La révolte de la force publique congolaise (1895)

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L'édition des « papiers Lapière » offre aux auteurs une occasion privilégiée de revenir sur la révolte militaire de 1895 à Luluabourg-Malandji et son cortège d'expéditions guerrières en éclairant la scène coloniale d'un regard critique sur l'abondante historiographie des événements. Un large examen des matériaux disponibles, tant de source primaire que secondaire, permet également de revenir sur la manière dont les professionnels de l'histoire les ont exploités : « the point of history is to study historians, not to study the past » (Evans 1997).
Publié le : dimanche 8 novembre 2015
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EAN13 : 9782806108104
Nombre de pages : 258
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R i k CE Y S S E N SE TB o h d a n PR O C Y S Z Y N
La révolte de la Force publique congolaise (1895) Les papiers Albert Lapière au Musée de Tervuren
La révolte de la Force publique congolaise (1895)
RIKCEYSSENS
BOHDANPROCYSZYNLa révolte de la Force publique congolaise (1895) Les papiers Albert Lapière au Musée de Tervuren
Publié avec le concours du Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren, Belgique
Photo de couverture: Le récit d’Albert Lapière témoignant du pillage de Luulu (26-3-1896) qui enrichira la collection Oscar Michaux, notamment du célèbre masque-heaume, devenu depuis l’emblème du Musée de Tervuren (cf.infraIII/#17).
Mise en page: Alex Gysel
D/2015/4910/43
© Academia – L’Harmattan Grand’Place 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
 ISBN: 978-2-8061-0246-1
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque pro-cédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’auteur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
SOMMAIRE
 6 Remerciements / Conventions graphiques / Abréviations 1. Prolégomènes  7 Albert Lapière & Georges Lapiere 19 Les Kashiye 2. Textes (MRAC-H, 1102) 53I. – Chronique (A. Lapière) 117II.– Lettre à sa mère (A. Lapière) 129III.expédition Oscar Michaux (A. Lapière)– Journal 187IV.– Lettre à Georges Lapiere (A. Lapière) 190V.à Georges Lapière (L. Antony)– Lettre 3. Épilogue : interrogations historiographiques 195 Gestion des ressources humaines 199 Traite des esclaves et migrations 215 Sources 235 Bibliographie 247 Sources d’archives 250 Index 255 Table des illustrations
Remerciements Michel Erkens, Marc Felix, Alain Feuillat.
Transcription graphique des langues africaines Nous représentons la consonne fricative palato-alvéolaire parsh, la sonore parj, la palato-alvéolaire affriquée sourde parc, la sonore pardj. La quantité vocalique est indiquée : nous doublerons les voyelles pour marquer la longueur, sauf les initiales et les voyelles précédées du complexeCS(consonne + semi-voyelle), ou suivies du complexeNC+ consonne). La quantité vocalique de la (nasale voyelle connectivale dans les noms composés n’est pas réduite devant le com-plexeNC. Ces conventions ne valent pas pour les citations directes d’auteurs.
Abréviations des références bibliographiques AC:Archivum centraleCICMBC:Biographie coloniale BO:Bulletin officielÉICCE: Ceyssens CO: René Cornet, Anne Cornet DC: Declercq, De Clercq & Willems DE: Denolf DM: de Macar FR: Frobenius GI: Gillain HE: Heintze JC: Janssens & Cateaux JY:Journal d’YpresLM: Le Marinel LP:Le ProgrèsMC:Missions en Chine et au Congo / Missiën in China en CongoME:La Meuse MG:Mouvement géographiqueMI: Michaux PO: Pogge ST: Storme TC:La Tribune congolaise et la Gazette west-africaine VE: Verbeken VZ: Van Zandijcke WA: Wauters WI: (von) Wissmann
1. Prolégomènes
Albert Marie Denis Lapiere naît à Ypres (Belgique) le 26 août 1873, troisième fils d’Henri Lapiere, marbrier et entrepreneur de bâtiments et 1 de travaux publics, et de Lucie Vandevyver . Né en 1858, Georges, l’aîné des enfants et parrain de son cadet Albert, est devenu ingénieur des arts 2 et manufactures ; tout naturellement, il suit les brisées de son père et 3 conduira l’entreprise familiale à de nouvelles destinées . Le second fils, Daniel, né en 1862, embrasse la carrière des armes, plus précisément au e 3 régiment lanciers de l’armée belge. Après une instruction de dix mois à 4 l’École d’Équitation dans sa ville natale , on le retrouvera successivement à Bruges, de nouveau à Ypres, cette fois comme officier d’instruction, et à Beveren-Waas. Promu lieutenant en 1892, le jeune père de famille y décède en 1893, après une courte maladie (Armée belge,RM; 11068 LP5-11-1893). À l’instar de ses aînés, Albert entreprend des « études moyennes » au 5 Collège communal d’Ypres , sans toutefois les terminer, car, fin 1890, à l’âge de dix-sept ans, il s’engage comme volontaire à l’armée et plus par-1 « Villa des Arts », 9, quartier du Commerce, près de la gare ferroviaire (1852). « Arts » dans le sens saint-simonien ? Les premiers ingénieurs français des arts et manufactures sont diplômés en 1862.Ph.22 En 1877, Georges est admis à l’École des Arts et Manufactures de la ville de Gand (Le Progrès. Journal de l’Alliance libérale d’Ypres et de l’Arrondissement7-10-1877). 3 Nous lisons dans leJournal d’Ypres. Organe catholique de l’Arrondissement9 décembre 1891 : du « M. le Président [du Conseil communal] demande l’urgence pour la demande adressée par M. Lapiere-Vandevyver, tendant à pouvoir céder à son fils, Georges, le bail qu’il a contracté avec la ville. Il s’agit du terrain, situé près de la gare, sur lequel il a construit sa scierie de marbre. La transmission du bail est autorisée ; toutefois la ville ne consent pas à ce que M. Lapiere élève sur ce terrain de nouvelles constructions, si ce n’est à ses risques et périls ». Georges Lapiere géraitun magasinau centre de la ville,D’Hondstraatune 50, extension de la marbrerie familiale, la plus importante de la ville.4 Fermée et abandonnée au début de la Grande Guerre (1914-1918), l’École d’Équitation (1835-1839)fut rasée par les bombardements allemands et n’a jamais été reconstruite (cavalerie obsolescente).Elle se trouvait à 250 m au nord-ouest de laRijselpoort, face auMajoorgracht. Voir e photographies sur l’école de cavalerie réalisées à la fin duXIX siècle par Florimond Bartier (Gand,Universiteitsbibliotheek).5 Suite à la brouille entre enseignement laïc et enseignement clérical (1878-1884), le Collège communal d’Ypres cédera progressivement le pas au Collège Saint-Vincent, où notamment l’abbé Hugo Verriest fut directeur de 1878 à 1888.
RÉVOLTE DE LA FORCE PUBLIQUE CONGOLAISE1895
e ticulièrement au 3 lanciers, le même régiment que son frère Daniel. Caserné à Bruges, il est promu maréchal des logis à la date du 7 janvier 6 1892 . Sur la recommandation du secrétaire général au ministère des Affaires étrangères, le baron Auguste Lambermont, il réussit à se faire enrôler par l’État indépendant du Congo. Désormais sergent de la Force publique, mais légalement toujours mineur, il quitte Anvers le 6 février 1894 à bord dusteamerAkassa, qui, le 12 mars 1894, aborde à Matadi. Lapiere est dé-7 signé pour Luluabourg, où il arrive le 11 juillet 1894 . Son premier et unique terme à la Force publique est déterminé par le conflit ouvert avec la famille dirigeante desBeena Kashiye, d’une part, par la révolte militaire de Luluabourg, d’autre part. Un guet-apens, à première vue banal, tout au début de son parcours, lui vaut de la part de ses soldats le sobriquet de « batailleur »(Cyela-ntende)(CO1948, p. 14). Mentionnons une missive plutôt déconcertante datée du 15 décembre 1896 et adressée par l’inspecteur d’État ff. de gouverneur général Émile Wangermée au commissaire de district Florent Gorin à Lusambo : « Le Gt [gouvernement] central me fait savoir queLe Patriote et leNationalsous la date du 11 Novembre 1896, ont reproduit une lettre de M. Lapierre, écrite à Mukaboa [Mukabwa], 18 juillet, à son frère Georges, et où il relate les différents combats livrés sous la direction du Comman-dant Michaux dans le courant du mois de Juin […] En conséquence, cet agent ne sera pas proposé pour l’obtention de l’Étoile de Service à l’ex-8 piration de son terme. Veuillez, je vous prie, en aviser l’intéressé » .
6 Grade propre à la cavalerie, équivalent à sergent dans l’infanterie. 7 Lapiere est écrit sans accent dans tout acte ou document officiel concernant Albert, tant à Ypres qu’à « la rue Bréderode », siège à Bruxelles du gouvernement central de l’ÉIC (Minafet RM866 [1263] ;SPA [K177] 1478).Idem ditopour Henri, le père, ainsi que ses frères, Georges et Daniel, qui tout au long de leurcurriculum – long ou bref – écrivent Lapiere, sans plus. Ce n’est qu’à partir de sa carrière congolaise qu’Albert lui-même commence à appliquer un accent grave à son patronyme, marquant ainsi, à la française, la prononciation en /e/ ouvert de la dernière syl-labe. Les citations directes mises à part, nous ne pouvons que respecter cette préférence nette-ment marquée par le premier intéressé. Les tiraillements identitaires, pour anodins qu’ils paraissent, ne s’arrêtent pas là… Ainsi, Lapière sevante d’avoir deux perroquets : « à l’un d’eux il apprend le français, à l’autre le flamand » (CO1948, p. 13). 8er Art. 1 du décret de 1889 instituant l’Étoile de Service stipule que l’insigne est décerné aux agents ayant accompli fidèlement et honorablement leur terme de service. Décidément, c’est Georges Lapiere, le récipiendaire de la lettre, qui a enfreint les règles. Selon « la rue Bréderode », Albert aurait contrevenu au paragraphe 5° de l’art. 6 (Fautes enlevant les droits à l’Étoile de Ser-vice) : « Ceux qui seraient trouvés en possession de pièces appartenant aux archives de l’État, […] ou qui communiqueraient à des particuliers des renseignements qu’ils ont obtenus, grâce à la situation officielle qu’ils occupent ou ont occupée » (Recueil administratif1894, p. 43).
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PROLÉGOMÈNES
Voilà qui, en sus du surnom de « batailleur », contredit le portrait d’Albert Lapière brossé dans lesNotes biographiques finales du 24 février 1897 par le cdd. Gorin (Lusambo) et le chef de zone Amédée Legat (Luluabourg) : « Manière d’être à l’égard . de ses chefs : respectueux, serviable . de ses égaux : réservé, poli . de ses subordonnés : bon chef Autorité morale . sur les blancs : connu pour son calme . sur les indigènes : passe pour un bon soldat, inspire le respect Conduite générale : bonne, très sobre Habileté professionnelle : bon constructeur (station), aime à s’occuper de travaux manuels Appréciation du gouverneur général : bon serviteur qui a bien fait son de-voir. Son réengagement est très désirable. er Boma, le 1 mai 1897, l’inspecteur d’État ff. de gg. Émile Wangermée ».
Suite à l’intervention du commissaire Gorin en faveur de Lapière, le gg. Wangermée demande au secrétaire d’État Edmond van Eetvelde « d’user d’indulgence ». Tout est bien qui finit bien : l’Étoile de Service sera dé-9 cernée à Lapière le 8 juin 1897, après son retour en Europe . En fin de terme en effet, Lapière s’était embarqué à Matadi le 26 mai 1897 avec Oscar Michaux ; tous deux avaient emmené en Belgique leurs boys préférés… du moins selon Cornet (1948, p. 45). En réalité, Lapière « descendit à Boma et s’y embarqua le 2 mai 1897, pour rentrer en Europe le 26 » (BC1951/II, colonne 591). Il est vrai que chacun des deux amis s’était fait accompagner par unboy, Lapière par Lumbala, Michaux 10 par Ntete .Ph.1Lisons leJYdu 27 novembre 1897 : « Le jeune nègre Lumballa, ramené du Kassaï il y a quelques mois par M. Albert Lapiere, recevra le Sacrement du baptême à l’église de Saint Nicolas, sa paroisse. Le petit Congolais a profité de son court séjour ici pour apprendre le métier de tailleur et celui de coiffeur. Son maître lui a également appris à 9 Dans le dossierSPAMichaux (Lusambo 4-8-cdd. » Lapière, une lettre manuscrite du «  de 1896), adressée au gouverneur général, proposant de décerner à Lapière la médaille de l’Ordre royal du Lion pour sa participation aux combats contre les révoltés, Kalamba, les Kasansu et les Tshokwe. En marge, griffonné : « à examiner à l’expiration du terme de Lapiere ». Cette demande est restée sans suite.10 Michaux et Ntete arrivent à Anvers le 29 juillet 1897, deux mois après Lapière et Lumbala.Bien que nous n’ayons pas trouvé trace de leur passage, on s’imagine volontiers qu’ils auront tenu à visiter l’Exposition universelle de Bruxelles-Tervuren.
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