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Les originaires et non-originaires en République démocratique du Congo

De
248 pages
Les contributions réunies ici retracent successivement le parcours historique de cette problématique, la source des conflits entre "originaires" et "non-originaires", la gestion des espaces, la recherche d'une administration efficiente pour la décentralisation, les témoignages de ceux qui ont oeuvré au sein de la territoriale.
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Sous la direction de NoëlOBOTELA RASHIDI
LES ORIGINAIRES ET NONORIGINAIRES EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Collection La Région des Grands Lacs Africains Passé et Présent
Préface de Léon de Saint Moulin
LES ORIGINAIRES ET NON-ORIGINAIRES EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
La Région des Grands Lacs Africains – Passé et Présent Collection fondée par Bogumil Jewsiewicki (Univ. Laval, Québec –Canada) Cette collection universitaire vise à analyser l’évolution contemporaine de certains pays d'Afrique centrale, notamment la République Démocratique du Congo (R.D. Congo), le Burundi, le Rwanda… tant au niveau des États et des systèmes politico-économiques qu’au niveau des populations et des individus, tant dans leur région géopolitique qu’au sein du Continent africain tout entier et dans le monde globalisé. Co-direction R. Giordano - coordonnateur (Univ. della Calabria – Italie) C. Carbone (Univ. della Calabria – Italie) D. Dibwe dia Mwembu (Univ. de Lubumbashi – R.-D. Congo) A. Maindo (Univ. de Kisangani – R.-D. Congo) Comité scientifique présidé par Jan Vansina (Univ. of Wisconsin-Madison – USA) : J. Bisanswa (Univ. Laval, Québec – Canada) F. De Boeck (Katholieke Univ. Leuven – Belgique) D. De Lame (MRAC – Tervuren – Belgique) N. Hunt (Univ. of Michigan – USA) B. Lututala (CODESRIA, Dakar – Sénegal) E. Mudimbe-Boyi (Stanford Univ. – California, USA) I. Ndaywel è Nziem (Univ. de Kinshasa – R.-D. Congo) N. Obotela Rashidi (Univ. de Kinshasa – R.-D. Congo) Sabakinu Kivilu (Univ. de Kinshasa – R.-D. Congo) J. Shaje (Institut des Musées Nationaux, R.-D. Congo) G. De Villers (MRAC – Tervuren – Belgique)
Sous la direction de Noël OBOTELARASHIDI LES ORIGINAIRES ET NON-ORIGINAIRES EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11761-4 EAN : 9782343117614
PRÉFACEC'est avec plaisir et grand intérêt que j'ai participé au colloque sur laPro-blématique des « originaires » et « nonoriginaires » en RD Congoorganisé conjointement par l'Université de Kinshasa et l'Université Catholique du Congo, du 11 au 13 juin 2013.Ce thème est d’une brûlante actualité face à la récurrence de revendications ou d'oppositions entre certains Congolais parce qu’ils sont ou ne sont pas « chez eux ». Je suis heureux d'avoir été invité à en préfacer les Actes publiés dans ce volume, car ils permettront d'en étendre le bénéfice à toute la population qui pourra se l'approprier par la lecture ou par les conférences et les débats que les lecteurs susciteront à leur tour. La problématique des « originaires » et des « non-originaires » s’est ef-fectivement révélée nocive et destructrice dans plusieurs secteurs de la vie nationale. Lors des élections, certains candidats ont été stigmatisés en tant que « non originaires » de la circonscription où ils se présentaient. D'autres se sont présentés comme les meilleurs du seul fait de leur qualité de natifs ou d’ « originaires » de cette circonscription. Sur le plan politico-administratif, de hauts responsables ont été parfois évincés de leurs postes, voire attaqués physiquement, victimes d’une campagne d’intoxication. De même, certains hauts dirigeants des entreprises publiques ont fait l’objet de contestations, non à cause de leur incompétence, mais en tant que « non-originaires ». Dans la sphère économique, des manifestations violentes ont parfois contribué au découragement des investissements intérieurs et à la formation de capitaux par des « non-originaires ». Dans la plupart des provinces, le marché de l’emploi reste soumis à cette logique des « originaires » et des « non-originaires ». Ces comportements ont conduit à de vives tensions entre communautés, souvent instrumentalisées par l’élite politique.
Ces conflits ne sont pas sans objet. Des intérêts et des valeurs y sont en jeu. Mais simultanément la conscience nationale s'est aussi montrée très forte : elle tient en échec depuis 1998 une vaste coalition internationale qui a tenté de balkaniser le Congo. Si les appartenances tribales ont été des forces de mobilisation des électeurs, les élections de 2006 et de 2011 n'ont pas été tribales, car les unités ethniques ont lutté pour le contrôle du pouvoir au ni-veau national et non pour des intérêts strictement locaux. La population dans son ensemble est consciente que son avenir est plus riche si elle reste unie.
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La réalité est, d'une part, que le Congo est constitué de plusieurs peuples, mais, d'autre part, il n'y a aucune tribu dont tous les membres sont regroupés sur un territoire particulier et il n'y a aucun territoire dont les habitants n'aient accueilli par des alliances ou des solidarités diverses des ressortissants d'autres groupes. La cohabitation de peuples divers, qui était déjà la règle à l'époque traditionnelle, où les sociétés ne connaissaient pas les frontières politiques et administratives introduites par la colonisation, prend inévitablement une place accrue. L'État est devenu l'organe de gestion obligé de multiples problèmes. Il faut donc articuler les identités ethniques avec la conscience nationale. Les projets des sociétés particulières ne peuvent être promus que s'ils peuvent être intégrés dans le projet plus vaste d'intérêts qui doivent être promus au niveau supérieur de l'État.
La revendication par un groupe ethnique de droits particuliers sur une por-tion du territoire national découle en partie de la reconnaissance constitution-nelle de la nationalité aux membres des groupes ethniques dont le territoire constituait ce qui est devenu la RD Congo à l'indépendance. Ces groupes ont des droits qui sont aussi reconnus par la constitution mais qui, notamment dans le régime foncier, n'ont pas été sanctionnés par des mesures d'application qui en garantiraient le respect. De nombreuses contributions au colloque ont souligné le rôle fondamental de l'État dans la prévention et la gestion des conflits dits "interethniques". Les hommes politiques y ont au moins autant de responsabili-tés que les instances légitimatrices traditionnelles. Le problème ainsi posé n'est pas simple. Il y a des groupes ethniques auxquels aucun droit foncier n'est re-connu et il y a aujourd'hui un nombre croissant de Congolais qui n'ont plus aucune notion de leur secteur ou chefferie d'origine et beaucoup d'électeurs de 2011 ont été bien embarrassés quand ils ont dû décliner cette identifica-tion pour se faire enrôler.
Une évolution de notre droit est donc nécessaire, dans un monde qui s'est profondément transformé et où le système des communications et des voies de transport a profondément modifié l'organisation des relations sociales. Mais il y faut aussi un renouvellement de la culture et une nouvelle éduca-tion, notamment à une identité ethnique qui ne peut jamais être exclusive. La culture, dit Jean-Paul II dans son encyclique sur le travail, est la grande éduca-trice de tout homme. Elle est une grande incarnation historique et sociale du travail de toutes les générations qui nous ont précédés. Mais elle est aussi tou-jours à reconstruire pour inspirer des façons de penser et d'agir appropriées au monde dans lequel les vieux comme les jeunes ont à vivre. Pour survivre, les autorités ethniques doivent entrer dans le mouvement général de conscientisa-tion et de participation pluraliste. À ce prix, elles peuvent être des forces posi-tives dans le tissu de la vie sociale. Les instances nationales et provinciales modernes ont aussi à évoluer, à se libérer de ce qui persiste dans notre société des modèles hérités de l'époque coloniale, notamment d'un système juridique abusivement individualiste.
L’État a besoin pour fonctionner de façon participative, d’un tissu serré d'associations diverses, qui constituent la société civile. Les ethnies sont une force sociale d'intégration, quand elles invitent leurs membres à s'inscrire dans des actions collectives d'autopromotion, de réflexion critique et de négociation. Un des problèmes les plus fondamentaux pour l'articulation des identités eth-niques et de la conscience nationale est celui du découpage des unités poli-tiques et administratives. Celui-ci exige la définition de subdivisions disposant toutes, à un même niveau, des mêmes droits et obligations. Il doit en outre assu-rer une insertion suffisamment satisfaisante de tous les habitants du pays. Comme il est une matière sensible, il ne peut être modifié à la légère.
Le colloque dont on va lire les actes avait pour objectif d'aider à mieux comprendre la source et les enjeux du discours des « originaires » et des« nonoriginaires » et de renforcer le sentiment du vouloir-vivre ensemble dans une communauté nationale gérée en fonction du bien commun de tous ses membres. Puisse cette publication y entraîner aussi ses lecteurs.
Léon de Saint Moulin s.j. Professeur émérite et membre du CEPAS Centre d'Études Pour l'Action Sociale
AVANT-PROPOSQui a légitimement droit aux ressources d’un peuple, d’une province, d’un territoire, d’une cité, d’un quartier ? Qu’il s’agisse de ressources maté-rielles ou non-matérielles, naturelles ou symboliques, citoyennes ou identi-taires, la lutte pour leur contrôle se sert d’un répertoire de récits de légitima-tion, ancrés ou non dans l’histoire, faisant appel ou non à ce qui est appelé 1 chez les Tabwa le milandu . Cette lutte, nécessairement, essaie d’opérer une série d’exclusions et d’inclusions des ayant-droit. Cependant, on constate que les espaces au sein desquels se font ces ex-clusions et inclusions sont devenus, au fil des décennies, de plus en plus petits. Si, pendant la Deuxième République, les Katangais essayèrent d’exclure les originaires des autres provinces, plus particulièrement du Ka-saï, ces exclusions opèrent actuellement au niveau du territoire, du secteur, du quartier, de l’un ou de l’autre côté de la rivière, etc. Les effets désastreux de la guerre, la misère généralisée, le nombre limité des options pour se faire 2 un revenu minimal de survie , sont sans doute parmi les facteurs qui ont engendré cette situation.
Ce constat a amené la division des affaires politiques de la MONUSCO à soutenir l’initiative prise par le Professeur Noël ObotelaRashidiet son équipe du Centre d’Études Politiques de l’Université de Kinshasa, ainsi que par les Professeurs Marcel NdjondjoNdjulaKasha (Université Catholique du Con-go), André Lubanza Mukendi (Université de Kinshasa) et Pierre Kabuika-Mukulu Université Pédagogique Nationale) pour l’organisation d’un col-loque en vue de réfléchir sur cette problématique. Sa conception reposait sur une analyse de l’état de la situation dans le domaine politique et écono-mique, suivie des études de cas, avant de formuler un message que la logique de l’exclusion, en s’appliquant à des aires géographiques de plus en plus petites, devient nécessairement suicidaire. Ce message servira, nous osons le
1 Il s’agit de raconter l’histoire de la communauté d’une façon qui légitime sa position dans un conflit autour p. e. de la terre ou de la succession. 2 Dans une société où l’accès aux ressources économiques dépend du pouvoir politique, mili-taire ou religieux, les élections deviennent souvent presque littéralement des luttes entre la vie et la mort.
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