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La guerre secrète au Laos contre les communistes (1955-1964

De
320 pages
Le royaume du Laos, devenu complètement indépendant en octobre 1953, est immédiatement confronté à une subversion partant du Vietnam communiste, soutenu par tout le bloc soviétique et par la Chine. C'est le début d'une agression qui, vingt ans plus tard, aboutira à la main-mise communiste sur le pays du Million d'Eléphants et à sa satellisation. Seuls quelques rares initiés savent que le gouvernement royal du Laos a tenté, désespérément, de freiner cette subversion d'origine étrangère. Pour la première fois, ce livre dévoile ce que fut cette lutte secrète, quels moyens furent employés, quelles furent les opérations des services secrets du royaume. Il démonte aussi, en détail, les techniques communistes de l'époque, techniques qui peuvent être reprises dans de nouveaux cas de subversion. Il y a des leçons à tirer de ce livre qui intéresse non seulement les historiens, les politologues, les spécialistes de l'agit-prop et de l'action psychologique, mais aussi tous ceux qui se passionnent pour les actions clandestines et qui trouveront ici tout le sel des manoeuvres de conspiration et des intrigues ténébreuses de l'Asie.
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LA GUERRE SECRETE AU LAOS CONTRE LES COMMUNISTES (1955-1964)

,

Collection « Recherches asiatiques dirigée par Alain Forest

»

Dernières parutions Jeannine KOUBI et Josiane MASSARD- VINCENT (textes réunis par), Enfants et sociétés d'Asie du Sud-Est, 1995. NGUYEN Van Ky, La société vietnamienne face à la modernité. Le Tonkin de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale, 1995. Chantal ZHENG, Les Austronésiens de Taïwan à travers les sources chinoises, 1995. Jean de MIRIBEL, Administration provinciale et fonctionnaires civils en Chine au temps des Ming (1368-1644),1995. Marek SLIWINSKI, Le génocide khmer rouge. Une analyse démographique, 1995. KHING Hoc Dy, Un épisode du Râmâyana khmer. Râma endormi par les maléfices de Vary Râbn, 1995. Fabienne MERCIER, Vichy face à Chiang Kai-Shek, 1995. Raoul M. JENNAR, Chroniques cambodgiennes, 1990-1994, 1995. LU Dong, MA Xi, François THANN, Les maux épidémiques dans l'empire chinois. 1995. MORLAT Patrice, Les grands commis de l'Indochine. vol. 1. Les années d'apprentissage, 1995. Sous-section « Travaux du Centre d'Histoire de la Péninsule Indochinoise» et Civilisations

NGUYEN Thê Anh et Alain FOREST (eds), Notes sur la culture et la religion en Péninsule indochinoise, 1995. Bernard GAY, La nouvelle frontière lao-vietnamienne, 1995. En collaboration avec l'Association Archipel

. Cahier d'ArchipeI26: Laurence HUSSON, La migration maduraise vers l'est de Java, 1995. . Cahier d'Archipel 27: Gérard MOUSSA Y, Dictionnaire MinangkabauIndonésien-Français, 1995. . Cahier d'Archipel 28: Andrée FEILLARD, Islam et politique en Indonésie, 1995.

Jean DEUVE

LA GUERRE SECRÈTE AU LAOS CONTRE LES COMMUNISTES (1955-1964)

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Travaux

historiques

de Jean Deuve

Guérilla au Laos, Le Laos sous l'occupation japonaise 1940-1945, 345 pages, Presses de la Cité, Paris 1966, écrit sous le pseudonyme de Michel Caply. Ce livre est totalement épuisé. Guérilla au Laos, réédition de l'ouvrage précédent par Press Pocket, Paris, 1971. Ce livre est épuisé. Le royaume du Laos 1949-1965, 400 pages, CNRS et École française d'Extrême-Orient, Paris, A. Maisonneuve, Paris, 1984. La lutte contre les Japonais au Laos ou Indochine 1945, Université Paul Valéry (Département d'Histoire militaire), Montpellier, 34000, 1984 (en collaboration avec Allard). Le complot de Chinaimo, (Laos 1954-1955 histoire de la rébellion de certains camps militaires et de l'assassinat de Kou Voravong), Centre d'histoire et de civilisation de la Péninsule Indochinoise (Instituts d'Asie, 22, avenue du Président Wilson (Paris 16ème), Paris, 1986. Le Laos 1945-1950, (Contribution à l'histoire du Lao Issala), 385 pages; édité par le Département d'Histoire militaire de l'Université Paul Valéry, Montpellier, 34000, 1992.

@ L'Harmattan, 1995 ISBN; 2-7384-3656-0

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Présentation
A la date du cessez-le-feu odela guerre avec le Japon, le 15 août 1945, le Laos commence son évolution politique. Pays divisé en deux (un Protectorat sur le royaume du Nord, un territoire au Sud, administré par la France), il va parvenir à son unification (le Royaume du Laos) et devenir une monarchie constitutionnelle le 11 mai 1947. Puis, il va obtenir sa souveraineté interne, le 19 juillet 1949, et, enfin, recevoir, le 22 octobre 1953, sa complète indépendance. Or, dès le début de ce processus, en août 1945, le Laos est confronté à une subversion communiste d'origine vietnamienne. Dès 1930, lors de sa fondation, le Parti communiste indochinois, le PCI, alors formé uniquement de Vietnamiens, a fixé son objectif: conquérir toute l'Indochine et s' y substituer à la France. Il y parviendra après 45 ans d'une lutte ininterrompue. Dès août 1945, alors que profitant du vide politique créé par la capitulation japonaise, il se lance dans la conquête du Vietnam, le PCI donne déjà l'ordre de mettre en place au Laos des comités révolutionnaires, car, selon Ho Chi Minh, «la sécurité du Vietnam révolutionnaire indépendant ne sera jamais assurée si le Laos n'est pas dans sa sphère d'influence, et, mieux, étroitement lié ». En octobre 1945, les Vietnamiens (appuyés par les Chinois) poussent des Lao à créer un mouvement d'opposition au retour de la France, le Lao Issala (Le Laos Libre). Le PCI s'infiltre dans ce mouvement et, ayant pris le contrôle de ses organes de sécurité, de son armée et de sa propagande, le manipule en vue de ses propres intérêts. C'est dans ces années 1946-1950 qu'il recrute des Lao de toutes les ethnies et tribus et les fait former au Vietnam, en Chine ou en URSS, aux disciplines marxistesléninistes. 7

En août 1950, le PCI organise un Congrès à l'issue duquel il fait naître un Front Lao Libre (Neo Lao Issala) et un gouvernement de résistance Pathet Lao, chargés, sous son contrôle étroit, de mener la subversion au Laos. En mars 1951, répondant à une nécessité tactique, le PCI se divise en trois partis communistes, pour le Vietnam, le Cambodge et le Laos. En fait, le PC lao, appelé Phak Khon Ngan (parti des travailleurs lao) n'est qu'une branche du Dang Lao Dông, le PC vietnamien. En 1953, l'occupation par les divisions régulières vietminh des provinces de Samneua et de Phongsaly, au Laos, permet au Dang Lao Dong d'y installer le Comité Central du Front Lao Issala et le gouvernement Pathet Lao, et d'en faire un bastion communiste. Jusqu'en octobre 1953, date de la complète indépendance du Royaume du Laos, la responsabilité de la lutte contre la subversion a été partagée entre les autorités françaises subsistantes (Commissariat de la République, Armée de l'Union) et les autorités lao (gouvernement, armée et police nationales, section de guerre psychologique). Depuis octobre 1953, c'est désormais au royaume du Laos, et à lui seul, que revient la responsabilité de la lutte contre toute subversion. Les Accords de Genève n'ont pas mis fin aux ambitions du Dang Lao Dong, dont les dirigeants sont à la tête du nouvel état formé au Nord-Vietnam, la République Démocratique du Nord Vietnam. La subversion en direction du Laos est plus active que jamais, toujours conduite par le Dang Lao Dong et sa branche cadette, le Phak Khon Ngan (qùi en 1955 devient le parti Populaire Lao, Phak Pas asone Lao). L'objectif reste le même: transformer le royaume en république démocratique populaire, étroitement liée à la RDVN (République Démocratique du Vietnam). C'est alors, à partir de 1955, que le Royaume du Laos se dote de services nationaux de propagande et de contresubversion: Service Spécial de Propagande Politique (SSPP) du 18 juillet 1955 au 2 mai 1956, Service Interministériel d'Action Sociale et Politique (SIDASP) de mai 1956 au 18 novembre 1957, Centre National de Documentation (CND) du 12 décembre 1958 au 24 décembre 1960, puis, après une 8

interruption due à la guerre civile qui divise le Laos en deux camps, Service de Renseignement Neutraliste du 3 août 1962 au 18 avril 1964. Cet ouvrage décrit, presque au jour le jour, avec un grand luxe de détails, ce que fut de 1955 à 1964 la lutte de ces services contre la subversion d'origine communiste, leurs plans, leurs difficultés, leurs échecs et leurs succès. A travers ces relations, on découvre les méthodes et les techniques mises en œuvre par le Parti communiste vietnamien et leurs exécutants lao, ainsi que les opérations utilisées par le gouvernement royal pour les neutraliser. Certaines de ces opérations étaient ouvertes et ressortissaient à la propagande et à l'information, mais d'autres étaient secrètes. En effet, face à des organisations de subversion dont le commandement résidait au Nord-Vietnam, hors du Laos, et qui étaient dirigées par un parti révolutionnaire clandestin, il fallait agir secrètement pour les connaître et les combattre là où elles étaient vulnérables. Mais les opérations ouvertes et les opérations secrètes étaient liées ~le succès des unes favorisait les autres. La défection d'un militant révolutionnaire, préparée par des agents de l'ombre, donnait lieu à une fructueuse exploitation par la propagande ouverte. Réciproquement, une action psychologique ouverte pouvait provoquer le recrutement d'un agent secret au sein de la subversion. Ces opérations sont dévoilées pour la première fois.

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Bref historique des UCPL
Après la capitul'ation du Japon, en août 1945, le mouvement Lao Libre (Lao Issala), se forme au Laos pour s'opposer au retour de la France. Ce mouvement met en place un gouvernement dans les centres occupés par l'armée chinoise, venue désarmer des Japonais qui ne sont plus là. Le Parti communiste indochinois, essentiellement formé de Vietnamiens, noyaute et encadre l'armée Lao Issala. Quand les Lao Issala, en mai 1946, sont forcés de s'exiler à la suite du retour des Français, le PCI prend en main ce qui reste du mouvement en Thaïlande et au Vietnam, admet des Lao en son sein et les forme à l'action révolutionnaire. En août 1950, ce PCI provoque la réunion en territoire vietnamien d'un « Congrès du Peuple» lao qui établit un Front Uni de lutte révolutionnaire, le Neo Lao Issala

(Front du Laos Libre) avec Tiao Souphanouvong comme
président et met en place le «gouvernement de Résistance du Laos Indépendant (ou Pathet Lao) ». Ce gouvernement lutte côte à côte avec les Vietminh et installe des bases révolutionnaires au Laos. En 1951, le PCI se di vise en trois: le Parti des Travailleurs du Vietnam (Dang Lao Dong), le Parti des Travailleurs du Cambodge, le Parti des Travailleurs du Laos (Phak Khon Ngan). Mais le Dang Lao Dong conserve le rôle dirigeant, cette division étant purement opportuniste et tactique. Le Neo Lao Issala est, à tous les échelons, noyauté par les membres du Phak Khon Ngan. En 1953, les divisions vietminh occupent une partie des provinces de Samneua et de Phongsaly. Le gouvernement Pathet Lao s'installe à Samneua, recrute des cadres, prend part à côté des Vietminh à la guerre contre le gouvernement royal de Vientiane. 11

Les Accords de Genève de juillet 1954 reconnaissent

l'existence de ces « Unités Combattantes du Pathet Lao»
qui, par suite du laxisme de la Commission Internationale de Surveillance et de Contrôle au Laos, s'établissent comme en pays conquis dans les provinces de Samneua et de Phongsaly et prétendent discuter d'égal à égal avec le gouvernement royal. Le Pathet Lao recrute, par force ou par persuasion, une dizaine de milliers de jeunes gens issus de toutes les provinces frontalières, notamment des diverses tribus aborigènes, et les en voie s'instruire à l'action révolutionnaire au Vietnam et en Chine. La République Démocratique du Nord-Vietnam, issue des Accords de Genève, édifie et encadre une «Armée de Libération Nationale Lao », forte d'une quinzaine de bataillons. En avril 1955, le Phak Khon Ngan devient le Phak Pasasone Lao (Parti du Peuple Lao) ou PPL. Il compte alors de 800 à 1 200 membres.

L'action révolutionnaire L'action révolutionnaire est menée par un Front, le Neo Lao Issala, dirigé par le parti communiste lao clandestin, le PPL, lui-même simple section du Parti communiste du Vietnam, le Dang Lao Dong. Chaque échelon de la hiérarchie du Front est noyauté par les communistes qui détiennent la majorité dans tous les comités et s'assurent de l'absolu monopole de certaines commissions (propagande, formation, éducation, affaires militaires.. .) Le Front, couverture de ]' action du PPL, comprend un Comité Central, des comités régionaux, de provinces, de muongs, de cantons, de villages. Ils assurent l'emprise « verticale» du Parti sur les populations et animent les groupements de masse (jeunes, femmes, étudiants, cultivateurs...) qui, dans une emprise « horizontale », tissent une toile d'araignée aux mailles serrées dans lesquelles les populations sont soumises à un implacable 12

matraquage de propagande, à une surveillance rigoureuse et à une contrainte permanente. Ces comités animent également les divers comités qui contribuent aussi à enserrer les populations dans un réseau dont on ne peut sortir: Comité pour la Paix, Comité Afro-asiatique, unions diverses (des étudiants, des syndicats...) affiliés au mouvement communiste mondial. Les groupes d'auto-défense au niveau du village, les unités de guérilla dans les cantons et les muongs, les troupes « régulières» dépendant directement du Comité Central, se livrent aûx opérations de type militaire, mais participent également à la menace permanente qui pèse sur les populations et à la propagande. Ces troupes sont entraînées aussi bien à la guérilla, aux actions politiques, à la subversion qu'aux opérations proprement militaires. Tout cadre reçoit la même formation, donnée alternativement dans des cours de théorie (École du Parti) et lors de périodes de probation et d'expérience sur le terrain. Elle est essentiellement tournée vers l'action politique, la propagande, la conquête permanente, par les armes ou par la parole, vers l'effort physique, vers le dévouement « à la cause ». Faire la propagande est le premier devoir de tout cadre, civil ou militaire. Le Front dispose ainsi de milliers de militants.

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Chapitre 1
Le service spécial de propagande politique (du 18 juillet .1955 au 2 mai 1956)

Le Laos en juillet 1955 Depuis le 6 décembre 1954, les Unités Combattantes du Pathet Lao (les UCPL ou les PL), profitant du laxisme de la Commission Internationale de Surveillance et de Contrôle au Laos, se sont installées dans les provinces de Samneua et de Phongsaly, au nord, y ont établi un véritable gouvernement et y attendent leur réintégration dans la communauté nationale, qui leur permettra de participer aux élections législatives prévues pour le 25 décembre 1955. De ces deux provinces, les UCPL dirigent vers le reste du pays une propagande qui les représente comme les vainqueurs de la guerre et les libérateurs du peuple lao. En face d'eux, les ministres du gouvernement royallao, les élus, les fonctionnaires et les officiers, à quelques exceptions près, considèrent que la guerre est finie et ne perçoivent pas le danger de la subversion communiste qui se met en place. Ils croient que les UCPL sont des Lao comme eux désireux d'oublier les querelles politiques et simplement soucieux de ménager la face. Pendant le premier semestre de 1955, les UCPL développent leurs implantations dans les provinces par l'intermédiaire des soldats démobilisés revenus dans leurs villages et des cellules clandestines. Ils font un bastion des provinces de Samneua et de 15

Phongsaly. Considérant ces territoires comme leur appartenant en toute propriété, contrairement aux Accords de Genève, ils prétendent en chasser, par la force, les garnisons de l'Armée Nationale Lao qui y résident, embrigadent les populations, les coupent du reste du royaume, organisent des unités militaires avec des armes et des experts venant du Vietnam, agissent comme un gouvernement souverain, recevant personnalités ou journalistes étrangers appartenant aux pays communistes. Une propagande internationale, via Radio-Hanoï, accrédite l'idée que Tiao Souphanouvong,. chef des UCPL, et ses ministres se considèrent comme étant sur un pied d'égalité avec le gouvernement royal, qu'ils reconnaissent seulement comme« le camp de Vientiane », et prétendent traiter d'égal à égal avec lui. Si les élections prévues pour décembre 1955 se déroulent dans la même situation que maintenant, avec un camp ayant l'initiative et menant une vigoureuse campagne de propagande, et l'autre, le gouvernement royal, immobile et passif, ce dernier va au devant d'un terrible échec, qui constituerait les prémices d'une vietnamisation et d'une communisation du Laos. Tel est l'avis de la police et d'autres observateurs lucides. Enfin alerté par ces rapports et par les ambassades occidentales, le gouvernement royal se décide, par arrêté 185/PC du 18 juillet 1955, à créer le Service Spécial de Propagande Politique (SSPP). Mais dans l'esprit du premier ministre, Katay Don Sasorith, il s'agit surtout de faire plaisir aux Puissances occidentales: pour lui, le SSPP sera un nouveau service d'Information, qui rédigera quelques tracts, mais il n'a aucune intention d'en faire une pièce maîtresse de son dispositif politique. Il ne se rend pas compte du danger que représentent les UCPL. Illes considère comme des nationalistes, déçus par l'orientation prooccidentale du gouvernement royal et non comme l'avant-garde et le véhicule des ambitions nord-vietnamiennes sur le Laos. Il n'a pas réalisé qu'entre 1946 et 1953, ils ont été façonnés par les Vietnamiens du Parti Communiste, au Vietnam et en Chine, et sont désormais convaincus que l'avenir du Laos réside dans l'union avec le Vietnam.

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Création du SSPP Thao Bouasy est désigné comme directeur du SSPP. Né en 1915 à Xieng Khouang, de souche lao et chinoise, ce fontionnaire, successivement magistrat, chef de province, préfet de la capitale et enfin directeur des Affaires politiques au ministère de l'Intérieur, a une grande expérience de l'administration, mais non de l'action psychologique ou de la propagande. Profondément loyal au gouvernement, sa courtoisie, son entregent, ses relations sont de précieux atouts pour faciliter les contacts et régler les litiges. Sur le plan technique, il fait entièrement confiance à ses subordonnés, les laisse libres et responsables, mais les soutient. Le service doit se contenter d'une grande pièce d'angle à l'extrémité nord du « Palais du gouvernement », que l'on divise en plusieurs bureaux par des paravents, d'une antichambre, qui sert de bureau directorial et d'un bout de couloir, où s'installe le secrétaire administratif. Le SSPP commence à fonctionner le 7 août 1955. Un projet d'attributions et d'organisation, proposé par le service, est approuvé intégralement par le Premier ministre (Annexe 1). L'insertion du service dans un plan général d'action politique y est précisée. Ses tâches sont définies:
. Établissement

des plans nationaux de propagande et

contre-propagande, . Centralisation des renseignements intéressant la propagande et la contre-propagande, . Répartition et coordination des missions entre les divers services nationaux participant à la lutte politique, au Laos, . Direction de la formation des propagandistes, . Contrôle du fonctionnement du Centre d'Accueil des Ralliés, . Fabrication de «matière de propagande» pour tous les services, les provinces et les ambassades à l'étranger, . Propagande à l'intérieur des zones PL. L'organisation est aussi simple que possible. Le premier bureau administre et gère le personnel, les fonds et le matériel, 17

. Liaison avec les services d'Information étrangers, présents

le deuxième centralise les renseignements, le troisième les exploite, dresse les plans d'action et anime les sections Conférences mobiles, Radio et Diffusion. La section des Conférences mobiles envoie des évadés des zones UCPL ou des ralliés porter la bonne parole dans les villages, celle de la Radio crée et dirige les émissions radio de propagande, celle de la Diffusion assure les liaisons avec les organisations qui seront montées dans les provinces. Sont rattachés au directeur le Centre d'Instruction et le Centre d'Accueil des ralliés. Quelques heures après la parution du texte créant le SSPP, un représentant de l'United States Information Service (USIS) vient demander en quoi il peut être utile. « Des meubles », lui répond-on, car les bureaux sont rigoureusement vides et nus. Dans l'après-midi, effectivement, un camion apporte quelques tables et quelques chaises, des machines à écrire, du papier.. mais aussi des projets de tracts et d'affiches que l'USIS se propose d'imprimer.. à .charge pour le SSPP de les faire diffuser. Les chefs des bureaux du SSPP ont beaucoup à dire sur la propagande menée par l'USIS et font valoir que la première condition de la réussite de la propagande est qu'elle soit pensée, faite et réalisée par les Lao. C'est donc un refus, courtois, mais ferme, qui est adressé aux Américains. Les premières difficultés sérieuses rencontrées par le SSPP proviennent de l'incompréhension ou de l'indifférence des milieux gouvernementaux. Il faut leur faire comprendre que la tâche du nouveau service n'est pas de rédiger un bulletin de nouvelles de temps en temps, d'épingler des photos sur un tableau, de rendre compte des déplacements du Premier ministre ou de l'inauguration d'un marché, mais de se battre contre la subversion. Les UCPL disposent d'hommes, d'une doctrine, de méthodes, d'organisations, qui, pour l'instant, ne rencontrent aucune opposition. Le SSPP doit être l'inspirateur, le noyau technique, l'orienteur d'une campagne- nationale, qui doit être l'oeuvre de tous, si on veut sauver la façon de vivre et la liberté qui existent alors au Laos.

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Les UCPL et les partis-relais Soutenus matériellement et politiquement par la République Démocratique du Vietnam (RDVN), la Chine, l'URSS, la Tchécoslovaquie et d'autres pays communistes, les UCPL sont en train d'acquérir une audience internationale. Leurs délégués participent à de nombreuses réunions organisées dans ou par le monde communiste. Les Nord-Vietnamiens leur constituent

avec l'aide des Chinois une « Armée de Libération Nationale »,
forte d'une quinzaine de bataillons. Des centaines de jeunes étudient au Nord-Vietnam, à Moscou, à Pékin. Selon la thèse que défendent Tiao Souphanouvong et ses camarades, les Accords de Genève ont mis fin à l'ancienne structure du Laos et il faut rebâtir désormais un état nouveau, par négociation entre les deux camps en présence. Pour le gouvernement royal de Vientiane, les Accords ont sanctionné la cessation de l'agression du Vietminh contre le Laos et il s'agit, selon la lettre et l'esprit des accords, de réintégrer dans la communauté nationale existante des personnes qui s'en étaient séparées. Il n'est donc pas question, pour lui, de changer les structures ou les lois actuelles du royaume. C'est de Samneua que part la propagande diffusée sur tout le pays, par des journaux, par les organisations plus ou moins clandestines disséminées dans les provinces, par les anciens UCPL démobilisés, par les lettres des jeunes gens emmenés en 1954. Radio-Pékin reprend cette propagande à destination de l'étranger. Une imprimerie, située près de Samneua, se charge des tracts et brochures, mais la plus grande partie du matériel de propagande, notamment celui destiné aux pays extérieurs, est conçue et fabriquée à Hanoi". Dans cette ville, capitale de la République Démocratique du Vietnam-Nord, Sisana Sisane anime, sur l'émetteur de RadioHanoï, des émissions avec une équipe de chanteurs, de poètes et d'acteurs, qui diffusent informations et propagande en dix-huit des langues parlées au Laos. Tout cadre UCPL captant l'émission reçoit ainsi les thèmes à utiliser et le point de vue du Parti sur chaque événement. Les nouvelles sont reprises par Radio-Hanoï, au titre du Service d'Information de la RDVN. Différents journaux, deux feuilles ronéotypées avec une en'" tête imprimée et colorée, sont adressés aux organisations UCPL 19

. dans les provinces de Samneua et de Phongsaly et infiltrés dans les régions gouvernementales. Les UCPL sont surtout actifs dans les zones bordant le Vietnam, les montagnes, les secteurs excentriques ou situés à la limite de deux circonscriptions administratives, les massifs peuplés de proto-Indochinois ou de montagnards. La Délégation UCPL à Vientiane est un centre actif de propagande, qui touche directement le milieu bouddhique et de nombreux villages, et, par l'intermédiaire des partis-relais, les fonctionnaires et les militaires, que l'on cherche à utiliser pour faire pression sur le gouvernement afin qu'il cède aux exigences des UCPL. En effet, plusieurs partis ou groupes ont fait de la «neutralité », mais surtout de l'anti-américanisme, leur plateforme politique. L'Union Nationale de Bong Souvannavong (Lao Rouam Samphan) fait de l'opposition systématique et exerce son influence dans l'armée et l'administration, principalement à Paksé et à Vientiane. Sans être partisan des thèses pro-vietnamiennes et communistes des UCPL, dont il est même en général très éloigné, sa lutte pour une plus grande justice sociale et ses dénonciations des abus en font un « allié objectif» des UCPL. Les comités « La Paix par la Neutralité» (Santipap pen Kang), créés et animés par Kinim Pholsena, Champa Phomma chan et Chan Phao Vanthanouvong, sont très opposés au gouvernement royal sur la question des pourparlers avec les UCPL et s'élèvent vigoureusement contre l'aide américaine croissante et l'emprise occidentale sur le royaume. Ils se trouvent donc, aussi, des « compagnons de route» des UCPL, d'autant plus utiles que leur action touche tous les 'milieux. Enfin, le parti Démocratie (Phrasathipathai), qui sert désormais les ambitions politiques de Phoumi Nosavan, chef d'état-major de l'ANL, s'aligne, pour l'instant, souvent, sur des thèses proches de celles des UCPL. L'objectif immédiat de celles-ci est de gagner les élections de décembre 1955. Pour cela, leur propagande utilise quatre thèmes principaux:
. Les

UCPL sont des nationalistes, préoccupés du bonheur

du peuple, de la paix, de l'indépendance et tout ce qu'ils font ou prônent est dicté par ces considérations. 20

. Le gouvernement royal profite du peuple, utilise mal l'argent et les ressources naturelles, se livre à la corruption et se remet aux mains de l'étranger.
. Le

royaume est en train de s'américaniser.

. Les prétentions de la« partie» de Vientiane à propos de la loi électorale et son ingérence dans les provinces de Samneua et de Phongsaly, «qui appartiennent aux UCPL », sont intolérables.

Le plan d'action du SSPP Par contre, la tâche prioritaire du SSPP consiste à empêcher. les UCPL de gagner les élections. Il ne reste que quatre mois. La répartition des tâches est précisée au cours de séances organisées par le SSPP. L'Information nationale agira dans les administrations, auprès des religieux et des populations urbaines et l'Enseignement prendra en compte les instituteurs et la jeunesse. Le SSPP formera des agents de propagande, qui seront mis à la disposition des chaokhouengs (voir glossaire à la fin de l'ouvrage NDLR), et assurera la propagande dans les zones occupées par les UCPL ou contaminées par eux. Chaque mercredi, les séances réunissent les divers services, chaque jeudi, se retrouvent le Service d'Information Nationale et le Service d'Information des Forces Armées (SIFA). Il y a un manque général d'intérêt et d'enthousiasme de la part de tous ces services: ils se contenteraient volontiers de diffuser ce que le SSPP leur remettrait. Cependant, l'organisation des sections du SSPP se poursuit. La section « Conférences Mobiles» est bâtie sur la constatation que les populations rurales écoutent plus facilement un voyageur venant de régions lointaines que les gens qu'elles côtoient chaque jour et, a fortiori, que les fonctionnaires de l'État. On a donc recruté des évadés des zones UCPL, qui, sous l'aspect de colporteurs ou de voyageUTS, circulent dans les villages, narrent ce qu'ils ont connu et expérimenté chez les Laoviets, soulignent l'abîme existant entre les promesses de la propagande et les réalités de la vie en région communiste. Cinquante-deux équipes de deux hommes doivent ainsi 21

parcourir la campagne, selon des priorités définies par les antennes du SSPP. La mise sur pied du Centre d'Accueil des Ralliés, destiné à recevoir les ralliés, les anciens prisonniers libérés par les UCPL, les agents adverses capturés, se poursuit. La première étape du plan de« désintoxication» explore le « patient ». La seconde, qui a pour but de réfuter la propagande inculquée par les communistes, présente les UCPL comme un mouvement d'origine étrangère, au service du communisme, même si tous ses membres ne sont pas communistes. On explique aussi les Accords de Genève et on démontre concrètement l'indépendance du gouvernement royal. Cette action se déroule au cours de conversations amicales, de discussions de groupe, de rencontres avec parents et amis, de projections de films, de visites guidées au Parlement ou dans les ministères. Des personnalités, des bonzes, des ministres peuvent être appelés, selon les leviers choisis par les instructeurs. La troisième étape doit convaincre le rallié de combattre désormais pour le gouvernement et lui expliquer comment le faire.

La propagande de l'USIS Parmi les attributions du SSPP figure la liaison avec les services étrangers d'information présents au Laos. Pour l'instant, cette disposition vise l'USIS qui a pris l'habitude de traiter directement avec les administrations lao en matière d'action psychologique. On est parvenu à une situation où des organismes nationaux lao servent de relais à une diffusion de tracts, d'affiches, de brochures, souvent inadaptés au caractère lao et fréquemment néfastes, parce que fournissant des armes à l'ad versaire. Avec les Américains, s'introduisent, dans le domaine de la propagande, les Thaïlandais et les SudVietnamiens. Il n'est pas admissible, plaident les responsables du SSPP, que des étrangers fassent, dans le royaume, une propagande « au nom du gouvernement royal », sans accord, sans contrôle et sans la moindre consultation avec ce gouvernement. L'indépendance du royaume devient ainsi l'objet des attaques, souvent justifiées, du Pathet Lao et des 22

partis d'opposition. Le 16 septembre, le Premier ministre autorisera donc le SSPP à interdire, en son nom, à Lao-Presse, à l'Information Nationale et au SIPA de citer dans les bulletins et les émissions radio la moindre activité des Américains au Laos, car la propagande des UCPL et de leurs «compagnons de route» est entièrement basée sur ce que les Américains font au Laos.

Les structures ouvertes Le plan de propagande est prêt le 12 août. Comme la campagne officielle électorale ne débute qu'un mois avant la date du scrutin, le mot «élections» n'y est pas cité, mais tout ce plan n'est destiné qu'à les gagner. Pour chacun des sept groupes à travailler (populations urbaines, armée, fonctionnaires religieux, jeunes, populations rurales de diverses ethnies et tribus, zones occupées), sont précisés les objectifs à atteindre, les services responsables, les moyens à utiliser, les méthodes à suivre. Les structures comprendont un Comité National, réunissant les services et administrations jouant un rôle dans le plan, au sein duquel le SSPP fera office de cabinet technique et de secrétariat-coordinateur . Dans chaque province, le chaokhoueng sera assisté d'un comité provincial d'action psychologique, comprenant le chef de secteur militaire, les chefs des services locaux de l'Enseignement, de la Santé, de la Jeunesse, de l'Information, de la police.. et toute personne volontaire. Un secrétaire permanent, formé par le SSPP, y assurera le travail technique (rédaction de textes, adaptation des thèmes généraux à la province, diffusion du matériel de propagande, liaisons). Ce comité appliquera les directives reçues du comité national, répartira les missions, recueillera les renseignements sur l'adversaire, animera les comités de muongs. En principe, chaque canton recevra un propagandiste, formé par le SSPP, et quelques agents, instruits localement. Le plan prévoit dix chefs propagandistes pour les provinces, soixante-dix pour les muongs, six cents pour les tassengs, cent 23

pour les opérations propres du SSPP. Il faudra donc détacher 800 fonctionnaires ou militaires. Toute cette structure a été basée sur la volonté d'opposer à la propagande permanente des Pathet Lao une action également permanente. Cependant le modèle UCPL, où la population est embrigadée dans des organisations de masse, ne peut être transposé dans le régime de liberté du royaume, dont les cadres, en outre, ne sont pas préparés moralement et techniquement à faire de la propagande. Ne disposant que de trois mois avant la campagne électorale (dont un mois qui sera consacré à la formation des agents et à leur mise en place), le SSPP estime avoir paré au plus pressé dans ce court laps de temps. C'est le troisième bureau qui reçoit la charge de diriger cette énorme entreprise.

Les stages de formation Le premier stage étant fixé au 18 août, le service a donc huit jours pour trouver les élèves, des véhicules, des salles de classe, un hébergement. Le Premier ministre, dont dépend directement le SSPP, réclame aux chaokhouengs, par télégrammes urgents, six stagiaires par province. Il n'y a aucune réponse. L'état-

major de l'ANL fait savoir qu'il n'est pas concerné, « ayant ses
propres plans et ses propres spécialistes ». Le 11 août, à la réunion des chefs de service, l'armée ne délègue qu'un souslieutenant, démuni de tout pouvoir de décision. L'Information nationale ne s'estime pas, non plus, concernéè. La police est prête à envoyer du personnel, si les stages se déroulent hors du

Laos, « afin de donner à des policiers l'occasion, que beaucoup
de leurs camarades ont déjà eue, de visiter des pays étrangers ». Le 15 août, aucun stagiaire n'est encore désigné. L'ouverture des cours est reportée au 19. C'est un jour de gagné. Le 19, on a trouvé un local, l'école primaire du village de That Luang, à quatre kilomètres de la capitale. La jeep promise se faisant attendre, c'est le Premier ministre lui-même qui ordonne par écrit au ministre des Finances de délivrer un véhicule neuf, qui vient d'arriver. Mais. le SSPP ne l'obtiendra 24

que le 22, car il est utilisé par des fonctionnaires des Finances pour le week-end en famille. Le Premier ministre a encore réclamé par télégrammes l'envoi de stagiaires des provinces. Il n'y a pas un seul accusé de réception. Toutefois, et comme les choses surviennent au Laos sans que rien les laisse prévoir, le 19, dans l'après-midi, quatre recrues, envoyées par une administration pleine de bonne volonté, se présentent au SSPP. Malheureusement, elles sont illettrées. Le même jour, le service demande, au nom et avec l'accord du Premier ministre, le détachement d'un fonctionnaire, originaire de Samneua et qui a vécu longtemps en zone occupée par les PL. Le secrétaire à l'Intérieur, Phya Oun Reuan, refuse, car «ce fonctionnaire est responsable d'un service vital ».

Enquête discrète faite, le SSPP découvre que ce « service vital»
consiste à empaqueter les bulletins de vote pour les prochaines élections! L'ouverture de l'école des propagandistes est maintenant fixée au 25 août 1955. Le Premier ministre a fait savoir qu'il assistera à l'inauguration, accompagné de plusieurs ambassadeurs étrangers. Le 25, au matin, le Premier ministre, tous les chaokhouengs du royaume, convoqués pour la circonstance, plusieurs ministres, contemplent avec ravissement les tables de l'école occupées par cinquante-cinq stagiaires de bonne apparence. Il y a un discours, un salut aux couleurs, puis les personnalités s'en vont. .. et, avec elles, les cinquante-cinq élèves. Les instructeurs découvrent alors que ces stagiaires sont, en réalité, cinquantecinq fonctionnaires des administrations de Vientiane, qu'on a réquisitionnés le matin même afin que l'inauguration puisse se faire. L'après-midi, il y a, maintenant, dix-sept élèves-instituteurs qui, venant d'être démobilisés, se trouvent disponibles et qu'on a désignés d'office. Les instructeurs commencent donc le cours, mais s'aperçoivent, deux jours plus tard, que ces stagiaires sont absolument inadaptés à ce qu'on attend d'eux. Le SSPP est d'autant plus outré de cette désinvolture qu'il apprend qu'un autre cours de propagande, organisé par l'USIS et l'Information nationale, vient aussi d'être inauguré, en vérité le jour même de

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l'inauguration de son propre stage, et en présence de nombreux photographes étrangers. Le 1er septembre, il ne reste que treize des dix-sept stagiaires. les quatre meilleurs sont partis, on ne sait où ni pourquoi. Le 4, cinquante-deux fonctionnaires arrivent, enfin, des provinces, sauf de celle de Luang Prabang qui n'a répondu à aucun des télégrammes de rappel. On reprend le cours à partir du début. Dix lycéens viennent compléter l'effectif. Dans un geste qui se veut amical et constructif, le SSPP a invité deux fonctionnaires de l'Information nationale et un commissaire de police, tous frais émoulus d'un stage à l'USIS à Bangkok, à participer à l'instruction. C'est un désastre! Ces purs produits des méthodes américaines' prônent le modèle de propagande exactement inverse à celui que souhaite le SSPP. Ce service veut lutter contre la débauche de moyens techniques, hautparleurs, voitures, ou gadgets. Les PL gagnent les villages par leur présence, parce qu'ils vont les visiter hors des routes et en marchànt, qu'ils les aident de leurs mains et qu'ils vivent leur vie. On ne les surclassera pas à coups de dollars. Il faut reprendre ces cours. C'est alors que le SSPP découvre qu'un des stagiaires figure sur les listes de la police de Paksé comme agent notoire des PL.

Le travail secret: les équipes spéciales Le deuxième bureau, outre son rôle de centralisateur des renseignements, assure la direction des ÉQUIPES SPÉCIALES. Le chef de ces unités est Leuang, aspirant détaché de l'ANL, garçon intelligent, tenace, courageux. A treize ans, il s'était engagé dans les guérillas anti-japonaises et il a gagné ses grades en servant dans les commandos et les unités de guérilla ou de contre-guérilla. Sept équipes, en tout 36 hommes et femmes, devront être prêtes avant la fin de l'année. Constituées sur le modèle des équipes mobiles de propagande des UCPL, équipées comme elles, uniformes et insignes compris, munies de documents apparemment authentiques, elles ont pour mission d'agir dans les zones fortement « contaminées ». Elles devront « dégoûter»
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les villageois des UCPL en se faisant passer pour d'authentiques UCPL, mais en «exagérant» leurs méthodes, en multipliant (courtoisement) les séances obligatoires de propagande, en faisant effectuer d'incessantes et astreignantes corvées, « pour la Cause ». Sous prétexte de lutter contre toutes les formes d'esclavage, ces agents pourront aussi couper le bétel. Par maladresse, ils pourront abîmer le riz ou lutiner les filles. Cette action se fera toute en nuances et les itinéraires devront être calculés de façon à ce que la «marque» du passage de ces équipes dans un village ne s'efface pas avant le jour des élections. Il faudra tenir compte aussi du passage des vrais propagandistes UCPL et de la présence d'agents communistes. Mais tous les équipiers de Leuang sont d'anciens UCPL repentis ou des évadés des zones communistes ayant une connaissance intime des pratiques de leurs adversaires. Leuang ouvre, le 15 septembre, une école secrète, en pleine forêt, non loin de Pak Tang, derrière le terrain d'aviation de Vientiane (Annexe 2). Ce premier cours se terminera le 15 octobre. On s'y retrempe dans l'atmosphère UCPL, on répète des situations, on envisage tous les cas qui peuvent se présenter. Essentiellement on s'imprègne du vocabulaire et des thèmes de propagande UCPL, on détermine les actions possibles à mener, on fixe les limites à ne pas dépasser et on règle les problèmes de liaison avec le service et la conduite à tenir en cas d'arrestation par la police ou l'armée. Pour des raisons de sécurité, ces équipes sont désignées, à l'intérieur du service, sous le nom de Kong (unité) 18. La première équipe est lâchée le 14 octobre, la seconde le 19. Après avoir visité plusieurs villages, la première a été repoussée par les habitants d'un autre village, armés de fusils de chasse et d'instruments aratoires. Elle n'a dû qu'à une prudente retraite de ne pas laisser de victimes. En fin novembre, deux équipes seront créées dans la région de Paksane. Le 10, l'équipe du massif du Phou Sé, au nordouest de Vientiane, signale qu'elle vient d'être capturée par l'ANL qui l'a prise pour un vrai groupe UCPL. Son rapport fournit d'intéressantes informations sur l'attitude des villages et permet d'établir une carte des zones contaminées. Par contre, au cours du même mois, l'équipe 4 se fera arrêter par l'ANL, près 27

de Thaboc, sur la route de Paksane, à cent kilomètres à l'est de Vientiane et le service a la preuve que cette arrestation est un acte délibéré de l'état-major de l'ANL pour saboter l'opération. L'équipe, qui travaille dans la zone très contaminée de Muong Met, à l'ouest de Vang Vieng, fera une remarquable démontration d'efficacité.

La section économique: section archi-clandestine Camouflage de l'organisme chargé de mener la subversion à l'intérieur des zones UCPL, elle opère à l'écart des bureaux du SSPP et est rattachée directement à son directeur. Sa mission est précisée en septembre (annexe 3): susciter un mouvement national lao dans les provinces occupées, . séparer les UCPL de la population,
. inciter les militaires UCPL à

la désertion.

Les opérations à partir de l'extérieur utiliseront les moyens classiques (tracts, affiches, papillons, émissions de radio.. .). Les opérations intérieures seront menées par des agents infiltrés et auront lieu sous la « couverture» d'un comité ou de comités locaux de Libération, réels ou fictifs. Des postes récepteurs-radio miniaturisés seront introduits dans les zones occupées. Les méthodes classiques de toute résistance secrète seront employés: tracts, cellules, chaînes d'évasion, sabotages des fils téléphoniques et des moyens de communication, résistance passive.. Cette action intérieure commencera le 15 octobre. D'entrée, la section économique (ainsi baptisée, car, au début, il était surtout question d'aider les zones occupées par l'acheminement de denrées et de riz) se heurte à l'armée nationale lao. Son chef d'état-major, Phoumi Nosavan, a décidé de considérer les deux provinces de Samneua et de Phongsaly comme un fief réservé à l'armée et il s'oppose à ce que tout service, y compris le SSPP, même muni d'ordres de missions signés du Premier ministre, aille« chasser sur ses terres» Il interdit, en particulier, les passages à bord des avions militaires, qui sont les seuls à se poser sur les terrains du nord. 28

A force de ténacité et grâce à l'aide du Premier ministre, le personnel de la section économique parvient, avec de nombreuses difficultés, à s'approcher de la province de Samneua, mais échoue pour Phongsaly, car les avions de l'armée lui restent interdites. La seule façon d'y arriver serait de se faire parachuter par avion privé (à condition de trouver des parachutes) ou de s'y rendre en pirogue en se cachant de l'ANL. Il faudrait alors consacrer des semaines au seul trajet.

Premières opérations Le SSPP prépare pour le 17 septembre une «Journée nationale» pour rappeler l'assassinat de fonctionnaires lao à Samneua, en 1953, par les tribunaux populaires PL présidés par Phoumi Vong Vichit et Singkapo Chounamali. Le service veut en faire « un gros coup », qui sensibilisera l'opinion et lancera la campagne de propagande. Mais il ne trouve guère d'écho chez ses partenaires. L'Information nationale s'abstient et Phoumi Nosavan refuse de collaborer. Le SSPP a réuni plusieurs fois les chaokhouengs du royaume afin de leur expliquer la philosophie et le fonctionnement du plan général d'action, mais il constate que seul le représentant direct du service fait quelque chose. Il n'y a, dans les administrations, aucune prise de conscience du danger PL. Parmi les quelques soixante stagiaires en cours d'instruction, dix seulement manifestent de l'enthousiasme et la conscience. de l'effort à faire. Les cinquante autres sont surtout intéressés par les indemnités qui vont leur être allouées. Vers le 15 septembre, une cinéaste américaine, envoyée par l'USIS, vient proposer deux scénarios de films de propagande. Ils sont techniquement impeccables, mais complètement inadaptés au pays et aux buts recherchés. Le SSPP en fait une critique constructive, mais sent que ses interlocuteurs américains, malgré leur immense bonne volonté, ont du mal à comprendre le point de vue du service: il est normal que l'USIS, dont c'est Ie rôle, prône l'« american way of life» et Ie « magnifique travail accompli au Laos », mais sur le plan de la 29

lutte contre la subversion UCPL, c'est une catastrophe, car ces assertions répétées fournissent des armes à la propagande PL. Fin septembre, à force de ténacité, la plupart des comités locaux sont en cours d'installation dans les zones les plus touchées par la subversion PL. Seules les provinces de Luang Prabang et d'Attopeu, faute d'un nombre suffisant de propagandistes capables, sont dépourvues de structures. Le plan prévoyait l'achèvement de cette organisation pour le 1er octobre. Elle n'est réalisée que le 15. En effet, dans certaines régions, les pluies, normalement terminées le 15 septembre, durent encore. La ville de Napé est distante de Thakhek de 160 kilomètres seulement, mais, avec les inondations actuelles, il faut vingt jours pour parcourir le trajet.

Le « Jour de l'Unité », rappel des assassinats d'avril et mai
1953 à Samneua, se déroule, dans tout le royaume, avec des cérémonies officielles, des séances de saynètes, spécialement créées pour l'occasion, des articles de journaux. Elle a un grand retentissement, mais son succès aurait pu être multiplié, si l'inertie de certains services et de certaines administrations avait pu être vaincue. Ces services se sont contentés de distribuer ce que le SSPP leur avait remis. Il y a cependant un progrès l'Information nationale diffuse maintenant les textes du SSPP, au lieu de ceux de l'USIS.

La délégation UCPL à Vientiane La délégation UCPL à Vientiane, installée à l'entrée du quartier de Sithan Neua, juste en amont du pont de la Nam Passak, assure la liaison entre ses chefs à Samneua, le gouvernement royal et la Commission Internationale de Contrôle et de Surveillance au Laos (CICSL), dans le cadre des discussions en cours sur les modalités d'intégration des UCPL dans la communauté nationale. Dirigée par Phoumi Vongvichit, assisté de Nouhak et du secrétaire général Say Pethrasy, elle comprend vingt et une personnes. Les transmissions radio sont assurées par Chaleun et le chiffre par Kavinh Keonakhon et Bounthan, tous deux originaires de la province de Paksé. Sauf les hommes chargés du marché et les dirigeants, qui ont des 30

tâches de liaison et de propagande, la majorité de la délégation ne sort pas du casernement et passe son temps en travaux domestiques, en corvées d'épluchages et de cuisine, en jardinage, gymnastique, cours politiques et parties de volleyball. Chaque jour, de nombreux villageois visitent la délégation, principalement les familles des soldats UCPL en service dans le nord du Laos qui viennent chercher ou porter des lettres, des sympathisants et des agents qui rendent compte et reçoivent des directives. Dans les échanges de télégrammes entre la délégation et les chefs UCPL à Samneua, on utilise des pseudonymes, souvent vietnamiens: Kaysone reprend son vrai nom, Quoe, Tiao Souphanouvong devient Chin ou Outhongsay, Phoumi Vongvichit est Fuc ou Somchan. Singkapo est Po, Phoun Sipraseuth est Khamlang, Nouhak est Samlane. Le ministre des Affaires étrangères de la RDVN est To. Certains membres des partis d'opposition de Bong Souvannavong (Union nationale), de Nou Ing Rattanavong (Démocratie) ou des comités Santipap Pen Kang (Paix et

Neutralité) viennent de temps à autre converser avec les chefs
de la délégation, qui collectent tous les journaux, lao ou étrangers, disponibles à Vientiane et les adressent à Samneua. Chaque jour passent à Nam Passak des représentants de la CICSL, notamment les Polonais. C'est d'ailleurs un médecin polonais qui surveille la santé de la délégation. Une partie du travail de cette dernière consiste à recueillir des informations dans un grand nombre de domaines. stages de policiers en Thaïlande, mouvements d'unités de l'ANL. En dépit de la rude discipline, de l'endoctrinement quotidien, d'efforts incessants de la part des dirigeants, il existe, chez le personnel subalterne de la délégation, des lassitudes ou des irritations. La discipline se relâche parfois et certains jours, on joue aux cartes, au lieu d'écouter le cours politique. Les chefs doivent consacrer une après-midi à justifier la différence de leurs menus. « les responsables, devant réfléchir davantage pour le bien de tous, doivent recevoir une nourriture plus riche.» En fait, la cuirasse extérieure des UCPL n'est pas sans failles et cette délégation, sise au pont de Nam Passak, a été, dès son installation, l'objet des attentions du SSPP. 31

Le SSPP pénètre la délégation UCPL Un agent de la police nationale a été introduit auprès de cette délégation comme chauffeur et la police a accepté d'en laisser la manipulation au SSPP. Ce chauffeur a conquis la confiance des chefs de la délégation, en écoutant avec un grand intérêt la propagande qu'ils lui font, en se montrant sincèrement désireux d'approfondir les arguments UCPL. Cet agent professionnel confirmé du travail clandestin sait poser des questions apparemment innocentes. Ses rapports donnent tous les détails voulus sur l'organisation de la délégation, les rapports de hiérarchie, l'endoctrinement quotidien, les méthodes et techniques PL, les appréciations des chefs PL sur les événements, sur les visiteurs, les démarches entreprises. Peu à peu, les chefs PL prennent l'habitude de demander un coup de main à leur dévoué chauffeur: Qui, le 9 juillet, a pris l'initiative au gouvernement, de réduire le nombre de visiteurs admis chaque jour à Nam Passak ? En quoi consistent les stages organisés en Thaïlande pour la police lao ? Le 13 juillet, le secrétaire général-adjoint, qui est membre du PC lao, lui demande des renseignements sur les mouvements d'unités de l'ANL en direction du nord. Il voudrait connaître tous les détails: effectifs identifications, missions, nombre de blessés arrivés dans les hôpitaux.. Quelques jours plus tard, le chauffeur est encore sollicité: peutil donner régulièrement des informations sur l'ANL, en y recrutant des informateurs? Le SSPP a, chaque jour, une importa~te moisson d'informations sur ce que cherchent les PL. C'est le Service qui communique au chauffeur les réponses à apporter aux PL, ce qui permet une subtile désinformation. Le chauffeur est aussi sollicité de créer un réseau de propagandistes et de sympathisants. On lui demande, par ce réseau, de faire pression sur le gouvernement pour qu'il accepte les propositions des PL, à propos des conditions d'éligibilité. On lui demande de pousser les soldats à réclamer des députés militaires. Le SSPP peut suivre le déroulement des pourparlers entre les UCPL et le gouvernement, vu du côté des PL.

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