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Les anges sont-ils nés en Mésopotamie ?

De
230 pages
La Bible nous présente différents types d'anges qu'il n'est pas toujours facile d'identifier. Ces êtres sont bien souvent le résultat de la fusion de personnages - la plupart du temps hybrides - issus de cultures proche-orientales plus anciennes. Le sphinx et le taureau ailé androcéphale seraient les ancêtres du chérubin biblique. Cette synthèse de nos connaissances actuelles sur les origines proche-orientales de la figure de l'ange nous fait connaître les origines (parfois étonnantes) de la Bible.
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LES ANGES SONT-ILS NÉS EN MÉSOPOTAMIE?

Religions et Spiritualité Collection dirigée par Richard Moreau
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d'ouvrages: des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l'homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux. Dernières parutions

Gérard LECLERC, La guerre des Ecritures. Fondamentalismes et larcité à l'heure de la mondialisation, 2009. Paul WINNINGER, Pour une Eglise juste et durable, Célibat libre et appel à la prêtrise, 2009. Bruno BÉRARD, Initiation à la métaphysique, 2008. Yona DUREAU et Monique BURGADA (dir.), Culture européenne et kabbale, 2008. André THA YSE, Accomplir l'Écriture. Jésus de Nazareth: un enseignement nouveau, 2008. Guy DUPUIGRENET DESROUSSILES, Jeanne d'Arc contre Jeanne d'Arc, 2008. Marie-Thérèze LASSABE-BERNARD, Les houttériens, 2008. Daniel S. LARANGE, La Parole de Dieu en Bohême et Moravie. La tradition de la prédication dans l'Unité des Frères de Jan Hus à Jan Amos Comenus, 2008. Eugène VASSAUX, Eglises réformées d'Europe francophone, 2008. Régis MOREAU, Dans les cercles de Jésus. Enquête et nouvelles interprétations sur le maître et ses disciples, 2008. Pierre LA VIGNE, Comment je suis encore chrétien, 2008. Michel MENDEZ, La messe de l'ancien rite des Gaules, 2008. Yona DUREAU et Monique BURGADA, Culture européenne et kabbale, 2008. Pierre DOMEYNE, Michel Servet (1511-1553). Au risque de se perdre, 2008. lean-Paul MOREAU, Les avatars du protestantisme aux EtatsUnis de 1607 à 2007, 2008. Francis LAPIERRE, Les Rédacteurs selon saint Jean, 2008.

AURÉLIEN LE MAILLOT

LES ANGES SONT-ILS NÉS EN MÉSOPOTAMIE?
Une étude comparative entre les génies du Proche-Orient antique et les anges de la Bible

L' Harmattan

IIlustrations de couverture:
A gauche: A droite: DÉTAIL DU PANNEAU CENTRAL DU TRIPTYQUE DE L'ANNONCIATION, GÉNIE ANTHROPOMORPHE TÉTRAPTÈRE, bas-relief, vers 717-706 avo l-

Rogier van der Weyden, vers 1440, 86 x 92 cm, Paris, Musée du Louvre. C., palais de Sargon II, Khorsabad, plâtre, H. 305 cm, Paris, Musée du Louvre, AO 19865. Photos, dessins et cartes: Aurélien Le Maillot.

L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005

@

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-08129-1
EAN : 9782296081291

Notes préliminaires

La transcription
Tous les termes utilisés dans cet ouvrage ont été transcrits en caractères romains. Selon la convention en vigueur chez les assyriologues, les termes sumériens sont transcrits en lettres capitales, et les termes akkadiens en italique. Les autres termes étrangers (latins, grecs, hébreux, arabes...) sont eux aussi transcrits en italique selon l'usage. Cette règle ne concernera pas les noms propres. Tous les termes étrangers conservent la même transcription dans cet ouvrage, à l'exception de ceux contenus dans les traductions. Par respect pour le travail des traducteurs, nous avons voulu conserver la transcription d'origine. On ne s'étonnera donc pas qu'un terme soit orthographié de manière différente dans une traduction et dans le corps de texte de cette étude.

La prononciation
Voici un bref aperçu des règles de prononciation du sumérien et de l'akkadien: - il n'y a pas de e muet - la lettre u se prononce ou (Pazuzu se prononce donc "Pazauzau") - toutes les consonnes sont dures (Ningirsu se dira "Nineguirsau", et non "Nainjirsu") - l'accent circonflexe et l'accent "plat" (ii) souligne un allongement de la voyelle

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- les accents aigus ou graves n'ont aucune incidence sur la prononciation - la lettre s se prononce ch (Assur se dira "Achour", et non "Assur" comme dans le début du mot "assurance") - la lettre ~ se prononce ts (Assuma~irpal donc "Achournatsirpal")
-

se prononce

la lettre

t:se prononce

comme notre t normal comme la jota

la lettre h se prononce pratiquement espagnole

Les abréviations
La liste qui suit recense utilisées dans cet ouvrage: col. : colonne( s) éd. : éditeur scientifique H. : hauteur fig. : figure(s) ill. : illustration(s) I. : ligne(s) L. : longueur La. : largeur p. :page pl. : planchees) pp. : pages tab. : tablette(s) vers. : verSIOn Ancien Testament Am. : Amos 1 Ch. : Premier Livre des Chroniques 2 Ch. : Deuxième Livre des Chroniques Dn. : Daniel les abréviations couramment

Dt. : Deutéronome Ex. : Exode Ez. : Ezéchiel Gn. : Genèse Ha. : Habaquq Is. : Isaïe Jb. : Job Jg. : Livre des Juges Jas. : Livre de Josué Jr. : Jérémie Lm. : Lamentations 2 M. : Deuxième Livre Maccabées Nb. : Nombres Ps. : Psaumes 1 R. : Premier Livre Rois 2 R. : Deuxième Livre Rois 1 S. : Premier Livre Samuel

des

des des de

6

2 S. : Deuxième Samuel Tb. : Tobie Zao : Zacharie

Livre de

Nouveau Testament Ap. : Apocalypse 2 Co. : Deuxième Epître de saint Paul aux Corinthiens Col. : Epître de saint Paul aux Colossiens Ep. : Epître de saint Paul aux Ephésiens

Hé. : Epître de saint Paul aux Hébreux Jude: Epître de saint Jude Lc. : Evangile selon saint Luc Mt. : Evangile selon saint Matthieu Ecrits apocryphes 3 Ba. : Apocalypse grecque de Baruch 1 Hén. : Livre d'Hénoch 2 Hén. : Livre des Secrets d'Hénoch

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Table des matières

Notes préliminaires Avant-propos I) Origine et nature des génies et des anges 1) Origine étymologique et textuelle A) La terminologie sumérienne et akkadienne B) Les divinités proche-orientales dans les textes bibliques.. C) L'étymologie des termes ange, chérubin et séraphin.. D) Le terme .djinn E) Les transmissions directes des textes F) Les étapes des transmissions indirectes 2) Origine mythologique 3) La nature des génies et des anges A) Le caractère divin des génies et des anges B) Le rang des génies et des anges C) La matérialité du corps 4) Les génies et les anges déchus 5) L'individualisation des génies et des anges II) Apparence des génies et des anges 1) Le pouvoir d'invisibilité 2) L'éclat corporel 3) Les ailes 4) L'apparence corporelle A) Les apparences hybrides a) Les génies. b) Les chérubins c) Les séraphins 9

5 Il 19 19 19 20 23 27 27 31 32 37 37 40 41 45 47 51 51 51 54 59 59 59 70 85

B) Les apparences anthropomorphes a) Les génies b) Les chérubins c) Les séraphins d) Les anges III) Fonctions des génies et des anges 1) Au service des grands dieux.. 2) Messager et intermédiaire 3) Protecteur de l'homme 4) Gardien de temple et de palais 5) Gardien de l'arbre de vie 6) Assesseur de trône 7) Messager de la mort 8) Soldat de l'armée divine 9) Membre du culte divin 10) Hiérarchie divine Conclusion Table des figures Annexes Bibliographie Index

87 87 88 90 91 95 95 104 116 130 144 152 156 158 163 165 171 179 181 185 211

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Avant-propos

Au centre encore, apparaissaient quatre animaux, dont l'aspect avait une ressemblance humaine. Chacun d'eux avait quatre faces, et chacun avait quatre ailes. Leurs pieds étaient droits, et la plante de leurs pieds était comme celle du pied d'un veau (...). Ils avaient des mains d'homme sous les ailes à leurs quatre côtés (...). Quant à la figure de leurs faces, ils avaient tous une face d'homme, tous quatre une face de lion à droite, tous quatre une face de bœuf à gauche, et tous quatre une face d'aigle. Ez. I, 5-10. Ce passage d'Ezéchiel dans lequel le prophète décrit sa vision de chérubins monstrueux n'a cessé d'exalter l'imagination des artistes tout au long du Moyen Age, et tout particulièrement les enlumineurs. Cette vision est celle qui a donné le tétramorphe, figure bien connue des quatre évangélistes. Et pourtant, les hommes du Moyen Age ignoraient que cette image trouve son origine au Proche-Orient, dans l'iconographie des génies hybrides dont Ezéchiel s'est inspiré et qu'il a découverts lors de sa déportation à Babylone. Mais aujourd'hui encore, combien de visiteurs savent, lorsqu'ils contemplent les quatre évangélistes représentés avec leurs symboles sur le tympan d'une église, qu'ils ont sous les yeux l'aboutissement d'un modèle iconographique né quatre mille ans plus tôt en Mésopotamie?

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Depuis les premières fouilles archéologiques au Prochehistoriens et Orient au XIXème siècle, les archéologues, philologues ont en effet démontré que nombre de récits et de concepts bibliques s'inspirent ou dérivent de la mythologie et de la culture proche-orientales, et plus précisément mésopotamiennes. Ainsi, dès 1872, George Smith démontra que le récit de la Genèse narrant le Déluge n'est en fait qu'une des différentes versions d'un mythe mésopotamien que l'on trouve dans Le Poème d'Atrahasîs et L'Epopée de Gilgamd. Le modèle de l'ange de l'Ancien Testament, que l'on retrouve à la fois dans le judaïsme, le christianisme et l'islam, s'inscrit également dans cet héritage. Certaines divinités secondaires, génies - et même parfois démons! de Mésopotamie et des régions limitrophes sont de toute évidence des prototypes angéliques, à tel point qu'il est permis de se poser la question suivante: les anges sont-ils nés en Mésopotamie? Les assyriologues ont depuis longtemps déjà l'intuition que la figure de l'ange doit beaucoup à ces génies et consorts mésopotamiens. Dans les ouvrages scientifiques émergent bien souvent des remarques et des interrogations sur le rattachement de l'ange à telle divinité ou image qui font immanquablement songer aux serviteurs divins de la Bible. Et ce à juste titre car, rappelons-le, la Bible est née au Proche-Orient; on y trouve ainsi un enchevêtrement d'éléments issus de civilisations et de cultures différentes que philologues et historiens des religions ne cessent de tenter d'identifier et de démêler. La Bible est issue de ce melting-pot foisonnant, et les ramifications des sources inspiratrices de ces écrits saints se retrouvent bien loin dans le

temps

-

nous parlons de textes écrits sur un millénaire!
-

-

et
à

l'espace

vaste Proche-Orient
les nombreuses

dont la science commence
civilisations.

peine à dévoiler

Aucune étude n'a encore véritablement fait la synthèse des connaissances actuelles sur la question. C'est aussi l'occasion de tenter de différencier ce qui tient réellement de la filiation entre le génie et l'ange, c'est-à-dire ce qui est véritablement un legs proche-oriental, et ce qui ne relève que d'une analogie 12

religieuse sans élément de cause à effet. Car, après tout, n'oublions pas que similitude ne signifie pas connexion. Il faut pour cela tenter de reconstituer l'évolution des modèles. Sans cela, nous tomberions dans la facilité, le raccourci déductif, celui-là même qui fait affirmer à certains pseudo-scientifiques que pyramides égyptiennes et précolombiennes ont forcément pour base commune une même civilisation. Laquelle? Les lecteurs d'histoires à sensation auront reconnu l'un des écueils

récurrents - que l'on trouve encore aujourd'hui dans des papiers douteux! - s'affirmant pourtant comme argument de l'existence
de l'Atlantide. C'est oublier que l'homme, le même en tout lieu et tout temps, apporte le plus souvent la même réponse à un même problème: comment se rapprocher le plus près possible des dieux? En s'élevant vers les cieux par de hautes constructions, bien sûr... Voilà pourquoi la tâche proposée, bien que passionnante, n'est pas aisée. Gardons-nous de voir ce que nous voulons trouver. Aussi bien au niveau du concept que de la forme, les indices de cette filiation se trouvent sous de multiples formes. Il peut s'agir d'un objet, d'une image, d'une légende, ou même de la sonorité d'un mot ou de son sens. Nombreux sont les emprunts bibliques aux mythes proche-orientaux, et en particulier mésopotamiens. Nombreuses aussi sont les images

mésopotamiennes

-

gravées dans la pierre - que l'ont retrouve -

cette fois écrite, et donc pensées - dans les textes saints. C'est pourquoi les sources de cette étude sont à la fois matérielles et textuelles. Car, après tout, c'est bien l'évolution d'un modèle iconographique et textuel que nous essayons de retracer. De plus, beaucoup d'êtres hybrides ou de génies sont d'abord connus par leurs représentations iconographiques avant de l'être par les textes, notamment au nrme millénaire avo J.-c. où ces derniers sont plus rares. Ce n'est donc que par la confrontation de ces deux types de sources que nous pourrons être à même de comprendre la véritable nature de ces êtres. Les objets présentés dans le cadre de cette étude sont pour la plupart mésopotamiens, parfois syriens ou cananéens, et tous proche-orientaux. Les textes quant à eux sont essentiellement 13

ceux des mythes mésopotamiens et de l'Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que quelques textes apocryphes intertestamentaires. Afin de préciser au mieux l'évolution du génie vers l'ange, nous nous sommes aussi permis quelques références au Coran et aux écrits du zoroastrisme, bien que ceux-ci soient tout à fait minoritaires dans cette étude. Les recherches proposées ici s'inscrivent dans une trame chronologique qui s'étend du début du même millénaire avo J.e., époque des premiers écrits sumériens et du développement des premiers êtres hybrides, jusqu'aux premiers siècles de notre ère, époque correspondant à l'achèvement de la rédaction de la Bible'. La présente étude concerne la zone géographique où les modèles iconographiques des êtres hybrides, des génies et des prototypes des anges se sont développés. Cette étude est certes très centrée sur la Mésopotamie, mais la zone concernée comprend également l'Elam, l'Anatolie, la région syrienne et cananéenne, et aussi, dans une moindre mesure, l'Egypte et Chypre. Ce travail induit donc une étude comparative entre les deux types d'êtres que sont les génies et les anges. Nous tâcherons de présenter les parallèles entre ces deux types, d'en dégager, lorsque cela est possible, ce qui a été transmis (directement ou indirectement) ou non, et d'établir les contextes d'élaboration et de diffusion des modèles. Il s'agit d'établir, dans la mesure du possible, les influences cultuelles subies et modifiées par les auteurs des différents livres de la Bible. L'image et le concept de l'ange se sont créés et se sont développés dans un contexte d'échanges culturels intenses. Ce n'est que par la restitution de ce contexte que nous pourrons espérer comprendre comment s'est constitué ce modèle iconographique et textuel.

I

Nous nous sommes néanmoins pemis quelques incartades dans les périodes de
relatives à

l'Antiquité tardive et du Moyen Age, notamment dans les études l'iconographie, atïn de montrer l'évolution des modèles étudiés.

14

Au sujet de l'étude des divinités secondaires mésopotamiennes, ou plus largement proche-orientales, précisons dès maintenant que l'étude portera aussi bien sur les génies que les démons car, à l'origine, ces deux types d'êtres étaient confondus. Par définition, et de manière générale, lorsque nous emploierons le terme génie, nous désignerons une divinité mineure bénéfique2. Par opposition, le terme démon désignera une divinité mineure maléfique3. Lorsque nous emploierons les termes divinité mineure, divinité inférieure ou divinité secondaire, nous désignerons un dieu ou une déesse occupant un rang peu élevé dans le panthéon mésopotamien, sans précision du caractère bon ou mauvais de la divinité. Ces recherches se développent selon trois axes majeurs. L'étude de la filiation et de l'évolution des modèles du génie mésopotamien et de l'ange biblique présuppose tout d'abord de définir ces deux concepts. Une analyse approfondie de l'origine et de la nature de ces figures permet de discerner la manière dont ces créatures sont perçues et comprises. On considérera deux types d'origine: l'origine étymologique, et l'origine mythologique. L'aspect étymologique permet de mieux comprendre le concept qui se trouve derrière le mot, et d'éclairer certains aspects de l'être nommé. L'aspect mythologique quant à lui nous documente sur la création des modèles. La nature des génies et des anges quant à elle permet de les situer par rapport aux hommes et aux divinités supérieures. On notera également la figure particulière de l'être déchu de son rang, figure bien connue dans la Bible, moins peut-être en ce qui concerne les mythes mésopotamiens, qui se retrouve étonnamment dans ces deux corpus textuels. De même, les cas de génies et d'anges qui se différencient de leurs

2

Par extension, le terme génie est parfois utilisé dans le sens subtilement "divinité mineure non foncièrement maléfique". Il nous est arrivé dans d'employer ce terme avec cette définition, mais le contexte permet toujours entre les deux sens. 3 En revanche, le terme démon ne souffre aucune équivoque. Un démon maléfique.

différent de cette étude de trancher est toujours

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pairs par certains éléments individualisants constituent, sous certains aspects, un lien évident entre génies et anges. La deuxième partie de cet ouvrage se focalisera plus particulièrement sur l'image (pensée ou matérialisée), c'est-àdire l'aspect des génies et des anges. L'étude et la comparaison des différentes figures, en contexte, est l'étape qui pennet de faire émerger les filiations possibles entre ces modèles iconographiques. Certains caractéristiques particulières sont récurrentes aussi bien chez les génies que chez les anges; le pouvoir d'invisibilité, l'éclat corporel, les ailes dont sont dotés certains individus, sont autant d'éléments en commun chez ces êtres. Plus particulièrement, les différentes apparences corporelles (parfois fort convergentes! ) sont révélatrices de concepts proches, et parfois empruntés. On distinguera deux groupes les apparences hybrides, et les apparences anthropomorphes. Enfin, le legs des génies prend aussi la forme de fonctions transmises à leurs descendants bibliques. Parmi les fonctions communes aux génies et aux anges, il convient d'opérer un "tri" entre ce qui relève de la transmission, et ce qui n'est qu'une similitude sans lien entre ces figures. Ainsi, génies et anges composent une véritable cour composée de différents serviteurs divins réunis autour de leurs dieux respectifs. Les figures les plus connues sont celles du messager, du protecteur de l'homme, du gardien - de lieux ou de bâtiments, mais aussi de l'arbre de vie, motif que l'on retrouve au Proche-Orient mais aussi dans la Bible - , de l'assesseur de trône, du messager de la mort, du soldat divin et enfin du membre du culte divin. On remarquera pour terminer que ces figures divines s'inscrivent dans une hiérarchie qui ordonne, de façon plus ou moins structurée, les différents types de génies et d'anges. Ce travail de synthèse - avec également quelques propositions nouvelles qui pourront peut-être être retenues par les autres chercheurs - pourra servir d'ouvrage d'appoint pour qui étudie les génies et êtres hybrides mésopotamiens ou les anges. Mais aussi, nous l'espérons, intéresser l'amateur d'histoire, d'art et d'archéologie, curieux d'apprendre les origines, parfois fort méconnues, des éléments fondateurs de 16

notre civilisation occidentale dont la Bible est l'une des bases fondatrices.

17

l

Origine et nature des génies et des anges
1) Origine étymologique et textuelle A) La terminologie sumérienne et akkadienne

En sumérien, les deux idéogrammes UDUG (en akkadien utukku) et LAMA (en akkadien lamassu), qui désignent une entité proche du daimon grec, expriment une entité non différenciée]. La différence entre génie, puissance surnaturelle bienveillante, et démon, être mauvais, n'apparaît qu'à l'époque akkadienne. L'idéogramme KAL a quant à lui un sens similaire. Le terme daimon renvoie à un type de divinité bonne ou mauvaise2. Le terme a pris plus tard d'autres sens tels que destin ou génie. Plus communément, le terme désignait des divinités secondaires de rang intermédiaire entre les hommes et les grands dieux. Le terme a pris une connotation négative durant la période intertestamentaire, alors que la littérature juive était véritablement découverte par les rédacteurs grecs. Ce déplacement de sens aurait pour origine d'une part la période de l'exil (Vlème siècle avo J.-c.), et d'autre part le dualisme zoroastrien qui oppose le bien au mal.

J LEIBOYICl, Marcel, 1971, pp. 103-104; JOANNÈS, Francis, 2001b, p. 226 ; VILLARD, Pierre, 2001, p. 347. 2 RILEY, Greg, J., 1995a, col. 445-446 el 450.

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Le terme sumérien MASKIN et le terme akkadien riibisu désignent des êtres surnaturels souvent traduits en français par démons, alors que là encore ils peuvent désigner des êtres bons ou mauvais, même si le plus souvent ils étaient nuisibles3. En réalité, notre mot français n'a pas d'équivalent en sumérien ou en akkadien. C'est pourquoi la comparaison du génie et de l'ange se doit d'étudier aussi bien les divinités secondaires bénéfiques que maléfiques. Il existe enfin différents autres termes qui pouvaient servir à désigner les démons, notamment UDUG ou utukku, et GIDIM ou e temmu qui signifient plutôt jantôme4. Ce dernier terme est d'ailleurs passé en hébreu sous la forme timî.

B) Les divinités bibliques

proche-orientales

dans les textes

Les démons babyloniens se retrouvent à travers toute l'Asie de l'Ouest, ainsi qu'en Grèce et dans les démonologies juive et chrétienné. Par exemple, la démone Lamastu existe chez les Grecs sous le nom de Lamia (et partage aussi de nombreuses caractéristiques avec la Gorgone grecque, ce qui pourrait là encore révéler un emprunt à la culture mésopotamienne: chacune des démones tient généralement des serpents dans chaque main et est entourée de lions et d'un cheval ou d'un âne). Son nom a donné celui des lamies (toujours chez les Grecs), des êtres féminins malfaisants dont Gellô, l'une d'entre elles, se retrouve aujourd'hui encore chez les chrétiens roumains. L'origine de ces dernières provient peut-être du gallû babylonien, à qui la démone Gellô devrait d'ailleurs son nom. La plupart des démons que nous trouvons dans la religion hébraïque proviennent donc de Babylonie.

3 RACHET, Guy, 1999c, p. 133 ; JOANNÈS, Francis, 2001b, p. 226 ; BLACK, Jeremy et GREEN, Anthony, 2003c, p. 63. 4 LANGDON, S., 1934, p. 51. 5 LANGDON, S., 1934, pp. 49,52 et 55; BURKERT, Walter, 1992, p. 83 ; RILEY, Greg J., 1995a, col. 448.

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Ainsi, les sëdu, dont nous reparlerons par la suite, sont mentionnés à plusieurs reprises dans l'Ancien Testament6. Par exemple, à Ps. CVI, 37, et à Dt. XXXII, 17, les Cananéens sacrifient aux sëdu. Sëdu a été traduit par daimon dans la Septante, et par idole ou démon dans diverses traductions françaises. De même, le lahmu, attesté dans la littérature sumérienne, akkadienne, babylonienne, néo-assyrienne et mari ote (notamment dans le texte mythologique de L'Epopée de la Création, aussi connu sous le nom de Enûma EliS), apparaît, selon les traductions, dans Jg. V, 87. II y aurait de plus des liens entre le lahmu et le lhm de l'Ancien Testament. On retrouve aussi l'heptade des démons babyloniens à Dt. XXVIII, 228. Humbaba serait aussi présent sous la forme d'Hobab le Kenite9. Cependant, ses fonctions seraient différentes. Baal Zebub quant à lui apparaît quatre fois dans l'Ancien Testament, à 2 R. I, 2 ; I, 3 ; I, 6 ; I, 16. Zebub signifiant mouche en hébreu, nous avons donc là un "seigneur des mouches"lO. Dans le Nouveau Testament, il devient Beelzebub ou Belzebuth. La forme originelle de cette divinité pourrait être Baal Zebul qui signifie le seigneur de la grande maison. Le nom pourrait aussi venir de la racine ZBL connue en akkadien et en arabique et qui signifie prince. Le nom signifierait donc le prince Baal, Baal étant un dieu de l'orage sémitique et notamment cananéen 11. Baal (ou bël) signifie le Seigneur et désigne parfois certaines divinités comme par exemple Marduk appelé Bël à Babylone ou le dieu de l'orage Addu que l'on retrouve à Ugarit. Resep, qui apparaît à Ha. III, 5, est le nom d'un dieu connu des Sémites occidentaux dès le nèmemillénaire. Le nom de cette
6 LANGDON, s., 1934, p. 52; DHORME, Edouard, ]937, p. 245; OPPENHEIM, Léa, 1970, p. 210; RILEY, Greg J., 1995a, col. 448. 7 HErDER, George C, 1995, col. 937-938. Le terme remplace alors l'expression "nouveaux dieux". 8 RILEY, Greg J., ] 995a, col. 448. 9 VANDER TOORN, Karel, 1995, col. 819. JOHERRMANN, Wolfgang, 1995, col. 293-295. Il MOSCATI, Sabatino, ]955, p. ] 12.

21

di vini té est attesté dans les textes ugaritiques, phéniciens et araméens sous la forme rsp, en éblaïte par le mot rasâp, en akkadien par le mot rasâp, et en égyptien sous la forme rSp(W)12. Le nom originel pourrait être akkadien, mais cette divinité est attestée dans de nombreuses civilisations: en Palestine, en Egypte, à Ebla dès le nfme millénaire, ainsi qu'à Ugarit, chez les Araméens et chez les Phéniciens. Son insertion dans la Bible pourrait être issue de la démonisation d'un dieu cananéen soumis à Yahvé. De plus, d'après une tablette retrouvée à Ras-Shamra, Resep serait identifié à Nergal dont le culte est attesté en Palestine à la période hellénistique13. Deux divinités maléfiques lui sont parfois associées: Deber et Qe~eb. Deber serait un démon d'origine mésopotamienne. Il est mentionné avec Resep à Ha. III, 5. Il est de plus cité dans un texte ugaritiquel4. Qe~eb quant à lui est mentionné quatre fois dans l'Ancien Testament. Le démon apparaît aussi dans des textes ugaritiquesl5. Le démon de midi, que l'on trouve par exemple à Ps. XCI, 6, trouve ses origines dans la croyance proche-orientale d'un démon auquel on attribuait les symptômes dus à la chaleur de midi 16. Enfin, nous retrouvons Lilith, démone proche-orientale, à Is. XXXIV,15. Nous voyons ainsi que de nombreux démons mésopotamiens se retrouvent dans les textes bibliques. Quant aux dieux étrangers aux Hébreux, ils sont transformés en démons dans la Bible. Il convient maintenant d'étudier les êtres angéliques dans la Bible et voir si, comme pour les quelques démons cités plus haut, nous pouvons les rattacher à des concepts mésopotamiens.
12 DEL OLMO LETE, Gregorio, 1995. col. 439 ; XELLA, Paolo, 1995, col. 1324-1325 et 1330; RACHET, Guy, 199ge, p. 328. 13 MA YANI, Zacharie, 1956, p. 224 ; CASSIN, Elena, 1968, p. 8 ; WYATT, Nicholas, 1995, col. 1270. 14DEL OLMO LETE. Gregorio. 1995, col. 438. 15WYATT, Nicholas, 1995, col. 1269. 16RILEY, Greg J., 1995b, col. 448 et 1072.

22

C) L'étymologie séraphin

des

termes

ange,

chérubin

et

Comme nous le verrons par la suite, il existe plusieurs types d'anges. En réalité, la plupart ne sont que des concepts ou des fonctions transformés par la suite en catégories d'anges qui n'ont été mises en ordre et hiérarchisées qu'au Vrme siècle ap. J.-c. par le Pseudo-Denys l'Aréopagite dans son ouvrage Hiérarchie céleste17. C'est pourquoi l'étude des différentes origines étymologiques ne concernera que l'ange, le chérubin et le séraphin. Le terme ange vient du latin angelus, qui vient lui-même du grec aggelos signifiant messager18. Il désigne un être divin qui joue les intermédiaires entre les hommes et Dieu. Le terme apparaît cent soixante-quinze fois dans le Nouveau Testament. Ce terme grec traduit l'hébreu mal' ak signifiant aussi messager. Mais si les termes français, latin et grec renvoient uniquement à un être divin, le terme hébreu désigne quant à lui un messager la plupart du temps humain mais qui parfois peut être un envoyé divin de Dieu (ce terme apparaît plus de deux cents fois dans l'Ancien Testament, mais seule une petite partie de ces occurrences renvoie à un être angélique). Au Proche-Orient, les messagers divins sont aussi désignés par des termes qui renvoient à des messagers humains: KINGIA ou SUKKAL en sumérien, mar sipri en akkadien, wpwty en égyptien, gtm ou ml' ak en ugaritique, mal' ak en éthiopien. La filiation de l'ange avec les êtres divins du Proche-Orient par l'étymologie seule est donc difficile et insuffisante. Il n'en est pas de même pour le chérubin et le séraphin.

17 Pour la question de la hiérarchie des anges et le classement du Pseudo-Denys l'Aréopagite, voir p. 167 et suivantes. 18 MEIER, Samuel A., 1995a, col. 81-82 ; VAN HENTEN, Jan Wil1em, 1995a, col. 90 ; GIORGI, Rosa, 2004, p. 282.

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