La question indigène en Algérie

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"Nous avons une mission: civiliser les races inférieures", c'est ainsi que la France justifiait au 19ème siècle son oeuvre colonisatrice. Ce credo n'a pas échappé à Ernest Mercier (1820-1907), maire de Constantine, qui dans cet essai énumère une liste d'arguments, présentés par l'auteur comme des vérités absolues, pour justifier la colonisation de l'Algérie. Mais au nom de quels principes, un pays peut-il s'arroger le droit d'envahir un autre ? (extrait de la préface)
Publié le : samedi 1 juillet 2006
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EAN13 : 9782296152533
Nombre de pages : 152
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La question indigène en Algérie
au commencement du XXe siècle

1

ère

édition

1901

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr @L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-01074-1 EAN : 9782296010741

La question indigène en Algérie
au commencement
PAR

du XXe siècle

ERNEST MERCIER
Conseiller général de Constantine Délégué au Conseil Supérieur

L 'Hannatlan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Harmattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 Espace Fac..des L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia 15 L'Harmattan Burkina Faso Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
de Kinshasa

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1053 Budapest

Université

- RDC

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PRÉFACE
«Nous avons une mission: civiliser les races inférieures », c'est ainsi que la France justifiait au 19ème siècle son œuvre colonisatrice. Comme beaucoup d'agents coloniaux, ce credo n'a pas non plus échappé à Ernest MERCIER. Le lecteur constatera qu'il en use à toutes les pages. En traitant de «la question indigène en Algérie au commencement du 20èmesiècle », Mercier s'engage, dès son avantpropos, «de dire la vérité, rien que la vérité pour l 'honneur de mon pays et dans l'intérêt des indigènes ». Selon l'auteur, la première vérité est la suivante: la France coloniale serait appelée à intervenir en Algérie. Elle serait appelée (par qui? On ne sait pas !) pour mener cette magnifique, cette providentielle conquête ... ce cadeau de lafortune! Au fur et à mesure que le lecteur tournera les pages, il tombera sur une liste d'arguments, présentés par l'auteur comme des vérités absolues, pour justifier la colonisation de l'Algérie. Au nom de quels principes, un pays peut-il s'arroger le droit d'envahir un autre? Au nom de quel droit met-il ensuite en place un système juridique en vue de déposséder les habitants de ce pays de leur terre et de l'ensemble de leurs biens? Nous sommes donc en face du droit du plus fort qui, comme dans la fable « est toujours le meilleur ». C'est bien de cela qu'il s'agit. Face à la loi des indigènes, nécessairement archaïques et agrestes, il fallait celle d'une nation civilisatrice pour les sortir du système tribal imposé par les Turcs. Passons sur les inexactitudes comme celle qui précède (la création de la tribu par les Turcs !) et voyons jusqu'au bout l'argumentation d'Ernest Mercier qui oscille entre contre-vérité et évacuation des faits historiques. Pour écrire son essai, l'auteur s'est inspiré du fameux code de l'indigénat (sans le citer) imposé par la France coloniale aux Algériens. Il me paraît donc indispensable de revenir sur ce fait historique de haute importance pour que l'on comprenne davantage 1

où voulait en venir Ernest Mercier et l'esprit dans lequel il avait écrit son essai. Le code de l'indigénat fut construit sur un ensemble de lois et d'ordonnances, semblables à celle du maréchal Bugeaud édictée en 1843, pour instaurer la responsabilité collective de la tribu. Dans cette ordonnance, il s'agissait de tenir pour responsable la tribu de tous les actes individuels, répréhensibles de par la loi coloniale. Un certain nombre de lois avaient pour but de conforter le système mis en place par Bugeaud jusqu'à la fameuse date du 28 juin 1881 où le code de l'indigénat fut adopté. Qu'en est-il exactement de ce code imposé à partir de 1887 par le gouvernement français à l'ensemble de ses colonies? Les Algériens sont dangereux, car selon Mercier les indigènes constituent un peuple arriér~ et qui n'a aucune notion de la patrie. Par conséquent, il fallait des lois pour s'en défendre. Ces lois infaillibles et justes permettaient de protéger les indigènes d'euxmêmes. Irresponsables et vivant dans l'anarchie, la France se vit forcée de les occuper et de les administrer. Selon lui, les « bureaux arabes» avaient fait un travail admirable. Nous sommes loin de ce qu'ont écrit tous les historiens sérieux sur ces fameux bureaux et leur gestion néfaste et criminelle des tribus dont ils avaient la charge. Leur objectif était clair: maintenir les Algériens dans un état de sujétion frisant l'esclavage afin de s'enrichir tout en laissant libre court à leurs instants de domination sans partage. Revenons un instant sur le code de l'indigénat dont s'animaient les « bureaux arabes» félicités par Mercier. Nous verrons que l'auteur s'en était pleinement inspiré pour traiter de la question indigène. Ce code avait été pensé et mis en place par la France coloniale afin de maintenir les autochtones dans un état d'assujettissement semblable au système d'esclavage. Travaux forcés, interdiction de circuler et de cultiver les terres, d'exploiter les forêts et les alpages, obligations de répondre avec obéissance aux différentes réquisitions et de payer les impôts de capitation de plus en plus lourds et injustifiés. Ces mesures fort discrétionnaires étaient destinées à faire régner l'ordre du colonisateur. Les années passant, ce code fut sans cesse « ajusté et adapté », « augmenté et amélioré» par d'autres lois de façon à priver les Algériens tout ce qui pouvait l'être dans l'intérêt colonial. Il

Selon Mercier (et le code de l'indigénat), il y avait deux catégories de citoyens: les citoyens français et les sujets français. Les citoyens avaient tous les droits et les sujets devaient s'accommoder de tous les devoirs puisque le code de l'indigénat les privait de facto non seulement de leurs biens mais également de leurs droits et de leur liberté. Mercier ne s'en cachait pas: la seule liberté qui était accordée aux indigènes était celle du statut personnel: un Algérien pouvait demeurer musulman et pratiquer ses coutumes tant que celles-ci ne remettaient pas en cause l'ordre colonial. Une cinquantaine d'infractions spécifiques à l'indigène avaient été mises en place depuis 1874. En revenant rapidement sur la famine de 1867-1868 qui avaient provoqué l'insurrection kabyle de 1871, Mercier révélait, dans un élan de lucidité ( I), que les populations indigènes étaient décimées par des guerres inutiles. Si, ici et là, l'auteur tentait d'échapper l'espace de quelques lignes au discours du parfait colonialiste - en discutant notamment des lois successives du code de l' indigénat et de l'enseignement de l'arabe -, c'est pour retomber, au détour d'une page, presque inconsciemment dans « le credo de I'homme blanc» :justifier avec des ingrédients paternalistes la « supériorité» de ce qu'il appelait «le régime de liberté et du droit commun» qui donnait à la propriété foncière (puisque les indigènes étaient dépossédés de leurs terres) les bases d'une constitution «coloniale» qu'il jugeait logique et normale. Que quelques voix indigènes viennent remettre en cause ce déploiement juridique de l'instauration d'un état de dépendance qui ressemblait à l'esclavage et Mercier élevait aussitôt la plume pour les traiter, l'espace d'un autre chapitre (administration des indigènes), d'inaptes à l'électorat (c'est-à-dire à la parole) en insistant qu'il faut les maintenir dans la condition de sujets pour les protéger contre les autres et contre eux-mêmes (p. 61). Ce passage lui permettait de revenir sur la loi électorale qui considérait non pas, comme le voudrait le bon sens juridique, la représentativité des musulmans majoritaires, mais l'insécurité que provoquerait cette représentativité qu'il écartait d'un mot en 111

excluant pour «ses Arabes» la question de l'émancipation politique. En maintenant ses indigènes dans un état de domination continu, Mercier pensait que la meilleure formule est celle de la responsabilité collective des tribus, prise par l'ordonnance de Bugeaud (p. 68) ,. car, écrira-il, à la page suivante, l'insécurité, le vol et le brigandage est un héritage des siècles en Algérie (p. 69). Formule insipide et méprisante qui lui permettait d'introduire sa réflexion sur les «récompenses et les punitions» de «ses indigènes» : une politique paternaliste qui maniait la carotte et le bâton dans un cadre infantilisant et esclavagiste. Après bien des pages, on croit avoir de nouveau droit à un retour vers un semblant de clairvoyance quand il traita de la question des impôts. Que nenni! C'est pour mieux justifier l'occupation agricole des terres au sens colonial du terme qui partait du principe que les indigènes devaient être obligés de travailler le peu de terres qui leur restait en se pliant au bon vouloir de leurs maîtres. Passant sous silence la misère et les souffrances des Algériens dépossédés de tout, « la justice civile et criminelle» de Mercier ne pouvait échapper à cette idée fixe que les indigènes demeuraient de dangereux enfants. A ce titre, il souhaitait fortement l'amélioration du système politique capable de les neutraliser une fois pour toutes. Et dans un élan d'une générosité sans nom, il avance que l'intérêt de la vérité oblige à ne rien cacher (p. 83). Toutefois, il n'était pas contre l'idée que les musulmans continuent de s'en référer d'un point de vue du droit (du moins pour les litiges qui ne dépassaient pas 300 francs) au cadi, mais tout en mettant en garde qu'il fallait surveiller de très près le magistrat indigène. Dès lors, il imposait comme force de proposition un certain nombre de réformes dont l'impérieuse nécessité de supprimer radicalement l'Assemblée générale des citoyens algériens (Tajmaât). Ce sont autant de vérités, qu'il croyait cardinales, pour satisfaire, selon lui, l'intérêt des indigènes et celui de la France (p.89). Pour autant, le lecteur ne manquera de rencontrer un certain discernement dans le contenu du chapitre VIII qui traite de la IV

question religieuse, des marabouts et des confréries, notamment dans l'explication qu'il avait donnée sur l'absence de fanatisme dans la résistance des Algériens contre la France coloniale. Enfin, comme j'ai déjà insisté sur le fait, sa recherche sincère de la vérité le replonge à chaque fois dans le mépris naturel conscient et inconscient des Algériens. Car, selon lui, l'indigène n'a pas de règle morale de conduite et encore moins de conscience individuelle (p. 123)... Le mensonge n'est réfréné par aucune règle, etc. C'est pour cela qu'il faut les «gouverner pour les protéger ». On aura tout compris! En dehors de quelques sursauts où la désinvolture et la force du mépris faisaient place à un rapide éclair de lucidité (et d'humanisme ?), où l'on sent chez l'auteur le besoin de donner plus de consistance à son discours d'homme dominant et fort de ses prérogatives (il était maire), la seule utilité de cet essai est de fixer la mémoire sur l'un des systèmes les plus dégradant et criminel de l'ère coloniale française. C'est cela, me semble-t-il, la seule stricte vérité que découvrira le lecteur. y oucef Allioui

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AVANT-PROPOS
La question indigène en Algérie a été déjà étudiée et présentée, sous toutes les formes, dans un nombre considérable de publications, depuis la conquête jusqu'à nos jours. Naturellement elle a donné lieu aux théories et aux conclusions les plus diverses, conséquence de sa complexité. Les auteurs, du reste, n'ont traité en général, que des parties de l'ensemble,. prenant les faits plus ou moins réels, constatés à un moment déterminé, ils ont cherché à remonter aux causes. Or, les éléments de la question sont soumis à des transformations incessantes, résultant de l'action de facteurs de toute sorte. Les manuels vieillissent et ne sont plus au courant ,. quant aux faits, il vaut mieux les prendre à leur point de départ pour les suivre jusqu'à leur dernière manifestation. Ces travaux, néanmoins, contiennent d'excellentes choses,. ils peuvent être intéressants à consulter pour une étude rétrospective et philosophique de la question,. mais il serait difficile, parfois dangereux, de s'en servir pour se faire une idée claire et précise

de son état actuel, et par suite d'y prendre les éléments des solutions d'avenir. Le Parlement étant enfin décidé à donner à l'Algérie une administration propre, avec les libertés et la décentralisation reconnues nécessaires depuis si longtemps, il m'a semblé que le moment était venu de refondre, de grouper, de compléter et de rajeunir mes travaux sur les questions indigènes, de façon à les présenter dans leur enchaînement normal. L'entreprise n'est pas sans difficultés, car il s'agit d'exposer clairement et de faire comprendre l'état actuel d'une société dont les idées, les traditions, le langage, les institutions sont absolument différents des nôtres et qui, en conséquence, a toujours été mal connue et mal jugée. Il faut, tout en replaçant les choses au point, combattre les erreurs, les préjugés sans nombre qui se sont fondés et ont acquis la force du fait accompli. Tel a été mon programme,. il en résulte, - tout le monde le comprendra, - qu'il ne pouvait être question de distraire le lecteur en lui présentant de pittoresques tableaux, accompagnés d'agréables dissertations. C'est un sujet d'étude et de réflexion que je lui offre: tout y a un but,. rien ne doit être écarté. Je ne 5

prétends certes pas me soustraire à la critique, mais je demande qu'on me lise sans être découragé par ce qui peut paraître un prologue sans utilité directe. Les questions de ce genre forment un tout, un faisceau où elles s'enchevêtrent par des liens apparents et invisibles,. non seulement il serait difficile de les isoler les unes des autres, mais encore on y perdrait, parce qu'elles s'expliquent et se complètent

l'une par l'autre. Il en est de même de leur liaison avec le passé

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le fait antérieur est gros de celui qui le suit,. il l'éclaire et le justifie. Voilà pourquoi j'ai jugé indispensable de prendre comme point de départ l'état de l'Algérie au moment où nous avons été appelés à y intervenir, afin d'avoir une base ferme et un terme de comparaison,. puis, de suivre les phases traversées par la société indigène, c'est-à-dire les conséquences qui sont résultées pour elle de la période des luttes de la conquête et des mesures administratives qui lui ont été appliquées après la pacification. Cet enchaînement des faits nous amène à l'époque actuelle et donne la clé d'une foule de choses qui, sans cela, laisseraient l'esprit dans l'indécision et risqueraient d'entraîner le penseur sur une fausse piste. C'est ainsi que j'espère justifier mes premiers chapitres,. on voudra bien remarquer, en outre, qu'ils évitent l'ennui de digressions et d' explications ultérieures. Dans les pages qui suivent, je me suis efforcé d'être toujours juste et exact, de dire la vérité, rien que la vérité, pour l'honneur de mon pays et dans l'intérêt bien entendu des indigènes. L'erreur, même inspirée par des sentiments généreux, est toujours inféconde. C'est une question de fait, et sur ce terrainj'ai le ferme espoir que l'avenir me donnera raison. Quant aux réformes que je propose, je n 'y attache pas la même importance,. c'est affaire d'appréciation, et je n'ai pas la prétention d'avoir trouvé le secret de l'avenir. Lorsqu'on s'arroge le droit de critique, ilfaut se soumettre à l'obligation d'indiquer le remède. Je l'ai fait et, à défaut d'autre mérite, mes solutions ont celui de ne s'inspirer que du désir du bien, de la sincérité et de la réflexion. Et maintenant, il appartient au lecteur de juger et de prononcer. E. MERCIER

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CHAPITRE I
Coup d'œil sur l'organisation du gouvernement turc
Conséquences de la prise d'Alger Absence de plan

La capitulation d'Alger, le 4 juillet 1830, consacra la chute de ce qu'on appelle assez inexactement la « domination turque» et son remplacement, de fait, par celle de la France. On avait tout prévu pour cette expédition, a dit un historien!, sauf cette conséquence, et le général en chef, comme le Gouvernement, se trouvèrent bien embarrassés. La situation politique et ethnographique de l'Algérie était absolument inconnue; aussi, était-il difficile de présumer qu'il suffirait de prendre Alger pour voir disparaître ce gouvernement des yoldachs, depuis trois siècles maître de ce vaste pays et terrorisant, par ses corsaires, la Méditerranée et les rivages chrétiens. Peu s'en fallut qu'on n'abandonnât cette magnifique, cette providentielle conquête. Une timidité inexplicable, une crainte instinctive de l'inconnu firent qu'on n'accepta qu'avec les plus grandes réserves ce cadeau de la fortune: les principaux ports seraient occupés, mais on laisserait l'intérieur aux indigènes. Fatale prudence des sages! Erreur démontrée par l'histoire de tous les pays et de tous les temps! Ces fautes devaient être expiées par le sang et l'or de la France.

Situation du pays avant 1830 Diversité des populations Un coup d' œil rétrospectif est nécessaire pour se rendre compte de la situation du pays avant 1830.
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PELLISSIER DE REYNAUD, Annales

Algériennes,

vol. 1er.

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La population indigène se composait, comme maintenant, de la vieille race africaine que les Arabes ont appelée Berbère, plus ou moins intacte dans les montagnes et dans le Sahara, et plus ou moins arabisée, dans les vallées, les plaines et les hauts plateaux. Des conditions physiques de l'habitat résultaient une situation économique et des usages assez variés, selon les lieux. Un seul lien moral, la religion islamique, était commun à ces peuplades, divisées par des rivalités traditionnelles et n'ayant aucune notion de la patrie. Dans les ports du littoral vivait une population de corsaires et de pêcheurs, de toute origine, et de commerçants, sans lien moral avec les gens de l'intérieur. De même, les habitants des villes non maritimes et des oasis, relativement plus civilisés, considéraient les Bédouins de la campagne comme leurs pires ennemis.

Établissement et organisation des Turcs L'affaiblissement dans lequel étaient tombés les empires berbères du moyen âge et la désunion des indigènes, permirent à une poignée d'aventuriers de s'emparer d'Alger en 1515 ; quelques années plus tard, après le désastre de l'aîné des Barberousse à Tlemcen, la réaction se produisit et Kheïr-ed-Dine, son frère, n'eut d'autre ressource que d'offrir sa conquête au sultan, à la condition qu' il lui enverrait des secours. Telle fut l'origine de la suzeraineté de la Turquie, sur les régences africaines. En Algérie, elle devint, en quelque sorte, nominale; le gouvernement fut accaparé, à partir du dix-septième siècle, par une sorte de république militaire, ayant pour organe le diouane, ou conseil, composé exclusivement de miliciens orientaux (yoldach), lequel confiait le pouvoir exécutif à l'un des siens, le dey, pour une durée, en principe, très courte (trois ans) . L'autorité du dey était absolue; il déléguait dans les provinces une partie de ses attributions à trois beys, et participait aux opérations de la course maritime.

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L'indiscipline de la milice, la rivalité de la puissante corporation des corsaires, les révoltes des citadins ou des Zouaoua, étaient les seuls pondérateurs de sa tyrannie2. Bien que disposant d'effectifs militaires restreints, ces soldats de fortune arrivèrent à maintenir leur domination sur le pays au moyen d'un ensemble de procédés assez ingénieux; il est vrai qu'ils renoncèrent à exercer toute action sur bien des points, se contentèrent sur d'autres, de soumissions relatives et intermittentes, et ne se montrèrent pas trop délicats sur le choix des moyens lorsque la nécessité les pressait. Constantine, Médéa et Mascara, puis Oran, sièges du commandement des beys, furent reliés à Alger par des postes d'étape jalonnant le chemin. Chacun de ces chefs-lieux répartit des escouades de yoldach dans les localités importantes. La plus grande partie de l'effectif fut employée au service de ces garnisons. Avec le reste on forma de petites colonnes parcourant sans cesse le pays pour le recouvrement des impôts.

Les tribus Makhzen - Les grands chefs indigènes Mais il fallait que ces soldats dispersés pussent s'appuyer sur des forces supplétives C'est pourquoi les Turcs, s'inspirant de l'organisation mise en pratique par Moulaï- Ismaïl au Maroc, fondèrent la tribu Makhzen, composée de gens de toute origine, qu'ils installèrent sur les voies principales, en refoulant les occupants. Des terres de culture et des immunités étaient concédées à ces indigènes auxiliaires, à charge par eux de surveiller la route et de fournir des cavaliers montés et armés pour les expéditions. Par ce moyen, leurs communications furent assurées en général et ils eurent sous la main une cavalerie toujours prête. C'était un des principaux éléments de leur système; mais il ne s'appliquait qu'à une partie du pays. Pour dominer et administrer les peuplades de l'intérieur, ils instituèrent de grands commandements, confiés à des caïds, aghas et autres chefs
2 Voir notre Histoire de l'Afrique des Turcs». Septentrionale, 1. Ill, « Organisation politique

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