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LE P.C.F. ET LA LUTTE ARMÉE 1943-1944 - TÉMOIGNAGE

De
251 pages
L'auteur a exercé durant la guerre des responsabilités importantes au sein des F.T.P. Il suit de près l'action de la " 35è Brigade " à Toulouse, impulse la lutte armée, notamment dans le Limousin, et en Savoie au temps des Glières. En mai 1944, il échappe à l'arrestation par la Gestapo de l'E.M.-F.T.P. zone sud, dont il est membre. Sur l'insurrection de Marseille, il apporte un témoignage inédit. L'engagement du P.C.F. dans la lutte armée a-t-il été sincère ? La question est posée de savoir quelle ligne stratégique profonde peut expliquer un certain nombre d'incohérences.
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Le P.C.F. et la lutte armée
1943-1944

Témoignage

Collection Mémoires du XX e siècle

Dernières parutions

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GuySERBAT
Professeur (honoraire) à la Sorbonne

Le P.C.F. et la lutte armée

1943-1944
Témoignage

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y I K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Le commandant Raymond CAYROL à Marseille (septembre 1944)

@ L' Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0218-X

A Hélène, compagne dans la vie et dans la lutte. A mes camarades combattants volontaires.

AVANT PROPOS

Ce livre apporte d'abord un témoignage sur la façon dont j'ai participé à la guerre contre Hitler, ce qui a été la grande affaire de ma jeunesse. Il expose ensuite les réflexions que m'a inspirées peu à peu la politique du P.C.F. à l'égard de la lutte armée de la Résistance. Le lecteur comprendra que je relate brièvement certaines expériences bien antérieures à la guerre (1934), parce qu'elles ont été, pour moi, décisives... Mais je Ine hâterai d'en arriver aux affaires les plus ilnportantes, celles des années 43-44, sans m'arrêter aux détails de ma vie privée ou professionnelle, ni Inêlne à mes premières activités de résistant qui, pour péri lleuses qu'elles fussent, sont restées balbutiantes.

Chapitre I

LES DÉBUTS

Séjours en Allemagne nazie
Dans ma carrière scolaire au lycée Bernard Palissy d'Agen, j'eus la chance de recevoir en 1934, l'année de mes 16 ans, un prix exceptionnel, destiné à couvrir les frais d'un voyage d'études en Allemagne. Il me permit de payer le voyage, et de résider six semaines à Cologne. A mon arrivée, je fus frappé par l'air de fête que le régime nazi, en place depuis un an et demi, s'employait à donner à la ville: ce n'étaient que drapeaux, bannières en permanence sur toutes les façades, portraits géants de Hitler, expositions, fanfares, défilés, panneaux d'affichage aux couleurs vives et gaies. Mais on comptait beaucoup plus de drapeaux du parti hitlérien que de symboles de la nation allemande. Le sens de cette vaste kermesse était donné par les immenses banderoles tendues en travers de toutes les rues, et même des larges artères, comme le "Ring" où j'habitais: martèlement de slogans simples, comme "Ein Vol, kein Reich, ein Führer" ("Un peuple, un Etat, un chef'), qui préparaient clairement les esprits à approuver la réintégration au Reich de tous les Allemands "de souche", qu'ils fussent Sarrois, Autrichiens, Dantzigois, Sudètes ou Alsaciens. D'autres slogans exaltaient "la moëlle allemande" ("das deutsche Mark") c'est-à-dire ce qu'il y a physiquement de plus intime et de plus précieux pour "la race". Des panneaux bien placés et bien protégés par des auvents me frappèrent: ils

abritaient le journal des S.S., "der Stürmer", et ses diverses publications, à orientation spécialement raciste. On y voyait, agrandis à 50 cm, "l'oreille juive", "le nez juif' (en vérité, un type levantin de caricature). Au café, ou en se baladant innocemment sur les larges trottoirs du Ring, on se sentait souvent soumis au regard inquisiteur de quidam scrutant le relief de vos oreilles ou de votre nez. J'assistai, horrifié, à des expéditions pour la pureté raciale: un camion-benne, chargé d'un groupe de "jeunesses hitlériennes" en uniforme, arrive soudain et stoppe devant un magasin. Les lascars, hilares et ricanants, extraient de l' arrièreboutique trois ou quatre juifs épouvantés, les poussent dehors sous les horions et les insultes, les obligent à grimper ou les jettent carrément dans la benne. Ils ont tôt fait de briser la vitrine, de peindre en grandes lettres "Juden" sur ce qui reste d'aplomb et sur les ridelles du camion, ajoutant même quelques plaisanteries comme "Achtung ! Knobloch, stinkt" ("Attention, ça pue l'ail") ! Et ils repartent en chantant un de leurs airs martiaux; pour quelle destination? On parle à mots couverts des camps de concentration, qu'on appelle même, avec un calembour déplacé, "Konzert - Lager". Pendant ce temps, la foule continue à couler sur les trottoirs de la Ehrenstrasse. La plupart feignant de ne rien voir. Quelques badauds, comme moi, regardent sans broncher. Que signifient leurs hochements de tête? Désaveu ou approbation? Etranger, donc suspect, je me contiens. Mais je rentre indigné dans ma chambre toute proche. Comment est-il possible que le régime en place, narguant la police de l'Etat, transforme en assassins joyeux les gamins embrigadés dans l'association qui porte le nom du chancelier? Par quelle décérébration a-t-il jeté ce peuple dans une indifférence complice? Tout m'horripile: le débordement de chauvinisme, la célébration d'une prétendue race supérieure, la militarisation générale de la société. Sur ce fond tragique, je ne trouve qu'inconscience et stupidité dans les cantiques traditionnels repris par les matrones sur les bateaux à aubes qui remontent lentelnent vers Bonn et le charmant Siebengebirge. 10

A l'université - que j'ai très peu fréquentée, préférant une réalité fascinante à des exposés, parfois très bons certes, mais d'un anachronisme touchant, par exemple sur "la musique du XVIe siècle". Je m'étais quand même lié avec un étudiant ouvert et calme; je lui propose je ne sais quelle balade pour le samedi suivant. "C'est impossible, me répond-il; samedi et dimanche, je suis mobilisé". Effectivement, je vis défiler sur le Ring, en bon ordre, tous vêtus d'un uniforme de toile kaki avec ceinturon et baudrier, une foule de jeunes gens. Drapeaux, bannières, banderoles, portraits du führer, tout est en place; des fanfares soutiennent le rythme et attirent l'attention. Le soir, ils ont bivouaqué sur une place, en plein air, ravitaillés par des cuisines roulantes militaires. Puis, le dimanche, ils ont achevé le tour de l'immense cité. J'ai revu mon ami quelques jours plus tard "en civil" ; je ne lui cache pas mes impressions; il ne les réfute pas. "Mais enfin, pourquoi y vas-tu, puisque tu n'es pas d'accord? - Si je n'y vais pas, je serai refusé aux examens". Ainsi donc, même le pouvoir universitaire appartient au Parti, ou, du moins, n'a déjà plus les moyens de contrarier ses ordres. J'avais mis la main sur le livre de référence du nationalsocialisme "Mein Kampf' (Ce n'était pas difficile de se le procurer; on le donnait presque; les maires en faisaient cadeau aux couples qu'ils mariaient). Je l'ai même lu, ce qui n'était pas un mince labeur. En gros, j'y trouvais deux sortes de chapitres: les uns ténébreux, pleins d'une "philosophie" brumeuse, où l'on repérait toutefois les thèmes de la race, du peuple allemand (Deutschtum) etc... ; les autres, en revanche, tout à fait clairs, exposaient le programme déjà ancien d'Hitler. J'y découvris avec stupeur que les peuples slaves étaient biologiquement voués à servir d'esclaves pour la race supérieure germanique; mais que, pour les réduire, il fallait, au préalable, abattre les pays situés à l'ouest et au sud de l'Allemagne. D'ailleurs, la France étant peuplée de Noirs jusqu'à la Loire Ge me regardai à la glace pour vérifier!) on ne devait avoir aucun scrupule à l'anéantir, pas plus que les autres peuples latins. Quant à l'Angleterre, elle méritait le même sort pour être tombée au pouvoir des Juifs. Il

Le même schéma guerrier commandait et justifiait la politique intérieure: le peuple allemand était en état de légitime défense contre les êtres des races inférieures qui le parasitaient (d'abord les Juifs), et contre les pouvoirs ou mouvements dominés par la "juiverie" internationale, capitalisme, bolchevisme. Chauvinisme, racisme, mensonge, populisme et démagogie se mêlaient en un coktail criminel, d'autant plus dangereux peut-être du fait de son simplisme même. Je me jurai, vers la fin de ce premier séjour en Allemagne nazie, de lutter de toutes mes forces contre le monstre. J'ai tenu parole, comme on verra. Un second voyage, limité à deux semaines par la minceur de la bourse octroyée, me mena, en 1937, d'Aix à Dusselford, puis à Mayence, Frankfort, Fribourg; tout cela à vélo, d'auberge en auberge. Ce bref séjour confirma, en l'aggravant, le jugement porté trois ans plus tôt. Je voyais bien une population rurale paisible et sympathique, mais aussi trop de jeunes fanatiques dans ces institutions d'Etat qu'étaient les" Jugendherberge" ; le "père aubergiste" était d'ailleurs obligatoirement membre des S.A. ("Section de protection" du parti hitlérien). Un incident significatif se produisit sur les bords du Rhin, à cet endroit délicieux chanté par les poètes: Bacharach. Je sonne, vers le soir, à l'auberge; une fenêtre s'ouvre au rez-de-chaussée; apparaît une face d'un brun olivâtre, coiffée de cheveux noir corbeau à reflets bleutés (les Romains ont laissé des traces dans leur province de "Germanie supérieure", aux fortes garnisons) ; et, cette chipie de crier, avec une grimace de dégoût profond et ce geste de la main bien allemand qui exprime le rejet: "Ach ! Sie sind Jude" ! "Ah! vous êtes juif! - Je ne suis pas juif, mais français - Vous pouvez très bien être l'un et l'autre" me rétorque-t-elle pertinemment en fermant la fenêtre. Il est vrai que je suis plus anguleux que nature, après dix jours de sous-alimentation et de vélo; et de plus, tanné par le soleil. Je proteste vivement brandis ma "carte internationale" ; un vieux rhumatisant se ramène, déguisé en S.A. C'est le père aubergiste; il est embêté, je suis en règle; homme de compromis, il m'assigne un chalit, 12

mais isolé, à l'écart de tout; ce sera mon ghetto personnel; non, je ne peux pas avoir de drap; quant à dîner, c'est trop tard, ditil. Je suis ressorti pour Inanger, sur un banc, une pomme ramassée l'après-midi sur la route, et, pour finir, le reste d'un ersatz de confiture (car les aliments "ersatz" fleurissaient déjà en 37, éconolnie de guerre oblige...). Pour Ine consoler d'un présent pénible, je me récitai du Heine face au Rhin. Ces expériences allemandes, surtout la première, où j'avais été plus intimement mêlé à la population, m'ouvraient les yeux sur le nazisme. Je me sentais précocement mûri. Les fortes convictions républicaines ancrées dans ma famille s'en trouvaient renforcées... Pour mon grand-père maternel qui avait partagé les ardeurs de Galnbetta, puis de Zola, et qui restait un "radical" à l'ancienne, pour Ines parents socialistes, la devise de la République n'était pas de vaines paroles. Ils y auraient volontiers ajouté "responsabilité", ce qui impliquait l'engagement personnel. Aussi, rejetions-nous nettement tout ce qui fleurait l'intolérance, l'injustice, la contrainte. Dès le lycée, et, plus tard, à l'Université, je me suis trouvé naturellement dans le calnp de ceux qui combattaient contre les "ligues". Ces associations, se réclamant ouvertement du modèle fasciste, rencontraient un succès inquiétant. C'étaient les "Jeunesses patriotes", les "Volontaires nationaux" créés par les "Croix de feu", les "Camelots du Roi" du triste Maurras, qui qualifiait de "divine surprise" la défaite de 40. Toutes ces émanations d'un courant fasciste français encore diffus, appuyées par une presse outrancière ("Je suis partout", "Gringoire") prônaient violence et racislne. Je sais bien que nombre de leurs adhérents retrouvèrent leurs repères patriotiques après 40 ; mais enfin, avant la guerre, ils se présentaient comme l'ennemi à combattre, physiquement au besoin. L'arrivée de Pétain au pouvoir est imputable sans doute à la veulerie d'une majorité du Parlement le 10 juillet 40 ; elle est due plus profondément à la poussée et aux intrigues de ce "parti fasciste français" qui, à la suite de P. Laval, s'empressa de profiter de la défaite pour occuper les places avec la bénédiction d'Hitler.

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Dans mon optique, il y avait donc continuité entre la lutte antifasciste des années 30, et le combat contre Hitler et Vichy dans les années 40.

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Chapitre 2

DE 1939 À NOËL 1942

De cette période de ma vie, je ne donnerai qu'un très bref résumé, à peine un "curriculum vitae". En effet, en dehors d'affaires personnelles importantes (mariage en février 1941, succès au concours d'agrégation en décelllbre), j'ai été, plutôt qu'un acteur conscient, le jouet des événements, du moins jusqu'à l'automne 1942. Voici donc les faits: en septembre 1939, je suis mobilisé au 7° Génie à Angers; je passe en janvier 1940 à l'Ecole du Génie à Versailles. L'Ecole se replie le 9 juin (la Wehrmacht est aux portes de Paris) jusqu'à Rabastens (Tarn). En août, je suis affecté COlllme aspirant au Régiment du Génie de Roanne: nous reconstruisons le pont de Chazeuil sur l'Allier. Démobilisé le 15 janvier 1941, comme tous les appelés nés en janvier 1918, j'obtiens un poste de "délégué rectoral" (c'est-à-dire "maître auxiliaire") au lycée du Puy-en- Velay. Après l'agrégation qui eut lieu en septembre et en décembre 1941, je suis nommé au lycée de Carcassonne dans les premiers jours de janvier. II faut d'abord s'installer, avec Andréa et un bébé. A Agen, plusieurs deuils nous ont frappés, notamment la 1110rtdu grand-père surnomlllé "Gambetta" dans sa jeunesse. Mes parents ont été révoqués par Vichy comme francs-maçons, et survivent difficilement. A Carcassonne, tout 111' inconnu; nouer des relations est n'est pas chose facile. Le hasard me fait pourtant retrouver un cousin éloigné, Pierre Jambon, et sa femllle Denise, qui seront les amis les plus sûrs et les plus dévoués (c'est chez eux que je

"planquerai", mon père, fuyant Agen pour échapper à l'arrestation, en août 1943). Stable Inaintenant, après seize Inois de tribulations, le désir quasi obsessionnel ne me quitte pas de faire quelque chose contre le régime installé chez nous par Hitler, de prendre une place dans les rangs de la résistance active. Mais qui toucher? L'expression sincère des sentiments n'est possible qu'en privé, entre amis éprouvés. Je noue bien quelques relations sympathiques au lycée; mais elles restent superficielles; on tient sa langue: parlni les collègues, des pétainistes virulents donnent de la voix. Réseau Brutus C'est pourquoi j'accepte immédiatelnent, lors d'un passage à Agen, la proposition que Ine fait une connaissance de mon père, "Vincent" (qui sera déporté) : son réseau, me dit-il, n'a pas d'agent à Carcassonne; si le cœur m'en dit... J'entre au réseau "Brutus" - dont je n'ai connu le nom qu'après la guerre, en recevant un superbe diplôme de la D.G.E.R. - Ma mission, bien vague au début, se précise à partir du 12 novembre 1942, quand la Wehrmacht envahit la zone sud: je dois communiquer à mon supérieur, une vieille delnoiselle résidant à Toulouse, les immatriculations des véhicules allemands stationnant dans l'Aude. Je parcourais la campagne à vélo, relevant les symboles (aigle, sanglier, etc.) peints sur les camions en guise de numéros minéralogiques.
Par ignorance - faute aussi qu'on ne Ine l'eût expliqué

- je

ne cOlnprenais pas l'importance de ce travai I de renseignement. Et puis j'aspirais à un engagelnent plus actif. Dans Ines randonnées cyclistes, j'avais plutôt envie de sectionner les cables téléphoniques réunis en faisceaux, que je voyais courir un peu partout, accrochés à hauteur d'homme aux poteaux téléphoniques.

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L'Armée secrète Aussi abandonnai-je Brutus dès qu'un collègue me mit en relation avec le colonel Picard, qui commandait l'A.S. ("Armée secrète"). Nouvelle déception: le colonel me confia le commandement de deux "trentaines" (sections), mais avec l'ordre impératif de ne rien faire. Il devait, en priorité, me disait-il, compléter le tableau d'effectifs d'un régiment; cela fait, nous attendrions les ordres de Londres. J'eus beau le relancer il resta courtois, mais inébranlable.

Le P.C.F. et les F.T.P.
Un pur hasard m'en offrant l'occasion, j'entrai alors en contact avec le Parti communiste, vers Noël 1942. Rien ne me prévenait contre lui. Mes parents avaient toujours considéré les communistes comme des membres de la famille "de Gauche", parfois un peu agaçants, mais sérieux, actifs, bien organisés; rien de fondamental ne les séparait, à leurs yeux, des socialites. Je partageais cette opinion, ignorant tout des palinodies du P.C.F. de 1939 à 1941. La propagande de Vichy me les rendait sympathiques, en les désignant comme les ennemis les plus dangereux du régill1e en place. Mon désir d'action fut all1plell1ent comblé: sans avoir aucune fonction dans le P.C.F. lui-ll1ême, je me trouvai chargé par le secrétaire de la section de Carcassonne, Joseph Loupia, de deux tâches à ses yeux ill1portantes : organiser le "Front national", vaste rassemblement patriotique; diriger le premier groupe de "Francs-Tireurs Partisans" de la ville. Je cessai de m'occuper du F.N. en juillet, tant m'accaparait l'autre tâche, plus "combattante". En créant ce groupe de 5 F.T.P. en janvier 1943, J. Loupia, communiste discipliné, exécutait Ge l'ai su plus tard) la directive enjoignant de verser 5 % des effectifs à "la lutte armée". (De cette directive et de sa signification politique, il sera traité au chapitre 13). Mes quatre bonsholl1mes étaient de braves gars, décidés et discrets. Nous avons fait ce que nous

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pouvions, avec nos moyens à peu près nuls: un pistolet 7,65 et deux chargeurs. Sabotages à la barre à Inine et à la masse sur la voie ferrée importante Toulouse-Narbonne; récupération de matériel (machines à écrire, vélo) au détrilnent de collabos avérés ou de l'Etat; tentative - infructueuse - d'exécuter le bourreau de la "Milice française", organisation criminelle au service de Hitler. La médiocrité des résultats obtenus mérite réflexion; on y reviendra. En revanche, la création d'un "maquis", peu avant Pâques 1943, fut très riche d'enseignements. Aussi en parlerai-je d'une façon plus développée.

Le maquis de Rodome En mars 1943, il fallut songer à créer un "maquis". II s'agissait en fait de pennettre à cinq ou six hommes, traqués par les polices vichyste et allemande, de survivre et de se cacher. Comment faire? A la fin de l'hiver 1943, le "Inaquis" ne s'était pas encore imposé dans le paysage français, comme il le fera à partir de l'été. II fallait donc inventer, si l'on peut dire, la forme requise. Les sites favorables ne manquent pas dans l'Aude: Montagne Noire au nord, le "piémont" pyrénéen au sud. Mais le point capital était de trouver d'actives complicités locales. Le fidèle Pierrot (Jambon) se souvint que Robert Lacoste, instituteur, conseiller général comlnuniste de Houeillès (Lot-etGaronne), avait été muté par mesure administrative dans le petit village de Rodome, situé au niveau d'Axat, sur le plateau entre Aude et Ariège. Un collègue surveillant au lycée, Pélofi, me confia de son côté que ses parents, instituteurs francs-maçons, avaient été assignés à résidence à Masuby, à trois ou quatre km de Rodolne. Ils ne refuseraient sûrement pas de ln' aider. C'est ainsi que, un dimanche peu avant Pâques, nous nous mettons en route, Pierrot et moi. D'abord, de Carcassonne à Axat, par le pittoresque "autocar sur rail", puis à bicyclette. II fait beau. Une fois quittée la haute vallée de l'Aude, d'une sauvage beauté, nous débouchons sur le plateau. Des champs et 18

des prés à perte de vue; à peu de distance, à notre gauche, de hautes collines boisées, premiers contreforts des Pyrénées. Impression, sans doute trompeuse, de paix et de sécurité. Quelques groupes de paysans soignent à la main leurs cultures de pommes de terre et de lentilles. Le petit village de Rodome est situé à peu près au milieu d'un espace qui, à quelque 900 m. d'altitude, s'étend sur une vingtaine de km à l'ouest de la vallée de l'Aude, jusqu'à celle de son affluent le Rebenty. Les vallées qui le ferment de trois côtés se transforment souvent en véritables défilés taillés verticalement dans le calcaire. Vers le sud de vraies montagnes, comme le pic d'Ourthizet, culminent à près de 2 000 m. A quelque 20 km plus au sud, aux limites de la Cerdagne, le noble Carlitte approche les 3 000 mètres. C'est moins la beauté du site qui nous enchante, que les avantages évidents qu'il offre pour notre proj et : abri des forêts profondes, population presque entièrement paysanne, position tout à fait à l'écart des voies relativement fréquentées, comme la D 118 qui mène d'Axat aux abords de Font-Romeu. Les rares villages, dont les noms nous deviendront familiers sont, outre Rodome, flanqué d'Aunat et de Mazuby, Fontanès-de-Sault, Bessèdes de Sault, Galinagues. A l'école de Rodome, R. Lacoste (que nous appellerons entre nous "l'oncle Robert") nous accueille d'une façon très cordiale. Il connaissait très bien mes parents et les estimait, bien qu'ils ne fussent pas communistes. Et il était heureux que j'aie, pour ma part, suivi la trajectoire qui lui semblait toute naturelle: celle qui conduit à l'extrême-gauche, aboutissement, logique à ses yeux, de la tradition républicaine; point-de-vue très banal, tout à fait dans la ligne de l'union des gauches du Front Populaire. L'oncle Robert nous présente sa femme, institutrice elle aussi, et l'adjointe, Mme Labatut, qui se montrent d'emblée très bien disposées. Accueil aussi sympathique chez les Pélofi, au village suivant de Masuby, malgré les différences de tempérament. Pélofi se montre également décidé, mais il est d'un caractère moins méridional que l'oncle Robert. Celui-ci, petit bonhomme

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alerte, aux yeux vifs sous une crinière noire très bouclée, ne cesse pas de rire et de plaisanter. Nous repartons avec la certitude que notre demi-douzaine de clandestins sera reçue, aidée, protégée. Aussi bien Robert que Pelofi, tout réprouvés qu'ils soient par Vichy, jouissent auprès des gens d'une considération méritée. Ils sauront à qui delllander des services souvent délicats: La condition essentielle pour l'existence d'un maquis est donc remplie. Je suis revenu plusieurs fois à Rodome, jusqu'en juillet 1943, pour voir comlllent les choses se passaient, et pour apporter aux gars du maquis ce qui leur était le plus nécessaire. Il y eut notamment un vélo, que je dus voler. Nos clandestins s'étaient installés au mieux: de Rodome, il fallait marcher près de deux heures, monter à travers la splendide forêt d' Aspre, pour arriver enfin à un replat où les gars avaient creusé deux huttes dans un sol perméable et meuble. Les déblais, considérables, avaient été évacués et dissimulés. La fosse, d'un bon mètre de profondeur, sur quatre ou cinq de largeur et de longueur, était couverte d'un toit à double pente: branches assez fortes formant solives, soutenant un matelas épais de branches plus fines en fagots, de feuillages et d'herbe. Tout cela donnait un camouflage parfait; il fallait vraiment "tomber" sur les huttes pour les découvrir par hasard. Elles échappaient mêllle à l'observation aérienne. Le mobilier était on ne peut plus rustique: deux bancs style "bûcheronnage" et, pour dormir, des paillasses bourrées de fougère sèche. C'est là que les maquisards me recevaient. Je partageais leur repas: invariablelllent du 1110U veau en sauce au vin; le de vignoble n'est pas loin, et le boucher leur réservait cet organe peu recherché. Ce n'était pas mauvais; mais je m'en tirais chaque fois avec une bonne diarrhée. Comme légumes, pommes de terre et lentilles fournies par les paysans, ne manquaient pas. Bref, mes bonshommes survivaient, loin des traques policières; c'était l' obj ectif à atteindre pour le mOlllent. Je leur apportais aussi un peu d'argent, attribué par les FTP. Plus tard, ils reçurent les inévitables tickets de rationnement et d'équipement ("points textiles") qui leur rendirent la vie plus cOlllmode. Ces

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tickets venaient aussi des FTP, parfois de secrétaires de mairie sympathisants, qui réussissaient à falsifier leurs "états". Je suis remonté pour la dernière fois à Rodome vers la fin de juillet - les framboises sauvages étaient mûres -. J'y conduisais Louis Mazaudier, le C.E. (commissaire aux effectifs) pour l'inter-région de Montpell ier. Chargé des "effectifs", donc du recrutement et de l'orientation des volontaires, il souhaitait légitimement se renseigner par lui-même sur cette forme d'organisation assez nouvelle, du moins en Languedoc. Mazaudier, pas très grand, paraissait avoir une trentaine d'années. Ce métallo marseillais s'était évadé peu avant du camp (français) ! de Saint-Sulpice (Tarn), où il avait été interné pour son activité militante de syndicaliste et de communiste. Ce sont là des choses que j'ai apprises en partie après sa mort, en partie de lui-même. Nous nous étions rapidement liés d'amitié. Il m'inspirait une confiance totale; et la réciproque devait être vraie, puisqu'il me proposa vers la même époque d'entrer au Comité Militaire de l'interrégion comme responsable militaire ("Commissaire aux opérations", C.O.I.R.). Je l'ai donc conduit à Rodome par le même chemin que nous avions suivi, Pierrot et moi, quatre mois plus tôt. Sans doute affaibli encore par sa longue détention, Mazaudier souffrait sous le soleil pesant. Nous arrivons à l'école de Rodome. L'oncle Robert nous reçoit avec sa cordialité naturelle; le contact est d'emblée excellent. Mais Mazaudier semble se rembrunir un peu lorsque l'oncle raconte quel vaste réseau de sympathie il a fallu mettre en place pour assurer la vie et la sécurité des maquisards. "Tu as l'appui des camarades du coin, demande Mazaudier - Non, je n'en connais pas; ce sont des paysans et des artisans sans engagement politique précis". Chez Pélofi, l'atmosphère est plus compassée. Mazaudier reste presque muet, malgré la gentillesse de Mme Pélofi, qui nous apporte une épaisse tranche de jambon de campagne avec un gros morceau de pain. Nous repartons; peu après, mon compagnon est pris de malaises; il vomit dans le fossé; fatigue d'une route déjà longue sous un soleil de feu? Incapacité à

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digérer une nourriture aussi substancielle ? ou quelque déplaisir secret? Nous cheminons, silencieux le plus souvent. Mazaudier mange quelques framboises. C'est tout ce qu'il aura absorbé de la journée. "Tu crois que ça peut marcher, avec tant de gens qui sont dans le coup, me demande-t-il. - COl11mentest-ce que ça peut marcher autrement" ? Il ne dit plus rien, mais je le sens préoccupé. Cet homme dont je connaissais la bonté et la générosité, n'était-il pas embarrassé et comme entravé par son expérience de militant? Il avait vécu l'échec du Front populaire, les persécutions contre le P.C. Coml11entpouvait-il s'entendre avec un socialiste franc-l11açon comme Pélofi, et avec des paysans conservateurs, présumés électeurs de droite ?1. Je ne devais plus "remonter" au maquis de Rodome, trop absorbé par d'autres responsabilités à partir de juillet 1943. Mais ce que j'en ai appris, notamment par Pierre Jambon, confirme que nous n'avions pas eu tort de jeter les bases: dans ce coin de France, d'un rassemblement antifasciste. Le l11aquis FTP, grossi d'anciens combattants d'Espagne et surtout de réfractaires au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) entretint d'ailleurs de très bons rapports de voisinage avec un maquis de l'Armée secrète tout proche (échange de biens matériels, de renseignements, etc...). La survie du maquis prouvait par elle-même de quelle sympath ie l'entourait la population2. Le pain quotidien, la viande (même réduite un certain temps au mou de veau), les légumes, supposaient l'aide de nombreuses personnes. Il est arrivé qu'un maquisard ait besoin du secours d'un médecin, consulté dans une maison amie. Bref, on peut dire que nul, sur l'étendue de quelque 400 km2 n'ignorait l'existence de ce groupe clandestin. Nul n'ignorait non plus, du moins
1

Louis Mazaudier,

devenu commandant

militaire

en Haute-Savoie

(C.O.R.)

sera arrêté sur l'ordre de Barbie à la suite de la chute de la chute de l' E - M. de Lyon et de l'E - M. de la Zone Sud des FTP, et fusillé à Annecy. Je pus lui rendre un dernier hommage lorsque son corps fut transféré à Marseille en 1945. 2 Citons, entre autres, les Bénet, le boulanger Norbert, Ernest Zangg, ingénieur à l'usine hydroélectrique d'Usson. 22

approxilnativement, dans quel secteur de la forêt il se cachait. L'antenne de la Gestapo, installée à Axat eut vent de quelque chose, mais l'information restait sûrement très vague: jamais une opération ne fut montée contre le maquis lui-même; il y eut juste quelques irruptions violentes dans des villages. C'est ainsi qu'à la fin de novembre 1943, "Jean" (Pierson) vient prévenir Lacoste que la Gestapo va venir l'arrêter. Il part aussitôt se mettre en lieu sûr. Le lendemain, la Gestapo intervient, arrête l'institutrice adjointe Mme Labatut, ainsi que Martimort de l'A.S., non sans les brutaliser. Ils sont emmenés à la gendarmerie d' Axat. Malgré un interrogatoire "musclé", ils ne disent rien. On les relâche. L'oncle Robert entre dans la clandestinité. Se souvenant sans doute de lui, Mazaudier l'embauche comme "recruteur interrégional"l. Mais le maquis de Rodome, protégé par la discrétion de tous, subsiste et se développe. Il passera bientôt à l'action directe contre l'occupant, ses transports, et ses troupes. A la veille de la libération, il formera le cœur du "Bataillon de l'Aude" . Malgré sa briéveté (mars-juillet) l'expérience du maquis de Rodome fut pour lnoi très riche d'enseignements. Quand sa création était seulement envisagée, vers la fin de I'hiver 1943, les avertissements pessilnistes ne Inanquèrent pas: "Colnment veux-tu que ces types survivent? Ils vont se faire ramasser vite fait. Tu oublies que les gens, dans leur très grande Inajorité, sont pour Vichy; souviens-toi de la visite triomphale de Pétain à Carcassonne" ! Je me souvenais très bien de son succès le 12 juin 1942, neuf mois plus tôt. Mais ne devait-il pas en partie cette réussite à une sorte de mobilisation forcée? Moi-même j'avais dû défiler devant lui en accompagnant ma classe. Les gamins sont toujours prêts à manifester une bruyante satisfaction lorsque se rOlnpt la routine scolaire. Quant aux adultes, ils étaient très largelnent "pour Pétain", cela ne faisait
I Lacoste sera arrêté à Carcassonne le Il mai 1944. Maltraité, traîné de prison en prison (Montpellier, Bordeaux, Toulouse) il s'évadera à Roquemaure (Gard) du train de déportés en partance pour l'Allemagne. Robert Lacoste est mort le Il juin 1980. 23

pas de doute. Mais pour quels motifs? Certainement pas en raison de sa politique pro-allelnande. Ni la razzia de nos biens, et les restrictions qui en résultaient, ni la "relève", ni la suppression des libertés n'étaient vraiment populaires. Ses partisans excusaient Pétain: "Il ne peut pas faire autrement; sans lui ce serait bien pire; et d'ailleurs, il est victime d'agents allemands qu'il est obligé de prendre dans son gouvernement. Mais, au fond de lui-même, Pétain ne songe qu'à protéger la France contre les Allemands". Oubliées dans ce plaidoyer la rencontre de Montoire, les mesures antisémites devançant les exigences hitlériennes, et tant d'autres faits. Ne pouvant dissocier le "vainqueur de Verdun" du "chef de l'Etat" de Vichy, les gens croyaient naïvement au "double jeu" du tnaréchal, Inythe soigneusement entretenu par sa propagande. Paradoxalelnent, ce mythe rendit notre tâche assez aisée. COlnment des gens simples, convaincus que Pétain luttait d'abord contre Hitler, n'auraient-ils pas accepté d'aider des hommes poursuivis par Hitler? Ils ne voyaient pas de contradiction entre cette aide et leurs convictions maréchalistes. Si Pétain était vraitnent - comme le disait sa chanson "Maréchal, nous voi là" ! - le "Sauveur de la France", d'autres actions patriotiques nettement anti-hitlériennes, devenaient admissibles et légitimes. Voilà pourquoi Pierre Jambon et tnoi-même avons estimé qu'une possibilité nous était offerte par les mensonges mêmes de Vichy. L'installation d'un maquis était comme le banc d'essai de la solidarité nationale contre l'occupant. Et les événements ultérieurs ont Inontré que nous ne nous étions pas trompés en faisant confiance à l'honnêteté et à la générosité de la plus grande part des Français.

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Chapitre 3

A LA "3e SUBDIVISION" F.T.P

1. De Carcassonne à Montpellier J'avais abandonné à Pâques 1943 mon poste au lycée de Carcassonne, en faisant valoir d'imaginaires raisons médicales. J'avais en charge la "région Aude-Hérault", en tant que responsable militaire (C.O. = Commissaire aux opérations). Peu après Mazaudier m'appela à le rejoindre comme responsable militaire de ''l'interrégion'' de Montpellier (C.O.I.R.) soit 5 départements. Je devais courir d'un bout à l'autre de cette "inter" ; non pas que la guérilla ait sévi en Languedoc, à l'époque; c'était plutôt pour essayer de susciter quelque activité que je me déplaçais si fréquemment. Inutile d'entrer dans le détail: horlllis un petit maquis aux lisières du Tarn, et de rares individus isolés, le Languedoc était pour les FTP une sorte de désert militaire (Les Pyrénées orientales ne se distingueront guère avant l'été 1943). Combien de temps ai-je perdu pour aller écouter les sornettes de ce Grec, au demeurant sympathique, qui constituait toutes nos forces à Sète. Il vivait dans un monde onirique de possibilités, jamais réalisables pour telle ou telle raison. Le Comité militaire interrégional (C.M.I.R.), auquel se joignait souvent le "polo inter", "Fred"\ déplorait constamment cette situation, mais sans apercevoir ses propres erreurs: tous nos "triangles" régionaux (c'est-à-dire départementaux) étaient au complet, mais avec une base combattante étique ou nulle. Quant à Fred, il accusait les secrétaires de section de ne pas

I Appellation familière pour "instructeur sera arrêté à l'automne.

politique

pour l' interrégion".

"Fred"