Les Peuples d'Ajatado (Accra et Lagos) (Tome 2)

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La ville royale d'Ajatado est née vers le XIIe siècle, de la rencontre entre des aborigènes, métallurgistes du fer, et une dynastie venant de Djenné (Mali). Remontant à l'ère pré-chrétienne, la cité d'or portait, avant l'arrivée de l'Islam au Xe siècle, un toponyme qu'Ajatado garde encore de nos jours dans ses traditions orales, ce qui fournit une clé d'interprétation des sources arabes méditerranéennes qui font mention de ce nom de ville à partir de 891.
Publié le : mardi 1 mai 2012
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EAN13 : 9782296490239
Nombre de pages : 246
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             LES PEUPLES DAJATADO (ACCRA ET LAGOS)  2  
 
 
 
 
                                                          
Roberto Pazzi                      LES PEUPLES DAJATADO (ACCRA ET LAGOS)  Volume 2 Des origines à la rencontre avec lOccident et le Christianisme au XV e siècle (sources orales)  
 
 
                                                                                                                                                                                  © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96709-0 EAN : 9782296967090
SOMMAIRE du volume 1
Après avoir dans le L IMINAIRE  considéré la configuration géographique de l'aire culturelle que nous appelons aja  (voir la carte insérée en fin du volume 1) et avoir présenté, dans l'I NTRODUCTION , quelques sondages opérés dans sa société, dans son langage et dans sa religion, le C HAPITRE  1 aborde le problème du calcul des distances qu'assumait au XV e siècle la marine portugaise, pour conclure que son unité de mesure, la ‘lieue commune’, avait une valeur d'environ 4 km et demi. Sur cette base de mesure le Ch . 2 aborde le précieux roteiro de 1482, qui nous permet de reconstituer, pour l'essentiel, la toponymie de tout le littoral aja  par recoupement de la réalité du terrain avec la description des navigateurs. Deux sources cartographiques peuvent alors être interprétées – Ch. 3 –, qui enrichissent de compléments importants notre reconnaissance côtière et celle de la voie lagunaire joignant l'aire aja au port fluvial de B INI . Au Ch. 4, il devient possible, sur les balises toponymiques repérées, de suivre chronologiquement la découverte progressive d'ouest et est qu'effectuèrent en cinq étapes les ‘Caravelles de Dieu’ sur tout le Golfe-de-Guinée : la troisième, en 1482, atteignit C.S.Paulo le 25 janvier et, trois mois plus tard, célébra le rite d'érection de la croix et de la remise du drapeau sur la plage d'Agbanakšn. Enfin, le Ch. 5 est consacré à l'analyse linguistique du vocabulaire aja , afin de permettre une recherche pointue dans les domaines de la toponymie et de toute expression culturelle, le long des chapitres qui vont s'enchaîner en ce volume 2.
CHAPITRE 6
De 1472 à 1486  : l’impact des rapports portugais avec les Åþla, * * les Þela, * * * le royaume d’Alada.
 01 – Le contact initial entre les Européens et les autochtones de notre côte a semble-t-il produit chez ces derniers un certain trouble, dont l’impact se situe à plusieurs niveaux. Tout d’abord, à l’époque où les premiers Portugais avec leur drapeau de l’Ordre-du-Christ débarquèrent à la côte Åþla, les occupants des lieux ne concevaient absolument pas l’océan comme voie de navigation. Il suffit de se pencher sur le lexique de la langue locale et sur cette autre source que sont les interdits religieux, pour constater quelle idée la population se faisait alors de la mer (0.02a) : dans l’imaginaire collectif, avec ses eaux toujours en mouvement et son étendue sans frontières, où il n’était guère possible et de toute façon religieusement interdit de lancer des pirogues, l’océan – aþù [åxù pour les Åþla, 5.12A] – ne pouvait être que le symbole de forces chaotiques dont l’homme ne saurait prendre la mesure ni assumer la maîtrise. D’ailleurs, selon la conception ancestrale, c’est justement dans ces eaux salées et stériles, quelque part au large, que se trouve la ligne de partage entre le monde des vivants et la patrie des trépassés, avec ses portes situées à l’Orient (0.02B), au delà d’une rivière dont on sait seulement qu’elle est bien plus éloignée que le Kutå et même le Ýwali  a . Qu’on doive constater en 1472 que les navigateurs qui, apparemment depuis le Sud, viennent de débarquer sur la côte, ne sont point des trépassés, mais des vivants en chair et en os, cela constitua vraiment le plus inattendu des événements qu’on n’aurait jamais pu imaginer.
B Ce fait historique mémorable venait également bouleverser la conception traditionnelle aja  sous un autre aspect, puisque ces visiteurs n’appartenaient pas à la race des Noirs mais à celle des Hommes-Rouges, censés peupler le désert du Nord (0.01B). C’est donc en totale contradiction avec leur cosmologie traditionnelle que, au seuil de l’époque moderne, les Åþla ont vu naviguer en pleine mer
 01a – Si l’embouchure de l’ I KO  à *Lagos, ainsi d’ailleurs que cette ville et son énorme bassin lacustre, portent dans notre aire le nom Ýwali (2.10B), c’est justement parce qu’on les imagine être proches de la frontière de la patrie des tré assés.
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des vivants qui semblaient venir de l’espace océanique réservé aux morts et qui, une fois débarqués, se révèlent être des Rouges, donc gens du Nord, bien qu’arrivés par le Sud. A tout cela s’ajoutait un autre élément d’étonnement portant sur le fait que les voies navigables du monde aja coulent toutes du nord au sud. Antithétiques de la mer – la puissance bouillonnante et interdite – et distinctes des étendues mortes des étangs, qu’on appelle etá <marais>, l’ensemble de ces eaux vives et bienfaisantes des rivières, ainsi que les lagunes côtières qui les relient, sont désignées par le vocable etÓ et vénérées comme vodu bénéfique. L’ordre des choses aurait ainsi voulu que ces étrangers, se présentant en amis, arrivent par la voie du Månå, portés par son courant, au lieu de le toucher à MÓnÓnù <bouche du Månå>, sa sortie. Par ailleurs, pendant que les Portugais nommaient ce point géographique Boca-do-Rey (0.01A), car l’estuaire du fleuve signifiait pour eux la porte d’accès au royaume de l’intérieur, les autochtones, en fonction de leur coutume qui veut que les honnêtes gens se présentent à l’entrée de la cour familiale et que celui qui aborde la maison par derrière est soupçonnable de mauvaises intentions, concevaient que les visiteurs accèdent donc à leur patrie par la cité de Tado, située à l'extrême pointe septentrionale des terres occupées par les Æenå et les Eæe. Jusque dans sa configuration topographique la cité royale se veut d’ailleurs orientée selon cette conception, avec son bastion principal à Katånme (L.02B), donc au nord, et ses arrières aux rapides de Ajrala (L.02A), là où la brousse protège le lieu sacré dit Mawuþé <demeure de Mawu, 0.18B> avec sa grande pierre sur laquelle on voit, dit-on, l’empreinte d’une main ne pouvant être attribuée qu’à une Puissance divine, car bien plus grande que celle d’un agbštå (0.02B).
C De ce choc psychologique provoqué par le débarquement de 1472 est née la célébration que les Åþla répètent annuellement depuis cinq siècles d’un sacrifice à la mer, où l’officiant, en pénétrant dans les vagues qui viennent mourir sur la plage, est censé descendre jusqu’au sein des eaux profondes pour y invoquer les noms des vodu Agboe (5.17B) et AvlÚkÙtÙ (0.03A). Or dans ce rite, l’océan n’est plus appelé åxù mais agbÚ-tÓ  : fleuve de vie (0.02B). Cette cérémonie pratiquée sur le littoral  b  perpétue en même temps le xotutu concernant l’installation à la côte des premiers ressortissants d’Ajatado, les  01b – On trouve une description de ce rite Åþla dans P. V ERGER , Notes sur le culte des Orisha et Vodun . IFAN, Dakar. 1957, .546s.
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fondateurs d’Agbanakšn : le récit qu’on en donne prétend que, face à cette étendue d’eau illimitée et bouillonnante, surprise et crainte religieuse saisirent le peuple ; la force de la barre haut dressée avant de se briser avec fracas sur la plage n’était-elle pas le signe d’une puissance sacrée défavorable ? Mais, après consultation de l’oracle, le bokå fut en mesure de transmettre un rassurant message de bonheur, prédisant que, un jour, des hommes de la couleur du feu arriveraient sur ces eaux en apportant au pays la richesse (PAZ 172).
 02 – On ne peut interpréter cette tradition orale sans la replacer dans son contexte historique, à savoir la migration qui a conduit le peuple Åþla depuis Ajatado jusqu’au littoral atlantique. De ce long périple nous possédons une double version : l’une recueillie à Agbanakšn dans les années 1960 par le chercheur béninois E. K ARL  a  puis complétée en 1976 par N. G AYIBOR , et l’autre insérée dans le xotutu des ÞlàjÚkÚn – le groupe Åþla émigré d’Agbanakšn à Godome après l’arrivée des Portugais (2.09B) – et mise par écrit dans les années 1930 par le Père M OULERO  à la suite de ses entretiens avec les vieillards d’un lignage qui, depuis plus de deux siècles, vivait en exil sur la rive orientale du Wågbo  b . La version M OULERO  retient comme ancêtre fondateur d’Agbanakšn le fils aîné de Tågboe Anyi, nommé AvlÚ ou Avlš-KpÓn – KpÓn <léopard> (0.16C) est titre princier –, et précise que c’est à cause d’une querelle dynastique qu’il avait dû s’enfuir de Tado en compagnie de ses frères Awé-KpÓn et AjáhwùtÒ, le chef de file de la future royauté d’Alada (MOU 39). La version qu’on donne à Agbanakšn (KAR 10), tout en évoquant les trois frères, a, quant à elle, laissé tomber le nom du premier, Avlš, et se limite à
 02a – À Agbanakšn, dans les années 1970, cette version s’est trouvée manipulée par Valère E. Gbodosu, membre de la famille royale qui avait été administrateur colonial à l’étranger et, une fois revenu vivre dans sa patrie, avait intimé aux anciens l’ordre de ne plus donner eux-mêmes d’informations aux chercheurs se présentant sur les lieux, mais de les accompagner chez lui qui satisferait désormais à leurs requêtes, afin, disait-il, d’éviter qu’ils ne soient déroutés par des renseignements contradictoires.  02b – C’est à cause de la destruction de leur cité par le Danxome, que les Þlajškšn ont dû se réfugier au nord du lac Ýåþe (PAZ 129, n.12). Au sujet de leur tradition, les entretiens que j’ai eu en 1972 avec le Père M OULERO lui-même, en sa paroisse de Ketu, me permettent ici de préciser quelques points restés par trop succincts dans les notes qu’il a publiées (MOU 39-56) et aussi de modifier l’orthographe de certains toponymes que le Père, d’origine Anago et utilisant le Fån-gbe pour son enquête, a transcrits en se servant de l’al habet français.
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signaler Ajahwutå et à seulement attribuer au deuxième la fondation de XÓgbónù <devant la Grande-Maison>, sur le territoire occupé actuellement par *Porto-Novo. Nous allons examiner les deux traditions dans leur détail.
B Après avoir quitté Tado, les fugitifs trouvèrent tout d’abord abri dans les cavernes de la vallée sauvage du Kuvo (5.13D), certainement à la hauteur de Ajaæåme (L.03C) puisque la tradition Þlajškšn dit que c’était un lieu « de vastes tranchées » (MOU 39) qui leur servirent d’habitation  c  et qu’ils appelèrent AjáæÓþé  : « Maison à la porte de l’Aja » (MOU 40). Selon toute vraisemblance, cette installation dans les cavernes remonte à une période antérieure à celle de la cité de Ajaæåme, dont la tradition attribue la fondation au quatrième fils de Tågboe Anyi, Dzònù <le possesseur du feu magique>, qui aurait donné d’abord à son village le nom secret de WÓmí, en l’entourant d’une épaisse haie de cactus et en le tenant impossible à repérer par les ennemis, grâce à ses pouvoirs magiques (PAZ 85). Or, ce qu’a recueilli M OULERO  au sujet de Ajaæåþe se trouve indirectement confirmé par le récit concernant Dzonu, en ce qu’il atteste que sa cité a toujours envoyé un représentant au conseil d’élection des rois d’Alada (PAZ 168, n.7) : ce droit de regard exercé par Ajaæåme sur la royauté de Ajahwutå à Alada viendrait donc du fait que ce prince avait d’abord trouvé hospitalité dans les grottes du Kuvo.
C Mais le jour où les émissaires expédiés par l’Aja de Tado à la poursuite des fugitifs furent sur le point de découvrir les trois frères et leurs familles, ceux-ci s’éloignèrent le long du fleuve jusqu’au lac Axš, où Ajahwutå et Awe décidèrent de se diriger à l’est, vers ÐÙðómè, pendant que Avlš et les siens se portaient à l’ouest dans la vallée du Månå, tout d’abord à AgÓmÚ-Sèvá <Seva des Agåmš, 5.05e> et ensuite à Aðámè <dans les joncs>. En fait, le xotutu des Þlajekšn dit seulement que « Avlš se sépara de ses frères et s’enfuit avec sa famille à Aðame, tandis que Awe [ Awêkpon ] et Ajahwutå  02c – Comme l’a relevé, au seuil du XXe siècle, l’Administrateur français A. L E H ERISSÉ  – Lancien royaume du Dahomey , Paris 1911, p.274 –, à la hauteur de Ajaæåme les deux rives du Kuvo sont effectivement caractérisées par de nombreuses cavités souterraines creusées dans l’argile et dont les traditions locales attestent qu’elles furent autrefois habitées par des groupes venus directement de Tado. De son côté, la tradition d’Agbanakšn affirme – selon la version de Gbodosu (02a) – que pour échapper aux poursuites de Aja-Hò, les ancêtres furent en ce site obligés de se cacher dans des tanières exÓ <tanière, case> L.08a PAZ 163 .
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