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Le Brésil indépendant et le Portugal 1822-1922

De
380 pages
Fruits d'un processus atypique dans le contexte sud-américain - le propre fils du roi du Portugal devenant premier empereur du Brésil indépendant - les relations entre le Portugal et le Brésil sont, après 1822, traversées par des périodes tour à tour conflictuelles et cordiales. Ce livre retrace la trajectoire politique des relations entre les deux pays depuis l'Indépendance jusqu'en 1922, année où fut célébrée l'existence d'une union fraternelle entre les deux pays.
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LE BRÉSIL INDÉPENDANT
ET LE PORTUGAL
1822-1922


















Mondes lusophones
Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin


La collection Mondes lusophones publie des ouvrages sur cet espace éclaté hérité de
l’Empire portugais, de l’Océan indien au Brésil.


Titres parus

Pucinelli ORLANDI, La construction du Brésil, 2011.
Felipe CAMMAERT, L’Écriture de la mémoire dans l’œuvre d’António Lobo
Antunes et de Claude Simon, 2009.
Agnès LEVECOT, Le roman portugais contemporain. Profondeur du temps,
2009.
E. TAVARES, Littératures lusophones des archipels atlan-tiques, 2009.
I. BATISTA de SOUSA, São Tomé et Principe de 1485 à 1755 : une société
coloniale, 2008.
J. M. da COSTA ESTEVES, La littérature portugaise contemporaine. Le
plaisir du partage, 2008.
F. NUNIZ & D. PAES (texte établi et traduit du portugais par M. ROUCH),
Chroniques des Rois de Bisnaga, 2008.
I. MUZART-FONSECA dos SANTOS, J. M. da COSTA ESTEVES, D.
ROLLAND (organisateurs), Les Îles du Cap-Vert. Langues, mémoires, histoire,
2007.
L. LOISON, L’expérience vécue du chômage au Portugal, 2006.
M. MONTENEGRO, Un culte thérapeutique au Portugal. Entre Moïse et
Pharaon, 2006. Une thérapie traditionnelle au Portugal. Les bruxos,
leurs clients et leur monde, 2005.
A. BARBE, Les îles du Cap-Vert, une introduction, préf. C. Ivora, 2003.


Marie-Jo Ferreira








LE BRÉSIL INDÉPENDANT
ET LE PORTUGAL
1822-1922

Normalisation politique, liens culturels et migrations



Préface de Denis Rolland













Illustration principale couverture : reproduction d’une carte postale en hommage à la
première traversée aérienne de l’Atlantique sud entre le Portugal et le Brésil, réalisée
par Artur Sacadura Cabral et Gago Coutinho, à l’occasion des commémorations du
er1 centenaire de l’indépendance brésilienne.

Photo disponible en ligne :
http://www.brasilcult.pro.br/recordacao/imagens/26.jpg

Illustration petite photo couverture : timbre émis au Cap-Vert en 1969 (alors, encore
colonie portugaise), à l’occasion du centenaire de la naissance de Gago Coutinho.

Photo disponible en ligne :
http://selosdobrasil.forumeiros.com/t1462-paises-africanos-colonias-portuguesas-cabo-
verde

eIllustration 4 de couverture : “O beijo através do Atlântico”. Reproduction de la
gravure « Alegoria de Mora », publiée dans la revue Ilustração Portugueza, pour
célébrer la première traversée aérienne de l’Atlantique sud entre le Portugal et le Brésil,
réalisée par Artur Sacadura Cabral et Gago Coutinho, à l’occasion des commémorations
erdu 1 centenaire de l’indépendance brésilienne.

Photo disponible en ligne :
http://media.photobucket.com/image/beijo%20atrav%2525C3%2525A9s%20do%20atla
ntico/mrandre2u1/mora.jpg












© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56998-0
EAN : 9782296569980

Remerciements

Au terme de cet ouvrage, je tiens tout d’abord à remercier très
chaleureusement Monsieur le Professeur Denis Rolland, mon directeur de recherches,
qui a guidé, avec constance et patience, le développement de ce travail et qui a su,
tout au long de ces années, stimuler mes efforts et ma motivation. Grâce à ses
encouragements et à son appui, j’ai pu enrichir mon parcours universitaire en
participant à différents colloques, en collaborant à différents livres et en dirigeant mes
premiers cours.
Je tiens à exprimer ma gratitude et tous mes remerciements à Madame le
Professeur Katia de Queirós Mattoso, qui fut ma première directrice de recherches et
sans qui ce travail n’existerait pas. Madame le Professeur de Queirós Mattoso m’a
fait découvrir l’histoire du Brésil, m’a encouragée à entreprendre des recherches dans
le cadre du centre d’Études sur le Brésil de Paris IV et a guidé mes premiers pas de
chercheuse au Portugal et au Brésil.
À Lisbonne, Rio de Janeiro et Paris, j’ai pu compter sur le soutien et les
encouragements de différents professeurs, à qui je souhaite exprimer toute ma
reconnaissance : Madame le Professeur Idelette Muzart-Fonseca Dos Santos de
l’Université Paris X (Nanterre) ; Monsieur le Professeur Jean-François Sirinelli de
l’IEP Paris et directeur du CHEVS ; Monsieur le Professeur Paulo Knauss et
monsieur le Professeur Daniel Aarão Reis de l’Université Fédérale Fluminense à Rio
de Janeiro ; Monsieur le Professeur Estevão de Rezende Martins de l’Université de
Brasília ; Monsieur le Professeur Amadeu Carvalho Homem de l’Université de
Coïmbra ; Monsieur le Professeur Marcelo Ridenti, Madame le Professeur Elide
Rugai Bastos et Madame le Professeur Walquiria Domingues Leão Rego, de
l’Université de Campinas (UNICAMP), qui m’ont, par deux fois, si chaleureusement
accueillie à Campinas dans le cadre de l’accord Capes-Cofecub.
Je souhaite également remercier l’Institut d’Études Politique de Paris et
l’Université du Havre de m’avoir fait confiance en me confiant des postes de chargée
de cours.
J’aimerais remercier tous mes collègues et amis qui m’ont accompagnée et
encouragée pendant ces quelques années. Je pense en particulier à Olivier, Silvana et
Sophie qui ont traqué mes fautes de frappe et d’orthographe et qui m’ont aidée dans
toutes mes traductions. Un grand merci également à Madame Joëlle Chassin, qui m’a
permis de finaliser cet ouvrage grâce à ses corrections avisées.
Je suis enfin extrêment reconnaissante à ma famille de m’avoir toujours
affectueusement soutenue et encouragée dans mon travail.
Un grand merci à Éric et Margaux.


.SOMMAIRE


Préface de Denis Rolland..............................................................................13

Introduction…………………………………………………………………21

Première partie
L’apprentissage de l’indépendance
et la difficile construction de relations post-coloniales ..............................29

Chapitre 1. Une historiographie en construction récente ................................31
Chapitre 2. Brésil et Portugal, deux périphéries .............................................45
Chapitre 3. Une reconstruction des relations politiques sur un mode mineur
(1822-1889)...........................................................................................63
Chapitre 4. La proclamation de la République au Brésil : catalyseur d’une
crise avec le Portugal (1889-1895)........................................................79

Deuxième partie
La monarchie portugaise et le Brésil républicain :
des relations principalement migratoires ? (1889-1910)............................93

Chapitre 5. "Une transfusion permanente" : les migrants au cœur des
relations diplomatiques..................................................................... 95
Chapitre 6. L’immigration portugaise au Brésil, un enjeu social et financier127
Chapitre 7. Entre faillite commerciale et rapprochement politique ..............153

Troisième partie
Modernités politiques, nationalismes culturels :
les relations rénovées de deux Républiques ? (1910-1922) ......................185

Chapitre 8. Un contexte politique nouveau : la République portugaise et les
déplacements du nationalisme................................................................187
Chapitre 9. Un vecteur essentiel : les Portugais du Brésil ............................215
Chapitre 10. Une convergence des nationalismes ? ......................................247

Conclusion ...................................................................................................293

Annexes.................................................................................................................... 303
Sources ..................................................................................................................... 327
Bibliographie ............................................................................................................ 337
Index......................................................................................................................... 359

Table des matières détaillée ..........................................................................375










































ABRÉVIATIONS

AMNEP : Archives du ministère portugais des Affaires étrangères
AHI : Archives du ministère brésilien des Affaires étrangères (Itamaraty)
ANP : Archives Nationales du Portugal (Arquivos da Torre do Tombo)
ANB : Archives Nationales du Brésil
AIHGB : Archives de l’Institut Historique et Géographique Brésilien (Instituto
Histórico e Geográfico Brasileiro)
PRÉFACE



Denis Rolland
Université de Strasbourg
Directeur du laboratoire FARE
Membre de l’Institut universitaire de France



L’ouvrage que vous ouvrez s’intitule Le Brésil indépendant et le Portugal.
Un siècle de normalisation politique, de liens culturels et de migrations dans
l’espace lusophone 1822-1922. En d’autres termes, cette recherche étudie les
erelations entre le Portugal et le Brésil dans un long XIX siècle. Elle tente,
plus largement, de comprendre et d’analyser le passage de rapports coloniaux
à ceux de deux États souverains et politiquement indépendants. C’est une
recherche transatlantique complexe, indispensable d’abord à l’historiographie
des deux pays, mais aussi, plus globalement, à l’histoire des relations
internationales, à l’histoire des décolonisations, à l’histoire des grandes
emigrations européennes du XIX siècle dans toute leur complexité, politique,
économique, sociale et culturelle, comme à l’histoire culturelle des
représentations nationales.
Marie-Jo Ferreira étudie ici rien moins qu’un siècle de relations entre le
Portugal et le Brésil : de l’indépendance du Brésil, en 1822, jusqu’au
centenaire de cette indépendance marquée par « l’union fraternelle » des deux
pays en 1922- le retour symbolique à une normalité des relations bilatérales
entre deux pays partageant beaucoup d’éléments culturels. Pour ce faire, les
sources utilisées sont très nombreuses : Archives du ministère portugais des
Affaires étrangères, du ministère brésilien des Relations extérieures, Archives
nationales du Portugal, du Brésil et une masse de sources imprimées – en
particulier presse et périodiques de l’époque – dont le dépouillement dessine
les contours des représentations d’un pays par l’autre. Pour toutes ces raisons,
ce livre constitue en français un instrument de recherche essentiel qui s’appuie
sur un cadre théorique et référentiel solide.
Cette recherche, entreprise d’abord sous l’experte direction de Katia de
Queirós Mattoso puis sous la mienne (la première ayant tiré le travail sur le
eterrain de sa spécialité, le XIX siècle, le second l’ayant ensuite orienté vers
cette période cruciale 1889-1922), était d’autant plus opportune que le sujet
était alors quasi ignoré du côté de la recherche française, mais surtout que les
relations entre le Portugal et le Brésil depuis l’indépendance ne bénéficiaient
pas d’un traitement beaucoup plus favorable dans les deux pays concernés. Si,
au cours de l’élaboration de ce travail, le cinquième centenaire de la
découverte du Brésil par le navigateur portugais, Pedro Álvares Cabral, a
13
insufflé autour du changement de millénaire un élan significatif aux
recherches sur les liens entre le Portugal et le Brésil, de nombreux champs
d’investigations demeurent aujourd’hui peu ou pas exploités sur ces rapports
e eluso-brésiliens aux XIX et XX siècles. Avec d’autres, ce livre contribue à
combler ces lacunes.
Si le plan de l’ouvrage respecte, avec la chronologie, les grands
changements de régime, d’autres grandes lignes de force structurent le
travail : le processus de reconstruction des liens – politiques, économiques,
culturels, sociaux – entre un pays colonisé et son ancienne métropole ; les
migrations, leur impact et leur gestion politique et culturelle ; la formation et
l’accommodement des nationalismes ; les liens entre politiques intérieures et
politiques extérieures… J’y reviendrai.
La première partie (1822-1889) plante le débat. Marie-Jo Ferreira montre
d’abord les lacunes ou insuffisances de l’historiographie qui ont rendu
nécessaire un tel travail et brosse à grands traits un état des connaissances sur
cette période, moins mal équipée que les autres en matériau de recherche. Puis
elle précise les modalités de la reconstruction difficile des relations entre le
Portugal et le Brésil après une rupture de la dépendance coloniale très
singulière (l’héritier de la monarchie portugaise ayant pris, presque sans
heurts avec la métropole, les rênes d’un Brésil indépendant, prorogeant en les
adaptant un peu à l’ère libérale l’essentiel des institutions antérieures) et
jusqu’à la rupture d’identité relative de régime introduite par la proclamation
au Brésil de la République en 1889. Ce temps de relations entre deux
monarchies est marqué par la difficile gestion de la brisure du lien politique.
L’auteur appréhende alors opportunément ces deux pays comme deux
périphéries par rapport à deux centres – le nord-ouest de l’Europe et le nord
de l’Amérique – puis elle dessine un panorama des relations bilatérales entre
1822 et 1889, à une époque où les deux monarchies sont donc issues de la
même dynastie.
Ce cadre étant posé, la seconde partie (1889-1910) se concentre sur la
période allant de la proclamation de la République brésilienne à la fin de la
monarchie portugaise : c’est un temps à la fois très difficile en matière
diplomatique et très intense en ce qui concerne l’émigration portugaise vers le
Brésil. C’est un temps de relations entre une République du Nouveau Monde
et une monarchie très traditionnelle de l’Ancien Monde, entre un Brésil qui
prétend forcer son passage politique et économique à la modernité sur le
modèle et à la suite des États-Unis et un Portugal à qui l’empire colonial
donne encore apparence et illusions de la puissance et qui n’en finit pas de ne
pas gérer son déclin dans le concert des nations. Avec le changement de
régime au Brésil en 1889, les rapports luso-brésiliens se dégradent au point
d’aboutir à une rupture diplomatique, en 1894. Si elle a d’abord résulté d’un
ensemble de facteurs conjoncturels (méfiance réciproque entre deux régimes
de nature différente, émergence d’un courant nationaliste anti-portugais au
sein de la nouvelle République brésilienne, intervention maladroite et
imprudente des autorités portugaises dans un conflit interne et sensible au
14
Brésil), cette rupture a aussi été le signe de l’éloignement politique et
ecommercial entre le Portugal et le Brésil tout au long du XIX siècle. Les
temps sont en outre difficiles pour le Portugal, en ce contexte d’expansion
ecoloniale de la fin du XIX siècle qui le conduit à une confrontation avec
l’allié traditionnel, la Grande-Bretagne ; en 1890, celle-ci l’oblige par un
ultimatum à renoncer à un projet de jonction entre Angola et Mozambique,
parce qu’il gêne celui de Cecil Rhodes visant à relier Le Caire au Cap. Cette
deuxième partie, illustrée de cartes, tableaux et graphiques, met néanmoins
l’accent sur l’émigration portugaise au Brésil –un million de personnes entre
ela fin du XIX siècle et les années trente –, et sur les conséquences de ce
phénomène sur les relations économiques et politiques réciproques, lesquelles
contribuent finalement au rapprochement entre Portugal et Brésil, esquissé par
le conflit territorial de Trindade, une île disputée par le Royaume-Uni et le
Brésil, et qui reste sous la souveraineté de ce dernier grâce à un arbitrage
portugais accepté par Londres.
La troisième et dernière partie de cette recherche traite de la période 1910-
1922 : depuis le passage au Portugal de la monarchie à la république, jusqu’à
la commémoration, par les deux pays ensemble, du centenaire de
l’indépendance brésilienne. Comme dans d’autres cas, la célébration d’une
rupture ou d’un conflit (on pense à la bataille de Puebla de 1862 dans le cas
franco-mexicain) scelle la réconciliation et contribue à ce que l’événement
change partiellement de sens. Du seul point de vue événementiel, cette partie
pourrait s’intituler « D’une visite présidentielle à l’autre » : en effet,
l’insurrection républicaine commence en octobre 1910 à Lisbonne sous les
yeux du président brésilien, le maréchal Hermes da Fonseca, en visite
officielle, tandis qu’est soulignée en 1922 la reconnaissance d’une
communauté luso-brésilienne lors de la visite cordiale à Rio de Janeiro du
président portugais, symboliquement l’année de la célébration du centenaire
de l’indépendance. Un événement qui ne masque cependant pas, en parallèle,
des manifestations nationalistes et un processus d’affirmation ou d’évolution
d’identité culturelle dans les deux pays. Ce troisième temps de la recherche, le
meilleur parce que le plus neuf, est celui de l’analyse des relations
intellectuelles, des transferts culturels, des rêves de communauté lusophone et
de panlusitanisme, des réactions xénophobes réciproques, en même temps que
la convergence relative des deux nationalismes. Dans une certaine mesure, les
discours nationalistes portugais et brésilien se rejoignent sur l’idée d’une
fraternité luso-brésilienne, de nations sœurs, unies par la langue, la foi et la
tradition historique. C’est ce discours de fraternité qui sert de référence aux
relations diplomatiques luso-brésiliennes, notamment à partir des années
1920. Et le lecteur conçoit alors jusqu’où nous mène cette analyse pertinente
des relations entre Brésil et Portugal !
Marie-Jo Ferreira, enseignante à Sciences-Po, montre dans les pages qui
suivent sa parfaite conscience de l’interaction de phénomènes qui relèvent de
l’histoire diplomatique, certes, mais aussi de mouvements démographiques,
d’intérêts commerciaux et financiers, de l’évolution des mentalités collectives
15
et de l’histoire des représentations, y compris de ce que l’auteur nomme « les
grands courants sentimentaux » dont elle perçoit l’importance et la
complexité, notamment dans le rôle considérable joué par les émigrants
portugais au Brésil. Ce livre met en effet en œuvre une vision ample de
l’histoire de relations internationales dans le cadre d’un système international
lui-même très mouvant entre 1889 et 1922 : il ne se contente nullement de
décrire les aspects diplomatiques, mais, on l’aura compris dans les lignes qui
précèdent, traite aussi des relations économiques, intellectuelles, culturelles,
entre les deux pays, entre les deux sociétés. Soulevons quelques-unes de ces
problématiques abordées comme certains des paramètres inattendus de ce
beau travail.
Au cœur des problématiques stimulantes de ce livre, il y a l’analyse des
liens entre politique intérieure et politique extérieure dans les deux pays.
L’étude prend nécessairement en compte les relations entre deux régimes : en
discordance à partir de 1889, lorsque le Brésil abandonne le régime impérial
pour le régime républicain, alors que le Portugal reste une monarchie ; en
concordance à nouveau à partir de 1910 lorsque le Portugal devient à son tour
une République. Cette étude dépasse d’autant plus légitimement la seule
vision bilatérale en matière de relations internationales, que le Portugal et le
Brésil ont en commun d’être deux périphéries au cœur des enjeux
nationalistes et des impérialismes territoriaux, financiers et commerciaux qui
eoccupent les grandes puissances au début du XX siècle. L’on perçoit ainsi,
d’une part, que la question coloniale, qui domine la vie politique intérieure et
extérieure portugaise, participe largement à l’émergence du discours
nationaliste portugais et aux efforts de rapprochement vis-à-vis de son
ancienne colonie. Et que, d’autre part, la politique extérieure brésilienne,
confrontée aux rivalités économiques suscitées par son marché et aux
menaces territoriales dans le sous-continent, cherche à affirmer la
souveraineté brésilienne, à augmenter le prestige et la présence du Brésil à
l’extérieur : l’héritage colonial portugais permet aux autorités brésiliennes de
légitimer l’intégrité des frontières et de valoriser les racines européennes du
Brésil et donc son intégration au « monde moderne et civilisé ». Marie-Jo
Ferreira établit donc avec clarté que les ambitions hégémoniques des grandes
puissances poussent indirectement à dépasser les antagonismes anciens,
favorisant un rapprochement entre le Portugal et le Brésil et la constitution de
cette alliance non écrite entre agents faibles des relations internationales. Pour
reprendre l’expression d’un des pères français d’une discipline qui n’a pas
encore d’existence universitaire propre en France, les relations internationales,
Raymond Aron notait qu’il y a toujours un « troisième larron » dans une
relation bilatérale : ici, le plus souvent, il s’agit de l’Angleterre, puis à la fin
de la période étudiée, émerge l’acteur américain ; mais la culture française
n’est jamais loin.
Ce livre contribue également à notre connaissance des imaginaires
nationaux et des imagined communities chères à Benedict Anderson. Car les
images réciproques, les regards croisés entre les deux sociétés sont finement
16
décrits, notamment dans les soubresauts politiques ou lorsque les avant-gardes
brésiliennes cherchent à définir, avec les spécificités culturelles du groupe
identifié à la nation, des fondements idéologiques nationaux, contestant de
manière croissante (et ambivalente) tout à la fois la domination politique et
culturelle européenne et le tropisme européen d’élites locales volontiers
cosmopolites. Quelle place donner au Portugal, à l’ancien colonisateur, à
l’ancienne « mère patrie », dans le débat sur la nation brésilienne ? En
particulier, quel espace lui donner dans une « brésilianité » spécifique ? Et
l’auteur de nous emmener subrepticement loin dans la réflexion : pourquoi
jusqu’à aujourd’hui, le Portugal et les Portugais sont-ils l’objet de railleries
parfois déplaisantes (du type des blagues françaises sur les Belges),
notamment du monde intellectuel brésilien, alors qu’au Portugal, le Brésil
continue durablement à nourrir les fantasmes d’un vaste monde d’influence
lusophone ?
Au cœur de ce livre, il y a évidemment aussi l’immigration et son impact
sur les politiques, sociétés et cultures de départ comme de destination,
d’accueil. Si la séparation politique de 1822 entraîne inéluctablement une
diminution notable des échanges politiques et commerciaux entre le Portugal
eet le Brésil tout au long du XIX siècle, le vaste mouvement d’émigration
portugaise vers le Brésil prend le relais à la fin du siècle, devenant notamment
l’enjeu central des relations bilatérales. L’ouvrage apporte sur ce point
nombre d’éléments neufs, équipant la compréhension globale d’un
phénomène qui brasse, excusez du peu, plus d’un million de Portugais entre
Portugal et Brésil entre 1889 et 1930 (le Brésil a aboli l’esclavage en 1888 et a
une faim tant de main-d’œuvre que de colons pour occuper un territoire fort
mal « marqué » par une présence humaine). Selon les recensements effectués
en 1920 dans les deux pays, les Portugais vivant au Brésil représentent alors
plus de 7 % de la population portugaise totale. L’ampleur de ce phénomène
explique l’importance des enjeux liés à l’émigration, en particulier pour le
gouvernement portugais, très bien exposés ici, des enjeux principalement
d’ordre démographique et social, mais aussi commercial et financier.
L’émigration portugaise au Brésil constitue un facteur influent des relations
diplomatiques luso-brésiliennes, suscitant parfois des tensions entre les deux
gouvernements, par exemple autour des vastes campagnes d’incitation à
l’immigration organisées par l’État brésilien et de méthodes de recrutement
parfois peu orthodoxes ou autour de la question clé du problème de la
nationalité des immigrés portugais au Brésil (l’analyse de l’impact de la loi de
« grande naturalisation » en 1889 proclamée par la toute nouvelle République,
essayant d’intégrer les communautés étrangères à la fragile nation en incitant
les immigrés à choisir la nationalité brésilienne, est ainsi tout à fait
pertinente). Le poids de la question des migrations sur la politique extérieure
des deux pays est également mesuré. L’un des nombreux apports de l’analyse
consiste à prendre la mesure de la rhétorique bilatérale, dans un climat en fait
plutôt propice à une entente tacite sur cette question entre les deux pays : pour
des raisons différentes, les gouvernements portugais et brésilien ont en effet
17
tout intérêt à maintenir ce courant migratoire entre les deux pays. Pour le
Brésil, le Portugal, pays européen oublié de la Révolution industrielle,
demeure un formidable réservoir de main-d’œuvre blanche, très facilement
intégrable et d’autant plus nécessaire lorsque d’autres pays « fournisseurs »,
comme l’Italie ou l’Espagne, émettent des restrictions importantes (mais
inopérantes pour l’essentiel) à l’émigration de leurs nationaux vers le Brésil
(par crainte qu’ils ne se substituent économiquement et socialement aux
esclaves noirs libérés). Pour le gouvernement portugais, les gains financiers
engendrés par l’émigration prennent le pas sur les problèmes démographiques.
Outre son rôle financier (pour l’État portugais via l’impôt comme pour les
familles destinataires), l’émigration portugaise au Brésil est également
edevenue un atout majeur pour la diplomatie portugaise qui, dès la fin du XIX
siècle, adopte une nouvelle stratégie à l’égard du Brésil, essayant de se
rapprocher politiquement de son ancienne colonie, cherchant à éviter les
tensions avec le gouvernement brésilien, refusant d’intervenir dans les affaires
intérieures du Brésil, quitte à léser les intérêts des émigrés portugais. Il est en
outre clair que l’incertitude des politiques migratoires n’amoindrit pas le rôle
économique et en particulier commercial joué par les émigrants portugais au
Brésil.
À la transition de l’économique, du social et du culturel, le rôle des
associations, diverses dans leurs objectifs et dans leurs actions, est de même
mis en évidence ; et, s’il ne faut en citer qu’une, ce sera bien entendu le
Gabinete Português de Leitura, dont on nous montre la structuration et le
fonctionnement – et qui représente, encore en 2011, un pont entre les cultures
et les écrivains portugais et brésiliens.
Si l’on en vient brièvement enfin au culturel dans cette cueillette de
quelques-uns des apports de cette recherche, ce travail de longue haleine et sur
un objet considéré lui-même dans une durée longue montre à nouveau, s’il en
était besoin, que les liens entre élites ne cessent pas avec l’indépendance,
qu’ils méritent d’être étudiés en détail et à travers un crible sans préjugé.
L’histoire libérale qui a écrit, sous des modalités diverses mais presque
partout en Amérique latine, l’histoire nationale comme une histoire en rupture
radicale avec la période coloniale a définitivement vécu. L’auteur montre ainsi
avec brio et force détails que, bien au-delà de la continuité linguistique
maintenue, le rayonnement de l’élite intellectuelle et sociale portugaise au
Brésil ne s’éteint bien évidemment pas après 1822. Mais, à l’inverse, certaines
analogies initiales méritent d’être précisément examinées pour comprendre les
mécanismes de dissociation. Ici, les lieux de la mémoire commune sont en
mouvement assez rapide et méritent l’analyse soignée qui leur est consacrée.

Ce livre de Marie-Jo Ferreira présente, dans une langue fluide et de lecture
agréable, les résultats d’une recherche parfaitement maîtrisée, fondée sur un
travail considérable dans les archives et la presse, des deux côtés de


18
l’Atlantique, ainsi que sur une bibliographie dont l’ampleur confirme la
minutie d’un travail de qualité. Mais on l’aura compris : il ouvre la réflexion
bien au-delà des relations entre Brésil et Portugal. Et ce n’est là qu’une des
qualités manifestes de l’ouvrage.













































INTRODUCTION




"Brésil et Portugal, plus que des partenaires, des frères." Le slogan choisi
par les organisateurs du stand portugais à l’occasion de la biennale du livre de
São Paulo de 2000, alors que l’on commémore la même année le cinquième
centenaire de la découverte du Brésil par le navigateur portugais Pedro
Alvares Cabral, illustre bien l’image dominante du Brésil au Portugal et plus
largement la persistante rhétorique de fraternité luso-brésilienne qui préside
aux relations officielles entre les deux pays depuis près d’un siècle. La
longévité et la permanence de ce discours masquent pourtant une réalité plus
incertaine, plus conflictuelle et surtout témoignent de l’absence de visibilité
des relations entre le Portugal et le Brésil depuis l’indépendance brésilienne.
Ce livre s’inscrit modestement dans l’objectif de réparer cet outrage ou,
dans la mesure du possible, de proposer les bases d’une histoire rénovée des
relations luso-brésiliennes.
La construction de cette étude et notamment le choix de ses limites
temporelles sont partis d’un simple constat : après trois siècles de colonisation
portugaise, le Brésil devenait indépendant en 1822. Un siècle plus tard, le
gouvernement brésilien commémorait avec faste le premier centenaire de son
indépendance et célébrait à cette occasion, de concert avec le président de la
République portugaise en visite officielle, l’existence d’une "union
fraternelle" entre le Portugal et le Brésil. Entre ces deux dates, la construction
des relations politiques luso-brésiliennes ne fut cependant pas linéaire et
connut deux ruptures importantes : une première, entre 1822 et 1825, fut
marquée par un long processus de négociations diplomatiques qui aboutit au
traité de paix et d’alliance établissant la reconnaissance formelle de
l’indépendance du Brésil par le Portugal ; et une seconde, entre 1894 et 1895 :
cette dernière rupture, diplomatique, provoquée par le gouvernement
brésilien, fut le point culminant d’une période trouble des relations luso-
brésiliennes, caractérisée par l’impuissance de la politique extérieure
portugaise face au nouveau régime politique du Brésil, la République
proclamée en 1889.
Le cœur de cette étude est donc centré sur la période 1889-1922 et
s’efforce notamment de cerner l’évolution qui a permis de passer de l’impasse
de 1889-1895 à la reconnaissance formelle d’une fraternité luso-brésilienne en
1922. Le cadre temporel de cet ouvrage a cependant été élargi aux années
1822-1922 afin d’offrir aux lecteurs – et plus particulièrement au public
21
francophone n’ayant accès à aucune bibliographie sur ce sujet en français –
les données contextuelles nécessaires pour appréhender l’histoire des relations
entre le Portugal et le Brésil après l’indépendance brésilienne et surtout
évaluer l’évolution de ces liens après 1889.

Des désirs personnels (on peut parler "d’héritage familial"), des rencontres
et des discussions avec des historiens, et plus largement avec des spécialistes
du Brésil et du Portugal, ainsi que différentes constatations, en particulier sur
le plan historiographique, ont contribué au choix et à la définition du sujet de
ce livre
Ma "vocation" pour l’histoire brésilienne est née d’une rencontre avec le
professeur Katia de Queirós Mattoso, dans le cadre des cours de licence sur
el’histoire du Brésil au XIX siècle, à l’Université Paris IV-Sorbonne. Sur ses
encouragements, mon premier voyage au Brésil fixa définitivement mon
attachement à ce pays et me conforta dans ma décision de poursuivre mes
recherches sur l’histoire brésilienne, qui semblait encore largement
inexplorée, en particulier en langue française.
Celles-ci ont, dans un premier temps, porté sur les relations culturelles
franco-brésiliennes et plus particulièrement sur la présence intellectuelle
ebrésilienne en France, à travers une revue française de la fin du XIX siècle, la
Revue du Monde Latin, dans laquelle le Brésil a occupé une place toute
particulière, grâce à la participation à la rédaction de journalistes et d’hommes
1politiques brésiliens . Ces recherches initiales ont suscité mes premières
interrogations sur l’histoire luso-brésilienne : si la Revue du Monde Latin
etémoignait de l’influence des modèles politiques et culturels français au XIX
siècle auprès de l’élite brésilienne, elle participait également à l’émergence
d’un discours sur la singularité et la spécificité de l’identité brésilienne,
courant de pensée qui s’est développé dans les années 1920 et qui avait pour
ambition de soustraire le Brésil à sa dépendance des patrons européens.
Cette constatation a alors aiguisé ma curiosité sur un point : quelle était la
place du Portugal, l’ancien colonisateur, l’ancienne "mère patrie", dans ce
débat sur la nation brésilienne, et en particulier sur la "brésilianité" ? Au
Portugal, pays que je connaissais bien, et au Brésil, pays que je venais de
découvrir, un autre phénomène m’avait frappée : pourquoi le Portugal et les
Portugais étaient-ils toujours l’objet de railleries, de la part notamment du
monde intellectuel brésilien, alors qu’au Portugal, le Brésil continuait à
nourrir les fantasmes d’un vaste monde d’influence lusophone ? Toutes ces
questions, surgies dans le bouillonnement scientifique entourant le Centre
d’études sur le Brésil, fondé et dirigé en Sorbonne par Katia de Queirós
Mattoso, donnaient ainsi forme au contenu et à l’objectif général et initial de
mon doctorat, devenu aujourd’hui ce livre : déterminer quelles avaient été la
nature et la direction des relations entre le Portugal et le Brésil après la

1. Cf. “La présence intellectuelle brésilienne en France : La Revue du Monde Latin et le Brésil (1883-1893)”, in
e e
Intellectuels et politique. Brésil-Europe 19 -20 siècles, (Denis Rolland, Elide Rugai Bastos, Marcelo Ridenti,
org.), Paris, L’Harmattan, 2003, pp. 66-73.
22
séparation politique de 1822, sur quelles bases s’étaient prolongés ou
reconstruits les rapports entre les deux pays, en étudiant en particulier
el’histoire luso-brésilienne dans cette période couvrant la fin du XIX siècle et
ele début du XX siècle, lorsque les élites brésiliennes contestent de plus en
plus la domination européenne et cherchent à définir les fondements
idéologiques de la nation.

D’autres enjeux historiographiques ont ensuite orienté cette étude.
Ces deux pays étant notamment au cœur des questions nationalistes et des
impérialismes territoriaux, financiers et commerciaux qui agitent l’Europe et
el’Amérique à l’aube du XX siècle, ce livre s’efforce de dépasser la seule
vision bilatérale en matière d’histoire des relations internationales, en insérant
l’histoire luso-brésilienne dans le contexte international et en précisant
l’impact de ce contexte sur les relations entre le Portugal et le Brésil.
Cet ouvrage ne se cantonne pas non plus à la seule histoire diplomatique,
mais élargit le champ de la recherche à l’histoire politique, économique,
démographique et culturelle : étudier les initiatives ou les gestes des
gouvernements et, dans la mesure du possible, leurs intentions est certes
indispensable ; mais cette étude est loin de suffire à apporter tous les éléments
de compréhension du thème étudié ici. Pour comprendre l'action
diplomatique, il faut aussi chercher à percevoir les influences qui en ont
orienté le cours : les conditions géographiques, les mouvements
démographiques, les intérêts économiques et financiers, les traits de mentalité
collective, les grands courants sentimentaux, ce que déjà Pierre Renouvin,
1dans l'Introduction à l'histoire des relations internationales , puis plus tard
2Jean-Baptiste Duroselle, dans Tout Empire périra, nommèrent, il y a
longtemps, les "forces profondes". Ces forces profondes forment le cadre des
relations entre groupes humains : “L’étude des relations internationales est
impossible si l’on n’étudie pas chaque situation, chaque mécanisme, sous les
deux angles de la finalité (celui qui dispose d’un pouvoir se propose des buts
et tente de les réaliser) et de la causalité (les collectivités humaines de toutes
dimensions exercent confusément des forces dont la résultante modifie les
3événements) .”
La politique intérieure des États est considérée comme l’une des
principales clés d’explication du jeu international. Mais, comme le souligne
Pierre Milza, en la concevant "dans son acception la plus large et en faisant
intervenir, à côté des facteurs proprement politiques, des phénomènes tels que
la démographie, les structures économiques et sociales du pays considéré, les
pesanteurs de son histoire, la manière dont ses habitants se perçoivent eux-
mêmes et perçoivent les autres, les idéologies et les systèmes de valeurs dont

1. Jean-Baptiste Duroselle, Pierre Renouvin, Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand
re
Colin, 1991 (1 édition : 1965).
2. Jean-Baptiste Duroselle, Tout Empire périra. Théorie des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1992.
3. Ibid., p. 38.
23
se réclament ses élites et entre lesquels se partagent les grands courants de
1l’opinion publique, etc." .
Ce livre a donc pour objectif premier de définir les liens qui unissent le
Portugal et le Brésil entre 1889 et 1922 et leur influence sur les rapports
diplomatiques luso-brésiliens. Ces relations sont notamment dominées par un
phénomène démographique et social : l’émigration massive de Portugais au
Brésil qui vient grossir durant ces années les rangs d’une immigration
portugaise déjà numériquement plus nombreuse que toute autre communauté
2étrangère au Brésil . Ce lien migratoire est également à l’origine de courants
financiers, commerciaux et culturels maintenus entre le Portugal et le Brésil.
Dans ces conditions, il convient d’abord de définir la place et le rôle de cette
émigration/immigration dans les relations diplomatiques entre le Portugal et le
Brésil, à la fois comme facteur primordial ou non de décision des
gouvernements et comme éventuel agent actif des rapports luso-brésiliens.
Ces relations bilatérales sont également marquées, d’une part, par
l’émergence d’un discours nationaliste portugais où le Brésil occupe une place
importante et, d’autre part, par la construction simultanée d’un discours
nationaliste brésilien oscillant entre le rejet ou la mise en valeur de l’héritage
eportugais. Participant des grands courants de pensée de l’Europe du XIX
esiècle, le Portugal et le Brésil cherchent aussi à définir, au début du XX
siècle, les bases idéologiques de la nation. Et cette recherche a pour corollaire
la défense des valeurs et des intérêts nationaux. Or les représentations
réciproques, souvent déformées, que le Portugal et le Brésil se renvoient,
contribuent également à la construction des identités portugaise et brésilienne.
Cette étude s’applique donc à comprendre les fondements et les contenus de
ces représentations et qui en sont les vecteurs. Le second axe de cet ouvrage
est de définir comment ces discours nationalistes portugais et brésiliens
s’entrecroisent, s’affrontent ou s’accommodent ; et, notamment, comment la
rencontre de ces nationalismes est gérée au niveau diplomatique entre le
Portugal et le Brésil.
Ce livre s’efforce ainsi de montrer l’intérêt d’associer l’histoire sociale et
culturelle à l’histoire des relations internationales sur l’aire de la recherche et
de manifester l’importance de la dimension sociale et culturelle de l’histoire
luso-brésilienne. Dans l’ouvrage, l’Histoire culturelle des relations
3internationales, paru récemment sous la direction de Denis Rolland , Jean-

1. Pierre Milza, “Politique intérieure et politique étrangère”, in Pour une histoire politique (sous la direction de
reRené Rémond), Paris, Éditions du Seuil, 1996 (1 édition : 1988), pp. 315-344, p. 322.
e2. Il est difficile d’avoir des données précises sur la population étrangère au Brésil au XIX siècle. Le premier
recensement de 1872 est très incomplet. Entre 1846 et 1875, un peu plus de 300 000 étrangers seraient entrés au
Brésil, dont plus de la moitié seraient des Portugais. Boris Fausto, História do Brasil, São Paulo, Ed. USP, 1994, p.
237.
3. Après d’autres, la parution de cet ouvrage manifeste la diversité et le dynamisme des recherches en cours sur le
thème des relations culturelles internationales et des liens entre culture et relations internationales. Cf. introduction
ede Robert Franck suite au colloque “Diplomatie et transferts culturels au 20 siècle”, in Relations Internationales,
n° 115, automne 2003, pp. 319-323. Denis Rolland fournit une synthèse du parcours historiographique de ce
thème : Denis Rolland (coord.), Histoire culturelle des relations internationales, Paris, L’Harmattan, 2004,
introduction.
24
François Sirinelli insiste, dans la préface, sur l’importance de développer une
approche culturelle des relations internationales : “Le diplomatique,
l’économique et le démographique ne sont pas les seuls aspects de l’échange
et de la circulation entre les nations. Les formes d’expression y sont
également essentielles (…). De fait, dans la dialectique, devenue classique,
entre prise de décision et "forces profondes", l’une de ces forces profondes est
bien l’image de l’Autre : entendons l’ensemble, au demeurant complexe, des
représentations collectives de l’Ailleurs et de ceux qui le peuplent. De telles
représentations relèvent bien de l’histoire culturelle. Elle sont, du reste, partie
constitutive de sa définition et elles justifient pleinement une approche
1culturelle des relations internationales” .
Cette étude relève effectivement d’une telle démarche. L’analyse des
représentations réciproques entre le Portugal et le Brésil apporte autant à
l’infinie recherche sur l’identité qu’à l’histoire non moins riche des relations
internationales.

Tributaire de tous ces paramètres, différents types de sources ont contribué
à l’élaboration de cette étude.
Le recours aux archives diplomatiques a prioritairement été utilisé afin de
proposer une histoire des relations internationales "classique", en l’absence
d’un travail déjà effectué dans ce sens. Une fouille systématique de toutes les
correspondances échangées entre les ministères des Affaires étrangères
brésilien et portugais et leurs représentants diplomatiques respectifs au
Portugal et au Brésil a notamment été effectuée pour la période 1889-1922.
Une partie des recherches a eu lieu aux Archives du ministère des Affaires
étrangères portugais à Lisbonne (Palácio das Necessidades) : les fonds y sont
2en cours d’organisation car mis en valeur depuis peu , mais ils sont très riches,
en quantité comme en qualité. C’est notamment le cas des documents relatifs
au Brésil (correspondances, rapports, dossiers spéciaux…), qui sont restés
longtemps peu consultables et de ce fait très peu exploités. Le manque
d’organisation fait encore plus cruellement défaut aux Archives du ministère
3brésilien des Affaires étrangères, installées au Palais d’Itamaraty à Rio : un
4 5accès difficile, le manque de personnel , la tradition du secret compliquent le
travail des chercheurs. Un nombre relativement important de documents
répertoriés sur le Portugal est porté disparu ! (Erreur de classement ou

1. Ibid., p. 8.
2. Longtemps laissées à l’abandon, les archives diplomatiques portugaises bénéficient depuis une vingtaine
d’années d’une nouvelle politique de valorisation. Lors de mes recherches en 1998, l’ensemble des fonds était en
pleine réorganisation et tous les documents devaient notamment être microfilmés.
3. L’Itamaraty de Rio est l’ancien ministère des Affaires étrangères avant le transfert de la capitale fédérale à
Brasília. Les archives diplomatiques, antérieures au transfert, demeurent encore à Rio.
4. Par manque de personnel, les horaires de consultation des documents sont par exemple très limités. Lors de mon
premier séjour de recherches à Rio en juillet 1999, les Archives de l’Itamaraty étaient tout simplement
fermées (pour une durée non définie) suite au congé maladie de la responsable des archives.
5. Il faut cependant signaler à ce propos de larges progrès au Brésil depuis le vote de la loi, sous la présidence
Collor (1990-1992), qui impose aux archives brésiliennes la règle dite des trente ans.

25
indélicatesse ?) Les lacunes des archives diplomatiques brésiliennes sont
cependant en partie comblées par la remarquable disponibilité d’autres fonds
d’archives, notamment les archives présidentielles, dont une large partie est
conservée à Rio aux Archives Nationales et aux Archives de l’Institut
Historique et Géographique Brésilien à Rio (AIHGB).
Les relations luso-brésiliennes et, notamment, les images réciproques entre
le Portugal et le Brésil ont également été appréhendées à travers la presse et
des ouvrages contemporains de la période étudiée. Les recherches sur la
presse ont porté sur différents types de journaux.
Des périodiques de la presse portugaise (Correio da Noite, Diário de
Notícias, A Lucta, O Radical), les deux derniers cités ayant une teneur
particulièrement nationaliste. Des titres de la presse brésilienne (Jornal do
Commercio, O Estado de São Paulo, O Paiz, A Noite, Jornal de Notícias,
Gazeta de Notícias), dont un ensemble de journaux qui défend des convictions
nationalistes, voire même souvent xénophobes et anti-portugaises (O
Jacobino, A Bomba, O Nacional, Brazilea, Gil Blas). Les périodiques publiés
au Brésil par des Portugais, s’adressant en priorité aux immigrés portugais,
ont bénéficié d’une attention particulière (Portugal Moderno, Diário
Portuguez, Alma Luzitana). Ces publications apportent des informations
précieuses sur l’immigration portugaise au Brésil, en particulier sur ses
membres les plus influents, sur ce qu’on peut déterminer comme étant l’élite
économique, politique et intellectuelle des Portugais au Brésil. Cette élite
exprime également, à travers ces journaux, sa perception du Brésil et du rôle
que l’immigration portugaise peut y avoir. Enfin des revues dites “luso-
brésiliennes”, où collaborent des intellectuels portugais et brésiliens
(Atlântida, Lusitânia, Almanaque do Portugal luso-brasileiro). Beaucoup
apparaissent dans les années 1915-1920. Elles ont pour vocation d’améliorer
les connaissances et les échanges entre le Portugal et le Brésil. Elles ont
surtout pour objectif de valoriser l’histoire de la colonisation portugaise au
Brésil et d’exalter l’idée de fraternité luso-brésilienne.
Enfin la bibliographie publiée entre 1890 et 1930 a constitué une source
imprimée de grande qualité pour la construction de ce travail. À l’instar des
périodiques, ces travaux fournissent au chercheur d’innombrables
témoignages, portugais ou brésiliens, sur la perception du rôle de
l’immigration portugaise dans la société brésilienne ou sur les représentations
des relations entre le Portugal et le Brésil.
L’ensemble de ces ouvrages et périodiques est disponible à la Bibliothèque
nationale de Lisbonne ou à la Bibliothèque nationale de Rio. Les journaux
sont accessibles en consultation directe ou sous forme de microfilms pour
certains. Malheureusement, dans l’ancienne capitale brésilienne, l’état de
conservation de certains périodiques rend difficile leur accès, en particulier
pour ceux qui s’adressent aux immigrés portugais. C’est notamment le cas de
la majeure partie des éditions du Portugal Moderno dont la consultation, bien
que fructueuse, est restreinte à quelques années.
26
Hormis les bibliothèques nationales de Rio et de Lisbonne, une autre
institution s’est avérée fort utile pour le développement de cette étude. La
bibliothèque de l’association portugaise, le Real Gabinete Português de
Leitura à Rio, dont la fondation remonte à 1837, conserve une multitude
d’informations sur sa propre histoire et sur celle des autres associations
portugaises de Rio, comme sur l’élite portugaise au Brésil.

Le plan de ce travail est constitué selon un axe chronologique interrogeant
la pertinence de trois dates : après la proclamation de la République
brésilienne en 1889, la rupture de 1895 est-elle le signe d’un tournant radical
des relations diplomatiques entre le Portugal et le Brésil ? Le changement de
régime politique au Portugal en 1910 permet-il de faire évoluer les rapports
entre ces deux États, désormais républicains ? Enfin la visite officielle du
président de la République portugaise au Brésil en 1922, à l’occasion des
commémorations du premier centenaire de l’Indépendance, constitue-t-elle
une étape marquante d’une nouvelle politique luso-brésilienne ?
La première partie présente les grands traits qui caractérisent la
construction de “relations séparées” entre le Brésil indépendant et le Portugal :
l’objectif principal de cette étude est de déterminer dans quelle mesure le
changement de régime politique au Brésil en 1889 a constitué ou non une
nouvelle rupture pour les relations luso-brésiliennes. Après une présentation
historiographique et contextuelle du sujet (chapitres 1 et 2), l’évolution des
rapports entre le Portugal et le Brésil de 1822 à 1889 est précisée (chapitre 3).
Enfin le chapitre 4 propose une analyse de l’impact de la proclamation de la
République brésilienne sur les rapports diplomatiques luso-brésiliens (chapitre
4).
La deuxième partie souligne l’inégalité des enjeux humains, économiques
et politiques entre la monarchie portugaise et le Brésil républicain. Il s’agit
d’abord de décrire le profil de l’émigration portugaise au Brésil, ses
conditions de départ et les modalités de son intégration au Brésil, en
s’interrogeant notamment sur l’impact des politiques de migration sur ce
courant démographique (chapitre 5). Se pose ensuite le problème des enjeux
sociaux et financiers liés à l’émigration dans les rapports diplomatiques luso-
brésiliens (chapitre 6). L’évolution des liens commerciaux et politiques entre
le Portugal et le Brésil au tournant du siècle est l’objet d’un chapitre séparé
(chapitre 7). L’émigration portugaise au Brésil devient-elle finalement le
eprincipal objet des relations entre les deux pays au début du XX siècle ? De
quelle façon ce phénomène migratoire influence-t-il l’histoire luso-
brésilienne ?
La troisième partie interroge la rencontre des nationalismes portugais et
brésiliens, de 1910 à 1922. Le chapitre 8 expose les conséquences du
changement de régime politique au Portugal sur la politique extérieure
portugaise et sur l’émergence d’un discours nationaliste portugais, en
particulier à l’égard du Brésil. Le chapitre 9 présente les circuits d’intégration
de l’élite portugaise au sein de la société brésilienne et son rôle déterminant
27
dans les relations luso-brésiliennes. Le chapitre 10 montre comment les
projets d’union luso-brésilienne, largement développés par cette élite, sont
confrontés au nationalisme radical brésilien. Ce dernier chapitre analyse enfin
selon quelles modalités les autorités portugaises et brésiliennes minimisent ce
climat de confrontation au profit d’un discours diplomatique de fraternité
luso-brésilienne. Qui sont les auteurs de ce discours ? Quelles idées propose-t-
il, quels objectifs poursuit-il ? Enfin, quelle place ce "discours fraternel"
occupe-t-il dans l’histoire contemporaine des relations entre le Portugal et le
Brésil ?




Première partie

L’APPRENTISSAGE DE L’INDÉPENDANCE ET
LA DIFFICILE CONSTRUCTION DE RELATIONS
POST-COLONIALES













Chapitre 1

UNE HISTORIOGRAPHIE
EN CONSTRUCTION RÉCENTE



Si l’histoire du Portugal et du Brésil s’écrit de façon séparée à partir de
1822, cela ne justifie pas le désintérêt évident des historiens pour l’étude des
e erelations luso-brésiliennes aux XIX et XX siècles. À croire que les
dynamiques nationales de ces deux pays auraient été totalement séparées
après l’indépendance du Brésil. Pendant très longtemps, seuls quelques
chercheurs isolés portugais ou brésiliens se sont intéressés à ce thème, quasi
ignoré du côté de la recherche française. Le travail de Pierre Rivas, bien que
maintenant assez ancien, fait exception : son doctorat de littérature, publié en
11976, traite des relations littéraires entre le Brésil, la France et le Portugal .


Les relations luso-brésiliennes depuis l’indépendance du Brésil :
une bibliographie très restreinte

À l’exception de quelques travaux, une grande partie de la bibliographie
s’est longtemps résumée à un ensemble d’œuvres écrites par des intellectuels
portugais dans les années 1950-1960, avec pour objectif principal d’exalter
l’idée de fraternité luso-brésilienne. En effet, alors que la politique coloniale
2portugaise est largement critiquée et dénoncée par les puissances étrangères ,
la démonstration de l’existence d’une fraternité luso-brésilienne permet au
pouvoir et à l’élite portugaise de fournir un contre-exemple aux critiques
internationales : le Brésil est montré comme un cas positif des capacités
colonisatrices du Portugal.

1. Pierre Rivas, Les relations littéraires entre la France, le Brésil et le Portugal de 1880 à 1930, Paris, Université
ede Paris IV Sorbonne, 1976 (thèse de 3 cycle).
2. En dépit du mouvement général de décolonisation qui suit la Seconde Guerre mondiale, le président Antonio de
Oliveira Salazar refuse toute négociation avec les organisations indépendantistes dans les colonies portugaises. Il
considère que les colonies ne sont pas destinées à acquérir l’indépendance mais à devenir des provinces
portugaises. En 1951, les colonies reçoivent d’ailleurs le nom de « provinces d’Outre-mer » ou “Ultramarinas”et
le ministre des Colonies devient ministre d’Outre-mer. Des critiques fusent pourtant de toutes parts, dès le milieu
des années 1950, au sein des Nations unies, qui reprochent au Portugal de mener, non pas une politique de l’outre-
mer, mais une politique colonialiste. En décembre 1960, l’assemblée générale des Nations unies adopte la
"Déclaration sur la concession de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux" et approuve différentes
résolutions contre le colonialisme : le Portugal y est particulièrement visé. Cf. Oliveira A.H. Marques, Histoire du
Portugal et de son empire colonial, Paris, Karthala, 1998, pp. 545-551.
31
Parmi ces œuvres nombreuses aux titres souvent évocateurs, on peut
notamment se reporter aux ouvrages suivants : celui de João Pereira Basto,
Angola et Brésil : deux terres lusitaniennes dans l’Atlantique, celui de José
Caeira da Matta, La communauté luso-brésilienne ou encore ceux de Joaquim
Lanca, Brésil, héritier du génie portugais et Deux traités 1825-1953 :
1contributions à la communauté luso-brésilienne . L’ouvrage d’Antonio da
2Silva Rego sur les Relations luso-brésiliennes 1822-1953 constitue
également un bon exemple. Professeur à l’Institut Supérieur de Sciences
Politiques et Sociales de l’Outre-mer, Antonio da Silva Rego publie en 1966
un tableau des relations entre le Portugal et le Brésil depuis 1822 : il aborde
les questions politiques mais aussi les questions économiques et culturelles.
S’attardant délibérément peu sur les conflits ou les zones d’ombre de ces
relations, il souligne à l’inverse la fraternité des liens luso-brésiliens établis
pendant la colonisation et alimentés ensuite par la présence d’une importante
communauté portugaise au Brésil. Antonio da Silva Rego privilégie dans son
étude les efforts fournis depuis 1822 pour apporter une reconnaissance
juridique à l’existence d’une communauté luso-brésilienne, comme la venue
du président de la République portugaise au Brésil en 1922 ou la signature
d’un traité commercial en 1933. En guise de conclusion, il souligne
l’importance du traité d’amitié et de consultation, signé entre les deux pays en
1953, dans l’établissement de cet objectif. La plupart des ouvrages cités
précédemment reprennent ces mêmes événements, considérés comme
hautement significatifs.
À défaut d’être considérées comme des travaux de recherches historiques,
tenant compte des impératifs scientifiques les plus modernes, aujourd’hui
3estimés comme élémentaires , ces œuvres, dans leur ensemble, constituent
toutefois un matériel de première main pour étudier la perception que l’élite
portugaise possède du Brésil et des relations luso-brésiliennes depuis 1822.

Dans ce panorama bibliographique numériquement et qualitativement
limité, il faut cependant noter les efforts de certains chercheurs des deux côtés
de l’Atlantique, en particulier à partir des années 1990, pour sortir l’histoire
des relations du Portugal et du Brésil indépendant de ce carcan idéologique et
travailler enfin sur les sources.
Dans un article publié en 1991, l’historien brésilien Caio Boschi
s’intéresse à l’impact de la révolte républicaine à Porto en 1891 sur les
4relations entre le Portugal et le Brésil . À l’aide des archives diplomatiques et

1. Joaquim Lanca, Brasil, herança do genio português, Braga, Livraria Cruz, 1965 ; Joaquim Lanca, Dois tratados
1825-1953 : subsidios para a communidade luso-brasileira, Lisboa, Neo Gravura, 1958 ; João Pereira Basto,
Angola e Brasil : duas terras lusiadas do Atlantico, Lourenço Marques, Tip. Minerva Central, 1964 ; José Caeira
da Matta, A communidade luso-brasileira, Lisboa, Imp. Portugal-Brésil, 1955.
2. A. da Silva Rego, Relações luso-brasileiras 1822-1953, Lisboa, Ed. Panorama, 1966.
3. A. par exemple, écrit son ouvrage à partir d’un travail bibliographique, sans recourir à aucune
archive.
4. Caio C. Boschi, “O 31 de Janeiro no contexto das relações diplomáticas luso-brasileiras (1890-1894)”, in
Estudos Ibero-Americanos, Porto-Alegre, vol. 17, n°1, 1991.
32
de la presse, il évoque les imbroglios diplomatiques entre les deux
gouvernements, provoqués par les accusations de complicité dans le
soulèvement républicain à l’encontre d’un consul brésilien. Caio Boschi
contribue ainsi à éclaircir cette période d'incertitudes et de tensions entre la
jeune République brésilienne et la monarchie portugaise.
Sur une période plus récente des relations luso-brésiliennes, la thèse de
Williams Gonçalves, publiée en 1994, traite des relations politiques entre le
gouvernement salazariste et le gouvernement Kubitschek au Brésil (1956-
11960) . Il souligne comment le concept de fraternité luso-brésilienne a été à la
base d’une alliance non écrite entre les deux pays, s’exprimant notamment par
la solidarité du gouvernement brésilien sur les positions coloniales
portugaises.
Le Portugais Eduardo Cordeiro Gonçalves fournit également en 1995 une
très bonne étude sur les relations bilatérales Portugal-Brésil entre 1889 et
1895, en traitant des conséquences au Portugal de la proclamation de la
2République brésilienne. Eduardo Gonçalves enrichit son analyse de la
correspondance diplomatique en s’appuyant sur d’autres types de sources : les
journaux des sessions du Parlement portugais et la presse. Il dirige en
particulier ses recherches sur la presse de Porto et la Revista do Portugal,
3revue créée et dirigée par le célèbre écrivain portugais Eça de Queiros entre
1889 et 1892. Dans cette étude, Eduardo Gonçalves souligne les problèmes
rencontrés par le gouvernement portugais après le renversement de la
monarchie brésilienne. Sur le plan économique : il montre ainsi les liens
financiers étroits entre les deux pays. Sur le plan politique, les textes
diplomatiques et consulaires mettent en évidence les difficultés de la politique
étrangère portugaise face au nouveau régime brésilien, entraînant une
détérioration progressive des relations luso-brésiliennes jusqu’à la rupture
diplomatique de 1894.
On doit également noter les efforts de certains spécialistes en littérature
pour approfondir la connaissance des relations culturelles et en particulier des
liens littéraires entre le Portugal et le Brésil durant ces deux derniers siècles.
C’est notamment le cas de Nelson Vieira, qui fournit en 1991 une étude sur
4l’image réciproque du Brésil et du Portugal à travers la littérature ou encore
de João Alves das Neves, qui publie en 1992 un ouvrage sur les relations

1. Williams da Silva Gonçalves, O realismo da fraternidade. As relações Brasil-Portugal no governo Kubitschek,
São Paulo, Universidade de São Paulo, 1994 (thèse de doctorat).
2. Eduardo de Cândido Cordeiro Gonçalves, Ressonâncias em Portugal da implantação da República no Brasil
(1889-1895), S.E., 1995.
3. Eça de Queiros (1845-1900), souvent comparé à Flaubert ou à Zola, est sans aucun doute le plus grand
eromancier portugais du XIX siècle. Il est l’un des chefs de file de la “génération de 70” (Geração de 70), groupe
de jeunes intellectuels portugais qui souhaite rénover la vie culturelle portugaise dans les années 1870 et lier le
Portugal au mouvement moderne. Eça de Queiros s’attaque notamment au romantisme sentimentaliste en
littérature et défend le réalisme comme nouvelle expression de l’art. Il est l’auteur de nombreux essais et romans
réalistes, dont les plus célèbres sont : O Primo Basílio, O Crime do Padre Amaro, O Mandarim, A Relíquia, Os
Maias, A Correspondência de Fradique Mendes, et les deux derniers, A Ilustre Casa de Ramires et As Cidades e
as Serras. À partir de 1872, Eça de Queiros commence également une carrière diplomatique.
4. Nelson H. Vieira, Brasil e Portugal : a imagem recíproca, Lisboa, Instituto de cultura e Lingua portugues,
1991.
33
1littéraires entre le Brésil et le Portugal . Nelson Vieira s’efforce en particulier
de ne pas isoler l’analyse de ses textes du contexte historique ; il manifeste
que le concept de fraternité luso-brésilienne, largement utilisé par les élites
portugaises et brésiliennes, est pourtant basé sur une distance et sur une
méconnaissance mutuelle.

D’une façon générale, à l’exception de ces quelques travaux, le thème des
e erelations entre le Portugal et le Brésil aux XIX siècle et XX siècle a pendant
longtemps suscité peu d’intérêt de la part des historiens et en particulier des
spécialistes en relations internationales – au moins jusqu’à la commémoration
du cinquième centenaire de la découverte du Brésil. Pour quelles raisons ?
Le manque d’études sur ce thème est en premier lieu à inscrire dans un
phénomène plus large : une historiographie des relations internationales du
Brésil, comme du Portugal, globalement très lacunaire.
Tous les historiens qui ont tenté de retracer l’évolution de l’histoire de la
politique extérieure brésilienne conviennent des mêmes caractéristiques : si la
recherche brésilienne est, dans ce domaine, mieux dotée que de nombreux
autres pays d’Amérique latine, l’histoire des relations internationales du Brésil
demeure en partie à faire. On peut notamment se reporter sur ce sujet à
2l’article de 1992 de l’historien brésilien Amado Luiz Cervo ou à celui, plus
ancien mais très complet, de Thomas Skidmore, portant sur l’historiographie
3contemporaine du Brésil . En français, on peut consulter deux travaux : celui
de Guy Martinière, qui présente un exposé de l’histoire de la recherche
4historique au Brésil ou celui d’Emmanuel Garot, qui donne une présentation
5critique de l’historiographie de la politique extérieure brésilienne . En effet,
malgré le dynamisme des centres de recherche, comme ceux de l’Université
de São Paulo (USP), de l’Université de Brasilia ou du CPDOC de la
6Fondation Getúlio Vargas à Rio , les travaux relatifs à la politique étrangère
brésilienne ne constituent qu’une très faible proportion de l’historiographie

1. João Alves das Neves, As relações literárias de Portugal com o Brasil, Lisboa, Instituto de cultura e lingua
portuguesa, 1992.
2. Amado Luiz Cervo, “A historiografia brasileira das relações internacionais”, in Revista Interamericana de
Bibliografia, vol. XLII, n° 3, 1992, pp. 393-409.
3. Thomas Skidmore, “The Historiography of Brasil”, in The hispanic Historical Review, vol. 55, n°4, 1975,
pp. 716-748 et vol. 56, n°1, 1976, pp. 81-109.
4. Guy Martinière, “À propos de l’histoire de l’historiographie brésilienne”, in Cahiers des Amériques latines,
n°14, 1992, pp. 119-148.
e5. Emmanuel Garot, “Un regard sur l’historiographie de la politique extérieure au 20 siècle”, in Centre d’Études
sur le Brésil, Denis Rolland, José F. S. Saraiva, Amado Luiz Cervo (coord.), Le Brésil et le monde, Paris,
L’Harmattan, 1998, pp. 229-248.
6. On trouve dans ces centres de recherche quelques-uns des chercheurs en relations internationales du Brésil les
plus en vue actuellement. C’est grâce à ce dynamisme qu’on doit la sortie, en 1992, de la première synthèse
consacrée à la politique étrangère brésilienne de l’indépendance à nos jours, rédigée par Amado Luiz Cervo,
professeur à l’Université fédérale de Brasília et Clodoaldo Bueno, professeur à l’Université d’État de São Paulo :
Amado Luiz Cervo, Clodoaldo Bueno, História da política exterior do Brasil, São Paulo, Editora Atica, 1991
(réédition en 2003). Le livre a bénéficié d’une nouvelle édition et révision aux Éditions UNB à Brasília en 2008.
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1brésilienne . La majorité des travaux disponibles concerne le processus
d’indépendance, la politique étrangère de l’Empire, la période Rio Branco, le
2gouvernement Vargas et les relations du Brésil avec les États-Unis . Certaines
périodes restent peu connues et très médiocrement étudiées par les historiens,
notamment les années 1830-1840, les dernières décennies de l’Empire ou
encore la période post-Rio Branco jusqu’à Vargas. L’historiographie
brésilienne manque toujours de travaux classiques sur les relations du Brésil
avec le Royaume-Uni, la France ou le Portugal.
Au même titre que le Brésil, l’histoire de la politique extérieure du
Portugal reste encore largement méconnue. Les historiens portugais, en
particulier les spécialistes de relations internationales, ont eux-mêmes
e elongtemps délaissé l’étude de l’histoire portugaise aux XIX et XX siècles,
période caractérisée par la perte de l’empire colonial et le déclin de la nation
portugaise sur la scène internationale. Ainsi, les travaux sur les relations
internationales du Portugal sur les deux derniers siècles demeurent rares, en
particulier sur la période précédant l’accession de Salazar au pouvoir. Il existe
très peu d’ouvrages de synthèse sur la politique étrangère portugaise et les
monographies sur les relations bilatérales du Portugal sont majoritairement
des études sur les relations du Portugal avec le Royaume-Uni, le Saint-Siège
ou l’Espagne. On peut toutefois noter l’ouvrage de Pedro Soares Martinez,
3História diplomática do Portugal : c’est certainement l’ouvrage de synthèse
le plus complet, mais l’historien portugais arrête son étude en 1910. Sur le
eXX siècle, on peut également se reporter à l’article de João Medeiros Ferreira
sur les caractéristiques de la politique extérieure portugaise entre 1890 et
41946 .
Si la rareté des études sur la question luso-brésilienne peut en premier lieu
être imputée à un problème historiographique plus large dans le domaine des
relations internationales, on peut aussi imaginer des raisons plus subjectives
pour expliquer l’absence d’intérêt pour ce sujet de la part des spécialistes en
politique étrangère.
Les historiens portugais ont longtemps eu des difficultés à se détacher du
discours officiel de fraternité luso-brésilienne, largement utilisé et encouragé
par le régime salazariste, au détriment d’études basées sur les sources.
Quant aux historiens brésiliens, ils ont choisi de reléguer au second plan
les relations luso-brésiliennes, considérant, sans doute et non sans raison,
qu’elles étaient moins importantes que d’autres questions, comme celle de la

1. Dans son long article sur l’historiographie de la période contemporaine du Brésil, Thomas Skidmore doit limiter
ses commentaires sur les travaux consacrés à la politique étrangère à quelques paragraphes. Thomas Skidmore,
“The Historiography of Brasil”, op. cit.
2. Les relations du Brésil avec les États-Unis bénéficient notamment de nombreux travaux de qualité d’historiens
nord-américains comme : E. Bradford Burns, The Unwritten Alliance ; Rio Branco and Brazilian-American
Relations, New York, Columbia University Press, 1966. Frank D. McCann Jr, The Brazilian-American Alliance
1937-1945, Princeton, Princeton University Press, 1972. Stanley E. Hilton, Brazil and the Great Powers, 1930-
1939: the Politics of Trade Rivalry, Austin, University of Texas Press, 1975.
3. Pedro Soares Martinez, História diplomática do Portugal, Lisboa, Verbo, 1992.
4. J. Medeiros Ferreira, “Características históricas da política externa portuguesa entre 1890 e a entrada na ONU”,
in Política Internacional, Lisboa, vol. 1, n° 6, 1993, pp. 113-156.
35
politique extérieure du Brésil avec les autres pays du continent américain.
C’est peut-être aussi un moyen d’affirmer que le Brésil s’est engagé, en
matière de politique internationale, dans une voie complètement indépendante
de son ancien colonisateur.
Enfin, la faiblesse des liens économiques et politiques entre le Portugal et
ele Brésil au XX siècle fournit également une explication au manque de
dynamisme des recherches sur ce thème.
Ainsi, dans les travaux de synthèse sur la politique extérieure du Brésil ou
du Portugal, la question luso-brésilienne ne bénéficie, dans les meilleurs cas,
que de quelques lignes ou de quelques paragraphes. Pour expliquer cette très
modeste proportion, outre le manque de monographies sur les rapports
diplomatiques entre le Portugal et le Brésil, l’historiographie des relations
luso-brésiliennes souffre également d’une absence évidente
d’interdisciplinarité.
Le rôle de ces deux éléments – l’émigration et l’immigration portugaises
au Brésil – dans les relations luso-brésiliennes n’a notamment pas mérité le
traitement correspondant à son importance. Des études récentes sur ce thème
montrent à quel point elles peuvent contribuer à la compréhension de
l’histoire lusophone et spécifiquement luso-brésilienne.


L’émigration et l’immigration portugaises au Brésil : un thème
négligé

L’émigration et l’immigration portugaises au Brésil et leurs conséquences
sur les relations entre le Portugal et le Brésil ont encore été peu étudiées,
proportionnellement à l’importance quantitative et sociale de ce phénomène.
Après avoir été titulaire d’une chaire d’histoire à l’Université d’État de São
Paulo (UNESP), aujourd’hui professeur invité dans différentes universités
portugaises, notamment à l’Université de Porto (Universidade Portucalense),
Maria Beatriz Nizza da Silva s’est efforcée dans un ouvrage de recenser les
différentes sources disponibles au Brésil sur l’immigration portugaise. Elle
constate les lacunes énormes de ce thème dans l’historiographie portugaise et
brésilienne, alors que de nombreux livres sont consacrés à l’immigration
1italienne ou allemande . Maria Beatriz Nizza da Silva propose des pistes
d’études sur l’immigration portugaise et son enracinement au Brésil à travers
les associations, les périodiques et la constitution d’une élite.
Cependant certains travaux apportent déjà des analyses très pertinentes sur
cette question. Au Portugal, Miriam Halpern Pereira est l’une des grandes
2spécialistes de l’émigration. Cette historienne de l’économie s’est attachée à

1. Maria Beatriz Nizza da Silva, Documentos para a história da emigração portuguesa no Brasil : 1850-1938, Rio
de Janeiro, Nórdica, 1992.
2. Miriam Halpern Perreira est l’auteur de différents ouvrages ou articles traitant de l’histoire économique
portugaise comme : Livre-câmbio e desenvolvimento em Portugal na segunda metade do século XIX, Lisboa, Ed.
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ecomprendre les causes et les conséquences de l’émigration à la fin du XIX
siècle, dans le contexte des transformations économiques et sociales du
Portugal. Son ouvrage sur la politique portugaise d’émigration, publié en
1981, A política portuguesa de emigração : 1850 a 1930, permet
d’appréhender la fonction économique et sociale de l’émigration dans la
société portugaise entre 1850 et 1930 et l’attitude du gouvernement portugais
1face à ce phénomène . Il souligne notamment le lien financier établi entre le
Portugal et le Brésil à travers cette émigration.
2Au sein de l’Université de Porto, Maria Antonieta Cruz et, plus
3récemment, Jorge Fernandes Alves , dans sa thèse de doctorat, s’efforcent
d’analyser l’origine et la nature de l’émigration portugaise vers le Brésil dans
ela seconde moitié du XIX siècle. Leurs travaux – respectivement Agruras dos
emigrantes portugueses, paru en 1987, et Os brasileiros : emigração e
retorno no Porto oitocentista, publié en 1993 – témoignent d’un nouveau
dynamisme des recherches autour de ce thème depuis la fin des années 1990,
4sous l’impulsion de différents centres de recherches au Portugal. Ce
dynamisme se concrétise en 1992 par la tenue du premier colloque
einternational à Lisbonne sur le thème de l’émigration au Portugal aux XIX et
e 5XX siècles . Organisé notamment par Miriam Halpern Pereira et Maria
Beatriz Nizza da Silva, l’événement réunit des historiens, des sociologues, des
anthropologues et des économistes, principalement portugais et brésiliens.
L’un des objectifs du colloque est d’étudier l’acculturation ou l’intégration de
l’émigré portugais. Il est notamment motivé par le constat d’un manque de
conscience au Brésil de la dimension portugaise de l’immigration : “Les
études sur les Italiens, les Espagnols, les Japonais ou les Yougoslaves ne
manquaient pas. L’émigration portugaise était, au contraire, mal connue et la
composante démographique d’origine portugaise, considérée comme une
6espèce d’héritage des temps coloniaux” .
En effet, les études sur l’immigration portugaise au Brésil, sur sa place et
sa fonction dans la société brésilienne sont peut-être encore plus rares que les
travaux sur l’origine, la nature et les conséquences de l’émigration au
Portugal.

Cosmos, 1971. “Demografia e desenvolvimento em Portugal na segunda metade do século XIX”, in Análise
Social, n° 25-26, 1970, pp. 85-117. Revolução, finanças e dependência externa, Lisboa, Sá da Costa, 1979.
1. Miriam Halpern Perreira, A política portuguesa de emigração : 1850 a 1930, Lisboa, A Regra do Jogo, 1981.
2. Maria Antonieta Cruz, Agruras dos emigrantes portugueses no Brasil : contribuição para o estudo da
emigração portuguesa na segunda metade do século XIX, Porto, Centro de História da Universidade, 1987.
3. Jorge Fernandes Alves, Os brasileiros : emigração e retorno no Porto oitocentista, Porto, Faculdade de Letras
da Universidade do Porto, 1993 (thèse de doctorat).
4. C’est notamment le cas du Centre d’Études d’Histoire Contemporaine Portugaise (Centro de Estudos de
História Contemporânea Portuguesa) ou du Centre de Recherche et d’Études de Sociologie de l’ISCTE (Centro
de Investigação e Estudos de Sociologia do ISCTE).
5. Cf. Imigração em Portugal, Actas do Colóquio Internacional sobre Emigração e Imigração em Portugal.
Séculos XIX e XX, (Miriam Halpern Perreira, Maria Beatriz Nizza da Silva, Maria Ioannis Baganha, Maria José
Maranhão, org.), Lisboa, Fragmentos, 1993.
6. Ibid., p. 6.
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Pendant longtemps l’historiographie sur ce thème s’est limitée à des
travaux écrits, il y a plus de 60 ans, par des Portugais, dans l’intention de
1valoriser la présence et l’action de l’immigration portugaise au Brésil .
C’est par exemple le cas du livre de Nuno Simões, O Brasil e a emigração
portuguesa, qui publie en 1934 une compilation de données statistiques, de
discours et de textes écrits dans divers journaux sur les caractéristiques
économiques, sociales, politiques et culturelles de l’immigration portugaise au
2Brésil . Nuno Simões a surtout pour objectif de démontrer que l’immigration
portugaise est celle qui convient le mieux à la société brésilienne : “Plus
qu’aucune autre émigration, l’émigration portugaise s’intègre dans la vie
3ethnique du Brésil et dans sa structure économique” .
En 1944, Armando de Aguiar, dans Portugueses do Brasil, exalte à son
tour le succès financier et intellectuel des immigrés portugais dans la société
brésilienne et souligne le développement des activités culturelles et
4philanthropiques de l’élite de la communauté portugaise. Ces travaux
donnent ainsi une image idéale de l’immigration portugaise au Brésil, sans
analyse critique, se bornant à reproduire la représentation que l’élite de la
colonie portugaise a élaborée pour justifier sa propre présence et son action au
Brésil. À défaut de constituer des références bibliographiques, ces ouvrages
fournissent des témoignages sur la perception que l’élite immigrée a d’elle-
même et du Brésil.
Outre ces documents, quelques livres plus récents s’efforcent de traiter du
thème de l’immigration portugaise au Brésil. Soulignons les efforts de
quelques travaux.
Tania Penido Monteiro publie en 1985 le résultat de ses recherches sur la
place de la communauté portugaise dans le commerce de l’État de Bahia dans
e 5la seconde moitié du XIX siècle : Portugueses na Bahia na segunda metade
do século XX. Emigração e comércio. Tania Monteiro nuance notamment
l’idée communément admise que le commerce bahianais est entièrement
edominé par la communauté portugaise au XIX siècle. Si les Portugais gardent
une certaine emprise sur le milieu commerçant de Bahia, l’historienne
brésilienne montre l’atrophie progressive du commerce portugais à Salvador,
au profit d’une participation croissante des Brésiliens et de la prééminence
britannique dans les intérêts commerciaux de cet État. Les analyses
pertinentes formulées par Tania Monteiro sur l’immigration portugaise ne
sont cependant pas forcément applicables à l’extérieur de l’État de Bahia. En

1. Cf. notamment Junior Antônio Francisco Bandeira, O português no Brasil, estudo político, Rio de Janeiro, Typ.
Mont Alverne, 1895. Antonio Gomes de Azevedo Sampaio, Os portugueses no Brasil, tentamen de renovação
patriótica, Rio de Janeiro, Casa Mont Alverne, 1899. Pedro Muralha, Portugal no Brasil. A colonização
portuguesa, Lisboa, Tip. Luso-Gráfica, 1927. Nuno Simões, O Brasil e a emigração portuguesa, Coïmbra, Imp.
da Universidade, 1934. Armando de Aguiar, Portugueses do Brasil, Lisboa, Tipografia da Empresa Nacional de
Publicidade, 1944.
2. Nuno Simões, O Brasil e a emigração portuguesa, op. cit.
3. Ibid., pp. 16-17.
4. Armando de Aguiar, Portugueses do Brasil, op. cit.
5. Tania Penido Monteiro, Portugueses na Bahia na segunda metade do século XX-Emigração e comércio, Porto,
Secretaria de Estado das Comunidades Portuguesas-Centro de Estudos, 1985.
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