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LE " LÂCHER PRISE " EN MÉDIATION THÉRAPEUTIQUE

De
184 pages
Préface de Marie-Christiane BEAUDOUX
La Médiation Thérapeutique a fait l'objet de " descriptions " théoriques, éthiques et pratiques. Mireille Aïn inaugure avec ce volume un autre type de description, elle évoque le vécu intime de son " lâcher prise ". " Lâcher prise " consiste à abandonner progressivement les " résistances ", à accepter les manifestations de l'instinct.
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Le « Lâcher prise» en Médiation Thérapeutique

Cet écrit a été l'objet premier d'un mémoire de diplôme intitulé: « Désordres, inquiétudes et grandeur du Savoir Intelligent en Médiation Thérapeutique » (Juin 1999)

CL'Harmattan, 1999 ISB~:2-7384-8699-1

MireilleAiN

Le « Lâcher prise» en Médiation Thérapeutique

Préface de Marie-Christine Beaudoux

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'Écale-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Ine. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADAH2Y lK9

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CoUection

Passerelles de la Mémoire

dirigée par Jean Ambrosi

Cette collection rend compte d'un lien original entre ethnologie, anthropologie, mythologie, psychothérapie... Elle fait état d'une intention "ethnopsychiatrique" particulière. Bien des rites anciens ou étrangers à notre culture, observés dans leur étrangeté apparente, nous remettent en contact avec nos propres rites oubliés. C'est à cet éveil que cette collection prétend participer.

Déjà parus
AMBROSI Jean, La médiation thérapeutique. CLAUDE Catherine, L'enfance de l'humanité. MOREAU Alain, Structure de la relation. AMBROSI Jean, Le désir de changement. Les entretiens du troisième mercredi. RAULT Alain, Pour une psychiatrie de la rencontre (les passagers des longs couloirs). AMBROSI Jean, Transfert et relation de sympathie. THEDE Nancy, Gitans et flamenco, les rythmes de l'identité. NGANDU Nkashama Pius, Mémoire et écriture de l'histoire dans Les Écailles du ciel de Tierno Monénembo. DIETERLEN Germaine, Les Dogon, notion de personne et mythe de
la création.

PREFACE
Dispensée de rapporter ce que peut être la Médiation Thérapeutique, Jean Ambrosi s'y étant préalablement attaché en trois volumes (1996, 1997 et 1998), Mireille Aïn raconte, sans souci de coïncider avec «la théorie». Son témoignage est le premier écho «de l'intérieur» concernant la Médiation Thérapeutique. A travers le récit de son parcours privé, l'auteur, aujourd'hui thérapeute en activité, n'hésite pas à transmettre la part d'humanité qui la concerne, à évoquer les méandres d'un cheminement intime en quête d'un équilibre et, plus avant, de sa spécificité. Ce témoignage, trop rare dans la profession, est d'une grande force et il convient d'apprécier le courage de l'auteur et la spontanéité dont elle fait preuve. Mireille Aïn développe un style vivant, parfois emporté, qui prend toute sa force aux moments les plus inattendus, les plus «délicats». Elle n'hésite pas, non plus, à ouvrir des parenthèses fulgurantes, à donner à réfléchir en inaugurant elle-même la réflexion, ... Un tel volume trouve naturellement sa place dans la bibliographie essentielle concernant la Médiation Thérapeutique, une place de choix, que Jean Ambrosi et moi-même lui accorderions volontiers s'il nous était donné de le faire, ... mais le volume s'impose de luimême!
Marie-Christiane BEAUDOUX.

Parus dans la même

collection : :

De Jean AMBROSI « La Médiation thérapeutique»

suivi de « Vocabulaire de la MT »,1996. », 1997. », 1998

« Le Désir de Changement

« Transfert et Relation de Sympathie

I MÉMOIRES

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Savoir intelligent:
«1. Siège de la pensée et de l'activité volontaire. (Au cours de la morphogenèse, ce système apparaît à la suite de l'inscription de la moelle épinière et de ses circuits afférents.) -2. Lafonction du savoir intelligent consiste à assurer une prévision de conduite en rapport avec le monde. A cet effet, le savoir intelligent utilise la mémoire et décide du comportement en tenant compte des expériences accumulées.» Jean Ambrosi, «La médiation thérapeutique.»

Un savoir intelligent raconte Pour un savoir intelligent * 1assister à sa mise en médiation* est chose douloureuse. Je vais essayer de raconter mes mésaventures pour en arriver là. La chose n'est pas aisée car nous étions deux: lafemme sauvage* et moi. Elle, par vocation, est tapie dans l'ombre et vouée au silence. C'est ce qu'on pourrait croire. Par sa fonction, elle préside aux sens dans ce que l'on pourrait qualifier d'animalité. Hélas, il n'en n'est rien! La fulgurance du lapsus, la peau de banane qui fait déraper la logique, c'est elle... Le contre-sens révélateur, inopportun, encore elle ... Et pendant que je m'excuse, j'entends, venant du plus profond de lapersonne*, comme un immense éclat de rire. La personne, vous l'avez compris, est l'ensemble de ce qu'il est convenu d'appeler, en médiation thérapeutique: les deux savoirs. Témoignant uniquement du ressenti d'un savoir intelligent lors de cette thérapie, et bien que la personne dont il s'agit, l'auteur en l'occurrence, soit une femme, j'ai choisi de m'exprimer au masculin. S'il m'arrive quelquefois de parler au féminin, c'est parce que je pense m'exprimer au nom de la personne dans son ensemble et avec le consentement de la femme sauvage. Une thérapie, c'est dur, surtout quand on est persuadé qu'on n'a pas besoin d'être soigné. Il y avait bien un malaise aigu, mais je pensais sincèrement trouver tout seul comment y remédier! Jusqu'au jour où, un coup de fil, un rendez-vous... comme un défi qui m'était lancé, ou que je m'autorisais, histoire de vérifier que la mode des «psys» n'était rien d'autre qu'une manière onéreuse que la bourgeoisie s'offrait pour gratter ses boutons... Il n'aurait pas fallu insister beaucoup pour que je dise que lapersonne* était suffisamment ingrate pour s'ennuyer dans le petit confort que je lui avais acquis. Mais j'avais de la ressource, le divertissement était possible et la cause n'était pas perdue. Bien sûr, il y avait le corps qùi ne voulait plus rien, et j'attendais 10

la confirmation de psychosomatisme pour reprendre mes prérogatives de chef, qu'on me reconnaisse comme le seul élément fiable de l'édifice, celui sur lequel on pouvait s'appuyer! Mais, de longs mois après, de colites en dermatoses, de crises aiguës en découragements de 'toutes sortes, j'ai du accepter mon propre changement. Le jour où la personne dont je m'occupe a pris deux chaises, a posé fictivement son savoir sauvage * sur l'une et moi sur l'autre en nous mettant en demeure d'arrêter de la transformer en champ de bataille et nous a donné un préavis de trois mois pour trouver un projet de vie convenable, je n'en menais pas large. D'autant qu'elle nous avait fait remarquer que des morceaux de cerveaux n'avaient pas droit aux ASSEDIC, que le recyclage était du domaine de l'hypothèse et que si elle avait besoin de nous, l'inverse était encore plus vrai. J'en étais d'autant plus affecté que c'est moi, avec mon air sceptico-cynique qui avais voulu lire l'ouvrage qui parle de cette histoire de «médiation», et qui par voie de conséquence, ai fourni la technique des deux chaises. Je regrette, mais si on en mesurait tous les effets, on interdirait l'instruction et la réflexion. Quoi qu'il en soit, c'est à moi que l'on demande de ranger, classer, ordonner tout ce qui s'est passé, car bien sûr la communication logique est mon domaine de prédilection. Montrer comment je me suis moi-même piégé, débordé, acculé à la remise en cause permanente n'est pas chose facile. Mais le temps*2 a passé, et après la douleur, il reste l'intérêt. Car au plus profond de la dissolution gisait une frange ludique et questionnante, un espace surprenant où angoisse-et humour se côtoyaient, où poésie et fantastique jouaient avec Shakespeare et Lévinas. Ce lieu privilégié. où je me croyais seul est l'unique motif que j'ai eu de tolérer cette thérapie. C'est en y accédant que je me suis engagé ensuite, au risque de mon propre changement. * Et un jour, j'ai découvert que ce lieu était occupé par ce qu'on appelle « l'homme sauvage *». Mais ce jour là, je savais ce qu'était un espace de médiation... alors... Il

La démarche thérapeutique m'avait surpris, car ellè n'était pas planifiée. La méthode m'avait intrigué dès le départ. N'y comprenant rien, je pris des notes, me réservant le droit de démontrer brillamment J'incohérence de ce que je considérais au mieux comme une fantaisie. Au départ, je n'étais pas inquiet. Le travail était impossible! Les obstacles financiers et géographiques vouaient cette tentative à l'échec dans un laps de temps plus ou moins proche. Toutefois, très vite, j'ai eu peur. Dans mon récit chronologique (numéro de séance, thème évoqué, travail fait, résultat désastreux) il y eût des moments où la main semblait échapper à mon contrôle. Et j'écrivais des choses dont je ne voulais parler à aucun prix car elles arrivaient sous forme d'images* incongrues en séance ou entre deux rendez-vous. Et bien sûr, je me sentais obligé de noter, puisque c'était là ! Ces écrits m'ont semblé témoigner de déchirures dans la linéarité de la pensée*, du temps, de l'espace. Cette rupture logique laissait émerger un jaillissement incontrôlé duquel je dus bien tenir compte, quitte à le récupérer à mon niveau, c'est à dire dans un cognitif qui fonctionne en logique de causalité, au risque de l'affadir, voire de le dénaturer. Pour bien montrer que je n'en étais aucunement responsable, je les ai sortis du fichier thérapie, les ai transcrits en italiques et regroupés dans un fichier que j'intitulais « On iris». Le résultat fut que la description du travail thérapeutique: mouvement */ saisons / thème de questionnement était aussi désagréablement sec qu'un manuel d'anatomie du siècle dernier. J'ai donc du accepter ces déferlantes d'images que j'avais récusées, et cela jusqu'à dire qu'après tout, elles m'étaient agréables. Je les ai accompagnées de textes, des références théoriques empruntées à d'autres, les reconnus... même s'ils sont controversés. Ca, c'était moi qui notais, par recherche de garde-fous, par manière de me rassurer. Je les ai donc appelés « résonances» chaque fois que j'avais, moi, l'impression de déraisonner.

Et puis, il y eût ces espèces de modifications de la sensation 12

physique, ces « ressentis corporels», un peu comme si les poussées dans l'imaginaire descendaient au niveau organique. Et là, j'éprouvais une grande panique. Pourtant, j'avais toujours justifié tous les dysfonctionnements par une grande théorie. sur le psychosomatisme où, bien évidemment, le problème relevait du corps, et non pas de l'esprit. Intellectuellement, je pouvais admettre que l'homme n'est pas un saucisson pour être coupé en tranches, que tout ce qui ne descend pas au niveau du corps n'est que littérature et que c'est comme ça qu'il convenait d'interpréter les travaux de Gaita et leur conclusion sur le problème du mal « Le mal, c'est d'avoir séparé Malkuth du reste de l'arbre.»3 Dans mon concept de globalité, il était clair que la suprématie revenait à J'intellect! Force me fut de reconnaître que cette histoire hiérarchique ne résistait pas à l'analyse des faits à l'état brut. Au chevet de ma mère prétendue mourante, j'ai entamé un questionnement que j'ai décidé de suspendre pour incompétence provIsoIre. De fait, j'ai pu constater avec quelques patients, que le corps a un langage* qui lui est propre, donc susceptible d'échapper au contrôle d'un savoir intelligent, qu'il peut imposer la nécessité du changement et en donner les indications. J'ai enragé longtemps de ce que je ressentais comme une dépossession, mais, puisque matière il y a, j'ai pris le parti de m' intéresser de plus en plus au cerveau en général et au système limbique en particulier, car il me répugne un peu d'émettre des verdicts doctes, mais peu flatteurs sur l'architecture de chair, d'os, de substances grises ou blanches qui m'abritent, et dont, à mon grand dam, je suis issu. Sachant que la voie thérapeutique, qu'elle soit accompagnée par un thérapeute extérieur, qu'elle ait lieu en auto médiation., ou qu'elle soit induite par le patient sur l'autre chaise est une voie d'exigence, j'ai sans aucun doute envie de me rassurer quelque peu, chercher ma place dans tout ça. Même si je sais que dans ce chemin de constante métamorphose plaisir et mutation peuvent aller de pair dès que le processus, la méthode et le ressenti se fondent en conscience., j'ai besoin* de 13

commencer à dégager la dimension ludique de ma propre dynamique, ainsi que les questionnements qui peuvent autoriser cette démarche à continuer, non plus malgré moi, mais avec moi. Je suis donc allé fouiller dans ma mémoire*, actualisant ce qui m'était utile dans l' «Ici et maintenant» de mon questionnement actuel, dans ma volonté de changement, bien conscient que la lecture que fen fais n'a de valeur qu'au moment où je la fais, et qu'elle obéit à ce que j'accepte d'appeler ma « seconde mémoire».
Résonance Raymond Abellio, La Structure absolue, Gallimard. « Et on dirait que nous avons en effet deux mémoires, la nôtre, qui est celle de notre histoire... et une seconde qui déborde cellelà et qui est comme lafonction d'historialisation de notre histoire elle-même, celle qui lui donne non seulement le sens qu'elle a mais celui qu'elle aura en s'intensifiant sans fin jusqu'à l'origine du monde et qui, autrement dit, effectue non seulement l'intégration de mon passé (cela c'est mon présent qui l'assume), mais l'intégration sans fin de cette intégration (et ceci est assumé par le présent de cet autrui absolu). Elle veut qu'ils (les événements passés) surgissent une troisième fois, et même une infinité de fois comme ayant été chaque fois le présent d'un étranger idéal soutenant tous les possibles actuels et vivants qu'ils ne postulaient nullement lorsqu'ils prirent leur naissance, c'est à dire l'ensemble réalisé de toutes les finalités contingentes et conjecturales suspendues maintenant en moi»

Il me restait donc à me pencher honnêtement sur les obstacles que j'avais rencontrés, avec l'œil froid de l'entomologiste, scruter d'un entendement renouvelé le miroir de la mémoire et les obstacles que j'ai rencontrés, qui ont tous chaque fois mis un peu plus à mal Narcisse... Mais Narcisse n'appartient pas à la race des mortels... Le premier obstacle qui est apparu dans le miroir thérapeutique, c'est incontestablement le refus de la forme.

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- 1 -FORME

ET CHANGEMENT

La problématique de la forme, de l'acceptation du corps, de la réalité, du sol est revenu de manière récurrente, quelquefois violente, souvent désespérée. Elle n'était pas nouvelle. Forme / enfermement, enfer même. Formalisme, formalisation... 4 forme et sommeil, même champ Mop<P11, OPCPOEUO M sémantique, même goût de mort*. Alors, la métamorphose? I) fallut reprendre l'étymologie pour réaliser que, contrairement à ce que j'aurais souhaité, meta voulait dire avec, et non pas au-delà, que la métamorphose ne signifie pas plus au-delà de la forme que métaphysique* au-delà de la physique. Et il fallut bien admettre que le changement sans forme ou la métaphysique sans corps étaient ce que les bulles sont au champagne et les trous à l' Emmental...

De même que la Bel1e au bois dormant n'a pas été réveillée par les trompettes des anges, la lyre d'Orphée n'a pas suffi à ramener Eurydice. La volonté, le désir sans corps ne seraient-ils que vœux pieux? Le jour où je me suis entendu dire à une patiente qu'il était important de formaliser les deuils*, de leur donner corps par le geste afin que l'espace ainsi libéré prenne forme, matière et réalité... j'avoue que je me suis surpris. Non pas par la valeur de l'assertion, mais par l'étape que je venais de franchir. Car tout a commencé par un deuil et un défi. Désirs
Je voudrais que mon livre soit de sable, de mouvance et de devenir. Il faudra donc le relier d'immatériaux solides et le coudre des fils de l'araignée d'espoir.

Que les plats en soient d'eau et de vent, liés ensemble par le sang du dragon mêlé à parts égales d'Hospices de Beaune, les tranchefiles de rosée de juin et les signets nattés d'un cristal de Bohême à la transparence verdie aux rayons du printemps.
Pour les gardes, il n 'yen aura pas, car la non-Jorme et la nonpensée ne s'enferment que de leur propre volonté. Pour l'imprimer, il faudra détruire toutes les presses et tous les papiers. De leurs cendres mêlées et glacées aux rayons de lune pleine, on fera une pâte molle, plastique et étirable que l'on encollera de gelée royale roussie. Les mots seront d'air uniquement, de particules non assemblées et se mouvant perpétuellement, chacune colorée comme un arcen-ciel de duvet de perroquet nubile. Bien sûr, on ne les fixera que provisoirement dans une encre de sève recueillie à midi plein dans un creuset de nacre.

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La justification de tirage sera remplacée par le pinceau la dissolution, celle du lecteur, bien entendu!

noir de

Le livre au repos ne doit être que réceptacle de lumière imprécise, toutefois aussi brillant que banquise au soleil d'une nuit boréale.
En mouvement, ses feuillets auront des bruissements de faille. secs et soyeux à la fois dans un mélange de papier de chine et d'ailes de machaon. Pour le feuilleter, il faudra en caresser très doucement les tranches et les obliger à émettre le feulement aigu du cristal surchauffé, car les mots sont d'abord musique, la pensée rythme avant toute chose, et la lettre n'émerge que sous l'action subtile de l'amour. (Décembre 1995)

Ce texte fut produit à l'occasion de mon premier rituel de deuil privé. . Ma créativité? Je ne m'en connaissais aucune et m'en inquiétais modérément. Ecrire? Peut-être, mais pourquoi donc? L'impermanence des choses m'était acquise, et finalement, l'acte de formaliser ne me semblait que déjection. Noble, sans doute, mais déjection quand même! Alors quoi? Formaliser, c'est tuer disais-je dans de grands mouvements de rage, c'est enfermer, et nul n'a le droit d'emprisonner ni la vie, ni la pensée! La colère et la jalousie au ventre, au cœur le sentiment de ma propre impuissance devant toute tentative de création tout aussi avortée que cet enfant que je n'avais su mener à bien pour cause de pressions sociales, cet enfant dont j'avais justement fait le deuil la veille, j'essayais. de justifier ma créativité non aboutie sous forme d'un défi adressé à une de mes amies relieuse d'art. J'étais devant mon propre défi, devant mon objecti.f* aussi, mais je ne le savais pas! Ma théorie, jusque là, était que le ver a toujours raison du fruit, que le vent use toujours les falaises, que les constructions humaines, matérielles et tangibles n'ont pour finalité que leur propre destruction, et que donc, la créativité, si elle passait par la

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forme, n'était que vanité potentielle, flatterie pour un ego malade de chronos. Et n'oubliez pas la béance qu'introduit la distorsion du message! Toute forme idéalement rêvée passée par les filtres du corps, la main malhabile, les yeux mal ouverts, sans compter le daltonisme, la cataracte et les lunettes sales, les pauvres oreilles de Beethoven, ou les jambes de la danseuse musclées d'un volonwisme exacerbé, tout cela ne pouvait rien donner de mieux qu'une mauvaise tentative de s'approprier un absolu qui ne nous appartient pas, et de l'assener comme une vérité première à quelqu'un d'autre qui, dans le meilleur des cas ne nous a rien demandé. La création n'est donc que crime de lèse idéal! Et au nom de la vanité des choses matérielles, je ne faisais rien, sinon classer et étiqueter le savoir des autres, les productions des autres, leurs immortels chefs d'œuvre que poussière et aspergillus envahissaient et détruisaient au nom du temps qui passe. Car Chronos ne mange pas que ses fils, il dévore aussi les fils de ses fils... et cela pour l'éternité* ! Restait que mes seuls amis étaient artistes, peintres, poètes ou acteurs. Ils exerçaient sur moi l'étrange fascination du dérisoire défendu. Mandala
La lamaserie entière se livre à une immense prière collective. La position du lotus, et la matière la plus volatile qui soit... le sable, de fait, la plus solide, réduite à son expression la plus subtile, colorée de sa propre nature, ou mêlée au suc des végétaux. La lamaserie fait, dans l'immobilisme maîtrisé du silence et du souffle retenu, dans l'économie du geste et la paix d'un mental pacifié, comme une sanctification de l'inutile. Au sol, le mandala prend forme! Une forme .fixée depuis des millénaires, une forme toujours la même, des couleurs, des courbes et des droites immuablement déterminées par, ou pour je ne sais quels esprits!

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