Les associations sous la colonisation à Madagascar (1896-1960) Tome 1

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Le rôle des associations à Madagascar fut prépondérant dans la formation de la conscience politique malgache. Quatre mille ont été recensées sous la période coloniale (1896-1960). Quels types d'associations ont été fondées ? Quels ont été leurs objectifs ? Après les évènements de 1947, les associations de "loisirs" ont permis sans attirer l'attention de développer une activité politique. A partir de 1956, année de la loi cadre, elles ont servi de viviers, de laboratoires d'apprentissage de la chose publique.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782296220096
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Les associations sous la colonisation à Madagascar (1896-1960)
Tome1
Leur rôle dans la construction de la conscience ethnique et nationale

Alain-Aimé RA]AONARISON

Les associations

sous la colonisation

à Madagascar (1896-1960)
Tome1
Leur rôle dans la construction de la conscience ethnique et nationale

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.]ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07829-] EAN : 978229607829]

Remerciements
Cet ouvrage n'aurait pu aboutir sans le concours de ceux qui nous ont aidé. Nous tenons à exprimer notre profonde reconnaissance pour Madame le Professeur Françoise Raison-Jourde. Nos remerciements vont également à Madame Faranirina Rajaonah, à Monsieur Emmanuel Tehindrazanarivelo et à Monsieur Jean Fremigacci, dont les conseils ont été précieux. Nous remercions vivement le Père Rémi Ralibera, les regrettés Pasteur Daniel Ralibera et le Professeur Albert Rakoto-Ratsimamanga, le personnel des Archives de la République malgache à Antananarivo, celui des Archives d'Outre-mer d'Aix-enProvence, ainsi que le Directeur de la Bibliothèque et des Archives du Grand Orient de France à Paris qui ont facilité nos recherches.

Sigles utilisés. AAP: Association des amis des paysans. ARM: Archives de la République malgache. ACIMCO: Association culturelle des intellectuels malgaches côtiers. ACFOM: Association des citoyens français d'origine malgache. AEMC: Association des étudiants malgaches côtiers. AEOM: Association des étudiants d'origine malgache. AKFM: Antokon'ny Kongresin'ny Madagascar (Parti du congrès de Madagascar). AJDM: Association de la jeunesse démocratique malgache. APAEM: Association des parents et amis des étudiants malgaches. ASSORB: Association des originaires du betsileo. ATM: Avotry ny Tambanivohitra malagasy. CALAM: Cercle d'activité littéraire et artistique de Madagascar. CAOM: Centre des archives d'outre-mer CAPS lM: Comité d'action politique et sociale pour l'indépendance de Madagascar. CCSCM: Comité de coordination des syndicats confédérés de Madagascar. CEAP: Comité d'entente et d'action politique. CFTC: Centrale fédérale des travailleurs chrétiens. CGT: Confédération générale des travailleurs. CMSC: Comité malgache de secours catholique. CNAC: Comité national pour l'amnistie des condamnés. COSOMA: Comité de solidarité de Madagascar. CUN: Comité d'union nationale. FCJG: Foyer chrétien des jeunes gens. FISEMA: Firaisan'ny sendikan'ny Madagascar. FNM: Front national malgache. FSSAM: Fédaration des sociétés de sports athlétiques de Madagascar. GDSM: Groupement démocratique et social malgache. GEC: Groupe d'étude communiste. LFADCIM: Ligue française pour l'accession aux droits de citoyen des indigènes de Madagascar. LUAC: Liste d'union et d'action communale. MDRM: Mouvement démocratique de la rénovation malgache. MESM: Mouvement d'émancipation sociale malgache.

MFC: Mouvement fédéral chrétien. MONIMA: Mouvementr national pour l'indépendance de Madagascar. MSM: Mouvement social malgache. OSSU: Office du sport scolaire et universitaire. PADESM: Parti des déshérités de Madagascar. PANAMA: Parti nationaliste malgache. PCM: Parti communiste de Madagascar. PCRM: Parti communiste de la région de Madagascar. PDM: Parti démocratique de Madagascar. PDOI: Parti démocratiqe de l'Océan Indien. PF: Parti fédéraliste PPM: Parti populaire malgache. PSM: Parti social malgache. PUPM: Parti de l'union du peuple malgache. RCM: Rassemblement chrétien malgache. RFM: Regroupement fédéral de Madagascar. RIR: Rassemblement des indépendants républicains. RNM: Rassemblement national malgache. RNSM: Rassemblement national et social malgache. RPM: Rassemblement du peuple malgache. SAS: Société amicale sihanaka. SBTM: Société tsimihety de bienfaisance. SFIO: Section française de l'internationale ouvrière. SMOTIG: Service de la main-d'œuvre des travaux d'intérêt général. SRI: Secours rouge international. UASMED: Union des associations sportives de Madagascar. UDIM: Union de défense des intérêts de Madagascar. UDSM: Union des démocrates sociaux de Madagascar. UGSM: Union gymnique et sportive de Madagascar. UIT: Union des indépendants de Tananarive. UNAM: Union nationale malgache.UNIUM: Union nationale des intellectuels et universitaires malgaches. UPM: Union du peuple malgache. USAM: Union des syndicats autonomes de Madagascar. UTP: Union travailliste et paysanne. VVS: Vy-Vato-Sakelika (Pierre-fer-ramification).

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Carte n03. Carte des ethnies à Madagascar"3.

3 Deschamps, H., Histoire de Madagscar, Paris, Berger Levrault, 1960,348 p., p. 301. 13

Introduction.
I-Orientation générale.

La période coloniale à Madagascar revêt pour nous un intérêt historique particulier. Nous partageons la pensée de Marc Bloch quand celui-ci insiste sur le rôle majeur que peut jouer le passé et la connaissance du passé dans le présent L'ignorance du passé, soutient-il, "ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l'action même"s. Cette etude fait suite à notre recherche antérieuré concernant les associations à Madagascar dans la période coloniale. Ce travail correspond à une motivation personnelle dans la mesure où nous estimons qu'à notre époque ou pour le futur, les associations peuvent participer efficacement, à leur manière, au développement général d'un pays, alors que l'on assiste, un peu partout, à un discrédit relatif, les concernant. Leur efficacité et leur pérennité dépendront néanmoins, de leur capacité à bien gérer leur projet et de la rigueur mise pour atteindre leurs objectifs. Cette contribution s'inscrit dans le champ de l'histoire sociale malgache contemporaine. Celle-ci a déjà été enrichie ou nourrie par plusieurs travaux consacrés aux influences du fait colonial sur les différentes couches de la société indigène dominée. Cependant des réalités aussi importantes que celles concernant les associations et leur rôle dans la construction ethnique et nationale n'ont pas ou très peu été traitées. Des travaux sont venus combler, en partie, ces lacunes. Pour l'Afrique, par ex-

Marc Bloch note que les liens d'intelligibilité des âges sont à double sens: "L'incompréhension du présent, dit-il, naît fatalement de l'ignorance du passé", in Bloch, M., Apologie pour l'histoire, Paris, A. Colin, 1974, p. 47 5 Idem, p. 45 6 Rajaonarison, A., Les associations à Madagascar sous la période coloniale, de 1896 à 1960. Mémoire de D.E.A., Université de Paris VII, 1996,91 p.

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empIe, nous citons ceux d'Odile Gœrg7, de Michèle O'Deyl et de Skinnet S'agissant de Madagascar, il y a celui de Faranirina Rajaonah10, les pariticipations à des outrages collectifs de Jean-Pierre Domenichini et de Manasse Esoavelomandrosoll et aussi, les recherches de Solofo Randrianja12 et de France Radaody-Rakotondravao13. Encore cette liste est-elle incomplète. Ces travaux soulignent une orientation progressive des recherches vers des domaines, où l'axe central n'est plus uniquement la politique coloniale. Historiographiquement, ce travail nous paraît donc relativement novateur dans son objet d'étude: il porte sur les associations en général et plus spécifiquement leur rôle dans la construction de la conscience ethnique et nationale, sous la colonisation. Les travaux entrepris sur ces thèmes, jusque-là peu nombreux, seront ainsi complétés et élargis et les conditions de formation de la conscience ethnique et nationale mieux éclairées. En fait, la "situation cOloniale,,14, elle-même, selon l'expression heureuse de Balandier, nous oblige à observer en détail des domaines

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Goerg, O., "Le mouvement associatif et le processus d'indépendance en A.O.F.", in

Agéron, Ch.-R., et Michel, M., dir., L'Afrique noire française: l'heure des indépendances, C.N.R.S.-Éditions, 1992,729 p., p.p. 87-101. 8 O'Deyé, M., Les associations en villes africaines, Dakar-Brazzaville, Paris, L'Harmattan, 1985, 125 p. 9 Skinner, E. P., "Voluntary Associations and Ethnicity Competition in Ougadougou", in Brian M. du Toit, ed., Ethnicity in Modern Africa, Boulder, Colorado, Westview Presse, 1978, p.p.191-211.
10

xxmesiècle,
11

Rajaonah, F., Elites et Notables malgaches à Antananarivodans la première moitié du
Université Lumière-Lyon 2,1996-1997,1002 p. + annexe.

Jean-Pierre Domenichini et Manassé Esoavelomandroso ont collaboré sous la direction de Jean-Pierre Chrétien et de Gérard Prunier dans Les ethnies ont une histoire, Paris, Karthala, 1989,435 p. 12 Randrianja, S., Le parti communiste de la région de Madagasca (1930-1939), Antananarivo, Foi et Justice, 179 p. 13 Radaody-Rakotondravao, F., Pouvoir colonial, associations et premiers syndicats à Madagascar (1896-1939), Univertsité de Tananarive, Mémoire de maîtrise, 183 p. 14 Comme Georges Balandier, Condominas estime que "lorsqu'on étudie un territoire dépendant, il est nécessaire, pour avoir une vue réelle de la société locale, de considérer 16

autres que le politique dans la mesure où celui-ci, réprimé, ne peut s'exprimer au grand jour. Une association de bienfaisance, voire de gymanastique, peut combiner buts explicites et visées implicites. Il va de soi que les objectifs politiques des associations, apparaissant, de manière dissimulée ou explicite dans la formation de conscience ethnique et nationale, seront intégrés à notre travail. O. Goerg a bien souligné qu'au-delà de leurs buts particuliers, les associations ont également un "aspect formateur du fait de leurs structures mêmes,,15 et qu'elles supposent aussi d'emblée quel que soit leur objet, une forme d'apprentissage de "formes démocratiques à l'occidentale"16. De plus, nombre de futurs dirigeants politiques y acquièrent l'expérience de la vie publique17. L'utilisation des associations comme champ d'observation permet, d'une part, l'appréhension du degré d'adhésion des indigènes aux valeurs occidentales et d'autre part, la mise en évidence de l'acheminement progressif de la société indigène vers une division en deux groupes: d'un côté ceux qui accèdent à la "modernité", grâce à l'école, la ville et l'insertion dans le nouveau système de l'économie marchande et, de l'autre côté, la masse des Malgaches qui, écartée de ce système, participe néanmoins, avec des méthodes ancestrales, à la mise en valeur de la colonie. L'observation des associations durant la période coloniale aide donc, en partie, à appréhender la nature des transformations sociales dans l'île dans la mesure où le champ associatif "constitue un élément d'intégration de l'Afrique francophone au monde occidental"18. Quant à l'administration coloniale, les associations autorisées sont perçues par elle comme les véhicules de l'assimilation et de l'acculturation. Plus que tout autre "instrument" colonial, elles peuvent servir la cause des dominants, même si, en sens contraire, elle peuvent accelle-ci à l'intérieur du système créé par le fait colonial", in Cahiers Internationaux de Sociologie, Paris, CNRS, vol. XXX, 1961, p. 67-74
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C'est-à-dire à travers la constitution d'un bureau, les élections et les délégations des

représentants, les discussions et les structures hiérachisées, in Goerg, O., "Le mouvement associatif et le processus d'indépendance en A.O.P', op. cit. 16 Ibid. 17Almeida-Topor, H. d', "Les associations de jeunes en AOF (1946-1960)", in AlmeidaTopor, H. d', et Goerg, O., Le mouvement associatif des jeunes en Afrique noire fransiècle, Paris, L'Harmattan, Tiers Monde-Afrique, Paris VII CNRS, p. cophone au )Q(èTTU! p. 53-66. 18 Ibid.

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cueillir comme des niches l'opposition à certaines valeurs imposées par la colonisation. En outre, cela permet d'évaluer la profondeur de l'ancrage du projet colonial au sein de la société malgache conquise. Les associations constituent une position charnière ou dialectique entre le monde du "dedans et celui du "dehors". Dans son projet de mieux gouverner, de mieux contrôler les indigènes et de faire participer ces derniers à la mise en valeur de la colonie, l'administration coloniale caressait l'espoir de faire apparaître, parmi les colonisés, une classe dite "d'évolués" qui faciliterait, à la fois, l'assise et l'application de l'idée coloniale. Les étudier, c'est s'interroger sur le degré d'assimilation des Malgaches, les modes d'organisation et d'action des "évolués" par rapport à une situation nouvelle et différente et les relations entre une minorité évoluée et le reste des Malgaches. Ces quelques réflexions permettent de délimiter le cadre de prospection de cette étude. Celle-ci a pour objectif d'éclairer l'histoire d'une société dépendante, perçue souvent comme victime plus qu'actrice du processus de modernisation induit par son insertion dans l'économie coloniale. En somme, étudier le rôle des associations dans la construction de la conscience ethnique et nationale nous conduit à l'étude d'un paradoxe de nature dialectique car les associations, elles-mêmes, font partie de ces instruments "modernes" qui, introduits par la colonisation, sèment, parfois, le germe de sa propre destruction. Les associations sont-elles des outils sociaux modernes dans des perspectives d'ouverture aux changements ou des outils modernes aussi bien consacrés à conserver sous des formes nouvelles de l'ancien? Le processus de formation de la conscience ethnique et nationale ne récèle-t-il pas une dynamique, à la fois, de conservation et d'émancipation? En apparence conçues comme appartenant au seul cadre politique, les notions de conscience ethnique et nationale exigent une réévaluation de leur définition. II-Objet de la recherche. Il s'agit, ici des associations régies en Métropole par la loi de 1901 qui a été appliquée à Madagascar à partir de 1946. Avant cette date, le régime des associations en vigueur à Madagascar est celui appliqué en France avant la promulgation de la loi du 1er juillet 1901. 18

Entreprendre un travail sur l'utilisation et l'implication des associations dans la construction ethnique et nationale oblige de préciser l'usage des termes se référant aux deux notions d'ethnie et de nation dans l'île, concepts que nous utiliserons fréquemment même si le premier pose problème. Le champ chronologique proposé s'étend de 1896 à 1960. Il concerne une période allant du début de la colonisation française à Madagascar à la date qui marque la fin "officielle" de l'époque coloniale dans l'île. -Les associations retenues par notre étude. Les associations concernant notre recherche sont celles recensées dans le Journal Officiel de Madagascar paru entre 1896 et 1960. Il s'agit des associations ayant adopté la forme légale qui sont soumises, avant 1946, par une loi datant de la première moitié du XIxèmesièclel9. Les associations entre européens et assimilés et celles entre indigènes ne peuvent se former qu'après l'autorisation du Gouverneur Général. Une simple déclaration ne suffisait pas. Après la "libéralisation du régime colonial,,20,suite à la Conférence de Brazzaville, les lois de juillet 1901 sur le droit associatif et de juin 1881 sur la libérté de réunion sont instituées au sein de l'Empire français en 194621.La création d'une association devient possible dès lors qu'elle remplit les conditions administratives requises lors de sa déclaration. Discrètes et situées en marge des associations "officielles", certaines associations, dont les statuts n'ont pas été formalisés, ont été fondées avant et pendant la colonisation française, peuvent contribuer à éclairer certains aspect de cette étude. Ainsi, en est-il des associations connues sous le nom de Fikambanana22, dont l'existence remonte à l'ancienne

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Les associations religieuses recensées dans le Journal Officiel, qui sont régies par des
vers la fin du xvmème et au début du XIXème siècles en font aussi partie.

lois établies
20

Condominas, G., Fokon'olona et collectivités rurales en lmerina, Paris, BergerLevrault, 1960,236 p., p.I56.
21

Le décret du 16 avril 1946, sur la loi du 1eruillet 1901,a été promulgué en Afrique le j

13 mai 1946. 22Ce terme désignant association, compagnie, société ou congrégation se traduit aussi par l'action de se réunir, de s'unir, l'union ou la jonction. Fikambanana a comme racine Kambana qui signifie jumeaux, semblables; assemblage ou union de plusieurs, inRR.PP. 19

monarchie merina. Leur spécificité réside, en fait, dans leur antériorité, mais aussi dans leur terrain favori d'implantation. Elles opèrent dans le cadre des églises, surtout des temples protestants. Les fikambanana, chrétiennes, sont elles-mêmes une nouveauté dans la société merina du XIxème siècle au même titre que les paroisses (fiangonanana =rassemblement) au sein desquelles, elles se créent et qui furent sous le règne de Ranavalovana l, une nouveauté très mal perçue. Pourquoi ces associations volontaires (fikambanana), avaient-elles un lieu pour les abriter, alors que tout sujet du fanjakana était déjà pris dans un fokonolona, un groupe de corvée de 100, lui-même pris dans un groupe de l000? Autant de formes de coopérations organiques, non volontaires mais imposées comme indispensables. Les associations des zanaka am-pielezana23 seront donc évoquées car, sur de longues périodes, elles demeurent très souvent officieuses. Bien qu'il ait été déjà largement traité dans plusieurs travaux dont principalement ceux de S. Randrianja, nous évoquerons le rôle joué par les sections locales des formations de la gauche métropolitaine (La Ligue, la Franc-maçonnerie, le Secours rouge international, la SFIO, le parti radical-socialiste etc...). En effet, ces sections ont un avantage: elles échappent aux contraintes légales qui entravent en partie les initiatives des dirigeants locaux. Venues dans l'île, au début des années 1920, pour défendre nombre de Malgaches soupçonnés d'appartenir à la V.V.S., ou plus largement au mouvement d'émancipation24, ces sections - la LDH, SRI et SFIO mettent à profit leur présence pour propager parmi les élites et une partie
Albinal et Malzac, s. j., Dictionnaire malgache-français, Paris, Éd. Maritimes et coloniales, 1955,876 p., p. 307. 23 Litt. Enfant en dspersion. Les associations de zanaka am-pielezana regroupent les originaires d'un même village ou les membres d'un temple dans leur nouveau lieu de résidence. Ce type d'association apparaît aux environs des années 1950. Selon L. Ravelojaona, le terme zanaka est utilisé pour marquer l'appartenance des enfants de la diaspora au groupe d'origine, in Ravelojaona, L., Les enfants de la diaspora et la terre ancestrale, Rapports des zanaka am-pielezana de Manarintsoa Namehana et leur temple et village d'origine aux XIX_XXèmesiècles, Université Denis Diderot- Paris VII, Mémoire de maîtrise, 2001, 110 p. 24 Un terme que S. Randrianja définit comme "l'ensemble des composantes du mouvement contre la colonisation à Madagascar, qu'il s'agisse du mouvement en faveur de l'assimilation ou bien encore de la tendance nationaliste", in Randrianja, S. "Le versant malgache de la Ligue des Droits de l'Homme (1905-1929)", in De la colonisation à aujourd'hui: la Ligue des Droits de de l'Homme, Paris, Colloque de la région ne de France, 1998, p. p. 1-26.

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de la population locale le champ social unifiant des valeurs de la Révolution Française de 1789. De plus, avec les valeurs universalisantes chrétiennes introduites par les Missions vers la fin du XIXème sicèle, s'enracinent aussi, d'une manière progressive, les idéaux de la gauche métropolitaine. Les associations participent directement ou indirectement à la promotion de ces idées, souvent opposées. Ce qui instaure par conséquent un premier clivage au sein des élites. L'existence légale des partis dès 1936, puis surtout à partir de 1946 clarifiera toutes les positions. L'entrée en scène sur le plan politique des arguments régionaux portés et défendus d'abord par le PADESM25juste après la Guerre et, ensuite par l'ACIMCO (1951) marque l'apparition officielle d'un courant dont la référence essentielle n'est pas la nation mais l'origine sociale et territoriale. Celle-ci se traduit par la création en France de l'AEMC, en 1949, qui s'oppose au nationalisme de l'AEOM fondée en France aussi dès 1934. Les objectifs de ces deux assocations dépassent largement les intérêts stricts des étudiants installés momentanément en France. Leur lien direct avec la situation locale nous conduit à nous intéresser à certaines de leurs activités et à une partie de leurs membres qui ont un impact sur les associations de Madagascar. -Quelques précisions sur les dénominations des associations. Le terme "association" sert à "désigner tout groupement volontaire et permanent formé entre plusieurs personnes, quels qu'en soient la forme, l'objet et le but,,26. En règle générale, les objectifs des associations sont déterminés par leurs statuts ou, quand elles sont informelles, par un accord écrit ou verbal contracté, en principe, d'un commun accord entre les membres. La typologie que nous avons établie souligne les grandes tendances des groupements à travers leurs objectifs. Cependant une autre classification peut s'opérer à partir des différentes dénominations, que
25

Le PADESM a été créé, en 1946, par des Mainty (descendants d'esclaves) et des Cô-

tiers pour s'opposer aux dirigeants nationalistesfotsy du MDRM. Ces derniers sont soupconnés par les non merina de vouloir accaparer le pouvoir au départ des Français. Suite à des différences d'approche au sein de ses membres, le PADESM continuait à exister mais fut très affaibli pour prétendre s'imposer sur la scène politique locale. Il disparaît au même moment où le PSD apparaît en 1956. Voir Randriamaro, J-R., PADESM et luttes politiques à Madagascar, Karthala, Paris, 1997,451 p. 26 Encyclopaedia Universalis, Paris, 1996. 21

nombre d'associations emploient pour préciser leur représentativité ou pour déterminer leur spécialisation. En effet, dans notre recension, des termes comme: cercle, club, comité ou amicale apparaissent régulièrement. Ils méritent d'être définis et comparés pour saisir l'objet de leur classification. Il nous faut donc examiner les différences entre les dénominations concernant ces termes en France. Un Club27 se définit, d'une part, comme une "société constituée pour aider ses membres à exercer diverses activités désintéressées (sport, voyage...)" et d'autre part, comme "une société, où l'on s'entretenait de questions politiques: le club des Cordeliers, des Jacobins". Un club c'est aussi, un cercle où des habitués (membres du club) viennent passer leurs heures de loisir, pour bavarder, jouer ou lire. Un Cercle28 se définit comme une "réunion de personnes groupées dans un salon". C'est également un "lieu loué et organisé à frais communs, où les membres d'une association se réunissent". C'est le cas du "Cercle franco-malgache" (près du lac Anosy à Tananarive), lieu où se rencontraient une catégorie de Français et de Malgaches. Le cercle concerne aussi des domaines aussi précis que la littérature (cercle littéraire), la politique (cercle politique), le militaire (cercle militaire). Le Cercle militaire de Fiadanana (Tananarive), fut ou est encore un espace de convivialité (dîners, bals etc...) réunissant un certain nombre de Français, dont la plupart sont des militaires et leurs collègues malgaches comprenant souvent des membres de leur famille ou leurs amis. Une Amicale29 désigne une association de personnes ayant une même profession, une même activité, parfois même une même origine. Un ComitëO est une assemblée de personnes qui sont prises dans un corps plus nombreux, (assemblée, société) pour gérer certaines affaires ou pour donner un avis. En général, il est provisoire et centré sur un événement, un but proche. Nous devons nous demander si, du fait de l'emprunt et du transfert des ces dénominations, il n'y a pas en fait mélange des genres, si au-delà des associations proprement dites, des activités parallèles de même type ne sont pas menées sous ces différentes appellations. La définition de ces
Selon le dictionnaire Robert. Ibid. 29 Ibid. 30 Ibid.
28 27

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termes permet de faire une première lecture de ce que peuvent représenter les structures de ces types de regroupements. Même si les comités comme les associations, présentent un recrutement social plus varié que celui, bourgeois, d'un cercle, ils posent problème dans la mesure où ils sont, en général, provisoires et centrés sur un événement, un but proche. On remarque qu'en fonction du contexte local, des comités apparaissent. Ces derniers ont-ils les mêmes vocations formatrices ou un réel souci d'éducation dans l'optique d'un changement politique comparativement aux associations qui, en principe, travaillent sur la longue durée? Ne dissimulent-t-ils pas derrière la dénomintion de "comité", une stratégie ou des objectifs cachés à court terme? Nous privilégierons, ainsi, dans cette étude, les associations en tant que formatrices de fond chez les gens et évoluant dans la longue durée plutôt que les comités qui ne sont, en principe, fondés qu'à courte échéance. A titre exceptionnel, nous observerons quelques cas, principalement celui du COSOMA (Comité de solidarité de Madagascar), car même s'il a été crée intialement pour défendre une cause ponctuelle - la libération des détenus impliqués dans les événements de 1947- sa longévité remarquable (1950-1956) a permis à ses membres de faire l'apprentissage de la vie publique jusqu'à sa mutation en parti politique, à la veille de l'indépendance. En définitive, la distinction entre un groupement, qu'on nomme "association" et ceux qui relèvent des termes définis plus haut, porte sur la qualification, la spécialisation et la représentation d'une catégorie socioprofessionnelle ou d'une institution laïque ou religieuse, voire militaire. Une minorité de Malgaches, éclairée, en voie d'assimilation et étroitement surveillée par l'administration coloniale dirige les associations. La question est de savoir comment et à quel moment cette catégorie de la population se mobilise, par la médiation des associations, pour une nouvelle édification identitaire? Quelle soit religieuse, culturelle ou sportive, cette affirmation identitaire se joue selon différents degrés d'ampleur. Du groupe familial et de descendants d'un homme célèbre, aux citadins originaires du même bourg rural, ou à association nationale de tempérance. Cette démarche a-t-elle des conséquences sur les relations qu'entretiennent les Malgaches avec l'orientation politique générale de l'administration coloniale dans l'île? Ces questions se heurtent à une cer23

taine opacité qu'il nous faudra éclairer, de la part des fondateurs comme de l'administration. L'analyse des objectifs et des actions réelles engagées par les associations ne peut être menée sans l'étude de la presse qu'elles diffusent, source d'information importante pour déceler leurs thèmes. En effet, les manifestations ou les prises de position spectaculaires sont reprises par les journaux ou les bulletins des associations. La domination coloniale fut considérée comme un carcan dont les populations dominées souhaitaient s'affranchir dans un bref délai. Le but est simple, mais difficilement réalisable, voire insurmontable: l'élimination du système d'oppression coloniale et son remplacement par un autre ordre. Cependant, pour diverses raisons, les élites et les notables malgaches ne s'accordent pas sur la définition d'un "ordre politique nouveau". Leur but est de participer déjà aux instances de consultation pour accéder dans la suite à des rôles de leaders. Les associations sont, dans cette optique, un marche-pied. L'administration coloniale, elle aussi, brouille les pistes, car, malgré les actions des associations ou des partis, c'est elle qui fermement et lentement distribue les cartes sans que son intervention soit explicite. En dehors de la période de flottement connue par l'administration coloniale, à savoir la domination brève du MDRM en 1946 jusqu'aux évènements de 1947, les représentants de la France à Madagascar favorisent, ratifient et appuyent les initiatives des Malgaches favorables aux évolutions politiques coloniales dirigées par la Métropole. D'où l'intérêt de s'interroger sur le rôle de l'administration coloniale dans sa manière de contrecarrer ou de favoriser les associations dans l'île dans la mesure où celles-ci visent une affirmation identitaire large et plus particulièrement ces associations d'originaires, qui entendent représenter des groupes imposant à l'échelle de l'île des notions comme les ethnies. III-Les associations et les concepts de conscience ethnique et nationale. Les concepts d'ethnie et de nation sont souvent recouverts d'ambiguité. Ils ont été l'objet de maintes discussions et de multiples interprétations qu'il convient de clarifier. Il s'agit ici de définir et de justifier notre choix concernant ces concepts utilisés plutôt que de faire la synthèse des recherches sur ce sujet. 24

Madagascar est composé symboliquement de 18 ethnies3I. Elles sont localisables dans les régions géographiques de l'île, qui ne correspondent pas totalement aux limites des circonscriptions administratives conçues et élaborées par l'administration coloniale. L'apparition de cette notion dans les présentations étrangères concernant Madagascar est très ancienne32. Les frontières entre les dénominations ethniques sont, en fait, souples. Les mouvements migratoires, avant ou pendant la période coloniale, ont contribué à mettre en contact ou même à mélanger des populations issues de régions différentes parfois très éloignées dans l'île. Malgré son imperfection la notion d'ethnie, qui est une forme de représentation mouvante de la société, sera utilisée au cours de notre travail, plutôt que celle de tribu désignant le joko dans l'esprit de nombre de Malgaches. En 1896 l'annexion française achève l'unification administrative de l'île amorcée au XVIIIèmesiècle par le roi Andrianampoinimerina. Toutes les populations de l'île sont ainsi égales dans la soumission aux lois de la puissance coloniale. Jusqu'à quel point le concept de nation existait-il en dehors de l'Imerina héritière de l'ancien et puissant "Royaume de Madagascar"? Que recouvrent les termes tanindrazana et firenena? Comment les Malgaches se représentent-ils la nation telle qu'elle apparaît dans sa formation avant puis sous la colonisation? Suffit-il d'être solidaires face à la puissance coloniale pour acquérir une conscience nationale et dans la mesure où les associations sont créatrices d'entraide, de communication sociale et d'images de l'avenir, quelle est leur contribution à la structuration d'image rêvée de Nation?

Bien que le nombre des groupes retenus par l'administration ait souvent varié au cours de la colonisation, il semble que ce soit dans la dernière période de la colonisation que ce chiffre ait été adopté. On trouve explicitement le nombre de 18 "groupes ethniques", in le Guide pratique de l'immigrant de Manicacci, 1951, p. p.20-21. La liste proposée est: les habitants des Hauts Plateaux: Merina, Betsileo; les habitants de la Côte est Betsimisaraka, Antaimoro, Antaisaka, Antafaisy et Zafisoro, Antanosy; les habitants de la Côte ouest: Sakalava, Mahafaky, Makoa (Cafres); les habitas des Zones intermédiaires: Tsimihety, Sihanaka, Tanala, Bara, Antandroy, Antakarana, Bezanozano, Saint-Mariens. 32 Voir ce sujet dans l'introduction de l'ouvrage dirigé par Raison-lourde, F. et Randrianja, S., La Nation malgache au défi de l'ethnicité, Paris, Karthala, 2002, 443 p., p. p.736.

31

25

l-Le concept d'ethnie: un caractère vague et confus33. Dans l'usage scientifique courant, le tenne "ethnie" désigne34 dans la pensée oc-cidentale du XIxème et du xxème siècle, un ensemble linguistique, culturel et territorial d'une certaine taille, le tenne "tribu" étant généralement réservé à des groupes de plus faible dimension. Le contenu sémantique du tenne occidental d'ethnie ne correspond pas à ce que, sous le règne d'Andrianampoinimerina, on appelle foko. "Le Foko ne désigne jamais non plus la tribu de l'époque coloniale, mais des unités de populations très petites,,35. Les ethnies sont associées par les définitions coloniales à la notion de "races" (il y aurait 18 races à Madagascar!) et elles semblent pennutables avec le tenne de "tribu". Le tenne "tribu" est utilisé dans le langage courant pour qualifier les différents groupes socio-culturels et (sous fonne adjective) les relations, parfois conflictuelles, entre les Hauts-plateaux et les "Côtiers". Le adimpoko (litt. guerre "tribale"), évoque dans l'esprit de bon nombre de malgaches, les seules dissenssions36 entre Merina et "Côtiers". La démarche

33 Nicolas Guy estime qu'en dépit de la multiplication de l'usage de ce concept, celui-ci est" demeuré l'un des plus confus du vocabulaire des sciences du social". L'auteur explique la raison de la désaffection à l'égard de ce concept par une "modification du champ socio-culturel", aussi bien que par "l'approfondissement des connaissances dOaux progrès de la recherche", in Nicolas, G., "Fait ethnique et usages du concept d'ethnie", in Cahiers internationaux de sociologie, vol UV, 1973,382 p, p.p. 95-126, po96. 34 Bonte, P., Izard, Mo, Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, Paris, Puf, 1992,755 p., p. 242. 35 Le loko (...) dont la tendance unitaire est renforcée par la proximité généalogique des ancêtres des individus qui le composent", in Domenichini, l-Po, ''Tribu, ethnie, nation à Madagascar: peut-on corriger les dénominations?", in Les ethnies ont une histoire, op. cil., p. 20 et 21. 36 Jean Poirier atténue ce phénomène de "tribalisme" à Madagascar quand il le compare aux problèmes de "tribalisme" qui déchirent plusieurs pays africains: "La Grande Ile est la seule des quelques quarante nations qui ont accédé à l'indépendance au cours des deux dernières décennies, qui puisse se prévaloir d'une triple unité: géographique, linguistique et culturelle. C'est par rapport à cette unité que doivent être appréciées les disparités que tout le monde connaît, mais dont on évite de parler. Il serait vain, cependant, de sousestimer l'importance des originalités locales: les ethnies (qu'on appelait autrement très improprement "races"- du temps de l'ère coloniale - puis "tribus") sont nombreuses, beaucoup plus nombreuses que l'énumération officielle ne le laisserait croire: on compte 26

est équivoque dans la mesure où les disparités socio-culturelles entre foko au sein du groupe "côtier,,37peuvent être aussi, à leur tour, relativement marquantes. La notion d'ethnie devient nettement dépréciative chez les auteurs qui l'introduisent selon l'étymologie grecque dans la langue française, au
XIxème sièc1e38.

La création des ethnies39 serait en partie imputable aux colonisateurs français ou britaniques. Elle permettrait, notamment en Afrique, "d'extraire de leurs contextes, différentes sociétés humaines, de les comparer, de les c1asser,,40.Le concept d'ethnie comporte un contour sémantique trop rigide et teinté de traits négatifs pour pouvoir refléter d'une manière précise les réalités des sociétés anciennement colonisées, en l'occurence Madagascar. S'il en est ainsi, peut-on admettre que la référence à cette identité collective supérieure constitue cependant un élément de la conscience des acteurs? 2-Les notions de firenenena et de tanindrazana. Ces deux notions que nous retrouverons au long de notre observation sur la vie associative méritent qu'on s'y attarde. Elles se situent à trois niveaux: le tanindrazana (petite patrie), très formalisée dans le cas des
vingt groupe qui servent de cadre aux comptages démographiques. Mais en réalité, la
population est différenciée en une cinquantaine d'ethnies, qui

- on

soulignera

le fait

-

présentent entre elles moins de divergences culturelles que les ethnies françaises du XIXèmesiècle (les Antandroy sont plus proches de Tsimihety et des Sakalava que les Gascons ne l'étaient - ou ne le sont - des Bretons et des Alsaciens)", in Poirier, J., "Les groupes ethniques de Madagascar", in Revue française d'études politiques africaines. nOlOO,avril 1974, p. p. 31-40. 37 Cette appellation recouvre des imprécisions, car en dehors des "Hauts-plateaux" existent des groupes qui ne vivent pas sur le littoral, exemple les Bara qui occupent la région sud des Hautes-Terres centrales au nord de Tuléar. 38 Vacher de Lapouge et Gobineau en font une catégorie raciale, définition à laquelle s'opposent alors d'autres auteurs comme Renan ou Fustel de Coulanges, in Wieviorka, M., La démocratie à l'épreuve. Nationalisme, populisme, ethnicité, Paris, La Découverte, 1993, 173 p., p. 99. 39 "L'invention des ethnies est l'oeuvre conjointe des administrateurs coloniaux, des ethnologues professionnels et de ceux qui combinent les deux qualifications", in Amselle, J.L, Logiques métisses: anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs, Paris, Payot,I990, 257 p., p. 22.
40

Ibid.

27

Merina avec les associations des originaires de tels ou tels villages; le foko ou dème qui en regroupe généralement plusieurs et lefirenena, la patrie de grande taille. 41 Le terme nation est traduit en malgache par le mot firenena 42. Ne traduit-on pas drapeau national par sainam-pirenena? (litt. drapeau: saina et nation: firenena), au moment de l'indépendance? Au début du xxème siècle, le pasteur Ravelojaona cité par J.-P. Domenichini43 admet l'existence de trois niveaux dans l'organisation sociale de l'île. Il met au sommet de la pyramide la nation (firenena), plus bas, la tribu (joko) et enfin à la base, la famille (fianakaviana). Cette définition du terme firenena se rapproche plus de son utilisation actuelle que de la signification d'origine 44. Le concept de firenena déborde celui de tanindrazana, un autre terme employé par les Malgaches pour désigner la nation45.Pour les Malgaches, penser le firenena implique la conscience d'appartenance au tanindrazana, lieu où se tissent les liens de parenté ou ce qu'il en reste. Il est traduit en

français par le mot patrie46.
Ce terme correspond-il au concept de nation? Selon le docteur Razafindramasina, cité par Raymond Delord, le mot tanindrazana a "une

41

"Nation, nationalité,nationalismesont autant des notions difficiles à définir, à fortiori à

analyser", in Anderson, B., L'imaginaire national: réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, Paris, La découverte, 1996,415 p. 42 Sims, J., Kingzett, J.C., Dictionnaire français-malgache, Tananarive, Imprimerie luthérienne, 1955, 359 p., p. 233 43 Domenichini, J.-P., "Tribu, ethnie, nation à Madagascar: Peut-on corriger les dénominations?", in Chrétien, l-L. et Prunier, G. (sous la dir.), Les ethnies ont une histoire, Paris, Karthala, 1989, p.p. 15-31, p. 18. 44Lefirenena, "relation existant entre un individu et une (ou des) mère (s); ensemble des individus qui sont dans la même situation de relation avec cette (ou ces) mère(s)", est un dérivé de la racine reny, " la mère" et, par référence à "patrie", pourrait se traduire par "matrie", in Domenichini, J.-P., idem, p. 24. 45Dans l'esprit de Rousseau (Projet de Constitution pour la Corse, 1765), la patrie inscrit le sujet dans son territoire et la nation relève d'un idéal à atteindre. Le mot tanindrazana s'apparente-il à celui de patrie? 46 Sims, J., Kingzett, J.C., Dictionnaire français-malgache, Tananarive, Imprimerie luthérienne, 1955,359 p., p. 252. 28

portée très restreinte,,47, il évoque, d'après l'auteur, la "sépulture des ancêtres (qui) nous ramène aux limites du clan". Ce concept a, néanmoins évolué au fil du temps. Utilisé dans une perspective d'union pour la formation d'une image et d'un sentiment national, le concept de tanindrazana acquiert une dimension plus subjective, vaste et englobante. L'emploi de ce terme recouvre une volonté de donner à tous les Malgaches un mythe d'origine commun, susceptible d'être un ciment pour la construction nationale. La définition actuelle du terme tanindrazana, se rapproche de celle proposée par B. Anderson, quand celui-ci détermine la nation comme "une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine,,48. Un Malgache, qu'il soit originaire des Hauts-plateaux ou de la "Côte", se trouvant en dehors de I'He, parle avec une certaine fierté de Madagascar comme de "son" tanindrazana. Cependant, à l'intérieur de l'île, l'utilisation de ce concept prend une double dimension; elle est à la fois régionale et nationale. Cette double appartenance est véhiculée et entretenue par bon nombre d'associations, en particulier celles d'originaires dont les raisons de création et les objectifs explicites et implicites seront développés dans les recherches qui vont suivre. H conviendra, donc, de déterminer le rôle des associations d'originaires. Oeuvrant pour la promotion du tanindrazana, le font-elles au niveau de la conscience nationale ou de la conscience ethnique? Ces deux constructions vont-elles dans le même sens ou dans un sens opposé? D'autre part, dans son travail sur les communautés imaginées, B. Anderson n'évoque pas qu'un mythe d'origine comme ciment, donc une représentation d'un passé commun, mais aussi des images d'un futur rêvé ensemble. C'est bien cette projection que portent nombre d'associations, quelle que soit leur activité, dans leurs noms qui seront étudiés avec attention. En effet, l'image nationale est portée par toute sorte d'associations. Les sports, la musique, le chant, la morale (lutte contre l'alcoolisme etc...)

Delord, R., Limites et contenu de l'idée de patrie à Madagascar, avant l'époque moderne, in Bulletin de l'Académie malgache, nouvelle série, tome XXXV (1957), Tananarive, Imprimerie officielle, 1959, p. p. 135-137
48

47

. Anderson, B., op. CIl.p.19.

29

y ont un rôle. Il y a là une sorte de mosaique composant le visage ancien ou moderne de la patrie rêvée. Les associations seraient par là des activités créatives, un "déjà-là" de la patrie imaginée qu'on rêve libre, des segments de construction. 3-Conscience ethnique et nationale. La conscience ethnique, se caractérise surtout par le "sentiment de solidarité basé sur un certain nombre d'éléments qui fondent la commune appartenance,,49. Toutes les associations d'originaires merina ou non merina sont animées par cette attitude. Le sentiment de commune apparte-

nance est considéré par Elie Mariou comme étant une "conscience ethnique spontanée". Pour s'expliciter, l'identité ethnique fait souvent appel à un récit ou à un mythe d'origine. Étant perçue comme un "phénomène relationnel"51, elle est "conjugable au pluriel. Les groupes ethniques sont des ensembles fluctuants, que la période contemporaine a voulu "objectivement" délimiter"52. A ce titre, l'ouvrage de L. A. Sharp53est éclairant dans la mesure où il y a une discussion sur les possibilités pour les migrants et descendants de migrants de devenir sakalava par exemple. Les observations de L.A. Sharp soulignent le caractère souple de la notion d'ethnie qui combine construction et déconstruction. Ceci n'exclut pas, cependant le sentiment de conscience ethnique dont le fondement réside en la communauté morale. Définie dans son stade premier antérieur aux constructions des politiciens contemporains, comme une "ethnicité morale" par Lonsdale54, "patriotisme ethnique" par G. Balandier55 et "patriotisme traditionnel" ou "ethnisme" par H. Deschamps 56, la conscience ethnique
BIiou, M., La formation de la conscience nationale en République populaire du Congo, Paris, Editions Anthropos, 19"/7,415 p., p. 20. 50 . IbId. 51Randrianja,S., Sociétés et luttes anticoloniales à Madagascar (1896-1946), Paris, Karthala, 2001, 485 p., p. 77. 52 Idem
53
49

50

Sharp, L. A., The possessed and the dispossessed. Spirits; identity, and power in a

Madagascar Migrant Town. Berkeley, Los Angeles, London: Univ. Of California Press, 1994,345 p. 54 J. Lonsdale définit l'ethnicté morale comme "l'instinct courant chez l'homme de construire à partir des pratiques quotidiennes de la relation sociale et du travail matériel un ensemble de codes moraux et de référence ethnique à l'intérieur d'une communauté plus 30

tionnel" ou "ethnisme" par H. Deschamps56, la conscience ethnique peut être conçue comme une sorte d'étape: celle d'une pré-nation dans le processus qui la conduit à accéder à la dimension de nation. L'ethnicité morale n'est donc pas contradictoire avec la notion de nation. Mais, à partir du moment où on utilise cette notion à des fins politiciennes (dans le temps colonial), celle-ci se mue en "conscience ethnique dérivée,,57, en ethnicisme ou en "tribalisme politique"58. Elle apparaît comme en "réaction à certaines contradictions qui ne trouvaient pas d'autre moyen d'expression ou bien comme résultat de manipulations idéologiques et de mystifications politiques intéressées"s9. Le "tribalisme politique" est utilisé par un groupe dans sa lutte avec d'autres groupes. Les politiciens cherchent à se constituer une clientèle sur une base ethnique pour accéder au pouvoir. Eric Hobsbawm soutient que dès lors que la nation est pensée à partir de cette conscience, un écart peut se produire entre le discours de la nation et la réalité concrète de la population concernée, "qui peut fort bien être éloignée de se définir comme une nation,,60,en particulier quand les élites et notables en concurrence poussent la population à se définir par rapport à eux, au niveau de l'ethnie. Est-ce le cas de la Grande-île? Dès 191361,le pasteur Ravelojaona n'a-t-il pas réflechi, à ce que peuvent être les fondements de la nation malgache? Dans cette perspective, il compare la nation à une maison dont "les matériaux sont les membres et les charpentes, les maçons sont des familles où se préparent de beaux matériaux et de la belle maçonou moins imaginaire", in Lonsdale, 1. "Ethnicité morale et tribalisme", in Politique Africaine, n° 61, Mars 1996, p. p. 98-115. 55 Balandier, G., Sociologie des Brazzavilles noires, Paris, A. Colin, 1955,274 p., p. 65. 56 Deschamps, H., Les institutions politiques de l'Afrique noire, Paris, PUF, 1962, 128 p., p.lO. 57 Eliou, M., op., cit.
58

Pour J. Lonsdale l'ethnicité morale "est bien différente de l'absence de principes qui

préside au "tribalisme politique" dont les groupes se servent dans leur lutte pour les ressources publiques", in Lonsdale, J., op. cit.
59

EI lOU, M., op., C1t. " "

60

Hobsbawm, E., Nations et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard, 1990, 247 p., p.15-16. 61 Extrait du discours prononcé, en 1913, par Ravelojaona à Avaratr'Andohalo (Tananarive) sur "L'alcool, la famille et la patrie". ARM, F 133. 31

nerie pour faire du bon bâtiment", Dans son esprit "la fondation d'une maison dépend de ses matériaux et de ses ouvriers". Les Malgaches soumis ont-ils eu ou se sont-ils donné les moyens d'atteindre ces objectifs? Ce~te vision harmonieuse des rapports entre tout et parties n'est-elle pas totalement utopique? La réalité n'est-elle pas souvent ambigtie? Ainsi, le premier chef de la nation malgache Ph. Tsiranana s'est appuyé sur le tribalisme pour parvenir à la tête de l'État au moment de l'indépendance. Cependant, Ph.Tsiranana soutenu par nombre de dirigeants côtiers n'a-t-il pas œuvré pour le dépassement des ethnies, la formation de la nation? 4-"Nationalisme", ''patriotisme'' et conscience nationale. L'utilisation du terme "nationaliste" pour beaucoup d'activités d'associations, ou des groupes d'intérêts peut prendre une dimension politique mystificatrice si l'on ne réfléchit pas à sa vraie signification. Nous lui préfererons le terme de patrie. Les dirigeants malgaches s'opposant à l'oppression coloniale sont couramment appellés tiatanindrazana (litt. aimant sa patrie). La qualification tia-tanindrazana peut être aussi attribuée à tous ceux qui œuvrent, à leur niveau, pour la promotion socio-économique ou culturelle de leur famille, de leur village, de leur région ou de la patrie ou de la nation, c'est-à-dire à des échelles très variées. Tous les dirigeants des associations ou des comités ou des partis politiques, à un moment de I'histoire coloniale, se disent tiatanindrazana. Il ne s'agit pas ici de mettre en doute la sincérité des actions de nombre de personnalités tia-tanindrazana de l'époque mais de cerner ce que peut être le sens exact du terme. Ce concept flou dont les usages sont multiples, s'apparente-il à celui de "nationalisme"? En le référant à la nation, qui est "un instrument de la conscience historique et de la con-

science politique", G, Delannoi62 conçoit ce dernier concept comme "une
forme idéologique". En effet, le "nationalisme" est la réaction d'un individu ou d'un groupe de personnes à une situation donnée, qui est "souvent excité par l'orgueil blessé, le sentiment d'infériorité, la défaite,,63. Alors que la conscience nationale crée la nation, c'est par une construction

62

Delannoi, G., Taguieff, P-A., Théories du nationalisme, Paris, Kimé, 1991, 324 p., p. 14. 63 Idem

32

pratique qu'une entité politique renforce ultérieurement la nation et la soutient64.Les tia-tanindrazana malgaches peuvent-ils être définis comme étant des nationalistes? Jean Ralaimongo, par son combat pour l'égalité dans l'île autour des années 1920, n'appartient pas vraiment à cette catégorie, si on se réfère à la dimension idéologique de ce concept. Son action se concentrant sur la citoyenneté, elle ne participe que d'une façon indirecte à la construction de la conscience nationale. Mais Ralaimongo est 65 éminemment patriote. Eric Hobsbawm note que "ceux qui luttaient pour la libération n'étaient des "nationalistes" que parce qu'ils adoptaient une idéologie occidentale parfaitement adaptée au renversement des gouvernements étrangers, et pourtant ils n'étaient généralement qu'une petite minorité d'indigènes "évolués". Les dirigeants d'associations sont-ils des catalyseurs d'identité? des patriotes, ou plus spécifiquement des nationalistes utilisant le versant moderne, occidental de ces groupements contre le colonisateur? Les actions des dirigeants et des membres des associations correspondent à bien des égards à cette définition du "nationaliste" proposée par E. Hobsbawm. La situation coloniale fut un des obstacles à la construction nationale, elle a engendré le nationalisme par suite de son système inégalitaire et oppressif. V-PIan de ce livre. L'étude se distribue en trois grandes parties. La première sera consacrée principalement à l'observation des associations sous la période coloniale. Il sera question de leur typologie, de leurs structures, et de leur institution au sein de la société malgache dominée. Nous étudierons les catégories de Malgaches qui se tournent vers elles. Quels sont leurs objectifs? Nous nous interrogerons également sur la manière dont l'administration coloniale perçoit et conçoit les associations dans le dispositif colonial, de façon à mener sa propre politique. Dans la mesure où la plupart des associations ont leur siège dans les centres urbains, dont

Idem 65 Hobsbawm, E., Nations et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard, 1990, 247 p., P 15-16.

64

33

quelques uns furent des zones d'immigration, peut-on mettre en relation la dynamique de l'implantation urbaine et la promotion des associations? Qu'attendent les citadins des structures associatives? La seconde partie examinera les associations d'originaires. Il s'agit de déterminer leur évolution et leurs caractéristiques, de relever les causes socio-économiques, politiques et religieuses de leur création et d'étudier la façon dont leurs dirigeants ou leurs membres s'impliquent dans la préservation ou dans la construction des identités individuelles ou collectives propres au niveau régional, dans le contexte colonial de l'île. Dans cette perspective, nous distinguerons les associations d'originaires merina de celles de la périphérie. Les années 1930, date à laquelle les associations d'originaires non merina déclarées apparaîssent, constituent ainsi une période charnière concernant l'observation de ce type d'associations. La troisième partie, analysera d'abord l'utilisation des associations par les élites ou les notables malgaches dans leur stratégie d'insertions dans la vie socio-culturelle, politique et religieuse coloniale; elle traitera ensuite du rapport de force que ces Malgaches engageront avec les dominants. Elle s'attachera en particulier aux périodes de revendications d'une partie d'entre eux pour l'instauration de l'égalité des droits et sur les moments forts correspondant aux soubresauts de l'idée d'autonomie avec ou sans la France et enfin, aux préparatifs de l'accession à l'indépendance. Bref, elle prendra en compte des stratégies nationales d'associations. VI- Sources et critiques des sources. L'insuffisance des traces laissées par les associations en général rend difficile une reconstitution de leur histoire et de leur impact sur la société. Les renseignements sont fragmentaires. Nous disposons le plus souvent des statuts grâce aux bulletins des associations et à certains journaux que nous avons pu consulter. Ils ne nous rendent compte que des activités apparentes. Leur fonctionnement (déroulement des élections lors du renouvellement du bureau, les recrutements etc...), la stratégie réélle des fondateurs ou les subventions, demeurent des éléments peu connus. En dehors de quelques groupements, il nous est impossible de savoir les nationalités

34

qui les composent. Nous ne savons donc pas s'ils sont mixtes ou si les dirigeants sont Vazaha66ou ne le sont pas. Pour recenser les associations formalisées pendant la période coloniale, connaître la date de leur déclaration, le lieu où elles siègent, analyser leurs statuts afin de saisir leurs objectifs, connaître les noms et éventuellement les professions de leurs dirigeants et le nombre de leurs membres, nous nous sommes orienté en premier lieu, vers les données fournies par le Journal Officiel de Madagascar. Bien que ces renseignements soient précis, ils souffrent, comme l'ont signalé de leur côté H. D'Almeida et O. Goerg67,d'un manque de détails qui auraient pu permettre de compléter et d'affiner nos observations. Ainsi, le plus souvent, le Journal Officiel ne mentionne-t-il que le chef-lieu de province où l'association est déclarée, le nom de l'association et la date de déclaration. Pour compenser cette lacune, nous avons eu recours aux sources d'archives se trouvant à Aix-enProvence et à Tananarive, tout au moins celles qui nous ont été accessibles. Mêmes fragmentaires, les sources des archives nous ont permis de consulter et d'observer une partie des listes des fondateurs et des participants des associations, des journaux diffusant parfois les statuts ou les photos des membres de certains groupements, des notes de renseignement relatant les actions de dirigeants associatifs de l'époque et de temps en temps le nombre de participants et les lieux de réunions. Nous n'avons pas toutefois la prétention d'avoir tout épuisé. En ce qui concerne le financement des associations, mises à part les cotisations, les diverses manifestations pour subvenir aux besoins des associations, les informations sont très réduites. Nous espérons que d'autres travaux contribueront à éclairer cet aspect financier qui constitue une des zones d'ombre de notre travail. Les enquêtes orales effectuées à Tananarive nous ont été également précieuses dans la mesure où elles nous ont informé du rôle de certaines associations religieuses, de la conception et de l'élaboration du modèle de statuts d'une association, où elles nous ont permis de connaitre l'itinéraire

Tenne généralement utilisé par les Malgaches pour nommer les Européens. 67Goerg, O., "Les associations de jeunesse: réflexions sur une méthodologie, à partir de l'exemple de la Guinée coloniale", in Alméida-Topor, H., d', et al., Les jeunes en Afrique. Évolution et rôle, XIx!""'_XXèmesiècles, Paris, L'Hannattan, 1992, T.l, 571 p., p.p. 17-34.

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de quelques dirigeants de l'époque et l'implication des associations dans leur soutien. Ainsi, le pasteur D. Ralibera, le père R. Ralibera et le professeur A. Rakoto-Ratsimamanga nous ont accordé chacun un entretien. Nous aurions aimé discuter plus longuement avec eux et leur poser d'autres questions, mais nos emplois du temps respectifs, et la briéveté de notre séjour ne nous ont pas permis de nous revoir. De plus, d'autres anciens dirigeants d'associations ou personnalités que nous avions contactés n'ont pas donné suite à notre demande.

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PREMIERE PARTIE
Les associations à Madagascar sous la période coloniale (1896-1960).

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