La Représentation du sujet noir dans l'historiographie colombienne

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Quelle est l'image de la population noire dans le récit historique des Indépendances en Amérique latine et comment cette image a-t-elle été construite ?
Cet essai montre, à partir du cas colombien, quelle représentation des Noirs a été fabriquée par ses historiens du XXe siècle, et interroge la contextualisation des discours historiques, la relation entre récit historique et parcours de l'historien, et les conséquences des discours historiques dans l'ordre du politique comme des représentations socio-raciales.
Publié le : dimanche 1 février 2015
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EAN13 : 9782336369242
Nombre de pages : 156
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LA REPRÉSENTATION DU SUJET NOIR Angélica Montes Montoya
DANS L’HISTORIOGRAPHIE COLOMBIENNE
Le cas de Carthagène des Indes
(1811-1815)
LA REPRÉSENTATION DU SUJET NOIR
Quelle est l’image de la population noire dans le récit historique des
Indépendances en Amérique latine et comment cette image a-t-elle été DANS L’HISTORIOGRAPHIE COLOMBIENNE
construite ?
Depuis les années 1990, des chercheurs latino-américains et
latinoaméricanistes de différentes disciplines se sont efforcés de répondre à Le cas de Carthagène des Indes
cette question. Leurs travaux ont montré la complexité du sujet dans le (1811-1815)
cadre d’un continent où l’idée du métissage racial – avec le paradigme du
citoyen membre d’une nation homogène et uniée – a occulté durant des
siècles l’existence de groupes sociaux, objets de phénomènes de racisme et
d’exclusion.
Le présent essai cherche à montrer, à partir du cas colombien, quelle
représentation et quelle image des Noirs ont été fabriquées par les historiens
ecolombiens du xx siècle, à partir de l’étude de leurs récits de la période de
el’indépendance (xix siècle).
À travers cette analyse, cet ouvrage soulève également les questions de
la contextualisation des discours historiques, de la relation entre le récit
historique et le parcours de l’historien, et s’interroge sur les conséquences
des discours historiques dans l’ordre du politique, et, plus précisément,
dans l’ordre des représentations socio-raciales.
Angélica MONTES MONTOYA est titulaire d’un doctorat en philosophie
de l’Université Paris 8 et d’un master en Études des Sociétés
latinoaméricaines de l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine. Elle est
actuellement professeur à l’École Supérieure des Sciences économiques
et Commerciales (ESSEC), membre du conseil scientifque du laboratoire
« Les Logiques Contemporaines de la Philosophie – LLCP », Université
Paris 8, et membre du Réseau Universitaire d’Évaluation de la Qualité
Préface de Jean-René Garciade l’Enseignement Supérieur Universitaire (RUECA), Département des
Sciences Sociales de l’Université de Carthagène (Colombie). Ses travaux
portent sur le multiculturalisme, la différence, les rapports entre mémoire RECHERCHES
Aet histoire, la citoyenneté et le cosmopolitisme.
M
É
R
I
Couverture : © Rafael Dussan. Q
U
ISBN : 978-2-343-05327-1 E
S15, 50 e L AT I N E S
f
LA REPRÉSENTATION DU SUJET NOIR
Angélica Montes Montoya
DANS L’HISTORIOGRAPHIE COLOMBIENNE





LA REPRÉSENTATION DU SUJET NOIR
DANS L’HISTORIOGRAPHIE COLOMBIENNE


Le cas de Carthagène des Indes
(1811-1815)

























Recherches Amériques latines
Collection dirigée par Denis Rolland
et Joëlle Chassin

La collection Recherches Amériques latines publie des
travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur
cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à
l’Argentine et au Chili.

Dernières parutions

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espagnole (1492-1700). Textes et documents, 2014.
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Guyonne BLANCHY, Le vignoble argentin de Mendoza et
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Jose Maria TAVARES DE ANDRADE, Une mythologie
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German A. DE LA REZA, En quête de la confédération. Essais
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2014.
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Javier RAMIREZ, Jean-Christian TULET (dir.), La petite
agriculture familiale des hautes terres tropicales. Colombie,
Mexique, Venezuela, 2014.
Marcio de Oliveira, Brasilia entre le mythe et la nation, 2014.
Patrick HOWLETT-MARTIN, La politique étrangère du Brésil
(2003-2010). Une émergence contestée, 2013. Angélica MONTES MONTOYA






LA REPRÉSENTATION DU SUJET NOIR
DANS L’HISTORIOGRAPHIE
COLOMBIENNE


Le cas de Carthagène des Indes
(1811-1815)






Préface de Jean-René Garcia















































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05327-1
EAN : 9782343053271










À mes parents, Elvira Montoya Ortega et Alberto Montes Pérez, et à
Isabelle Bigard qui n’ont jamais cessé de croire en moi. Merci pour
votre soutien dans cette aventure et pour tout le reste.
PRÉFACE



La philosophie d’Angélica Montes, que l’on retrouve dans le présent
ouvrage, détonne dans les canons classiques des sciences humaines et
sociales. Impertinente, voire provocatrice dans ses propos, Angélica
Montes fait pourtant preuve d’une grande rigueur dans l’expression de
sa pensée. Ses choix de recherche, la façon de les traiter et les
questions de fond qu’elle pose interrogent le lecteur, le choquent
parfois, mais ne le laissent jamais indifférent. Bien au contraire, elle
repousse les horizons traditionnels des analyses souvent trop
convenues sur les identités culturelles et le multiculturalisme, pour
nous offrir une pensée véritablement innovante et réaliste des thèmes
qu’elle aborde. Fondé sur une analyse fouillée de la représentation du
Noir dans l’historiographie colombienne traitant de la période
fondatrice de l’indépendance de la Colombie, à travers la ville de
Carthagène des Indes, le présent ouvrage ne constitue pas une énième
étude sur un sujet déjà traité par de nombreux auteurs, mais bien la
première étape de la construction d’une véritable théorie
philosophique qu’Angélica porte à son plus haut degré.

Même si Angélica Montes a déjà beaucoup publié tant en France
qu’en Amérique latine, il s’agit ici de son premier ouvrage : « La
représentation du Noir dans la Colombie contemporaine : le cas de
Carthagène des Indes (1815-1881) ». On y décèle déjà toute la
pertinence de son analyse, sa méthodologie si particulière pour poser
les problèmes liés aux identités culturelles.

Les vraies questions sont posées d’emblée, avec une réelle volonté de
s’attaquer à des polémiques continues mais qui semblent parfois
stériles. Elle y apporte un regard dialectique réellement nouveau qui
dépasse les vieilles idéologies.

D’emblée, Angélica Montes pose une problématique fondamentale :
« L’identité n’est pas toujours négociée par le dialogue avec l’autre,
elle peut surgir à partir de la confrontation et/ou du rejet de la
représentation identitaire que l’on a de soi ou de l’autre ». Ainsi, elle
9
s’inscrit dans une entreprise d’analyse d’un sujet qui se situe au cœur
de ses recherches, abordant la question dans le contexte particulier de
eCarthagène au début du XIX siècle en Colombie.

Fidèle aux enseignements de Pierre Nora pour qui le « passé n’est
généralement pas une description fidèle de ce passé car toute
mémoire en plus d’être sélective nous entraîne à une subjectivité, à un
"je me souviens" », Angélica Montes revient sur un épisode clé de
l’histoire fondatrice de la construction de l’État-nation colombien.
S’attachant à la question de la formation des identités à travers la
représentation historiographique de cet épisode, elle n’hésite pas à
remettre en cause l’interprétation habituelle des sources pour donner
ses propres conclusions. C’est là tout son courage. Convoquer les
auteurs, discuter avec eux et au terme d’une dialectique au sens
platonicien, nous offrir une pensée originale qui rend la lecture de son
ouvrage passionnante.

Ce qui est édifiant dans la pensée d’Angélica Montes est qu’elle
semble poser la première pierre d’un édifice philosophique qu’elle
continuera à développer dans son œuvre. Ses colloques, conférences et
publications postérieurs à l’écriture de cet ouvrage témoignent de la
maturation de sa pensée. Celle-ci s’affirme par des questions
auxquelles elle tente d’apporter sa sérieuse contribution

En fait, elle théorise une méthode scientifique intéressante dans
laquelle, pour analyser « l’élaboration de l’identité d’une (…)
communauté », il est indispensable de se tourner vers le passé
commun afin d’appréhender, en l’occurrence, l’image du « Noir » au
travers de l’étude du cas de la Cité de Carthagène du début du
eXIX siècle.

Finalement, ce n’est pas seulement l’histoire de l’indépendance de la
ville de Carthagène qui est abordée dans cet ouvrage, mais aussi et
surtout la philosophie de l’histoire de l’indépendance de l’Amérique
latine. De l’étude de Carthagène à cette époque, Angelica Montes
réussit à théoriser des concepts fondamentaux pour l’étude de la
problématique du métissage à l’indépendance dans le continent. Il faut
dire qu’Angélica Montes s’attaque dans sa recherche à ce que nous
avons appelé nous-même un Temps Historique constitutionnel, dans
10
notre ouvrage « La Bolivie, Histoire constitutionnelle et ambivalence
du Pouvoir exécutif », celui des indépendances qui, par son ampleur,
ses influences et ses réalisations, marquera l’ensemble du droit en
Amérique latine. Car si Angélica Montes s’intéresse à la question de
la construction de la représentation des identités au travers de la
philosophie, elle convoque aussi le droit constitutionnel.

Comme on le sait, la Colombie va être le premier pays à réserver dans
sa Charte fondamentale de 1991 des postes au Parlement spécialement
destinés aux minorités ethniques noires et indiennes. Ces mesures, à
l’époque, semblaient totalement « sui generis » dans le contexte de
consolidation démocratique des années 1990. Bien sûr, la question qui
se pose dans toutes les constitutions latino-américaines de l’époque est
celle de la reconnaissance des droits des minorités ethniques, mais
seule la Constitution colombienne de 1991 répondra à ces
interrogations par l’invention d’un mécanisme constitutionnel
spécifique que n’adopteront pas les autres pays de la région. Angélica
Montes fera plus tard à la fois une analyse et une critique précise de ce
processus. Pourtant, on décèle déjà dans son ouvrage les prémices de
sa pensée sur le multiculturalisme, fondamentale pour comprendre
l’ensemble de son architecture conceptuelle.

Comme le dit Angélica Montes : « il faudra tenir compte du fait
qu’avec la Constitution de 1991, la population noire en Colombie
assiste à la rencontre avec ses mémoires ». Cette réflexion est
d’importance capitale dans le contexte colombien et continental. En
fait, les problèmes et questions soulevés par cette étude des racines de
la représentation du Noir en Colombie sont transposables à l'ensemble
des pays de la région. Ainsi, cette analyse originale et moderne
d’Angélica Montes invite le lecteur à s'interroger sur les processus
identitaires et d'intégration, dans un continent imprimé depuis plus de
500 ans par son métissage. Dans ce sens, la pertinence des points de
vue exposés fera de cette étude un élément de décryptage central pour
comprendre les débats et positions actuels sur la place des identités
dans le contexte politique et juridique colombien et latino-américain.

Mais le lieu d’une préface est aussi de raconter le parcours de l’auteur.
Angélica Montes est née en Colombie dans la Caraïbe. Marquée par
les problèmes de discrimination raciale et d’exploitation sociale
11
qu’elle constate, elle est également, très vite, sensible aux problèmes
liés aux revendications ethniques dans sa région.

Ainsi, concernant la recherche, elle s'intéressera à ces thématiques dès
ses premières années d'études de philosophie à l'Université de
Carthagène, en Colombie, qu'elle réussit brillamment (elle sera majore
de sa promotion). Son intérêt pour les questions liées à l'identité, à la
nation et à l'espace public, mais aussi ses professeurs, la pousseront à
poursuivre ses études après son master et à faire une spécialisation en
philosophie politique.

Elle appuiera toujours son engagement citoyen par une volonté de
comprendre et de mettre l’analyse philosophique au service de la
praxis politique. Elle poursuivra sa carrière universitaire en France,
d'abord à l'Institut des Hautes Études de l'Amérique latine puis à
l'Université Paris 8 où elle obtiendra le grade de docteur en
Philosophie avec une thèse intitulée : « Qu’est-ce qu’un Noir ? Pour
une critique du Multiculturalisme », saluée à l’unanimité par son jury
de thèse.

Mais Angélica Montes avait déjà eu une activité scientifique très
prolifique depuis son arrivée en France. Ses recherches, tout comme
sa vie à présent, se sont déroulées entre la France et la Colombie.
C’est ainsi qu’Angélica Montes a enseigné dans différentes universités
en Colombie et en France. Elle est, depuis 2011, enseignante à la
prestigieuse école de commerce ESSEC où elle donne des cours de
« Géopolitique de l’Amérique latine ».

Sur le plan de la recherche, Angelica Montes est maintenant une
chercheuse confirmée, membre du laboratoire de Philosophie « Les
logiques contemporaines de la philosophie – LLCP » de l'Université
Paris 8. Ces fonctions lui ont notamment permis d'intervenir dans le
programme ECOS-SECyT (France/Argentine), projet « Diversité
culturelle, citoyenneté et démocratie en Argentine et en France : les
défis de l’intégration et les figures politiques, juridiques et esthétiques
de l’hétérogénéité », conduit par l'Université Paris 8 et l'Institut Gino
Germani de l’Université de Buenos Aires.

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Par ailleurs, Angélica Montes n'a pas perdu ses attaches scientifiques
dans son pays et a été chercheuse associée à l'Observatoire colombien
pour le développement, la construction de citoyenneté et le
renforcement institutionnel dans les régions fortement touchées par le
conflit armé (ODECOFI). À ce titre, elle a participé au Projet
« Estado, Imaginarios y Prácticas Sociales en los Montes de Maria »
qui a cherché à étudier l’imaginaire social des droits de l’homme dans
cette zone. En outre, elle fait partie de l'Association nationale de
Philosophie du droit et philosophie sociale de Colombie et elle est
membre associé du Réseau universitaire d'Évaluation de la Qualité,
RUECA, à Carthagène.

Au-delà de ses qualités scientifiques et humaines, Angelica Montes
nous entraîne avec son ouvrage sur les chemins de sa pensée. Celle-ci
est un espoir et un modèle scientifique dans un monde qui laisse peu
de place à ces analyses dont le côté précurseur réveille les
consciences.

Jean-René GARCIA,
professeur des universités associé
en droit public à l'Université Paris 13.
Paris, le 29 janvier 2014.
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