Le bois des caures

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Le 21 février 1916, vers sept heures du matin, les Allemands déchainèrent le Tormmelfeuer (roulement de tambour) à l'aide de milliers de canons, sur la région de Verdun. Ce récit raconte comment, dans le secteur le plus exposé du front, le Bois des Caures, une poignée de Chasseurs à pied qui n'auraient pas dû survivre, contribuèrent à tenir en échec cette entreprise qui annonçait un siècle de crimes contre l'humanité.
Publié le : lundi 8 février 2016
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EAN13 : 9782140001543
Nombre de pages : 120
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Bertrand Picard
Le Bois des Caures 21 février 1916, au nord de Verdun
Les impliqués É d i t e u r
LE BOIS DES CAURES
Les Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Miran (Françoise),L’inoxydable aventureuse, récit, 2015. Carvalho (Anita),La belle embellie, roman, 2015.
Cóic (Youenn),Complot en basse lice, polar d’époque, 2015. Mbemba (Rudy),Mbongi et le devenir du Muuntu chez les Koôngo Le , essai, 2015. Fayol (Marie-Claude),Sur la route de Ouégoa en Nouvelle-Calédonie, récit, 2015.
Doucet (Sonia),Assistantes maternelles, assistants maternels, essai, 2015.
Toh Bi (Emmanuel),Africanités, poésie, 2015.
Sotteau (Christine), Meissonnier (Florence) et André (Michèle), Handicap et fratrie dans un centre d’action médico-sociale précoce, récit, 2015
Marquez-Velasco (Adrien),Nuit orange, roman, 2015.
Bardin (Jacques),Sur mes deux oreilles, récit, 2015.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site : www.lesimpliques.fr
Bertrand Picard
Le Bois des Caures
21 février 1916, au nord de Verdun Les impliqués Éditeur
© Les impliqués Éditeur, 2016 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris
www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr
ISBN : 978-2-343-08179-3 EAN : 9782343081793
Chapitre 1
La longue colonne des capotes bleu horizon souillées de boue s’étirait sur la route de Bar-sur-Aube à Verdun, ce matin glacial de janvier1916. Vu de loin, rien de ne la différenciait des autres régi-ments de poilus qui transitaient sans cesse d’un secteur à l’autre de cet immense front étendu de la mer du Nord à la Suisse. Toutefois, en approchant, un observateur attentif eu remarqué que, lorsque les lourds pans d’étoffe qui battaient les jambes s’écartaient, celles-là n’arboraient pas la même couleur grisâtre mais un assez joli bleu nuit. À cela s’ajoutaient la petite taille des silhouettes et cette démarche spéciale, un peu rapide et sautillante que le cinéma de l’époque, qui ne passait jamais à la bonne vi-tesse, savait bien caricaturer. En approchant encore, on voyait les visages déterminés et énergiques des petits hommes et enfin, sur le front de fer du casque Adrian qui les coiffait, on ne trouvait pas une grenade, mais un cor de chasse. C’est qu’en fait, il ne s’agissait pas d’un de ces innom-brables régiments d’infanterie qui montait ce jour-là vers la citadelle de Verdun, mais d’une compagnie de chas-e seurs à pied, du 59 bataillon pour être précis. Numériquement, cela faisait une formation plus faible, mais ce qu’elle perdait en quantité, elle le gagnait en qualité et notamment en compacité. Jamais groupe de soldats n’était plus solide que ces chasseurs à pied. Leur histoire mouvementée remontait au roi Louis-Philippe qui avait créé ces unités un peu expéri-mentales, les dotant d’un armement ultra moderne pour l’époque, une carabine à canon rayé. Ils avaient été conçus d’emblée comme soldats d’infanterie légère dont ils por-taient la tenue traditionnelle uniformément bleu nuit à
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épaulettes vertes. On avait allégé leur équipement et on avait pris pour les bataillons, les petits hommes qui fai-saient toute la qualité de la lignée gauloise. Le mythe du géant, apanage des Nordiques, conduisait les militaires à rechercher, pour les grenadiers par exemple, des hommes grands, chose bien difficile chez les Latins du XIX siècle et du début du XXe siècle. Chez les chasseurs, le petit homme léger mais fort était le bienvenu. C’est lui qui, bondissant, opiniâtre, caractéri-sait au mieux le guerrier français. Voici donc nos rapides chasseurs qui marchent dans cette sombre journée vers la silhouette de la citadelle. Ils ne vont pas tenir ce que l’état-major considère comme un secteur chaud. À l’époque, Verdun était une ville du front comme les autres et les chasseurs étaient plutôt, depuis la guerre de 1870, concentrés dans les ré-gions montagneuses. Mais ils avaient une sorte de tro-pisme naturel pour l’est. Et leurs confrères alpins, mainte-nant que l’Italie était alliée de la France, ne gardaient plus les cols savoyards, mais les défilés des Vosges. La colonne entra en ville par ces faubourgs gris où se faufilaient les ombres des civils dans la guerre et gravit la pente pavée qui mène à la citadelle. -Pas de camions, tout à pied comme pendant la cam-pagne de 14, lâcha Jacquot, un petit clairon à l’accent lillois fort marqué. -Normal, ils sont tous pour le père Joffre et son offen-sive de Picardie, mon gars, répliqua Piquemal, un natif de Saint-Quentin. - Silence dans les rangs, coupa sèchement l’adjudant Andréani, un Corse à la moustache en croc et à l’œil noir. Faites bonne figure devant les civils. - Les civils, les civils, pour ce qu’il y en a, ronchonna Ricard, un chasseur grassouillet d’origine lorraine. Mon
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adjudant, j’espère qu’on nous laissera un peu de temps à profiter de la ville, avant de monter en ligne. - Mais sûrement, Monseigneur, répliqua Gomonet, on s’occupera de toi. On va t’organiser une petite soirée d’anniversaire avec le Kaiser ! Quelques rires joyeux saluèrent cette saillie pendant que Ricard, dans un geste ambigu, réajustait son paquetage en haussant les épaules. Les lourdes portes de la citadelle les avalèrent et les hommes pénétrèrent dans de vétustes bastions et prirent possession de chambrées immenses et glaciales. -Brrr, joli accueil commenta Breton, un gars de l’Orme, en jetant sur le matelas taché d’un châlit, son fourniment qui s’étala dans un cliquetis de ferraille. -À vos rangs, fixe ! Lâcha l’adjudant d’une voie mé-tallique et les hommes, sans hâte particulière, montèrent à la tête de leurs lits. Pénétra alors dans la pièce, le lieutenant Jussieu. C’était un officier d’environ vingt-cinq ans, plutôt grand pour l’arme, aux épaules larges et au visage classique, aux traits réguliers. Ses cheveux blonds, ses yeux bleus et son teint légèrement rouge marquaient ses origines normandes. -Repos, dit-il. Messieurs, installez-vous ; dans trois quarts d’heure, la soupe sera servie au réfectoire, nous sommes les invités du commandant de la place. Demain, journée de repos et de révision du matériel. Et demain soir, quartier libre en ville. Cette nouvelle fut saluée d’une exclamation de joie. -Mais après-demain, nous montons en ligne. Cette dernière phrase calma aussitôt l’enthousiasme que la précédente avait suscité. Puis, après un bref salut militaire, il tournât les talons et se dirigea, accompagné de l’adjudant, vers la chambrée suivante.
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