Le peuple de l'Océan

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Le Peuple de l'Océan fait renaître la civilisation maritime océanienne, présentée pour la première fois dans un très large contexte maritime, historique et culturel. Sont ici dévoilés les secrets de l'art de la navigation sans cartes ni instruments d'aucune sorte, l'invention des praos volants et des catamarans, le savoir-faire des équipages et les méthodes inédites d'exploration de l'Océan. C'est très logiquement dans ces immenses espaces océaniques que le génie des marins a atteint sa plénitude.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782296716506
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Le Peuple de l’Océan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13898-8 EAN : 9782296138988

Vice-Amiral Emmanuel Desclèves
de l’Académie de Marine

Le Peuple de l’Océan
L’art de la navigation en Océanie

Préface de Michel Rocard

Collection Lettres du Pacifique -36-

Lettres du Pacifique
Collection dirigée par Hélène Colombani,
Conservateur en chef des bibliothèques (ENSB), Chargée de mission pour le livre de Nouvelle-Calédonie, Déléguée de la Société des Poètes français, membre de la SGDL. Cette collection publie ou réédite des textes (romans, essais, théâtre ou poésie) d’auteurs contemporains ou classiques du Pacifique, ainsi que des études sur les littératures modernes, les sciences humaines, et les traditions orales océaniennes.

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N°15- Camille COLDREY, Segalen, la langue Tahitienne dans les Immémoriaux, essai littéraire, 2008 N°16- Pr John DUNMORE, L’épopée tragique : le Voyage de Surville, (traduit de l’anglais NZ.best book prize) 2009, N°17- Hélène SAVOIE, Half moon lands, (Nouvelles) édition bilingue traduite et présentée par Karen Speedy (Université Australie), Préface du Pr René Bourgeois, 2009 N°18-A.le BOURLOT, Un nuage nimbé de lumière, roman, 2009. N°19–Gérard DEVEZE, Histoires fantastiques de Nouvelle-Calédonie, Vol.1. Le boucan, Nouvelles, 2009. N°21- Julien ALI, Veriduria 2011, roman, 2009. N°22 –Alexandre JUSTER, Transgression verbale en Tahitien et en Nengone, préface d’Emmanuel Tjibaou (ADCK), 2009. N°23-Frédéric MARIOTTI, De la vendetta à la Nouvelle-Calédonie, Paul Louis Mariotti, matricule 10318, biographie, préface d’Hélène Colombani, 2010. N°24 – Agnès LOUISON, L’ami posthume, récit (NC), 2010. N°25 – DORA, Deuxième chance, roman (SF), 2010. N°26 –Florence FERMENT-MEAR, Pour la défense de la langue Tahitienne, état des lieux et propositions, 2010 N°27 – Isabelle FLAMAND, Les Rescapés, roman (Lifou), 2010. N°28 – Philippe GODARD, La tragédie du Batavia, récit, 2010. N°29- Pr John RAMSLAND, Gardiens de la terre, (Aborigènes et Européens en Australie), traduit par V.Djenidi, 2010. N°30– Christine PEREZ. L’Echappée Pacifique (de la Méditerranée antique au triangle Polynésien, religion, pouvoir et société), UPF, 2010. N°31- R. COSTA (APANA) Les Racines au bout de la branche. Roman. Préface Fote Trolue. 2010. N°32- Gérard DEVÈZE. Histoires fantastiques de Nouvelle-Calédonie (vol.2). Promenons-nous au Koghi. 2010. N°33- Laurent DEDRYVER. Le Secret de Tasmanie, roman, 2010. (Hors collection): Hélène SAVOIE, L’île aux étoiles (nocturne australien), roman, 2010.

À la mémoire de Tutaha

Issu de la grande famille des Teva, alliés aux Pomaré, Tutaha Salmon fut maire de Taiarapu-Est en presqu’île de Tahiti et député de la Polynésie Française. De la lignée des grands chefs de jadis, il inspira cet ouvrage en faisant découvrir à l’auteur les racines de la culture polynésienne. Il lui fit en outre l’honneur de lui conférer le nom de Raiari’i, celui de son père adoptif, ancien chef du district de Tautira et compagnon de tranchée du capitaine Charles de Gaulle à Verdun.

Préface
Michel Rocard

Ami lecteur, il faut lire doucement. Vous êtes tombé sur un livre inouï : ce qu’il va vous faire découvrir de l’aventure humaine est unique au monde et sans équivalent où que ce soit. Il existe sur la planète un peuple, le peuple polynésien, qui – probablement pour des raisons historiques au début – n’a pas développé son art de vivre, ses savoirs, ses techniques d’alimentation ou d’itinérance, ni surtout défini et révéré ses dieux à partir de la terre ferme, de ce sol immobile et stable dont nous sommes tous les enfants, et pensons tous qu’il n’est point d’autre support possible pour la vie de l’espèce. Il ne l’a fait qu’à partir de l’élément liquide, de l’eau, de l’océan. La perfection de ses savoirs lui a permis, entre le deuxième millénaire avant J.-C. et la fin du premier après J.-C., de découvrir et d’habiter la petite trentaine de milliers d’îles qui peuplent le Pacifique. Il savait naviguer sur des distances de 5 à 6000 kilomètres. Voici le Peuple de l’Océan. L’amiral Emmanuel Desclèves savait, la presse le lui avait dit, que j’étais un tout petit peu marin. Oh, guère, un plaisancier incertain à la technique limitée qui n’a jamais navigué en course. Mais j’ai eu plaisir pendant trente ans à emmener chaque été femme et enfants en croisière à la voile entre La Rochelle, la Bretagne de tous côtés, les îles Anglo-Normandes, les îles Scilly et l’Irlande. Ça ne fait pas un grand marin, mais ça donne une idée vraie de la mer et du respect qu’on lui doit. Ce que l’amiral ne savait sans doute pas, c’est qu’à la suite d’un drame privé, ma fille a souhaité mettre le plus de kilomètres

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possibles entre elle et le reste du monde. Elle a vécu et élevé ses cinq fils pendant 17 ans à Raiatea. Le nom de cette île revient cinq ou six fois sous la plume de notre auteur. Que le lecteur veuille bien regarder le « triangle polynésien », dont les sommets sont l’Ile de Pâques, l’archipel de Hawaï et l’Ile du Sud de Nouvelle-Zélande. Chaque côté fait approximativement 4000 milles nautiques, soit 7400 kilomètres, et les marins polynésiens savaient naviguer sur des distances pareilles. Raiatea, la deuxième plus grande île de la Polynésie française après Tahiti et à 300 kilomètres d’elle, occupe le centre exact de ce triangle. Elle était l’île sacrée, le siège d’assemblées religieuses pour lesquelles on venait en pirogues, de partout. J’ai cinq ou six fois pu visiter ma fille et mes petits-fils ; j’ai parfois rêvé face à l’Océan, sur la place sacrificielle – le Grand Marae de Taputapuatea à Raiatea – en me demandant comment diantre des piroguiers pouvaient venir ici de Pâques ou de Nouvelle-Zélande, et retourner chez eux sans se perdre. Il me manquait l’amiral Desclèves. Il a fallu à ce marin militaire français ayant servi dans le Pacifique une grande et belle capacité d’étonnement, étayée sûrement par la curiosité qu’alimentait son amour de la mer, pour regarder les Polynésiens autrement que comme seulement des indigènes, de beaux sauvages guère civilisés. J’ai eu, en tous cas, à la suite de ces détails personnels, un très robuste appétit de découvrir tout ce que l’on a maintenant appris d’eux, et qui a fait de ce peuple et de son univers rien moins qu’une civilisation. Tout amoureux de la mer ressentira la même chose et dévorera les pages qui suivent comme je l’ai fait. Attention, toutefois, dernière notation que j’aurais du formuler plus tôt. Nous ne sommes pas du tout ici devant un roman. Pour le dire au plus bref, il s’agit d’un livre sur les techniques navales comparées. C’est plus austère, mais plus sûrement surprenant. Ne rêvez pas d’acquérir ces savoirs extrêmes, il y faut les bons ancêtres et toute une vie. Mais respectez ces navigateurs polyné-

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siens capables pour une grande traversée transpacifique, de tenir la mer plusieurs mois, prenant successivement pour caps les verticales de 18 ou 20 étoiles successives, ne perdant jamais le cap le jour grâce à une connaissance approfondie de tous les courants, des houles, des espaces préférentiellement fréquentés par les poissons ou les oiseaux, et capables de repérer dans un archipel la marque du lieu où les houles se croisent. Aucun document, jamais une carte, ni compas ni sextant. Mais dans les têtes, les trajets en azimuts, du lever au coucher, de largement deux cents étoiles. Tous nos grands navigateurs et tout spécialement Cook, Bougainville et Lapérouse, ont remarqué que les embarcations polynésiennes étaient considérablement plus rapides que leurs gros vaisseaux. L’architecture navale était là-bas d’une subtilité extrême. Ils sont les inventeurs, voici plus d’un millénaire de cela, du catamaran, et leurs cousins germains indonésiens du trimaran. Et ils ont même, dernier raffinement, pour les pirogues à balancier cherchant à tenir ce dernier constamment au vent, imaginé pour la coque principale les profils asymétriques, le flan au vent restant gonflé, le flanc sous le vent plat et rectiligne pour filer mieux. Mais j’en ai trop dit. Suivez directement Emmanuel Desclèves sur la traque des savoirs scientifiques mystérieux du Peuple de l’Océan, aux yeux d’Alain Gerbault « les descendants des dieux de la mer, les plus grands navigateurs de tous les temps ».

Paris, le 3 mai 2010

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Le Grand Océan

Avant-propos

Les immenses espaces du Pacifique, qui couvrent plus de quarante pour cent du globe terrestre et comprennent environ vingt cinq mille îles, ont été explorés puis peuplés bien avant l’arrivée des Européens, par des vagues successives de migrants venus des rivages de l’Asie du Sud-est. Phase ultime du peuplement initial de la terre, la dernière migration a débuté il y a environ six mille ans pour atteindre la Polynésie centrale cinq siècles avant notre ère. Avant l’an mille, les ancêtres des Polynésiens avaient déjà implanté dans les îles Cook en plein centre du Pacifique - la patate douce, rapportée des côtes d’Amérique du sud éloignées de quelques neuf mille kilomètres de plein océan. Les innombrables voyages hauturiers ainsi réalisés d’île en île, sur des distances parfois bien supérieures à celle de la traversée de l’Atlantique, supposent une exceptionnelle maîtrise de l’art de la navigation dans toutes ses composantes par les premiers colonisateurs du Grand Océan. A bord des pirogues à balancier et des grands catamarans inventés par leurs ancêtres voici déjà trois millénaires - leurs navigateurs les guidaient de façon précise, fiable et reproductible, sur des trajets dépassant cinq mille kilomètres hors de vue de terre, sans cartes ni instruments de navigation d’aucune sorte. Certains de leurs descendants sont encore capables de reproduire aujourd’hui ces exploits inégalés, à l’heure où nos navigateurs les plus fameux ne peuvent plus se passer de GPS ni de routage météo. En se plaçant principalement du point de vue du marin, nous souhaitons remettre en perspective cette culture polynésienne d’inspiration spécifiquement océanique, en regard des pratiques de navigation des Européens découvrant la Mer du Sud à partir du XVIème siècle.

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Sphère céleste - Pékin

Introduction
Peut-être sommes-nous encore convaincus que la navigation au long cours est née avec les grands capitaines européens - dont notre Histoire a justement conservé et glorifié les noms découvreurs du Nouveau Monde, de Terrae Incognitae plus ou moins mythiques, ou de routes maritimes nouvelles comme celle des épices vers les Indes Orientales. Débuts difficiles d’ailleurs, car ces marins audacieux et intrépides ont eu bien du mal à se positionner en haute mer jusqu’à l’avènement des premières montres de marine fiables, à la fin du XVIIIème siècle seulement. Sans possibilité de mesurer précisément le temps pour se situer en longitude1, les pilotes étaient souvent contraints de suivre un parallèle - à latitude constante donc - en tenant une estime de vitesse tout à fait approximative. Il s’ensuivait des erreurs considérables, sur la position réelle des navires comme sur la cartographie. Par ailleurs, la construction navale demeurait archaïque et les navires européens de l’époque étaient encore de bien piètres vaisseaux, lourds, lents et peu marins, mieux adaptés au transport maritime côtier qu’à de grands voyages d’exploration transocéaniques. Enfin, les conditions de vie - ou plutôt de survie - à bord des voiliers occidentaux étaient pour le moins précaires. Du XVIème au XIXème siècle compris, la plupart des grandes expéditions maritimes ont compté de nombreuses victimes, touchées en partie par les fortunes de mer et les combats, mais combien davantage par des maladies dues à des conditions de vie à bord mal maîtrisées et
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Les deux sont étroitement liés dans notre système de positionnement occidental.

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réellement déplorables, sur le plan de l’hygiène courante comme en matière de nourriture. Renaissante au milieu du quinzième siècle, l’épopée maritime européenne à la découverte du Nouveau Monde va trouver son apogée à la fin du dix-huitième avec l’exploration systématique du Grand Océan ou Mer du Sud : désert immense, sans commune mesure avec les autres mers et océans pratiqués jusque-là par les Occidentaux. Au cours de ces périples rendus célèbres par les relations de voyages très médiatisées de grands explorateurs comme Magellan, Cook, Bougainville ou Lapérouse, nos vaillants capitaines se sont montrés en général plus préoccupés d’intérêts commerciaux et de découvertes géographiques ou scientifiques - au profit de leurs commanditaires royaux - que de pénétrer les connaissances nautiques des Indiens et autres Sauvages, qui peuplaient déjà depuis des millénaires ces îles perdues dans les immensités océanes. Il nous importe aujourd’hui de remettre en perspective ces récits fameux, qui fondent notre vision actuelle de l’Histoire des Grandes Découvertes dans le Pacifique, en essayant de donner en contrepoint beaucoup plus de relief à la réalité historique des compétences exceptionnelles des populations insulaires du Grand Océan - s’agissant des choses de la mer en général et de la navigation au long cours en particulier.

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-I – L’HISTOIRE

Louis XVI – Voyage de Lapérouse

Les Grandes Découvertes

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« Qui mettrait son plaisir, porté par un bois fragile sur les flots cruels, à courir cette immensité de l’onde amère […] à franchir le grand gouffre des mers, ses terreurs, ses dangers que les plus fins de nos vaisseaux n’osent pas affronter ?3 »

Notre vision de l’histoire
Relatant les premières navigations lointaines à partir des côtes européennes comme des exploits justement célébrés et commémorés, les manuels scolaires nous enseignent que ces Grandes Découvertes datent de siècles somme toute bien récents au regard de l’Histoire : Traversée de l’Atlantique en 1492 par Christophe Colomb avec la découverte des Antilles puis de l’Amérique, ouverture de la route des Indes et de l’Extrême-Orient via le cap de Bonne-Espérance que Vasco de Gama franchit en 1497, suivies des grands voyages de circumnavigation inaugurés par Magellan dès 1519 avec la première traversée du Grand Océan, et enfin l’avènement des expéditions à caractère scientifique et humaniste à partir de 1765, avec notamment Bougainville, Cook, Lapérouse et Dumont d’Urville, qui s’illustrèrent particulièrement dans le Pacifique.
Le grand géographe naturaliste prussien Alexandre de Humbolt utilisa le premier l’expression, dans les années 1830. En l’occurrence, le terme de conquête serait probablement plus approprié. 3 Homère, Odyssée. Ainsi s’exprime Hermès, qui ne semble pas très satisfait que Zeus l’ait obligé à aller « au bout » du monde pour demander à Calypso de relâcher Ulysse.
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A titre plus anecdotique, on apprend que les Vikings s’étaient implantés en Islande puis au Groenland et enfin dans le nord-est du continent américain à la fin du premier millénaire de notre ère. Certains professeurs mentionnent les marins égyptiens, crétois, grecs ou romains4 et surtout ces fameux Phéniciens qui fondèrent Carthage et Cadix, sillonnèrent la Méditerranée, firent le tour de l’Afrique et touchèrent assez tôt avant notre ère chrétienne certaines îles de l’Atlantique : la Grande-Bretagne, les Canaries, les îles du Cap-Vert et même les Açores5. Plus rares sont ceux qui évoquent enfin les Chinois, les Indiens ou les Arabes, parce qu’il fallait bien convenir que de nombreuses denrées exotiques connues très tôt au Moyen-Orient, en Méditerranée ou même en Europe continentale n’étaient pas toutes arrivées par voie terrestre. L’avènement des Grandes Découvertes nous est souvent présenté comme étroitement lié à des progrès scientifiques et techniques significatifs. On cite traditionnellement l’astrolabe, le gouvernail d’étambot, la boussole, le sextant, puis les horloges et montres de marine. Il est indéniable que nos marins occidentaux ont bénéficié de ces avancées scientifiques remarquables sans lesquelles – compte tenu du contexte dans lequel ils se trouvaient – la

Remarquables colonisateurs et grands soldats sans aucun doute, disposant même de flottes nombreuses et puissantes, mais médiocres marins au fond, qui ne se risquèrent pas à surmonter leurs frayeurs en affrontant le plein océan bien au-delà des Colonnes d’Héraclès ou d’Hercule, au risque de déclencher la colère des dieux, parfois habilement orchestrée par les Carthaginois, maitres du détroit. La peur de l’océan perdure cependant bien après les Romains et les monstres marins les plus effrayants sont encore décrits et imagés dans des époques récentes. 5 Les Carthaginois réussirent à interdire pendant trois siècles le passage de Gibraltar à leurs concurrents et adversaires, se réservant ainsi tout le bénéfice des découvertes faites en Atlantique. Il y a déjà trois millénaires, leur ancêtre le roi phénicien Hiram I de Tyr s’était entendu avec son ami le roi Salomon pour utiliser le port d’Ezion Geber sur le golfe d’Aqaba. C’est de là que partirent des expéditions mixtes régulières avec les Hébreux, ayant pour objectif la recherche de l’or au pays d’Ophir (I Rois, IX). Certaines de ces expéditions firent le tour de l’Afrique en deux ans, comme le rapporte Hérodote au Vème siècle avant notre ère. D’autres avaient manifestement pour objectif de rapporter des richesses indiennes.
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cartographie et la navigation n’auraient sans doute pas progressé de façon aussi spectaculaire, notamment à partir des années 1750. Le milieu du XVIIIème siècle constitue en effet l’un des principaux tournants de la pensée européenne. On ne donne plus la première place à la théologie et à la métaphysique. On recherche moins la raison des choses que la connaissance des choses elles-mêmes, c’est à dire la nature et ses lois. On déserte le ciel au profit de la terre. Un immense enthousiasme secoue le « vieux monde ». On se proclame physiocrate, philosophe ; c’est le temps des Lumières.

La quête d’un monde nouveau
Pour autant, les progrès techniques ne sont certainement pas la cause première de l’extraordinaire élan de l’Europe du XVème siècle vers la découverte d’un Nouveau Monde, au-delà de cette barrière circulaire de l’océan jugée infranchissable dans la représentation géoculturelle occidentale issue de l’antiquité. De ce point de vue, la Renaissance a surtout été le fruit d’un esprit nouveau, porté sans doute par quelques récits imagés comme celui des Merveilles du Monde de Marco Polo décrivant de fabuleuses richesses orientales6 propres à susciter le rêve et l’enthousiasme - mais également par les nouvelles représentations de la terre, vue par les géographes européens inspirés d’Eratosthène, de Strabon puis de Ptolémée. Après la parution à Paris en 1224 du Traité de la sphère de Johannes Sacrobosco, puis de l’Imago Mundi du cardinal Pierre d’Ailly édité en 14107, le principe de la rotondité de la terre est acquis dans l’esprit des élites européennes bien informées. La représentation en est faite sur des mappae mundi, puis sur le premier globe terrestre de Martin Behaim, daté de 14928. Ce géographe navigateur avait rencontré Christophe Colomb à
6 Comme la mythique Xipangu où l’or se trouvait à foison, d’après Marco Polo qui n’y aborda jamais. A défaut d’or, le Japon produit de l’argent. Les Portugais y arrivèrent en 1542 seulement. 7 Christophe Colomb en détenait un exemplaire, largement annoté de sa main. 8 Deux siècles auparavant, en 1267, l’astronome et géographe persan Jamal ûd-Din avait offert à l’empereur mongol Qubilai un globe terrestre et divers instruments astronomiques : sphère armillaire, globe céleste, gnomons et astrolabes. Cité par Jacques Dars, La marine chinoise du Xème au XIVème siècle.

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Lisbonne quelques années auparavant. Il avait situé le Cipangu à la longitude de la Nouvelle-Orléans, ce qui explique probablement l’erreur de Colomb découvrant les Grandes Antilles - à défaut du Japon situé à quelques 130° de longitude plus à l’ouest (soit 8200 milles9 d’erreur, en ligne directe). Mais dès 1468, l’astronome et médecin florentin Paolo Toscanelli avait dessiné une carte du monde situant des îles baptisées Antilia à mi-chemin entre Zippangu (Japon) et Cathay (Chine) d’une part, et l’Europe de l’autre. Il s’était informé des récits des voyageurs en Orient et en avait tiré la conviction – la terre étant ronde - qu’il existait une route plus rapide pour gagner les Indes, par l’ouest, que celle qui contourne l’Afrique. Il avait écrit une lettre claire à ce sujet au roi du Portugal A son tour, Magellan se lia d’amitié avec Martin Benhaim et avec l’astrologue Ruy-Falero, qui le fortifièrent dans sa résolution d’ouvrir enfin vers l’ouest une route maritime nouvelle à travers la fameuse Mer du Sud10.

L’extraordinaire épopée maritime européenne
Du point de vue maritime, l’épopée européenne a d’abord été la victoire sur un certain nombre de mythes tenaces et d’idées reçues qui interdisaient aux marins de s’aventurer au-delà de certaines limites, dans le gouffre infini de cette Mer de Ténèbres11 censée ceinturer le monde connu à la façon d’un vaste fleuve. Passer l’équateur était également supposé impossible du fait de l’ébullition de la mer à cette latitude trop proche du soleil. Au fond, on s’était depuis toujours habitué à considérer la mer comme cet élément obscur, négatif et séparateur, qu’il fallait vaincre de vive force pour relier les mondes terrestres entre eux. On sait aussi à quelles fringales d’or et d’épices ont d’abord répondu les Grandes Découvertes. Enflammée par l’enthousiasme
Un mille nautique = 1852 mètres. Sous l’étendard portugais, Magellan avait déjà pratiqué la route orientale vers les Indes, de 1505 à 1513. En 1511, il participe à la prise de Malacca sous le commandement d’Alfonso de Albuquerque. 11 Mar Tenebroso, appellation portugaise de cet océan Atlantique dont ils allaient atteindre les limites, au sud puis à l’ouest dans la dernière décennie du XVème siècle.
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renaissant, l’imagination européenne n’hésite d’ailleurs pas à envelopper d’un mirage doré beaucoup de ces découvertes. Parfois bien réelles mais plus souvent virtuelles, les Splendeurs de l’Inde comme les Merveilles de la Chine sont portées aux nues, ce qui suscite les fantasmes ou réveille bien des passions. De tout temps, l’imaginaire s’est nourri des récits de voyages exotiques. Qu’il s’agisse des expéditions portugaises sur la route de l’est par le sud de l’Afrique, ou de celles des Espagnols vers l’ouest via la Mer du Sud, le but premier de l’exploration de nouvelles routes maritimes vers les Indes était clairement la mainmise sur le commerce des épices, produites essentiellement à l’époque en Inde (poivre) et surtout dans l’archipel des Moluques situé plus à l’est, sur l’équateur (muscade, girofle)12. Rares et surtout très chères, ces denrées destinées à relever le goût des aliments sur les tables des riches parvenaient en effet jusque-là en Europe via des chemins compliqués, à la fois maritimes et terrestres, essentiellement par l’intermédiaire in fine des Vénitiens. Il faut dire que le prix de vente d’un kilo de clous de girofle sur les marchés européens pouvait alors dépasser mille fois son prix d’achat dans les îles. Cela étant, comme le notait déjà Marco Polo, les épices sont d’abord consommées en Asie. Au XVIème siècle, seulement 5 % de la production quittent Malacca pour l’Europe.

L’expédition maritime
Notons que ces expéditions maritimes européennes, considérables pour l’époque, n’auraient probablement pas vu le jour sans l’appui décisif des Etats concernés, engagés à fond dans l’aventure. Cela a permis notamment d’officialiser in fine les résultats des explorations – selon les vues occidentales - et de les rendre ainsi rapidement pérennes et célèbres - ainsi que leurs heureux capitaines dont l’histoire retiendra les noms.
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« Au commencement étaient les épices. Du jour où les Romains, au cours de leurs expéditions et de leurs guerres, ont gouté aux ingrédients brulants ou stupéfiants, piquants ou enivrants de l’Orient, l’Occident ne veut plus, ne peut plus se passer d’espiceries, de condiments indiens dans sa cuisine ou ses offices. » Stefan Zweig, Magellan.

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Pour autant, il est plus que probable que certaines terres et singulièrement l’Amérique avaient été « découvertes » antérieurement13 - fruit du hasard ou de volonté délibérée - mais dont les résultats n’avaient pas fait l’objet de publicité, avaient été oubliés, voire perdus. L’extraordinaire engouement du public européen pour les épopées maritimes des « Grandes Découvertes » se mesure aisément - dès le tout début du XVIème siècle - lorsqu’on visite nos musées dédiés à la Renaissance14. Les navires, nefs et autres caravelles, y sont omniprésents ; représentés en nombre sur toutes les tapisseries, tableaux, fresques, dessins, meubles, marqueteries, faïences ou gravures, quel que soit le sujet y compris religieux, avec plus ou moins d’exactitude ou d’imagination artistique. Par ailleurs, de nombreux instruments de navigation voient le jour : astrolabes, boussoles, compas, montres de toutes espèces,
On pense notamment aux fameux navigateurs Phéniciens, qui ont très probablement touché l’Amérique en plusieurs points à l’occasion de leurs incessants périples en Atlantique et autour de l’Afrique, compte tenu des systèmes de vents et de courants locaux. Les navires phéniciens ont pu en effet et assez logiquement bénéficier des mêmes circonstances favorables et récurrentes que celles qui ont amené par hasard Pedro Alvarez Cabral sur les côtes du Brésil le 22 avril 1500, alors qu’il était en route vers les Indes via le Cap de Bonne Espérance. 1500 milles seulement séparent les iles du Cap Vert de la côte du Brésil, à peine plus que de Tyr à Carthage.
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Dans sa remarquable Bibliothèque Historique, livre V chapitres 19 et 20, Diodore de Sicile répond à la question de savoir où sont arrivés les Phéniciens qui ont franchi les Colonnes d’Hercule : « […] pendant qu’ils longèrent la côte d’Afrique, ils furent jetés par des vents violents fort loin dans l’Océan. Battus par la tempête pendant plusieurs jours, ils abordèrent enfin une île d’une étendue considérable […] montagneuse, couverte de bois épais et d’arbres fruitiers de toutes espèces, arrosée de fleuves navigables […]. » Plusieurs inscriptions phéniciennes gravées sur des pierres ou des rochers ont été découvertes en Amérique et en particulier au Brésil : notamment celles de la Pedra da Gavea à Rio mais surtout celle de Paraíba qui relate l’arrivée d’un navire phénicien dans les circonstances décrites par le récit de Diodore. Les Portugais ont naturellement un peu de mal à admettre l’authenticité de ces nombreux témoignages historiques - dont plusieurs disparurent mystérieusement - tant l’épopée des « Grandes Découvertes » dont ils ont été les remarquables précurseurs, a été et reste fondatrice de leur identité nationale. 14 Notamment à Ecouen.

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sphères armillaires, octants, arbalètes, etc., qui ne sont pas toujours utilisés à des fins maritimes, mais souvent comme simples objets de curiosité ou de décoration dans les riches demeures. Dès 1503, juste après l’ouverture de la route maritime orientale vers les Indes, le poivre du Malabar se vend cinq fois moins cher à Lisbonne qu’à Venise, ce qui explique le lent déclin de cette cité maritime jusque là toute puissante. Au marché de Sumatra en 1610, un kilo de poivre s’achète pour un sol de France, c'est-à-dire presque rien15. Sans négliger l’importance fondamentale du prosélytisme catholique des rois d’Espagne et du Portugal, le ressort commercial a donc été le principal moteur de la découverte de routes maritimes nouvelles vers les îles aux épices, et notamment de celles qui franchissent le Grand Océan. Jusqu’à ce que les Lumières viennent conférer aux plus célèbres des voyages de circumnavigation un caractère plus scientifique et humaniste - entre 1765 et 1830 environ - les cadets de familles nobles mais pauvres partaient tenter leur chance aux Indes « pour servir Dieu et sa Majesté, pour apporter la lumière à ceux qui vivent dans les ténèbres et aussi pour acquérir des richesses, ce que recherchent tous les hommes16 ». Après cette période, il s’est surtout agi d’étendre encore plus l’influence politique et commerciale des nations européennes outre-mer pour favoriser le développement de leurs industries naissantes, en contrôlant à la fois les marchés d’importation des matières premières en provenance des pays d’outre-mer et l’exportation de produits manufacturés européens vers ces nouveaux clients, au travers d’une politique souvent destinée à « maintenir les colonies dans une dépendance absolue de leurs

15 À cette époque, on achète pour un sol dans un port biscayen plus de sardines que l’on peut « en manger tout un jour ». Sur place au Brésil, où elle est la moins chère, une livre de sucre vaut quand même 2 sols et demi. 16 Selon un chroniqueur de l’époque, Bernard Diaz del Castillo, cité par Annie Baert.

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métropoles », comme le souligne déjà le chroniqueur du récit du tour du monde du commodore Anson, paru en 174817. Traduit en français dès l’année suivante, ce livre connaîtra un très grand succès auprès d’un public cultivé et de plus en plus curieux d’exotisme, mais qui ne prend probablement déjà plus au premier degré ces descriptions mirifiques de Marco Polo - qui avaient en partie inspiré les toutes premières expéditions européennes à la fin du XVème siècle. Voltaire consacre à ce best-seller un chapitre de son Précis du siècle de Louis XV, Montesquieu en tire des commentaires éclairés sur la Chine dans l’Esprit des Lois et Rousseau s’en inspire dans La nouvelle Héloïse. C’est avec une audace et un courage indéniables que les Européens se sont lancés à la découverte de ce monde - nouveau pour eux mais surtout plein de promesses - dont ils ont cependant du constater qu’il était déjà entièrement peuplé depuis des siècles avant leur arrivée. On le savait bien sûr en ce qui concerne les fameuses Indes Orientales situées au nord de l’équateur, englobant tout à la fois l’Inde, l’Insulinde, le Cathay et Cipango. La question restait pendante pour des terres vraiment inconnues jusque-là, comme celles de la future Amérique, qui ne fut définitivement différentiée de l’Asie que lorsque le conquistador espagnol Balboa découvrit de ses propres yeux la Mer du Sud, en un beau jour de l’an de grâce mil cinq cent treize. Jusqu’à sa mort, Christophe Colomb crut en effet avoir découvert l’Asie en abordant aux Antilles en 1492, ainsi que le mythique Continent Austral lorsqu’il toucha les côtes du Venezuela et l’isthme de Panama, à l’occasion de ses deux derniers voyages. En 1507 à Saint-Dié des Vosges, le géographe Martin Waldseemüller dessina un océan entre les terres découvertes par Colomb et l’Asie, cette fameuse Mer du Sud que devait enfin contempler Balboa six ans plus tard.
Sauf indication contraire, les citations des navigateurs européens sont tirées de l’Abrégé de l’histoire générale des voyages, par J.F. Laharpe, édition parisienne de 1820. Cet important ouvrage paru en 1780 reprend et poursuit la monumentale Histoire générale des voyages du célèbre abbé Prévost, publiée entre 1746 et 1759.
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Débouté par ses compatriotes qui contrôlaient désormais la route orientale vers les Indes et donc le lucratif commerce des épices, le capitaine portugais Magellan persuada le futur Charles Quint de commanditer le voyage vers l’ouest, en lui faisant miroiter la propriété des fameuses îles Moluques - selon le règlement du pape Alexandre VI Borgia pour le partage du monde à découvrir, objet du traité de Tordesillas en 1494. Ainsi était-il donc convenu dans l’esprit du Capitaine général que cet archipel se trouverait de facto dans la demi-sphère attribuée à l’Espagne, s’étendant jusqu’à 180° de longitude à l’occident de la ligne de marcation passant à 370 lieues des îles du Cap-Vert vers le ponant. L’histoire ne dit pas comment Magellan avait envisagé de régler le différend sur place, puisqu’il devait y retrouver son ami Serrão, vice-roi des Moluques portugaises depuis 151218.

La première traversée du Grand Océan
« Pendant cet espace de trois mois et vingt jours, nous parcourûmes à peu près quatre mille lieues cette mer que nous appelâmes Pacifique parce que, durant tout le temps de notre traversée, nous n’essuyâmes pas la moindre tempête. Nous ne découvrîmes non plus pendant ce temps aucune terre, excepté deux îles désertes19 ». Pigafetta a relaté bien sobrement l’immense exploit que représente la première traversée connue du Grand Océan par des Européens, d’un seul trait de plus de dix mille milles marins sans escale, près de la moitié de la circonférence terrestre20.
Selon les termes du traité, les Moluques étaient en effet dans la zone portugaise, comme d’ailleurs les Philippines où Magellan prit quand même terre au nom du roi d’Espagne. Les différents entre ces deux nations européennes engagées à l’autre extrémité de la terre, firent de nouveau l’objet d’un règlement lors du traité de Saragosse en 1529, qui fixa la ligne de partage hémisphérique Pacifique aux alentours de 145° Est, c’est-à-dire environ 17° à l’est des Moluques. Ce qui n’empêcha pas les Espagnols de coloniser les Philippines dès 1542. 19 Abrégé de l’Histoire générale des voyages. 20 En droite ligne (arc de grand cercle ou orthodromie), il y a 7800 milles du détroit de Magellan aux Mariannes, en passant par le nord de la Nouvelle– Zélande et le sud de la Nouvelle-Calédonie. En réalité, Magellan était remonté vers 30° Sud le long de la côte américaine, puis avait entamé une route à l’ouestnord-ouest, allongeant le trajet réel jusqu’à plus de 10000 milles. Au plus court, il
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Les navires de Magellan, dont il était l’un des officiers, avaient débouqué le 28 novembre 1520 du détroit reliant les deux océans pour atteindre cent dix jours plus tard l’archipel encore inconnu des Ladrones (Mariannes) sur la voie supposée des Moluques, les îles aux épices objets de toutes les convoitises de l’époque. L’évènement eut un retentissement considérable en Europe, mettant enfin en évidence la vraie mesure du globe terrestre et en particulier l’immensité déserte de l’océan Pacifique, qui surprit tout le monde à commencer par Magellan. Comme le souligne Pierre Chaunu21, « jamais le monde n’a été aussi grand qu’au lendemain du périple de Magellan. » De nombreux autres navigateurs suivront Magellan sur cet interminable trajet entre l’Amérique du Sud et les grands archipels bordant le continent asiatique, avec la même impression de traverser un désert. Quant à ces innombrables îles perdues dans le Grand Océan, elles ne furent découvertes par les Européens que par hasard et très progressivement sur plus de trois siècles, en commençant tout naturellement par celles situées autour de la route maritime des Moluques et de la Chine, ouverte par Magellan. Par la suite, des voyages d’exploration systématique furent entrepris, premièrement par les Espagnols à partir du Nouveau Monde (Pérou, Mexique), puis par les autres nations européennes, chacun briguant l’honneur de découvrir le fameux continent Austral, objet de toutes les convoitises. Envoyé dans le Pacifique en 1642 par la célèbre Compagnie hollandaise des Indes Orientales (VOC), Abel Tasman découvrit l’île de Tasmanie et la Nouvelle-Zélande, mais se fit vivement reprocher par ses commanditaires de n’avoir pas rapporté « une seule riche mine d’argent ou d’or pour satisfaire les actionnaires ». Bougainville obtint aussi d’aller reconnaître les terres du Pacifique et d’en prendre le cas échéant possession au nom du Roi

y a 8500 milles de Paris à Tahiti et seulement 5080 de Paris à Shanghai, ce qui donne une bonne idée de l’immensité du Pacifique, où sont d’ailleurs situées 80% des îles de notre planète. 21 Conquête et exploitation des nouveaux mondes.

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