixte des Messageries Maritimes doit
quitter Marseille pour Nouméa le 18 décembre 1962 pour une traver-
sée de 45 jours. Les escales sont mythiques. La première est cruelle :
Alger que j’ai quitté en catastrophe quelques mois plus tôt puis le canal
de Gibraltar, Madère, Guadeloupe et Martinique, Panama City et
Balboa les 2 villes qui jalonnent le Canal de Panama, les Marquises,
Papeete, les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie. Après
une collecte familiale, l’argent est là et les billets sont pris. Mais…
ma femme est enceinte de plus de 6 mois donc interdite de grande

91

L’exception calédonienne
traversée. C’est une catastrophe. Marchant dans les rues de Paris, je
repère une plaque de médecin gynécologue et un nom qui évoque
le pays perdu. Je tente le coup. Le docteur est bien pied-noir et il
accepte, par solidarité du malheur commun, de me faire un certii-
cat médical qui atteste que la grossesse ne dépasse pas 5 mois. Nous
embarquons donc frauduleusement. Mais le médecin du bord, un
sympathique vieil alcoolique, se rend vite compte de la supercherie
et, terrorisé à l’idée d’un accouchement en mer, nous fait descendre à
l’escale de Tahiti pour un examen à l’hôpital de Mamao. Rassuré, il
nous permet de repartir. Nous arrivons à Nouméa le 30 janvier 1963
et ma ille Frédérique vient au monde le 12 février à la maternité de
l’hôpital militaire Gaston Bourret. Pour me rappeler depuis combien
de temps je suis en Nouvelle-Calédonie, il me sut d’évoquer l’âge
de ma ille aînée. Bientôt cinquante ans !!! De quoi revendiquer une
vraie
« calédonité
 », non ? Pas si sûr…

Un contrat de 30 ans… et plus

Un soir de la in d’année 1972, je me rends chez mes amis Trova
pour faire la connaissance d’un homme, déjà une personnalité, que
je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer jusque-là. Le fait que Jackie
et Jacques Trova soient des relations communes a facilité la chose.
Entrevue « secrète ». Chacun arrive de son côté et les maîtres des lieux,
après les présentations d’usage, nous laissent en tête-à-tête. Presque un
scénario de ilm d’espionnage. Je suis latté. C’est lui qui a demandé à
me connaître. J’ai trente ans, je viens de quitter l’administration pour
le journalisme politique et je galère un peu, beaucoup, pour trouver ma
place dans la société calédonienne. Il en a quarante et il est l’héritier
annoncé de l’empire politico-inancier que son père le sénateur Henri
Laleur a constitué à partir de son domaine minier et de son immense
propriété de Ouaco (plus de 30 000 hectares).

02

Le Passé recomposé
Jacques Laleur est déjà investi en politique puisqu’il siège au
Conseil de gouvernement et tient une place éminente dans le dispositif
qui gère les afaires familiales. L’entretien est agréable, sympathique et
décontracté, à l’image de l’homme que je découvre, mais ne débouche
sur rien de concret sinon la perspective de se revoir. En sortant de là,
je n’imagine pas que je viens d’enclencher un processus qui va engager
mon existence pour une trentaine d’années.

Le petit Jacques

À cette époque, Jacques Laleur est en phase de 
« construction ».
Son père, septuagénaire, est fatigué et il apparaît comme le plus à
même de reprendre le lambeau. Il doit pour cela se construire une
légitimité et surtout une crédibilité après une jeunesse un peu dissi-
pée qui a laissé une mauvaise impression aux membres de la garde
rapprochée du vieux sénateur. J’ai le souvenir d’une conversation,
quelques jours après le décès d’Henri Laleur en septembre 1974, au
siège de son parti, l’EDS (Entente Démocratique et Sociale) que j’ai
rallié depuis peu, où les mêmes se désolaient de l’incapacité supposée
du « petit Jacques » comme ils l’appellent, à assumer la succession et
du commentaire déinitif de l’un d’entre eux :
« Il n’arrivera jamais à la cheville du sénateur. »
La suite allait démontrer l’inanité de tels jugements à l’emporte-pièce.
Comme souvent, la mort du père a un efet libératoire qui va permettre
au « petit Jacques » de déployer ses ailes. Ce qu’il fait dans un premier
temps avec précaution, sous l’œil sourcilleux de Roger Laroque, rival
perpétuel d’Henri Laleur. Le maire de Nouméa va poursuivre avec le
ils du sénateur cette compétition mouchetée entre personnes de même
niveau social, partageant les mêmes convictions, empreinte chez l’un d’un
respect craintif quasi ilial et chez l’autre d’une sympathie afective un

12