Le Médecin bleu

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En cette année 1794, le citoyen Saulnier est médecin en Bretagne. Il se distingue de la population paysanne par ses opinions républicaines, au point que, dans le pays, on l'appelle le médecin bleu. S'il est encore toléré par la population, les raisons en sont ses qualités prfessionnelles et surtout sa fille, Sainte, objet de respect et d'amour de la part de tous. Sainte a eu une amie, Marie Brand, mais celle-ci est la fille d'un insurgé. Leurs parents leur ont interdit de se voir. Elles ont obéi, mais une nouvelle insurrection se prépare, leurs vies vont à nouveau se croiser.Édition reproduite : Albun Michel, 1925 (il s'agit malheureusement d'une version revue et corrigée par l'auteur après sa conversion à la propagande catholique et bien-pensante en 1876).
Publié le : mardi 30 août 2011
Lecture(s) : 150
EAN13 : 9782820605368
Nombre de pages : 79
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LE MÉDECIN BLEU
Paul FévalCollection
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ISBN 978-2-8206-0536-8I – SAINTE
Le bourg de Saint-Yon est
pittoresquement assis sur la croupe d’une
colline, dont le sommet se couronne
d’arbres séculaires. Au pied de cette
colline s’étend un vaste marais, sorte de
lac qui baigne à perte de vue la
campagne de Redon et les extrêmes
limites du département d’Ille-et-Vilaine.
Le bourg est composé d’une seule rue,
dont les maisons grises et couvertes en
chaume s’étagent en amphithéâtre. À
voir cette chaîne de maisons descendre
tortueusement la montagne, on dirait, de
loin, un serpent gigantesque endormi au
soleil en buvant l’eau tranquille des
marais.
En l’année 1794, M. de Vauduy était
propriétaire du manoir de Rieux, antique
résidence des seigneurs de ce nom, et
situé à une demi-lieue au plus de Saint-
Yon. M. de Vauduy était un homme d’une
cinquantaine d’années, froid, sévère et
taciturne. Les uns disaient qu’il était
républicain fougueux, et en donnaient
pour preuve l’empressement qu’il avait
mis à se rendre possesseur du château de
Rieux, au préjudice de la marquise
douairière d’Ouëssant, dernière dame de
Rieux, alors réfugiée en Angleterre. Les
autres prétendaient, au contraire, qu’ilétait secrètement partisan des princes
exilés, et que le château n’était, entre
ses mains, qu’un « dépôt » dont il
conservait précieusement la propriété à
ses maîtres légitimes.
Cette seconde opinion était la mieux
accréditée, et assurait à M. de Vauduy
une sorte de popularité dans le pays ; car,
il est à peine besoin de le dire à nos
lecteurs, les campagnes bretonnes
n’avaient point un fort grand amour pour
le gouvernement républicain.
Au reste, tous les bruits qui couraient
sur M. de Vauduy étaient des conjectures
plus ou moins probables, et pas autre
chose. Sa porte, en effet, restait
habituellement close ; il ne voyait
personne, si ce n’est parfois Jean Brand,
ancien bedeau de Saint-Yon, au temps où
l’église était ouverte, et le docteur
Saulnier, médecin du bourg.
Le citoyen Saulnier avait avec
M. de Vauduy, quelques traits de
ressemblance morale. C’était un homme
froid et sévère ; mais ses opinions
républicaines, poussées à l’excès,
n’étaient un mystère pour personne ; et,
comme les paysans des alentours, qui
s’étaient déjà soulevés plusieurs fois
contre la Convention, donnaient aux
soldats réguliers le sobriquet de Bleus, on
ne connaissait guère le docteur, depuis
Redon jusqu’à Carentoir, que sous le nom
d e Médecin bleu. Il n’était point aimédans le pays, parce qu’il s’était joint à
diverses reprises, en qualité de
volontaire, aux colonnes républicaines qui
pourchassaient les Chouans ; mais on
s’accordait à reconnaître qu’il était
médecin habile, et son talent lui était un
boulevard contre la malveillance
publique.
Une autre cause encore diminuait le
mauvais vouloir des paysans, le docteur
avait une fille, objet de respect et
d’amour de tous.
Elle avait nom Sainte, et entrait dans sa
quatorzième année ; mais ceux qui ne la
connaissaient point, en voyant son
enfantin sourire et la candeur angélique
de son front, lui auraient donné deux ans
de moins. Parfois, pourtant, quand elle
était loin de la foule, et qu’elle donnait
son âme à cette rêverie que souffle la
solitude, on aurait pu voir son grand œil
bleu s’animer sous les cils à demi-baissés
de sa paupière. Sa charmante tête, alors,
devenait sérieuse, ses lèvres se
rejoignaient et cachaient l’éblouissant
émail de ses dents ; la ligne de ses
sourcils, si noire et si pure qu’on l’aurait
pu croire tracée par le pinceau d’un
peintre habile, s’affermissait et tendait la
courbe hardie de son arc ; tout son
visage, en un mot, dépouillant l’indécise
gentillesse des premières années,
revêtait la beauté d’un autre âge.
En Bretagne, où tout est matière à

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