Le massacre de Melouza

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Le CREAC a estimé nécessaire et indispensable de consacrer un livre sur ce drame où les faits rapportés dans la presse française et internationale et les documents officiels sont replacés dans leur contexte et dans l'histoire de la Révolution algérienne. Il montre bien que la tuerie de Melouza s'inscrit dans la chaîne des massacres organisée par le FLN pour éliminer le MNA et devenir le seul interlocuteur de la France. Dans le débat ouvert sur l'écriture d'une histoire sans tabou de la guerre d'Algérie, on ne peut occulter les pages sombres de celle-ci.
Publié le : samedi 1 avril 2006
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EAN13 : 9782296145924
Nombre de pages : 202
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LE MASSACRE DE MELOUZA AIgérie-juin 1957

www.librairieharmattan.com di[fusion .hanllattan@wanadoo.fi. harmattan 1@wanadoo. fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00472-5 EAN : 9782296004726

Jacques SIMON

LE MASSACRE DE MELOUZA Algérie-juin 1957

Publié avec le concours du FASILD

L'Harmattan 5-7, rue de École-Polytechnique; 75005 Paris l' FRANCE
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Collections CREAC-Histoire - Politique et Société Centrede Rechercheset d'Étudessur l'AlgérieContemporaine
Le CREAC entend: la publication d'ouvrages anciens, tombés dans le domaine public dont la richesse historique semble utile pour l'écriture de l'histoire. - Présenter et éditer des textes et documents produits par des chercheurs, universitaires et syndicalistes français et maghrébins.

- Promouvoir

Déjà parus: La Fédération de France de l'USTA (Union Syndicale des Travailleurs Algériens. Regroupés en 4 volumes par Jacques SIMON, en 2002). - Le premier Congrès Ouin 1957).- Le deuxième Congrès (novembre 1959).- FLN contre USTA.- Son journal : La Voix du Travailleur Algérien. - Messali Hadj (1898-1974), Chronologie commentée. Avec le concours du Fasild -L'immigration algérienne en France de 1962 à nos jours (œuvre collective sous la direction de Jacques Simon) - Les couples mixtes chez les enfants de 1'immigration algérienne. Bruno LafJort . - La Gauche en France et la colonisation de la Tunisie. (1881-1914). Mahmoud Faroua, . - L'Etoile Nord-Africaine (1926-1937), Jacques Simon,. - Le MTLD (Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (19471954)(Algérie), Jacques Simon - La réglementation de, l'immigration algérienne en France. Sylvestre Tchibindat. - Un Combat laïque en milieu colonial. Discours et œuvre de la fédération de Tunisie de la ligue française de l'enseignement (1891-1955).Chokri Ben Fradj -Novembre 1954, la révolution commence en Algérie. J Simon -Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912)Abdelkrim Mejri - Les Algériens dans le Nord pendant la guerre d'indépendance. Jean René Gen!y. - Le logement des Algériens en France. Sylvestre Tchibindat. - Les communautés juives de l'Est algérien de 1865 à 1906. Robert Attal. -Le PPA (Le Parti du Peuple Algérien) JSimon -Crédit et discrédit de la banque d'Algérie (seconde moitié du XIXè siècle) M.L.Gharbi -Afilitant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H. Baghriche A paraître -Constantine, le cœur suspendu. R.Attal, « LibreAlgérie »S.Tchibindat-JSimon

Remerciements
À Dalila Cherif et Sylvestre Tchibindat pour leurs recherches sur la documentation et leurs contributions à l'élaboration des premiers chapitres. À Danièle Liberge pour l'organisation vrage. et la relecture de l'ou-

Introduction
Le 27 mai 2004, le quotidien algérien El Watan annonçait la tenue d'un« séminaire sur le massacre de Melouza et l'évocation d'une page noire de I 'histoire contemporaine ». Le lendemain, « les hautes autorités du pays craignant un débordement sur d'autres sujets plus complexes ont décidé d'étouffer cette initiative, en évoquant l'autorisation et d'autres artifices ». Ainsi le président Bouteflika demande à la France de stigmatiser son passé colonial, alors que dans son pays, il interdit l'écriture d'une histoire honnête de la révolution algérienne. Depuis sa création, le CREACs'est employé à éclairer les pages sombres de cette histoire. C'est ainsi qu'il a publié un dossier spécial sur le massacre de Melouza (n022, 3è trimestre 2001). Il estime maintenant faire œuvre utile en consacrant un livre à caractère scientifique sur Melouza, c'est-à-dire en replaçant les faits dûment vérifiés dans leur contexte et dans une histoire longue de la révolution algérienne. Dans la plupart des livres d'histoire sur la guerre d'Algérie, le massacre de Melouza est évoqué. Par ailleurs, le documentaire «Les années algériennes» de Bernard Favre et Benjamin Stora (1991), projeté en plusieurs émissions sur Antenne 2 a montré aux téléspectateurs certaines réalités de la guerre d'Algérie. L'un des mérites du film est d'avoir mis en lumière l'ampleur du massacre de Melouza, exécuté d'une manière froide et préméditée à l'encontre de tous les hommes du village, pour des raisons politiques. À ce propos, l'on a entendu Mohammedi Saïd, chef de la willaya III qui n'aurait appris qu'après coup le massacre mais qui a tenté de l'expliquer - sinon de le justifier - en prétendant que les habitants de Melouza étaient des traîtres et en ajoutant: « il faut tuer les traîtres avant les soldats ITançais ».1 L'on a entendu aussi l'ex-capitaine Combette qui a déclaré avoir pris contact avec des groupes du MNA qui l'auraientinformé du massacre qu'il est allé constater,ce qui confmnerait les déclarationsde Mohammedi Saïd. Si l'on rapproche ces deux déclarations, il pourrait sembler que le massacre de Melouza serait la conséquence des relations qui se seraient établies entre le MNAet l'armée française.

Pourtant, dans les faits, le capitaine Combette n'eut des contacts qu'avec des envoyés de Bellounis, chef d'un maquis. Mais ce dernier a tenu, dès sa première déclaration publique à se différencier de Messali et du MNA. Et Messali comme le MNA n'ont jamais considéré Bellounis comme le responsable de l'ALN à composante messaliste. Ils ont toujours affirmé et prouvé leur attachement à deux principes essentiels: l'indépendance de l'Algérie et la souveraineté du peuple algérien. Le défaut du film est d'avoir révélé, sans l'expliquer, l'un des mythes les plus tenaces de la guerre d'Algérie, à savoir l'analogie faite entre le Gouvernement provisoire de la république française (GPRF) présidé par le général de Gaulle à Alger et le GPRA, comme celle faite entre l'ALN/FLN et le Conseil National de la Résistance (CNR). Précisons que le GPRF comprenait des ministres des partis communiste et socialiste qui n'avaient pas renié leur programme. Il en est de même du CNR qui, lors de sa première réunion plénière du 27 mai 1943, a unifié toutes les forces militaires, syndicales et politiques de la Résistance. Le CNR admettait en son sein les FTP et FFI de sensibilité différente, sans exiger comme le FLN leur dissolution et l'entrée dans le CNR à titre individuel. Quant à la CGT réunifiée, elle était, à la différence de l'UGTA, courroie de transmission du FLN dans le monde syndical, structurellement indépendante du GPRF. Enfm, à l'issue de la guerre, le GPRF n'a pas été destitué par l'armée d'Afrique et il a organisé des élections libres à une Assemblée Constituante. Le FLN, par contre, s'est construit en particulier après la décision prise par Abane Ramdane de liquider tous les militants et sympathisants messalistes, comme un parti totalitaire de type stalinien. 2 Le second défaut du film est d'avoir détaché Melouza de son contexte historique et politique, ce qui interdit d'élucider les circonstances et les causes de cette tragédie. A partir de ce film, sans doute utilisé par le président Bouteflika pour interdire le séminaire algérien sur Melouza, nous avons cherché, en dépouillant la presse française et internationale de l'époque, à faire métier d'historien sur cette tragédie. Dans une première partie, un chapitre est consacré au contexte historique, puis, à partir du dépouillement de la presse française et internationale, nous avons précisé les

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faits et les réactions qu'elles ont suscitées: celles des autorités, celles du MNA et du FLN, celle du lobby français du FLN et celles de la gauche socialiste et révolutionnaire. Dans une seconde partie, il sera montré que si la plupart des historiens et hommes politiques algériens et français ont parlé de Melouza, bien peu ont pris la mesure de l'événement comme nous l'établissons pour chacun d'entre eux et dans notre conclusion générale. Pour terminer, il nous est paru indispensable d'établir une chronologie commentée pour établir que le massacre de Melouza ne fut pas un simple épisode de la guerre intestine entre deux partis rivaux mais qu'il s'inscrit, avec le terrorisme urbain de Yacef Saadi, la liquidation de la direction de l'Union syndicale des travailleurs algériens (DSTA), la caporalisation de l'émigration algérienne, la bataille de France lancée par le FLN et la formation du GPRA, comme des moments conduisant à la défaite de la révolution algérienne, dans le contenu social et politique qu'elle conservait jusque-là.

Notes
1

Mohammedi Saïd, ancien agent de l'Abwehr, confirme cette version, dans un article

intitulé: Pourquoi Melouza ? in Algérie Actualité n° 1359 du 31 octobre au 6 novembre 1991. Il conteste la mort de 301 civils désarmés et ne retient que le chiffre de 41 « et ce des deux côtés, car ne l'oublions pas, ce n'est pas une paisible communauté villageoise que le FLN a attaqué, mais un véritable camp de guerre du MNA, dont les hommes utilisaient la population comme bouclier.» 2 Mohamed Lebjaoui fait d'Abane Ramdane « le Jean Moulin algérien» in « Vérités sur la révolution algérienne », Gallimard, 1972, Ch.XII. Lebjaoui savait pourtant qu'à la mi-mars, après le refus du MNA de se dissoudre dans le FLN, Abane a publié le 1er avril un tract où il déclarait la guerre aux messalistes.

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Première partie

Chapitre I Le contexte historique

L'année 1957 est marquée par un tournant dans les relations internationales, une avancée dans la construction de l'Europe occidentale, la décomposition de la IVèRépublique et « le dernier quart d'heure» de l'Algérie française. Les relations internationales de 1945 à 1953 En 1945, avec la défaite des forces de l'Axe et la désintégration amorcée des empires coloniaux européens, le vieux système international s'est effondré, laissant le pouvoir aux deux vainqueurs : les États-Unis et l'URSS. Le temps de la guerre semblait fini. Pourtant, dès le 5 mars 1946, Churchill évoque « la guerre froide» et vers la mi-février 1947, la doctrine Truman marque le début d'une confrontation globale entre les deux Grands que tout opposait: I'histoire, l'idéologie, le système économique et politique.l Le plan Marshall, le « coup de Prague» et le blocus de Berlin en 1948 puis le pacte atlantique et la naissance de la république fédérale allemande (RFA) consacrent la division de l'Europe. En Asie, la proclamation par Mao Tsé Toung de la République

populaire chinoise à Pékin (1er oct.1949), l'arrivée victorieuse des
armées chinoises à la frontière de l'Indochine où le Viet Minh s'installe au Tonkin et la guerre de Corée, ouvrent la première phase de la guerre froide qui s'achève en 1953 avec la mort de Staline et un armistice en Corée.2 La coexistence pacifique Les années 1953-1956 marquent un relatif dégel dans les relations Est-Ouest. Du côté soviétique, le Parti communiste dirigé par Nikita Khrouchtchev adopte une doctrine nouvelle: « la coexistence pacifique ». La lutte des classes reste toujours le moteur de I'histoire et le communisme l'objectif à atteindre, mais la compétition avec le capitalisme sera menée désormais sur le terrain économique et idéologique. 13

Dans son discours au XXèmeCongrès du Parti (PCUS) du 14 février 1956, Khrouchtchev dénonce le culte de la personnalité et la nécessité de procéder à une déstalinisation progressive du système.3 Il énonce par ailleurs les principes pour une paix durable dans le monde entier si : « l'on faisait reposer les relations entre l'URSS et les Étatsunis sur les cinq principes de la coexistence pacifique: respect mutuel de l'intégrité territoriale et de la souveraineté, nonagression, non-ingérence dans les affaires intérieures, égalité et avantage réciproque, coexistence pacifique et coopération économique. » Plusieurs faits expliquent ce tournant radical de la politique soviétique: . le relatif sentiment de sécurité de l'URSS disposant de l'arme nucléaire (bombe A en 1949 - bombe H en 1953) et les vecteurs (super bombardiers, fusées) capables de frapper en tout lieu les États-unis; . la crainte réelle d'une possible guerre nucléaire entre les deux Grands; 4

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la nécessité d'une période d'arrêt dans la course aux armements

pour réduire le budget militaire astronomique et développer les forces productives pour éviter une explosion sociale en URSS et dans les démocraties populaires (insurrection de Berlin-Est en 1953). Du côté américain, le général Eisenhower, élu président en novembre 1952, adopte une « voie moyenne» fondée sur une politique d'endiguement renforcé (containment), complétée par une stratégie des « représailles massives» n'excluant pas la riposte nucléaire. Elle se traduit par la formation d'un système de pactes politico-militaires enserrant l'URSS: intégration de la RFA dans l'OTAN (Accords de Paris, 1955), création de l'OTASE dans l'Asie du Sud-Est (Conférence de Manille,1954), Pacte de Bagdad regroupant les États du Moyen-Orient hostiles au communisme: Turquie, Irak, Iran et Pakistan (févier 1955), traités avec le Vietnam, la Corée, Formose, etc. Par réaction, Moscou crée le Pacte de Varsovie, regroupant l'URSS et les pays satellites de l'Europe de l'Est. La formation de ces deux blocs n'a pas contrarié, malgré les apparences, la politi14

que de coexistence pacifique qui se poursuivra jusqu'en 1957, malgré les deux crises de l'automne 1956 : Budapest et Suez. C'est ainsi que la Conférence des quatre Grands sur l'Allemagne, ouverte en janvier 1954, échoue sur les questions européennes mais elle décide l'ouverture d'une conférence sur la Corée et l'Indochine en avril à Genève. D'avril à juillet 1954, la Conférence de Genève échoue sur la Corée mais elle met fin à la guerre d'Indochine. De son côté, l'URSS se réconcilie avec la y ougoslavie de Tito et, en janvier 1956, Boulganine et Khrouchtchev se rendent en visite officielle en Grande Bretagne. C'est dans ce contexte que le président indien lawaharlal Nehru, soutenu par Chou En-Lai devient le chef de file du bloc afro-asiatique (appui aux mouvements de décolonisation, rôle majeur à la Conférence de Bandoeng en avril 1955) puis du groupe des pays non-alignés. Pologne Hongrie 1956 Malgré les précautions prises pour maîtriser le processus de réformes, le discours de Khrouchtchev ébranla tout le système. « Par des voies différentes, Polonais et Hongrois tenteront d'aller au bout de la logique déstalinisatrice. »5 La première révolte se manifeste en Pologne où le rejet du modèle soviétique puise sa force dans une triple opposition: nationale, religieuse et sociale. Les pénuries, les mauvaises conditions de travail et la médiocrité des salaires sont à l'origine des émeutes populaires de Poznan Guin 56). Le retour de Gomulka au pouvoir et sa politique combinant la fermeté avec une certaine libéralisation de la vie économique et sociale a permis de résoudre la crise sans disloquer le système communiste. En Hongrie, le rejet du modèle stalinien est plus radical. Les timides mesures prises pour décrisper le régime ne suffisent pas et Budapest entre en insurrection (22-26 octobre). Manquant d'une base sociale solide et perdant le contrôle de l'armée qui pactise avec les insurgés, le gouvernement hongrois fait appel à la garnison soviétique pour rétablir l'ordre. Après quelques jours d'accalmie et d'un repli des chars russes, Moscou met à profit l'agression tripartite de Suez pour écraser la révolution politique de Hongrie.6

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L'aventure de Suez La crise de Suez de 1956 est née de la décision prise par le président Nasser de nationaliser la Compagnie du canal de Suez. Le but recherché était d'obtenir des prêts pour réaliser le barrage d'Assouan que les États-unis puis la banque mondiale (BIRD) ont refusé de financer en raison des critiques faite par Nasser à l'impérialisme et au pacte de Bagdad, son rapprochement avec l'URSS (fourniture d'armes) et son hostilité à Israël. L'échec des négociations entre les actionnaires de la Compagnie et l'Égypte puis la fermeture du Canal de Suez aux navires israéliens aboutit à la formation d'une triple coalition pour renverser Nasser. Pour l'Angleterre, c'est l'homme qui, après l'avoir chassé d'Égypte s'oppose au Pacte de Bagdad, dernier bastion de sa présence au Proche Orient. Pour la France, c'est le protecteur et le soutien du Front de Libération National (FLN). Pour Israël enfin, c'est l'ennemi qui a juré d'éradiquer l'État sioniste de la région.

Préparée secrètement pendant l'été 1956 7 et profitant d'une
conjoncture favorable (l'URSS est empêtrée en Hongrie et les États-unis, en campagne électorale), l'expédition tripartite réussit pleinement. En cinq jours, les Israéliens occupent Gaza et le Si-

naï, suivis par les Anglo-Françaisdans la zone du Canal. 8 Mais le
succès militaire se transforme en défaite politique. Détournant l'attention de son intervention en Hongrie, Moscou menace les trois agresseurs de représailles nucléaires. De son côté, Eisenhower manifeste son hostilité à une action pouvant « mettre en péril l'équilibre précaire que les deux Grands ont

instauré.» 9 Craignant, après Bandoeng, le basculement des pays
non-alignés dans le camp soviétique, il imposa un départ peu glorieux d'Égypte aux forces franco-anglaises puis israéliennes, remplacées par celles de l'ONU. La double crise de Budapest et de Suez a révélé que la guerre froide pouvait s'accommoder d'une convergence d'intérêts entre les deux Grands. De courte durée cependant, car la rivalité va se manifester sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Consacré après Suez champion du nationalisme arabe et l'un des leaders du tiers-monde, Nasser dénonce le Pacte de Bagdad et 16

« la doctrine Eisenhower» Ganvier 57) qui prétendait que, face à l'URSS, l'Amérique était désormais « le seul défenseur de la cause du monde libre et l'unique garant de l'indépendance des pays du Proche-Orient. » 10Soutenu par Moscou et Pékin, Il Nasser critique l'alliance anglo-américaine réalisée à la Conférence des Bermudes (mars 57) pour conforter le Pacte de Bagdad. Par ailleurs, opposé au soutien des États-Unis au Maroc et à Bourguiba en Tunisie 12,Nasser s'engage davantage dans le soutien au FLN, dont la direction (CCE) est installée au Caire. A partir du printemps 1957,13le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord deviennent le champ d'une confrontation ouverte entre les deux Grands et d'autre part entre Nasser et les anglo-américains. La chute du gouvernement Félix Gaillard (15 avril 58) est suivie par le soulèvement du 13 mai à Alger et l'arrivée du général De Gaulle au pouvoir. La situation, française et internationale va évoluer, mais l'influence américaine, déjà notable pendant la conférence de Tanger (27-30 avril 58) puis celle de Tunis (16 juin 58) vise à intégrer le FLN dans un Maghreb unifié lié à l'Occident.14 C'est à l'issue de ce processus que le 19 septembre 1958, le FLN se transforme en un GPRA, présidé par Ferhat Abbas qui s'établit à Tunis. Après le discours du président De Gaulle sur l'autodétermination (16 septembre 59), les relations entre Paris et Washington se réchauffent, pour une raison simple: le général s'est aligné discrètement, sur la politique américaine.1s La décomposition de la IVèmeRépublique république est véritablement constituée en 1946 après La IVème la démission du général de Gaulle (20 janvier), l'élection de la deuxième Constituante ( 13 octobre), la première législature de l'Assemblée nationale (10 novembre) et celle du Conseil de la République (ex-Sénat). En janvier 1947, le socialiste Ramadier forme un gouvernement tripartite (PCF-SFIO-MRP)qui connaît sa première crise sociale et politique en avril/mai 1947 avec la grève Renault, suivie par le départ des ministres communistes. Le retour à la situation de l'avant-guerre, dès 1951, est le résultat de plusieurs facteurs: les crédits du plan Marshall, le renouveau démographique, la nationalisation des branches clés de l'é17

conomie, le développement des infrastructures dans le cadre du plan Monnet puis l'adoption en mars 1951 du « Plan Schuman» instituant la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier entre la France, l'Italie, le Benelux et la RFA.]6 En mars 1952, Antoine Pinay forme un ministère de centredroit qui succède à la Troisième Force (SFIO, MRP, radicaux et modérés). Excluant les socialistes, la majorité est formée de ministres radicaux, gaullistes, modérés et de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR). Pendant deux ans, cette majorité va diriger le pays avec les ministères Pinay (mars-décembre 1952), René Mayer (janvierjuin 1953) et Joseph Laniel (juin 1953-juin 1954). Les axes de cette politique: le redressement économique, la stabilité monétaire et l'équilibre budgétaire, la rigueur sociale et ]' intégration européenne. Mais la poursuite de la politique coloniale tourne à la catastrophe en Indochine et à des crises très graves au Maroc et en Tunisie.l? Jusqu'en 1952, la France a bénéficié d'une aide américaine importante pour mener sa guerre en Indochine. Mais après 1953 (mort de Staline, armistice coréen), les deux Grands et la Chine cherchent à régler par la voie diplomatique, les conflits asiatiques. Ce sera l'objet de la Conférence de Genève.I8 Le 12 juin 1954, la chute de Dien Bien Phu ayant entraîné celle du gouvernement Laniel, le président Coty fait appel à Pierre Mendès France, un radical spécialiste des problèmes financiers et partisan de régler par la négociation les problèmes de l'Indochine et de l'Afrique du Nord. Au pouvoir, PMF inaugure un style de gouvernement personnel (causeries hebdomadaires à la radio). Il restreint les pouvoirs du Parlement et renforce celui de l'exécutif. Sa politique remporte un grand succès dans la jeunesse et l'opinion publique. En juillet 1954, il signe les Accords de Genève qui dégagent la France de la guerre d'Indochine et il s'engage en Tunisie dans la voie d'une décolonisation consentie (discours de Carthage ).Le rejet du traité de la Communauté européenne de défense (CED) par le parlement français lui vaut l'hostilité des « Européens» (MRP et Socialistes) et des États-unis. Mais en faisant accepter par le Parlement, le

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réarmement de la RFA dans le cadre de l'OTAN, il sera applaudi par Washington.19 Lorsque éclate l'insurrection algérienne, PMF dissout le MTLD et déclare que « l'Algérie, c'est la France ». Mais pendant le débat à l'Assemblée sur ce problème, il sera renversé (6 février 55). La chute de Mendès France ne diminue pas son influence au sein du gouvernement Guy Mollet, jusqu'à sa démission (mai 56). Le mendésisme rassemblera toute une gauche à l'écart des deux grands partis ouvriers: étudiants de l'UNEF, syndicalistes chrétiens, francs-maçons, adhérents des clubs de gauche (Club des Jacobins de Charles Hernu), membres de la « bourgeoisie intelligente », sortis de l'École nationale d'administration et qui peuplent les grandes directions des ministères ou d'entreprises, lecteurs du Monde, de l'Express, de Témoignage Chrétien et de France Observateur. Le mendésisme est un mouvement mal défini, mais son rôle sera très important sur la question algérienne.2o Edgar Faure qui lui succède forme un ministère qui reconstitue la majorité de centre droit et redonne de l'importance aux partis et à l'Assemblée. Mais sur le plan colonial, il considère que « l'ère
du colonialisme est finie, celle de l'association commence.»
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En

Tunisie, Bourguiba fait un retour triomphal à Tunis et les accords sur l'autodétermination de la Tunisie sont signés en juin. Au Maroc, Edgar Faure nomme Gilbert Grandval résident général en remplacement de Francis Lacoste, signe les Accords d'Aix-IesBains qui créent un Conseil de Régence et rétablit sur son trône, le Sultan Mohammed V.22Mais après l'insurrection algérienne du 20 août 1955, sa majorité s'effiloche et il est renversé (29 novembre) Il décide alors, le 2 décembre, de dissoudre l'Assemblée nationale. En janvier 1956, la guerre d'Algérie est au centre de la campagne électorale. En accordant la victoire au « Front républicain» où le lobby mendésiste forme le noyau dur, les électeurs ont voté pour une solution pacifique du problème algérien?3 Désigné par le président Coty, Guy Mollet forme un gouvernement largement soutenu par le Parlement. A ses débuts, il renoue le fil cassé de la législation sociale du Front populaire (troisième semaine de congés payés, retraite aux vieux travailleurs), poursuit la construction de l'Europe et la politique de décolonisation me19

née par Mendès France et Edgar Faure sur la Tunisie et le Maroc. Sur l'Algérie, il veut « mettre fin à une guerre absurde» avec un programme en trois points: « cessez-le-feu, élections libres, négociation ». Pour le réaliser, il remplace Jacques Soustelle devenu après le 20 août 1955, défenseur de l'Algérie française, par le général Catroux. Pour l'installer, Guy Mollet se rend à Alger. Accueilli le 6 février 1956, par une manifestation hostile des Européens, il capitule et remplace Catroux par le socialiste Robert Lacoste. A cette date, une solution pacifique et démocratique au problème algérien était encore possible. Mais elle échouera, car à la différence du MNA partisan d'une Table ronde, le FLN se proclame seul interlocuteur valable. Guy Mollet refuse cette prétention et le 12 mars, le Parlement vote les pouvoirs spéciaux qui engagent la France dans une guerre coloniale. En Algérie, l'armée procède au « quadrillage» du pays et à l'autodéfense des villages et des fermes. Elle mène aussi de grandes opérations et assure la défense des frontières avec des barrages électrifiés. L'armée mène aussi une œuvre d'assistance sociale (alphabétisation, soins médicaux) et d'action psychologique pour isoler la population des rebelles. Dans le même temps, les négociations secrètes entre les émissaires de Guy Mollet et les délégués du FLN au Caire, à Rome ou à Belgrade ne cessent pas, d'avril à septembre 1956.24Mais, le 22 octobre 1956, après l'interception de l'avion de Ben Bella et de

quatre chefs du FLN25 les négociationscessent et la confrontation
devient ouverte. La situation en Algérie La proclamation du FLN au Caire, le 1er novembre 1954, n'a pas fait de l'ex-CRUA, la direction politique de l'ALN. Dès le 2 novembre, les messalistes qui, depuis le Congrès d'Homu, préparent la révolution, entrent aussitôt dans la lutte armée. Précisons que Krim Belkacem s'est longtemps réclamé de Messali Hadj et que Ben Boulaïd qui a rencontré Messali à Niort en juillet 1954, a distribué à tous ses militants des effigies de Messali à la fin octobre 1954.26Ajoutons que la quasi totalité des militants qui ont formé les premiers maquis dans toute l'Algérie, étaient passés par 20

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