Les populations Akan de Côte d'Ivoire

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Ce livre aborde la fin du XVIIe et le XVIIIe siècle qui voient des migrations et des peuplements massifs modifier le visage ethnique de la Côte d'Ivoire. C'est l'espace akan qui fait l'objet de cette étude. L'arrivée massive des Brong vient redessiner la carte ethnique du nord-ouest ivoirien. Il en est de même pour les Baoulé Assabou au centre de la Côte d'Ivoire, et les Agni dans toute la partie est du pays.
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9782296479951
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LES POPULATIONS AKAN
DE CÔTE D’IVOIRE





















































© L’Harmattan, 201 2
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.f

ISBN : 978-2-296-55951-6
EAN : 9782296559516
Kouamé René ALLOU







LES POPULATIONS AKAN
DE CÔTE D’IVOIRE

Brong, Baoulé Assabou, Agni


















INTRODUCTION GENERALE

Après l’ouvrage, « Côte d’Ivoire, les premiers habitants »,
èmecelui-ci voudrait parler des peuplements de la fin XVII siècle
èmeet XVIII siècle qui voient des migrations et des peuplements
massifs qui vont modifier le visage ethnique de la Côte d’Ivoire.
C’est l’espace Akan qui va faire l’objet de cette étude. L’arrivée
massive des Brong fondateur de l’Etat Abron Gyaman va
profondement modifier la carte ethnique du nord-ouest ivoirien.
Il en sera de même pour les Baoulé assabu au centre de la
Côte d’Ivoire, ainsi que les Agni dans toute la partie Est du
pays. Tous ces groupes Akan vont venir s’établir en
conquérants recouvrant comme de nouveaux sédiments sur des
couches antérieures de populations préexistantes en les
phagocytant. Avant cela, un important peuplement originaire de
la vallée du Mono, de la basse volta des plaines d’Accra et des
hauts plateaux du pays krobou dans le sud-est de la côte de l’or
va s’établir dans plusieurs zones. Ce peuplement ignoré de
l’historiographie permet par un décryptage d’expliquer cette
tradition orale d’ancêtres descendus du ciel à l’aide d’une
chaîne.
èmeBref, l’arrivée massive des Akan entre la fin du XVII et le
èmeXVIII siècle va profondement modifier la carte ethnique de
la Côte d’Ivoire.










5
L’univers spatial des Akan de Côte d’Ivoire et des autres
Akan




































6 Chapitre I :
UN PEUPLEMENT ORIGINAIRE DE LA VALLEE DU
MONO, DE LA BASSE VOLTA, DES PLAINES
D’ACCRA ET DES HAUTS PLATEAUX KROBOU EN
èmeCÔTE D’IVOIRE (XVII SIECLE)

Il y a eu un peuplement originaire de la vallée du Mono, de
la Basse Volta, des plaines d’Accra et des hauts plateaux
èmependant le XVII siècle en Côte d’Ivoire.
Ce peuplement qui est complètement ignoré de
l’historiographie ivoirienne, nous l’avons appelé le peuplement
Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime.
Il y a en Côte d’Ivoire plusieurs clans, plusieurs
sousgroupes au sein d’ensembles ethniques qui clament que leurs
ancêtres sont descendus du ciel au moyen d’une chaîne.
Curieusement cette tradition se retrouve chez les Akrade, un
clan au sein de l’ethnie krobou au Ghana actuel ainsi que chez
les Nkwanta que l’on trouve dans le Brong et au sein des Abron
Gyaman en Côte d’Ivoire.
Il a fallu suivre le filon de cette tradition commune pour voir
quelles relations il y a entre ces groupes humains. Des traditions
orales fondamentales nous ont éclairées et nous ont permis de
comprendre qu’une migration et un peuplement pratiquement
méconnus de l’historiographie se profilaient derrière cette
tradition de l’origine céleste.
Identifier l’origine de ces groupes qui affirment que leurs
ancêtres sont descendus du ciel à l’aide d’une chaîne jusqu’à
présent pose problème. Ils évoquent leur préséance sur les terres
et une autochtonie ancienne par rapport à des groupes venus
ultérieurement.
Ce chapitre comprend deux parties : d’abord la découverte
de la migration Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime, et ensuite
les fondements historiques du peuplement
Akpapou-GaKrobou-Adele-Avatime.

1-De la découverte de la migration
akpafou-ga-krobouadele-avatime
Les groupes qui se donnent une origine céleste en Côte
d’Ivoire sont plusieurs. Le clan Kpanyi kpin au sein des Ano
7 Abè de Katimanso au centre de la Côte d’Ivoire affirme que ses
1ancêtres sont descendus du ciel à l’aide de la chaîne Nzogo .Des
groupes qui ont précédé la migration et le peuplement Baoulé
Assabou à savoir celui conduit par la célèbre reine Abraha
Pokou disent aussi que leurs ancêtres sont descendus du ciel.
Parmi eux il y a les Ngen de la région de M’bahiakro, mais
aussi dans l’Ano et l’Ano Abè. Les Akpo, Akpatifiè du Baoulé
évoquent une origine céleste. C’est le cas des Wamala/ Mamala
que l’on trouve sur l’axe routier Toumodi-Dimbokro. Leur
ancien établissement était Wamelakpri/ Mamalakpri.
Au sein de l’ensemble Baoulé les Akrowoufoè/Akrowou qui
ont créé les villages de Ndènou, Ndébo et Konankouassikro
regroupés pour former le village de Lolobo évoquent une
origine céleste de leurs ascendants. Toujours dans l’ensemble
Baoulé, les Battra/ Battrafoè ou Asrin, les Kpata/ Kpati du
BasBandama disent la même chose. A travers le nom du clan
kpataboèbo des Battra de Tiassalé, l’on retrouve justement la
2 racine Kpata . Les Battra vivent à Tiassale, Asenze, Eloso
Boussoue et Gboudie.
Les Baoulé Gbomi de Gbomizambo et Gbomi Kondéyaokro
3affirment l’origine céleste de leurs ancêtres . Pour avoir une
idée exacte de l’origine de ces groupes, il suffusait de se reférer
aux traditions orales des Krobou d’Ores Krobou dans la région
d’Agboville. En effet il y a là, un clan, celui des Nzomon qui
parle de l’origine céleste de ses ancêtres descendus grâce à une
chaîne. La similitude étymologique entre Krobou d’Ores
Krobou et Akrowou du Baoulé nous apparaissait trop évidente.
Les traditions orales des Krobou d’Ores Krobou disent que
l’ancêtre détenteur d’un siège qui dirigeait le peuple se nommait
Adjé Memimbou. Les Nzomon ont été précédé sur le site d’Ores
Krobou par les Kpa /Kpaman. Ces derniers face à la tyrannie

1 Connais-tu mon beau-pays ? Radio CI. Katimanso.17-06-1990.Informateur
Nguetta Kouadio.
2 BAMBA (Sekou Mohammed), "La formation d’une ethnie Baulé dans le
Bas-Sassandra. Les Elomwen de Tyasalé (Basse Côte d’Ivoire)" Annales de
l’Université d’Abidjan.Tome XIII, 1985, Serie I, pp 63-90, p 81.
3 Patrimoine. Gbomi Kondéyaokro. Baoulé Gbomi. Sous-préfecture (S/P)
deTiébissou, 09-09-1996. Radio Côte d’Ivoire. (Radio-CI)
8 4d’Adjé Menimbou se sont rendus à Boussoue , lieu où l’on
trouve justement des Battra.
Autre fait important qui nous a permis de découvrir la
migration que nous appelons la migration
Akpafou-Ga-KrobouAdele-Avatime, c’est l’importante tradition orale du clan Dabou
d’Ores Krobou. En effet ce clan affirme que ses ancêtres sont
5originaires du pays Krobou dans le Ghana actuel . Ils sont
venus à Ores Krobou sous la direction de l’ancêtre Dibo
Ayewra. C’est lui qui a donné le nom Krobou à la région et au
peuple en souvenir de leur terre d’origine. Face à la tyrannie
d’Adjé Menimbou, certains membres de la migration se sont
réfugiés en pays Dida, où ils vont former le groupe Ega. De là,
6ils vont tenter en vain de revenir à Ores Krobou . Les Ega dans
le pays Dida ont conservé leur langue.
La tyrannie d’Adjé Menimbou a provoqué une dispersion de
la population. Le fait que les Akpati et les Battra se soient
retrouvés ensemble dans le Bas-Bandama est révélateur de
l’histoire commune qu’ils ont vécu à Ores Krobou. Cette
dispersion a fait que le peuplement
Akpafou-Ga-Krobou-AdeleAvatime va toucher plusieurs ensembles ethniques en Côte
d’Ivoire. A savoir l’Ano, l’Ano Abè, le Baoulé, l’Akyé, l’Ebrié,
l’Avikam, le Krobou, l’Ega, l’Abidji, le pays Adjoukrou, le pays
Bété etc.
Les futurs Baoulé, Goli issus de cette dispersion à partir
d’Ores Krobou s’installeront d’abord à Goliblénou avant de
s’en aller plus tard à Bodokro et sa région. Leur nom Goli est
une résurgence de Kloli nom par lequel se désignent encore les
7Krobou du Ghana actuel .
Or nombreux sont les clans Krobou qui situent leur origine
dans la vallée du Mono, à Tugoulogo près des collines de

4 OUATTARA (Tehua Koffi), Origine et peuplement des Krobou.Mémoire de
Licence.C1 des civilisations africaines. Université de Côte d’Ivoire. Faculté
des Lettres.Departement d’Histoire 1985-1986.p. 4 ; p. 6 ;7
5 Ibidem
6
7 BOAHEN (Adu) Ghana. Evolution and change in the nineteeth and
twentieth centuries. Longman.London 1975. p1.
9 8Lolovo . La tradition orale des Battra parle à la fois de l’origine
9céleste mais dit aussi que les ancêtres sont venus de l’Est . Il
n’y a pas en réalité contradiction. En effet, les Krobou, Ega,
Ngen, Akpati, Battra sont certes originaires du Mono, de la
basse vallée de la Volta, de la région d’Accra et des plateaux du
Krobou mais se regrouperont à Ores Krobou avant de se
disperser. Cependant, certains clans ont gardé la tradition de
l’origine céleste.
Les groupes d’ascendance Ga donc originaire de la région
d’Accra donneront les Ngen du Baoulé, de l’ano et de l’ano
Abé, les Ega du pays Dida, les Nkadje/ Ngadjé/ Nkadze du pays
Akyé, du Krobou et de l’Abé, les Akandjé du pays Ebrié Kwè et
les Kpanda de l’Avikam. A travers ces noms la racine Ga/ Nka/
Nga transparaît nettement.
Le village d’Akandje fondé par des Nkadje en pays Ebrié a
vu ses membres séjourner à Bago. Les traditions orales de ce
village historique parlent du passage aussi bien des Akandje que
d’Adjé Menimbou le chef du clan Nzomon des Krobou à Bago.
Les guerres provoquées à Bago par Adjé Menimbou vont
10entraîner la dispersion de la population . Seuls ceux de
Kossihouen sont restés dans les environs de Bago.
Le personnage d’Adjé Menimbou est bien connu des
traditions orales des Ebrié de Kossihouen sous le nom de Djem
Ringbou. Il est décrit comme un homme cruel qui sera
responsable des guerres qui se produiront à Bago. Nous avons
donc raison de dire que les Ebrié d’Akandlé relèvent des Ga au
sein de la migration Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime. Les
Ebrié d’Akandjé sont donc des Ngadje/Nkadje et ont été les
compagnons d’exode des clans Orode, Assahou, Ngo
Deboussou qui clament leur origine krobou dans l’arrière-pays

8 DIKSON (B.Kwamina). A historical geography of Ghana. Cambridge at the
university press 1969. 379 p. p 27.
9 BAMBA (Sekou Mohammed). Bas-Bandama précolonial. Une contribution
ème à l’étude historique des populations d’après les sources orales. Thèse de 3
cycle, université de Paris I, Novembre 1978. Tome1.365 p. p 148 ; 166 ; 167.
10 Informateur Akouatcha (Louis). Enquête à Bago, Abidjan-Adjamé 27 Mai
1988,10 Decembre 1989. Voir Ouadan (Louis Martial). Les Bidjan dela
migration Kobrima au peuplement sur le pourtour de la lagune ébrié
Minimémoire, UNCI,1993-1994,FLASH, Histoire,29p p 20 et suivantes.
10 de la côte de l’or. Le clan Nzomon qui revendique une origine
céleste tient cette tradition de son groupe d’origine à savoir le
clan Akrade, clan autochtone du pays krobou en côte de l’or.
En effet, les Akrade au sein des Krobou du Ghana actuel
disent que leurs ancêtres sont descendus du ciel à l’aide d’une
chaîne, pour atterrir dans deux grands récipients en cuivre. Le
chef-prêtre de ces récipients sacrés se nommait Mante et la
11reine était Aberewa Sansamango .
Les fondateurs de Kpandadon (village des Kpanda) étaient
majoritairement des Kpanda/Kpata/Kpati donc des membres du
groupe Akpafou au sein de la migration
Akpafou-Ga-KrobouAdele-Avatime. L’on trouve les Kpanda sous le vocable Panda à
Lehiri Kpanda en pays Ega. Les Kpanda vont créer plusieurs
12villages dans l’Avikam .
Les Edzem Egn du village d’Orgbaf sont des originaires de
13Kpandadon dans l’Avikam donc une fraction du peuplement
Akpafou. Les fondateurs de Pass/Akpass dans le pays
Adjoukrou sont une fraction des Akpati du Baoulé dans le Bas
Bandama.
Les Panda de Lehiri Kpanda dans le pays Ega se veulent
aujourd’hui des autochtones qui ont émergé de la rivière
14Golou . En réalité ils sont une fraction des Kpanda. Certains
Kpanda iront plus à l’Ouest dans la région de Soubré dans
l’actuel canton Guibouo en pays Bété. Là, ils sont appelé
15Kpada .

11 Translated by Rev. S.S. Odonkor from an original Ga text by Thomas
Harrison.The rise of the Krobos. Edited by E.O. Aprouti, Research fellow,
I.A.S University of Ghana.Legon. 60p. P. 19;20.
12 HERAULT (G.) "L’Avikam" Atlas des langues Kwa de Côte d’Ivoire.
ILA,pp 255-276. p 259
13 MEMEL FOTE (Harris). Le système politique des Adioukrou. Une société
èmesans Etat et à classe d’âge de Côte d’Ivoire.Thèse de 3 cycle IES, Institut
d’Ethnisociologie 1969.444 p. p.42 ;53 ;56.
14 KOUAME (François). La radio et l’histoire. Une étude de cas : l’histoire
des Ega. Mémoire de Maitrise. UNCI, FLASH, Juin 1994. 191 p., p 93.
15 TEHIGBA (Serge Eric). L’organisation politique traditionnelle chez les
Bété de Soubré avant la colonisation. Une esquisse de démocratie, Université
de Cocody. UFR. SHS. Mini-Mémoire. 1997-1998., p.10.
11 Les Kpa /Kpaman qui ont précédé les Nzomon à Ores
Krobou étaient l’une des têtes de pont de l’exode
Akpafou-GaKrobou-Adele-Avatime. Ils étaient issus de l’ensemble Akpafou,
16un peuple Guan de la vallée de la volta . C’est la racine kpa de
leur nom que l’on retrouve à travers kpati/Akpa/Kpata/Kpanda
etc.
Les Ega des villages de Dumbaro, Guawan, Dairo,
Guiguedugu, Didizo se réclament du pays Ga dans la région
d’Accra au Ghana actuel. Les Edele de Labodoukou se
réclament du Mono, région disent-ils entre les actuels Togo et
17Dahomey . Ils sont donc issus des Adele Avatime populations
guan qui vivent dans la vallée de la Volta et du Moyen
Dahomey.
Les Ga et Krobou ne sont pas originellement de culture
akan, mais ils ont subi l’influence akan du fait de la proximité
des Akwamou, des Akyem, des Kwahou et des Guan. Ceux qui
arrivent à Ores Krobou sont donc très "akanisés" malgré que
leurs lointains ascendants relèvent de la culture Ga-Adangbè
(Adangme)
Les Akpafou sont des Guan du pays Buem. Ils habitent le
district actuel de Kawou dans la vallée de la volta. Les Akpafou
sont aussi appelés Mawou. Les Adele Avatime sont également
18des Guan qui portent aussi le nom Kèdane .
Les Ega de Labo/Labodoukou précisent que leurs ancêtres se
nommaient La et étaient originaires du Mono, une région située
19dans le Togo actuel . C’est aussi ce que disent les Edelé,
Edalow et Evape du village d’Evape-Kpanda. Remarquons le
nom Kpanda dans le nom de leur village. Quant aux Ega du
village de Didizo, ils se reconnaissent une origine krobou et
disent aussi avoir migré sous la conduite du chef Amani

Idem. Le peuplement Bété de la région de Soubré : cas du groupement
traditionnel de Kanyroko. Mémoire de Maîtrise. Université de
CocodyAbidjan, UFR. SHS, Histoire. 2001-2002. 178 p., p.58.
16 CORNEVIN (Robert).Histoire du Togo.Berger Levrault.1969. 528 p., p.44.
17 KOUAME (François).Op cit., p. 65 ;76 ;82
18 KROPP (M.E.) Lefana, Akpafou and Avatime.I.A.S. University of
Ghana.1967. Comparative African worldlists n°3. 94 p. p 1.
19 KOUAME (François) Op cit ; pp. 68-69
12 20Djebo. A travers le nom Amani Djebo, l’on reconnaît
Menimbo Adjé ou plutôt Adjé Menimbo, le fameux ancêtre du
clan Nzomon des Krobou d’Ores Krobou.
La tradition orale fait ici des merveilles, car comme on peut
le voir, elle est une véritable source historique. En effet La
l’ancien nom des Adangbè (Adangme) a été parfaitement gardé
en mémoire par les Ega de Labo/Labodoukou en Côte d’Ivoire.
La racine La dans le nom de leur village ressort nettement. Les
Ga-Adangne de la Côte de l’or au Ghana actuel de même ont
conservé cette racine La à travers les noms de leurs localités
Labadi et Ladoku. Les Edeli du pays Ega en Côte d’Ivoire sont
une fraction des Adele-Avatime un peuple Guan qui vit dans la
21basse vallée de la Volta . Des La mêlés de Guan vont donner le
sous-groupe Guan des Latè un peuple qui vit en Akwapem où
l’un de ses centres importants est Latè-Anum.
Comme on le voit, les traditions orales des Ega de la région
de Guitry en Côte d’Ivoire nous éclairent parfaitement sur
l’exode Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime. A ce propos, les
Ega de Gniama l’un des six villages du peuple Diès disent que
leurs ancêtres sont des Ga de la région d’Accra qui vont
22séjourner une fois en Côte d’Ivoire actuelle dans le pays Abè .
Par le pays Abè ici, il faut entendre la zone d’Ores Krobou. La
justesse des traditions orales des Ega de Didizo est grande
quand elles parlent d’une origine commune de leurs ancêtres
23avec certains groupes au sein des Baoulé . Il s’agit des Ngen,
Mamala /Wamala, Akpatifoè, Akrowou, Gbomi, Battra et Goli.
La migration et le peuplement
Akpafou-Ga-Krobou-AdeleAvatime est donc une réalité historique. Cependant quelles sont
les causes qui sont à l’origine de cette migration et de ce
peuplement ?
La deuxième partie du plan va répondre à cette question.


20 Ibidem p.76
Voir aussi KONAN (A. Marie-Danielle).Origines et migration des Ega. C1
CivilisationsAfricaines. UNCI. FLASH, Histoire 1988-1989.53 pp.17-18.
21 OTUTU (Bagyire VI Abiriwhene) "The Guan a preliminary note". GNQ
January 1965. pp.21-24., p. 21; 24
22 KOUAME (François), Op cit., p.78.
23 Ibidem, p.9.
13 2-Les fondements historiques du peuplement
akpafou-gakrobou-adele-avatime
Le peuplement Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime comme
nous l’avons montré avait plusieurs composantes. Il fallait
trouver les événements qui ont touché toutes ces composantes et
qui ont provoqué cette migration puis ce peuplement. Or les
traditions orales et l’historiographie reconnaissent que
l’expansion du grand royaume Akwamou a touché le pays Ga,
la basse vallée de la Volta, les hauts plateaux krobou, les
plaines de l’Afram, les zones de Krepi et Peki, bref les zones
concernées par les peuples qui vont prendre part à la migration
Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime.
La migration Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime s’est
produite suite aux ambitions hégémoniques de l’Akwamou qui
dès 1660 s’empare d’Ayawaso (Grand Accra) la capitale des Ga
24puis ensuite annexe Accra (Petit Accra) sur le littoral . Des
25Guan du sous-groupe Kpesi qui vivaient dans les plaines
26d’Accra seront touchés par ces guerres . A partir de 1677, les
Akwamou étendent leur domination à toute la vallée de la Basse
Volta, aux plaines de l’Afram, aux hauts plateaux krobou et aux
27escarpements du futur pays Akwapem .
Les Akrade seront attaqués par les Akwamou qui les vaincront à
28Abrewabung .
Ils se dispersent, certains vont à Kete Krachi. Les autres
s’installent sur les hauts plateaux krobou où ils sont rejoints par
les Kotropeli qui sont d’origine Guan comme eux. Le clan
kotropeli, une fraction du peuple Kamana qui vivait dans les
escarpements de l’Akwapem n’échappera pas aux attaques des
Akwamou. Akrade et Kotropeli ont précédé les Krobou qui ont
donné leur nom au pays.Krobou, Adangbè (Adanqme) et Ga ont

24 NORREGARD (Georg) Danish settlement in westAfrica 1658-1850.Boston
university press 1966.Boston Massachusetts, 287 p.p 47 ; 58
25 Les Guan sont des peuples proches par la culture des Akans. On les trouve
dans le Gonja, dans les plaines de l’Afram et sont les premiers autochtones du
pays Fante.
26 DIKSON (B.K.) Op cit p 18 ; 28
27 WILKS (Ivor) "The rise of Akwamu empire 1650-1710",THSG, III, 2,pp
99-136
28 HARRISON (Thomas), Op cit p. 19 ;20
14 une origine commune et viennent de Lolovo, plaine de
Tagoulogo dans la vallée du Mono.
Comme nous l’avons vu, des clans Ega en Côte d’Ivoire se
souviennent de cette origine lointaine de leurs ancêtres à savoir
la vallée du Mono. Les Krobou vont accueillir des réfugiés
Akan d’origines diverses qui seront collectivement appelés
29Afutu Breku (Afoutou Brekou) .
Remarquons ici la concordance avec le nom Otou Brekou
dont se servent les Abè pour nommer les Krobou d’Ores
Krobou ou mieux les Krobou de Côte d’Ivoire.
Les campagnes militaires de l’Akwamou vont donc toucher
de vastes zones raison pour laquelle cette migration avait en son
sein des groupes d’origines diverses à savoir des Krobou, des
Ga, des Guan, des Adangbè, des La et même des Akan
30locuteurs du Twi de souche akwamou . Cependant c’est la
tradition d’origine des Akrade, l’origine céleste qui a retenu
l’attention de la tradition orale de maints peuples qui ont pris
part à cet exode. C’est d’ailleurs grâce au filon de l’origine
céleste que cette migration s’est ainsi révélée.
D’après Ivor Wilks, l’expansion akwamou s’est faite en
deux phases. Pendant la première, les Akwamou opèrent une
infiltration le long de l’escarpement du futur Akwapem et à
l’intérieur de la forêt au nord de cette zone. Les Latè et
Kyerepong des Guan sont vaincus définitivement autour
31de1646 .
La tradition orale parle de l’abandon de plusieurs villages
Latè face aux harcèlements des Akwamou. L’un d’eux fut Latè
Amanfuo. Or le type de pipe trouvé sur le site de ce village,
atteste de son abandon en 1677, soit au même moment que la
32destruction d’Ayawaso . Les populations Latè ne se

29 AZU (Noa Akunor Agnae) "Adangbe (Adanne) history" Gold Coast
Review, II, 2, July-december 1926, pp. 239-270.,p 240 et suivantes.
30 HARRISON (Thomas) Op cit., p.5.
31 WILKS (Ivor) "Akwamu and Otublohum an eighteenth century Akan
marriage arragement" Africa. volume XXIX., n°1, Oxford university
press.London 1959.pp391-404
32 SHAW(C.T.) "Excavation at Dawu" Transactions of the historical society
of Ghana.Legon.1962. p 123
15 regrouperont que dans deux villages après ces événements,
Ahenease et Kubease.
L’Akwamou pour protéger sa frontière Ouest, érige des
fortifications sur les rives de Birim. Il s’agit de fosses
circulaires de défenses que les fouilles archéologiques ont mises
33à jour . De tels ouvrages ont été découverts à Séguié en pays
Abè, donc près d’Ores Krobou Les objets trouvés dans ces
ème 34enceintes sécuritaires et de défense, datent du 17 siècle .
Remarquons que cette période correspond à l’époque de
l’expansion akwamou. A travers le nom Séguié l’on trouve la
racine du nom du clan Assadjè. Les Akadjè et Ochodje
comptent sans doute parmi les auteurs de l’enceinte de la
Séguié et relèvent de la migration
Akpafou-Ga-Krobou-AdeleAvatime.
Le clan Abrobro (Abrobro Bosso) qui dirige la région Ko
35(Khos) avec pour chef-lieu Echidje (Guessigue) soutient que
ses ancêtres depuis leur pays d’origine en Côte de l’or
36pratiquaient la succession en ligne patrilinéaire . Certains
groupes Guan en Côte de l’Or notamment les Afutu (Afoutou)
de Winneba avaient ce mode de succession. Or au sein des
composantes de la migration
Akpafou-Ga-Krobou-AdeleAvatime il y avait de nombreux groupes de souche Guan. Les
Afutu de Winneba sont appelés Afutu Bréku (Afoutou Brékou)
et ici nous voyons encore nettement le rapport avec le nom
Otou Brekou que les Abè donnent aux Krobou d’Ores Krobou.
L’enceinte circulaire de défense erigée sur les rives du Birim
était pour les Akwamou une mesure préventive contre les
Akyem leurs voisins à l’Ouest qu’ils redoutaient beaucoup. En

33 BRAUN HOLTZ (H.J.) "Archeology in the Gold Coast" Antiquity X,1936
34 POLET (Jean) Fouilles d’enceintes de la Séguié (S/P d’Agboville).
Colloque inter-universitaire Ghana-Côted’Ivoire,Bondoukou, 4-9 janvier
1974.,pp.28-43., p.40.
35 KOFFI (Assi Lazare). Djidja essai d’analyse d’une institution sociale des
Abbey d’Agboville. Mémoire de Maitrise, UNCI, FLASH. Ethnosociologie
Octobre 1978.151p., p..33.
36 Patrimoine Radio-CI. Guessigue I, canton Khos S/P d’Agboville, Lundi 11
Novembre 1996.
16 effet Bosman affirme que le pouvoir akwamou est terrible pour
37les peuples voisins sauf pour les Akyem .
Pendant la seconde phase de leur expansion, les Akwamou
mènent des campagnes militaires planifiées au Nord dans une
partie des plaines de l’Afram, au Sud à Accra et à l’Est au-delà
38de la Volta . Après l’importante victoire de1680 sur les Ga
d’Accra, l’Akwamou se lance à la conquête de Ladoku en 1688.
Le pouvoir du roi de Ladoku est brisé et son territoire réduit par
les conquérants akwamou en de petites principautés comme
Ada, Ningo, Kpone placées sous la conduite de sièges
39secondaires akwamou .
Le roi de l’Akwamou Ansa Sasraku attaque le royaume
Agona, la zone Efutu de Winneba et Akron. En 1689,
l’Akwamou sort victorieux de sa guerre contre Agona et la
reine d’Agona est amenée captive à Nyanaoase la capitale de
40l’Akwamou . L’Agona devient vassal de l’Akwamou mais la
zone de Senya Bereku est mise sous contrôle direct.
èmeL’émergence de l’Akwamou au 17 siècle est un fait qui va
retenir l’attention des Européens. Le royaume Ga va très vite
subir les appétits hégémoniques de l’Akwamou. Déjà en 1646,
la Compagnie des Indes Occidentales tente de régler un
différend qui oppose les Akwamou aux Ga. La question porte
sur l’accès direct des marchands akwamou aux forts du littoral
d’Accra. Samuel Brun (1611-1620) raconte que trois semaines
après son arrivée sur le littoral de la Côte de l’Or, une guerre
éclate entre le roi de Great Accra (Grand Accra) (Ayawaso) et
41le roi d’Aty .
En réalité le roi d’Aty avait ses terres assez éloignées du
pays Ga. Il ne s’agissait pas du roi d’Aty mais du roi akwamou.
Cette guerre dont parle Samuel Brun concerne sans doute les

37 BOSMAN (Wiliam) A new and accurate description of the coast of Guinea.
Frankcass and co LTD 1966. 512 p. First edition 1819.p 65
38 WILKS (Ivor) "Akwamou and Otublohun" Op cit p 400
39 VGK. Ncholai Fensman’s Boger entry for october 19, 1688.VGK day
journal 1699-1703 entry for october 10, 1699.
40 V.G.K. Nicholai entries for 21 october and 10 November 1689.
41 Samuel BRUN cite par Jones(Adam) German sources for west africa
history 1599-1668.Studien zur Kultur-Kund 66 Frantz Steiner Verlag GMBH
Wiesbaden 1983. 418p., p.68.
17 premières escarmouches entre les Ga d’Ayawaso (Grand Accra)
et les Akwamou d’Asaremankese. Les survivants de la bataille
ont raconté que 900 Ga ont été décapités y compris leur roi, un
homme grand de forte corpulence. Les lourds ouvrages en or
qu’il portait ont ralenti sa fuite.
Le récit de Samuel Brun, permet de penser que les
affrontements entre Ga et Akwamou ont commencé plus tôt
qu’on ne le pense sans doute dès 1611 année de l’arrivée de
Samuel Brun en Côte de l’or. Il faudra alors revoir certains
aspects de la chronologie proposée par Ivor Wilks quant à
l’histoire des relations entre l’Akwamou et le royaume Ga.
Après la prise d’Ayawaso ou Grand Accra, les princes Ga
qui échappent aux exécutions se réfugient à Petit Accra (Accra)
sur la côte, guidés par Ofori. Après l’échec d’une offensive
akwamou sur Petit Accra en 1679, le navire anglais Isabella
dépêché de Cape Coast, tire des salves sur les positions
42akwamou . Les Akwamou sont contraints de battre en retraite.
Mais en 1680, les Akwamou lancent une attaque massive et
43l’offensive se solde par la prise de Petit Accra .
L’expansion akwamou sera aussi la cause de la migration et
du peuplement Nkwanta dans le Brong. En effet, les traditions
orales des Nkwanta disent que le lignage royal a une origine
céleste et que le roi Nana Dua Yao et la reine mère Sèwa sa
sœur sont descendus du ciel à l’aide d’une chaîne en or appelée
44Adweaben . Des textes tambourinés des Nkwanta du royaume
Abron Gyaman indiquent que le nom ancien des Nkwanta est
45Npona .
Le suffixe Na dans les proto-langues akan signifie
famille/matriclan. On perçoit cela à travers les noms de
matriclans Anona, Agona, Asona, Ekoona, etc. le terme Po de
Npona désigne l’océan, la mer./N/ marque le pluriel dans les
langues Akan. Les Npona sont donc les gens de l’océan, de la

42 T 70/635/12, Bradley to RAC 1679.
43 T 70/ 635/51/3, march,July, september 1680.
44 MEYEROWITZ (EVA.L.R.), "Villages founded in Nkwanta state
(16501750)". Ghana Notes and Queries (GNQ).n° 7.January 1965, pp.12-20.,p.12.
45 BINI (Kouakou).Les Abron Gyaman à travers leurs instruments de
èmemusique. Doctorat de 3 cycle, UNCI.FLASH,option Ethno-drummologie.
1992, 404 p., p.103.
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