LES DISSIDENCIÉS GUADELOUPÉENS DANS LES FORCES FRANÇAISES LIBRES

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Entre 1940 et 1943, plusieurs centaines de Guadeloupéens partent de leur île afin de rejoindre les forces armées du général de Gaulle et d'être engagés sur les fronts d'Italie et de France. Qui furent ceux qu'on nomma les Dissidenciés ? Pourquoi un tel engagement volontaire ? Quel fut leur périple ? Que représentait ces fraîches recrues pour la France, à commencer par la France libre, dans un conflit aux répercussions mondiales ? C'est à ce type de questions, entre autre, auxquelles le présent ouvrage tente de répondre.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296292185
Nombre de pages : 197
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Antony Girod-à-Petit Louis

Les Dissidenciés guadeloupéens dans les Forces françaises libres (1940-1945)

Historique, motivations et enjeux d'un engagement

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

cg L'HARMATTAN, ISBN: 2-7475-2673-9

2001

SOIDIDaire
Le présent livre a pour objet l'étude approfondie du phénomène dit dissidencié guadeloupéen. Le terme recouvre un large mouvement de plusieurs centaines de Guadeloupéens qui décidèrent de quitter leur île, alors administrée par les autorités vichyssoises, afin de rejoindre les Forces françaises libres du général de Gaulle. Cet engagement militaire se déroule entre 1940 et 1945. L'analyse de ce mouvement se décompose en trois parties distinctes. Le premier chapitre établit le parcours suivi par ces Dissidenciés depuis l'île de la Guadeloupe jusqu'en France, en passant par l'Afrique du Nord et, pour certains, l'Amérique ou l'Angleterre.

Ces pérégrinations confronteront les FFL guadeloupéens à d'autres cultures mais aussi à diverses campagnes militaires.
Le deuxième chapitre cherchera à cerner les motivations qui poussèrent ces gens à s'engager au côté des forces combattantes de la France libre. C'est sous l'angle d'une analyse socio-ethnique que nous avons voulu apporter des éléments de réponse à la question des motivations de ces hommes. Le dernier chapitre, " les désillusions", expose les enjeux que pouvait représenter cet engagement, notamment au niveau de la stabilité politique et du maintien de la souveraineté française dans

ses possessions antillaises. Cette partie fait aussi état de la naissance d'une revendication indépendantiste générée au sein des FFL guadeloupéens et antillais dans une période de décolonisation mondiale. TIs'agit là de deux aspects totalement méconnus inhérents à la Dissidence et qui sont pour la première fois dévoilés.

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Liste des sigles et abréviations
AFN: Afrique française du Nord. ATS : Auxiliary Territory Service. BMA n° 1 : 1er bataillon de marche des Antilles. BMA n° S : 5ème bataillon de marche des Antilles. DM!, 1ère: 1ère division motorisée d'infanterie. FFL : Forces françaises libres. GADCA, 21ème: 21ème groupe antillais de défense contre avions. RTS, lOème : 10ème régiment de tirailleurs sénégalais. RTS, 6ème : 6ème régiment de tirailleurs sénégalais. RCA, Sème: 5ème régiment de chasseurs alpins. usa: United Service Organisation.

Lexique
Béké, Grand Béké, Blan-péyi : ces termes désignent un Blanc né dans les Antilles. Généralement, celui-ci est un descendant de colon. Le Grand Béké est un Béké qui détient une place importante dans la société, notamment au niveau économique. Les Békés guadeloupéens, du fait de la révolution française de 1789, se sont retrouvés moins nombreux qu'en Martinique. Béké-guadeloupe Habitation: : béké originaire de la Guadeloupe

équivalent de la plantation américaine.

Jardin-nègre (ou Jardin-créole) : petit jardin traditionnel à l'organisation complexe entourant la case de son propriétaire. Celui-ci permet une quasi-autosuffisance alimentaire. Légume-peyi : Terme créole désignant un légume non importé et cultivé sur place. Exemple: racine, igname, banane-poyo, christophine, etc. Syro-Libanais : désigne tout habitant des Antilles originaires du Moyen-Orient (Syriens, Libanais et Palestiniens). Usinier: propriétaire d'une usine de traitement de la canne à sucre. Traditionnellement d'origine békée, les usiniers sont de plus en plus, au début du siècle dernier, des Métropolitains venus s'installer aux Antilles afin de faire fortune dans l'industrie sucrière.

RcDtcrcicDtcnts
Mes premiers remerciements iront aux treize anciens FFL guadeloupéens, de la Basse Terre, de la Grande Terre et de France; aucun n'est oublié. Qu'ils soient assurés de mon immense gratitude, eux qui n'épargnèrent ni leur amabilité, ni leur confiance et qui me f!rent un si bon accueil. C'est à contre-coeur que je ne mentionne pas leurs noms dans ce travail qui, sans eux, n'aurait pas été possible. C'est par respect, cependant, que j'ai décidé de garder dans l'anonymat leurs noms car je ne voulais pas qu'ils soient considérés comme liés, de facto, à l'orientation analytique de cette étude de la Dissidence.

Je tiens à remercier le Professeur Samir Saul. J'aimerais aussi remercier M. Leclaire, Mme Ullimdha, Mlle Landro (en espérant que son intérêt pour l'histoire ne sera pas éphémère), Mme Dinar, M. Bertin, M. Plaisance, M. Roy, M. Alphonse, M. Sorrèze, Mme Sempaire, M. Larmony, M. Corantin, Mmes Delver, Germain et Con vas, Mme Cortinovis, M.Tamby, Mlle Hamel ainsi que les Familles Guenat, Leclaire, Clémens et Francius.

Je remercie, d'autre part, les personnels du CSNG, du SHAT, de l'ANSOM et des Archives départementales de la Guadeloupe. Enfin, merci à mon épouse, mes parents et grands-parents, ma belle-famille et mes amis pour le soutien moral et financier qu'ils m'ont accordé tout au long de cette entreprise.

A la mémoire de Messieurs Omar et EI-Hajj Malik EI-Shabazz.

"...An té devan la Bastille, an té la pa pou on ti pIa lentille* ..." "An cé Nèg", G.Comély, poésie.

"...un homme ne vit pas seulement de parole mais il a faim aussi, un jour à une certaine heure." Un ancien du bataillon de Marche Antillais na 5.

* traduction du créole: "...j'étais devant la Bastille, je n'étais pas là pour un petit plat de lentilles..."

Introduction générale

Méconnu de l'opinion publique et sujet peu exploité par l'historiographie, le mouvement des Dissidenciés représente l'engagement de plusieurs centaines de Guadeloupéens français qui rejoignirent, entre 1940 et 1943, les Forces françaises libres afin de participer à la libération de la mère patrie, la France. C'est ce phénomène qui fera, au travers du présent ouvrage, l'objet d'une longue étude socio-historique qui lui est entièrement consacrée. Cet engagement comporte pourtant un nombre considérable d'enjeux qu'il apparaît vital d'exposer et de comprendre dans leur logique. Et ce à deux niveaux différents: premièrement dans le cadre général de la renaissance en force des mouvements anticolonialistes dans le monde de l'après Seconde Guerre mondiale et, deuxièmement, dans la démarche d'explication des relations entre la société antillaise, en particulier guadeloupéenne, et la politique française à son égard. Au cours de cette période où la France se trouvait fortement affaiblie et divisée, la population guadeloupéenne, alors dirigée par l'administration vichyste, n'a pas cherché à exploiter la situation pour l'obtention de son indépendance. Au contraire elle a manifesté un patriotisme ardent par l'engagement, en sus du déve21

loppement d'une résistance intérieure, de plusieurs centaines de ses fils dans les Forces françaises libres. Comment dès lors expliquer cet élan, que les historiens ont qualifié d'ultra patriotique, du mouvement des Dissidenciés ? Ceci mène à une seconde interrogation qui est de savoir si cette Dissidence est uniquement le fruit d'un patriotisme soigneusement insufflé dans la population guadeloupéenne. Qui étaient ces hommes et quelles pouvaient être les motivations qui les poussèrent à braver les autorités vichystes et les dangers de la mer afin de rejoindre l'île de la Dominique, première étape de l'engagement dans les Forces françaises libres? Étaient-ils des hommes issus de toutes les classes sociales et de toutes les catégories ethniques guadeloupéennes comme cela a été suggéré par le biais d'études antérieures ? Quittèrent-ils leur terre natale exclusivement par amour de leur mère patrie, la France, ou pour fuir un climat répressif et raciste? Était-ce davantage un exode de la faim ou l'expression d'un besoin d'aventure? Ce sont là des questions qui ne manquent pas d'être posées et auxquelles ce mémoire s'est donné pour objectif de répondre. Enfin, à travers le périple et le parcours impressionnant de ces hommes et de ces quelques femmes, devenus militaires FFL, ce sont encore tous les fondements de l'assimilation qui sont mis en jeu. Plus encore, pour une poignée d'entre eux, ces pérégrinations de temps de guerre ne seraient-elles pas un élément déclencheur d'une mise en accusation de la position de la mère patrie colonialiste? Mise en accusation qui pourrait préfigurer l'émergence, à partir de la fin des années cinquante, du courant indépendantiste guadeloupéen et antillais. Assurément, l'histoire des engagés volontaires guadeloupéens dans les FFL est une histoire de la politique d'assimilation menée par la France aux Antilles et subie, avec son appui ou non, par les différentes catégories socio-ethniques composant la société guadeloupéenne. Guidé par cette préoccupation essentielle, nous

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avons désiré placer l'étude du mouvement dissidencié sur un axe d'analyse socio-ethnique. L'optique de ce livre offre donc une étude sociale de la Dissidence extérieure. C'est une première dans l'historiographie restreinte portant sur le sujet de la Dissidence qui oblige l'auteur tout comme le lecteur à demeurer prudent quant au résultat de cette recherche qui appelle de nouvelles analyses socio-historiques du mouvement dissidencié. Le lecteur remarquera, peut-être à son étonnement, que cette étude fait fréquemment appel à des données concernant l'île de la Martinique. Quand bien même le sujet d'étude est centré sur les Dissidenciés guadeloupéens, nous avons pris en compte des références martiniquaises, ce qui permettait d'approfondir l'analyse. Chaque fois que le cas martiniquais paraissait présenter un intérêt particulier, il en a été fait part. Dernier point qu'il nous semble utile de souligner: la présente recherche accorde une place importante aux sources orales à travers divers témoignages d'acteurs et de témoins contemporains du phénomène dissidencié. Cela résulte de deux choix qui nous sont apparus vitaux, l'un d'ordre culturel et l'autre d'aspect pragmatique. Il est de coutume d'associer l'oralité à la tradition culturelle guadeloupéenne. Nous avons voulu donner sa juste place à cet univers de la parole qui a traditionnellement servi à retransmettre le patrimoine historique et culturel de la Guadeloupe au fil des générations. A ce propos, le contact qui s'est établi lors des entrevues avec, pour l'essentiel, d'anciens Dissidenciés a été décisif. Ces personnes, qui n'eurent pas ou qui eurent si peu l'occasion d'expliquer leur participation au conflit mondial, ainsi que la vie quotidienne an tan Sarin (la période où la Guadeloupe est administrée par le gouverneur Constant Sorin, au temps de Sarin), le firent avec plaisir et, nous le croyons, avec une relative sincérité. Cela explique aussi le recours au créole, langue maternelle du peuple

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