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L'indépendance de la Guinée en 1958

De
254 pages
L'auteur de ce livre a choisi l'année 1958, l'une des plus controversées de l'histoire de l'indépendance guinéenne, pour démontrer ses théories: l'histoire véritable doit refuser de céder sa place à la légende, à l'affabulation, aux chroniques arrangées. Elle doit, pour ce faire, exiger l'approfondissement des recherches documentaires afin de mieux appréhender tous les tenants et les aboutissants ou tous les aspects d'un fait.
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Sidiki Kobélé KeïtaL’INDÉPENDANCE DE LA GUINÉE
EN 1958
L’auteur de ce livre a choisi l’année 1958, l’une des plus
controversées de l’histoire de l’indépendance guinéenne, L’INDÉPENDANCE
pour démontrer ses théories : l’histoire véritable doit
refuser de céder la place à la légende, à l’aff abulation, DE LA GUINÉEaux chroniques arrangées. Elle doit, pour ce faire, exiger
l’approfondissement des recherches documentaires EN 1958(sources orales, écrites, matérielles, etc.) afi n de mieux
appréhender tous les tenants et aboutissants ou tous les
aspects d’un fait. Chronologie et commentaires
La mise en place correcte des faits, à partir de 1945, est ainsi devenue une nécessité
urgente en Guinée face à la volonté délibérée de certains polémistes ignorants
de poursuivre leur mission néfaste de falsifi er, tronquer, ou dénaturer l’histoire
contemporaine du pays en se servant, non des archives primaires, mais des ouvrages
de seconde main ou de témoignages arrangés.
Auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Guinée, Sidiki Kobélé Keïta est
titulaire d’une licence ès lettres (Sorbonne-Paris), du CAP de bibliothécaire de la Ville de Paris et
dispensé du DEA par décision de l’université Paris-VII en vue du doctorat. Comme nombre de jeunes
Guinéens de l’époque, il rentre au pays en 1967 pour servir son peuple. Depuis, il a assumé plusieurs
fonctions : maître assistant à l’université de Conakry ; directeur des Archives nationales et de la
Bibliothèque nationale de Conakry ; directeur de l’Institut central de coordination de la recherche
et de la documentation de Guinée (ICCRDG) ; conseiller du ministre de l’Enseignement supérieur et
de la Recherche scientifi que, cumulativement avec ses fonctions de directeur du service des bourses
d’études extérieures ; du 2 novembre 1994 au 21 octobre 1997, chef de cabinet civil du président de
la République ; d’octobre 2000 à novembre 2002, maître assistant à la faculté des lettres et sciences
sociales de Conakry. Il est désormais consultant-chercheur.
reIllustrations de 1 de couverture : Une du journal La Liberté
et Premier meeting de Sékou Touré au cinéma Vox à Conakry
e( 25 oct 1958) ; de 4 de couverture : De Gaulle à Conakry.
25 €
ISBN: 978-2-343-04646-4
HC_PF_SIDIKI-KOBELE-KEITA_INDEPENDANCE-GUINEE-1958.indd 1 15/12/14 19:31
L’INDÉPENDANCE DE LA GUINÉE
Sidiki Kobélé Keïta
EN 1958






L’indépendance
de la Guinée en 1958



Sidiki Kobélé Keïta



L’indépendance
de la Guinée en 1958
Chronologie et commentaires





Préface de Kaïmba Condè











































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04646-4
EAN : 9782343046464

« La carence de l’enseignement de l’histoire à
l’école est devenue un danger mortel…Un peuple
qui perd sa mémoire, perd son identité. »

François Mitterrand




SOMMAIRE
Avertissement........................................................................... 11
Préface ...................................................................................... 13
Avant-propos ............................................................................ 17

Première partie
Chronologie des évènements marquants .............................. 25

Janvier 1958 ............................................................................. 27
Février 1958 33
Mars 1958 ................................................................................ 43
Avril 1958 49
Mai 1958 .................................................................................. 55
Juin 1958 65
Juillet 1958 ............................................................................... 71
Août 1958 ................................................................................. 79
Septembre 1958 ........................................................................ 93
Octobre 1958 .......................................................................... 119
Novembre 1958 ...................................................................... 141
Décembre 1958 153
Deuxième partie
Des spéculations relatives à l’indépendance de la Guinée .... 171

Introduction ............................................................................ 173
I. De l’opportunisme, de la démagogie
ou de la politique politicienne ? ............................................. 175
II. L’indépendance de la Guinée n’aurait pas été l’objet
fondamental du combat du PDG-RDA .................................. 181
III. Le vote de la Loi-cadre du 23 juin 1956,
une erreur politique des députés du PDG-RDA ..................... 187
IV. L’intégration du BAG et de la DSG au PDG-RDA,
une erreur politique des deux partis ....................................... 191
V. Une comparaison saugrenue : Djibo Bakary
et Diawadou Barry ................................................................. 193
VI. Du ralliement à la position du PDG-RDA
et non consensus face au référendum du 28 septembre 1958 ..... 205
VII. Négation de la paternité des discours du 25 août 1958 ....... 211
VIII. Le choix de la lutte non armée, un choix sans danger ... 213
IX. La Guinée ne doit pas son indépendance aux élèves
et étudiants ............................................................................. 217
Conclusion
Le nègre se dresse .................................................................. 223

Annexes .................................................................................. 225
Table des sigles ...................................................................... 245


10 AVERTISSEMENT
La reproduction partielle ou intégrale de la chronologie des
faits marquants de l’année 1958 est soumise à l’autorisation
spéciale de l’auteur et de l’éditeur.
PREFACE
En Guinée dite française, les années 1956 et 1957 furent
celles de l’ascension irrésistible du PDG-RDA au-dessus
des autres formations et associations politiques de la place,
BAG et DSG.
Parti politique d’avant-garde, le PDG-RDA le devint vite
à cause du contenu progressiste et dynamique de son projet
de société comme de son programme de gouvernement
caractérisés, on le sait, par la volonté de ses dirigeants de voir
émerger une Afrique et une Guinée libres, débarrassées,
tout à la fois, de la main-mise étrangère et du système
archaïque de la féodalité.
En même temps que cette volonté doublée de cette
action politique radicale à la tête du PDG-RDA, Ahmed
Sékou Touré n’avait-il pas fini de convaincre aussi la
grande majorité des populations guinéennes par sa lutte
intransigeante à l’échelon syndical en faisant aboutir les
revendications importantes des travailleurs des secteurs
publics et privés dont, entre autres, le code du travail
d’Outre-mer, en 1952 et 1953 ?
Pendant que d’autres formations politiques et syndicales
rivales s’empêtraient dans des considérations d’essence
tribale, ethnique ou régionale, le parti d’Ahmed Sékou
Touré n’enseignait-il pas déjà que, dans un pays multi-ethnique
et multi-culturel tel que le nôtre, seule la parenté
idéologique était susceptible de mobiliser les masses populaires
(toutes races ou régions confondues) pour aller à la
conquête de leur destin ?
Avec un tel programme et une telle vision politique
générale, pouvait-il, dès lors, être surprenant que le
PDGRDA soit devenu, en moins de dix ans d’existence à
l’époque, ce parti dominant en Guinée ?
Le 31 décembre 1957, déjà sous le régime de la
semiautonomie interne institué par la « Loi-cadre Gaston
Defferre » de 1956, un premier jalon fut planté sur le chemin de
la libération nationale. Ce jour-là, en effet, la chefferie
coutumière d’essence féodale et esclavagiste fut supprimée,
ceci, au grand soulagement des masses rurales et urbaines
guinéennes. Cette première victoire rassura les masses
guinéennes sur la volonté du PDG-RDA de tenir ses promesses
électorales des premières heures.
Survint alors l’année 1958 dans cette atmosphère sociale
et politique sans précédent. Désormais, aux yeux du
Guinéen, tout devenait possible s’agissant de l’avenir de la
Guinée, son pays.
Mais qu’est-ce que c’était l’année 1958 ? Quels ont été
les faits marquants de l’époque ? Quels messages et quels
actes ont fait de cette séquence de l’histoire de la Guinée et
de l’Afrique une année charnière, une « année décisive »
(pour paraphraser l’enseignant-chercheur, Sidiki Kobélé
Keïta).La Guinée en 1958. Chronologie des faits marquants
suivie des spéculations relatives à l’indépendance de la
Guinée essaie de répondre ici à ces questions et à d’autres,
en replaçant les faits en question dans leur contexte
historique véritable.
Sidiki Kobélé Keïta, l’auteur de l’ouvrage concerné,
n’en est pas à son premier coup d’essai en la matière. Qu’on
se souvienne un peu de ses précédents ouvrages portant sur
la vie et les combats d’Ahmed Sékou Touré dont, entre
autres, ses livres consacrés aux complots démasqués entre
1958 et 1984, pendant la Première République ! On sait que
14 cette série d’ouvrages de Sidiki Kobélé Keïta ne pouvait
laisser personne indifférent.
Si les partisans de la vérité historique s’en réjouirent (et
ils avaient raison de le faire), les adversaires, quant à eux,
trouvèrent à y redire…Plus par mauvaise foi que par
ignorance, ces « polémistes » ont cru mener un combat
d’arrière-garde en essayant, par média interposé et d’autres
publications littéraires, de falsifier les faits historiques en
question. L’objectif : nier tout mérite au leader du
PDGRDA, en même temps père de l’indépendance guinéenne et
pionnier de la liberté africaine, le président Ahmed Sékou
Touré (paix à son âme !).
Mais, on le sait, l’histoire ne demande que des faits
concrets et vérifiables. D’où l’opportunité de l’actuel ouvrage
de Sidiki Kobélé Keïta, enseignant-chercheur en Histoire.
Qui fera aussi date dans le combat pour la restitution de
l’Histoire vraie de la Guinée, cette ancienne colonie
française qui, un jour de septembre 1958, fit son entrée dans
l’histoire en passant par la grande porte. Ce jour-là,
disonsnous, elle refusa la colonisation et la néocolonisation en
rejetant le projet dit de la « Communauté franco-africaine »
proposé par la France gaulliste à ses possessions africaines.
Le glas des empires coloniaux européens sur le continent
africain avait sonné ce-jour-là aussi. Plus rien ne sera
comme avant.
Merci Sidiki Kobélé Kéïta d’avoir, à travers cette
brochure, remis les pendules à l’heure. La chronologie des faits
marquants de l’année 1958 suivie des spéculations relatives
à l’indépendance de la Guinée est désormais disponible
pour tous les chercheurs de faits historiques vérifiables en
Guinée… sans tricherie aucune. A chacun d’en tirer les
leçons qu’il voudra.
Kaïmba Condè
Administrateur civil à la retraite
Quartier Filira, Kamsar
15 AVANT-PROPOS
L’histoire véritable doit refuser de céder la place à la
légende, à l’affabulation, aux chroniques arrangées. Elle doit,
pour ce faire, exiger l’approfondissement des recherches
documentaires (sources orales, écrites, matérielles, etc.) afin
de mieux appréhender tous les tenants et aboutissants ou
tous les aspects d’un fait.
C’est pourquoi nous continuons à soutenir que sans la
connaissance effective de tous les événements significatifs
du passé, même des « petits faits vrais », pour reprendre
Sthendal, l’historien se met dans l’impossibilité de restituer
l’histoire authentique d’un peuple, de capitaliser ou
d’évaluer correctement ses acquis. Or, comme l’affirme, à
juste titre Pierre Moscovici, « sans appréciation juste du
passé, sans lecture fine de l’histoire, aucun dessein de
l’avenir n’est possible ».
La mise en place correcte des faits à partir de 1945 est
ainsi devenue une nécessité urgente en Guinée face à la
volonté délibérée de certains polémistes ignorants de
poursuivre leur mission néfaste de falsifier, tronquer ou
dénaturer l’histoire contemporaine du pays en se servant
non des archives primaires, mais essentiellement des
ouvrages de seconde main, des témoignages arrangés ou des
interprétations indigestes et hors sujets.
Que pourrions-nous retenir de la lecture, par exemple, de
la chronologie des faits marquants de l’année nodale que fut
l958 ?
I. Le pluralisme politique et syndical n’est pas un
phénomène nouveau en Guinée
La démocratie, c’est-à-dire l’exercice du pouvoir par et
pour le peuple, ne s’apprend pas, elle se pratique ; elle n’est
pas synonyme du multipartisme, comme nous l’impose
l’Occident.
En effet, l’expression plurielle sous forme
d’associations, de partis ou de syndicats, est née de la tradition
française et de la politique d’assimilation pratiquée sous la
eIV République (1946-1958); elle a été autorisée et
pratiquée en Guinée de 1945 à 1958, comme l’attestent les
compétitions électorales qui ont jalonné cette période ; elle
n’exprima pas pour autant les aspirations profondes du
peuple colonisé de Guinée.
C’est le décret du 9 août 1945 qui étendit le droit de vote
aux colonies d’AOF et d’AEF jusqu’en 1958, moins le
Sénégal, seule colonie représentée à la chambre des députés
jusqu’en 1945 ; l’ordonnance n°45 institua deux collèges
e électoraux : le 1er collège (ou collège des citoyens), le 2
collège (le collège des non citoyens), pour le choix, par
chacun des deux collèges, d’un député. L’on a enregistré,
depuis lors, le mécanisme électoral suivant :
21 octobre 1945 : 7 candidats présentés par des
associations et groupements ethniques brigueront le siège réservé
au collège des non citoyens (26.046 électeurs inscrits) à la
première Assemblée constituante française. Maurice
Chevance, pour le premier collège, Yacine Diallo, pour le
second collège furent élus.
2 juin 1946 : l’élection d’un député à la seconde
Assemblée constituante se déroula dans les mêmes conditions.
Yacine Diallo fut élu.
18 10 novembre 1946 : la constitution de l’IVe République
ayant été adoptée par référendum, il y eut les élections
législatives au collège unique pour la mise en place de la
nouvelle assemblée nationale française : 4 listes, avec 2
candidats par liste, soit 8 candidats, brigueront les 2 sièges à
pourvoir réservés à la Guinée. Yacine Diallo et Mamba
Sano furent élus.
17 juin 1951 : 24 candidats présentés par 8 formations
politiques briguèrent les 3 sièges à pourvoir à l’Assemblée
nationale française. Yacine Diallo, Mamba Sano et Albert
Liurette furent élus.
27 juin 1954 : à l’occasion de l’élection législative
partielle, 7 candidats se présentèrent sur 7 listes concurrentes
en vue de procéder au remplacement du député Yacine
Diallo, décédé le 14 avril 1954. Le scrutin fut de nouveau
truqué et c’est Diawadou Barry qui fut effectivement
déclaré cette fois élu par l’administration française ; le PDG le
surnomma « le mal élu » ; le ministre de la France
d’Outremer, Robert Buron, devant les preuves irréfutables du
truquage dut le reconnaître et l’avouer en ces termes : « il est
évident que la dernière élection a été honteusement truquée
1pour provoquer l’élimination de Sékou Touré » . Comme
pour confirmer l’acte, le commandant du cercle de
Macenta, Lantier reconnaît que, lors de ce scrutin, les chefs de
canton « assis dans le bureau de vote, à côté de l’urne,
dis2tribuait le bulletin de Barry Diawadou » .
2 janvier 1956 : Le BAG, le PDG, la DSG et l’Union
Forestière présenteront, chacun, 3 candidats soit 12
candidats à l’élection de l’Assemblée nationale française pour les
3 sièges à pourvoir. Sékou Touré, Saïfoulaye Diallo et
Diawadou Barry seront déclarés élus.

1 Robert Buron.Les Dernières années de la IVè République, carnets politiques,
p.139. 2 novembre 1954.
2 Guinée française. Guéckédou. Lantier, commandant de cercle. Lettre du 29
janvier au gouverneur de la Guinée française.
19 Les autres types d’élection se déroulèrent de la même
manière avec, comme pour les élections législatives, leur
cortège de fraudes pour empêcher l’élection des candidats
non administratifs :
Du 15 décembre 1946 au 15 mai 1957 : quatre
élections à l’Assemblée territoriale dont une partielle, le 2 aout
1953 à l’issue de laquelle Sékou Touré fut élu, comme
premier premier conseiller du PDG-RDA, par les électeurs
de Beyla en remplacement de Paul Tétau décédé le 11 mai
1952.
Du 13 janvier 1947 au 4 mai 1957 : élections au Grand
conseil de l’AOF, au Conseil de l’Union française et au
Sénat (Conseil de la République) par les conseillers
territoriaux et en leur sein.
er1 et 18 novembre 1956 : élection des conseillers
municipaux dans les 14 communes instituées.
De février à avril 1958 : élection des conseillers de
village.
18 mai 1958 : élection des conseillers de circonscription
dans les 25 circonscriptions (anciens cantons).
En procédant à une lecture minutieuse de la pratique
multipartite (1945-1958), unitaire (1958-1984) et
multipartite depuis 1993 de la démocratie, on peut conclure qu’il n’y
a pas, en fait, de modèle achevé de démocratie et qu’en ce
qui concerne le processus électoral (de l’inscription des
citoyens sur les listes électorales à la proclamation des
résultats), le peuple de Guinée a accumulé une somme
d’expériences qu’il suffit d’étudier scientifiquement pour
dégager des solutions qui lui soient propres.
II. La représentativité des partis
La mise en place correcte des faits permet, en outre,
d’établir la représentativité des partis politiques à la veille
de l’arrivée du général de Gaulle en Guinée et de prouver,
par la même occasion, non seulement la progression
fulgu20 rante du PDG-RDA, mais que seul ce parti pouvait
objectivement décider du sort de la Guinée au moment du
référendum.
D’où les deux événements majeurs suivants, qui attestent
la détermination de la très grande majorité des Guinéens à
saisir l’occasion unique de se libérer du joug colonial
français sans coup férir : d’une part, la conférence du 14
septembre 1958 du PDG-RDA, qui recommanda le rejet de
la Constitution de la Communauté, et, d’autre part le
ralliement, à cette position, de toutes les formations sociales,
celui de l’UPG-PRA, le 17 septembre, en particulier ; ainsi,
la victoire du « Non » ne surprit-elle personne et les
partisans du « oui » n’osèrent pas se manifester
C’est le lieu de préciser que si le PDG-RDA a réussi à
s’implanter dans la Guinée profonde (même dans les
hameaux les plus reculés), donc à devenir le parti dominant,
c’est parce qu’il procéda, progressivement, à l’éducation
idéologique et politique profonde et permanente de ses
militants et de ses cadres ; ceux-là étaient associés à toutes les
prises de décision au cours d’instances régulières et
programmées, et se sentaient, ainsi, concernés et responsables
de tout acte ou décision pris dans le cadre du PDG-RDA.
D’où la facilité et même la promptitude de leur mobilisation
chaque fois que les organes dirigeants se fixaient des
objectifs tactiques ou stratégiques à atteindre. Sans cet éveil des
masses aux idées nationalistes ou progressistes par
l’éducation, la lutte et la mobilisation permanentes, la
suppression de la chefferie de canton (le 31 décembre l957),
par exemple, facteur déterminant dans la lutte pour
l’indépendance de la Guinée, aurait suscité des révoltes
populaires encouragées par ses titulaires ; le PDG-RDA
aurait eu, lors du référendum, les coudées moins franches :
les chefs de canton, de villages et les notables auraient
triché en faveur du « oui » comme dans les autres colonies.
21 Il est à noter aussi que cette suppression n’a soulevé
aucune résistance parce que les paysans, en étant ses grandes
victimes, savaient qu’elle était nécessaire ; aussi, n’ont-ils
manifesté que de la joie ; surtout qu’ils avaient activement
participé à toutes les campagnes de dénonciation des
méfaits de cette institution décriée.
Les autres formations politiques, essentiellement
composées d’éléments conservateurs, des féodaux en particulier,
ou à vocation bourgeoise, le BAG et la DSG (regroupés
ultérieurement au sein de l’UPG), soutenus par
l’Administration coloniale et la chefferie de canton, avaient fini par
perdre leurs militants et se saborder : ils ne s’agitaient qu’à
1’occasion des élections, et leurs thèmes de propagande ne
reflétant pas les préoccupations des populations guinéennes,
ne mobilisaient plus.
C’est dire que, contrairement à ce que l’on pense, toutes
les couches et catégories sociales, les paysans en particulier,
sont très sensibles à ce qui est organisé et structuré ; elles
veulent, en outre, être convaincues pour adhérer
effectivement et durablement à un idéal, à un projet de société
cohérent, progressiste à l’élaboration duquel elles auront
effectivement participé.
III. Les premières mesures de consolidation de
l’indépendance
Enfin, cette étude permet de dater quelques décisions
prises par les autorités du nouvel Etat avant et après le rejet
de la constitution de la Communauté, le 28 septembre 1958,
pour faire face aux difficultés immédiates et consolider
l’indépendance politique sur des bases permanentes.
En effet, convaincues que le gouvernement français
appliquera les mesures de rétorsion annoncées, les nouvelles
autorités guinéennes prendront des mesures idoines d’ordre
administratif, politique, sécuritaire, économique, social et
22 diplomatique pour en atténuer les effets négatifs et
renforcer la confiance du Peuple en lui-même.
23