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Documents Les détectives de l’impossible, Denoël Les Mémoires de Monsieur X, deux tomes, Denoël Journal secret de Monsieur X, Denoël Les dossiers inédits de Monsieur X, L’Archipel e Morts suspectes sous la V République, Nouveau Monde éditions Le terrorisme islamique, Nouveau Monde éditions Les espions russes de Staline à Poutine, Nouveau Monde éditions Les dessous de la Françafrique, Nouveau Monde éditions e Les grands espions duXXsiècle, Nouveau Monde éditions Inconnus célèbres, Albin Michel En collaboration avec Philippe Alfonsi : Les enfants de la drogue (Satan qui vous aime beaucoup), Robert Laffont L’Église contestée, Calmann-Lévy L’Œil du sorcier, Robert Laffont Vivre à gauche, Albin Michel
Suivi éditorial : Sabine Sportouch Maquette : Annie Aslanian Corrections : Catherine Garnier
© Nouveau Monde éditions, 2011 ISBN :978-2-36943-769-7 Dépôt légal : juin 2011 Imprimé en République tchèque par Finidr
Patrick Pesnot
LE RÉGENT LE RÈGNE DU SPHINX
* *
nouveau mondeéditions
À Jeanne
2 septembre 1715
Prologue
Un coup d’État
Leur joie, à peine contenue, lui fit horreur. S’il pouvait encore comprendre la liesse du peuple qui, se croyant délivré, fêtait à sa manière la mort du grand Roi en dansant et buvant, la féroce allégresse qu’il lisait dans les yeux des ducs et pairs lui sembla hideuse. N’aurait-il pas dû être le premier à se réjouir ? Lui, le perpétuel mal-aimé ! Lui qui avait été soupçonné d’avoir perpétré les crimes les plus odieux et qui, malgré ses glorieux états de service sur les champs de bataille, avait toujours été tenu en lisière du pouvoir et des honneurs. Lui enfin qui, en dépit du désordre de sa vie privée, avait été un neveu et un gendre aimant et fidèle, éloigné des cabales et des médisances. Agenouillé devant la dépouille puante de Louis, il avait versé des larmes sincères. Et, un peu plus tard, prenant dans sa main la menotte du petit Roi, il avait encore songé que
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Le Régent**
c’était un géant qui venait de disparaître et que la besogne qui lui incombait était immense. Néanmoins, précédant de longue date l’agonie du despo-tique vieillard, Philippe s’était préparé à occuper la place qui lui revenait de droit en raison de sa naissance. Feignant l’in-différence et affichant même avec ostension la paresse qu’on lui prêtait, il avait secrètement travaillé à réunir autour de sa personne les indispensables personnages susceptibles de servir son ambition. Promettant aux uns, flattant les autres et graissant la patte des moins résolus, il s’était assuré de leur complicité. Dans les derniers jours du règne de son oncle, il précipita ses manœuvres. Une indiscrétion du maréchal de Villeroy lui avait en effet permis de percer le secret du testament de Louis XIV: certes, le Roi, à sa mort le faisait Régent mais, autant par méfiance à son égard que pour élever son bâtard, le duc du Maine, il limitait ses pouvoirs en le plaçant sous la surveillance d’un Conseil de Régence. Le vieux soldat, dont Philippe avait eu à connaître maintes fois la sottise dans ses divers comman-dements, ne lui avait livré cette confidence que pour s’attirer ses bonnes grâces et conserver son rang qui était l’un des premiers du royaume. Fidèle à sa politique, Orléans l’avait étourdi de bonnes paroles. Et, s’en retournant dans ses appartements, Villeroy avait cru avoir gagné les faveurs du futur Régent. Instruit de ces fâcheuses dispositions testamentaires, Philippe besogna dans deux directions. Il lui fallait d’abord contrôler l’armée. Son prestige et l’achat de quelques consciences, dont celle du duc de Guiche qui commandait l’infanterie de la Maison du Roi, y suffirent. Mais il devait aussi circonvenir les parlementaires. Trop longtemps abaissés par l’absolutisme royal, ces magistrats ne demandaient qu’à relever la tête et à disposer derechef du droit de remontrance dont les avait privés Louis XIV. Philippe n’hésita guère et remontra aux plus éminents d’entre eux que, favorable à l’évolution du régime vers une
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Prologue
monarchie tempérée à l’anglaise, il ne tarderait pas à leur rendre justice et à reconnaître leur rang dès qu’il occuperait lui-même la première place. C’était, au moins provisoirement, le prix à payer pour obtenir la cassation du testament royal. Enfin, il crut prudent de s’assurer à nouveau du soutien de la puissante maison de Bourbon-Condé. Ce projet d’al-1 liance avait été esquissé par Madame la Duchesse en personne. Amour de jeunesse de Philippe, maîtresse d’un jour et devenue ensuite sa meilleure ennemie, Louise-Fran-çoise avait souhaité cette réconciliation car elle brûlait d’am-bition pour son fils aîné, Louis-Henri, un échalas borgne qui n’était pas moins pervers que feu son père. Pour arriver à ses fins, l’ascension de sa belle-famille Bourbon-Condé, elle avait donc choisi le parti du duc d’Orléans contre son propre frère, le duc du Maine. Mais Philippe, qui ne s’était jamais départi d’un tendre sentiment pour Louise-Françoise malgré les avanies dont elle l’avait si longtemps accablé, pensait, peut-être à tort, que le souvenir de leurs amours enfantines avait influencé l’altière duchesse qui se trouvait aujourd’hui dans la plénitude d’une capiteuse quarantaine. er Au soir de cette interminable journée du 1 septembre qui avait commencé avec l’annonce de la mort du Roi, Philippe d’Orléans avait encore réuni les ducs et les pairs. Montés sur leurs ergots, ces importants personnages avaient décidé de profiter de l’imminente convocation du Parlement pour prendre leur revanche sur les robins qui refusaient de se découvrir devant eux lorsqu’ils siégeaient alors que ces Grands devaient avoir le chef nu lorsqu’ils s’adressaient aux magistrats. Cette ridicule « affaire du bonnet » était pendante depuis plusieurs mois et ne cessait d’agiter la noblesse. Philippe eut beau démontrer que la querelle était bien déri-soire à une heure aussi grave pour l’avenir de la monarchie,
1. Louise-Françoise, fille bâtarde de Louis XIV et de la marquise de Montespan, veuve de Louis III de Bourbon.
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ducs et pairs n’en démordirent pas : on ne badinait pas en vain avec leur hauteur et dès le lendemain, ils en décou-draient avec les gens de robe. Toutefois, grâce à l’intercession de son ami Saint-Simon, qui n’était pourtant pas le dernier à vitupérer, il avait obtenu qu’une nouvelle assemblée des Grands se tînt à la pique du jour avant l’ouverture solennelle de la séance du Parlement. La raison finirait peut-être par l’emporter.
* Chaque homme de troupe avait reçu dix balles et de la poudre. Ils étaient deux mille, appartenant aux gardes suisses et françaises, qui stationnaient place Dauphine et le long des quais, du Pont-Neuf au Pont-au-Change. Mais, à l’intérieur même du Palais, sur les escaliers, dans les vestibules ou la Grand’Chambre, d’autres soldats déambulaient : gardes du duc d’Orléans ou des Cent-Suisses et officiers déguisés qui cachaient leurs armes sous leur mantelet. Les membres du Parlement avaient pris place dès sept heures du matin. Leurs longues robes rouges s’épanouis-saient parmi les simarres noires des conseillers d’État et des maîtres des requêtes. Il régnait une curieuse atmosphère faite d’autant d’impatience que de gravité. Tous ces hommes, si longtemps écartés du pouvoir par le Roi, étaient pénétrés de l’idée qu’ils allaient enfin écrire une page d’Histoire. Princes, ducs et pairs, couverts d’une mante violette bordée d’hermine, gantés de blanc, entrèrent à leur tour. La tête haute, dissimulant sa boiterie comme il le pouvait, le duc du Maine, point de mire de l’assemblée, n’en souriait pas moins à grande bouche et saluait avec aménité tous ceux qui s’inclinaient sur son passage. Les spectateurs massés dans les petites loges qui surplombaient la salle chuchotèrent. Le bâtard de Louis était-il donc si assuré de son prochain triomphe ?
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