//img.uscri.be/pth/c95ecf7ff894bcd9be6a47adce838b762a6e75bf
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'impact de la Première Guerre mondiale sur le Cameroun

De
200 pages
Comment une guerre, à l'origine européenne, a-t-elle pu embraser et affecter durablement un territoire africain - en l'espèce la colonie allemande du Kamerun ? Cette étude rend compte de la situation générale au Cameroun à l'aube de la Première Guerre mondiale. Les trente premières années de la colonisation, puis les enjeux du conflit occidental sont analysés pour éclairer le processus de déclenchement des hostilités locales.
Voir plus Voir moins

L'impact de la Première Guerre mondiale sur le Cameroun

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions Alphonse NDJATE OMANYONDO N'KOY, Gendarmerie et reconstruction d'un État de droit au Congo-Kinshasa, 2007. Daniel Franck IDIATA, Les langues du Gabon, 2007. Alsény René Gomez, Camp Boiro, Parler ou périr, 2007. Paulin KIALO, Anthropologie de laforét, 2007. Bruno JAFFRE, Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou la mort..., nouvelle édition revue et augmentée, 2007. Mbog BASSONG, Les fondements de l'état de droit en Afrique précoloniale,2007. Igniatiana SHONGEDZA, Les programmes du Commonwealth au Zimbabwe et en République sud-africaine, 2007. Fidèle MIALOUNDAMA (sous la dir.), Le koko ou Mfumbu (Gnétacéés), plante alimentaire d'Afrique Centrale, 2007. Jean de la Croix KUDADA, Les préalables d'une démocratie ouverte en Afrique noire. Esquisse d'une philosophie économique,2007. Jacques CHATUÉ, Basile-Juléat Fouda, 2007. Bernard LABA NZUZI, L'équation congolaise, 2007. Ignatiana SHONGEDZA, Démographie scolaire en Afrique australe, 2007. Olivier CLAIRAT, L'école de Diawar et l'éducation au Sénégal,2007. Mwamba TSHIBANGU, Congo-Kinshasa ou la dictature en série, 2007. Honorine NGOU, Mariage et Violence dans la Société Traditionnelle Fang au Gabon, 2007. Raymond Guisso DOGORE, La Côte d'Ivoire: construire le développement durable, 2007. André-Bernard ERGO, L 'héritage de la Congolie, 2007. Ignatiana SHONGEDZA, Éducation des femmes en Afrique australe, 2007. Albert M'P AKA, Démocratie et vie politique au CongoBrazzaville,2007. Jean-Alexis MFOUTOU, Coréférents et synonymes du français au Congo-Brazzaville. Ce que dire veut dire, 2007.

Franklin EYELOM

L'impact de la Première Guerre mondiale sur le Cameroun

L' Harm.attan

L.AUTEUR
Franklin J. EYELOM est né à Sa'a au Cameroun, dans la province du centre sud. Il est docteur, PH. D. en histoire des relations internationales de l'Université de Montréal (Québec, Canada). Ancien chargé de cours d'histoire de l'Afrique contemporaine à l'Université du Québec à Rimouski, ancien chercheur associé au Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal, il a repris le chemin de la faculté des Sciences de l'Éducation où il est inscrit depuis janvier 2007 au département de psychopédagogie et d'andragogie à l'Université de Montréal pour une formation à l'enseignement post Secondaire. Il a déjà publié chez le même éditeur en 2003 : Le partage du Cameroun entre la France et l'Angleterre.

@

L'Harmattan,

2007
75005 Paris

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04528-6 EAN : 9782296045286

REMERCIEMENTS

Sans compter les autres obstacles qu'impose la recherche, l'auteur a l'obligation de conjuguer sa volonté d'écrire au temps physique et psychologique qui doivent s'harmoniser à travers une lutte farouche laquelle s'intègre dans les réalités quotidiennes. Je confesse tout haut ma douleur à tous ceux et celles qui souffrent de ma passion d'écrire, ceux et celles qui se croient abandonnés. Je voudrais leur témoigner ma profonde reconnaissance pour leur patience et surtout implorer leur compassion pour encore de nombreuses années à venir. Je voudrais saluer la magnanimité du Professeur Samir Saul, qui n'a jamais cessé de m'encourager à la besogne pour m'affirmer comme auteur. Sur le plan humain et intellectuel, j'estime que je lui dois beaucoup plus qu'une simple reconnaissance. Mes pensées vont aussi au Professeur Jean Dimakis qui a été mon premier guide dans le programme d'études supérieures à l'Université de Montréal. Je lui souhaite une retraite paisible dans sa Grèce natale. Enfin, je termine en remerciant toute ma famille, tous mes amis pour leurs encouragements soutenus. Je pense particulièrement à mon frère Amougou Essogo Désiré qui vit au Cameroun et à M. Pierre Bertaut Martineau (PB) pour son optimisme et pour son regard résolument tourné vers l'avenir. Je témoigne toute ma gratitude à Rachel Corsini pour son calme, son support moral et son assistance lors des moments difficiles.

AVANT-PROPOS Sur le plan historique, le Cameroun demeure un jeune pays dont le passé colonial fort mouvementé reste encore à explorer. À l'instar de l'épisode du premier grand conflit mondial de 1914, le Cameroun fut à bien des égards, un des points chauds des rudes combats qui se déroulèrent à l'intérieur du continent africain. Certains événements de cette période ou ceux qui la précèdent, ont pu influencer le cours de l'histoire du Cameroun. Comment une guerre, à l'origine européenne a-t-elle

pu embraser et affecter durablementun territoire africain - en l'espèce - la colonie allemande du Kamerun? Cette étude
rend compte de la situation générale au Cameroun à l'aube de la première guerre Mondiale. Les trente premières années de la colonisation, puis les enjeux du conflit occidental sont analysés pour éclairer le processus de déclenchement des hostilités locales. Sur un territoire à la géographie variée, où voies et moyens de communication sont encore fort rares, vont se dérouler des opérations militaires farouches mettant aux prises des populations soumises à l'un ou l'autre des belligérants européens. Les solutions de paix vont déplacer les problèmes camerounais préexistants: en révéler certains et en aggravant d'autres. Le développement du pays scindé en deux, s'en ressentira pour les décennies à venir.

INTRODUCTION Le Cameroun, tel que connu aujourd'hui, est un pays d'Afrique qui s'étend sur 475 442 km2 de superficie et peuplé d'environ 15,5 millions de personnes; soit une densité de 32,6 habitants au km2. Le taux d'accroissement naturel de cette population est de plus de 2,7 % par an. Selon les projections des démographes, le Cameroun comptera près de 20 millions d'habitants en l'an 2010. La population camerounaise est globalement jeune (45 % de moins de 15 ans). La population urbaine était de 46,4 % en 1997. La même année, l'espérance de vie était de 53 ans pour les hommes et 56 ans pour les femmes!. Il représente à la fois le centre de gravité du continent noir et le grand pont terrestre entre l'océan Atlantique et le lac Tchad. Situé au fond du golfe de la Guinée, il imprime la démarcation entre l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale. Ses frontières, telles qu'elles apparaissent sur la carte de la page suivante2, s'étendent au Nord jusqu'au lac Tchad; au sud jusqu'au Congo Brazzaville, le Gabon et la Guinée Équatoriale; à l'Est le pays côtoie la République Centrafricaine et finalement le Nigeria à l'Ouest. Le climat et le relief du Cameroun sont caractérisés par des vigoureux contrastes. Les variétés de ses paysages et de ses types humains rarement vus ailleurs sur les autres territoires africains, lui confèrent un critérium spécial. Cette originalité lui a valu l'appellation de « l'Afrique en miniature ». Le pays a acquis son indépendance politique depuis janvier 1960. Il est le seul pays africain qui possède deux langues étrangères officielles; le français et l'anglais. Par ailleurs, on dénombre sur l'ensemble de son territoire, plus de deux cents langues nationales.
1 Institut national de la statistique (Cameroun) - Annuaire statistique du Cameroun 2004 2 Office of Geography, Department of the Interior, U.S. Washington 25, D.C., March 1962, copy 4, Cameroon.

.

10

N

t

Q

Ell,,"

CAMEROON
o
o

y.-..

I

I 50

50 f

\ 100

t I 150

100

I l<iltlln.litf1

150 MII.s

C HAD
I 1 i :

NIGERIA
10

j

~
~..-l./
N'G4lounô.,.o

'"j
i

./
REPL'BUC

cl'°Ufflt'JlU\

,.JYAOUNOÉ °EstJka I !
05an!itfl"utlu'r;A

,_

I L~-L.

IZ

r

N

_/

GABON

~

.L:~

CON ~i

0 0

Le nom Cameroun n'existait pas avant le XVIe siècle. En effet, ce mot tire son origine du terme portugais camarao

(qui signifie crevette) et camaroes (crevettes). Vers 1470 1475, les explorateurs portugais avaient atteint le fond du golfe de la Guinée. Mais, certains historiens s'entendent sur le fait que les Portugais ne furent pas vraisemblablement les premiers à aborder les côtes du Cameroun. Cependant, en 10

dépit du fait qu'une expédition carthaginoise eût lieu sous le commandement d'un certain Hannon sur les côtes africaines d'après le document ci-après cité, il est tout à fait aléatoire de prétendre déterminer l'existence du mont Cameroun sous l'appellation de « Char des Dieux ». En effet, les protagonistes de cette thèse soutiennent et affirment que les marins carthaginois furent les premiers à atteindre les côtes du Cameroun et avaient assisté à une éruption volcanique qui correspondrait au mont Cameroun. La piste carthaginoise s'écarte de l'intérêt de cette étude dans la mesure où leur voyage n'avait laissé aucune trace au Cameroun en particulier ni en Afrique. D'ailleurs, les régions du Cameroun vont demeurer inconnues pendant de longs siècles jusqu'à l'arrivée des Portugais au XVe siècle: «Si l'on en croit certains historiens, le Cameroun aurait reçu dès avant notre ère, à une époque d'ailleurs mal précisée, peut-être au vr ou au V siècle avant J- C., la visite des navires carthaginois. Le document célèbre connu sous le nom de Périple d 'Hannon, est suffisamment vague pour laisser place à diverses interprétations» 3. Cette présence portugaise dans l'estuaire du Wouri fut en effet marquée par une coïncidence. Les Portugais furent impressionnés par un étrange phénomène dans ce fleuve de la côte, le fameux Wouri (lire vouri). Ils remarquèrent un foisonnement de crustacés blanchâtres. Il s'agissait du phénomène migratoire saisonnier des célèbres «Mbéatoé », nom de cette espèce de crevette en langue Douala, qui s'opère tous les cinq ans. Les Portugais appelèrent alors le Wouri «Rio dos camaroes », rivière de crevettes. C'est de la crevette, camarao que viendrait le nom Cameroun. Mais, il
3

Bertrand Lembezat. Le Cameroun. Paris, Éditions Maritimes Coloniales, 1954, p. 9. Il

et

n'existe pas de document historique attestant que les Portugais auraient été les pionniers à effleurer l'estuaire du Wouri4. Cependant, l'hypothèse qui attribue à Fernando PÔ la découverte de l'estuaire du Wouri est partagée par plusieurs auteurs parce qu'il découvrit l'île Formose (Ilha Formosa) qui portera plus tard son nom. Par contre, on ne précise pas si le «Navigando» portugais, à partir de l'île Formose, avait pris la direction de l'estuaire du Wouri ou du Portugal. Somme toute, le voyage de Lopo Gonçalves effectué vers 1472-1473 sur les côtes du Cameroun, sous-tend à la probabilité que les Portugais avaient découvert l'estuaire du Wouri et l'ont surnommé «Rio dos camaroes ». Toutefois, l'influence de nombreux marchands européens qui fréquentaient les côtes du golfe de la Guinée, avait dû progressivement transformer ce terme: «Sous l'influence espagnole, l'estuaire du Wouri fut désigné sous la forme de Rio de Los Camerones ou Rio dos Camerones. Sous l'influence anglaise, le nom se transforma au XIXe siècle en Cameroons, Cameroons River. Pendant longtemps, il fut attribué à la contrée sise de part et d'autre des rives du fleuve Cameroun, le pays des Camerones ou la province des Camerones et aux habitants de cette même contrée, les Camerones. Il fut donné à l'actuelle ville de Douala, Camerones Town et à la montagne voisine, Cameroon montain. En 1901, les Allemands étendirent la dénomination, de forme germanique, Kamerun, à l'ensemble du pays, c'est-à-dire leur colonie. Distinguant ainsi le pays et la ville de Cameroun qui reçut le nom de Douala. Les Français
en ont fait Cameroun»
4
5.

Adalbert Owona. « La naissance du Cameroun d'Études africaines. Volume XIII, 1973, p. 17. 5 Owona, article cité, p. 17.

1884-1914

». Cahiers

12

En revanche, c'est aux portugais que revient indéniablement 1'honneur de l'établissement des premiers comptoirs de commerce dans la région de l'estuaire du Wouri6. Généralement, tout comme à travers le reste des côtes d'Afrique, le commerce demeurait la principale activité européenne à cette époque. Ce n'est pas avant la fin de la deuxième moitié du XIXe siècle que l'expansion coloniale européenne va brutalement se manifester. Dans le cas du Cameroun, la période antérieure à cette expansion fut marquée par près d'un demi-siècle de prépondérance anglaise. C'est en effet le 10 juin 1840 que fut signé à Douala, le plus ancien traité connu dans l'histoire du Cameroun entre les rois Akwa, Bell et le gouvernement anglais? Les termes de ce contrat anglo-douala stipulaient que les monarques s'engageaient à supprimer la traite des esclaves, moyennant un bon cadeau annuel de la part de sa Majesté. Ils devaient ainsi avertir un des croiseurs britanniques le plus proche, dès qu'un bateau négrier était en vue. Le fait important à noter en rapport avec ce traité concerne le seul témoin européen résidant à cette époques. Il s'agissait du dénommé John Lilley, commerçant anglais qui aurait été le premier Européen à se fixer en terre Douala; contrairement à une autre hypothèse qui cite le missionnaire baptiste Alfred Saker comme étant le premier résidant européen de la ville de Douala. Un second traité anglo-douala ne tarda pas à voir le jour. Celui-ci, plus précis, fut signé séparément le 7 mai 1841 entre William Simpson Blount, lieutenant commandant du « Pluto », vapeur de Sa Majesté britannique, et les deux rois Akwa et Bell. L'essentiel de ce second traité se résume aux cadeaux qui seront reçus en contre partie de l'interdiction formelle de commerce des esclaves, assorti pour la première fois d'un article menaçant tout contrevenant de sévères punitions.
6 Lembezat,
7

op. cit.:.,p. 10. 47- 48, mars / juin, 1955, p. 9.

J. R. Brutsch. « Les traités camerounais, recueillis, traduits et com-

mentés ». Études camerounaises, 8 Brutsch, article cité, p. 10.

13

L'année suivante, soit en avril 1842, une déclaration anglaise remise aux rois Akwa et Bell, réaffirmait que le cadeau ne serait pas versé s'il était prouvé que la traite a continué9. En l'occurrence, l'Angleterre devait alors employer la force pour abolir cette pratique. Au cours des années suivantes, on assista à la mise en place de la première mission évangélique fixée au Cameroun dans le quartier Akwa à Douala. Cette mission baptiste de Londres eût un illustre représentant en la personne du pasteur Alfred Saker. Il va sans dire que la croissance de plus en plus significative des commerçants qui s'installaient à Douala, devenait un facteur de différends aigus entre les commerçants et les habitants locaux. Il était donc devenu impérieux d'avoir recours à une autorité supérieure pour les fins d'arbitrage de litiges. Le ministre Palmerston, par lettre du 30 juin 1849, proclama John Beecroft, premier consul anglaislO.Ce dernier, déjà longtemps gouverneur de Fernando PÔ, ajoutait à sa juridiction les baies de Bénin et de Biafra. Dès le mois de décembre de l'année de sa nomination, Beecroft présida une conférence anglo-douala à bord du navire de Sa Majesté, le Jackal11. La conclusion de cette conférence avait abouti sur douze articles. En résumé de ces principaux points, tous les vieux conflits étaient désormais considérés comme réglés. Les malentendus entre les commerçants et les habitants locaux seraient dorénavant auditionnés par les rois et les chefs commerçants. Le roi et le chef du rivage prélèveront une taxe sur tous les bateaux qui viendraient accoster. Après l'entreposage des marchandises, le roi ou le chef de l'entrepôt était tenu responsable en cas de vol ou de perte. Tout roi ou chef qui empêche le commerce libre après le prélèvement des taxes, sera accusé de blocus. Les pilotes des navires recevront
9 Brutsch, article cité, p. 12. 10Ibid., p. 12. 11Ibidem., p. 13. 14

un salaire d'un «Kru» par trois pieds de tirant d'eau de bateau. Toute agression commise contre un bien ou un sujet de Sa Majesté devait être équitablement compensée par le roi ou chef. Dans son détail, le texte de ce traité contient les plus anciens quotas connus en matière de réglementation commerciale portuaire et une sorte de police municipale au Cameroun. On note aussi parmi les signataires, outre les quinze chefs et notables dépendant des rois Akwa et Bell, un représentant de la mission baptiste anglaise, le nommé Thomas Horton Johnson, ancien esclave originaire de la Sierra Leone. Ce dernier deviendra d'ailleurs en 1855, le premier pasteur africain de l'Église baptiste de Douala12.Pour la première fois, la notion de taxe apparaissait et quelques indications sur les mesures employées par les commerçants, à l'instar du km. Le terme «km» tirerait son origine de « Krumen » nom sous lequel on désignait les esclaves venant de la côte africaine13. En terme d'équivalence, un km représentait alors le prix de vente d'un esclave. Ainsi, les sous-multiples d'un km correspondaient à quatre kegs, ou 8 piggins équivalents à 10 gallons ou 12 marks ou 20 bars. Malgré tous les accords négociés entre les Anglais et les rois de la côte du Cameroun, la traite des Noirs avait plus ou moins continué clandestinement. Le consul Beecroft signa un autre traité avec les rois en avril 1852, interdisant à jamais l'exportation des esclaves vers les pays étrangers. Sur les huit points essentiels du traité, quelques faits nouveaux retiennent l'attention: la mise en place des officiers anglais chargés d'abolir la traite des esclaves, le libre commerce pour les sujets britanniques avec les peuples camerounais et l'interdiction des coutumes barbares vouées au sacrifice humain. Une protection majeure était garantie à tous les évangélistes dans l'exercice de leur vocation. C'était en effet
12Brutsch, article cité, p. 15. 13 Ibid., p. 16. 15

le premier et le seul traité connu qui impliquait l' œuvre missionnaire chrétienne au Cameroun. Dès 1856, le consul Thomas Joseph Hutchinson signa avec les rois et les chefs douala, le célèbre traité de vingt articles, instituant un tribunal de commerce et une cour d'Équité. Rappelons que Hutchinson était venu remplacer W. Lynslager qui avait assuré l'intérim pendant un an et demi après la mort de Beecroft survenue en juin 1854. Ce traité, bien qu'il fut très précis et cohérent, il semble de toute évidence qu'on l'ignora. Son fonctionnement semble avoir été difficile. Le consul Burton, dans son rapport de 1864, note que tout le monde l'avait signé, mais personne ne voulait l'appliquer14. La convention de mai 1858 venait abolir toutes les coutumes sanglantes et barbares qui sévissaient chez le roi Akwa. On réitéra avec l'arrangement anglo-douala de juillet 1859, l'abolition de tous les sacrifices humains relatifs à un culte paën. Deux ans plus tard, soit en décembre 1861, un nouvel accord interdisait la pratique du meurtre par représailles, genres de traitements qui dégénéraient très souvent en véritable guerre civile jusqu'en 1884. Comme on vient de le constater, depuis 1840, presque chaque année, un accord, une convention ou un traité avait été signé entre les rois de la côte et les représentants du gouvernement britannique. Ainsi, à la lumière de tout ce processus de cohabitation pacifique, on peut affirmer à bien des égards, que les Anglais, restaient jusque-là intéressés par le Cameroun. Cependant, au-delà de ces apparences, intervint ensuite une longue période de plus de vingt ans pendant laquelle aucun traité ne fut signé, mais ce n'était pas parce que tout allait déjà bien entre les Anglais et les peuples du Cameroun. Au contraire, d'autres intérêts, ailleurs sur la côte africaine, préoccupaient les Anglais, tels Lagos et Accra.

14Brutsch, article cité, p. 23. 16

Les rois douala se sentirent délaissés. Il semble que les lettres datées de 1864 et 1877 furent adressées à la Reine Victoria. Mais la plus ancienne dont le contenu est connu, remonte au 7 août 1879. Elle fut signée par King Akwa, les princes Dido Akwa, Black et Joe Gamer. En résumé, cette lettre implorait Sa Majesté que les lois anglaises puissent gouverner le Cameroun. Les rois avaient besoin d'une administration anglaise comme c'était le cas à Calabar au Nigéria. Ces derniers semblaient éprouvés par la fatigue à supporter seuls le fardeau de la responsabilité du pouvoir. Une autre lettre de King Bell, datée de mars 1881, s'adressait au consul Hewett, lui demandant de transmettre à Sa Majesté leurs inquiétudes relatives au long silence des lettres précédentes. Il réaffirmait son désir de voir la loi anglaise gouverner le Cameroun. Au cours de la même année, deux autres rois, Ndumb'a Lobe et Mpondo Ma Ngando adressèrent à leur tour, une demande expresse au chef du gouvernement britannique de l'époque, Gladstone: « Nous désirons que notre pays soit gouverné par le gouvernement anglais. Nous sommes fatigués de gouverner ce pays nous-mêmes. Chaque dispute amène une guerre et souvent une grosse perte de vie... Faites-nous la grâce d'exposer notre requête à la
Reine...» 15.

Après avoir exprimé formellement leur pensée, la dernière requête des rois essuya le refus vague des Anglais. Cependant, soulignons que le consul Hewett adressa une lettre à son gouvernement dans laquelle il ne fit aucune recommandation à celui-ci de prendre le Cameroun sous le protectorat anglais. Le consul évoqua plutôt qu'une opération de protectorat anglais représentait plus d'inconvénients que d'avantages au Cameroun dans la mesure où le gouvernement anglais ne pourrait plus concentrer les efforts sur ses intérêts
15Brutsch, article cité, pp. 28-29. 17

de la Gold Coast (Ghana) et au Nigerial6. C'est ainsi qu'en 1882, le gouvernement anglais avait répondu aux deux rois douala. Dès lors, s'amorça un important tournant dans 1'histoire du Cameroun face aux pays européens. Ainsi, déçus et bafoués dans leur prestige de souverain, les rois douala n'avaient pas digéré cette réponse dilatoire des Anglais. C'est sans doute ce qui explique que les successeurs de King Akwa décédé quelque temps après, se soient tournés radicalement vers les Allemands. En janvier 1883, un important accord commercial fut signé entre les Akwa et la Maison Woermann de Hambourg, résultat des multiples efforts consentis par leurs représentants installés depuis 1862 au Gabon17. Les Allemands signèrent un accord dès mars 1883 avec les clans Bell et Akwa. Ce traité très élaboré procédait déjà de quelques considérations d'urbanisme, de droit pénal et civil (peine de mort, héritage). Au constat de ce traité, les Anglais tressaillirent de stupéfaction en réalisant le péril qu'incarnaient pour eux, les aspirations allemandes. Il était déjà sans doute trop tard pour s'apercevoir que les territoires de la côte du Cameroun n'étaient pas aussi négligeables comme l'avait estimé le consul Hewett. Ainsi, dès 1884, une véritable course contre la montre fut entamée entre les gouvernements de Londres et de Berlin sur la côte africaine. Fatigués, eux qui attendaient depuis fort longtemps une action anglaise, les rois douala accueillirent avec soulagement, les plénipotentiaires allemands qui remportèrent de justesse la course au Camerounl8. Le Il et 12 juillet fut signé le célèbre traité germano-douala. Pas étonnant que le texte original du traité fût rédigé en anglais et n'ait jamais été publié. D'abord les rois côtiers ne connaissaient pas ou alors très peu la langue allemande; en suite, comment un traité d'une telle importance
16 Brutsch, article cité, pp. 28-29. 17Ibid, pp. 28-29. 18 Ibidem, pp. 34-35. 18

pour l'Allemagne devait-il paraître dans une autre langue que l'allemand? Selon la lettre d'un officier naval anglais, le commandant Graigie, datée du 26 juillet 1884, (Blue Books, 1885, Inclosure 4 in no. 25, pp. 24-25) les rois Akwa et Bell n'en reçurent aucune copie19.Harry Rudin déclare aussi dans son remarquable ouvrage, «Germans in the Cameroon », qu'il lui a été impossible de retrouver le texte: « Unable to find an exact copy of Natchtigal 's treaty with the Duala chieftains in July 1884, the author is forced to substitute an extract from the report made by Natchtigal to Bismarck of his work in
West Africa »20.

Le 14 juillet 1884, cinq jours avant l'arrivée du plénipotentiaire anglais Hewett, surnommé d'ailleurs pour la circonstance, « The too Late Consul », Ie Dr Nachtigal hissait officiellement le drapeau allemand à Douala. Ainsi s'achevait de manière peu glorieuse, le demi-siècle de présence anglaise sur les côtes du Cameroun. Parallèlement, on assistait à un début fracassant de la germanisation du Cameroun. C'est sur cette ère nouvelle de l'Allemagne bismarckienne au Cameroun que va s'ouvrir le premier chapitre à travers lequel, un tableau général de la situation du Cameroun à la veille de la première guerre mondiale de 1914 sera esquissé.

20 Rudin, R. Harry. Germans in the Cameroon

19Brutsch, article cité, pp. 34-35.

1884 - 1914.A case study in modem imperialism, Jonathan Cape Ltd, London, 1931. Appendice 1, p. 425.

19