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Le rôle du Nègre dans la culture des Amériques

De
268 pages
Au printemps 1943, le philosophe africain américain Alain Locke donne en Haïti des conférences sur l'apport des cultures africaines aux sociétés des Antilles et du Nouveau Monde. Il repense également, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, la question des relations raciales ou coloniales et l'avenir de la démocratie. Un livre indispensable pour découvrir la pensée d'Alain Locke, sa contribution aux études culturelles et postcoloniales, et la vitalité de l'internationalisme noir au vingtième siècle.
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INTRODUCTION Un inconnu chez nous Dans la vie des lettres et de la pensée africaines américaines, le philosophe Alain Locke ressemble à « l’homme invisible » de Ralph Ellison. Il fut pourtant, dans l’entre-deux-guerres, un des principaux acteurs des avant-gardes noires : publiée en 1925, son anthologie The New Negro donna au mouvement des « NègresNouveaux » une renommée internationale et elle constitua, jusque dans les années cinquante, une référence constante et majeure pour les écrivains antillais et africains francophones. Mais souvent réduite à ce seul volume toujours affublé des mêmes labels paresseux (« manifeste de la Renaissance de Harlem », « Bible de la négritude »), son œuvre demeure aujourd’hui largement méconnue, notamment dans son projet critique – analyser la pluralité des représentations et des expressions du monde noir – et dans son ambition pluridisciplinaire. Une telle indifférence a évidemment de regrettables conséquences sur le plan épistémologique : Locke anticipait en effet de nombreux questionnements qui sont désormais au cœur de nos préoccupations, grâce aux apports conjoints des études culturelles et des études postcoloniales, mais dans leur généalogie critique, ces dernières ignorent systématiquement une réflexion qui pourrait constituer un de leurs solides ancrages. Pour expliquer ce double paradoxe, j’avancerai une simple hypothèse : trop peu de critiques ont lu les conférences qu’en 1943, Alain Locke prononça et publia à Haïti sur Le Rôle du Nègre dans la culture des Amériques. Parce qu’il était en français, ce texte fut largement négligé dans le monde anglophone, tandis que sa diffusion – essentiellement en Haïti et en Amérique, et dans le difficile contexte de la Seconde Guerre Mondiale – l’a rendu presque inaccessible au lectorat francophone. En rééditant ces conférences, et en les accompagnant d’inédits en français, j’entends donc rétablir une voie de passage dans les féconds échanges entre anglophonie et francophonie, ou entre Amérique, Antilles, Europe et Afrique, et donner ainsi quelque perspective

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aux approches actuelles des littératures et des contacts de cultures1. Mais auparavant, certains rappels historiques sont nécessaires. Un parcours d’exception Alain Locke voit le jour en 1885, à Philadelphie (Pennsylvanie). Ses parents – des Noirs libres issus de familles investies au Liberia (1822) – sont tous deux éducateurs, et leur fils unique grandit dans une atmosphère religieuse et studieuse, où la respectabilité, l’engagement et l’émancipation par le savoir sont les valeurs cardinales. Après de brillantes études au Central High School, puis à l’école normale de Philadelphie (Philadelphia School of Pedagogy and Practice), il est un des rares Africains Américains à intégrer Harvard, après les historiens William E. B. Du Bois et Carter G. Woodson, et il sera le premier à obtenir la prestigieuse bourse Rhodes (Rhodes Scholarship) qui lui permet de venir étudier en Europe, de 1907 à 1911. À Oxford (Hertford College), puis à l’Université de Berlin et au Collège de France à Paris, Locke poursuit sa formation littéraire et philosophique et il s’initie à la sociologie. Après une première thèse à Oxford sur Le Concept de valeur (1911), il achèvera ses études doctorales à Harvard, en soutenant en 1918 un Ph.D. de philosophie sur L’Origine et la classification des valeurs. Entre-temps, il est devenu professeur d’anglais puis de philosophie à Howard University, la prestigieuse université noire de Washington D.C. où il a également développé, en 1915 et 1916, un ambitieux cycle de conférences – entre histoire, sociologie et anthropologie – sur les relations raciales aux États-Unis et dans le monde2. Comme ses compétences universitaires, ses talents de critique sont multiples, et dans les années vingt il publie autant sur la littérature et les arts que sur la musique ou sur tout ce qui a trait à la question raciale dans les sciences sociales. Ses articles et ses comptes rendus sont toujours élégants
Les conférences haïtiennes pourraient ainsi constituer un nouveau chapitre dans l’histoire de l’internationalisme noir qu’étudie Brent Hayes Edwards dans The Practice of Diaspora, Literature, Translation and the Rise of Black Internationalism, Cambridge (Massachussetts) et London (England), Harvard University Press, 2003. 2 Race Contacts and Inter-racial Relations, conférences éditées et présentées par Jeffrey Stewart, Washington, Howard University Press, 1992.
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et bien informés. Il est également devenu l’ami et le mentor de nombreux jeunes écrivains et artistes noirs, via le salon littéraire de la poétesse Georgia Douglas Johnson à Washington D.C., ou grâce à la revue littéraire (The Stylus) et à la troupe de théâtre qu’il a fondées dans son université (The Howard Players). Langston Hughes, Zora Neale Hurston, Richard Bruce Nugent soumettent volontiers leurs écrits à son jugement critique, et ils incarneront bientôt la nouvelle génération des écrivains et artistes noirs, aux côtés de Claude McKay, Jean Toomer, Countee Cullen, Rudolph Fisher et Eric Walrond, dont les textes sont rassemblés par Locke dans diverses anthologies. Pour avoir revendiqué l’égalité salariale entre professeurs noirs et blancs, ainsi que la nécessité de développer les études africaines, Locke est licencié en 1925 par le président blanc d’Howard University, mais il met cette année à profit pour coordonner un numéro spécial du Survey Graphic (« Harlem : Mecca of The New Negro »). Publié en mars, ce volume verra son grand succès couronné en décembre par une nouvelle édition augmentée, de 452 pages, chez les éditeurs Albert et Charles Boni : The New Negro : An Interpretation. L’aventure du New Negro À l’instar du Survey Graphic, connu comme un « magazine d’interprétation sociale », cette anthologie n’était pas que de littérature : ses contributeurs venaient de divers horizons – hommes et femmes, noirs et blancs, américains, antillais et européens – et ils offraient des poèmes et des fictions, mais aussi d’importants essais critiques dans diverses disciplines (histoire, sociologie, anthropologie) et sur divers objets (les arts, la littérature, mais également l’éducation, la religion, la vie urbaine et les relations internationales). Illustré par Winold Reiss, Aaron Douglas et Miguel Covarrubias – trois artistes respectivement allemand, africain américain et mexicain – le volume contenait également plusieurs reproductions d’œuvres ou de partitions, ainsi que d’abondantes bibliographies et discographies compilées par Locke lui-même. Outre l’introduction, ce dernier signait d’ailleurs plusieurs articles significatifs sur « La voix des jeunes poètes nègres », « Les Spirituals » et « Les arts ancestraux ». Les crédits (acknowledgements) et les copyrights révèlent une autre caractéristique

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essentielle : s’il est l’œuvre d’un coordinateur exceptionnel, le New Negro est aussi la collusion de divers réseaux culturels, politiques et éditoriaux, et il incarne leur foi commune dans l’ingénierie sociale ou le rôle moteur dévolu aux arts, à la littérature et aux sciences sociales dans l’expression et la transformation des mentalités. Les essais manifestent deux principaux soucis : d’abord, une attention soutenue aux modulations de l’opinion publique, et notamment aux variations des représentations artistiques ou littéraires ; ensuite, une volonté de comprendre et de situer le mouvement « Nègre Nouveau » dans le cadre plus vaste des relations raciales et culturelles, à l’échelle nationale et internationale. Le projet critique est donc bien double, qui veut, d’une part, élaborer une approche sociologique, voire anthropologique de la littérature ; et participer d’autre part à l’émergence, dans les sciences sociales, de nouveaux paradigmes mieux à même de comprendre et de transformer les diverses formes de domination et d’inégalité historiquement subis par les Nègres d’Amérique, des Antilles et de l’Afrique. Une singulière vision critique Par la suite, Locke publiera ou participera à d’autres anthologies de « littérature », entendue au sens le plus large du terme1, mais il contribuera aussi à diffuser l’esprit de la Renaissance de Harlem en Europe, où il effectue de fréquents séjours qui lui permettent de développer et entretenir de nombreux liens. À l’Institut d’Ethnologie de l’Université de Paris, il rencontre Maurice Delafosse qui lui présente Félix Éboué, alors jeune administrateur colonial en Oubangui-Chari2. Ex-Colonial lui-même, le Guyanais René Maran
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Il fait en effet paraître Four Negro Poets et Plays of Negro Life (en collaboration avec Montgomery Gregory) en 1927 ; en 1929, il contribue à l’Anthology of American Negro Literature, éditée par le journaliste V. F. Calverton, puis en 1934 à celle compilée par Nancy Cunard, et sobrement intitulée Negro : An Anthology. Ces deux volumes rassemblent eux aussi des essais historiques, sociologiques, et « littéraires » tels ceux de Locke sur la culture populaire noire américaine (« The Negro in American Culture », « Sterling Brown : the Negro Folk-Poet »). 2 Lettre de Maurice Delafosse à Alain Locke, 21 juillet 1924, Howard University, Moorland-Spingarn Research Center, Alain Locke Papers, box 164-24 folder 17 [désormais abrégé HU, MSRC, ALP, 164-x f.x]. On trouve également dans ce dossier la carte de visite de « Félix Éboué, Administrateur des colonies en

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fait, en 1924, paraître en traduction un article de Locke dans son journal Les Continents (« la jeune poésie africo-américaine »), avant d’engager avec lui un débat sur « la politique coloniale française », dont les « lettres ouvertes » seront tour à tour publiées dans Les Continents et Opportunity. En décembre 1927, Jane Nardal propose à Locke de traduire son anthologie du New Negro, et elle lui suggère plusieurs pistes d’éditeurs – Payot, la NRF de Gide ou les éditions Rieder de Jean-Richard Bloch1 – mais ce projet n’aboutira pas et c’est uniquement l’essai liminal, « Le Nègre Nouveau », qui sera traduit et publié par l’écrivain Louis Guilloux dans la revue Europe en juin 1931. La même année, les sœurs Nardal, Leo Sajous et Louis T. Achille lancent La Revue du monde noir qui, bilingue, se réclame ouvertement du New Negro dont elle reprend et traduit de nombreux textes. Locke poursuit de son côté l’ambitieux programme littéraire et scientifique de son anthologie en publiant de fréquents articles de synthèse, tout en initiant, dans la presse noire, une pratique critique inédite : la recension rétrospective, chaque année, des principales publications au sujet ou issues du monde noir. Durant plus de vingt ans – dans la revue Opportunity, de 1928 à 1942, puis dans la revue Phylon, de 1947 à 1953 – le critique tâche de dégager les grandes orientations littéraires et épistémologiques avec le regard de Janus : un œil dans le rétroviseur, qui considère le chemin parcouru, et l’autre sur la route à suivre, qui anticipe déjà le prochain tournant. Chacune des recensions, en s’ajoutant aux autres, permet alors de montrer la convergence des littératures entre elles, ou elle révèle les soubassements épistémologiques des développements critiques ou théoriques. Ses analyses littéraires portent tout autant sur les représentations du monde africain dans la « nouvelle littérature coloniale » qui s’écrit, par exemple, sous la plume de René Maran, de Lucie Cousturier ou des frères Jérôme et Jean Tharaud que sur les travaux d’africanistes chevronnés comme Maurice Delafosse ou Melville Herskovits ; autant sur les poètes et romanciers africains américains que sur leurs congénères qui développent un discours savant ; autant sur la littérature américaine,
A.E.F. ». Voir, dans la collection Autrement Mêmes, la biographie de Félix Éboué, grand commis et loyal serviteur par René Maran (présentation de Bernard Mouralis, Paris, L’Harmattan, 2007). 1 HU, MSRC, ALP, 164-74 f.25.

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quand elle traite des Nègres (à l’instar d’Erskine Caldwell, de William Faulkner ou de Julia Peterkin) que sur la littérature antillaise – en particulier jamaïcaine et haïtienne – ou sur la littérature africaine francophone, alors en gésine. Sont systématiquement commentés les penseurs qui soulignent les interactions et les influences réciproques entre cultures d’origine européenne et cultures d’origine africaine, et qui remettent ainsi en question les oppositions et autres hiérarchies sociales ou culturelles justifiées par un discours raciste. Locke met notamment en valeur les travaux d’Eric Williams, d’Abram Harris, de Ralph Bunche, d’Ezra Franklin Frazier, de Charles S. Johnson – autant de spécialistes nègres des sciences sociales, partisans d’un relationnisme qui se refuse à séparer la question nègre des problèmes généraux de l’économie et de la société ; et il s’avère un soutien constant de l’anthropologie culturelle américaine dont les chefs de file – Franz Boas, Ruth Benedict, Melville Herskovits – mettent alors autant l’accent sur les spécificités que sur les interactions culturelles, et tous les phénomènes d’adaptation, d’adoption, d’échange et de réinterprétation. Infatigable pédagogue Parallèlement à son œuvre critique, le philosophe déploie une intense activité pédagogique. Outre ses enseignements à l’université d’Howard, réintégrée en 1928 après l’élection de Mordecai Johnson, premier Président noir de l’établissement, Locke participe en effet au développement de l’éducation populaire dans les années trente. Sous les auspices de l’Association Américaine pour l’Éducation des Adultes (American Association of Adult Education : A.A.A.E.) et de la Ligue Urbaine Nationale (National Urban League), il fonde et dirige un collectif – les « Associés pour l’Éducation Populaire Nègre » (Associates of Negro Folk Education) – dont l’objectif est d’élaborer une « série de petits livres bon marché sur l’histoire, les problèmes et les contributions culturelles du Nègre » à l’échelle nationale et internationale. Un cours basé sur huit livres disponibles dans toutes les bibliothèques publiques paraît en 19331, puis Locke coordonne, entre 1936 et 1942, la
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The Negro in America, American Library Association, Reading with a Purpose n° 68, 1933.

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publication de neuf ouvrages de synthèse – les Bronze Booklets for Negro Folk Education – parmi lesquels il assurera personnellement la rédaction de trois volumes : The Negro and His Music suivi de Negro Art, Past and Present en 1936, puis The Negro in Art : A Pictorial Record of the Negro Artist and of the Negro Theme en 1940. Les autres contributeurs sont, comme lui, de brillants représentants de l’élite intellectuelle noire – jeunes prodiges entamant leur carrière à Howard, chercheurs chevronnés et figures prestigieuses ou appelées à le devenir : Ira de Augustine Reid rédige le volume d’introduction, Adult Education among Negroes (1936) ; Sterling Allen Brown est l’auteur des deux volumes sur la littérature, respectivement intitulés The Negro in American Fiction et Negro Poetry and Drama (1937) ; Ralph Bunche écrit le texte charnière de World View of Race (1936) tandis qu’Eric Eustace Williams signe The Negro in The Carribean (1942) ; enfin, Timothy Arnold Hill remplacera au pied levé W.E.B. Du Bois, dont le comité de lecture de l’A.A.A.E. refusa l’opuscule intitulé The Negro and Social Reconstruction en raison de son parti pris ouvertement socialiste1. La production scientifique et littéraire se trouve ainsi placée au cœur d’un exceptionnel dispositif éducatif, lequel vise à démocratiser le savoir tout en œuvrant à rendre la démocratie plus effective et plus savante. Ce double objectif semble une urgence d’autant plus vive que triomphent en Europe des régimes totalitaires qui mèneront à la Seconde Guerre Mondiale. Dans un article intitulé « What I am doing to fight Fascism », et qui paraît en 1939 dans la revue marxiste The New Masses, Locke fait de l’éducation et de la reconnaissance culturelle des moyens de lutter contre l’esprit raciste, à la racine commune du nazisme et de la discrimination raciale aux États-Unis. Convaincu que « les graines du fascisme sont au cœur même de notre corps politique »2, il participe, aux côtés de Gregory Bateson, Franz Boas, Albert Einstein, Jacques Maritain et Margaret Mead aux « Conférences sur la science, la religion et la philosophie » qui se
Le volume publié s’intitulera finalement The Negro and Economic Reconstruction. T. A. Hill était membre de la National Urban League, spécialiste des problèmes migratoires liés à la question raciale. 2 « The discrepancies between America’s theory and practice of democracy have planted the seeds of fascism at the very heart of our body politic » (« The Survey Graphic Symposium on Fascism », HU-MSRC, ALP, 164-110 f.16).
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mettent en place à Columbia University pour y défendre ses vues sur le pluralisme culturel, la démocratie intellectuelle et la paix des idéologies1. Il s’investit également dans la coordination de deux importants ouvrages collectifs, qui paraissent en 1942. Rassemblant des essais historiques, anthropologiques, et sociologiques sur plus de 800 pages, When Peoples Meet plaide pour la « réciprocité interculturelle », tandis qu’un nouveau numéro du Survey Graphic – « Color, the Unfinished Business of Democracy » – réclame un nouvel ordre international et la fin du grand écart entre principes démocratiques et pratiques racistes ou discriminatoires, en Amérique et dans tous les territoires coloniaux. Locke fait allusion à ce livre dans Le Rôle du Nègre dans la culture des Amériques, et nous proposons, en fin de volume, une traduction de son introduction, car cet essai m’apparaît essentiel pour comprendre la genèse des conférences haïtiennes, et la possible place de leur auteur dans la généalogie postcoloniale. Haïti, 1943 Depuis les années trente, Locke était en relation avec plusieurs intellectuels haïtiens, tel Dantès Bellegarde et Jacques Roumain. Certains d’entre eux fondèrent, au début des années quarante, un comité de rapprochement haïtiano-américain et Locke rencontra Maurice Dartigue, Ministre haïtien de l’Éducation qui, de passage à Washington, l’invita à venir donner en Haïti une série de conférences sur les problèmes démocratiques et culturels dans le contexte panaméricain. Initialement prévu en 1942, le séjour de Locke se déroula finalement du 3 avril au 10 juillet 19432, et c’est dans le cadre de ses engagements académiques qu’il délivra, du 9 au 23 mai, les six conférences que nous rééditons. Locke les avait rédigées en anglais, et confiées pour traduction française à Louis T. Achille, angliciste martiniquais alors en exil aux États-Unis. Mais les obligations professionnelles d’Achille, mobilisé pour des cours de français dans une école militaire d’Atlanta, l’empêchèrent de mener à terme ce travail. Camille
« Pluralism and Intellectual Democracy » (1941), « Democracy and Ideological Peace » (1943). Les conférences seront annuellement reconduites jusqu’en 1968. 2 Christopher Buck, Alain Locke, Faith and Philosophy, Los Angeles, Kalimát Press, 2005, p. 216.
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Lhérisson, un médecin haïtien qui avait fait ses études sous la direction du Professeur africain américain William Augustus Hinton, acheva donc la traduction et il eut même l’honneur de lire en français la cinquième conférence, en présence et à la place de son auteur1. La presse haïtienne donnera un large écho aux vues de Locke, publiant et discutant de larges extraits de ses conférences ; après leur édition par l’Imprimerie de l’État, le journal La Nation offrira même quotidiennement à ses lecteurs, du 28 décembre 1943 au 14 janvier 1944, des extraits de la sixième et dernière conférence, dont Locke publiera à son tour la version anglaise (« The Negro in the Three Americas ») dans The Journal of Negro Education2. Portée des conférences haïtiennes L’intérêt de ces conférences allait de fait bien au-delà de leur dimension symbolique ou protocolaire, même si celle-ci n’était point indifférente à Locke – comme en témoignent les hommages appuyés à Élie Lescot, alors Président d’Haïti, ainsi qu’au comité de rapprochement haïtiano-américain dont Lhérisson était membre3. L’originalité du propos tient surtout à sa manière d’articuler ensemble questions raciales et défense de la démocratie suivant un
HU, MSRC, ALP, 164-126 f.4. Voir également la lettre de Locke à Lhérisson, sans date dans ALP, 164-45 f.6. 2 Leonard Harris et Charles Molesworth, Alain Locke : The Biography of a Philosopher, Chicago & London, University of Chicago Press, 2008, p. 349. Sur les extraits et les échos dans la presse haïtienne (Le Soir, Le Nouvelliste, La Nation, Le Matin, Le Réveil…) voir HU, MSRC, ALP, 164-126 f.30. 3 Élie Lescot (1883-1974) fut président de la République d’Haïti de mai 1941 à janvier 1946 : son règne politique fut autoritaire mais il bénéficia du soutien américain car Lescot profita du traumatisme de Pearl Harbor pour déclarer la guerre aux puissances de l’Axe et s’attribuer, au nom de cette situation exceptionnelle, les pleins pouvoirs. Locke fait allusion à ce ralliement « spontané » aux forces alliées dans sa conférence inaugurale, tout juste après avoir mentionné la participation de Noirs libres de Saint-Domingue à la bataille de Savannah contre les Anglais, durant la guerre d’indépendance américaine. Ces tributs lui avaient été suggérés par Lhérisson, comme Locke le rappellera dans un autre article (« Haïti to the fore », HU, MSRC, ALP, 164-114 f.8) ; le Comité de rapprochement haïtiano-américain fera ériger et inaugurera à Saint-Marc, le 25 avril 1944, un monument commémorant le départ, en 1779, des « Chasseurs Volontaires de Saint-Domingue ».
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double changement de perspective. L’approche est d’abord historique, continuiste et sur la longue durée, pour mieux appréhender l’importance des héritages africains et l’incidence des traumatismes de l’esclavage dans les situations historiques contemporaines : le lien entre émancipation des Noirs et construction démocratique apparaît alors comme le puissant fil d’une autre modernité. Ensuite, la volonté de rompre avec les conceptions eurocentriques de la culture, indexées sur une supposée hiérarchie des races, permet de promouvoir à rebours une attention soutenue aux échanges culturels, et notamment à l’apport des cultures populaires. Dans son premier versant – l’approche continuiste – le renversement opéré par Locke préfigure, à de nombreux égards, l’actuelle réflexion postcoloniale. Si le postcolonialisme n’est point un simple « après », mais surtout un « depuis » et un « par-delà » ce qui s’est joué dans l’expansion coloniale européenne et les relations pyramidales ou les régimes raciaux qu’elle mit en place, on peut raisonnablement comprendre que diverses manières de dépasser l’ordre colonial aient pu advenir avant les décolonisations – de même qu’il peut encore exister, malgré elles, une persistance sinon un retour du colonial dans nos sociétés contemporaines – qu’elles aient été colonisatrices ou colonisées1. Locke associait directement « l’esprit colonial » au nationalisme et à son corollaire, l’idée de supériorité culturelle ; sa première conférence, « Race, culture et démocratie » s’inscrit ainsi dans l’immédiate continuité des commentaires de When Peoples Meet :
L’impérialisme européen a été soutenu, ou plutôt généré par une philosophie officielle particulièrement avantageuse, un tour d’esprit colonial dont le substrat est le sentiment de supériorité culturelle [...]. C’est cette attitude dominante et chronique qui a fait largement obstacle à la réciprocité des échanges culturels entre les peuples européens et non-européens. [...] Les politiques modernes ont fermé cette porte, et n’ont laissé que quelques voies indirectes pour que s’exerce la contre-influence de cultures différentes, essentiellement à

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Dans un livre récent, Laurent Dubreuil propose d’appeler « (post)coloniale » cette résilience dans les mentalités et les pratiques sociales ou dans les usages de la langue (L’Empire du langage, colonies et francophonie, Paris, Hermann Éditeurs, 2008). Voir également Catherine Coquio (dir.), Retours du colonial ? Disculpation et réhabilitation de l’histoire coloniale, Nantes, L’Atalante, 2008.

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travers les brèches ouvertes par la mode, la curiosité exotique ou d’occasionnels mouvements littéraires, artistiques et intellectuels1.

Dans le même temps, la réappropriation effective, par des peuples dominés ou colonisés, du républicanisme et de l’antifascisme rend d’autant plus intolérable le grand écart entre principes universalistes et pratiques discriminatoires. Ces agencements historiques préparent ainsi l’avènement d’un monde postcolonial où la contribution majeure des peuples africains et antillais à l’histoire politique, culturelle et sociale des démocraties occidentales serait enfin reconnue pour déboucher sur une véritable parité2. Dans un article intitulé « La République et l’impensé de la “race” », l’historien camerounais Achille Mbembé présente lui aussi la « condition postcoloniale » comme le produit d’une interaction réciproque. L’influence de l’Occident sur l’histoire mondiale s’imbriquerait avec l’influence des cultures « autres » sur les sociétés occidentales – ou ce qu’il nomme « l’histoire de notre présence au monde et de la présence du monde en notre sein »3. Or cette idée d’interaction est résolument au cœur des conférences haïtiennes, en même temps que deux autres notions centrales du postcolonialisme contemporain : celle de l’hybridation ou des différentes formes de créolisation chères à Homi Bhabha et Édouard Glissant, et celle d’une singularité historique des cultures caribéennes ou plus largement « nègres » (avec la nécessité croissante de dialogues Sud/Sud) qui préfigurerait le devenir Tout-Monde. Pour rendre plus évidente encore cette intuition postcoloniale, nous
Alain Locke, When Peoples Meet : A Study in Race and Culture Contacts, New York, Progressive Education Association, 1942, pp. 36 et 87-88 ; je traduis. Voir également « Race, culture et démocratie », p. 11. 2 Voir notamment les 4e et 5e parties de When Peoples Meet, respectivement intitulées « The Ways of Submerged Peoples : Tactics of Survival and Counterassertion » et « The Contemporary Scene in Intercultural Relations ». La contribution des républicains noirs à la construction et à la sauvegarde de l’idée démocratique avait été mise en relief par l’historien antillais Cyril Robert James dans son livre sur Les Jacobins noirs (1936), que Locke connaissait bien. Cette perspective est désormais au cœur des recherches de Laurent Dubois (Les Vengeurs du Nouveau Monde, Rennes, Perséïdes, 2005). 3 A. Mbembé : « La République et l’impensé de la “race” », dans Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Sandrine Lemaire (éd.), La Fracture coloniale, la société française au prisme de l’héritage colonial. Paris, La Découverte, 2005, p. 149.
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publions en annexe deux textes contemporains des conférences : « La contribution du Nègre à la culture américaine » (1939) et « Le chantier inachevé de la démocratie » (1942). Locke soulignait aussi l’importance des représentations dans les rapports de force historiquement et matériellement construits entre monde noir et monde blanc : il initiera d’ailleurs un véritable programme de recherches imagologiques avec son article de 1926 sur « La tradition littéraire américaine et le Nègre », traduit aussi à la suite des conférences. Or cette démarche critique anticipe sur les travaux que développeront, dans les années 1970 et 1980, des penseurs postcoloniaux comme Edward Said ou Valentin-Yves Mudimbe sur les représentations de l’Orient ou de l’Afrique dans les littératures occidentales. En faisant des représentations un champ de luttes interprétatives, et en manifestant de surcroît un intérêt soutenu pour les cultures et l’éducation des classes populaires, Locke se révèle également proche des études culturelles qui se sont développées en Grande-Bretagne, grâce aux travaux de penseurs d’origine antillaise comme Stuart Hall ou Paul Gilroy1. Là encore, nul hasard : Stuart Hall a lui-même souligné le rôle moteur qu’avait joué, dans la genèse des études culturelles, le projet explicitement politique d’une « formation continue » des adultes, et il a en outre mis au crédit de son maître, Raymond Williams, un « interactionnisme radical » qui dévoile l’hybridation de toutes les pratiques culturelles, thèse centrale des conférences haïtiennes2. Stuart Hall affirme également, en privilégiant l’exemple de la musique,
qu’il n’y a, dans la culture populaire noire, à strictement parler, ethnographiquement parlant, absolument pas de formes pures. Ces formes sont toujours le produit d’une synchronisation partielle, d’un engagement qui traverse les frontières culturelles, d’une confluence de différentes traditions culturelles, de négociations entre des positions dominantes et subordonnées, de stratégies souterraines de recodage et de transcodage […]. Toutes ces formes sont impures ; toutes sont, à quelque degré, des hybrides d’une base vernaculaire. Ainsi faut-il toujours les considérer non simplement comme des redécouvertes
The Black Atlantic : Modernity and Double Consciousness, Cambridge (Massachussetts) et London (England), Harvard University Press, 1995. 2 Stuart Hall, Identités et cultures : politiques des Cultural Studies, Paris, Amsterdam, 2007, pp. 18, 38, 59.
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d’un dialogue perdu et porteur de mémoire pour la production de nouvelles musiques […] mais surtout pour ce qu’elles sont : des adaptations façonnées dans les espaces mêlés, contradictoires et hybrides de la culture populaire1.

Le lecteur découvrira, au fil des conférences et des autres textes proposés en traduction, que Locke ne dit pas autre chose – mais aussi parfois davantage. Car à la différence des Cultural Studies, son intérêt pour les cultures minorisées accorde une égale attention aux luttes sociales et à l’engagement solidaire des élites intellectuelles auprès des masses. Centrée sur « les réalisations des Nègres aux États-Unis », sa cinquième conférence met en évidence l’importance des sociologues et des syndicalistes noirs – Abram Harris, E. Franklin Frazier, Ralph Bunche, Asa Philip Randolph, Hugh Mulzac, Ferdinand Smith – dans la lutte pour les droits civiques2. En évoquant certaines carrières d’hommes et de femmes politiques ou de scientifiques noirs, elle préfigure aussi les « Achievement » ou « Excellence Studies » que certains appellent désormais de leurs vœux, dans la foulée de l’élection présidentielle de Barack Obama en novembre 2008. Enfin, la sixième conférence s’attelle à un agenda d’une brûlante actualité en analysant les différences entre les manières latines et anglo-saxonnes de traiter la question raciale. On pourra évidemment regretter quelques redondances, d’une conférence à l’autre, qui tiennent sans doute au fait que Locke avait un public disparate et irrégulier, ainsi que certaines considérations historiquement datées : sur la nécessité pour les Noirs (américains) de participer au « développement colonial » de l’Afrique (p. 44) ; sur l’affirmation d’une sensibilité voire de prédispositions artistiIbid., p. 222. D’autres travaux ont depuis exploré ces pistes sur l’engagement intellectuel et l’internationalisme noirs ; voir notamment Penny Von Eschen, Race Against Empire. Black Americans and Anticolonialism, 1937-1957, Ithaca, Cornell University Press, 1997 ; Jonathan Scott Holloway : Confronting the Veil : Abram Harris Jr, E. Franklin Frazier, and Ralph Bunche, 1919-1941, Chapel Hill & London, The University of North Carolina Press, 2002 ; Pierre Saint-Arnaud : L’Invention de la sociologie noire aux États-Unis d’Amérique, essai en sociologie de la connaissance scientifique, Paris, Syllepse, 2003 ; Gerald Horne, Red Seas : Ferdinand Smith and the Radical Black Sailors in the United States and Jamaica, New York, New York University Press, 2005 ; Michelle Anne Stephens, Black Empire. Durham NC, Duke University Press, 2005.
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ques spécifiques (pp. 69 et 94) ; sur la possibilité d’accéder, grâce aux survivances africaines dans le Nouveau Monde, à une culture « authentiquement » ou « fondamentalement nègre ». Mais même ces perspectives aujourd’hui dépassées ont leur intérêt documentaire : elles viennent en effet ajouter à notre compréhension des développements de la négritude ou de l’étude comparative des « Amériques noires », telle que la mènera l’anthropologue Roger Bastide à compter des années soixante1. Ces conférences constituent donc un document majeur pour aborder la pensée d’Alain Locke et pour étudier l’histoire de la pensée noire en général : elles sont à la fois la première et l’unique synthèse que le philosophe africain américain publiera de son vivant2, elles révèlent l’abondance des initiatives sociales, culturelles et politiques menées par les artistes et les intellectuels noirs de la première moitié du vingtième siècle, et elles ouvrent des chantiers que nous n’avons pas fini d’explorer.

1 Les Amériques Noires : les civilisations africaines dans le Nouveau Monde, Paris, Payot, 1967. 2 Margaret Just Butcher publiera The Negro in American Culture en 1956 : ce livre est basé sur les notes qu’avait rédigées et rassemblées Locke, en prévision d’un opus magnum que sa mort en 1954 l’empêcha d’achever.

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NOTE TECHNIQUE ET REMERCIEMENTS En dépit du compliment qu’exprima Locke, dans sa conférence inaugurale, pour dire toute sa gratitude au zèle et à la précision de son traducteur, la première version française contenait de nombreux faux-sens et contresens, et elle restituait parfois lourdement le style du conférencier dont la complexité n’avait pas échappé à Louis T. Achille1. De surcroît, les difficultés que rencontrait Locke avec la diction française le conduisirent à surcharger le texte de virgules, comme en témoignent les ajouts manuscrits sur le tapuscrit conservé dans ses archives à Howard University2. C’est en revenant aux feuillets originaux et en anglais (parfois incomplets, malheureusement) que fut établie cette nouvelle édition du Rôle du Nègre dans la culture des Amériques. L’édition originale avait été tirée à 1200 exemplaires par l’Imprimerie de l’État à Port-au-Prince, en 1943, mais elle reste aujourd’hui presque introuvable et elle contenait en outre de nombreux défauts – dont l’abondance gênante des virgules, une propension disproportionnée à user de lettres majuscules, et une bibliographie compilée sans ordre alphabétique. Locke lui-même n’en était guère satisfait, comme il l’exprima dans une lettre à Lhérisson qui avait signé pour lui le bon à tirer3. J’ai donc systématiquement révisé le texte des conférences à partir de l’anglais, et introduit entre crochets des fragments présents dans le premier jet, mais qui n’avaient pas été retenus dans la traduction. Autant que possible, la version de 1943 a été conservée, en simplifiant la ponctuation, et avec des modifications là où le sens du texte en anglais n’était pas respecté ou clairement
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« I corrected the grammar but could still improve upon the diction, although it seems to flow pretty smoothly. […] I regret that I had to do this at such a terribly rushed period of my life and that I could not complete the work for you at leisure. […] Your style is so rich and concise that it may be necessary to dissociate some groups of words » (lettre de L. T. Achille à Locke, 24 avril 1943 : HU, MSRC, ALP, 164-9, f.18). 2 HU, MSRC, ALP, 164-126 f.4. 3 Lettre du 21 novembre 1943, HU, MSRC, ALP, 164-45 f.6.

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restitué. Chaque fois que c’était nécessaire, j’ai ajouté des notes entre crochets pour préciser au lecteur à quels textes, auteurs, ou événements Locke faisait allusion. J’ai aussi rédigé des notices biobibliographiques pour chacune des figures intellectuelles, scientifiques, artistiques, mentionnées dans le corps des conférences, ainsi qu’un index recensant tous les noms cités.

Cette version révisée et remaniée a bénéficié des suggestions et de la relecture vigilante de Roger Little (Trinity College, Dublin), de Viviane Azarian (Bayreuth Universität) et de Gérard Siary (Université Paul Valéry, Montpellier). Je leur exprime ici toute ma reconnaissance. Sans l’assistance et la patience de Roger Little, ces conférences ne seraient toujours pas disponibles : notre dette envers lui est aussi profonde que ma gratitude. Mes remerciements vont également à l’équipe du MoorlandSpingarn Research Center d’Howard University, à Washington D.C., en particulier à M. Thomas C. Battle et à Mme Joellen ElBashir qui m’ont autorisé à publier cette nouvelle édition, et qui ont mis à ma disposition les tapuscrits originaux pour l’établir. Enfin, sans l’invitation de Laurent Dubreuil à Cornell University, en mars 2007, et sans le soutien financier du French Studies Program de Cornell et de l’Institut de Recherches en Études Culturelles de l’Université Montpellier III, je n’aurais pas eu l’opportunité de revenir consulter les archives d’Alain Locke : je leur adresse un profond merci. A. M., mars 2009

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BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE Œuvres d’Alain Locke (par ordre chronologique) An Essay on the Concept of Value [1910], manuscrit holographe de 472 p. Alain Locke Papers, Manuscript Division, Howard University, Moorland Spingarn Research Center, box 125 Race Contacts and Interracial Relations [1916]. Manuscrit édité par Jeffrey C. Stewart, Howard University Press, Washington D.C., 1992, lxv-114 p. The Problem of Classification in the Theory of Value, an Outline of a Genetic System of Values [1917]. Thèse dactylographiée. Alain Locke Papers, Box 164-155, folder 12-25, Manuscript Division, Moorland-Spingarn Research Center, Howard University. The Negro in America, Chicago, American Library Association, 1933, 64 p. The Negro and His Music. Washington D.C., Associates in Negro Folk Education, Bronze Booklet n° 2, 1936, 142 p. Negro Art : Past and Present, Washington D.C., Associates in Negro Folk Education, Bronze Booklet n° 3, 1936, 122 p. The Negro in Art : a Pictorial Record of the Negro Artist and of the Negro Theme in Art, Washington D.C., Associates in Negro Folk Education, 1940, 224 p. Le Rôle du Nègre dans la culture des Amériques. Port-au-Prince (Haïti), Imprimerie de l’État, 1943, 141 p. Ouvrages collectifs (sous la direction d’Alain Locke) Harlem, Mecca of the New Negro. The Survey Graphic, Volume VI, n° 6 (March 1925), pp. 621-725 The New Negro, An Interpretation [1925], Touchstone, New York, 1997, xxiii- 452 p. Plays of Negro Life. A Source-Book of Native American Drama. New York, Harper & Brothers, 1927, 430 p. (avec Montgomery Gregory)

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