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Les surs de l'Hôtel-Dieu dans le Paris des XIVe et XVe siècles

De
191 pages
Philippe du Bois et Marguerite Pinelle sont des prieuses de l'Hôtel-Dieu de Paris. Directrices de l'hôpital et du couvent des sœurs, elles accueillent les nécessiteux que la Guerre de cent ans accable. Mais dans une grande communauté, mixte, naissent des amitiés, des inimitiés, des conflits d'autorité et des amours illicites. Cet ouvrage indique l'origine sociale de ces religieuses, leur éducation, leurs relations avec les chanoines du chapitre de Notre-Dame de Paris, leur indépendance vis-à-vis de l'autorité.
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Les sœurs de l'Hôtel-Dieu dans le Paris des XIVe et XVe siècles Philippe du Bois, Marguerite Pinelle...

Histoire de Paris Collection dirigée par Thierry Halay
L’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France est un vaste champ d’étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects. Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages ou les événements qui ont marqué les siècles. Elle s’efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des Parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu’il s’agisse d’individus célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées. Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d’un travail de fond, s’adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble documentaire passionnant et de qualité. A côté de l’intérêt intellectuel qu’elle présente, l’histoire locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les gens, les événements et le patrimoine de différentes périodes, à mieux comprendre Paris et l’Ile-de-France.

Dernières parutions
Sylvain BRIENS, Paris, laboratoire de la littérature scandinave moderne. 1880-1905, 2010. Janice BEST, Les monuments de Paris sous la Troisième République : contestation et commémoration du passé, 2010. Hubert DEMORY, Auteuil et Passy. De l’Annexion à la Grande Guerre, 2009. Françoise BUSSEREAU-PLUNIAN, Le temps des maraîchers franciliens. De François 1er à nos jours, 2009. Jean-Marie DURAND, Heurs et malheurs des prévôts de Paris, 2008. Jérôme FEHRENBACH, Une famille de la petite bourgeoisie parisienne de Louis XIV à Louis XVIII, 2007. Michel SURUN, Marchands de vin en gros à Paris au XVIIe siècle. Recherches d’histoire institutionnelle et sociale, 2007. Juliette FAURE, Le Marais, promenade dans le temps, 2007. Bernard VESPIERRE, Guide du Paris médiéval, 2006. Jacques MARVILLET, Vingt ans d’urbanisme amoureux à Paris, 2005.

Pierrette BINET LETAC

Les sœurs de l'Hôtel-Dieu dans le Paris des XIVe et XVe siècles
Philippe du Bois, Marguerite Pinelle...

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12485-1 EAN : 9782296124851

A Hubert, Erwan, Manuel, et à mes petits-enfants : Margaux, Loup, Titouan, Mina, Emmeran.

Remerciements
Cet ouvrage n'aurait pas pu exister si je n'avais rencontré, mon maître, Manuel Beau-Viez. Ce dernier m'a mis le pied à l'étrier en me faisant d'abord connaître le métier de guide conférencière; il m'a ensuite conseillé de m'inscrire à l'Université Paris 8. Dans cet établissement, les professeurs dont j'ai assidûment suivi les cours, se reconnaîtront peut être au travers de savoirs qui pourront apparaître ici et là. Madame Simone Roux, qui fut ma directrice de recherche, a été le déclencheur de mon travail pour m'avoir fait découvrir l'existence des comptes de l'Hôtel-Dieu. Michel Feuillâtre qui a bien voulu lire le texte latin de E. Coyecque, m'a montré que la version en vieux français en ma possession était complète. Pierrette, Bernard Vinay et Simone Aubard, ont accepté avec plaisir de réaliser une relecture de ce livre. Jérôme Ferrant a présidé à la mise en page et a tenté de rendre mon ordinateur plus docile. Mauricette Ewin m'a donné confiance et soutenue tout au long de mon parcours. A toutes ces personnes, j'adresse mes remerciements et ma très profonde reconnaissance.

Avant-propos
Cette étude sur les sœurs de l’Hôtel-Dieu de Paris est basée sur les comptes de la "prieuse" Marguerite Pinelle (13691373). Dans ces comptes, un procès, ses retombées financières et psychologiques nous avaient donné l’envie d’en savoir plus. Mais les comptes exploités seuls ne pouvaient pas nous apporter tout ce dont nous avions besoin pour connaître ces sœurs qui nous intriguaient. Nous avons donc continué nos recherches vers d’autres sources plus complètes, qui nous ont apporté la matière pour mener à bien cet ouvrage. La richesse des sujets émanant des archives nous a permis de reconstituer, en partie, la vie que menaient ces religieuses au sein de leur établissement et de rendre compte de la diversité et de l’humanité des personnages que nous avons vu graviter dans et autour de l’Hôtel-Dieu de Paris aux XIVe et XVe siècles. Cet ouvrage est fondé sur les manuscrits avec, pour plus de compréhension, l’apport de quelques médiévistes du XIXe siècle, comme Ernest Coyecque, Siméon Luce et de quelques contemporains, dont les ouvrages seront nommés dans la bibliographie. Nous n’avons rien inventé, mais vous verrez que bien souvent, la réalité dépasse la fiction et que la vie de ces sœurs est, pour certaines, tragi-comique. Que ce soit un établissement religieux, hôpital de surcroît, qui en soit le théâtre est normal puisque dans ce lieu ouvert, on y trouvait aussi bien la lie de la société, que les plus grands personnages du royaume, qui tous influençaient d’une façon ou d’une autre les hospitalières. Enfin nous espérons que ces personnages pittoresques vous tiendront en haleine comme ils nous ont, nous aussi, tenu.

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Introduction
Pour implanter les sœurs de l’Hôtel-Dieu de Paris dans cette étude, nous avons voulu les insérer dans la grande Histoire des femmes au Moyen Âge puisque des auteurs prestigieux comme, Alain de Lille, Jacques de Vitry, Gilles de Tournay, Jacques de Voragine, Philippe de Novare, Humbert de Romans, Francesco da Barberino et bien d’autres, ont écrit à leur sujet à travers leurs sermons, chroniques, traités, manuels de prédication etc. Ces auteurs ont présenté ces femmes et ces religieuses, selon leur façon de penser ; mais les femmes et surtout les religieuses de l’Hôtel-Dieu de Paris aux XIVe et XVe siècles, étaient-elles comme ils les décrivaient ? Ainsi, le juriste Francesco da Barberino, dans son: Regimento e costumi di donna (Gouvernement et mœurs de la femme) classifie-t-il toutes les femmes par catégories, ces femmes étant prises en considération selon un difficile compromis entre ce qu’elles sont et ce qu’elles devraient être, selon lui. Mais il est évident que même à cette époque on ne peut classifier personne et surtout pas les femmes, fussent-elles des religieuses. C’est pourquoi nous voulons reconsidérer les conditions dans lesquelles évoluaient les sœurs de l’HôtelDieu de Paris, voir, à travers les manuscrits, si le chapitre Notre-Dame et les proviseurs qui les dirigeaient, ainsi que les gens du dehors, avaient une vue différente de celle de ces intellectuels qui écrivaient à leur sujet sans vraiment les connaître. Heureusement, nous avons les écrits et les sermons de Jean Gerson, chancelier de l’université, conseiller du roi Charles VI et proviseur de l’Hôtel-Dieu, qui connaissait bien les problèmes auxquels les sœurs avaient à faire face. Nous avons aussi un autre proviseur de l’Hôtel-Dieu, Jehan Henry, conseiller du roi Louis XI, chanoine et chantre de NotreDame, président de la chambre des enquêtes, qui nous a

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laissé un ouvrage1 certes allégorique mais, en ce temps là, tous les écrivains et écrivaines, auteurs et auteuses2 comme Christine de Pisan, ne s’exprimaient qu’à travers des allégories et des métaphores. Les sermons 3 de Jean Gerson sont entièrement construits sur ce modèle. En effet, il fallait réformer en douceur les gens qui venaient écouter les prédicateurs et les sœurs de l’Hôtel-Dieu n’étaient certainement pas les dernières à se déplacer dans Paris pour écouter un bon sermon. Ainsi Jehan Henry a-t-il écrit son ouvrage non seulement pour réformer les sœurs de l’HôtelDieu, mais aussi pour que les gens du dehors comprennent ce que les religieuses de cet hôtel étaient capables de faire pour le bien des pauvres et des malheureux. Il fallait aussi montrer la vie difficile qu’elles menaient auprès des pensionnaires pas toujours - peu s’en faut - polis et courtois, et nous allons voir qu’elles avaient de bonnes raisons de se révolter, surtout dans la dernière partie du XVe siècle. Évidemment ces sœurs ne sont pas les mêmes d’un siècle à l’autre et les conditions de vie dans la maison ont changé au même rythme que les événements extérieurs. L’Hôtel-Dieu, étant donné sa mission auprès des pauvres et des miséreux, est de toute évidence contraint de subir les mêmes difficultés que ses contemporains. A travers les manuscrits, nous avons vu vivre ces sœurs qui, tout à-coup, ne sont plus pour nous seulement
Voir Le livre de vie active de Jehan Henry, chanoine et chantre de Notre-Dame de Paris, conseiller du roi Louis XI, président de la chambre des enquêtes et proviseur de l'Hôtel-Dieu de Paris depuis 1482. Ce manuscrit fut dédié, par son auteur, à la sous-prieuse Perenelle Hélène. Nous nous sommes référés à l'étude de Marcel Candille, édité par le S.P.E.I. 14 rue Drouot, Paris 9e, 1964. 2 Au Moyen Âge, tous les noms de métiers étaient féminisés, et nous avons, mîresse, prieuse, écrivaine, auteuse, maîtresse, ministresse, chirurgienne et abbesse qui existent toujours, physicienne, ventrière, officière ect. Pourquoi, aujourd'hui refuse-t-on de féminiser les noms de métiers ? Et l'on trouve dans notre vocabulaire actuel des aberrations telles que : madame la maire, la pharmacien, la docteur, la ministre etc. 3 Voir, Six Sermons Français Inédits de Jean Gerson, Étude doctrinale et littéraire, par Louis Mourin, Ed, J. Vrin, Paris 1946.
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des images, mais des femmes de chair et de sang. Ces hospitalières, quotidiennement impliquées dans la société médiévale depuis la création d’une Maison-Dieu épiscopale (vers 651), sont par leur comportement tellement proches de nous, qu’elles nous donnent, à nous chercheurs, l’impression de les avoir connues. Quand nous les voyons se révolter, désobéir, intenter des procès ou faire remarquer que la sentence rendue contre elles est injuste, n’est-ce pas parce qu’elles jouissaient d’une parfaite liberté de langage ? Pourtant ces jeunes filles qui entraient à l’Hôtel-Dieu de Paris, bourgeoises4 pour la plupart, apprenaient très vite, à leurs dépens, ce que serait désormais pour elles la vie à l’hôpital. Il y avait heureusement toutes sortes de compensations, comme une grande liberté d’action en dehors des heures de service. Par exemple, elles pouvaient sortir en groupe avec les jeunes frères à condition toutefois de demander la permission et de rentrer avant sept heures du soir ; elles pouvaient faire la " fête" entre elles et sans doute avec les jeunes frères, comme la fête des rois, etc. Nous y reviendrons. En dehors du travail manuel, il y avait des "cours de gestion" car il fallait qu’elles puissent un jour tenir un office, en gérer les biens et gérer la dot, souvent conséquente, qu’elles apportaient et qui restait leur bien propre aussi longtemps qu’elles ne quittaient pas la maison. Elles savaient donc lire, écrire et compter. Femmes avant tout, religieuses sans aucun doute, mais confrontées quotidiennement aux malheurs et maladies des uns et des autres, elles n’étaient pas des mystiques et la prière n’était pas une de leurs priorités ; c’est
Voir, la thèse de Christine Jéhanno : Sustenter les povres malades, alimentation et approvisionnement à la fin du Moyen-Age, l'exemple de l'Hôtel-Dieu à Paris, Christine Jéhanno dit que les sœurs de l'Hôtel-Dieu étaient "vraisemblablement de fortes paysannes " mais les manuscrits nous indiquent que certaines d'entre-elles étaient sœurs de chanoines ou protégées par le roi, la reine et même le Pape, donc filles de la bourgeoisie commerçante et de la riche paysannerie plutôt.
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pourquoi elles étaient beaucoup plus proches des béguines, par exemple, que des sœurs cloîtrées. Et puis les voyages qu’elles entreprenaient, pour faire appliquer la règle des augustines dans un nouvel Hôtel-Dieu, ou pour la réformer lorsque le besoin se faisait sentir, leur donnaient une expérience et une vue différente de la société de province, comparée à la société parisienne. Ce qui nous fait penser qu’elles étaient à même de juger et de discuter les événements au même titre que les laïcs dont elles étaient si proches. Ces sœurs avaient, par obligation, une grande liberté d’action et de parole, puisqu’elles se rendaient en ville pour soigner les malades ; de plus, la fréquentation quotidienne des pensionnaires de l’hôpital leur faisait entrevoir des horizons nouveaux, certains pensionnaires venant de contrées lointaines. Ainsi ces sœurs étaient loin d’être incultes et pouvaient discuter de tout avec leurs maîtres et ne s’en sont pas privées. C’est donc à travers ces deux siècles, XIVe et XVe, où la France a subi toutes sortes d’invasions, de révoltes, de mouvements revendicatifs sanglants, d’épidémies, entrecoupés de moments de répit, que nous allons essayer de vous faire découvrir, dans les chapitres qui suivent, la difficulté de vivre et de faire vivre décemment les gens qui confiaient leur vie à la charité de ces sœurs. Ces dernières faisaient leur possible, et bien au-delà, pour que l’Hôtel-Dieu puisse continuer de faire ce qui a toujours été sa raison d’être : la charité.

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I La communauté masculine de l’Hôtel-Dieu de Paris
Pour bien comprendre comment fonctionnait la communauté de l’Hôtel-Dieu de Paris à la fin du Moyen Âge, il nous faut vous parler des chanoines qui dirigeaient l’établissement et des frères, dont le mode de vie différait de très peu de celui des sœurs, puisqu’ils vivaient pratiquement ensemble. C’est ce que nous allons voir tout au long des chapitres qui suivent. Dès son origine5, l’Hôtel-Dieu de Paris dépendait de l’évêque et du chapitre. En 1006 les chanoines furent les seuls à gouverner cet établissement. Maître absolu du personnel, le chapitre avait la haute, moyenne et basse justice, ainsi que toute juridiction temporelle et spirituelle sur toutes les personnes dépendantes de leur domaine urbain et rural. Pour assurer une surveillance efficace, le chapitre Notre-Dame avait établi une commission permanente qui comprenait des délégués, les proviseurs, qui veillaient à l’exécution des décisions capitulaires, à l’observation du règlement, au bon fonctionnement des services, à la tenue régulière de la comptabilité et à la conduite du personnel. Un double des clefs du trésor et des troncs était remis entre leurs mains. C’est au cours des réunions du chapitre, qui avaient lieu deux fois par an, à la Pentecôte et le huit décembre, que les proviseurs vérifiaient les comptes, interrogeaient le maître et la prieuse sur l’état de la maison ; ils leur demandaient de dénoncer les fautes et les infractions au règlement commises par le personnel. Mais les chanoines de Notre-Dame ne se contentaient pas seulement de déléguer des représentants dans la personne des proviseurs. Ils intervenaient très souvent
L'origine de l'Hôtel-Dieu de Paris n'est pas connue. Il fut, sans doute, établi dès l'origine du siège épiscopal et prit naissance quand Paris fut érigé en civitas.Voir : L'Hôtel-Dieu de Paris au Moyen Âge, Histoire et documents, par E. Coyecque, T. I. Paris, Ed. Champion, 1891.
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eux mêmes lors des conflits, procès et punitions inhérents à toute vie communautaire. C’est ce que nous verrons tout au long de cette étude. Nous allons, pour plus de compréhension, vous présenter les différents personnages qui ont, d’une façon ou d’une autre, pris part à la vie des religieuses de l’Hôtel-Dieu de Paris aux XIVe et XVe siècles.

Les chanoines
Les chanoines de Notre-Dame sont de grands personnages nobles ou bourgeois nommés par l’évêque ; un doyen dirige le chapitre sous la haute autorité de la papauté. Ces chanoines sont souvent proches du roi, comme l’est le chancelier Gerson au XVe siècle, qui cumule les hauts postes. Les chanoines peuvent devenir papes ; ainsi, au XIVe siècle quatre anciens chanoines de Notre-Dame ont occupé le siège pontifical : il s’agit de Boniface VIII, Innocent VI, Grégoire XI et Clément VII. Voici, parmi les dignitaires du chapitre et par ordre d’importance, les principaux personnages qui veillaient sur l’Hôtel-Dieu de Paris entre autres : - Le doyen, dirige le chapitre Notre-Dame, visite les églises qui en sont dépendantes et décide des réparations à y faire. Il doit aussi vérifier la situation financière et contrôler la pratique religieuse et l’état des mœurs. Il a la charge "des âmes" de tous les membres qui sont sous sa juridiction et dispose du maigre, c’est-à-dire, de la possibilité de donner des dispenses en carême lorsque la nourriture vient à manquer et il ne refuse jamais. C’est le cas au XVe siècle lorsque les bandes armées des Armagnacs et des Bourguignons et plus tard, les Anglais, mettent le pays à feu et à sang. Le doyen est aussi le gardien du sceau du chapitre en cas de vacance de la chancellerie. Lorsque le chapitre prend des décisions, les notifications qui en découlent sont 16

faites, au nom des "Doyen et Chapitre de l’Église de Paris". - Le chantre, s’occupe de la maîtrise de Notre-Dame ; comme nous le verrons, il est aussi appelé à prendre parti pour ou contre les sœurs ou les frères de l’Hôtel-Dieu qui ont enfreint le règlement. Le chantre lorsqu'il est appelé ailleurs par ses nombreuses charges, est remplacé par le sous-chantre. - Les archidiacres, au nombre de trois, sont égaux et nommés en principe par l’évêque ; ils ont des fonctions très importantes : ils administrent le diocèse de Paris, examinent et entendent les clercs qui se destinent à la prêtrise, nomment les curés des paroisses, surveillent leurs bonnes mœurs et doivent en outre visiter les établissements charitables ; ils possèdent un pouvoir juridictionnel étendu. Les trois archidiacres qui régissent chacun un domaine très vaste sont : l’archidiacre de Paris, l’archidiacre de Josas et l’archidiacre de Brie que nous verrons intervenir dans un procès. - Le chancelier est chargé de la rédaction des actes du chapitre et des églises qui en dépendent, donc aussi de l’Hôtel-Dieu. Il est assisté dans sa tâche par des clercs, appelés notaires, qui font office de scribes. Le chancelier dirige les écoles capitulaires et en nomme les maîtres ; il est également chancelier des universités de Paris dans lesquelles on enseigne la théologie, le droit, la médecine et la chirurgie. - Le pénitencier, remplace l’évêque lorsqu'il est absent pour célébrer certaines fêtes. Il est en outre responsable de la confession et de la prédication. Tous ces grands dignitaires du chapitre Notre-Dame sont impliqués dans les décisions qui sont prises à l’Hôtel-Dieu. Nous verrons ces personnages intervenir à travers les procès et punitions concernant les frères et les sœurs de l’HôtelDieu. Certains d’entre eux sont conseillers du roi ; ils seront nommés en temps voulu. - Les proviseurs, délégués du chapitre auprès de l’HôtelDieu, veillent à l’exécution des décisions capitulaires, à l’observation du règlement, au bon fonctionnement des services, à la tenue régulière de la comptabilité et à la 17

conduite du personnel ; ce sont eux qui gouvernent l’HôtelDieu en l’absence du maître. Ils possèdent le double de toutes les clefs et ont le droit de haute, moyenne et basse justice sur tout le personnel. Le maître et la prieuse qui dirigent l’HôtelDieu de Paris peuvent être élus par la communauté. Dans ce cas ils sont agréés ou non par les proviseurs, qui en général entérinent la décision du vote ; mais ils peuvent choisir une personne étrangère à la maison. Ce sont eux également qui donnent à la prieuse et au maître tous leurs pouvoirs lors de leur intronisation. Nous verrons que, dans l’Hôtel-Dieu, on fait souvent appel aux proviseurs dès qu’un problème se présente. Ceux-ci, malheureusement, ne sont pas toujours à la hauteur de leurs tâches.

Les maîtres
Le personnel masculin, religieux et laïc, est placé sous la direction d’un maître. Cette charge, la plus élevée dans la hiérarchie de l’Hôtel-Dieu, est conférée presque toujours aux doyens d’âge de la communauté. Ils ont cinquante ans environ lorsqu’ils sont désignés par un vote de tous les frères et sœurs. Après le vote, les proviseurs procèdent à l’installation du nouveau maître en le présentant à la communauté, qui se trouve, selon ses besoins, au réfectoire, au chapitre ou à la chapelle. C’est dans la chapelle que le nouveau maître reçoit les clefs, la bourse, les sceaux et l’inventaire dressé à la mort ou au départ de son prédécesseur ; ensuite la communauté se rend à la cathédrale pour attendre le maître qui prête le serment d’usage (extrait du règlement du XIIIe siècle) au cours d’une cérémonie solennelle. Administrateur général de l’hôpital, directeur du personnel masculin, le maître a même sur l’office de la prieuse une autorité qui n’est pas toujours reconnue par celle-ci. Nous le verrons à travers le procès de Philippe du Bois. Le maître est le gardien des archives ; il gère la partie du domaine rural et 18

parisien qui lui est dévolue aussi longtemps qu’il reste à son poste. A sa mort ou s’il se retire, ses pouvoirs et les biens qu’il gère pour l’Hôtel-Dieu sont transférés à son successeur qui est souvent le boursier, c’est-à-dire le sous-maître ou coadjuteur. Chaque année, le maître réunit dans un chapitre ordinaire ses chefs de service et procède à l’audition de leurs comptes, en présence de quelques frères et sœurs. A l’issue de la réunion, les comptes du maître, du boursier et de la prieuse, sont remis au clerc du comptoir. - Le clerc du comptoir dresse à l’aide des comptes particuliers le compte général des recettes et des dépenses ; il rédige les comptes en double exemplaire, les scelle et les envoie au relieur. Le clerc du comptoir conserve l’argent courant de la maison dans de grands coffres qui sont rangés dans son bureau. Les nombreux actes que le maître et la prieuse émettent sur le domaine étendu de l’Hôtel-Dieu sont supervisés par lui. Cette situation semble idéale, mais la réalité en est bien éloignée. Ainsi il se passe un assez long temps avant que les comptes du maître et de la prieuse ne parviennent aux proviseurs, qui sont en partie responsables de cet état de choses, puisqu’ils ne veulent être dérangés que lorsqu’il y a plusieurs comptes. Le chapitre reste donc souvent sans nouvelles du budget, pendant deux ou trois ans. Mais cela n’alarme pas les proviseurs car ils ne portent aucune attention aux erreurs de calcul ou aux bilans mal établis. De temps en temps, les chanoines se contentent de faire quelques observations au maître et à la prieuse, en les priant de bien vouloir transmettre leurs comptes à temps, mais cela reste lettre morte. Nous donnons ici la liste des maîtres de l’Hôtel-Dieu que l’on retrouvera tout le long de cet ouvrage. Nous commençons à la date de 1364, année du sacre de Charles V, puisque les manuscrits et les archives que nous avons consultés, ne débutent qu’à cette période. 19