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La délivrance d'Emin Pacha

231 pages
Considéré comme le grand explorateur du continent africain, Stanley est envoyé au Congo afin d'apporter de l'aide à Emin Pacha: l'aventurier allemand converti à l'Islam, devenu gouverneur de la province équatoriale du Soudan, est menacé par des forces mahdistes hostiles. Si l'expédition a un objectif humain, sa destination est aussi bien géographique, ethnographique que politique. Le récit des événements, sous forme de lettres, apporte un témoignage historique réel.
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LA DÉLIVRANCl~

D'ÉMIN PACHA

II.- M. S TAN LE Y

LA DÉLIVRANCE

D'ÉMIN PACHA
n'APRÈS LES LETTRES DE

H.- M. STANLEY
PUBLIÉES AVEC L'AUTORISATION DE L'AUTEUR

PAR

J. SCO'fT KELTIE
Bibliolhécaire de la Société royale de g'éographie de Londres

Traduction autorisée et accompagnée d'une carte

L'Harmattan
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L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac. des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN Xl
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RDC

ITALIE

ère 1 édition, @ Librairie Hachette et Cie, Paris, 1890

http://www.librairieharmattan.con1 diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@\vanadoo.fr

@L'Harmattan,2006 ISBN: 978-2-296-02346-8 EAN : 9782296023468

Né le 28 janvier 1841 au Pays de Galles, John Rowlands devient Henry Morton Stanley en 1860 ; il prend en effet le nom d'un négociant en coton de la Nouvelle Orléans qui l'a engagé. Quelques années plus tard, en 1865, Stanley débute sa carrière de journaliste, d'abord à Saint Louis puis à New y ork. Pendant la guerre civile au Kansas, il est le témoin privilégié des combats de l'armée du général Hancock contre les Indiens, puis, il est envoyé en Turquie et en Asie Mineure en tant que correspondant de presse. C'est en 1868, que le reporter, devenu envoyé spécial du New York Herald, effectue sa première expédition dans les pas de l'officier britannique Robert Cornelis Napier lancé à la poursuite de l'empereur Théodore II. Il devient à ce moment-là le premier Occidental à transmettre les nouvelles de la chute de Magdala, alors capitale de l'Ethiopie. Fort de cette exclusivité, Morton Stanley se voit confier par l'éditeur américain du New York Herald, James Gordon Bennet, la mission de retrouver l'explorateur David Livingstone. Ce dernier n'a plus donné de nouvelles depuis trois ans. Il se trouve peut-être quelque part au cœur du continent africain où il est parti à la recherche des sources du Nil. Le but recherché par Stanley ne l'empêche pas de remplir ses obligations journalistiques auprès du New York

il

Herald. Le 17 novembre 1869, il assiste à l'inauguration du canal de Suez par l'Impératrice Eugénie, observe l'avancement du réseau ferré dans l'Empire perse et suit avec attention la révolution carliste qui touche l'Espagne. En janvier 1871 débute réellement l'expédition. Arrivé sur la côte est de l'Afrique, Stanley parvient à réunir une équipe de porteurs, de guides et d'hommes armés grâce au concours du Consulat britannique. Le 21 mars suivant, l'expédition, fin prête, quitte Bagamoyo, dans l'actuelle Tanzanie. Stanley décide de suivre la direction du lac Tanganyika en s'arrêtant à Tabora, une des haltes sur la route de la traite. La progression est particulièrement difficile, les hommes étant sujets aux fièvres et ralentis par les conflits avec les trafiquants. Cependant, les traces du passage de Livingstone se font de plus en plus précises et le 10 novembre 1871, Stanley parvient enfin auprès de l'explorateur et prononce cette célèbre phrase: « Dr. Livingstone, I presume?» 1.
l "As I advanced slowly toward him I noticed he was pale, looked wearied, had a gray beard, wore a bluish cap with a faded gold braid round it, had on a red-sleeved waistcoat, and a pair of gray tweed trousers. I would have run to him, only I was a coward in the
presence of such a mob

-

would have embraced him, only, he being

an Englishman,I did not know how he would receive me. So I did
what cowardice and false pride suggested was the best thing walked deliberately to him, took off my hat, and said: Dr. Livingstone, I presume? Yes, said he, with a kind smile, lifting his cap slightly" How I found Livingstone (Comment j'ai rencontré Livingstone), publié en 1872. (En avançant vers lui, je remarquai qu'il était pâle et paraissait las. Il portait une barbe grise, une casquette bleue délavée entourée d'un galon doré à moitié effacé, ainsi qu'une veste aux manches rouges, et un pantalon gris en tweed. Je me serais précipité vers lui,

III

L'homme est particulièrement mal en point et Stanley prend le temps de le soigner. Il prend part ensuite à la poursuite de son exploration du Nord de la région. Une solide amitié réunit bientôt les deux hommes au cœur de l'aventure. Le 14 mars 1872, leurs routes se séparent, Livingstone poursuivant ses aventures africaines tandis que Stanley revient en Europe. A son retour en Angleterre, le journaliste doit faire face à l'incrédulité de ses concitoyens quant à sa prétendue rencontre avec David Livingstone. La famille Livingstone rend alors publique une lettre écrite par l'explorateur et rapportée par Stanley, qui confinne que les deux hommes se sont bien rencontrés. Aux Etats-Unis, le succès de son récit publié entraîne des jalousies et on lui reproche son rôle pendant la guerre de Sécession. Ce n'est qu'en 1873, lorsque la Royal Geographical Society lui décerne sa médaille d'or que Stanley verra récompensés, à leur juste valeur, ses efforts pour retrouver l'explorateur écossais. Henry Morton Stanley ne reste que peu de temps en Europe, il est de nouveau envoyé par son journal en Afrique occidentale afin de couvrir la campagne menée par Sir Gamet Wolseley et ses troupes dans l'Ashanti, le Ghana actuel. L'année suivante, le New York Herald s'allie au Daily Telegraph londonien afin de financer une nouvelle
seulement j'étais gêné par une telle foule. Je l'aurais alors embrassé, mais il était anglais et je ne savais comment il réagirait. Alors je fis ce que la lâcheté et une fierté feinte me dictait de faire. Je m'avançais nonchalamment vers lui, retirai mon chapeau et lui dis: Dr. Livingstone, je suppose? Oui, répondit-il, avec un large sourire, en soulevant légèrement sa casquette.}

IV

expédition au cœur du continent africain. Stanley renoue ainsi avec l'exploration puisqu'il doit prouver que le lac Victoria est bien l'une des principales sources du Nil, afm de confinner les intuitions de Livingstone, décédé le 27 avril 1873. Le point de départ de l'expédition est une nouvelle fois Zanzibar. Au mois de novembre 1874, l'explorateur s'enfonce, avec 360 compagnons dans le continent. Parvenu au lac Victoria, Stanley procède à sa reconnaissance au moyen d'un petit navire à fond plat, le Lady Alice, emporté en pièces détachées et à dos d'hommes. Au printemps 1876, c'est au tour du lac Tanganyka d'être étudié en profondeur. L'expédition se dirige ensuite vers l'ouest jusqu'à la rivière Lualaba, un des affluents du fleuve Congo. C'est ensuite à Nyangwe, que l'explorateur recrute Tippoo Tib, un marchand d'esclaves et d'ivoire qui le guide jusqu'aux grandes chutes, baptisées par la suite de son nom: Stanley Falls. Enfin, après des mois d'une progression difficile dans la forêt équatoriale, Stanley parvient jusqu'à l'Océan Atlantique. Anivés à Borna, le 9 août 1877, l'expédition a subi de lourdes pertes puisque seuls 114 de ses compagnons figurent encore à l'appel. Dans Through the Dark Continent (Dans les ténèbres de l'Afrique), Stanley fait un récit épique de son expédition. L'ouvrage qui paraît un an après la fm de l'expédition connaît un franc succès, il se vend en effet à plus de 150000 exemplaires dans la seule édition anglaise. Déçu de l'accueil que Londres lui réserve au mois de janvier 1878, Henry Morton Stanley se met donc au

v
service de l'Association internationale pour l'exploration et la civilisation de l'Afrique centrale. Elle a été fondée par le Roi des Belges, Léopold II, qui nourrit lui aussi des ambitions coloniales. De nouveau en Afrique Centrale, Stanley remonte le cours du Congo. Son expédition installe des bases d'études, parvenant au Stanley Pool, puis jusqu'au lac Léopold. L'explorateur acquiert le surnom de Bula Matari, «Briseur de rocs », pseudonyme donné par les indigènes qui découvrent la méthode d'ouverture des pistes à la dynamite. Au cours de ce périple de cinq ans Gusqu'en 1884), Stanley rencontre l'explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza, avec lequel il est en concurrence. En 1885, Stanley choisit de nouveau de raconter ses aventures dans The Congo and the Founding of its Free State (Le Congo ou la fondation d'un État libre) .

Au mois de janvier 1887, Stanley s'est fait un nom, il est considéré comme le grand explorateur du continent africain. Il est envoyé au Congo afin d'apporter de l'aide à Émin Pacha. Cet aventurier allemand converti à l'Islam, devenu gouverneur de la Province équatoriale du Soudan au nom du vice-roi d'Égypte, est à l'époque menacé par des forces Mahdistes hostiles. Stanley se retrouve à la tête d'une expédition d'envergure avec plus de 1500 Africains. L'exploration doit traverser l'immense forêt équatoriale. Après plus de deux ans d'avancée pénible, le 29 avril 1889, Stanley rejoint à Kavalli, Émin Pacha, qui se refuse dans un premier temps à quitter la région. Après que celui-ci s'y est

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décidé, l'expédition, se dirige vers le Sud et parvient à Zanzibar au mois de décembre 1889. Si l'explorateur revient peu après en Angleterre, Émin Pacha choisit lui de retourner en Afrique, où il décède en 1892. En 1890, Stanley met fm à ses expéditions et épouse Dorothy Tennant, une actrice qui fera paraître son Autobiographie en 1909. L'explorateur multiplie ensuite les tournées de conférences sur le continent américain, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Devenu un sujet britannique en 1892, il est élu à Londres en 1895 membre du Parlement. Retiré à Furzehill, dans la campagne londonienne, l'explorateur est anobli par la reine Victoria en 1899. Henry Morton Stanley décède à Londres, le 10 mai 1904, et est inhumé peu après au cimetière de Pirbright, et non à l'abbaye de Westminster, près de Livingstone, comme il l'avait souhaité.
Le récit de voyage Le texte de Henry Morton Stanley entre dans un genre bien spécifique: le récit de voyage. Au XIXe siècle se développent à la fois les voyages d'explorateurs et par conséquent les récits de voyages. Ce n'est pas un genre cloisonné dont on peut donner une définition précise quant au style littéraire. On ne peut pas dire par exemple si le récit voyage peut être considéré comme un genre littéraire étant donné que nombre d'auteurs de ces récits l'ont été par la force des choses, écrivant leurs aventures sous

VII

l'impulsion de la découverte sans qu'il y ait un travail en aval. Henry Morton Stanley, a déjà produit des récits de voyages lorsqu'il se lance à la recherche d'Émin Pacha, il est connu et ses récits sont attendus. Pourquoi les lecteurs sont-ils aussi friands de tels écrits? La réponse tombe sous le sens: l'intérêt et la curiosité pour la nouveauté, la découverte d'horizons nouveaux et de peuples différents. Un caractère exotique qui permet au lecteur de s'échapper de son quotidien. Les récits de voyage sont illustrés de nombreux croquis colorés qui participent à la construction d'un imaginaire. Ces illustrations sont réalisées à partir des esquisses de l'explorateur ou par l'explorateur lui-même. Les passages épiques (une chasse à l'éléphant par exemple) sont directement traduits par l'imagination de l'illustrateur et entrent parfois en contradiction avec les images réelles de paysages (rapportées par Stanley). Ce sont les mêmes illustrateurs qui dessinent récits de voyage et romans, ce qui contribue à fausser l'appréciation du lecteur. Leurs croquis participent aux fantasmes de la représentation et à 1'« exoticisation » du pays, malgré une légende précise. Il existe néanmoins une politique de la représentation: les explorateurs sont tenus de rapporter des photographies afin d'assurer les éditeurs de la véracité de leurs propos. Ce qu'il est important de souligner, c'est que l'ouvrage que nous avons ici a été publié afin de répondre à la curiosité des lecteurs qui suivaient avec intérêt les aventures de Stanley. Nous verrons en effet plus après, que l'ouvrage est un recueil de lettres et non pas un récit

vrn
romancé. Stanley publiera néanmoins un ouvrage en deux volumes retraçant ses péripéties sous le nom de ln darkest Africa. Un style prédéfini, clair et d'une précision nécessaire Le récit de voyage évolue à la fin du XIXe siècle. On utilise désonnais le nous plutôt que le moi. À la même époque se développent les journaux et l'on voit s'insérer le récit au domaine du présent. La délivrance d'Émin Pacha est le récit de l'expédition menée par Henry Morton Stanley afin de sortir le citoyen allemand Émin Pacha de la région du Congo où il se trouvait pris entre les feux des Madhistes. Cette expédition a duré près de trois ans et a mobilisé un grand nombre de personnes, tant sur place, qu'en amont et en aval pour la logistique. C'est donc un recueil de lettres adressées aux personnes concernées par l'expédition que nous retrouvons dans ces pages. Une expédition, n'était pas un simple voyage d'agrément. A cette époque, le Congo appartenait à la Belgique et donc au Roi des Belges: Léopold II. Ce dernier avait, en 1877, créé «l'Association internationale pour la civilisation et l'exploration de l'Afrique centrale» à la suite d'une rencontre à Bruxelles de savants, de géographes et d'explorateurs. Avec Morton Stanley, il a ensuite créé «le Comité d'études» du Haut Congo, transfonné en 1879 en «Association internationale du Congo» dont l'objectif était d'ouvrir l'Afrique à la civilisation et d'abolir la traite des esclaves. Henry Morton Stanley, qui n'en était pas à sa première expédition comme nous l'avons vu plus tôt, était lié au Roi des Belges et c'est

IX

sous sa demande qu'il est parti. L'expédition avait un objectif humain autant que géographique et ethnographique. L'explorateur devait rendre ses observations à la Société royale de géographie britannique, en la personne de Sir Keltie qui rassemblera les lettres de ce recueil pour le publier. Stanley avait d'autres personnes encore à qui transmettre ses notes et ses observations: les journaux qui l'emploient et son éditeur. Sur place, Stanley communiquait beaucoup avec les personnes de l'expédition, l'arrière-garde plus précisément et avec les habitants du Congo qui participaient de près ou de loin à l'expédition. Certaines lettres servent, par exemple, à indiquer le chemin aux parties de l'expédition qui le suivaient, pour que ces dernières puissent se retrouver dans «la jungle» d'un pays qu'il découvraient à peine. Ces liens nécessaires à la bonne marche du projet et à la survie des participants expliquent la rigueur avec laquelle l'explorateur menait à bien sa correspondance. La variété des interlocuteurs explique aussi la variété des sujets et des tons pris dans les lettres. Nous verrons plus tard comment. Si Henry Morton Stanley utilise le mode épistolaire, donnant des informations sur la marche de l'expédition, si son propos a essentiellement la teneur d'un rapport, ce n'est pourtant pas tout. En effet, ses lettres pourront avoir aussi un caractère scientifique, décrivant chacun des paysages traversés n'omettant ni la flore, ni la faune, ni les populations rencontrées. Son style est direct, il s'exprime à l'indicatif, rapportant les événements de manière spontanée et immédiate. Les phrases, au contraire d'un récit de voyage, n'ont pas été retravaillées, elles sont

x
courtes et expriment de manière simple leur objet. On peut néanmoins souligner que Stanley de par son expérience dans l'écriture, puisqu'il est à la fois correspondant d'un journal et écrivain, rédige des lettres d'une grande qualité tant dans le contenu que dans la forme. On peut y discerner un mode de récit en feuilleton avec une scénographie différente qui montre une Afrique différente. Il arrive parfois que nous lisions le même épisode de l'expédition dans deux versions différentes, tout simplement parce que l'auteur s'adresse à deux personnes différentes, avec des objectifs distincts, comme un compte-rendu géographique de la région traversée ou un compte-rendu de l'état de la santé des troupes. Aux lettres de Stanley viennent s'ajouter celles du Major Bartellot (de l'arrière-garde de l'expédition) ou celle d'Émin Pacha lui-même, des témoignages qui ajoutent une autre vision du voyage et contribuent à enrichir les informations données par l'explorateur. Un autre intérêt indéniable à la lecture de ces lettres est la réalité des informations pour ne pas dire leur réalisme. En effet, le mode d'expression et les impératifs à respecter par Stanley pour la bonne marche de l'expédition, font que nous nous trouvons ici avec des documents d'une grande fiabilité et d'une grande exactitude. Des lettres, des enseignements Cette grande exactitude observée dans les documents renforce l'intérêt de l'ouvrage. En effet, La délivrance d'Émin Pacha par Henry Morton Stanley est une source indéniable de documentation à la fois géographique (un

XI

des objectifs de l'expédition) mais aussi ethnographique, sociologique et historique. L'explorateur n'en est pas à sa première exploration du continent africain, ni du Congo, mais il découvre tout au long de son voyage des nouveaux paysages, recense les plantes et fleurs qu'il rencontre sur son chemin. Des incertitudes demeurent tout de même: l'explorateur se base sur les observations faites par les explorateurs qui l'ont précédé comme Savorgnan de Brazza, mais il ne parvient pas toujours à confirmer les distances parcourues, ni le nom des montagnes et des rivières franchies. Les progrès de la connaissance sont i11ll11enses mais beaucoup demeure à faire, et nous pourrons nous demander si une expédition qui part à la recherche d'un homme peut remplir à bien ses missions de recensement géographique et géologique. C'est une question sur laquelle le lecteur pourra s'arrêter. Le contexte ethnographique est lui aussi particulièrement important. L'expédition rencontre sur son passage des tribus qui vont parfois lui faire perdre beaucoup d'hommes, mais aussi lui permettre d'avancer. Certaines, voyant la force et le pouvoir des Européens vont en effet être contraintes de s'allier, offrant alors une aide précieuse aux explorateurs. Cette «cohabitation» va permettre à Stanley d'en apprendre beaucoup sur les mœurs et les traditions des habitants et de pouvoir ensuite les reconnaître, à la façon dont ils combattent, par exemple. Ces récits permettent de deviner C011ll11ent a l colonisation s'est mise en place en Afrique, par la force, les Africains se soumettant devant l'efficacité des armes. Dans un second temps, les pays colonisateurs ayant besoin

XII

de conserver une certaine hiérarchie pour maintenir l'ordre dans les pays colonisés, ils doivent conclure des alliances avec les représentants locaux. Les membres de l'exploration viennent de tous les horizons, puisque Stanley est parti de Zanzibar avec des porteurs de différentes nationalités, notamment des Zanzibaris. Une fois qu'il retrouvera Émin Pacha, il fera route avec des Égyptiens. Il rencontre aussi des connaissances, comme le chef Tippou Tib, qui doit lui fournir des hommes pour renforcer l'expédition. L'expédition s'aventurant dans les profondeurs du pays, les informations ont parfois du mal à arriver jusqu'en Europe, y parvenant de manière déformée. En effet, les lettres mettent des mois à parvenir à leur destinataire, instaurant entre l'expéditeur et son interlocuteur un décalage préjudiciable. L'écrivain face à ses lecteurs L'impact de ces lettres sur les lecteurs d'aujourd'hui n'est sûrement pas le même qu'à la fin du XIXe siècle. C'est un point qu'il est intéressant d'étudier. Les destinataires des lettres attendaient celles-ci avec fébrilité, les lecteurs attendaient la parution du livre avec intérêt, ils désiraient se pencher sur les aventures d'un explorateur qu'ils connaissaient déjà (nous pouvons néanmoins préciser que le livre était plutôt destiné à un lectorat d'intellectuels qui connaissaient l'Afrique du point de vue abordé dans l'ouvrage, c'est-à-dire à dominante scientifique), la réception en était donc favorisée.

XIII

Le lecteur d'aujourd'hui, quant à lui, accède à ce livre par intérêt aussi, mais il n'en demeure pas moins que c'est un intérêt différent puisqu'il s'agit d'une autre époque et d'un autre contexte. L'Afrique aujourd'hui est mieux connue même si elle recèle aussi sa part de mystère. La délivrance d'Émin Pacha contribue à donner une vision précise d'une région alors sous régime colonial et qui a connu depuis beaucoup de changements tant sur le plan politique que géographique. Le livre est une source de documentation géographique, géologique et ethnographique en même temps qu'un témoignage historique d'une époque révolue; nous pouvons insister sur cette notion de témoignage historique puisque c'est ce qui est perçu tout particulièrement aujourd'hui. La délivrance d'Émin Pacha fait partie, indéniablement, des documents qui apportent une pierre à l'édifice de la connaissance de l'Afrique. Un témoignage particulièrement intéressant que le lecteur peut suivre point par point puisque chaque étape est indiquée en haut des pages, comme si l'auteur ne voulait pas que son lecteur se perde. Ce témoignage contribue aussi à se poser des questions sur les questions de relation, de communication entre les peuples. La colonisation, à laquelle on a mis fin assez récemment, est un sujet pas tout à fait débarrassé de ses tabous et un récit comme celui qui nous est présenté ici contribue à laisser une trace et à expliquer cette époque. Amélie FLET

AVANT-PROPOS

En attendant que M. Stanley publie l'important ouvrage qu'il a promis de donner au plus tôt après son retour en Europe, il a témoigné le désir qu'on fit connaître les faits principaux de la grande expédition entreprise pour la délivrance d'Émin-Pacha. Le public se montrait d'aillellrs impatient de les apprendre. Pour satisfaire sa curiosité, les éditeurs anglais s'adressèrent au conservatellr de la Société Royale de Géographie, M. Keltie, qui a rédigé le présent volume en recueillant, entre autres pièces, les lettres de M. Stanley, qui se trouvaient éparses dans plllsieurs jOllrnaux' et revues, ou"que les correspondants du grand vo-yageur ont hien VOlllului communiquer; da(ls ce nombre nous citerons particulièrement celles qui avaient été adressées à sir William Mac Kinnon, le président du Comité de

II

AVANT-PROPOS.

seCOllrs

à Émin-Pacha, et qui, jusqu'à ce jour,

étaient restées inédites. Les documents ci-après, dOl1tnous donnons la traduction française, sont non se"ulement authentiqlles et de source officielle, ils sont encore assez cOlnplets pour mettre le lecteur attentif à lnênle d'esquisser les principaux traits de.c.elte étonnante expédition, qui restera certainelnent un des curiellx événements du siècle.

I N'fRODUCTIO,N

Que1quesIllotS suffiront pour dire quelle était la situation de l'expédition de secours envoyée à la rencontre d'ÉminPacha, à la date où l'on reçut la première des lettres de Stanley. - Avant la dernière moitié de 1886, Émin-Bey, ainsi l'appelait-on alors, - était à peine connu en dehors des cercles scientifiques et géographiques; mais dans ces cercles mêmes il avait acquis le renom d'un grand naturaliste, d'un voyageur, d'un explorateur dont les travaux sur la région du H;aut-Nil sont de la plus grande importance. Seuls, les mieux informés le savaient gouverneur de la province équatoriale du Soudan égyptien, où il avait suivi GordonPacha, son chef et son ami. Né dans la Silésie prussienne, élevé à Breslau et à Berlin, où il fut reçu docteur en médecine en 1864, Édouard Schnitzer entra au service du Sultan, et .ses nombreuses courses daBs la Turquie d'Asie ne firent qu'activer sa passion pour les voyages et pour l'histoire naturelle. Il quitta la Turquie en 1876, et, après quelques mois passés en Allelnagne, il se rendit en Égypte et fut envoyé à Khartoum, puis dans la province équatoriale; ce fut en qualité de médecin qu'il fit d'abord partie de l'étatmaj or de Gordon. Quand Gordon-Pacha fut nomme gouverneur général du Soudan, la province équatoriale avait été presque entièrement ruinée par les officiers du Khédive, Égyptiens inca-

IV

INTRODUCTIO~.

pables et corrompus, et lorsque, en 1878, Émin {(Effendi» reçut le titre de gouverneur, il trouva le pays dans un état de complète désorganisation et redevenu un plantureux terrain de chasse pour les razzieurs d'esclaves. Quelques mois seulement, et il avait à peu près nettoyé les écuries d'Augias, mis en fuite les voleurs de chair humaine, congédié la soldatesque égyptienne, bientôt remplacée par des troupes indigènes mieux disciplinées, il avait encouragé l'agriculture et ramené partout la paix et l'abondance. Le déficit qui, avant son « règne)), allait grossissant de plus en plus, diminuait rapidement, et, au bout d'un an ou deux, l'arg"ent affluait dans les coffres. Mais les mauvais jours approchaient: c'est vers 1879 qu'on, commençait à parler du mahdisme; Gordon n'était plus là pour l'écraser; les désastres se succédèrent pour l'armée du Khédive et, dans ces désastres, quelques officiers anglais ayant été enveloppés, le cabinet britannique se vit contraint d'appeler à la rescousse l'ancien gouverneur général. Le résultat, tous le connaissent: en janvier 1884, Gordon partait pour le Soudan; un an après, lui et. Khartoum périssaient ensemble. Il ne paraît. pas qU'Émin ait été inquiété avant le commencement de 1884, où les Mahdistes envahirent la province du Bahr-el-Ghazal et s'emparèrent de son gouverneur, LuptonBey. En prévisIon d'une semblable attaque, Émin retira de Lado ses magasins et ses troupes, et se replia vers le sud, à Ouadelaï, sur le Bahr-el-Djebel, la branche du .Nilqui sort de l'AJbert Nyanza et à peu de distance de ce lac. Il continuait 'sa tâche et ses recherches géographiques. }Iais Je mécontentement, nous le savons aujourd'hui, se propageait parmi ses hommes; les approvisionnements diminuaient, les munitions disparaissaient rapidement; de vagues rumeurs en vinrent jusqu'en Europe, bientôt confirmées par un explorateur éminent, le Dr Junker, ami d'Émin depuis longues années. On comprenait enfin quel homme était captif dans ce recoin de l'Afrique, bloqué au nord par les hordes du Mahdi, au sud par un jeune et intraitable potentat,

INTRODUCTION.

v

1\louanga, roi d"Ouganda, le fils de ~Itésa, le vieil ami de Stanley. L'ex.citation publique grandissait toujours; l'héroïsme d'Émin, - car rien ne lui eût été plus facile que de s'évader seul, - sa position cruelle, émotionnèrent l'esprit public, en Angleterre surtout, car l'Angleterre n'avait-elle pas dans ces événements sa grande part de responsabilité?.. D'après le sentiment général, l'Angleterre devait sauver ÉUlin et ses compagnons, ses co-prisonniers plutôt. Cela nous amène au commencement de 1886. Inutile d'inJroduire ici des questions politiques, de nous demander pourquoi le gouvernement de la Grande-Bretagne n'a pas pris hardiment position, pourquoi ilu'a pas entrepris de délivrer lui-mêlne Éluin1... S'il n'a pas mis la main à la charrue, tout le monde sait qu'il a puissam~ent aidé les autres à le faire. - C'est alors que M."(aujourd'hui sir) William Mackinnon se déclara prêt à organiser une expédition de secours. Mème avant ]a création de ]a zone anglaise de l'Est africain, il avait d'étroites relations avec Zanzibar et l'État libre du Congo. Grâce, sans doute, aux puissantes influences qu'il s'était assurées, l'entreprise fut très bien et très rapidement préparée. Sur une simple suggestion, le gouvernement khédival souscrivit 25000 francs, car c'étaient des officiers et des sujets égyptiens qu'il s'agissait de sauver. Sir William versa lui-même une somme importante, et le reste des aOO000 francs nécessaires fut fourni presque en èntier par ses amis. L3 Société royale de Géographie donna 25000 francs, le conseil désirant encourager l'étude d'une région encore presque inconnue, quoique présentant le plus haut intérêt. Les grands journaux voulurent contribuer à leur tour, sous la condition qu'il leur fût permis de publier les lettres de StanlclY. Le comité de secours, fOf'méà la fin de décembre 1886, était composé comme suit: sir William Mackinnon, présic.lt~nt,l'honorable Guy Da,,'ney, mort df~puis, H. }I. Stanley, sir Lewis Pelly, A. FI. Kinnaird, colonel Grant, révérend

H. Waller, colonel sir F de \Vinton, secrétaire. Le nom du
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