Le trésor pillé du Roi (T2)

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Ce volume s'ouvre sur la reddition de La Mothe, en Lorraine, et sur la bataille de Nördlingen. Chez Richelieu, le pragmatisme l'emporte : les réformes se poursuivent avec les Grands Jours de Poitiers. Le procès d'Urbain Grandier défraie la chronique. L'absolutisme s'affirme aussi dans la hiérarchisation des responsabilités, dans un ministériat original, où l'action d'administrateurs dévoués se substitue aux luttes d'influence. Là n'est pas la moindre des réussites du cardinal-ministre.
Publié le : vendredi 1 février 2013
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EAN13 : 9782296515949
Nombre de pages : 552
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Chemins de la Mémoire
e Chemins de la MémoireSérie XVII siècle
Marie-Catherine Vignal Souleyreau
(textes établis, présentés et annotés par)
On peut encore sonder la profondeur de l’œuvre de
Richelieu : ce second volume illustre autant que le premier
le nécessaire renouvellement de la recherche historique.
Il s’ouvre sur la reddition symbolique de la forteresse de
La Mothe. En répondant aux interrogations de Richelieu Le trésor pillé du roiconcernant la Lorraine, l’érudit Théodore Godefroy
contribue à une pratique gouvernementale originale, où le pragmatisme
fi nit par l’emporter sur les considérations doctrinales. Le maréchal de La Correspondance Force combat depuis déjà de longs mois non loin du Rhin. La bataille de
du cardinal de RichelieuNördlingen bouleverse l’équilibre des forces engagées dans la guerre de
Trente Ans. Le roi de France et son ministre, à leur tour, se préparent à
intervenir. Tandis que s’ouvre une juridiction d’exception, les Grands Jours de
Poitiers, le procès d’Urbain Grandier, curé de Loudun, défraie la chronique. Année 1634
Alors que la révolte gronde en Provence, les incidents se multiplient aux
États de Bretagne. Richelieu connaît autant la seigneurie de Thanvillé, en
Alsace, et les subtilités d’un droit féodal moyenâgeux, que l’administration tome 2
territoriale du royaume en son entier. La centralisation des pouvoirs n’est
pas le corollaire obligé de la souveraineté, le pré-absolutisme ne s’en affi rme
pas moins dans la hiérarchisation progressive des responsabilités, dans
l’affi rmation d’un ministériat original, où l’action effi cace d’administrateurs
dévoués se substitue aux luttes d’infl uence. Là n’est pas la moindre des
réussites à mettre à l’actif de Richelieu.
Marie-Catherine Vignal Souleyreau est docteur en Histoire,
ingénieur d’études à l’Institut de Recherches sur les Civilisations
de l’ ccident Moderne (Université Paris-Sorbonne, PRES
Sorbonne Universités). Elle travaille depuis de nombreuses
années à la publication de la correspondance de Richelieu,
qu’elle poursuit aujourd’hui.
Illustration couverture : fac-similé de la signature (probablement autographe) du cardinal de Richelieu.
eIllustration 4 de couverture : Richelieu par Jade Souleyreau, 8 ans, dessin original (tous droits réservés).
ISBN : 978-2-336-29034-8

eSérie XVII siècle
2CHEMINS MEM XVII GF SOULEYREAU TRESOR PILLE ROI T2 i dd 1 14/01/13 222416
Le trésor pillé du roi
Textes établis, présentés et annotés par
Marie-Catherine Vignal Souleyreau
Tome 2



























Le trésor pillé du Roi
Correspondance du cardinal de Richelieu
Année 1634

Tome 2
Chemins de la mémoire
Nouvelle série

Cette nouvelle série d’une collection qui fut créée par Alain
Forest est consacrée aux travaux concernant le domaine
historique des origines à nos jours.

Ouvrages parus

POINARD (Robert), L’aumônier militaire d’Ancien Régime. La vie du
prêtre aux armées des guerres de religion à la Première République
(1568-1795), 2012.
LAGARDERE (Vincent), Le Commerce fluvial à Mont-de-Marsan du
e eXVII au XVIII siècle, 2012.
ZEITOUN (Sabine), Histoire de l’O.S.E., De la Russie tsariste à
l’Occupation en France (1912-1944), L’Œuvre de Secours aux
Enfants du légalisme à la résistance, 2012.
HARAI (Dénes), Journal d’un officier de Louis XIII sur le siège de
Montauban (1621), 2012.
PRIJAC (Lukian), Lagarde l’Éthiopien, Le fondateur de Djibouti
(1860 – 1936), 2012.
TARIN (Jean-Pierre), Joseph Lakanal, apôtre de la République (1762-
1845), 2012.
ROSIER (Michel), Vie politique et sociale de la Sarthe sous la
eIV République (1944-1958), 2012.
BERTRAND-CADI (Jean-Yves), Le Colonel Ibrahim Depui, Le pèlerin
de la mer Rouge, 1878-1947, 2012.
BLANQUIE (Christophe), Une enquête de Colbert en 1665, 2012.
LASSERE (Madeleine), La Princesse de Ligne, 2012.
BEZBAKH (Pierre), Crises et changements de sociétés, 2011.
SUISSE (Bernard), La Mandarinade, 2011.
CAIN Julien, Un Humaniste en guerre, tome 1 : « Lettres 1914-1917 ».
Introduction, notes et postface par Pierre-André Meyer, 2011.


Textes établis, présentés et annotés par
Marie-Catherine Vignal Souleyreau








LE TRÉSOR PILLÉ DU ROI
Correspondance du cardinal de Richelieu
Année 1634

Tome 2













L’Harmattan


Du même auteur

Chez le même éditeur :

Richelieu à la conquête de la Lorraine. Correspondance, 1633, Paris,
L’Harmattan, 2010.
La correspondance du cardinal de Richelieu. Au faîte du pouvoir : l’année
1632, Paris, L’Harmattan, 2007.
Richelieu et la Lorraine, Paris, L’Harmattan, 2004.

Autres :
Richelieu ou la quête d’Europe, Paris, Pygmalion, 2008.
Anne d’Autriche, la jeunesse d’une souveraine, Paris, Flammarion, 2006 ;
Paris, Féryane, 2006.
Les papiers de Richelieu, section politique intérieure, correspondance et
papiers d’État, index des tomes IV, V, VI, corrections et additions (1629-
1631), en collaboration avec Éric de Labriolle, Paris, éditions A. Pédone,
1997.
















© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2- 336-29034-8
EAN : 9782336290348
393. Instructions de Richelieu à Claude Bouthillier, début juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 301-303. Trois pièces, dont deux de la main de Denis Charpentier, et
une de Cherré. Au f° 302 v° : « pour Monsieur Bouthillier ». La pièce est évoquée par L.-M. Avenel,
Lettres, instructions…, op. cit., t. IV, p. 575 et p. 642-644.

Richelieu énumère une série de dépenses à engager et de paiements à effectuer.

Le sieur *** fera renvoyer le décret de Fronssac à la court des aydes selon ce que le
1procureur général de la cour des aides luy dira .
Fera souvenir Messieurs les surintendants du paiement de la moitié de la somme totale.
Fera partir actuellement l’argent pour Hermestein [Ehrenbreitstein] en poste.
2Fera la response qu’il faudra à l’ambassadeur de Savoie pour que M. de Savoie laisse le
commerce libre de Pignerol, et l’asseurera de son paiement. Faut se souvenir du présent
de l’ambassadeur de Savoie.
M. Bouthillier fera achever l’affaire que le sieur de La Grée a à démesler avec M. le
président de Chevry touchant certain argent que M. de Lessongère doit faire revenir
pour les fortifications de Brest, et donnera ordre qu’on puisse toucher cet argent
3promptement pour y travailler ceste année . Item fera faire ce qu’il faut pour faire
4décreter les greffes de M. de Sourdéac , sur quoy La Grée avance 20 mil francs à
reprendre sur les dits greffes.
Fera l’ordonnance de vingt quatre mil francs de Rossignol [Antoine Rossignol].
Item ordonnance de deux mil escus pour délivrer les esclaves d’Alger, si ces Messieurs
sont touchez de la compassion de 500 esclaves chrestiens.

1 Le procureur général à la cour des aides est Nicolas Le Camus. Voir la lettre que celui-ci adresse à
Richelieu le 24 juin 1633, à propos de l’acquisition du duché de Fronsac [M.-C. Vignal Souleyreau (éd.),
Richelieu à la conquête de la Lorraine…, op. cit., p. 295]. Les lettres patentes pour la duché-pairie de
Fronsac sont vérifiées au Parlement le 5 juillet [L.-M. Avenel (éd.), Lettres, instructions…, op. cit., t. IV,
p. 575].
2
Claude Chabod, marquis de Saint-Maurice, chevalier de l’Annonciade, grand maître d’artillerie,
conseiller d’État du duc de Savoie, il est ambassadeur en France puis en Angleterre, et représente le duc
de Savoie, mineur, à Munster, lors des négociations des traités de Westphalie. Il a épousé Adrienne de
Mouxy. La diplomatie savoyarde reste cependant dominée par l’influence et la personnalité du père
jésuite Pierre Monod (1586-1644), confesseur de la duchesse, née Christine de France. Voir V.
Mellinghoff-Bourgerie, François de Salles : un homme de lettres spirituelles, Genève, Droz, 1999, p. 474
et A. Blum, « Les sages jalousies » : la diplomatie française en Italie à l’époque de Richelieu et de
Mazarin, étude citée, passim.
3
Jean de La Grée de Bruc contribue en effet à réunir des fonds pour les fortifications du château de Brest,
placé sous le commandement du baron de Pontchâteau et de son fils, le marquis de Coislin. Concernant
Jean de La Grée de Bruc, voir infra André Céberet à Richelieu, 28 novembre. Jean Blanchard, seigneur de
Lessongère, baron du Bois de la Muse [ou Muce] a épousé Jeanne Rioteau de La Pilardière. Leur fils,
César Auffray Blanchard (1612-1671), chevalier, seigneur puis baron du Bois de la Muse, a épousé
Catherine de Bruc, fille de Jean de La Grée de Bruc et de Marie Madeleine Venier. Jean Blanchard de
Lessongère exerce d’abord les fonctions de procureur du Roi au présidial de Nantes en 1611, puis il est
reçu procureur général de la chambre des comptes de Bretagne au mois de décembre 1612. Il est
également maire de Nantes de 1611 à 1613. Il est ensuite promu premier président de la chambre des
comptes de Bretagne et reçu le 9 janvier 1634, après le décès de François de Becdelièvre, qui a occupé la
charge pendant un an. Voir H. de Fourmont, Histoire de la chambre des comptes de Bretagne, Paris, de
Signy et Dubey, 1854, p. 324 et 332 ; A. de La Pinsonnais, Essai généalogique, la famille de Bruc,
consulté en ligne le 20/06/2012, http://pinsonnais.free.fr/genea/index.php?id=bruc.
4 Guy de Rieux, marquis de Sourdéac, est le fils aîné de René de Rieux, marquis d’Ouessant, et de
Suzanne de Saint-Melaine. Écuyer de Marie de Médicis, il a accompagné la Reine mère dans sa fuite aux
Pays-Bas espagnols. Déclaré criminel de lèse-majesté, ses biens ont été confisqués au mois de novembre
1631. Il a épousé, en 1617, Louise de Vieuxpont, et meurt en 1640.
7Faire payer le surtaux des gendarmes et l’extraordinaire à commancer du premier jour
d’avril.
Faire payer la compagnie de La Courbe.
Envoier quérir Guron pour voir l’ambassadeur de Pologne.
5Faire expédier La Tour .
Fault escrire à M. de Brassac afin qu’il face amener Bruyère, ou, s’il est parti, qu’il
envoie dire à des prévosts de son gouvernement de l’amener.
Monsieur Bouthillier escrira à Monsieur de Vaubecour [Jean V de Nettancourt, comte
de Vaubecourt] et à M. Desnoyers, s’il est encore à Metz, qu’en passant par Verdun ils
aillent visiter les garnisons de Stenay, Clermont et Jamets et voient si elles sont bien
complettes, si rien n’y manque et si ceux qui sont dans les dites places sont bien
soigneux pour se garder de surprise, si elles sont munies de tout ce qui est nécessaire.
Et au cas qu’il leur manque quelque chose, ils y feront pourvoir. Après avoir visité les
dites places, ils ne manqueront pas de mander au dict sieur Bouthillier en quel estat ils
les auront laissées.
Le dit sieur Bouthillier escrira aussy à M. de Sabran pour qu’il envoie 3 parasols de
eDamas, l’un rouge, l’autre violet et le 3 bleu à Monsieur le cardinal des plus beaus et
des plus plus légers qui se facent à Gènes. Il faut sur les coustures de petite dentelle
6d’or .
Fault escrire à Monsieur Desnoyers et à M. d’Arpajon que l’intention du Roy n’est plus
après la prise de Trèves que l’armée du Roy qui doit revenir d’Alemagne le vienne
trouver en Languedoc, veu que Sa Majesté a assez de trouppes, mais bien qu’elle soit
menées en Picardie pour y estre jointe à d’autres trouppes qui y sont desjà et là on la
fera subcister sous le commandement de Monsieur le Comte [Louis de Bourbon, comte
de Soissons].
Monsieur le comte de La Suze aurra charge d’y conduire la dite armée, et Monsieur de
Noyers d’y demeurer en la charge qu’il y avoit en Alemagne.
Le dit sieur Desnoyers aura soin de luy faire fournir le pain et les prestz selon qu’il
l’estimera nécessaire.
Messieurs les surintendans donnent ordre à Monsieur de Chevry qui demeure à Paris de
luy faire fournir de l’argent pour cet effet.
Faut escrire à Messieurs les surintendans pour qu’ilz donnent cet ordre.
À Monsieur de Chevry pour qu’il l’exécute.
À Monsieur le Comte pour qu’il face un tour en Picardie quand l’armée y arrivera pour
la loger et faire tenir les garnisons complettes.
Faut voir où il fault loger la dicte armée.


394. Richelieu à Louis XIII, juin ou juillet 1634.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 304. Minute de la main de Denis Charpentier.

Le cardinal-ministre sollicite du Roi le licenciement d’un régiment logé à Béziers.


5 M. de La Tour est un agent diplomatique envoyé à Mantoue.
6 Comme le note L.-M. Avenel, Lettres, instructions…, op. cit., t. IV, p. 642-644, à propos d’une lettre
que Richelieu adresse au Roi, le 16 novembre, il s’agit des préparatifs des prochains mariages des
parentes du cardinal-ministre, les demoiselles de Pontchâteau, et Françoise-Marguerite de Chivray, avec
les ducs de La Valette et Puylaurens, ainsi qu’avec le comte de Guiche.
8Il vient d’arriver un courrier de Bésiers qui apporte de grandes plaintes de la part de M.
7 8de Narbonne et de Monsieur Miron de la grande incommodité qui reçoivent les villes
9du Languedoc du logement du régiment que M. de Varenne y a envoié, d’autant
qu’outre les prests qui leur sont bien paiez dont Messieurs les surintendans ont laissé le
10fonds, le dit sieur de Varenne a ordonné l’entretènement de dix chevaux à chaque
capitaine, vingt sols à chaque officier, et les ustensiles à tous les soldats, ce qui ne
revient pas à se peu qu’en un mois à ceste raison il n’en coustast deux mil escus à la ville
de Bésiers pour le régiment de Vaubecour. Sur cela, Monsieur le mareschal de
Schomberg et moy sommes d’advis de licentier promptement, sous le bon plaisir de
11Vostre Majesté, les régimens de Sainct-Chamont, Tavanes et Polignac , ce qui
reviendra au compte de M. de Bulion, et à celuy du pauvre peuple de Languedoc. M.
Bouthillier le fils, qui est auprès de Vostre Majesté, envoiera, en l’absence de M. de La
Vrilière, la dépesche nécessaire pour le licentiement desdits régiments à M. de Varenne
qui est à Carcassonne, avec ordre de prendre du fonds des prests qu’il avoit jusques à la
fin de l’année pour le licentiement tel que Vostre Majesté le voudra ordonner.


395. André de Clercq à Richelieu, mi-1634 ?
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 305. Original autographe.

Le signataire dénonce un recours abusif au Conseil du Roi concernant la saisie de
navires hollandais.

Monseigneur le cardinal duc,
Est très humblement suplié par André de Clerc, secrétaire de Sa Majesté, attaché et
agent de l’ambassade de Flandres, d’ordonner au sieur Legrand, conseiller et maistre des

7
Claude de Rebé (1587-1659) : il est le fils de Charles de Rebé, baron d’Amplepuis, et de Jeanne de
Meysé. Il étudie d’abord les humanités et la philosophie au collège jésuite de Lyon puis au collège de
Tournon, avant de gagner Paris où il complète sa formation par des études de droit et de théologie.
Docteur en droit canon de la faculté de Valence, il est ordonné prêtre en 1622. Il est peu après nommé
coadjuteur de l’archevêque de Narbonne, auquel il succède en 1628. Il se montre d’une loyauté
exemplaire à l’égard du Roi en 1632, lors de la révolte du duc de Montmorency.
8 Robert Miron (1559-1641), seigneur du Tremblay, est le fils de Gabriel Miron et de Madeleine
Batonneau. Conseiller du Roi en ses conseils d’État et privé, conseiller au Parlement entre 1595 et 1600,
il est promu intendant d’Auvergne en 1599. Prévôt des marchands de Paris en 1614, il représente, la
même année, le Tiers état lors de la réunion des États généraux. Ambassadeur ordinaire en Suisse en
1617, et pendant dix ans, Robert Miron est, avec Michel Particelli d’Hémery, commis à l’installation des
élus en Languedoc à la fin de l’année 1631. Le duc de Montmorency le fait arrêter au printemps 1632. Il
exerce ensuite les fonctions d’intendant en Languedoc jusqu’en 1640. Voir N. de Saint-Allais, Nobiliaire
universel de France…, op. cit., tome troisième, p. 332 ; et M. Haehl, Les affaires étrangères au temps de
Richelieu…, op. cit., p. 234.
9
François de Nagu, baron de Merzé, marquis de Varennes, est le fils de Jean de Nagu, seigneur de
Varennes, et de Philiberte de Loges. La seigneurie de Varennes est érigée en marquisat, en sa faveur, en
1618. Il est fait chevalier des ordres du Roi au mois de mai 1633 et détient la charge de gouverneur
d'Aigues-Mortes lorsqu’il décède en 1637. Il a épousé, en 1599, Léonore de Blé. Leur fils aîné, Charles
de Varennes-Nagu, adresse un courrier au comte de Chavigny, le 8 novembre.
10
Le chiffre 4 a été ajouté au-dessus.
11 En référence à Gaspard-Armand de Polignac, vicomte de Polignac, marquis de Chalançon, seigneur de
Randan, fils de Louis-Armand de Polignac et de Françoise de Montmorin. Mestre de camp, il détient le
gouvernement du Puy-en-Velay et du pays de Velay. Il est fait chevalier des ordres du Roi en mai 1633 Il
a épousé Claude-Françoise de Tournon et décède en 1649. Voir père Anselme de Sainte-Marie, Histoire
généalogique et chronologique de la maison royale de France…, op. cit., tome neuvième, p. 169.
912requestes, raporteur de l’instance pendante au Conseil du Roy, entre Jacques Hybon ,
soubs le nom des nommez Frédéric et Ferdinand Soulembourcq, Holandois,
13demandeurs, contre Jacques Roufflet et Michel Vaguenare, armateurs de navires
dunquerquois, deffendeurs, de faire raport à Son Éminence de la dicte instance par
laquelle elle reconnoistra comme elle a esté circonvenue et surprise en l’obtention de
l’ordonnance de la marine qu’elle a signée le XVIII juillet 1631 au proffict des dicts
Soulembourcq, portant que les deniers provenans de la vente des deux navires nommez
la Charité et le Livre, pris en mer en mars 1628 sur les Hollandois par les dicts Roufflet
et Vaguenare, et à eux adjugez de bonne prise par sentences du juge de la marine de
Boullongne, du XIIII may au dict an, leur seroient renduz et à ce faire le dict Hybon
Jacot et leurs caultions dépositaires des dicts deniers, montans dix sept mil livres,
contrains comme pour deniers roiaux, desquelles sentences le dit Hibon, procureur des
nommez Adrienson, Jacobson, Vaquet et consors, propriétaires des dicts navires,
s’estoit porté pour apellant au siège général de la marine à la table de marbre du pallais à
Paris, et depuis le dict Hybon, pour ne rendre la dicte somme, qu’il a emploiée en
marchandise et en tire grand proffict, il auroit (faisant les dictes sentences) faict
évocquer le dict appel au dict conseil, auquel Vostre dicte Émimence estant intervenue
et en ayant eu commication, elle auroit requis le différent des dictes parties estre
renvoyé au dict siège général de la marine à la table de marbre au dict Palet, ce que
eauroit esté ordonné par arrest contradictoire du Conseil d’Estat du XVII may au dict
an 1631. Sur ce renvoy les parties estans par appel évoquées en la cour de parlement de
Paris, le dit Hybon pour <…> le jugement et condamnation de rendre la dicte somme
et intérest qu’il détient ausdicts Roufflet et Vaguenare, auroit surpris vostredite
ordonnance, soubs le nom des dicts Soulembourcq, parties suposées qui n’ont jamais
prétendu aucune chose des dicts deux navires et vins, ains les dits Adrienson, Jacobson,
Vacquet et consors, parties desnommées esdites sentences, pour lesquels le dit Hybon
est en quallité de procureur, sy bien qu’iceluy Hybon par ceste suposition de parties
qu’on ne connoist ny ouy parler d’eux au dict procès n’y estant parties, croit se faire
descharger de la restitution d’une sy notable somme qu’il détient depuis la dicte année
1628 ausdicts Roufflet et Vaguenare, sur la dicte somme déduict le droict de dixiesme
adjugé à Vostre Éminence par les dites sentences, qu’il trompe par ce moyen et de plus
poursuit en personne effrontément au dict Conseil soubs les noms desdits
Soulembourcq, que vostredite ordonnance soit exécutée contre luy-mesmes, estant
véritable que depuis les dites sentences données, les dits Jacobson, Adrienson, Vacquet
et consors, propriétaires des deux navires hollandois y desnommez, avoient délaissé
ceste poursuitte, ains esté seullement continués par ceste suposition dudit Hybon pour
détenir la dite somme au préjudice de Vostredite Éminence et desdits Roufflet et
Vaguenare.
A. de Clercq.
Rapporteur.
< …> conseiller et maistre des requestes Le Grand, que Vostre Éminence est suppliée
de vouloir <…> sur cest’affaire et déclarer sa volonté sur icelle.


12
Jacques Hibon est probablement un échevin de Boulogne, représentant de la famille Hibon de La
Fresnoye, évoquée par F.-J. Ruggiu, L’individu et la famille dans les sociétés urbaines anglaise et
française (1720-1780), Paris, PUPS, 2007, p. 80-81, pour le livre de raison qu’elle a laissé.
13
Jacques Roufflet [ou Rufflet] appartient à la municipalité de Dunkerque, dont il est échevin en 1643.
Voir A. Bonvarlet (éd.), « Le livre du bailli de l’église de Dunkerque », Annales du comité flamand de
France, 1877-1883, tome XIV, p. 17-96, concernant Jacques Roufflet, p. 84 note 3.
10 396. Richelieu à Louis XIII, mi-1634 ?
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 306. Copie, de la main d’un secrétaire.

Le billet que Richelieu adresse au Roi résume parfaitement la nature des rapports
qui lient le ministre au souverain. L’objectivité du propos témoigne de l’intelligence
humaine dont pouvait faire preuve le cardinal-ministre. La sincérité et la lucidité
semblent y primer toute autre considération.

Sire,
Envoyant ce porteur pour sçavoir l’estat de la disposition de Vostre Majesté, la
franchise avec laquelle elle veut que ses créatures vivent avec elle fait que je ne veux pas
perdre l’occasion de luy faire sçavoir celuy auquel est la plus zélée de toutes les siennes.
J’ay et auray toute ma vie plus de confiance en Vostre Majesté qu’en moy-mesme, plus
de passion pour vous que vous mesme. Ma tendresse esgalera asseurément comme elle
a tousjours fait ma fidélité. Je ne responds pas que la jalousie ne soit quelques fois de la
partie, mais je suis seur que Vostre Majesté le trouvera bon, puisqu’elle fait trop bonne
chère à cette Dame pour n’approuver pas qu’elle soit bien receue par une créature qui
fera tousjours gloire de vous imiter et d’estre jusques au tombeau.


397. Note de Claude de Bullion et Claude Bouthillier, fin juin – début juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 312. Original autographe, écrit des deux mains.

Le billet évoque un projet d’attentat visant le Roi et son principal ministre.

L’on a eu advis que deux jeunes hommes aagez de trente ou trente cinq ans avoyent
dessein sur la personne du Roy et qu’ilz avoyent résolu l’exécuter dans la feste de
Pasques avec un petit instrument faict en forme d’arbaleste. Ils sont partis de Cadix
vestus en pélerins. Ils sont de moyenne taille et ont peu de barbe et noire. Ils parlent
fort bien françois, espagnol, italien, anglois, aleman et latin et ont esté autrefois à Paris.
Le mesme advis est donné l’esgard de la personne de Monseigneur le Cardinal.


398. Pierre Séguier à Richelieu, fin juin – début juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 315-316. Original autographe. Suscription au f° 316 v° : « à
Monseigneur ».

Pièce, peut-être complémentaire de la précédente, évoquant le même sujet.

Monseigneur,
Suivant l’ordre qu’il a pleu à Vostre Éminence me donner, j’ay faict interroger le soldat
condamné à mort. Il persiste en ses confessions qu’il a faicte à la question, en sorte que
l’on ne pourra dire que la force des tourmentz luy ont recognoistre ce qui n’estoit pas. Il
a eu, jusques à sa capture, intention d’en acquitter son desseing, mesme de retirer le
14cousteau qui estoit chés l’ouvrier. Quand au prebstre, il a esté à Monceaux pour
attenter à la personne du Roy, et dict ensuitte à ce misérable qu’il avoit manqué son
coup. J’ay donné le mémoire au prévost des marchands et au chevalier du guet pour

14
Montceaux-lès-Meaux : auj. dép. Seine-et-Marne, arr. Meaux, c. Dammartin-en-Goële.
11 faire une perquisition <…> dans tous les qartiers. Quand aux provinces, j’ay creu que
Vostre Éminence en donneroit le commandement, cependant j’ay faict surceoir
l’exécqution. Je prie Vostre Éminence de considérer s’il ne sera pas à propos de la
différer pour quelque temps. Il semble qu’il soit nécessaire pour la condition de ce
prebstre, en cas qu’il fust pris puisqu’il n’est pas nommé, et qu’il pourroit desnier estre
celluy designé par les interrogatoires <…>, que l’on peust sur le doubte arrester dans
les premiers advis <…> l’on donnera plusieurs personnes qui auront quelque respect
aux marques désignées par le billet, ce dont on ne <…> aucun esclaircissement et dans
le doubte l’on sera obligé d’arrester peut-estre <…>. Au contraire, si l’on a le
prisonnier, on luy resprésentera ceux qui seront arrestés, tous les doubtes pourront
estre levés. Si vostre Éminence trouve à propos de différer l’exécqution, le chevalier du
guet offre de le garder en son logis tant que l’on luy ordonnera. J’attandray l’honneur de
vos commandemens, cependant je supplie Vostre Éminence me croire, Monseigneur,
Vostre très humble et très obéissant serviteur,
Séguier.


399. Pierre Séguier à Richelieu, juillet ?
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 322-323. Original autographe. Suscription au f° 323 v° : « à
Monseigneur ».

Le garde des Sceaux rend compte de sa mission d’intermédiaire entre le principal
ministre et le parlement de Paris.

Monseigneur,
J’ay receu les deux déclarations qu’il a pleu à Vostre Éminence m’envoyer, je les liray
avecq le soing et la dilligence qu’il vous plaist me prescrire. Il est vray que cest pièce ne
doibt paroistre en publicq <…> que vous désiré de <…> et police. Mais il me sera
bien difficile de les luy donner si les espritz qui ont travaillé <…> n’ont pas achevé cest
ouvrage suivant vostre desseing, Vostre Éminence en <…> mes manquemens. J’ay
envoyé quérir Monsieur Joly [François Joly] et luy ay donné ordre de voir Messieurs de
la grande chambre. Je prieray Messieurs les présidentz que je puisse conférer avecq eux
sur le sujet des petittes dattes. J’espère que la considération du publicq sera plus forte
que leur intérest particullier.
Quand aux déclarations pour la réforme des festins et la deffence de porter pistolletz, je
les envoiray au premier jour à Vostre Éminence, avant que de les donner au publicq. Je
supplie très humblement Vostre Éminence <…> si je ne luy donne compte de
l’exécqution de ses commandemens. J’ay esté retenu ces premiers jours de cest
sepmaine par ung peu de foiblesse qui me restoit de mes saignées. À présent, <…> que
j’ay esté obligé d’apporter au conseil et au seau qui avoiente esté <…> par mon
indisposition, pour ne manquer à ce que je doibz à l’expédition des affaires me servira
<…> légitime pour quelques jours. Cependant, je supplie Vostre Éminence me voulloir
conserver l’honneur de ses bonnes grâces et croire que personne ne l’honnorera et
servira avecq plus de dévotion, repect et fidellité que moy qui suis, Monseigneur, vostre
très humble et très obéissant serviteur,
Séguier.


12 400. Henri de Lorraine à Louis XIII, juin ou juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 326. Original autographe.

eHenri de Lorraine (1614-1664), archevêque de Reims de 1629 à 1641, 5 duc de
Guise en 1640, prince de Joinville (1640-1641), et comte d’Eu de 1640 à 1657, est le
efils cadet de Charles de Lorraine, 4 duc de Guise, et d’Henriette-Catherine de
Joyeuse. Destiné à l’état ecclésiastique, il est nommé archevêque de Reims dès l’âge
de 15 ans. La mort de son frère aîné, le prince de Joinville, en 1639, puis celle de
son père en 1640, déterminent son retour à l’état laïc. En 1639, il épouse sa parente
Anne-Marie de Gonzague, fille du duc de Mantoue et de Catherine de Lorraine, dont
il se sépare en 1641, puis convole en secondes noces avec Honorine de Glymes de
Berg. Il participe au complot ourdi par le duc de Bouillon et le comte de Soissons
contre Richelieu, en 1640, et prend part à la bataille de La Marfée en 1641.
Condamné à mort, il s’exile en Flandre, mais regagne la France en 1643. Il fait alors
renaître les prétentions de la famille de Guise au royaume de Naples, puis est
nommé grand chambellan de Louis XIV. Le signataire évoque l’exil auquel sa mère,
duchesse de Guise, est contrainte, il proteste de sa fidélité au Roi, et se porte garant
de celle de son jeune frère, Charles-Louis de Lorraine (1618-v. 1640), qui reprend le
titre de duc de Joyeuse.

Au Roy mon souverain seigneur. Sire,
Le commandement que Madame de Guise a reçeu de Vostre Majesté me surprend
extrêmement et me feroit appréhender bien fort d’y estre compris, n’estoit qu’à ma
première sortie des classes, mes premières pensées m’ayant porté dans les sentiments
des obligations infinies qu’il a pleu à Vostre Majesté d’acquérir sur moy, je pris dès
l’heure mesme la résolution de m’attacher fermement à mon devoir et pour le principal
exercice de toute ma vye d’avoir continuellement devant les yeux les grands et signallés
bienfaits dont il a pleu à Vostre Majesté me gratifier affin que ceste pensée excitant
incessament mes ressentiments, je vous servisse tousjours de ce qui seroit de plus pur
en ma personne et fisse cognoistre à Vostre Majesté et à tout le monde que comme le
plus puissament obligé de tous vos plus fidelles sujets, j’estois aussy le plus
affectueusement intéressé à tout ce qui pourroit regarder vostre service. Dans ce
sentiment, je désiray d’aprocher de moy le sieur de Joyeuse, la probité et fidélité duquel
assés cognues à Vostre Majesté, elle me fit l’honneur d’en avoir agréable le choix, affin
qu’assuré que je serois qu’il agiroit avecq moy de concert dans les occasions de vostre
service, j’eusse la satisfaction de commancer à me produire par une action sy raisonable,
puisqu’en sa personne j’estimois faire une rencontre d’autant de fidélité que jamais
Vostre Majesté en pourroit désirer en aulcun autre de ses sujets. J’envoyay en suite vers
Monsieur le Cardinal n’osant encores m’avanturer de m’adresser à elle pour le supplier
d’estre la caution de mes extresmes ressentiments vers Vostre Majesté. Il me fit
l’honneur de me le promettre avecq tant de bonté et de courtoisie que j’estime, Sire,
qu’ainsy j’ay plus de besoing de consulter Vostre Majesté sur le fait de ma conduite que
sujet d’appréhender qu’elle conclust envelopper l’innocence de mon aage et de mes
déportements dans le malheur de ma maison. C’est le sujet du voyage du sieur du <…>
que j’envoye à Vostre Majesté qu’affin qu’à son retour m’apportant ses
commandements, je les suive avecq autant de sujétion que vous en doit, Sire, de Vostre
Majesté, le très humble, très obéissant, très fidèle et très obligé sujet et serviteur,
Henry de Lorraine.
13 401. Note destinée à Chavigny, 1634.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 327. Original, non signé.

Courte instruction demandant au comte de Chavigny d’écrire à Robert de Lamont,
afin que ce dernier autorise la venue d’un chirurgien au chevet du marquis de
Châteauneuf.

Plaise à Monseigneur le conte de Chavigny vouloir donner lettre adressante à Monsieur
de Lamont et luy ordonner d’en renvoier le porteur dans le chasteau d’Angoulesme
pour servir de cirurgien et d’appotiquaire pour la personne de Monsieur de
Chasteauneuf, d’autant que le dit sieur de Lamont depuys trois sepmaines luy a osté
celuy qui se servoit.


402. Instructions de Richelieu à Chavigny, juin ou juillet 1634.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 329. Original, peut-être autographe.

Le document concerne probablement le possible retour en grâce du chevalier de
15Valençay .

M. Bouthillier escrira à Hubert que la confiance que l’on a que G. exécutera ce qu’il a
promis faict qu’on luy envoye six mil livres pour qu’il les luy baille de la part du Roy.
Qu’il le sollicite d’exécuter ses promesses et qu’on luy envoye passeport pour B.,
portant permission de revenir chez luy. Que s’il veut exéquter ce que d’Aquin a proposé
on en sera bien aise, sinon, si il veut revenir, qu’il sera receu s’il veut rendre quelque
service. Le Roy luy donnera une bonne pension, le recommandera à Malte pour avoir le
commandement des galères, et luy donnera cinc ou six mil escus une fois payée pour en
faire la despense. Pour Estillar, on luy envoye passeport pour revenir. Qu’il <…> de
tous devant qu’ils partent une protestation de la repentance de leur faire et la résolution
qu’ils ont de bien faire à l’avenir etc.


403. Mémoire de Claude de Bullion et Claude Bouthillier, juin ou juillet 1634.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 330. Original, non signé.

Les signataires envisagent le redéploiement des troupes françaises engagées en
Lorraine, en Alsace et en Franche-Comté. C’est à cette époque que M.
d’Aiguebonne est promu mestre de camp et prend la tête des troupes françaises
stationnées à Haguenau.

Mémoire à Monseigneur le cardinal.
Sçavoir si avant que retirer à la campaigne les troupes qui sont de garnison en Lorraine,
il ne sera pas nécessaire que les gouverneurs que Sa Majesté a choisis pour establir dans
les villes et chasteaux y soient arrivés avec la garnison ordinaire. Au cas que le Roy
veuille absoluement Hoquincourt et Effiat pour la Picardie, s’il ne sera pas à propos de
retirer les deux compagnies de chacun de ces lieux <…>, qui sont à Haguenau et y
mettre en leur place quatre autres de ceux qui demeureront en l’armée d’Alemaigne, qui

15
Voir infra la lettre que ce dernier adresse à Richelieu le 23 septembre.
14 pourroient estre deux de Sainct-Paul, parce qu’elles seront plus complètes à leur arrivée,
et que les cappitaines sont de la cognoissance du sieur d’Aiguebonne, gouverneur, et les
lieux autres de Nantueil et de Bains. Si au lieu des deux compagnies de Bussy que Sa
Majesté a résolu de tirer de Haguenau, il ne seroit pas plus à propos d’en tirer deux de
Ménillet par ce qu’y ayant desjà deux du dict régiment de Ménillet destinées pour La
Mote et une pour Lure, il n’en resteroit que sept qui ne pourroient pas faire un corps
considérable à la campaigne. Si on envoyera la <…> de jours en diligence parce qu’on
ne scait à qui s’adresser. Faut remarquer que sur les deux armées dont j’envoye le projet
de Monseigneur, il faudra tirer les trois mille hommes que le Roy veut mettre aux
frontières de Languedoc et Gascoigne. S’il ne seroit point à propos au lieu d’un
régiment nouveau de tirer de Nancy les huit compagnies de Navarre et Piémont pour
rendre les régimens plus complets qui sont destinez pour Picardie.


er404. Le duc de Bellegarde à Richelieu, Asnois, 1 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 811, f° 288. Original autographe.

Le signataire a offert des chiens à Richelieu. Son billet témoigne de ses efforts,
récompensés, pour retrouver la faveur royale, et celle de Richelieu qui a autorisé son
maintien en charge.

Monseigneur,
Mon mauvais petit présent ne méritoit pas le remerciement que vous avés pris la peyne
de m’en faire. C’est bien plustost à moy de vous remercier de la faveur que j’ay receue
de vous de le vouloir accepter et du soin qu’il vous a pleu prendre de parler à Messieurs
les surintendans pour la conservation de l’honneur de ma charge. C’est pourquoy, je
vous veus mille graces, Monseigneur, et vous suplie très humblement de croire que sy
vous me rendés jamais sy heureux que de me donner quelque employ pour vostre
service particulier, je ne métray pas plus de dificulté d’y porter ma vie, et tout ce qui me
reste de plus cher que j’en ay fait de vous envoyer mes petits chiens soudain que j’ay
sceu que vous en cherchiés car je suis et seray éternellement plus que personne du
monde, Monseigneur, vostre très humble et très affectionné serviteur,
Roger de Bellegarde.
erÀ Annois, ce 1 juilliet 1634.


405. Le maréchal de La Force à Chavigny, La Mothe, 2 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 11-12. Original autographe.

Le signataire évoque les vols de courriers et les précautions à prendre pour sécuriser
les échanges épistolaires avec la cour.

Monsyeur,
Ces troys lignes seront pour vous dire que celuy quy estoyt chargé des paquetz que je
vous envoye ne me feust point ouvert je vous avoys escrit que ceux qui le
destroussèrent en uzèrent comme volleurs apprès luy avoyr osté tout, le laissèrent aller.
Mays dors en avant, je feray observer ce que me mandés, et ne passera point de
courriers quy ne soyent arrestés, s’ils n’ont passeport de Sa Majesté ou de ses
ambassadeurs. Faictes-moy savoyr s’il vous plait, si vous entendés la mesme chose des
15 courriers ordinayres quy passent touttes les sepmennes. Monsieur, l’on m’oublia deux
lettres que je pensois envoyer à Monseigneur le cardinal, de ce prisonnyer quy feust
arresté à Vitry lors du passage de la duchesse de Lorrayne. Vous me fayrés cette faveur
de me mender ce que j’auray affayre là dessus et de me croyre tousjours, Monsieur,
vostre plus humble et très affectionné serviteur,
Caumont La Force.
Ce segond de jullet, au camp devant La Motte.


406. Richelieu à Chavigny, 3 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 245, f° 86. Original de la main d’un secrétaire. Suscription au f° 86 v° : « à
Monsieur, Monsieur Bouthillier, conseiller du Roy en ses conseils, et secrétaire de ses commandemens, à
Paris ».

Le signataire témoigne de sa compassion à l’égard du comte de Chavigny qui vient
de perdre un enfant. Il confirme l’expertise reconnue au père Joseph concernant les
affaires d’Allemagne.

Monsieur,
Je suis extrêmement fasché de l’accident qui vous est arrivé, auquel je prends part
comme à tout ce qui vous touchera vous et Madame vostre femme, à laquelle je vous
prie faire les complimens nécessaires de ma part sur ce sujet. Je n’iray point encores à
Paris. Il y a longtemps que j’avois veu la lettre que M. de Lorraine escrivoit à La Motte.
M. de La Force me mande que je verray l’estat du siège par le mémoire qu’il vous a
envoié, mais vous l’avez oublié. S’il y a des nouvelles d’Alemagne, je vous prie de les
envoyer au père Joseph. Cependant je suis et seray tousjours vostre très affectionné à
vostre service,
Le cardinal de Richelieu.
3 juillet 1634.


407. Le maréchal de La Force à Chavigny, La Mothe, 4 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 13-14. Original autographe. Suscription au f° 14 v° : « à Monsieur,
Monsieur de Bouthillier, conseiller du Roy et des conseilz et secrétaire de ses commandemens et
finances ».

Le signataire fait état de la découverte et de la saisie de lettres, dont certaines
intéressent le duc Nicolas-François de Lorraine. Il rend compte de la poursuite du
siège de La Mothe où des gentilshommes de valeur, comme les sieurs de Navailles
et de Falesche, trouvent la mort. Le baron de Charnacé revient sur cet événement
16dans un courrier adressé à Richelieu lui-même le 8 juillet .

Monsyeur,
Il m’est tumbé plusieurs lettres entre mains, que Monsieur de Loryère le filz m’a
rendues, quy ont esté trouvées à son quartyer, à ce qu’il m’a dit, dans un fumyer. Il faut
que le gentilhomme dont il est fait mention dans les lettres, nommé Roumécourt, ayt
esté tué par des paysans, ou que luy en passant, craignant d’estre trouvé chargé desdittes

16
Infra.
16 17lettres, les ayt cachées là . J’y ay envoyé un officyer du prévost pour en fayre enqueste.
Les lettres sont assés vielles et n’y a rien d’important car elles sont de créance. Mays
vous verrés les plaintes que fait le duc Fransoys du mauvays traitement qu’on luy a fait,
contre ce qu’on luy avoyt promis.
Je n’ay pas à adjouster beaucoup à mes dernyères lettres, n’y ayant rien de survenu de
nouveau à nostre siège, que la perte tousjours de quelqun, mesmes de deux personnes
18bien à regreter. L’un, M. de Navailles, maistre de camp , et l’autre, le sieur de Fallèche,
sergent-major au régiment de Thonneins, je vous assure personnes quy méritoyt
beaucoup, et dont j’ay très grand regret, et cela mal à propos pour ne vouloyr rapporter
le soyn que l’on doyt à ce conserver, car cela est avenu sans rien entreprendre.
La venue de Monsieur Ferryer, lieutenant de l’artillerye, m’a extrêmement resjouy.
J’espère que nos affayres yront d’un autre ayr. Mayntenant, nous travaillons à ramasser
tout ce qu’il nous faut de canons esvantez, les batteries ce mettent cependant en estat,
nos mineurs travaillent aussy à playsir de sorte que j’espère qu’avant ne soyt la fin de ce
moys que tout cela sera en bon estat. J’oze vous dire, Monsieur, que si Sa Majesté
apprend que du costé d’Allemaigne, avec la junction de l’infent, et ce quy pourroyt
venir du costé de Flandres, soyt en estat de s’avancer de deçà, qu’il ne seroyt pas mal à
propos que Sa Majesté fist unne desmarche vers Chateautierry, et fayre courre le bruit
qu’elle s’en vient vers ses frontyères, pour peu de retardement qu’on leur donne.
J’espère d’achever cet affayre avec réputatyon des armes du Roy. Je ne manqueray de
vous donner avis de tout ce qui surviendra. C’est, Monsieur, vostre plus humble et très
affectionné serviteur, Caumont La Force.
Ce IIII jullet, au camp devant La Motte.

17
Pierre de Brachy, sieur de Romécourt, est au service du duc Charles IV, pour qui il organise des levées
de troupes en Franche-Comté. Il est également proche du curé de Mattaincourt, Pierre Fourier, qui trouve
à cette époque refuge à Gray. Il a épousé Claudine Bresson. Il semble en effet que M. de Romécourt ait
été tué à Jonvelle en 1634. Voir H. Derréal et M. Cord’Homme (éd.), Saint Pierre Fourier :
correspondance (1598-1640), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1987, volume 2, p. 196, note 2.
18
Bernard II de Montaut [ou Montault], seigneur de Puntous, dit « M. de Navailles », est le fils cadet de
er
Bernard I de Montaut, chevalier, baron de Montaut, de Navailles et de Bénac, sénéchal de Bigorre, et de
Tabista de Gabaston de Bassillon, dame de la baronnie de Navailles. De religion protestante, il est en effet
mestre de camp d’un régiment d’infanterie, que son neveu, Philippe II de Montaut-Bénac (1619-1684),
futur duc de Navailles, puis maréchal de France (1675), entré, en 1633, au service de Richelieu en qualité
er
de page, reprend en 1641. Richelieu écrit au père de ce dernier, Philippe I de Montaut-Bénac, frère aîné
du défunt sieur de Navailles, le 4 novembre 1634 : « […] Monsieur, vous ne doutez point je m’asseure
qu’en recevant celuy de vos enfans que vous m’avez donné, je n’aie un grand désir de le faire catholique.
Il est grâces à Dieu en estat de l’estre ; je vous prie luy faire connoistre qu’il n’encourra point vostre
disgrace pour ceste action. Il n’attend autre chose. Je me tiendray d’autant plus vostre obligé que plus
librement vous approuverez son dessein, ainsy que je vous en prie, vous asseurant qu’en toute occasion je
seray bien aise de vous faire voir, etc. », minute de la main de Denis Charpentier publiée par L.-M.
Avenel, Lettres, instructions…, op. cit., t. IV, p. 638. Philippe II de Montault-Bénac a laissé des
Mémoires, cités par L.-M. Avenel : « Mon père, qui estoit premier baron de Béarn, fut député de la
province pour aller à la cour ; il me mena avec lui […]. Ma mère [Judith de Gontaut] estoit de la maison
de Biron et cousine germaine de M. le comte de Charost […]. M. de Charost tesmoigna à mon père qu’il
avoit envie de me donner à M. le cardinal de Richelieu pour estre son page. Mon père lui dit qu’il n’y
avoit pas d’apparence parce que j’estois de la religion ; mais M. le cardinal promit à mon père que
j’aurois chez lui une entière liberté de conscience. J’avois quatorze ans quand j’y entrai, et il se passa un
assez longtemps sans que personne me dist rien sur ma religion. Un jour, M. le cardinal m’en parla avec
une bonté extraordinaire. Je me rendis aux raisons de ce grand homme, qui estoit aussi bon théologien
qu’habile politique, et je résolus de faire mon abjuration. Je la fis en effet dix-huit mois après que je fus
entré dans sa maison. Ma conversion fut heureuse ; elle fut suivie de celle de mon père, et de la plus
grande partie de ma famille ». En ce qui concerne M. de Navailles, tué au siège de La Mothe, voir
Mémoires du marquis de Chouppes suivis des Mémoires du duc de Navailles et de La Vallette, Paris,
Techener, 1861, livre 1, p. 6, note 2, en ligne sur www.gallica.bnf.fr.
17 408. Henri de Rohan à Chavigny, Saint-Germain-en-Laye, 4 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 346-347. Original, de la main d’un secrétaire. Suscription au f° 346 :
« à Monsieur, Monsieur Bouthillier, conseiller du Roy en ses conseils et secrétaire de ses
commandemens ».

Henri de Rohan (1579-1638) est le fils du vicomte René II de Rohan et de Catherine
de Parthenay-Lusignan, dame de Soubise, célèbre pour son implication dans la
résistance de La Rochelle en 1628. Colonel général des Suisses entre 1605 et 1614,
le premier duc de Rohan est déclaré généralissime de tous les réformés dès 1605. Il
mène la lutte ouverte contre le Roi en 1620-1622, 1625-1626 et 1627-1629. Il est
condamné, à la fin des années 1620, par le parlement de Toulouse à « être tiré à
quatre chevaux, déchu de la noblesse, sa tête mise à prix 50 000 écus ». Après la
paix d’Alès, il se retire à Venise où il rédige ses Mémoires et un manuel d’art
militaire, Le Parfait Capitaine. Puis il rentre au service du roi de France pour
combattre en Valteline aux côtés des Grisons. En 1632, Louis XIII fait de lui son
ambassadeur extraordinaire auprès du Corps helvétique. Il remporte quatre victoires
sur les Impériaux et une autre sur les Espagnols, mais blessé le 28 février 1638 au
siège de Rheinfelden, il meurt le 13 avril suivant. Le duc de Rohan a épousé la fille
du duc de Sully, Marguerite de Béthune. La correspondance active et passive tenue
par le duc de Rohan en 1633, pendant son ambassade en Suisse, est conservée à la
19BnF . Il fait part ici de ses condoléances.

Monsieur,
Je viens tout présentement d’apprendre la perte que vous avez faite qui m’est aussi
sensible que je me sens obligé de compatir à tout ce qui vous touche. Parmy tant de
prospéritez que Dieu vous a départies, et que vostre mérite vous a justement acquises, il
ne faut point trouver estrange cette goute d’amertume qui vient d’y estre meslé. Mais
vous ne manquerez point de recourir aux consolations que la prudence et la piété ont
accoustumé de suggérer en telles occasions, et je n’entreprens point icy de cercher le
remède à vostre douleur, puisque je ne doute pas que vous ne le trouverez en vous
mesme, mais bien croys-je devoir passer cet office de condoléance avec vous pour vous
tesmoigner que vos afflictions sont les miennes. Le sieur Priolo vous en dira davantage,
sur lequel me remettant, je vous baise bien humblement les mains et suis, Monsieur,
vostre très <…> serviteur,
Henry de Rohan.
À Sainct-Germain, ce 4 juillet 1634.
M. Bouthillier secrettaire d’Estat.


409. Antoine Legendre à Richelieu, vers le 5 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 811, f° 289. Copie.

Antoine Legendre (1590-1665) : aumônier de Louis XIII, contrôleur des jardins
fruitiers du Roi, il est aussi curé d’Hénouville de 1622 à 1659. Il introduit la culture
des arbres fruitiers en espalier en Normandie, et, le premier, pratique des greffes de
poiriers sur des cognassiers. Il est l’auteur d’une célèbre Manière de cultiver les

19
Département des Manuscrits occidentaux, coll. Manuscrits français, vol. 4106.
18 arbres fruitiers, publiée en 1652, à Paris, chez Antoine Vitré. L’ouvrage a parfois
été attribué à Arnauld d’Andilly. Il sollicite ici l’attribution d’un prieuré.

Monseigneur le Cardinal est supplié très humblement du curé d’Hénouville pour le
20prieuré de La Magdaleine près Vernon en Normendie , vallant cinq centz livres par an,
que pocède apprésent le filz d’un des gentilz hommes de Monsieur le cardinal de La
Roche Foucault, qui le donnera fort volontiers en luy donnant récompense.
Anthoine Legendre, curé d’Hénonville.
Le présent mémoire donné à Monsieur Chéré [Pierre Cherré] par le commandement de
Monseigneur le Cardinal estant à Ruel le 5 juillet 1634.


410. Le vicomte d’Arpajon à Chavigny, La Mothe, 6 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 15-16. Original autographe. Suscription au f° 16 v° : « à Monsieur,
Monsieur Bouteiller, conseiller du Roy en ces conseils et secrétaire de ces commendemens ».

Le signataire donne un nouveau compte-rendu du siège de La Mothe.

Monsieur,
Aiant, suivant vostre lettre, faict venir icy le sieur de Sainct-<…>, je l’ay treuvé si
incertein de l’effaict de sa négotiation, et si esloigné de ce qu’il m’avoit proposé, que
Monsieur le mareschal de La Force a mesmes jugé à propos de ne le voir pas ainssi. Il
s’en est aujourd’huy retorné comme il estoit venu. Je crois, Monsieur, que vous aurés
resseu un ressit bien ample de l’estat de ce siège qui continue. Loué soit Dieu, fort
heureusement, il y a desjà sinc mines ouvertes, deux du costé de Monsieur le marquis
de La Force, une du costé de Monsieur le colonel Hebron, et deux du mien, dont la
premier donne de grandes espéranses aus mineurs. Mais n’estant pas encores au point
que je la désire, je n’en oze rien assurer de trois jours, les trois attaques sont au point
que nous alons touts travailler à voir le fossé. La quatriesme attaque que j’ay
commansée despuis quatre jours advanse ces travaus droit à la porte. Je vous suplie,
Monsieur, de me continuer l’honneur de vos bonnes grâces et de croire que jamais
personne du monde ne sera tant que moy, Monsieur, vostre très humble et très
affectioné serviteur,
Arpajon.
Du camp de La Motte, ce 6 juliet 1634.


411. Le comte de Brassac à Chavigny, Nancy, 6 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 17-18. Original autographe. Suscription au f° 18 v° : « à Monsieur,
Monsieur Bouthillier, conseiller, secrétaire d’Estat et des commandemens du Roy ».

Le signataire vante la qualité des chevaux laissés à Nancy par le duc Charles IV et
par son frère.



20
Le prieuré de La Madeleine, à Vernon [auj. dép. Eure], est également dit « prieuré de la Madeleine-sur-
Seine ». Il se situe sur la paroisse de Pressigny-l’Orgueilleux.
19 Monsieur,
Je vous escris ce mot pour vous dire que j’ay envoyé vers Longhouy sçavoir si l’avis que
m’avoit donnné Monsieur de de Scythie estoit bon. Mais il s’est treuvé qu’il n’y a
personne qui face aucun amas de bled ny de vivres. Quand au reste, je vous supplie très
humblement d’assurer le Roy et Monseigneur le cardinal que je n’obmets rien afin de
me bien aquiter de ce que je dois. Je m’estois oublié, lorsque je vous ay parlé des
chevaux qui sont icy du duc Charles et du duc François, de vous supplier de dire à mon
dit seigneur qu’il y en a deux, l’un qu’on appelle la Truitte, du plus rare poil qu’il est
possible, et l’autre noir, beaux tous deux et les mieux dressés qui se puissent voir, afin
que ces deux-là aillent dans son escurie, car aymant les chevaux comme il fait, je n’en
sçay point de plus gentils. Et quand à celuy dont je vous ay escrit pour moy, c’est un
petit cheval d’Alemagne qui n’est pas de grande importance. Je vous baise très
humblement les mains et suis, Monsieur, vostre très humble et très affectionné
serviteur,
Brassac.
À Nancy, ce 6 juillet 1634.
Monsieur, je n’ay encores rien changé aux cordeliers pour ce qu’on y a ordonné un
gardien qui est de Vic, et qui a pris l’habit. Quand le lieu n’estoit point au service du
Roy, j’ay escrit au provincial qu’il estoit nécessaire qu’il vint et qu’il mist un vray
françois, lequel eust une lettre vous portant aprobation du gardien qui y sera. Il faut, s’il
vous plaist, donner ordre à tous les provinciaux qu’ils mettent des religieux à tous les
couvens qui soient françois.


412. Extrait des registres du parlement de Metz, 7 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 352. Copie.

François d’Alpheston, fils de Pierre d’Alpheston, né en 1601, seigneur de Joyeuse,
écuyer, ancien lieutenant criminel à Vitry-le-François et un temps bailli de l’évêque
21de Châlons-en-Champagne , a servi dans les gardes du défunt maréchal de Marillac.
Il a séjourné à Bruxelles et a été nourri soit dans la maison de Marie de Médicis, soit
dans celle du père Chanteloube. Au mois de septembre 1633, deux soldats qui
l’accompagnent en Lorraine afin de tenter de supprimer Richelieu, viennent trouver
le seigneur de Montmart pour révéler le projet de leur compagnon de route.
Montmart arrête les trois hommes sur-le-champ. Antoine de Bretagne est prévenu,
et, face à la gravité de l’affaire, expédie le greffier qui a reçu les dénonciations au
garde des Sceaux, qui accompagne le Roi en Lorraine. Louis XIII donne alors ordre
22au parlement de Metz d’instruire le procès de François d’Alpheston . La cour doit
examiner le fait de conspiration contre le cardinal, qui constitue un crime de lèse-
majesté au second degré. Le prévenu, chargé d’acheminer les dépêches échangées
par le duc de Lorraine et le duc d’Orléans, est aussi accusé d’avoir assassiné à Void,
23près de Toul, un autre porteur de dépêches, Clerbourg . Huit jours après
l’arrestation d’Alpheston, le 22 septembre, le Parlement déclare l’accusé coupable

21 Procès-verbal des interrogatoires du procès d’Alpheston, 17 septembre 1633, dans M.-C. Vignal
Souleyreau (éd.), Richelieu à la conquête de Lorraine…, op. cit., p. 440-444.
22
Ibidem.
23
Extrait de l’information faite le 16 septembre par MM. Rigaut et Fremin […],dans M.-C. Vignal
Souleyreau (éd.), Richelieu à la conquête de Lorraine…, op. cit., p. 449-454.
20 des crimes qui lui sont reprochés et le condamne à mort. L’arrêt est signé sur les
registres par Antoine de Bretagne, premier président, Nicolas Rigault et Guillaume
24Fremyn . Le 28, le parlement de Metz députe solennellement une délégation au Roi,
qui se trouve alors à Nancy. Antoine de Bretagne, quatre présidents à mortier, deux
conseillers, le procureur général et le premier avocat présentent leurs compliments
au Roi. Celui-ci, ainsi que son ministre, sont d’autant plus satisfaits qu’éclate alors
l’affaire Blaise Rouffet. Blaise Rouffet, prétendu seigneur de Chavaignac, vient en
effet trouver Richelieu au camp installé devant Nancy pour l’avertir d’un nouveau
projet d’attentat visant sa personne. Le marquis d’Aytona, commandant les Pays-
Bas, souhaiterait le faire empoisonner. Le capitaine de Sivry, capitaine du château de
Namur, serait, par ailleurs, prêt à livrer la forteresse aux Français. Rouffet reçoit
aussitôt l’ordre de retourner à Namur et de ne plus en bouger. Le 18 septembre
1633, il quitte le camp de Nancy. Mais dès le 2 octobre, il est de retour auprès de
Richelieu pour lui remettre une lettre qui paraît suspecte. Paul Hay du Châtelet,
conseiller du Roi, est chargé de l’affaire. Il constate que la lettre attribuée à Sivry est
un faux : Rouffet l’a écrite lui-même. De plus, au lieu de se rendre à Namur comme
il lui a été ordonné, il est allé à Bruxelles. Au retour de la cour à Paris, l’homme est
enfermé à la Bastille. Il est interrogé trois fois par Pierre Séguier lui-même. François
Lanier, maître des requêtes, est chargé de l’instruction du procès. Son enquête
montre que Rouffet a usurpé le nom de Durfé, baron de Chavaignac, qu’il a inventé
les contrats, ainsi que les baux de terres et seigneuries justifiant son titre. Il aurait
également fait simultanément des promesses de mariage à plusieurs femmes en
divers endroits. Surtout, il aurait assassiné un nommé Gaspard Jacquet le 22 juillet
1630. L’accusé, quant à lui, déclare avoir été engagé par le père Chanteloube et le
comte du Fargis pour tuer Richelieu, mais qu’il y a renoncé, sur les instances d’un
sage capucin rencontré en route. Le 18 mars 1634, par lettres patentes, Louis XIII
attribue au parlement de Metz la connaissance du procès intenté à Rouffet. Le 15
avril, après avoir été extrait de la Bastille, le prévenu arrive à Metz. Le 10 mai, la
cour de justice rend son arrêt. Rouffet est convaincu d’avoir assassiné Gaspard
Jacquet et d’avoir conspiré contre Richelieu. Il est condamné à mort. Le lendemain,
la sentence est exécutée. Au dossier judiciaire réuni contre le père Chanteloube ont
été joints ceux de François d’Alpheston et de Blaise Rouffet. Le père Chanteloube,
convaincu d’avoir suscité les tentatives d’attentat avorté contre Richelieu, est à
nouveau condamné à mort par contumace, tout comme son domestique La Roche.

Extraict des registres du Parlement contre le père Chanteloube.
Veu par la cour le procès extraordinairement fait à la requeste du procureur général du
Roy au nommé le père Chanteloupe accusé de conspiration contre la vie du sieur
cardinal duc de Richelieu, informations faictes par les commissaires de la dicte cour à ce
Cdéputez, arrest de mort contre François Alpheston du vingt deuxiesme septembre XVI
etrente trois, procès verbal de la question baillée au dict Alpheston, arrest du XXIIII
septembre <…>, portant que le dict Chanteloupe seroit pris au corps si appréhendé
pouvoit estre, sinon qu’il seroit adjourné à trois briefs jours sur les limites de ce ressort,
procès-verbal contenant la recognoissance du cheval sur lequel le dict Alpheston estoit
venu de Bruxelles en cette ville de Metz, exploicts d’adjournement faicts suivant le dict
earrest du XXIIII septembre, les deffauts et contumaces obtenus par le procureur

24
Acte de condamnation d’Alpheston, 22 septembre 1633, dans M.-C. Vignal Souleyreau (éd.), Richelieu
à la conquête de Lorraine…, op. cit., p. 467-468.
21 egénéral du Roy, arrest du XVI mars dernier passé par lequel auroit esté ordonné que
les tesmoings ouys èsdictes informations seroient récollez pour le récollement, valloient
confrontation, récollement fait par le commissaire à ce depputé, procès
extraordinairement à Blaize Roufet de Chavagnac, arrest de mort contre luy rendu le
vingt huictiesme may dernier passé, conclusions du procureur général du Roy.
Tout considéré, la cour a déclaré et déclare les dicts deffauts et contumaces bien et
deuement obtenus et pour le proffit d’iceux a déclaré le dict Chanteloupe suffisamment
atteint et convaincu du crime de lèze-majesté pour avoir suscité et suborné les dicts
Alpheston et Chavagnac affin d’attenter à la vie du dict cardinal duc de Richelieu,
premier conseiller du Roy, et principal ministre des affaires de ce royaume. Pour
réparation de quoy, la dicte cour l’a condamné et condamne d’estre rompu et brisé vif si
pris et appréhendé peut estre, sinon par effigie en un tableau qui sera mis et attaché à
une potence au Champ à Seille, en cette ville de Mets, ses biens acquis et confisqués au
eRoy. Fait à Mets, en Parlement, le VII juillet 1634, et exécuté selon sa forme et teneur.
Signé Fillote.
Extrait des registres de Parlement.
Veu par la cour le procès extraordinairement fait à la requeste du procureur général du
Roy aux nommez La Roche, domestique et ayant charge des affaires du père
Chanteloupe, et Garnier, secrétaire du feu mareschal de Marillac, accusés de
conspiration contre la vie du sieur duc de Richelieu, informations et procédures faictes
par les commissaires de la dicte cour à ce depputez, arrest de mort contre François
eAlpheston, du XXII septembre dernier, procès-verbal de la question donnée au dict
eAlpheston, arrest du XXIIII du dict mois, portant que les dicts La Roche et Garnier
seroient pris au corps sy pris et appréhendés pouvoient estre, sinon qu’ils seroient
adjournez à trois briefs jours tant en cette ville de Mets que sur les limites de ce ressort,
procès-verbal contenant la recognoissance du cheval sur lequel le dict Alpheston estoit
venu de Bruxelles en cette ville, exploicts d’adjournement faicts suivant le dict arrest du
eXXIIII septembre, les deffauts et contumaces obtenus par le procureur général du
eRoy, arrest du XVI mars dernier passé, par lequel auroit esté ordonné que les
tesmoings ouys èsdictes informations seroient récollez pour le récollement valoir
confrontation, récollement faict par le commissaire à ce depputé, procès
extraordinairement fait à Blaize Roufet de Chavagnac, arrest de mort contre luy rendu
le vingt huictiesme may dernier passé, conclusions du procureur général du Roy.
Tout considéré, la cour a déclaré et déclare les dicts deffaucts et contumaces bien et
deuement obtenus et pour le proffit d’iceux a déclaré le dict La Roche suffisamment
atteint et convaincu de crime de lèze-majesté pour avoir suscité et suborné les dicts
Alpheston et Chavagnac affin d’attenter sur la vie du dict sieur cardinal duc de
Richelieu, premier conseiller du Roy et principal ministre des affaires de ce royaume,
pour réparation de quoy a condampné et condampne le dict La Roche d’estre rompu et
brisé vif et mis sur une roue sy pris et appréhendé peut estre, sinon par effigie en un
tableau qui sera attaché à une potence au Champ à Seille en cette ville de Metz, les biens
acquis et confisqués au Roy et pour le regard du dict sieur Garnier, la dicte cour a
ordonné et ordonne qu’il sera plus amplement informé. Fait à Metz au Parlement, le
eVII juillet 1634 et exécuté selon sa forme et teneur. Signé Fillote.


22 413. Extrait des registres du parlement de Metz, 7 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 19. Copie.

Document complémentaire du précédent.

Extrait des registres de parlement, 7 juillet 1634.
Arrest du parlement de Metz contre La Roche, domestique du P. Chanteloube et
Garnier, secrétaire du mareschal de Marillac.
Veu par la cour le procès extraordinairement fait à la requeste du procureur général du
Roy aux nommez Le Roche, domestique, et ayant charge des affaires du père
Chanteloube, et Garnier, secrétaire du feu mareschal de Marillac, accusez de
conspiration contre la vie du sieur cardinal de Richelieu ; informations et procédures
faites par les commissaires de la dicte cour à ce depputez, arrest de mort contre
meFrançois Alpheston du XXII septembre dernier passé ; procès-verbal de la question
edonnée au dict Alpheston ; arrest du XXIIII du dict mois, portant que les dicts de La
Roche et Garnier seroient pris au corps si pris et appréhendez pouvoient estre, sinon
qu’ilz seroient adjournez à trois briefs jours, tant en ceste ville de Metz que sur les
limites de ce ressort ; procès-verbal contenant la recognoissance du cheval sur lequel le
dict Alpheston estoit venu de Bruxelles en ceste ville ; exploicts d’adjournement faicts
mesuivant le dict arrest du 24 septembre ; les deffaultz et contumaces obtenus par le
meprocureur général du Roy ; arrest du XVI mars dernier passé, par lequel auroit esté
ordonné que les informations ouis esdictes informations seroient recollez pour le
récollement valoir confrontation. Récollement fait par le commissaire à ce depputé ;
procès extraordinairement fait à Blaize Bonfect dit Chavagnac ; arrest de mort contre
eluy rendu le XXVIII may dernier passé ; conclusions du procureur général du Roy tout
considéré :
La cour a déclaré et déclare les dicts deffaultz et contumaces bien et deuement obtenus
et pour le proffict d’iceux a déclaré le dict La Roche suffisamment atteint et convaincu
de crime de lèze-majesté pour avoir suscité et suborné les dicts Alpheston et Chavagnac
affin d’attenter sur la vie du dict cardinal de Richelieu, premier conseiller du Roy, et
principal ministre des affaires de ce royaume ; pour réparation de quoy a condamné et
condamne le dict La Roche d’estre rompu et brizé vif et nus sur une roue si pris et
appréhendé peut estre, sinon, par effigie et un tableau qui sera attaché à une potence au
champ à Seille en les dictes ville de Metz, ses biens acquis et confisquez au Roy, et pour
le regard du dict Garnier la dicte cour a ordonné et ordonne qu’il sera plus amplement
informé.
eFait à Metz en parlement le VII juillet 1634, et exécutté selon sa forme et teneur.
Signé Fillot.


414. Charnacé au prince de Condé, Paris, 8 juillet.
BIUS, coll. Richelieu, vol. 16, f° 43-44. Original autographe en parti chiffré.

Henri II de Bourbon (1588-1646), prince de Condé, dit « Monsieur le Prince », est le
troisième prince de Condé, le premier prince de sang, pair de France, grand veneur
et grand louvetier de France. Il est le cousin de Louis XIII, et occupe, jusqu’en 1638,
la seconde place, après le duc d’Orléans, dans la ligne de succession au trône. Élevé
erpar Henri IV, à la suite de l’assassinat de son père, Henri I de Bourbon, et de
l’emprisonnement de sa mère, Charlotte de La Trémoille, il est marié par le roi de
23 France à Charlotte-Marguerite de Montmorency, sœur cadette du duc Henri II. Il
doit bientôt s’enfuir à Bruxelles pour soustraire sa jeune épouse aux assiduités du
Vert Galant. De retour en France sous la régence de Marie de Médicis, il ne cesse de
faire un outrageux étalage de mauvaise humeur, mettant en cause la légitimité de la
Reine mère à la tête du gouvernement et réclamant l’ouverture d’États généraux.
Dès 1613, jaloux des prérogatives octroyées à Concini, il met tout en œuvre pour
obtenir une substantielle rémunération d’une fidélité à la royauté bien aléatoire. Les
premières prises d’armes des Grands, menés par le prince de Condé, aboutissent à la
signature du traité de Sainte-Menehould, le 15 mai 1614, qui promet de nouvelles
pensions aux séditieux et la réunion des représentants des trois ordres. À la suite des
mariages espagnols contractés par Louis XIII et Élisabeth de France avec l’infante
d’Espagne, Anne, et le prince des Asturies, futur Philippe IV, auquel Monsieur le
Prince s’opposait, un nouvel accord est trouvé à Loudun en mai 1616. Condé obtient
l’entrée au Conseil. Son attitude velléitaire débouche néanmoins sur son arrestation
eret son emprisonnement le 1 septembre, en dépit de sa qualité. Libéré par
Louis XIII, il se distingue par la suite par une attitude beaucoup plus modérée et une
fidélité sans failles. C’est lui qui, en 1622, s’empare de Nègrepelisse au cours de la
campagne que mène le souverain contre les Protestants. Il est envoyé en Provence en
1631 avec dix régiments pour y rétablir l’ordre. Au mois d’octobre de la même
année, il reçoit la mission d’inspecter Metz, Toul et Verdun et, en 1632, il reçoit le
gouvernement de Bourgogne après la disgrâce du duc de Bellegarde. En 1635, le
commandement de l’armée royale dépêchée en Lorraine lui est confié. Il ne peut
cependant imposer l’autorité de Louis XIII à l’insaisissable Charles IV. En 1638,
Monsieur le Prince commande les troupes envoyées dans les Pyrénées et échoue
devant Fontarabie. Il est le père de Louis II de Bourbon (1621-1686), duc
d’Enghien, futur Grand Condé.
Le baron de Charnacé rend d’abord compte de la vie de cour et des rivalités qui s’y
jouent. Il met en exergue les ravages provoqués dans les rangs de la noblesse par les
duels, et montre les limites d’une déclaration contre les querelles, appels, duels et
rencontres, datant du mois de mai, qui a renouvelé les précédents édits et exclue
toute grâce en faveur de duellistes de la part du Roi, du garde des Sceaux ou des
25secrétaires des commandements . Le baron de Charnacé évoque également le salon
de la marquise de Rambouillet, où l’épouse et la fille du prince de Condé se
distinguent. Le diplomate fait état de sa propre participation et montre l’importance,
au sein du cercle, de personnalités féminines, parmi lesquelles Madame de Combalet
et son amie, Madame du Vigean. Il cite encore Guillaume Bautru, bientôt membre
de l’Académie française. La progression dans le récit proposé par le diplomate n’est
pas anodine. Aux intrigues où excellent la duchesse de Chevreuse et ses parentes, la
duchesse de Montbazon et la princesse de Guéméné, s’oppose le goût du théâtre et
des discussions littéraires de la marquise de Rambouillet et de Madame de
Combalet. La présence de cette dernière, ainsi que celle du marquis de Brézé, au
sein du cercle dont sont, pour la plupart, issus les membres de l’Académie française,
donne une portée inédite à l’institution. Richelieu, en se déclarant protecteur de ces
hommes de Lettres, offre une autorité morale et une légitimité intellectuelle aux
membres de sa famille qui participent au rayonnement des réunions littéraires,
qu’elles soient officieuses ou officielles. C’est un cercle méconnu, qui apparaît ici,

25
Mercure françois, tome 20, p. 657-661.
24 qui fait la part belle à l’entourage féminin de Richelieu, souvent absent de sa
26correspondance politique . Haut lieu de sociabilité, il tire une partie de sa légitimité
de la présence en son sein de personnalités comme la princesse de Condé, qui
l’associe à la plus haute aristocratie et à la famille royale. Le baron de Charnacé
achève sa missive sur le siège de La Mothe, sur les affaires d’Allemagne, et sur de
plus lointains événements diplomatiques ou politiques, comme le récent traité russo-
polonais de Polyanovko.

Monseigneur,
27La lettre dont vous avez daigné m’honorer de Bourbon le 27 du passé m’a osté de très
grandes inquiétudes où j’estois de vostre santé pour le bruit qui estoit lors icy de vostre
indisposition. Et ainsi, Monseigneur, je vous en dois pour double raizon beaucoup de
très humbles remerciements extraordinaires que ne pouvant dignement vous rendre, je
les passe sous silence pour venir aus nouvelles de Paris, et non pas de la court. La
conversation ordinaire que j’ay avec Messieurs nos ambassadeurs hollandois et le tems
qui se perd à aller et venir à Ruel m’ayant empesché d’aller une seule fois à Sainct-
Germain, où est encore le Roy, achevant les eaus de Forges dont il se porte très bien, et
Monseigneur le Cardinal est de mesme à Ruel, Doralice ce peut dire à Tyribasus, aussi
bien je croy qu’à Elfin. La Reyne est aussi à Saint-Germain avec plusieurs dames dont
28Madame de Montbazon est l’une . Il y a eu quelques éclarcissements entre M. de
Longueville et Madame de Guéméné pour certains discours qu’elle croit qu’il a fait
d’elle à la Reyne, dont elle s’est plaincte sans nommer son auteur. Mais l’on croit que s’a
esté M. le duc de Chevreuze, […]. L’absence de M. de Lansac [Gilles de Saint-Gelais,
lemarquis de Lansac] fait que l’on ne parle plus tant de son mariage avec M de
29Hautefort . M. de Liancourt a veu le Roy et Son Éminence dont il a esté très bien
30receu et Madame sa feme aussi . Le bruit est grand en Italie qu’Aladin precipitat
[chiffre]. Celadon s’en deffend et tient ces ennemis ceux qui en font coure le
31bruit. Depuis que Monsieur de Saint-Preuil a esté <…>, il a voulu ce deffaire de sa

26 Orest Ranum a distingué trois cercles de collaborateurs dans l’entourage de Richelieu, intervenant dans
le contexte de la gestion des affaires publiques. Voir O. Ranum, « Richelieu, l’histoire et les
historiographes », dans Richelieu et la culture, Paris, éditions du CNRS, 1987, p. 127-137.
27
Bourbon-l’Archambault : auj. dép. Allier, arr. Moulins, chef-lieu de c.
28 Marie d’Avaugour [ou de Bretagne] (v. 1610-1657) est la fille de Charles d’Avaugour, comte de
Vertus, et de Catherine Fouquet. En mars 1628, elle a épousé Hercule de Rohan, duc de Montbazon, veuf
de Madeleine de Lenoncourt, et est ainsi devenue la belle-mère de la duchesse de Chevreuse, quoique de
me
dix années la cadette de cette dernière, et celle de M de Guéméné. Sa beauté est restée célèbre.
29
Il est à noter qu’en 1638 c’est Françoise de Souvré, mère du marquis de Lansac, qui devient
gouvernante du dauphin, et non Marie de Hautefort.
30 M. de Liancourt adresse encore un billet de courtoisie à Richelieu vers la fin du mois de juillet, MAE,
coll. MD France, vol. 811, f° 299 : « Monseigneur, le malheur où je continue d’estre faict que vous ne
recevés de moy que des importunités au lieu des très humbles servisses que je suis obligé de vous rendre,
mais quelque faute que je commette en cela contre le respect et le devoir, j’espère que vostre bonté la
jugera excusable puisque je ne saurois m’acquiter de ce que je vous dois en l’estat où je suis ni estre en un
meilleur sans m’adresser à vous pour optenir cette grâce. C’est ce qui me faict espérer, Monseigneur, que
vous me pardonnerés encor la hardiesse que je prans si vous me retirés de mon exil, je trouveray peut-
estre lieu d’amander ma faute, au moins tous mes soins et ma vie en seront jamais esparnés à en chercher
les occasions et à vous témoigner que je suis, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur,
Liancourt ».
31 er François II de Jussac d’Ambleville (1601-1641), sieur de Saint-Preuil, est le fils de François I de
Jussac, baron d’Ambleville, et d’Isabelle de Bourdeille. Homme de guerre, gouverneur de Cognac en
survivance de son père, il mène sa première campagne en 1622. Il se distingue lors de la défense de l’île
de Ré contre les Anglais en 1627. En 1632, il participe à la bataille de Castelnaudary : c’est lui qui relève,
25 charge, à quoy le Roy a consenti à condition qu’il n’en auroit que 15 mil escus, dont il
32est fort affligé. M. de Mata se batit mercredi contre La Sale, lieutenant de M. de
Guitaut, ce que l’on tasche de faire passer pour chose inopinée, come aussi il n’y a point
33de sujet. Le jendre de La Cerre, gouverneur de Jamais , a esté tué par le fils de Monson.
L’on ne sait pas bien encore si s’est <…> rencontre on assassinat, chacun le comptant
34à sa fantaisie. Il y a eu une espèce de combat entre le comte de Maugeron et M. de
35<Chapelens>, où les gens de M. de Harcour ont assisté M. de Maugeron, Linas y a

blessé, le duc de Montmorency, avant de le laisser à la justice royale. Il ose même solliciter la grâce du
rebelle devant Richelieu. Promu maréchal de camp, il abandonne sa compagnie en 1634, puis se
compromet, dans les mois qui suivent, lors d’un duel, au cours duquel il tue le fils de Jean de Flesselles. Il
doit s’exiler quelque temps à Bruxelles. Il prend cependant part à la reddition de Corbie en 1637, puis est
nommé gouverneur de Doullens l’année suivante. Il témoigne de sa valeur lors du siège de Saint-Omer,
puis lors de celui d’Arras en 1640. Il reçoit alors le gouvernement de cette place en récompense des
services rendus. Il s’illustre encore au fort de L’Écluse, avant d’être arrêté, condamné à mort et exécuté
en novembre 1641, à Amiens, probablement en raison d’une rivalité avec le maréchal de La Meilleraye,
née bien des années auparavant autour de Marie de Ruvigny, veuve du sieur de Maisonfort, maîtresse de
Saint-Preuil dont La Meilleraye était également épris. Voir A. Janvier, François de Jussac d’Ambleville,
sieur de Saint-Preuil…, Paris, A. Fontaine, 1859, disponible en ligne www.gallica.bnf.fr.
32 Henri-Sicaire de Bourdeille (1610-1635), comte de Mata ou Matha, est le second fils de Claude de
Bourdeille, baron de Mata, et de Marguerite du Breuil. Il est aussi le cousin germain de Claude de
Bourdeille, comte de Montrésor. Il est capitaine d’une nouvelle compagnie au régiment des Gardes en
1635, mais est tué la même année au passage du pont de Bray-sur-Seine. Il a épousé, en 1625, Claude
Rouault. Voir J. A. C. Buchon (éd.), Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de
Brantôme, et d’André, vicomte de Bourdeille, son frère aîné, Paris, Auguste Desrez, 1838, tome II,
p. 681.
33
En juillet 1632, à la suite du traité de Liverdun, le comte Gabriel de Lambertye a pris possession, au
nom de Louis XIII, des villes de Stenay, Clermont-en-Argonne et Jametz, dont les populations doivent
prêter serment de fidélité au roi très chrétien. Il en a alors reçu le commandement général.
L’administration militaire de la place de Jametz en particulier est dévolue à Bernard de Raigecourt, puis à
Nicolas de La Serre.
34
Claude de Maugiron [ou Maugeron] est le fils de Scipion de Maugiron, baron de Molard, et de
Madeleine de Lugoly. Il a épousé, en 1624, sa cousine germaine, Henriette Mortier de Choisy, fille de
Josias Mortier de Choisy et de Marguerite de Lugoly. Son nom apparaît à partir du mois de mars 1633
lorsqu’il acquiert le régiment d’infanterie du baron Louis Olivier de Leuville, fils de Jean de Leuville et
de Madeleine de L’Aubespine, disgracié en même temps que son oncle maternel, le marquis de
Châteauneuf, et emprisonné. En qualité de mestre de camp du régiment qui porte son nom, Claude de
Maugiron rejoint l’armée commandée par Henri de Nogaret, duc de Candale, engagée avec les troupes de
la république de Venise en Valteline. Il passe ensuite en Milanais sous les ordres du maréchal de Créquy
en 1635. Au mois de juillet, il prend part, aux côtés du cardinal de La Valette, à la reprise de Chivas, en
Piémont. Mais il est blessé devant Valence au mois de septembre. Son régiment prend vers cette époque
le nom « d’Auvergne ». Au mois de juin 1636, il perd un œil au passage du Tésin. Il participe encore au
secours du fort de Brême, au cours duquel le maréchal de Créquy trouve la mort (17 mars 1638). Au mois
de novembre 1639, il contribue, sous les ordres du comte d’Harcourt, à la victoire remportée sur les
Espagnols sur la route de Quiers. En 1640, il participe au ravitaillement de Casal, et se rend ensuite à
Turin. La maladie le contraint cependant à abandonner les terrains d’affrontement et à regagner son
château d’Ampuis. En 1641, il cède son régiment à Balthazar, comte de La Roue. Claude de Maugiron est
promu maréchal de camp en 1643 et passe à l’armée d’Allemagne. Il mène une attaque contre la ville de
Rottweil au mois de novembre puis il est capturé, en même temps que le colonel de Rantzau, par
Charles IV de Lorraine. Ce dernier les renvoie en France afin de négocier une paix favorable. En 1644,
Mazarin dépêche à nouveau Maugiron en mission diplomatique auprès du duc de Lorraine. Vers 1646, il
devient mestre de camp du régiment de cavalerie de la Reine, et sert encore en Flandre et en Allemagne,
sous les ordres de Gassion et de Turenne. Il est promu lieutenant général en 1652 et reste fidèle au Roi et
à Mazarin pendant la Fronde. Voir H. de Terrebasse, Histoire et généalogie de la famille de Maugiron en
Viennois (1257-1767), Lyon, Librairie ancienne de Louis Brun, 1905, p. 194-199.
35
Henri de Lorraine (1601-1666), comte d’Harcourt, d’Armagnac et de Brionne, vicomte de Marsan, est
er
le fils cadet de Charles I de Lorraine, duc d’Elbeuf, et de Marguerite de Chabot. Il est aussi le frère de
Charles II de Lorraine (1596-1657), duc d’Elbeuf. Il est fait chevalier des ordres du Roi au mois de mai
26 esté tué, qui assistoit <Chapelens>, par un rencontre de carosse et paroles de mespris
dittes sur cela sans ce conoistre. Masta a esté vizité de la part de Monseigneur, et est
retiré blessé ches Monseigneur le Comte.
36M. de La Valette s’en va bientost treuver Monsieur son père [Jean-Louis de Nogaret
de La Valette, duc d’Épernon] en Guiene avec le contentement qu’il pouvoit désirer
pour son rétablissement. Les ambassadeurs hollandois disnèrent lundi à Ruel où ils
furent très bien traités. Madame de Loraine y passa hyer (alant à Sainct-Germain), et y
eut une très belle colation. Madame de Combalet y alla peu auparavant pour la recevoir
37à ce que l’on m’a dit. Madame de Portes a donné ces jours passez à souper à
38 39Mesdames La Princesse , Madame de Bourbon , Mesdames de Combalet, de

1633. Il est également pourvu de la charge de grand écuyer de France. Il est encore sénéchal de
Bourgogne et gouverneur d’Anjou. En 1637, le cardinal-ministre lui confie le commandement d’une flotte
importante en Méditerranée. Au printemps 1640, il contraint les Espagnols à abandonner le siège de
Casal. Mais il échoue dans la mission qui lui est confiée en 1646 à Lérida. Il épouse, en 1639, Marguerite-
Philippe du Cambout, fille du baron de Pontchâteau, autre nièce de Richelieu.
36
Bernard de Nogaret (1592-1661), duc de La Valette , duc d’Épernon à partir de 1642, colonel général
de l’infanterie, captal de Buch, chevalier de la Jarretière et chevalier de l’ordre du Saint-Esprit. Il est le
second fils de Marguerite de Foix et de Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d’Épernon, l’un des
principaux agitateurs que compte l’aristocratie sous la régence de Marie de Médicis puis le règne de
Louis XIII, et se trouve étroitement associé à la faveur de son père dans le cadre d’une carrière militaire
très tôt glorieuse. En 1622, suprême récompense, Bernard de Nogaret épouse Gabrielle-Angélique de
Bourbon, légitimée de France, fille d’Henri IV et d’Henriette de Balzac d’Entraigues. Il se signale
pourtant, comme son père, par de fréquentes velléités d’indépendance, au contraire de son frère cadet, le
cardinal de La Valette, fidèle inconditionnel de Richelieu. Le duc de La Valette est aussi associé à la
disgrâce de son père, qui lui a délégué le gouvernement de la ville de Metz. Leurs rapports avec Richelieu
et avec le pouvoir royal restent tendus. Lors du retour de la cour vers Paris, à l’issue de la défaite du duc
de Montmorency en Languedoc, Anne d’Autriche, accompagnée de Richelieu, séjourne à Cadillac, dans
le château du duc d’Épernon. Convaincu que tous deux complotent sa perte, le cardinal préfère regagner
seul, malade, ses terres de Richelieu. Au début de l’année 1633, le duc de La Valette est assigné à
résidence hors de Paris sur ordre exprès de Louis XIII, alors qu’il pensait bénéficier d’une abolition
royale absolvant ses fautes. Veuf depuis 1627, il doit épouser en secondes noces, le 28 novembre 1634,
Marie du Cambout de Coislin, parente de Richelieu, en gage de fidélité.
37 e
Louise de Crussol (1604-1695) est la fille d’Emmanuel de Crussol, 3 duc d’Uzès, et de Claudine
d’Ébrard de Saint-Sulpice. Elle a épousé Antoine Hercule de Budos (1589-1629), marquis de Portes, frère
de Louise de Budos, seconde épouse du connétable de Montmorency. Elle est donc la tante par alliance de
la princesse de Condé. La fille du marquis et de la marquise de Portes, Diane Henriette de Budos (1629-
1670) épouse, en 1644, Claude de Rouvroy de Saint-Simon.
38 Madame la Princesse, née Charlotte-Marguerite de Montmorency, est la fille du connétable de
Montmorency et de sa seconde épouse, Louise de Budos. Née en 1593, célèbre pour sa beauté, elle entre
très jeune au service de Marie de Médicis. Henri IV ne tarde pas à la remarquer. Il fait rompre ses
fiançailles avec le marquis de Bassompierre et la marie au prince de Condé. La princesse, surveillée et
enfermée, est placée par son époux sous la protection de l’Espagne, mais ne peut se résoudre au sort qui
lui est fait. Elle présente aux archiducs Isabelle-Claire-Eugénie et Albert une requête particulièrement
vive contre son mari, qui refuse son retour en France. Henri de Bourbon doit même prendre la fuite et se
réfugier à Milan. En 1610, Madame la Princesse rentre à Paris, suivi par Condé, que la Reine mère couvre
de distinctions. Mais jaloux de Concini, avide de pouvoir, Monsieur le Prince entre en dissidence. Marie
de Médicis le fait emprisonner en 1616. En 1617, comme son mari, la princesse de Condé est enfermée à
la Bastille, puis transférée avec lui au château de Vincennes. Tous deux se réconcilient alors. Ils ne sont
libérés qu’en 1619. Durant leur captivité naît leur première fille, Anne-Geneviève de Bourbon, plus tard
duchesse de Longueville. Louis, duc d’Enghien, ne naît quant à lui que deux ans plus tard, en 1621. En
1629 naît encore Armand, prince de Conti. Mais Monsieur le Prince décide de quitter son épouse,
emmenant avec lui leur fils aîné qu’il fait élever en Bourgogne, par les jésuites. Charlotte-Marguerite
conserve cependant la jouissance de l’hôtel de Condé à Paris et fréquente la cour, bénéficiant de l’amitié
de la Reine. Réservée, elle évite de se mêler des querelles et cabales qui agitent l’entourage royal. Elle ne
sort de sa réserve qu’en 1627 pour intercéder en faveur de son cousin, Montmorency-Bouteville, puis en
1633 pour tenter de sauver son frère. Richelieu et Louis XIII restent inflexibles : Madame la Princesse se
retire alors et se consacre à l’éducation de sa fille et de son fils cadet. En 1643, Anne d’Autriche la choisit
27 40Rambouillet et du Vigean , sans homes, sinon M. le cardinal de La Valette et M. de
41Montozier . M. le marquis de Brézé y alla aussi, mais je croy un peu plus tard. La
comédie et la promenade suivit le souper qui empescha le retour avant minuit. M. de
42Bautru est toujours malade de la fièvre tierce. Lindamor ne l’est que de l’esprit, dont il
vous entretiendra, mais ce ne sera qu’à vostre retour, la chose ne méritant pas de vous
en importuner par cette lettre qui, desjà, passe les bornes. M. le marquis de Sourdis a
esté envoyé viziter les places de la frontière de Champagne et Tyérache avec grand
43pouvoir. Monsieur le chevalier de Jalesnes m’a escrit par les députés de Calais qui
vienent pour tascher à s’exempter des nouvelles impositions. Je les ay prié de se servir
de moy en tout ce qu’ils me jugeroint propre qui est come vous savez, Monseigneur, les
restraindre à peu de chose.
Le siège de La Mothe continue et les mines s’i advancent. Le dit M. de Navailles <…>
y fut tué il y a 5 jours d’un coup de mousquet, dont monseigneur le cardinal de La
Valette tesmoigne beaucoup de desplaizir. Le cardinal infant n’est point encore passé en
Alemagne, mais il s’i prépare continuellement. Le roy de Hongrie continue le siège de

pour marraine du Dauphin. Elle semble peu affectée par le décès de son époux en 1646, et voit ses enfants
opérer des choix politiques radicalement différents. En 1648, le duc d’Enghien devenu à son tour prince
de Condé, auréolé de la victoire remportée à Rocroi deux ans plus tôt, reste fidèle à la Régente et à
Mazarin, la duchesse de Longueville, qu’Anne d’Autriche n’apprécie guère en raison de sa suffisance, et
son frère, le prince de Conti, passent à la Fronde. Madame la Princesse demeure fidèle à la Reine qu’elle
suit à Saint-Germain en 1649. Peu de temps avant de mourir, elle assiste cependant au revirement de son
fils aîné, qui rejoint le camp des rebelles, avant d’être arrêté, sur ordre de Mazarin, et emprisonné avec
Longueville et Conti, tandis que sa fille doit s’exiler. La princesse douairière de Condé décède en 1650.
Sur le témoignage de Madame de Rambouillet, son amie la plus proche, Tallemant des Réaux lui prête
une liaison avec le cardinal de La Valette.
39 Anne-Geneviève de Bourbon (1619-1679) est la fille de la précédente. Son goût pour les lettres en fait
une figure marquante de salon de Madame de Rambouillet qu’elle commence alors à fréquenter. Elle
épouse, en juin 1642, Henri II d’Orléans, duc de Longueville, gouverneur de Normandie, et joue un rôle
marquant lors de la Fronde.
40
Anne de Neubourg [ou Neufbourg] (1600-1682) est la fille Roland de Neubourg, sieur de Sarcelles.
Elle a épousé, en 1617, François Poussart, baron de Fors, sieur du Vigean, dont elle a quatre enfants,
Louis, né en 1620, Anne et Marthe, nées en 1622, et François né en 1623. Une profonde amitié la lie à
me
M de Combalet et à Julie d’Angennes. Toutes trois se rendent à Loudun en 1637, en compagnie du
marquis de Brézé. Anne du Vigean, veuve en 1648, de François-Alexandre d’Albret, sieur de Pons et
comte de Marennes, convole secrètement, en secondes noces, en décembre 1649, avec Armand-Jean de
Vignerot, duc de Richelieu. La première duchesse d’Aiguillon s’oppose au mariage et dépose même une
plainte pour « rapt ». La baronne du Vigean choisit alors le camp de son amie plutôt que la cause de sa
fille.
41
Hector de Sainte-Maure, baron de Montauzier, est le fils aîné de Léon de Sainte-Maure, baron de
Montauzier, et de Marguerite de Châteaubriant. Il est aussi le neveu par alliance du comte de Brassac, qui
a épousé sa tante paternelle, Catherine de Sainte-Maure. Il est l’un des membres assidus du salon de la
marquise de Rambouillet. Il participe au siège de Casal, en 1629, sous le commandement du maréchal de
Toiras, et obtient un brevet de colonel. Il est tué lors du siège de Bormio au mois de juillet 1635, son frère
cadet, Charles de Sainte-Maure, marquis de Salles, reprend alors le titre de baron de Montauzier.
42
Guillaume Bautru (1588-1665), comte de Serrant, est mestre de camp d’un régiment d’infanterie,
ambassadeur en Angleterre (1626), en Espagne (1627-1628 et en 1632-1633), aux Pays-Bas espagnols
(1629-1630). Il est l’une des plus fidèles créatures de Richelieu. En 1632, c’est lui qui annonce la
signature du traité de Liverdun au parlement de Paris. Guillaume Bautru est encore chargé d’une mission
diplomatique en Savoie en 1638, et est surtout, avec Boisrobert, l’un des premiers membres de
l’Académie française. Après la mort de Richelieu, il fait partie des intimes de Mazarin, ce qui ne
l’empêche pas de s’attirer les foudres d’Anne d’Autriche, en raison d’une causticité trop affirmée au goût
de la Régente.
43
Jacques de Jalesne, chevalier de Malte, détient la charge de lieutenant au gouvernement de Calais. Il est
le frère du marquis Charles de Jalesne. Voir G. Thaumas de La Thaumassière, Histoire du Berry, op. cit.,
p. 547.
28 Ratisbone avec moins d’ardeur qu’au passé. La diette de Francfort est de mesme et le
44chancelier Oxenstern la prolonge à dessein. Il a esté au bain de Wisbaden d’où
retournant il manqua peu qu’il ne fust pris. À Brusselles, la bone intelligence de
Puylorant avec le père Chanteloube confirme fort celle de leurs maistres. Le marquis
d’Aitone est allé à son armée vers Mestrick [Maastricht] qui donne ombrage à
45 46Limbourg et à Ruremonde . Mais pour moy, je ne croy pas qu’il entreprene rien
encore que l’on die que le duc de Neuburg [Wolfgang-Guillaume de Wittelsbach,
comte palatin de Neubourg] luy a donné les 6 mil homes qu’il avoit levez.
Il y a quelque aparence que Ariodant [chiffre]. C’est Monseigneur où je mettray fin à
cette importune lettre, après vous avoir renouvelé les vœux de ma très humble
servitude, et assuré d’estre pour jamais à toutes sortes de preuves, Monseigneur, vostre
très humble, très fidelle et très obligé serviteur,
Charnacé.
47La paix est faite entre Le Moscovite et les Poulonois pour 25 ans . Le Turc entre en
Pologne - dit-on -, mais je fais peu de fondement là-dessus. M. de Marcheville a enfin
48est[é] renvoyé de Constantinople à Ténédos par le G. Seigneur pour y attendre les
49ordres du Roy, et M. de Sézi establi sependant pour ambassadeur . M. et le frère
Thomas doivent estre partis pour aller voir l’armée du marquis d’Aitone.


415. Mémoire de La Vaupot, Bruxelles, 8 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 811, f° 290. Original autographe.

Le texte expose la position de Puylaurens dans les négociations en cours en vue du
retour en France du duc d’Orléans.

44 Wiesbaden : auj. Allemagne, Land de Hesse.
45
Auj. ville de Belgique, à l’est de la province de Liège, ancienne capitale du duché de Limbourg.
46
Auj. Pays-Bas, province de Limbourg.
47
Référence au traité de Polyanovko signé par les Russes et les Polonais le 27 mai. Le roi de Pologne,
Ladislav IV, élu en 1632 à la mort de son père Sigismond III Vasa, renonce à ses prétentions au titre de
er
tsar. Michel I Romanov, en contrepartie, renonce à la Livonie, à l'Estonie, au duché de Courlande, et à
Smolensk, Siévierz et Czerniechov.
48
L’île de Ténédos, au nord de la mer Égée, appartient à l’Empire turc. Les Vénitiens y ont construit une
imposante forteresse.
49 Philippe de Harlay (v. 1582-1652), comte de Cézy, est le fils de Jean, seigneur de Cézy. Il épouse, en
1610, Marie de Béthune. En 1619, il est envoyé en ambassade à Constantinople. En 1631, il est remplacé
par Henri de Gournay, comte de Marcheville. Mais ce dernier se rend si importun que le Sultan le
condamne à mort en 1634. Contraint de regagner la France, le comte de Marcheville doit renoncer à ses
fonctions, rendues au comte de Cézy jusqu’en 1639. Les derniers mois de l’ambassade du comte de Cézy
en 1631 ont fait l’objet de plaintes de la part des consuls de Marseille (lettre des consuls de Marseille à
erRichelieu, 1 septembre 1632, M.-C. Vignal Souleyreau (éd.), La correspondance du cardinal de
Richelieu… année 1632, op. cit., p. 418). L’ambassadeur à Constantinople a en effet contracté des dettes
importantes pour soutenir le train de la représentation diplomatique auprès du sultan et imposer des taxes
qui ont nui au commerce marseillais. Par ailleurs, il a si mal dirigé, à titre personnel, la douane d’Alep,
que Richelieu a dû lui envoyer un commissaire spécial, Pierre Forget de La Picardière, pour apurer ses
comptes. Le comte de Cézy reste à Constantinople jusqu’en 1634 afin de liquider ses dettes et assiste aux
bévues du comte de Marcheville. Henri de Gournay, comte de Marcheville, détient d’abord la charge de
bailli de Saint-Mihiel. En 1621, il est nommé gouverneur du prince de Vaudémont, futur duc Charles IV.
Passé au service du roi de France, premier gentilhomme de la Chambre du duc d’Orléans, il est promu
bailli et surintendant de l’évêché de Metz en 1629. Parallèlement, il est investi d’importantes missions
diplomatiques : en qualité d’envoyé du roi de France auprès de l’archiduc Léopold en 1625, auprès du roi
de Danemark en 1626, chargé de mission auprès des électeurs de Bavière, de Saxe et de Brandebourg, de
l’Empereur en 1626-1627, à nouveau dans le Saint Empire en 1629-1630.
29 Je ne sçay pourquoy vous n’avés pas receu de mes lettres par tous les ordinaires, je n’ant
laissé partir un seul sans vous escrire. Les personnes qui vous ont parlé de moy avec
quelque estime m’oblige d’autant plus qu’il n’y a pas trop de sujet d’en faire et pour ce
que vous me mendés que l’on peste contre Monsieur de Puylaurent, peut-estre est-ce
avec quelque espèce de tort, qu’ils ne croient mesme pas avoir, car en ma consience
Monsieur de P[uylaurens] me <…>, ou il est aussy fasché que personne du monde que
l’accommodement de Monsieur ne ce soit fait. Je vous confesse que je n’ay pas de peine
à croire cette vérité, puisque jusques icy, il ne m’a jamais trompé et qu’il y trouvoit son
conte mieux que personne. Lorsque je vous dis qu’il ne m’a jamais trompé, je vous dis
la vérité, et pour l’entendre vous devés sçavoir que Monsieur de P[uylaurens] a fait
plusieurs choses dans lesquelles il ne m’a jamais donné de part. C’est pourquoy quand
l’esvènement de ces choses-là aura esté contraire à ce qu’il a paru dans leur conduitte,
peut-estre n’en est-il pas cause, mais à tout le moins n’y ay-je jamais eu de part, encore
une fois, et ne les ay sçues en aucune façon. Vous me mendés que vous avés opinion
que si nos puissances supérieures estoient en volonté de faire quelque proposition de
paix, qu’elle seroit bien receue, et que si l’on renouoit, l’on seroit bien ayse que je m’en
mèlasse. Je vous respons que si j’estois assuré que l’affaire se fit mieux, ou plustost par
moy que par les autres, qu’il n’y a rien que je ne fisse pour cela. Mais comme elle estoit
entre les mains de personnes d’esprit et gens de bien, il ne faut pas prétendre d’y
pouvoir plus qu’eux. Néanmoins, l’affaire estant d’assés grande importance pour ne rien
négliger, j’ay dit à Monsieur de Puylaurent ce que vous m’avés mendé, lequel m’a
répondu qu’il estoit malaysé qu’il fit quelque proposition nouvelle, mais que touttes les
fois que l’on voudra donner en Freance [sic] seureté à Monsieur, qu’il l’acceptera, que si
son mariage est un obstacle au désir que le Roy auroit de voir Son Altesse en France,
qu’il plaise à Sa Majesté de de veincre l’obstacle par sa bonté, en souffrant que
Monsieur se deffende en justice pour faire que son mariage subsiste ou bien que Sa
Majesté fasse dissoudre valablement le mariage, affin que Monsieur puisse avec
conscience et honneur croire qu’il ne doibt plus prétendre d’estre marié. Voylà à peu
près le sens du discours de Monsieur de Puilaurent sur celuy que je luy ay fait sur ce
sujet. Si vous jugés qu’il soit à propos que je vous fasses sçavoir que je vous ay fait
réponce, vous le ferés et me menderés si vous l’avés leu, ou si vous dit cependant après
avoir assuré que Roussillon se porte bien et que je suis tout à vous, je finiray.
Lavaupot.
De Bruxelles, ce 8 juillet 1634.


416. Le comte de Brassac à Chavigny, Nancy, 8 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 21-22. Original autographe. Suscription au f° 22 v° : « à Monsieur,
Monsieur Bouthillier, conseiller, secrétaire d’Estat et des commendemens du Roy ».

Le gouverneur de Nancy fait état d’une affiche apposée dans la ville, que Louis
Chantereau-Lefebvre envoie à la cour. Voir la pièce suivante.

Monsieur,
Cette nuit, il a esté afiché à tous les carrefours, portes des églises, et à celle de Monsieur
Lefèvre, la pièce dont il envoye coppie, qui sera à mon avis treuvée de la plus haute
insolence que l’on se pourroit jamais imaginer. Il semble que Dieu vueille que le duc
Charles luy mesme se rende soliciteur de la déclaration de sa juste ruine, déclaration qui
assurera merveilleusement ceux qui craignent dans la Lorraine que par quelque voye il
30 retourne en pocession. Nous attendrons l’ordre qui y sera mis et cependant tascherons
de reconnoistre les plus zélés. J’ay tout aussytost fait oster les dits placars, mais non pas
qu’ils n’ayent pu estre leus par ceux qui se sont levés bon matin, et pour ce que je vous
ay escrit tout ce que j’ay creu estre nécessaire. Je ne vous diray autre chose icy sinon que
je prie tousjours Dieu pour la santé du Roy et de Monseigneur le cardinal et qu’après
vous avoir baisé très humblement les mains, je demeure, Monsieur, vostre très humble
et très affectionné serviteur,
Brassac.
eÀ Nancy, ce 8 juillet 1634.


417. Louis Chantereau-Lefebvre à Chavigny, Nancy, 8 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 23-24. Original, de la main d’un secrétaire. Suscription au f° 24 v° :
« à Monseigneur, Monseigneur Bouthillier, conseiller du Roy en son conseil et d’Estat et secrétaire de ses
commendemens ».

Pièce qui complète la précédente : l’affiche évoquée par le comte de Brassac
s’attaque avant tout au signataire, et à ses fonctions d’intendant des domaines et
finances aux duchés de Lorraine et de Bar. Bien qu’anonyme, il émane sans doute
50du duc Charles IV qui en signe un second, dont il est rendu compte le lendemain .

Monseigneur,
J’envoye à Monseigneur le garde des Sceaux et à Messeigneurs les surintendans la
coppie d’un placart qui a esté affiché hier entre dix et unze heures du soir à la porte de
mon logis et en la pluspart des églises et places publicques de Nancy. J’en ay en ma
possession quatre originaux que je garde à cause qu’ils sont de différentes éscritures,
espérant par ce moyen descouvrir ceux qui ont commis ung sy grand crime. L’honneur,
la dignité et la justice des armes du Roy sont grandement intéressez en cet attentat, et j’y
suis desclaré criminel de lèze majesté, et tout ce que j’ay faict, en exécution du
51commandement du Roy, cassé et annullé. J’en ay dressé procès-verbal que j’envoye , et
ay ordonné au lieutenant de la connestablie d’en informer. Il n’y a pas ung de ces
placarts de signé. J’attens le commandement du Roy et les vostres, estant, Monseigneur,
vostre très humble et obéissant serviteur,
Lefèvre.
eDe Nancy, ce 8 juillet 1634.




50 Infra pièce 419.
51
Extraict du procès-verbal de Monsieur Lefebvre, conseiller du Roy, président trésorier général de
France, au bureau des finances à Soissons et intendant des domaines et finances ez duchez de Loraine et
Barrois, conservé au MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 25.
31 418. Louis XIII et Richelieu au comte de Brassac, 9 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 26. Minute.

Le roi de France et son ministre demandent au gouverneur de Nancy d’intervenir
auprès des membres du parlement de Saint-Mihiel, qui se sont opposés à la
nomination, par le pape Urbain VIII, du cardinal Alexandre Bichi à la tête de
l’abbaye bénédictine de Saint-Mihiel, afin de les contraindre à entériner le choix du
souverain pontife. Le billet de Richelieu souligne le caractère inattendu, en regard
des principes gallicans, de cette prise de position.

Monsieur le comte de Brassac,
Je vous ay ci-devant escrit affin que vous eussiés à contribuer ce qui dépendroit de vous
pour la possession que mon cousin la cardinal de Bichi désiroit faire prendre en son
nom de l’abbaye de Sainct-Miel en Lorraine, qui lui a esté donnée par Nostre Sainct
Père le pape, nonobstant quoy, j’ay sceu les oppositions qui s’y sont formées par les
officiers de la justice de la dicte ville, lesquels désirant faire cesser, pour le contentement
de mon dit cousin le cardibal de Bichy, je vous ordonne derechef d’apporter ce qui est
de l’authorité que je vous ay commise en ces quartiers-là et faire entendre aux susdicts
officiers de justice que mon intention est que mon dit cousin le cardinal de Bichi soit
mis en la libre possession et entière jouissance de la dicte abbaye sans un plus long
delay, en quoy je m’assure que vous emploierés avec vostre affection accoustumée,
priant Dieu qu’il.

Monsieur,
La lettre escripte du Roy vous apprendra quelle est son intention sur les oppositions qui
se sont formées à la prise de possession de l’abbaie de Sainct-Miel, au nom de M. le
cardinal de Bichy. Vous recognoistrés bien par cette seconde dépesche que l’on vous
faict sur cet affaire que Sa Majesté affectionne entièrement que le dict sieur cardinal de
Bichy entre en la paisible possession de la dicte abbaye, en sorte que je ne doubte point
que vous ne contribuiés pour cet effet ce qui dépendra de l’authorité de vostre charge,
sans que j’entreprenne d’exciter vostre courtoisie pour rendre en cette occasion les bons
offices que s’en promet M. le cardinal de Bichi. Je me contenterai de vous assuerer que
j’y prendray très grande part et que je demeure toute ma vie.


419. Duvivier au maréchal de La Force, Épinal, 9 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 27-28. Original autographe. Susciption au f° 28 v° : « à Monseigneur,
Monseigneur le maréchal de La Forsse, général dais armées de Sa Majesté, au cemp de Lamothe ».

Le signataire dénonce l’affichage d’un placard du duc Charles IV appelant ses sujets
à résister à l’occupation française, et à la tentative d’établissement d’une gabelle. De
tels propos ne peuvent que se rapprocher des attaques portées contre Louis
Chantereau-Lefebvre. L’impôt sur le sel que tente d’imposer, dans les Trois-
Évêchés, le parlement de Metz, mettant fin au monopole dont jouissaient les ducs de
Lorraine, est en effet directement préjudiciable aux Lorrains. Il compromet les
exportations des salines vers l’Italie et l’Allemagne, en raison de la hausse des prix
inévitable qui découlerait de l’impôt. Dès le mois de juin, Louis XIII préfère différer
les mesures financières prévues, à la plus grande satisfaction des autorités militaires
à son service. En septembre, elles sont définitivement reportées. Malgré l’enjeu, le
32 souverain désavoue l’action menée par ses officiers de justice, dont l’ambition, à
l’instar de celle de Cardin Le Bret dix ans plus tôt, semblait d’imposer leur autorité à
l’ensemble de la Lorraine, et non pas seulement à Metz, Toul et Verdun.

Monseigneur,
J’é creu vous devoir donner advis comme sette nuit dernierre, il a aité afiché au couin
de la plaste de sette ville une ordonnensse du duc Charles contenent daifensse
partiqullière à sais peuples du lieu d’obéir os ordounensses du Roy et ossi de ne prendre
du sel au guernier [sic] aitabli par le parlement de Mais, lais deus grenetiers aitabli pour
se sujet naient ouver le grenier, comme ileur aitet aujourdui ordouné, leur coumissaire
aitabli en se lieu leur en est allé douner advis. Je vous envoy le placar le plus entier qil
set peu aracher, leqel jé osté dais que je lé apris. Si je puis daicouvrir l’aficheur, je m’en
saisiré et vous en rendré bon conte, Monseigneur, vostre très heunble et très obéissent
serviteur,
C. Duvivier.
meCe 9 jullet 1634.
J’oubliés à vous dire que lais magistrats me sont venus fairre serment de n’en avoir
auqune counaissense.


420. Claude Janin à son neveu, Nicolas Mengin, Nancy, 9 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, fol. 29-30. Original autographe. Suscription au f° 30 v° : « à Monsieur,
Monsieur Mengin, secrétaire de Madame la duchesse de Lorraine, à Paris ».

Le signataire informe son neveu que Louis XIII sursoit à l’établissement, en
Lorraine, d’un impôt sur le sel. Il souligne lui-même que la décision du roi de
France intervient dans le contexte de l’affichage des appels à résistance émis par le
duc de Lorraine. Claude de Janin doute que Charles IV soit l’auteur des textes. Il
demande à son neveu d’intervenir auprès de la duchesse Nicole afin que celle-ci
réfute l’hypothèque de textes rédigés par son époux en personne.

Monsieur mon neveu,
eJ’ay receu du sieur porteur de ceste la vostre du 5 de ce mois avec les pacquetz pour
Monsieur de Brassac et pour Monsieur le premier président du parlement de Metz,
dont j’ay rendu l’un moy-mesme aussytost et fait partir en mesme temps personne
expresse porter l’autre à Mon dit sieur le président. Je ne puis vous exprimer la joye que
tout nostre monde ressent de la surséance qu’il a pleu au Roy ordonner pour la
publication dudit parlement et édit du sel ez lieux que je vous ay mandé, dont je vous ay
jà [sic] assuré par mes lettres du jour d’hier de l’ordinaire, et suis obligé le vous
confirmer par la présente, puisqu’elle vous sera rendue plustost que l’autre, vous
protestant que tous les premiers d’icy et autres de toute qualité ausquelz j’en ay parlé,
comme à certains officiers des villes intéressées en la dite surséance qui se trouvent en
ceste ville, sont tellement satisfaitz de ceste nouvelle que toutes les appréhensions des
maux préveuz des distractions des jurisdictions et establissement dudit sel sont changez
en des ressentimens incroyables de la bonté du Roy, avec espérance très grande de tous
autres effectz des syncères intentions de Sa Majesté à l’endroit des peuples de cest
Estat.
Mais comme la joye souvent est traversée de fascheux accident, il faut que je vous die
que les mesme jour d’hier que je receu vos lettres, l’on trouva le matin des placartz
33 affichez en divers lieux de ceste ville que je n’ay pas veu pour vous en pouvoir dire
toutes particularitez. J’apprens seulement que ce sont protestations de Son Altesse,
Monseigneur le duc Charles, contre tout ce qui s’est fait par le dit parlement de Metz au
préjudice des droitz souverains de cest Estat. Ce qui est plus fascheux en ces escritz
sont des termes qui peuvent offenser le Roy, et qui passent tel excès de sentimens
contre le procédé dudit parlement dans cest Estat qu’il est croyable que l’on abuse du
nom de Sa dite Altesse en ces escritz, qui ne sont d’ailleurs que copies non signées et
contiennent des deffenses aux officiers de Son Altesse soubz grandes peines de délivrer
aucuns deniers de son domaine à messieurs les commissaires du Roy qui en ont icy la
direction, comme s’il y avoit apparence de pouvoir empescher l’effect de leur authorité
en l’exécution de leur commission. De sorte que l’on estime tousjours avec plus de
raison que telles deffenses partent d’un esprit indigne de la seule pensée du nom de Son
Altesse. Néanmoins, comme le Roy en est adverty par dépesche du mesme jour d’hier,
peut estre irritez de ces escritz et dans ses sentimens changer de volonté sur l’ordre
donné à Messieurs du parlement de Metz pour révoquer ce qui leur a esté commandé
touchant les ditz jurisdictions et le sel pour le bien et soulagement de cest Estat,
Messieurs du conseil de Son Altesse m’ont donné charge de vous faire ceste dépesche
pour en faire le contenu à Madame, et la supplier que comme l’estat advoue luy estre
grandement obligé d’estre délivré de la rigueur des ordonnances dudit parlemenr de
Metz par sa favorable entremise, il plaise à Son Altesse en continuer les effectz sur ceste
fascheuse rencontre desditz escritz, vous ordonnant d’aller trouver de sa part Monsieur
Boutillier et telz autres de Messieurs les ministres du Roy qu’il sera jugé nécessaire, pour
les prier de modérer autant qu’ilz trouveront estre besoing les sentimens du Roy sur
l’advis que Sa Majesté aura eu de ces escritz et surtout de faire en sorte que de la part de
Sa Majesté, il n’en arrive aucun changement en l’ordre donné pour les dites distractions
de jurisdictions et pour le sel à Messieurs du dit parlement de Metz. C’est le sujet pour
lequel Messieurs du conseil ont creu que Madame n’auroit désaggréable que ce porteur
retournast par-delà en diligence de poste, et remets à luy de vous dire l’estat des affaires
de son voyage, de quoy j’auray tout le soing que je dois, attendant son retour par-deçà.
Je m’asseure que vous jugerez assez la conséquence de ceste dépesche pour y apporter
de vostre part toute la diligence requise afin de prévenir toute dépesche qui pourroit
estre faite de la part du Roy par deçà contraire à nos espérances sur l’advis donné à Sa
Majesté desditz escritz, desquelz copie luy a éte envoyée. Je finis ceste lettre escrite à la
haste pour le point retarder ce porteur, et suis tousjours, Monsieur mon neveu, vostre
très affectionné oncle à vous servir,
Janin.
eÀ Nancy, ce 9 juillet 1634.


421. Chantereau-Lefebvre à Chavigny, Nancy, 9 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 31-32. Original autographe. Suscription au f° 32 v° : « à
Monseigneur, Monseigneur Bouthillier, conseiller du Roy en ses conseils et secrétaire des ses
commandemens et finances ».

Le signataire assure le comte de Chavigny de ses bons offices.

34 Monseigneur,
meJ’ay receu hier au soir les deux lettres qu’il vous a pleu m’escrire le 4 du courant. Je
vous rends grâces très humbles du bon office que vous m’avez rendu près du Roy pour
faire cognoistre mon innocence. Il ne m’arrivera jamais d’apporter aucun délay à
l’exécution des commandemens de Sa Majesté, soit qu’ils me soient adressez
immédiatement, soit qu’ils ne me soient annoncez par Monsieur le comte de Brassac,
dont j’ignore la qualité, et ne manqueré à luy rendre le respect que je luy dois. Je vous
asseure que je loue Dieu tous les jours de ce que j’ay à rendre service au Roy sous les
ordres d’un sy vertueux et généreux seigneur en l’escolle et exemple duquel j’appreds
toutte l’obéissance que l’on doit et l’affection et la fidélité qu’il fault apporter à
l’exécution des commendemens de Sa Majesté. Tant s’en faut que je fisse difficulté de
les recevoir par son ordre. Je vous supplie de ne prendre ce soubçon de moy qui
pecheray plustost du costé de la defférence que de l’entreprise pour satisfaire au
commandement que vous m’avez fait de vous envoyer l’ordre de la justice de ce pais
très promptement. Broché ce petit mémoire, il eust esté mieux poly sy je n’eusse craint
de perdre l’occasion de ce courrier qui n’attend plus que ma despesche pour partir. S’il
ne vous satisfait, je le feré plus ample à vostre premier commandement. Vous verrez
par iceluy que la justice est quasi toutte entre les mains des seigneurs et plus qualifiez de
la Lorraine. Je ne sçay sy j’oserois vous dire que je souhaitterois que mon dit sieur de
Brassac fust le chef du conseil que le Roy establira en ce pais. Pardonnez, s’il vous plait,
à mon zèle. Je l’aurois pareil s’il vous plaisoit me commander quelque chose pour vostre
service, puisque je souhaite avec passion la qualité de, Monseigneur, vostre très humble
et obéissant serviteur,
Lefèvre.
meÀ Nancy, ce 9 juillet 1634.


422. Chavigny à Brassac, à la demande de Richelieu, 10 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 33. Minute, de deux écritures différentes.

Ordre au gouverneur de Nancy de procéder à l’arrestation d’un charcutier de la ville.

Il plaira à Monsieur Bouthillier d’escrire à Monsieur de Brassac pour s’informer du
nommé Louis Herbet, compagnon chercutier, ou qui loge chez ung charcutier à Nancy,
et le faire arrester prisonnier. Il a son père et sa mère à Paris, demeurants rue
Montorgueil.
Monsieur le comte de Brassac, je vous escris cette lettre pour vous dire que vous vous
informiez à Nancy d’un nommé Louis Herbet, compagnon chercutier, ou qui loge chez
un chercutier en la dicte ville et que si vous le trouvez, vous le faciez arrester prisonnier.
Le dict Herbet a son père et sa mère à Paris et logent en la rue Montorgueil, ce que je
vous remarque affin que vous voyez si cela vous pourra ayder à le descouvrir. Sur ce.


35 423. Brassac à Chavigny, Nancy, 10 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 34-35. Original autographe. Suscription au f° 35 v° : « à Monsieur,
Monsieur Bouthillier, conseiller, secrétaire d’Estat et des commandemens du Roy ».

Le signataire exprime sa satisfaction de voir le roi de France renoncer à
l’instauration de la gabelle. La missive est la parfaite expression de l’hostilité de
l’autorité militaire française aux initiatives du parlement de Metz, notamment en
matière fiscale, mais aussi du droit de regard que s’arroge l’autorité militaire sur
l’autorité judiciaire.

Monsieur,
Je vous puis bien protester en conscience n’avoir jamais receu une plus grande joye que
celle que j’aye ressentie à la réception de vostre dépesche par le courrier de Madame de
Lorraine, voyant l’ordre que le Roy et Monseigneur le cardinal donnent du rétractement
de ce qui avoit esté fait par le parlement de Mets, touchant la juridiction et l’imposition
du sel. Je dis que jamais encores une fois je n’ay receu tel contentement pour ce que
c’est le chemin d’aquérir les peuples et desjà tout celuy-cy jubile, bénit Sa Majesté et Son
Eminence. Jugés ce que feront ceux qui ressentoient le mal et les estrangers qui
l’apréhendoient. Enfin, c’est un coup de prudence, de probité et de justice qui produira
avec l’ayde de Dieu de bons et avantageux effets.
Monsieur Lefèvre, qui, comme je vous ay escrit, fait parfaitement bien sa charge, et se
fait fort aymer icy, vous escrira exactement ce que vous désirés touchant la juridiction
de Nancy. Il n’y a nulle difficulté qu’il faut un directeur qui préside, bon français et bien
affidé. J’ay esté ravi du choix de celuy que vous me nommés, veu la main qui l’a fait,
veu sa sufisance et douceur. Je n’en estime point en France un plus propre. Il y faut
encores un procureur du Roy qui soit françois. Mais si l’on doit remplir tout le conseil
de juges qui soient aussy françois, ou après avoir pris le serment de ceux qui y sont, que
l’on reconnoist bon et qui le voudront donner sans scrupule, les laisser en leurs charges,
je tiens que c’est une chose à laquelle l’on doit bien penser, pour ce que de les oster, ce
sont autant d’ennemis pour la perte de leurs charges, et de les laisser ce sont autant de
créatures que je reconnois estre religieuses en leur serment. Cecy est donc, ce me
semble, un poinct digne de considération, et encores si on ne doit pas tout d’un coup
prendre le serment de toute la noblesse, la plus grand part de laquelle, à ce que j’ay ouy
dire, voudroit l’avoir fait, et d’autant plus doit-on faire réflection sur cela que de six
semaines en six semaines la noblesse de l’ancienne chevalerie s’assemble pour certaine
juridiction, suivant leurs privilèges de toute ancienneté, forme à laquelle porter un
changement pourroit altérer leurs cœurs. Le plaquart que nous avons envoyé semble
comme je vous ay mandé estre une occasion pour faire cecy, de quoy les plus
affectionnés au duc Charles ne sçauroient sinon luy donner le blasme par l’insolence
qu’il a eue de le faire afficher, s’il l’avoue, et louer le Roy de prendre ce temps afin de
s’assurer de la fidélité de ceux qu’il emploira. Quoyque ce soit le coup qui a esté fait de
cette rétraction [sic] de juridiction et de l’imposition du sel, dispose, comme j’ay dit, à
52recevoir avec bénédiction ce que l’on leur voudra ordonner, je sçay par Solyman et de
force autres lieux que tout ce que fait le duc Charles n’est que pour tascher de faire
affliger le peuple de Lorrayne afin d’empescher de qu’il ne se porte au service du Roy et
qu’il enragera de voir qu’on le délivre de ces impositions, lesquelles il doit faire
augmenter par l’apposition de son placart. C’est la créance dudit Solyman.

52
Charles-Joseph de Tornielle, comte de Brionne.
36 Je vous envoye un mémoire par lequel vous verrés que le marché fait par Monsieur des
Noyers à un certain nommé Dupoux ruine non seulement le huictiesme qui revient au
Roy, mais aussy les hospitaux publics. Il n’y a point de dificulté que si mon dit sieur des
Noyers s’en fust apperceu, il n’eust eu garde de le faire. Vous ferés, s’il vous plaist, qu’il
y soit mis ordre. Il vaudroit beaucoup mieux, ce me semble que Roze le reprist, comme
il l’avoit ou qu’il fust donné au dit Dupoux en la mesme façon que l’avoit le dit Roze.
L’on a délivré les meubles et chevaux, et selon ce qu’il vous plaist, j’ay retenu celuy que
je vous avois demandé que je vous supplie de croire estre de fort peu de valeur. J’en
rens graces très humbles, vous suppliant très humblement de me continuer l’honneur
de vos bonnes graces et de me croire tousjours, Monsieur, vostre très humble et très
affectionné serviteur,
Brassac.
eÀ Nancy, ce 10 juillet 1634.
Monsieur, je n’ay pu vous envoyer le dit mémoire, ce sera pour la première occasion. Il
est à notter que les dits placars ne sont point signés. La juridiction de Nancy ne
despend nullement du parlement de Sainct-Mie [sic], comme on verra par ce qu’escrira
M. Lefèvre.

Si au cours de l’été, Louis XIII choisit les membres du conseil souverain de Nancy,
établi au mois de septembre, parmi les magistrats français siégeant au parlement de
Metz, ce dernier exprime ses difficultés dans un mémoire adressé à la cour, sans date
53précise : « articles que les députés du parlement de Metz présentent au Roy et à
nosseigneurs de son conseil : Sa Majesté est très humblement supliée de faire
pourveoir au payement des gages des officiers du dict parlement et qui leurs seront
Cdheuz de l’année XVI XXXIII et destiner un fond certain pour l’advenir afin qu’ilz
puissent escrire leurs charges et faire le service auquel ilz sont obligés ; pourveoir
aussy d’un fondz pour la construction tant d’une chapelle au palais des greffes du
parlement, d’une conciergerie pour la <…> des personnes que pour achepter des
tapisseries et autres menues nécessités ; qu’il plaise à Sa Majesté déclarer les
officiers de la dicte cour exemptz des logementz de gens de guerre et les maintenir
ès privilèges qui leurs sont atribués par les édictz […] ; que le corps de garde posé
au-devant du palais sera transféré en un autre endroict de la dicte ville de Metz pour
éviter aux inconvénientz qui en peuvent arriver ; suprimer la juridiction apelée la
chambre des sauvetez et la réunir à la justice de nostre eschevin et treize du dict
Metz ; sçavoir sy lorsque l’on proceddera à la création du maistre eschevin, treize et
aultres de la justice ordinaire de la ville de Metz, le parlement députera quelques-uns
du corps pour y assister et donner leurs advis avec Monsieur le gouverneur et régler
qu’elle sera la fonction de ceux qui assisteront de la part du parlement […] ; que
l’évocation qui a esté faicte depuis peu en la chambre de l’arsenal de plusieurs
procès criminelz allencontre des bourgeois de la ville de Metz a diminué grandement
la créance que l’on avoit au dict parlement […] ».



53
La requête des députés du parlement de Metz est conservée au MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 579-
580.
37 424. Nicole de Lorraine à Brassac et réponse de ce dernier, 11 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 36-37. Copie de la main d’un secrétaire.

Nicole de Lorraine se plaint de calomnies dont elle serait l’objet de la part de soldats
français stationnés à Nancy. Le gouverneur s’étonne de son propos.

Lettre de Madame de Lorraine à Monsieur de Brassac. 11 juillet 1634.
Monsieur,
Ayant sceu par l’ordinaire dernier que plusieurs François de vostre garnison, desquels je
ne diray le nom, deschirent mon honneur par des discours qui sont autant esloignés de
la vérité qu’ils sont plains de calomnie, je me sens obligée de vous en tesmoigner mes
sentimens par cette lettre, voulant croire que vous ne souffrirés que ma réputation serve
ainsy d’entretien à ceux qui sont sous vostre charge. C’est pourquoy je vous prie
d’empescher ces calomniateurs de noircir de la sorte mon honneur par leur médisance
affin que je n’aye sujet d’en faire mes plaintes au Roy, encore que cette offence m’a
touché si sensiblement que je n’ay pu la dissimuler à Monsieur le cardinal de Richelieu,
luy en ayant fait donner avis par le sieur des Rogers. Je vous en dirois davantage si ma
qualité ne m’exemptoit de rendre compte de mes actions à qui que ce soit qu’à Dieu
seul et si ma conduite cogneue à un chascun ne me purgeoit assés de ces impostures,
me contentant de vous assurer que je suis.

Response
Madame,
Je receus hier celle qu’il a plu à Vostre Altesse de m’escrire en datte de l’onzième du
courant, à la lecture de laquelle j’ay esté grandement estonné de voir qu’on luy a nommé
des François de cette garnison qui ayent esté si désobéissans au Roy, qui veut qu’on
vous respecte, et si peu retenus en la considération qu’ils doivent avoir de vos relevées
qualités de parler de la façon, laquelle il plaist à Vostre Altesse exagérer en cette lettre,
c’est chose qui ne pouvoit venir à ma pensée pour n’avoir ouy jamais de discours
d’aucune personne que ce soit qui ne fussent pleins de l’honneur qui est commandé de
vous estre rendu, tellement qu’il me seroit du tout impossible de jetter les yeux sur
aucunes personnes, ne me restant à cause de cela nul moyen sur ce sujet, sinon
d’exorter en général tout le monde d’observer ce qui leur est exactement ordonné. Mais,
s’il vous plaist de nommer à Monseigneur le cardinal (à qui en avés desjà fait parler)
ceux qu’on vous a rapportés, n’y a point de difficulté qu’après avoir sceu la vérité, il n’y
ordonne ce qui sera nécessaire et de la justice. Mais, permettés, Madame, que je vous
die que la retenue en laquelle j’ay tousjours veu ceux qui sont sous ma charge me
pourroit bien faire croire que volontiers des Lorrains useroient de moins de discrétion
que ne feroient ceux qu’ils accusent. Quant à moy, mon dit seigneur sçait combien j’ay
esté soigneux de luy obéyr en vous servant, ce que je crois Vostre Altesse ne peut pas
ignorer et c’est ce qui ne m’eust pas fait attendre la rigueur de vostre stille. Je ne laisse
pas d’estre.


38 425. Le maréchal de La Force à Chavigny, La Mothe, 11 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 38-39. Original autographe. Suscription au f° 39 v° : « à Monsieur,
Monsieur de Boutillier, conseiller du Roy en ses conseils et secrétaire de ses commendemens et
finances ».

Les intempéries retardent l’issue du siège de La Mothe. Le signataire évoque deux
semaines d’efforts afin d’aboutir à une issue favorable. Ses prévisions se révèlent
parfaitement justes, la place capitule le 28 juillet. Le courrier du signataire est
54accompagné d’une lettre de courtoisie, signée de son fils, le marquis de La Force .

Monsieur,
Nostre syège est au mesmes estat que ce que j’ay mandé par mes dernyères. Nos
myneurs travaillent, nos canons et munityons arrivent de jour à autre et nos batteryes ce
font. Mays à tout cela, il y faut du temps. J’espère qu’il ne faudra guyères plus de quinze
jours à bien disposer touttes choses. Il est vray que ce mauvays temps nous travaille et
retarde fort. Mays je vous assure, Monsieur, que plus je voys en avant, plus j’espère bon
succès de nos affayres, et d’en fayre recepvoyr contentement à Sa Majesté, car tous nos
travaux réussissent fort bien et ne pence pas qu’il soyt en la puissence de ceux de
dedans de résister aux effortz que nous leur préparons. Hyer, un cappitaine du régiment
de Ménillet, nommé du Vuvyer, quy est en garnison à Espinal, m’envoya la pattante du
duc Charles sy incluze, que j’ay creu vous devoyr fayre tenyr soudain. Je m’assure,
Monsieur, que sur touttes occurrences où il sera nécessayre que je reçoipve les
commendementz de Sa Majesté que me fayrés cette faveur de prendre soyn, comme je
vous en supplie et de continuer à me rendre vos bons offices. Je n’escris point à Son
Éminence, pour ne luy estre importun, n’ayant rien digne de luy estre mandé. Je vous
bayse un millyon de foys les mains et suis, Monsyeur, vostre plus humble et très
affectionné serviteur,
Caumont La Force.
Ce XI juillet, au camp devant La Motte.
Monsieur de Vignolles quy est porteur de cette despêche vous peut mieux et plus
particullyèrement informer de toutes choses.
Monsieur, suivant ce que m’avés mandé et l’avis qu’avoyt donné Monsieur le viconte
d’Arpajon du sieur de Sainct-Blain, il despêcha vers luy pour le fayre venir. Il vient
parler à mon dit sieur d’Arpajon, mays, apprès l’avoyr entretenu, il me dit qu’il n’avoyt
rien trouvé en luy quy nous en deust fayre espérer quelque bien, de sorte qu’il le
renvoya sans que je l’aye veu, que le dit Sainct-Blain luy avoyt dit qu’il ne ce vouloyt
point mesler de cet affayre.
L’homme duquel je vous ay fait mentyon sy devant, quy m’avoyt donné avis du petit
laquays quy devoyt entrer dans La Motte, me vient d’avertyr comme il y a un paysan
d’icy près, qu’il m’a signalé, dit le lieu d’où il est, et son nom, quy est chargé de lettres
pour porter dans La Motte. Je suis apprès à le fayre attraper.



54
Le document est daté du 12 juillet 1634, et conservé au MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 40-41.
39 426. Darrassen à Richelieu, Bayonne, 11 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 344-345. Original autographe. Suscription au f° 344 : « à
Monseigneur, Monseigneur l’éminentissime cardinal ducq de Richelieu, pair de France, grand maistre,
chef et superintendant général de la navigation et du commerce de France, gouverneur et lieutenant
général pour le Roy en Bretaigne ».

Le signataire, bourgeois de Bayonne, adresse à Richelieu deux billets de courtoisie
qui lui ont été confiés par leur auteur, le sieur de Rochas, ambassadeur de Marie de
Médicis, afin qu’ils soient remis à leur destinataire, le marquis Sainte-Croix
55d’Ornano, gouverneur de l’île de Porquerolles .

Monseigneur,
La qualité que j’ay d’estre très fidelle serviteur et subject du Roy m’oblige de supplier
très humblement Vostre Éminance d’agréer que je vous envoye le paquet cy-joint quy
est tombé entre mes mains, lequel est adressé à Monsieur le marquis de Sainte-Croix
56d’Ornano , dans lequel on m’a dit y avoir une lettre pour la Royne mère. Et pour faire
sçavoir à Vostre Éminance par quelle voye ce paquet est venu en mon pouvoir, je luy
diray avecq sa permission qu’ayant esté obligé d’aller de ceste ville de Bayonne, d’où je
suis bourgeois, en celle de Saint-Sebastian en Espaigne, pour obtenir la main-lefvée
d’un navire et marchandises quy m’ont esté prinse en mars par les coureurs dudit lieu,
de quoy je n’ay peu avoir raison, il est arrivé que durant mon séjour au dit Saint-
Sebastian ung gentilhomme nommé Monsieur de Rochaig, acompaigné du sieur de
Lille, d’auprès de Paris, quy se dit estre à la Royne mère, y a abordé, venant
d’Angleterre, et s’est logé au mesme logis où j’estois. Et pendant qu’il y a demeuré j’ay
aprins de sa bouche qu’il s’en aloit en la cour du Roy d’Espaigne pour y résider comme
ambassadeur de la dite dame Royne mère et avant son despart vers la cour d’Espaigne il

55 Rochas au marquis Sainte-Croix d’Ornano, Saint-Sébastien, 6 juillet 1634 : « Monsieur, <…> que je ne
vous aye pas fait tous les complimens que je vous doibs avant mon départ. Je crois que vous me croyés
assé homme de bien pour ne vous imaginer pas que je sois capable de faire infidélité de mes amis et
principal ament à ceux de vostre condition. Je me promets doncques que vous m’aimerés tousjours
comme vous avés fait par le passé et que vous vous servirés de moy en toutes les occasions dont vous me
jugerés capable de travailler pour vos intérests. Ceste croyance fait que je me persuade que vous ne
trouverés point mauvais que je vous supplie de faire donner la lettre marquée <…> par nostre commun
amy. Elle ne contient que les nouvelles de mon arrivée en ceste ville. J’attends que vous me fairé ceste
faveur puisque je suis, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur, Rochas. De Saint-
eSébastien en Biscaye, ce 6 juillet 1634 ». Original autographe conservé au MAE, coll. MD France, vol.
810, f° 349.
Rochas au marquis Sainte-Croix d’Ornano, Saint-Sébastien, 7 juillet 1634 : « Monsieur, cettre lettre passe
par un chemin si chatouilleux que j’ay peine à me persuader qu’elle vous puisse estre randue. Si elle
arrive à bon port, elle vous apprendra qu’après quelques petites adventures de mer, je suis aller achever
mon pélérinage. Vous recevrez bientost des nouvelles de mes curiosités. C’est pourquoy je ne donne au
port que ces trois ou quatre lignes, en attendant que je vous puisse escrire avec plus d’asseurance. Je suis
et seray éternellement, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur, Rochas. Saint-Sébastien,
e
ce 7 juillet 1634 ». Original autographe conservé au MAE, coll. MD France, vol. 810, f° 351.
56 Pierre d’Ornano est le fils d’Alfonse Corse, dit « d’Ornano », maréchal de France, et de Marguerite-
Louise de Grasse de Pontevès de Flassans. Il est aussi le frère cadet du maréchal Jean-Baptiste d’Ornano,
décédé, en prison, au château de Vincennes, en 1626. Abbé de Sainte-Croix de Bordeaux, il est ensuite
mestre de camp du régiment du duc d’Orléans, et détient le gouvernement de l’île de Porquerolles. Le 25
février 1633, la chambre du Domaine octroie les 4000 livres de pension annuelle dont bénéficiait le sieur
Sainte-Croix d’Ornano, sur l’abbaye Sainte-Croix, au sieur Vallin, capitaine au régiment de Navarre. Voir
D. Gallet-Guerne, « Une conséquence des troubles féodaux sous Louis XIII : les confiscations royales de
1629 à 1641 », Bibliothèque de l’École des Chartes, année 1969, volume 127, n° 127-2, p. 329-354,
mention p. 335. Voir également P. Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de
la Maison royale de France…, op. cit., tome huitième, p. 392.
40 m’a prié de vouloir faire tenir le dit paquet au dit sieur de Sainte-Croix, disant qu’il y
avoit avec le dit paquet une lettre pour la Royne mère, mais qu’elle ne faisoit mention
que de son arrivée au dit Sainct-Sebastian et de son despart dudit lieu vers la cour
d’Espaigne, et que partant cela ne me pouroit préjudicier en quoy que ceste prière m’aye
estonnée. Néantmoings ayant considéré l’affaire, j’ay creu que je ne deserviroit pas sa
Majesté sy je recevois ce paquet non avecq volonté de le faire voir au dit sieur de
Sainte-Croix, mais avecq intention et dessein de l’envoyer comme je faicts à Vostre
Éminance, à laquelle je supplie Dieu vouloir départir longues et heureuses années. C’est
ce que souhaite avecq pation, Monseigneur, vostre très humble, très obéissant serviteur,
Darrassen.
57De Bayonne , le 11 juillet 1634.


427. Corbeil à Richelieu, Toulon, 12 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 1702, f° 238-239. Original. Suscription au f° 239 v° : « à Monseigneur,
Monseigneur le cardinal duc de Richelieu ».

Le signataire, commandant au régiment de La Tour, chargé de la garnison royale
stationnée à Toulon, dénonce d’importantes insuffisances dans la défense du port. Il
propose des solutions techniques afin d’y remédier. C’est peut-être à la suite de ce
58courrier que Richelieu envoie sur place l’ingénieur Pierre d’Argencourt .

Monseigneur,
Puisqu’il a plu au Roy et à Vostre Éminense d’ordoner au régiment de Monsieur de La
59Tour , que j’é l’onneur de comender, pour la garde de la ville de Toullon, je creu aitre
obligé d’avertir Vostre Éminense comme l’on fect fort mauvaize garde à la tour qui est
60à l’ambouchure de la mer. Le gouverneur n’y tient que quelque uns de ces serviteurs.
C’est une plase qui adverty la ville lorsque les gallère pareste à la mer et qui les pourroy
beaucoup endomager sy voulloit par force aprocher de la chaine. Pourveu qu’il fut six
canons dedens et des munisions de geurre [sic], trente soldat la peuvet garder contre
une armé. Je diré ausy à Vostre Éminense comme le parapel de l’ansinte du port est sy
bas que les gallerre y peuvet amener la prou desuz, et que autour de tout la dite ensinte,
il n’i a point de lieu-là où l’on puisse mettre les soldatz à couvert du canon sy l’on estoy
attaqué des gallerre que derière les deux pladeforme, là où est attaché la chaine, lequels
pladeforme n’ont que chaqun vint et huict pas de largeur et trois pies de hauteur ors de
l’eau. Sy plait à Vostre Éminense, il se peut ferre un fondement de pierre à demy pié au
desuz de l’eau couvert de sable de deux toize de large pour y loger quatre cent soldat et
sy plaizoy à Vostre Éminense il seroy ausy nésésaire de ferre un mesme fomdement
ausy de deux toize de large pour aller desdits deux logement à la chaine. En cas
d’ataque, je diré ausy à Vostre Éminense qu’il seroy bon de ferre au deux costez des dis
deux pladeforme qui regarde la chaine un parapel de pierre masogné de trois piés et
demy de hauteur et un pié et demy de large pour y loger des mousquetaires. Tout le
travail se peut ferre en douze jours pour six cent livre. Je diré ausy à Vostre Éminense
comme les canons qui sont sur les pastions de la ville de Toullon sont tous démontés

57 Auj. dép. Pyrénées-Atlantiques, chef-lieu d’arr.
58 Voir infra Argencourt à Richelieu, 30 septembre.
59
Philippe de Torcy, marquis de La Tour, est pourvu du gouvernement d’Arras. Il a épousé Suzanne
d’Humières et décède en 1652.
60
Gaspard de Forbin de Soliès, infra.
41 parse que l’on a laissé gaster les affens faute d’i ferre des couvers et de mettre des
planches sur les pladeforme là où sont pozés lesdis canons. Illia quatre compagnie du
régiment de Monsieur de La Tour qui sont logés par les village, quand il plaira à Vostre
Éminense de ordonner quel soit remize dens le cors, la garde en sera plus forte et finiré
en prient Dieu pour la senté et prospérité de Vostre Éminense comme, Monseigneur,
vostre très humble et fidel et plus obéisant serviteur,
Corbeil.
À Toullon, ce 12 de julliet 1634.


428. Le comte de Brassac à Chavigny, Nancy, 13 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 42-43. Original autographe. Suscription au f° 43 v° : « à Monsieur,
Monsieur Bouthillier, conseiller, secrétaire d’Estat et des commandemens du Roy ».

Le signataire rend compte de la perte de courrier. Il évoque la présence du cardinal-
infant au Tyrol, en compagnie du duc Charles IV, et fait état du retard significatif
mis par la cour à lui transmettre des instructions concernant les prétentions du
cardinal Alexandre Bichi.

Monsieur,
Vous n’aurés point icy le mémoire dont je vous avois parlé par ma dernière, que les
habitans d’icy m’ont présenté, pour ne vous en importuner point, ayant force autres
choses à vous dire, et aussy que Monsieur Lefèvre l’envoye à Messieurs les surintendans
afin qu’ils y mettent ordre.
Depuis ma dernière dépesche, il est encores arrivé qu’un habitant allant par la rue après
un homme qu’il ne vit pas trop bien en face, le jugeant néantmoins au plus près estre de
la garnison, amassa [sic] une lettre tombée de la poche de celuy-cy, la coppie de laquelle
je vous envoye, selon que l’a pu retenir une femme, à qui le dit habitant la monstra et la
rompit aussytost de peur d’en estre treuvé chargé. Cette femme est personne de
créance, et encores que cela soit assés vague, néantmoins j’ay creu le vous devoir faire
sçavoir, tandis que je travaille à découvrir qui avoit la dite lettre, ce que je croy
néantmoins estre bien dificile.
61Nous avons appris comme l’avangarde de l’infant cardinal estoit à l’Ims il y a huit
jours, quatre postes au-deçà d’Isprug [Innsbruck]. On la faisoit de quatre mille hommes
et le tout ensemble de douze mille de pied et trois mille chevaux. Mais je croy qu’il y en
a bien moins. Le duc de Lorraine venoit après l’avangarde, mais seul et sans charge, à ce
que m’a dit un homme qui en vient. Monsieur le mareschal de La Force m’envoya
encores hier un avis qui porte qu’on a assuré au duc Charles de faire une sédition en
cette ville. Je ne le puis croire, et cela seroit bon si après des batailles gaignées une
armée sans empeschement estoit icy autour. Néantmoins, j’y prens soigneusement
garde, n’oubliant chose quelconque qui se puisse imaginer. Et puis nous verrons si
bientost le Roy et Monseigneur le cardinal ne feront point changer les ordres qui sont
en la justice, conseil et finances avec plus de déclaration qu’on n’en a encores fait.
L’auditeur de Monsieur le cardinal Bicchi me presse tous les jours pour luy donner main
forte. Mais ainsy qu’il vous a plu me mander, je luy ay respondu qu’il me falloit des
commendemens du Roy bien exprès, et que je ne croiois pas qu’on me les donnast pour
aller faire une force à douze ou quinze lieues d’icy, puisqu’il y avoit un général d’armée

61
Imst, auj. Autriche, Land du Tyrol.
42 du Roy dans la province. J’ay receu bien tard la vostre dernière, touchant cet affaire,
pour ce que desjà, sur le commandement du Roy, je luy avois donné telle assistance
qu’il s’en estoit bien ressenti, je m’en suis dextrement retiré.
Monsieur de Chamblay, que espérons de jour en jour, seroit bien nécessaire icy.
62Comme j’escrivois celle-cy, Solyman m’est venu voir et qui m’a prié de vous mandez
qu’entr’autres déclarations qu’il croit estre nécessaires que le Roy face, celle-cy doit estre
proclamée en toutes les villes et bourgades de Lorraine, assavoir que Sa Majesté défend
à tous gentilshommes et autres de quelque qualité et condition qu’ils soient, d’aller
treuver le duc Charles, ne se mette avec luy doresnavant, à peine non seulement de
confiscation de biens, mais de rasemens de maisons et autres plus pressantes, s’il est
jugé à propos, estimant que cela fera grand plaisir aux uns, pour leur servir de prétexte
de n’y aller point et intimidera les autres, de façon que personne ne s’esmouvera pour
luy, autrement il apréhende que tous s’y achemineront à son mandement. Voilà son avis
qu’il croit estre de conséquence. Je vous baise très humblement les mains et suis,
Monsieur, vostre très humble et très affectionné serviteur,
Brassac.
À Nancy, ce 13 juillet 1634.


429. Saint-Aubin à Chavigny, 13 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, volume 15, fol. 44-45. Original autographe. Suscription au f° 45 v° : « à
Monseigneur, Monseigneur Boutillier, conseiller du Roy en ses conseils d’Estat et privé, premier
secrétaire d’Estat et des commandemens de Sa Majesté et chevalier de ses ordres, en cour ».

Le signataire évoque la réception de courrier diplomatique en provenance
d’Allemagne, le siège de Ratisbonne et la progression du cardinal-infant.

Monseigneur,
Voicy plusieurs dépesches que j’ay receu présentement d’Allemagne entre ycelles y en a
une pour Sa Majesté, les autres sont pour vous de Messieurs de Feuquière, de La
63Grange , de Miré et Hainhoffer. Les plus importantes nouvelles de ceste semaine sont
en la continuation du siège de Ratisbonne, duquel finallement l’on craind qu’elle se
prendra sy les Suédois ne font de puissantes diversions. Le mareschal Horn est venu à
eAuxpourq [Augsbourg] le 8 du courant, où le mesme jour il y attendoit le duc de
Veymar [Bernard de Saxe-Weimar] (on dit aussy le Ringrave) pour communiquer
emsemble sur se siège, et sur l’approche du cardinal infant, lequel toute la maison
d’Austriche presse de partir promptement pendant qu’ils nous croyent ambarrassez à
La Mothe. On tient qu’il est présentement en chemin et de Zurick, l’on a advis que ses
premières trouppes sont desjà dans le Tirol. Mais ils rencontreront diverses obstacles en
Allemagne, car les armées de Horn et de Veymar quy se sont jointes à présent luy iront

62 « Le comte de Brionne », ajouté au-dessus de la ligne.
63 Jacques-Loys de La Grange-aux-Ormes, sieur de Mareauvau et de Lassy : conseiller du Roi et
gentilhomme de la Chambre, La Grange-aux-Ormes est un informateur dévoué. Il est employé par
Richelieu dans diverses négociations, notamment auprès du prince de Salm et des rhingraves. À la fin de
l’année 1632, il est plus particulièrement chargé d’assurer les princes allemands alliés de Louis XIII que
ce dernier n’est pas affaibli par la troisième rébellion du duc d’Orléans, exilé après la défaite de ses
troupes à Castelnaudary. Il se rend ensuite en Suède, à la cour de la reine Christine, afin de remplir la
même mission auprès du chancelier Oxenstern, allié du roi de France. M. de La Grange-aux-Ormes
accède à la charge de bailli de Saint-Mihiel et de Hattonchâtel en 1634, à la suite de l’entrée en fonction
du baron de Chamblay à Nancy.
43 au-devant. Vous aurez ycy, Monseigneur, un petit extrait des autres nouvelles et suis
très constamment, Monseigneur, vostre très humble et très obéysseant serviteur,
De Sainct-Aubin.
Monseigneur, depuis la présente escrite, est arrivé nostre messager de Strasbourg, d’où
j’ay advis que les Suisses des cantons catoliques ont fait nouvelle alliance avec le roy
d’Espagne et que leurs depputez ont esté reteu magnifiquement par le cardinal-infant
dans Milan. L’on m’escrit aussy que Rinfelde tient encore, mais il commance d’avoir
disette et l’on renouvelle les barreties de part et d’aultre du Rhin.


430. Clavy à Chavigny, Linchamps, 14 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f°. 46-47. Original autographe. Suscription au f° 47 v° : « à Monsieur,
Monsieur Boutailler, conseiller du Roy en ses conseils d’Estat et secrétaire des commandements de Sa
Majesté ».

Le signataire signale l’arrivée de troupes ennemies destinées à débloquer la
forteresse de La Mothe.

Monsieur,
J’ay receue celle que le Roy faict l’honneur d’escripre à mon frère ensemble la vostre, où
j’essayeray de satisfaire de poinct en poinct. Mon frère est passé pour aller à Liège,
suivant le commandement qu’il a eu de Sa Majesté et de vous, et sy j’ay faict partir ceste
nuict ung homme exprèz pour luy faire tenir celle que le Révérend Père Joseph luy a
envoié, quant à ce quy est du siège de Mastricq, dont vous parlés, nous n’en avions
poinct de certeinez nouvelles. Mais l’on lève icy force gens pour l’armée de Flandre que
l’on dict aller à La Motte pour essayer de faire lever le siège. Lorsque je sçauray des
nouvelles asseurées, je ne manqueray à vous les faire sçavoir et feray toutte dilligence
d’en apprendre en escripvant le présente. J’ay sceu qu’il y passoit ès environs de ce
gouvernement ung homme quy appartient à Monsieur de Lorraine, lequel a dict aller
au-devant de luy, quy s’en ira avecq une grosse armé au secours de La Motte et que
Monsieur y est en personne, qu’ils doibvent passer dans deux jours. Voilà tout ce que
j’ay peu apprendre. Je ne négligeray rien de ce quy m’est ordonné, vous asseurant que je
suis, Monsieur, vostre très humble, très affectionné serviteur,
Clavy.
64 eDu chasteau de l’Inchampt , le XIIII juillet 1634, à cinq heures après-midy.


431. Cahusac et Dubois à Richelieu, Paris, 15 juillet.
MAE, coll. MD France, vol. 1743, f° 69-70. Original, de la main de Cahusac. Suscription au f° 70 v° : « à
Monseigneur le cardinal ».

Ayant obtenu satisfaction après leur première sollicitation, les signataires se tournent
à nouveau vers Richelieu afin d’obtenir une décharge de dédommagements réclamés
par un particulier.


64
Le château de Linchamps se trouve auj. sur la commune de Thilay, dép. Ardennes.
44 Monseigneur,
Nous ne sçavons en quels termes remercier Vostre Éminence des grâces qu’elle a
faictes à la ville de Montauban lors de sa réduction à l’obéyssance du Roy. Vous l’avés
entièrement acquise mais par le dernier bienfaict qu’elle vient de recevoir de vos mains
en l’affaire de Goutte, elle vous doibt sy bien sa conservation que les habitans vous sont
obligés de leurs vies et de leurs biens pour les employs à vostre service, et encor
estiment-ils que c’est peu pour la recognoissance de vos faveurs, que s’il plaist,
Monseigneur, à Vostre Éminence, de les leur continuer.
Nous nous trouvons mainctenent pressés par un nommé Rocques qui nous demande
au conseil le desdomagement pour la démoliction de sa maison, quoyque par les articles
que Vostre Éminence fist la grâce d’accorder aux habitans de Montauban, lors de leur
réduction, ils en soinct plainement deschargés, en telle sorte que pour l’intérest d’un
particulier, qui pour n’avoir pas voulu rendre compte de l’argent qu’il tenoict de la
comunaulté, se retira de la ville aux derniers troubles et donna subject au gouverneur de
luy démolir sa maison. Il nous mei en danger de veoir vos promesses violées, s’il ne
plaist à Vostre Éminence y interposer vostre authoritté, comme nous l’en supplions
avec toute submission et respect, priantz Dieu pour vostre prospérité et santé en qualité
de, Monseigneur, vos très bumbles et très obéyssans serviteurs,
les députés de Montauban, Cahusac, Dubois.
meParis, ce 15 juillet 1634.


432. Le maréchal de La Force à Chavigny, La Mothe, 16 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 50-51. Original autographe. Suscription au f° 51 v° : « à Monsieur,
Monsieur de Boutillier, conseiller du Roy en ses conseils d’Estat et privé et secrétaire de ses
comendemens et finances ».

Le signataire transmet un paquet de lettres interceptées.

Monsyeur,
Par celle que je vous escrivoys hyer, respondant à la vostre, je vous mendoys comme
suivant la vollonté de Sa Majesté, j’ordonneroys partout que l’on layssat librement
passer les courryers de Flandres en Itallye, et Allemaigne, et de mesmes ceux quy
viendroyt de ses costez là en sa [sic]. Mays il est arrivé qu’un courryer venant de
Bruxelles a esté rencontré dans des bois hors du chemin de la poste, que l’on a traitté
comme ont accoustumé de fayre des volleurs, c’est-à-dire luy ont prins ce qu’il avoyt,
mesmes unne grande valise où estoytent tous ses paquetz et l’ont layssé aller. Ilz l’ont
portée à Monsieur le viconte d’Arpajon, quy m’a dit que c’estoyt de la compaignye de
Moullinet. Il m’a remis la ditte varise [sic] et paquetz. J’ay jugé, puisque la chose est
faitte que je devoys vous envoyer le tout, que possible y peut-on descouvrir des
particullarités importantes. En tout cas, si Sa Majesté veut que le tout soyt restitué, il est
facille de fayre cognoistre qu’ayant seu cette vollerye, l’on a fait si bonne dilligence
qu’on a attrapés les auteurs et fait pendre soudaynement et fayre tenyr les paquetz où Sa
Majesté voudra, remétant le tout à sa prudence. Je n’ay qu’à suivre ce quy me sera
commendé, dont vous me fayrés l’adresse, s’il vous plait. Je ne puis rien adjouster à la
despêche que je fis hyer pour ce quy reguarde nostre siège. Le mauvais temps nous
incommode fort, mays l’on ne laysse de bien travailler de tous costez, quy m’en fait
espérer tousjours le bon succès que j’ay mendé. Je seray soigneux de donner advis de
tout ce quy survyendra. Monsieur Dupont m’a dit qu’il faysoir partir son cornette et
45 qu’il le fayroit charger de cedit paquet, quy me fait servir de cette occasion. Je suis,
Monsieur, vostre plus humble et très affectionné serviteur,
Caumont La Force.
Ce XVI jullet, au camp de La Motte.
Monsieur,
De plusieurs lettres esparces, nous en avons ouvertes quelques unnes, où il y a des
particullarités assés notables que j’ay fait mettre à part, entr’autres choses le despart du
roy de Hongrie du siège de Ratisbonne.

Le maréchal de La Force ajoute le lendemain : « Monsieur, deux heures apprès le
partement du cornette de Monsieur du Pont, par lequel je vous ay escrit et envoyé
unne playne valize de paquetz, il c’est trouvé un gros paquet quy avoyt esté oublyé
que je vous envoye, par cette occasion quy c’est présentée du Roux, commis du
sieur Roze. Je n’ay rien à adjouster à mes précédentes que me plaindre de ce fâcheux
temps, quy est si désespérément mauvays, qu’il accable tout le monde et a
entyèrement ruyné mes tranchées. Mays le principal quy est nos gualleryes, de la
contrescarpe et du fossé, tiennent encore bon, nos mineurs cepndant travaillent
tousjours. Il faut espérer que le mauvays temps ne durera pas tousjours. Dès que
nous aurons un peu de relache, un chaqun reprendra nouvelles forces et agirons plus
65vigoureusement que jamays » .


433. Commission pour le règlement des dettes du duc de Lorraine, 17 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 54-57. Copie.

66Le 15 juillet, Richelieu a rédigé, en ces termes, un rapport destiné à Louis XIII :

[…] On jugea hier les deffaults contre M.
de Lorraine et décréta[-t-]on prise de
corps contre luy. Les formes requierrent
qu’on l’envoie chercher dans l’hostel de
Lorraine, et qu’on le crie par la ville à son
de trompe. Madame de Lorraine voudroit
bien qu’on peust esviter ces formalités,
mais comme c’est chose impossible, au
moins supplie[-t-] elle le Roy qu’elle
s’absente de ceste ville pendant ce temps-
[…] J’envoye au marquis pour faire là. Elle désire aller au vieux chasteau de
meubler ; et me semble que vostre Saint-Germain. Il plaira au Roy mander en
apartement est le plus propre parce que quel appartement il aura agréable qu’elle
les peintres sont dans le mien. loge, et commander au premier
[…] gentilhomme de la chambre de le faire
meubler, veu que ses meubles ne sont pas
encore venus, Lefebvre, qui est à Nancy,

65 Le maréchal de La Force à Léon Bouthillier de Chavigny, La Mothe, 17 juillet 1634, original conservé
au MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 52-53.
66
Le document, de la main de Cherré, avec les réponses du roi de France en marge gauche, porte la date
du 15 juillet 1634. Il a été publié par L.-M. Avenel, Lettres, instructions…, op. cit., t. IV, p. 576-578.
46 aiant esté si mal advisé de ne les vouloir
pas laisser sortir. Sur l’ordre qu’en a eu
Monsieur de Brassac, on y a redépesché
exprez. [...]

Après une première enquête confiée à Louis Chantereau-Lefebvre, le roi de France
entend faire procéder à la liquidation les dettes du duc Charles IV, par une
commission de spécialistes.

Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à nos amés et féaux conseillers
67 68 69en nostre conseil d’Estat, les sieurs de Roissy et Léon , Aubry , du Houssay ,
intendant de nos finances, et le sieur des Champs, conseiller en nos Conseilz et maistre
des requestes ordinaire de nostre hostel, salut.
Depuis que nous avons réduict en nostre obéissance les duchez de Bar et de Lorrayne,
nous avons pris soin de pourvoir aux charges tant ordinaires qu’extraordinaires de l’un
et l’autre affin de tesmoigner aux habitans des dicts duchez en général, et en particulier
à ceux qui estoient assignés pour debtes sur les domaines qui en deppendent, que
nostre intention n’est pas de les traicter comme ennemis, mais comme nos amés
subjectz naturelz, ny que le changement de souverain apporte aulcune ruyne dans leurs
familes. À ce subject, nous avions commis le sieur Le Febvre, l’un de nos trésoriers au
bureau de nos finances en la généralité de Soissons pour se transporter en ville de

67
Tous deux ont reçu commission, en février 1633, pour négocier avec les représentants du duc de
Lorraine la modération du traité de Liverdun. Voir M.-C. Vignal Souleyreau, (éd.), Richelieu à la
conquête de la Lorraine…, op. cit., p. 94-95. Jean-Jacques de Mesmes (1559-1642), seigneur de Roissy,
est d’abord conseiller au parlement de Paris en 1583, maître des requêtes en 1594, conseiller d’État en
1600, membre du conseil des finances et du conseil des dépêches en 1613. Il a épousé Antoinette de
Grossaine, dont il a eu un fils Claude, comte d’Avaux, brillant diplomate qui représente le roi de France
lors de la signature des traités de Westphalie. Charles Brulart de Genlis, prieur de Léon (1572-1649), est
le fils de Pierre Brulart, seigneur de Crosne et de Genlis, et de Madeleine Chevalier. Chanoine de l’église
cathédrale de Paris, il est également abbé de Joyenval et de Neauphle-le-Vieux. D’abord conseiller au
parlement de Paris, il exerce les fonctions d’ambassadeur ordinaire à Venise de 1611 à 1620.
Ambassadeur extraordinaire auprès des Ligues grises, il accompagne le père Joseph à la diète de
Ratisbonne en juillet 1630. Conseiller d’État, probablement dès 1634, il est encore envoyé en mission à
Parme et à Rome en 1642 et 1643. Voir M. Haehl, Les Affaires étrangères au temps de Richelieu,
Bruxelles, Bern, Berlin…, Peter Lang, 2006, p. 240. On trouve la correspondance diplomatique du prieur
de Léon à la BnF, coll. Manuscrits français, vol. 16093-16095 et 18044 (en ligne www.bnf.gallica.fr).
68
Il peut s’agir du président en la Chambre des Comptes, Robert Aubry, déjà évoqué, ou de Jean Aubry
[ou Aubery] (1573-1636), fils de Jean Aubry, lieutenant général au siège de Tours, que l’on peut
confondre avec Jean Aubry, seigneur de Trillepert, frère de Robert Aubry. Conseiller au Grand Conseil,
reçu maître des requêtes en 1607, Jean Aubry exerce des fonctions d’intendant en Touraine entre 1618 et
1620. Il devient conseiller d’État en 1630. Son fils, Gilles-Léonor Aubry, futur président de la chambre
des comptes de Paris, naît en 1634. Voir, au sujet de Jean Aubry, F.-A. Aubert de La Chesnaye-Desbois,
Dictionnaire de la noblesse…, seconde édition, Paris, chez la Veuve Duchesne, 1772, tome IV, p. 14.
69 er
Claude I de Mallier [ou Malier] du Houssay est le fils de Sébastien de Mallier, seigneur du Houssay, et
de Marie Godé. Il entre au service du roi Charles IX dès 1572. Secrétaire des finances d’Henri III en
1581, il devient intendant de l’armée royale de Piémont en 1617. Promu intendant des finances en 1621, il
exerce aussi le contrôle général des finances en 1629, 1630 et 1636. En 1629, il est également nommé
conseiller d’État. Il a épousé, en 1600, Marie de Mélissant, et décède, très âgé en 1642. De son mariage
sont nés Claude II de Mallier du Houssay, président aux Requêtes du palais en 1631, dit « le président
Mallier », qui a épousé Marie de Bailleul, fille Nicolas Le Bailleul (1586-1652), président à mortier en
1627, futur surintendant des finances, et de Louise de Fortia ; Élisabeth de Mallier, qui a épousé, en 1621,
Nicolas Le Bailleul, devenu veuf en 1618 ; François de Mallier, évêque de Troyes en 1636. F.-A. Aubert
de La Chesnaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse…, seconde édition, Paris, chez Antoine Boudet,
1775, t. IX, p. 458 ; M. Antoine, Le cœur de l’État…, op. cit., passim.
47 Nancy, Bar-le-Duc et de ces villes, lieux, terres et seigneuries des dicts duchez, dresser
estat au vray de leur revenuz ordinaires et charges ausquelles ils sont tenuz, tant à cause
des gages, pensions, et appoinctementz des officiers que debtes contractées et rentes
constituées par les précédens ducz de Lorraine, comte de Vaudémont et le duc Charles
dernier, assignées sur les receptes des dicts duchez, affin d’establir cy-après l’ordre
nécessaire pour l’acquit d’icelles. Mais nous avons recogneu que outre les dicts gages et
rentes qui se payèrent par les officiers et sur la recepte généralle des dicts duchez,
plusieurs de noz subjectz, habitans de nostre bonne ville de Paris sont créantiers pour
sommes notables des dicts ducs de Lorrayne et comte de Vaudémont à cause des rentes
constituées à leur proffict par les agens et procureurs des dicts ducs, lesquelles rentes
leur estoient payées d’année à autre par ceux que les dicts ducs commettoient pour la
recepte de leurs rentes assignées sur l’hostel de nostre ville de Paris, et plusieurs qu’ils
tiroient de nous, et sur la craincte de la difficulté qui se pourroit rencontrer à l’advenir
au paiement des dictes rentes, aucuns des dicts créantiers auroient faict saisir les biens
du sieur de Chanvallon, marquis de Bréval, conseiller en noz conseilz, surintendant des
finances et affaires des dicts ducz en nostre royaulme, et caultion pour eux envers une
grande partye des dicts créantiers, lequel nous auroit supplyer pourvoyr à sa descharge,
l’asseurer pour l’advenir envers les dicts créantiers, leur assigner fonds pour le payement
de leurs arresrages et admortissemens de leur principal, attendu que nous jouissons
<...> les biens cy-devant employés au peyement des dictes debtes, luy faire mains levée
des dictes saisies et deffences ausdicts créantiers de saisir cy-apprès et le trouble en la
jouissance de ses biens à peine d’amande, despens, dommages et intérests, ce que nous
luy aurions favorrablement accordé. Mais d’aultant que nous ne pouvons donner un
fondz certain pour l’acquict desdites debtes, qu’elles ne nous soient cogneues, dit que
nous voulons empescher les despences inutilles qui pourroient estre faictes en justices
ordinaires, tant à la poursuitte des criées des biens du dict sieur de Chanvallon qu’en la
liquidation des dictes debtes et jugement de l’ordre des dicts créantiers, prévenir les
longueurs ordinaires en ces rencontres par les appellations interjetées et releues de noz
parlemens des appointemens préparatoires rendus sur l’instruction des causes et des
sentences deffinitives.
De l’advis de nostre conseil et de nostre propre mouvement, grâce spécialle, plaine
puissance et authoritté royalle, par ces présentes signées de nostre main, vous avons
commis et depputez, commettons et députons pour ensemble conjoinctement ou deux
de vous en l’absence des autres, <et> faire assigner devers vous tous ceux qui se dient
et prétendent créanciers des dicts ducs de Lorrayne et comte de Vaudémont et leur
enjoindre de vous représenter dans le plus bref délay que faire se pourra, tous et
chacuns les contractz de constitution de rentes, obligations, sentences, arrestz, cédulles,
promesses, arrestés de comptes, pappiers de recepte, transports, cessions, et tous actes
en vertu desquelz il prétendent par les biens des dicts ducs de Lorrayne et comte de
Vauldémont leur sont obligés, affectés et hypothécquées et touttes les dictes debtes que
vous jugerés en vos consciences avoir esté créées, légitimement vériffier et licquider au
proffict des dicts créantiers tant en principal qu’arresrages, intérests, fraicts, despens,
dommages et intérests et tous autres loyaulx cousts, comme aussy de retrancher en tout
ou partye touttes prétentions et demandes injustes d’aulcuns des dicts cérantiers, tant en
principal qu’intérests, nonobstant tous consentemens, jugemens, arrests ou
condemnations qui se trouveroient avoir esté rendues sans cause valable, ou obtenues
par surprise à l’encontre des dicts ducs de Lorrayne et comte de Vaudémont, et de
touttes les debtes que vous aurés vériffiées et licquidées. Il sera par vous faict et dressé
un estat pour icelluy rapporté et veu en nostre conseil, estre pourveu au payement
48 d’icelles, ainsy que de raison, et d’aultant qu’il est nécessaire de pourvoir à la recepte des
arresrages de rentes assignées sur nostre bonne ville de Paris, qui appartenoient ausdicts
ducs de Lorrayne et comte de Vaudémont, cy-devant employer au payement des rentes
qu’ilz ont constituées au proffict de nosdicts subjects, affin que les dicts arresrages
soient assurées aux dicts créantiers ausquelz nous les affections dès à présent, comme le
principal d’icelles rentes.
Nous avons commis et depputté, commettons et depputtons par ces présentes maistre
Laurens Pépin pour faire la recepte des arresrages assignés sur l’hostel de nostre ville de
Paris, qui appartenoient ausdicts ducs de Lorrayne et comte de Vaudémont, et deniers
qui en proviendront du fonds et rente des dictes rentes et tous autres deniers qui seront
par nous ordonnés et assignés ausdicts créantiers pour l’admortissement de leurs
principaulx et payement de leurs debtes arresrages, suivant les Estatz qui auront esté par
vous vériffiez et liquidez, et en suitte arrestez en nostre conseil et nous autres <...> et
en la charge que le dict Pépin auparavant qu’il entremette en la recepte des dicts deniers
et tous autres qui seront affectez au paiement des dicts créantiers, très tenu bailler
bonne et suffisante caultion, de tous le maniement et recepte qui sera par luy faicte en
vertu de nostre commission, laquelle caultion sera receue par les commissaires cy-
dessus nommés.
Mandons en outre que pendant la discution et vériffication des dictes debtes et jusques
au payement d’icelle et en conséquance des lettres d’Estat que nous avons accordées au
edict sieur de Chanvallon, le vingtneufiesme septembre 1633 et 4 septembre dernier,
vous ayez à tenir en surséance, comme par ces présantes, nous avons surciz touttes
saisies et exécutions, contrainctes, poursuittes et procédures qui pourroient estre faictes
par iceux créantiers, tant sur les dictes rentes assignées sur la ville, arresrages d’icelle,
hostel de Lorrayne, affin en nostre dicte ville de Paris, <...> du Roy et <...> que tous
autres biens des dicts ducs de Lorrayne et comte de Vaudémont, biens et effectz du dict
sieur de Chanvallon, desquelles nous les faisons par ces présentes plaine et entière main
levée et sans avoyr esgard à icelles saisies, sy aulcunes estoient faictes cy-après à la
requeste des dicts créantiers ou l’un d’iceux.
Voulons que les payeurs des dictes rentes vuident leurs mains en celles du dict sieur
Pépin et les fermiers des trois, comme Chanvallon, marquisat de Bréval, et autres
appartenans au dict sieur de Chanvallon pour estre les deniers qui proviendront des
arresrages des dictes rentes assignées sur la ville, employées par le dict sieur Pépin ainsy
que sera par nostre conseil ordonné de faire faire, vous donnons, donne et donnons
[sic] par ces présentes plain pouvoyr, commission et mandement spécial, voulons que
ce qui sera par vous jugé et ordonné en exécution des présentes soict exécuté
nonobstant oppositions ou appellations quelconques et sans préjudice d’icelles,
dequelles sy aulcuns intervienent nous avons réservé la cognoissance à nous et à nostre
dict conseil, icelle interdicte à tous autres, jugé à peine de nulitté et cassation de
préocédures, nonobstant touttes ordonnances, déclarations, clameur de haro, chartes,
normande et lettres à ce contraires. Car tel est nostre plaisir.
Donné à Chantilly le dixseptiesme jour de juillet, l’an de grâce mil sux cens trente quatre
et de nostre règne le vingt cinquiesme, signé Louis et plus bas est escript par le Roy,
Bouthillier et scellé sur simple queue du grand sceau de cire jaulne.


49 434. Le vicomte d’Arpajon à Chavigny, La Mothe, 17 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 58-59. Original autographe. Suscription au f° 59 v° : « à Monsieur,
Monsieur Bouteillier, consseiller du Roy en tous ces conseils et secrétaire de ces commandements ».

Le signataire relate les circonstances de l’interception du paquet de lettres évoqué
par le maréchal de La Force, et les pluies incessantes qui rendent le siège de La
Mothe plus difficile.

Monsieur,
Vous verrés un effaict de l’ordre qui avoit esté mis sur les chemeins de la Franche-
Conté. En Flandres, la compagnie de Monsieur de Molinet, dont les officiers sont très
soigneux, et auxquel je m’assurre fort, fut mize vers le Luxembourc et je leur donne
mes intelligenses que j’avois en ces peis, avec l’ordre de visittes, ce qui passeroit, en
suitte de quoy aiant veu que quelques despêches avoit esté arestées, et aiant eu advis
qu’un courrier venoit dans le Luxembourc de Bruselles, qui estoit conduit par les bois à
une lieue du grand chemein, quatre cavaliers travestis ont pris dans un bois son paquet
qu’ils m’ont porté et que j’ay remis entier à Monsieur le mareschal de La Force. Ils ont
treuvé avec les dits paquets quarante richedales. Vous ordonnerés, s’il vous plaict, ce
qu’il y aura à faire de tout cela, et à cest heure que Monsieur le mareschal de La Force
nous a dit que le Roy ne vouloit plus qu’on arestat les courriers, ils les lessèrent passer.
Je crois, Monsieur, que Monsieur le mareschal de La Force vous escrit l’estat de nostre
siège et comme nous sapons les bastions de La Motte. Celuy que j’attaque est fort
grand, et presque double des autres deux. Si Dieu nous faict la grasse de l’emporter pied
à pied, comme j’y tacheray, nous n’aurons pas garnd besoin de mines. J’espère tout du
peu de deffance que les ennemis randent, car les pluies nous incommodant comme elles
font, nous avons ung tesmoignage asseuré de leur foiblesse de ce qu’ils n’entreprenent
rien. Je voudrois bien, Monsieur, vous en pouvoir donner quelqu’un du patient désir
que j’ay de vous randre mes très humbles services pour méritter la continuation de
l’honneur de vos bonnes grâces et le nom, Monsieur, de vostre très humble et très
affectionné serviteur,
Arpajon.
Du camp de La Motte, ce 17 juhet 1634.


435. Ordres de paiement au comptant, Chantilly, 17 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 60. Copie. D’une écriture différente : « à Fleury fut expédié une
première ordonnance de cinquante mil livres à Madame la duchesse de Lorraine par comptant, sans
cause » ; « ordonnance pour Madame la duchesse de Lorraine, 17 juillet 1634 ».

Le roi de France pourvoit aux frais d’entretien de la duchesse Nicole de Lorraine et
aux frais de réparation de l’hôtel de Lorraine.

Trésorier de mon espargne, payez comptant à ma cousine la duchesse de Lorraine la
somme de soixante mil livres que je luy ay ordonnée par advence <…> moings de
l’entretenement que je luy ay accordé par les six derniers moys de la présente année et
ce nonobstant que l’estat des dicts entretenemens ne soit encores expédié et rapportant
Mla présente avecq quinctance sur ce suffisante, la dicte somme de LX livres seta
employée au premier acquit de comptant par certiffication qui s’expédiera à vostre
descharge.
50 e CFaict à Chantilly, le XVII de juillet XVI trente quatre.
Louis.
Expédiée, avec ordonnance de comptant, à la duchesse de vingt mil livres pour
eemploier aux réparations de l’hostel de Lorraine, en datte du XXIIII juillet 1634.
Autre ordonnance de comptant de cinquante mil livres sur et tant moins de cent mil
livres que le Roy a accordée pour le payement des debtes de la dicte duchesse, du
mesme jour.


436. Le comte de Brassac à Chavigny, Nancy, 18 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 61-62. Original autographe.

Le gouverneur de Nancy n’a pas obtenu les chevaux qu’il réclamait, propriété de la
duchesse Nicole de Lorraine.

Monsieur,
J’ay receu celle qu’il vous a plu m’escrire touchant ce cheval. Je demande pardon au Roy
de l’importunité que je luy en ay donnée. Je croiois que les chevaux fussent à Sa
Majesté. Je ne manqueray point de le laisser aller avec les autres, vous suppliant très
humblement qu’il ne me soit point renvoyé. Je serois bien marri de le tenir de Madame
de Lorraine, et puis ce n’est pas chose de grand’importance, estant aussy extrêmement
desplaisant de la peine que vous avés eue. Mais c’est l’honneur que vous me faites de
m’aymer qui fait que j’en use ainsy, m’assurant que vous croyés que je suis plus que tous
les hommes qui vivent, Monsieur, vostre très humble et très affectionné serviteur,
Brassac.
eÀ Nancy, ce 18 juillet 1634.


437. Le comte de Brassac à Chavigny, Nancy, 20 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 65-66. Original autographe. Suscription au f° 66 v° : « à Monsieur,
Monsieur Bouthillier, conseiller, secrétaire d’Estat et des commandemens du Roy ».

Le gouverneur de Nancy et Louis Chantereau-Lefebvre ont éclairci les circonstances
de l’affichage des placards évoqués plus haut, dont la responsabilité est imputable au
duc Charles IV. Il répugne à employer la force pour imposer le cardinal Bichi dans
le bénéfice que lui a accordé le Pape.

Monsieur,
Nous avons enfin descouvert qui sont ceux qui ont mis les placarts. C’est un qui estoit
icy supérieur des cordeliers, lequel s’est évadé. J’ay envoyé de tous costés pour le faire
attraper. Il avoit l’original, signé du duc Charles. Monsieur Lefèvre en a fait un procès-
verbal, par lequel vous verrés toutes les particularités. Je receus hier au soir une
dépesche par les mains de l’auditeur de Monsieur le cardinal Bicchi, concernant encore
son affaire. Il me presse le plus estrangement du monde pour envoyer avec mainforte le
mettre en pocession. Je luy ay dit encores qu’outre que je n’avois point un
commandement exprès du Roy pour cela, qu’y ayant un général d’armée, ce n’estoit pas
à moy d’envoyer à dix ou douze lieues d’icy pour faire violence et par cet acte faire
peut-estre crier qu’on voudroit empescher la justice. Enfin, je ne me suis pu empescher
d’envoyer à Sainct-Mihel pour parler au président et le soliciter à laisser faire le conseil
51 de cette ville, qui est ce que désire le dit auditeur. Mais je ne feray rien davantage et
pour ce que je vous escrivis encores hier, je n’adjousteray à celle-cy, sinon pour vous
baiser très humblement les mains et vous assurer que je suis, Monsieur, vostre très
humble et très affectionné serviteur,
Brassac.
Nancy, ce 20 juillet 1634.
Monsieur,
Celuy qui vient quérir les meubles et les chevaux de Madame de Lorraine est arrivé.
Monsieur Lefèvre donnera main levée de tout ce qu’on voudra emmener. Pour moy,
comme je vous manday avant hier, j’ay remis le cheval de quoy je vous avois escrit pour
estre conduit avec les autres, bien marri de la peine que j’en ay donné, puisque l’on
rencontre la diversion de Madame de Lorraine, tesmoigne pour fort peu de chose.


438. Le maréchal de La Force à Chavigny, La Mothe, 20 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 67-68. Original, de la main d’un secrétaire, sauf la signature, la
formule finale et le post-scriptum autographes. Suscription au f° 68 v° : « à Monsieur, Monsieur de
Boutillier, conseiller du Roy en ses conseils et secrétaire de ses comendemens et finances ».

Le signataire a obtempéré aux ordres du roi de France concernant la circulation des
courriers. Il préconise de confisquer les armes détenues par la population lorraine.

Monsieur,
J’observeray ce qui est de l’intention du Roy pour le passage des courriers de Flandres
en Italie, et de mesmes d’Itallie et Allemaigne en Flandres, et ne leur sera donné aucun
empeschement. Je vous ay cy-devant escript que le courrier qui portoyt les despesches
qui vous ont esté envoyées avoyt esté à l’heure mesmes laissé en liberté. La mesme
chose feust faite de celluy qui venoit du costé de Buxelles.
J’ay ce jourd’huy receu une lettre de Monsieur le marquis de Bourbonne et m’envoye la
coppie de celle qu’il a receu de Monsieur l’ambassadeur en Suisse. Je ne doubte point
qu’il ne tiene Sa Majesté bien advertye de tout ce qu’il apprent. Mais à tout hasard, je ne
laisse de la vous envoyer. Vous verrez ce qu’il dit du passage du cardinal-infant. Je seray
bien trompé sy ceste armée ne sesjourne longtemps en Tirol où aux environs, tant pour
se refaire de leur voyage que pour voyr quel cours prendront les affaires de Ratisbonne,
car sans une fort puissante armée, je ne croy pas qu’il s’engaige de-deçà. L’on tient que
l’armée espaignolle qui estoit vers Mastric a pris le chasteau de Hargentau, s’ilz
occupent de ce costé là et que le dict cardinal infant ne soit assisté de ceux-là, ou de ce
qui peut venir de vers Coloigne, qu’ils entrepreigne de passer deçà le Rhin. L’on m’a
donné des advis qu’ilz avoyt dessein, pour faire diversion, d’attaquer Trèves ou
Coblens. Mais je ne le crois pas, puisque tous les deux sont deçà la Moselle. J’approuve
fort vostre advis que tous ceux qui commendent dans les places pour le Roy veillent
soigneusement à toutes les menées qui ce peuvent faire. C’est de quoy je leur ay souvant
donné ordre et les en solliciteray encores. J’adjouste à cella qu’il seroit très nécessaire de
désarmer et les villes et le peuple, ce que je n’ay voulleu faire sans permission. J’en
attendz les commendemans de Sa Majesté. Je ne vous dis rien de nostre siège duquel
aurez aprins toutes les particularirez par Monsieur de Vignoles et aussy que Son
Éminence me commende par sa lettre de luy faire sçavoir dans quel temps je juge que
l’on en pourra venir à bout. Je luy mande assez particulièremant et vous asseure que je
ne croy pas m’y guières mescontenter. Je vous fays ceste-cy sur l’occasion qui s’offre
52 d’un de Monsieur de Lanssac, qu’il m’a dict despescher à la court, vous baysant
humblemant les mains et suis, Monsieur, vostre plus humble et très affectionné
serviteur,
Caumont La Force.
Je vous assure, Monsieur, que je suis grandement satisfait de bon secours de Monsieur
Ferrier, et que nous avons ast’heure bon nombre d’officyers et de de munitions que
j’espère que nous employerons utillement. Je prends grand soyn d’entretenyr le
cavallyer dont je vous ay faict mentyon. Il me fait espérer de rendre de bons services.


439. Louis Chantereau-Lefebvre à Chavigny, Nancy, 20 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 69-70. Original autographe. Suscription au f° 70 v° : « à
Monseigneur, Monseigneur Bouthillier, conseiller du Roy en ses conseilz et secrétaire de ses
commandemens et finances ».

Le signataire évoque les difficultés qui retardent l’acheminement, vers Paris, des
meubles de la duchesse Nicole de Lorraine, et le refus des Lorrains de reconnaître
son autorité. Le duc Charles IV revendique la propriété des chevaux tant convoités
par le comte de Brassac. Il revient ensuite sur les placards affichés au dépens des
intérêts français, et sur la responsabilité, à cet égard, des cordeliers de Nancy,
complices du duc Charles IV.

Monseigneur,
ePar vostre lettre du 4 vous me mandez de faire deslivrer à Madame de Loraine les
meubles qu’elle désirera, en prenant vallablement la descharge. C’est ce que j’ay esté
tousjours prest d’exécuter mais l’officier de la dicte dame qui estoit porteur de vostre
dépesche s’en est retourné en cour sans m’avoir rien demandé. Il est revenu d’hier et
m’a envoyé Beaulieu, qui a les dicts meubles en garde, me dire qu’il n’avoit point de
lettre ou ordre de sa maitresse à moy addressant, seulement qu’il n’avoit rien à me dire.
Je ne puis comprendre cette proceddure, car pour avoir ma descharge vallable il fault ou
que Madame de de Loraine m’escrive de faire deslivrer à son officier les meubles qu’elle
désire, ou qu’il vous plaise me commander de la part du Roy que je les deslivre à une
personne déterminée. Il semble que par haine ou mespris, ils affectent de ne point
parler à moy. C’est de quoy je me soucye fort peu, je ne suis pas venu en ce pays pour
plaire aux Lorains ou leur faire plaisir. Et néantmoings je ne voys pas que cela se puisse
terminer sans parler avec moy. Beaulieu dict bien autre chose, car il veult bien deslivrer
les meubles appartenans à la dicte dame. Mais pour les autres, ainsy qu’il les appelle de
la courinne, il déclaire qu’il ne s’en peult dessaisir qu’il n’y soit forcé, pour ce qu’il en est
chargé envers le duc Charles qui en a l’inventaire signé de luy, et que s’il en usoit
autrement, il iroit de sa vie et de la perte de tout son bien. M. le comte de Tournielle,
grand maistre d’hostel, m’a dict la mesme chose. Le sieur de Paradis, escuyer, veult une
pareille descharge des chevaux qu’il dict à présent appartenir au duc Charles et que ce
qu’il a dict cy-devant qu’ils estoient à Madame de Loraine estoit pour empescher qu’ils
ne fussent pris soubs le nom de Roy. Ces choses ne me regardent point, c’est à eux le
débat. Mais, par là, je prétens vous faire voir que l’on ne peult faire cet affaire sans me
parler et que je n’aye une personne désignére à qui je puisse faire deslivrer les meubles
et chevaux. Je ne sçay sy vous avez receu le mémoire que vous m’avez commandé de
dresser touchant l’ordre de la justice de Loraine, ny s’il vous a satisfaict. Je le vous ay
eenvoyé le IX du courant, par le courier de Madame de Loraine.
53 J’ay descouvert les autheurs du placart. J’en envoye l’information à Messeigneurs les
surintendans. Il se trouve que ce sont les cordeliers de Nancy qui estoient porteurs de
l’original signé du duc Charles, en ont faict faire des copies et l’ont débité. Je ne sçay
comme des religieux refformés se meslent de semer des libelles diffamatoires qui sont
deffendus par les loix divines et humaine. Cela nous a confirmé au soubçon que nous
avions qu’ils estoient nos principaux ennemys. Ce placart a esté affiché en presque
touttes les villes de Loraine, qui a excité les esprits des Lorains aux murmures, aux
menaces et au dény de payer les impositions aux gens du Roy, qu’ils appellent par
mespris Francillons, avec des injures sy atroces et sy villaines qu’il seroit honteux de les
eréciter. Comme je passois à Sainct-Nicolas [Saint-Nicolas-de-Port] le XII de ce mois,
j’apris que ce placart estoit affiché à la grand porte de l’esglise du dict lieu. Je l’envoyai
arracher par ung de mes gens. Il faillit d’y estre asommé, bien luy servit d’estre bien
monté. Il en fut quicte pour une infinité d’injures et à mon retour ils deslibérèrent s’ils
ne me feroient point quelque affront. À la vérité ce ne sont que des canailles qui
paroissent pour faire tels désordres. Mais il est à craindre que ce ne soient les gros qui
les poussent, car cessant cela, le peuple est assez docile. Je vous fais ce dicours pour
satisfaire au commandement que vous m’avez faict de vous donner advis de ce que je
jugeray important, en cela et en toute autre chose, je vous obéyray comme celuy qui est,
Monseigneur, vostre très humble et obéissant serviteur,
Lefèvre.
eÀ Nancy, ce XX juillet 1634.


440. Chavigny au maréchal de La Force, Paris, 21 juillet.
MAE, coll. CP Lorraine, vol. 15, f° 71. Minute, probablement autographe.

Le signataire fait part de la satisfaction du roi de France concernant le déroulement
du siège de La Mothe, pour laquelle il adresse, par anticipation, l’acte de
capitulation. Il fait état du soin particulier à porter aux archives ducales conservées
dans la forteresse.

À M. le mareschal de La Force.
Monsieur,
J’ay receu presque en mesme temps trois ou 4 des vostres avec les pacquets et lettres
interceptés que vous m’avés envoié. Je vous remercie de tout mon cœur du soin que
vous prenés de me mander des nouvelles de vostre siège, lesquelles nous contentent
extrêmement, veu la bonne espérance que vous donnés d’un prompt succès de
cett’affaire. Vous verrés par la lettre que Monseigneur le cardinal vous escrit les articles
de la capitulation qu’il est à propos d’accorder aux gouverneurs et habitants de la dicte
place. Je n’y adjousterai rien icy sinon qu’il est très important, la place se remettant entre
les mains du Roy, de prendre garde que les lettres et les papiers de M. de Loraine soient
soigneusement conservés. Le Roy trouve bon que lorsque ces couriers de Bruxelles ou
d’Italie viendront à passer par vos quartiers, vous les faciés voler et dévaliser et prendre
toutes leurs lettres, en sorte néantmoins qu’il ne paroisse point que cela se face par
ordre de Sa Majesté, et encore cela ne se fera pas trop souvent, s’il vous plaist. Je suis
etc.
eParis, ce XXI juillet.


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