Les âmes cabossées

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Les âmes cabossées est la suite et la fin du livre Les moissons des larmes, où Benjamin Bignon, jeune paysan cultivé, parle de la guerre sans ambages à son ami d'enfance Honoré, le seul à qui il se confie. Il épargne sa mère et sa bien-aimée de l'épouvante du conflit, qui hache les corps et les consciences. À travers sa correspondance, il réaffirme les liens solides qui unissent les poilus. Ce sentiment d'affection, entre soldats d'une même escouade, pallie quelque peu l'absence des êtres chers.
Publié le : vendredi 15 janvier 2016
Lecture(s) : 2
EAN13 : 9782336400792
Nombre de pages : 190
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20,50
Daniel Liechty
Les âmes cabossées
ou Un poilu raconte sa guerre
Les âmes cabossées
07/12/15 19:24
Les âmes cabossées ou Un poilu raconte sa guerre
DanielLIECHTY
Les âmes cabossées ou Un poilu raconte sa guerre
Du même auteur Les lumières de ma vie, Publibook, 2008 Les moissons des larmes, L’Harmattan, 2012 Note de l’auteur :Si ce texte n’est qu’une fiction, elle s’appuie néanmoins sur des centaines de lettres envoyées par les Poilus à leur famille ou à un ami. C’est au travers de ces correspondances que le soldat se confie. Parfois, quand il a besoin de parler des moments les plus sombres de la guerre, il relate l’inénarrable, comme pour soulager son esprit d’un poids à nul autre pareil. J’ai tenté d’approcher cet esprit-là. J’espère, avant tout, lui avoir été fidèle. Remerciements : Je remercie vivement mon ami, Maurice Vidal, professeur de philosophie, pour son excellent travail de correction. Je sais gré enfin, à Josette, mon épouse, qui m’évite bien des tracasseries avec le traitement de texte. Photographie de couverture de l’auteur : le monument aux morts de la commune de Prats-de-Mollo (66). © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07735-2 EAN : 9782343077352
1916
Dieu ne m’habite pas, mais je suis sûr d’avoir vu le Diable.
Depuis sa capture,Benjamin avait été contraint de changer de train. S’il avait côtoyé les infirmières religieuses au chevet des blessés germains dans un premier transport, il avait dû rejoindre ensuite celui de prisonniers qui se rendaient à Cassel, en Allemagne. Les images tournaient dans son esprit comme une toupie,jusqu’au tournis. La torture, voilà ce qu’elles représentaient. Le si joli visage de Julie accroché à ses souvenirs le réconfortait.Mais d’autresvisions revenaient le mordiller, celleslà particulièrement affligeantes. Il aurait tellement voulu ne pas y songer. Il aurait tellement voulu ne pas penser à cette angoisse juste avant l’attaque qui, inévitablement, présupposait le tombeau des pères de famille et autres jeunes hommes emportés dans le même tourbillon. Il ne pouvait s’empêcher de revoir ces scènes où l’ignoble et le paisible dansaient ensemble depuis trop longtemps.Pourtant le présent l’inquiétait aussi. Pas de combat, pas de sang :l’idée seule de quitter le territoire français le perturbait. Ce train qui l’emmenait vers l’inconnuroulait lentement. Il laissait souvent passer les convois chargés de soldats. A chaque départ de la rame, les têtes et les corps mimaient involontairement les gestes saccadés de marionnettes qui, parfois même, se heurtaient sèchement. Les prisonniers français, dont Benjamin faisait partie, étaient regroupés dans plusieurs compartiments, surveillés par des hommes de troupe. Seuls les bruits réguliers des roues sur le rail perturbaient le silence. Des regards balayaient l’espace pour s’arrêter sur une mimique ou un geste machinal d’un compatriote perdu comme les autres dans cette situation minable, sur laquelle ils n’avaient aucune prise.Pour le moment, tous étaient un peu abattus. Ces longs mois de guerre et cette détention naissante leur sapaient le moral. Le froid nocturne les contraignait à se blottir dans leur capote, anéantissant toute intention de discuter.Et même s’ils essayaient,la voixd’un gardienclaquait comme un fouet, imposant le silence. Certains dormaient profondément. Etaientils dans leur foyer ? Revoyaientils leurs copains tomber près d’eux? Songeaientils déjà à se faire la belle ? Visages détendus chez les uns qui sommeillaient, ou visages sombres chez les autres envahis par le tracas ?Cette nuit glaciale et d’encre ressemblait à leur cœur.Une fois de plus le convoi respectal’arrêt. Dans cette petite garefaiblement éclairée, des soldats en nombre se confondaient avec la nuit. Ils attendaient de s’en aller vers le front. Sur la voie voisine se préparait le départ de la troupe. Le froid ne les incommodait pas. Les chants à tuetêteet l’alcool leur procuraient quelques bienfaits furtifs, à tel point que quelquesuns éprouvaient du mal à se tenir debout. 9
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