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MARGUERITE OU LA VIE D'UNE ROCHAMBELLE

De
226 pages
Marguerite ou la vie d'une Rochambelle est l'épopée d'une femme hors du commun qui, en 1944, a servi comme ambulancière dans la 2è division blindée du général Leclerc. Au volant de " Charleville ", son ambulance, elle portera secours aux soldats blessés, sous le feu de la mitraille, au péril de sa vie et sans jamais reculer devant le danger.
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Marguerite ou la vie d'une Rochambelle

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0141-8

Marie-Gabrielle COPIN -BARRIER

Marguerite ou la vie d'une Rochambelle

Préface d'Edith Vezy

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Collection Mémoires du XX e siècle

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PREFACE.

Félicitations, Marie-Gabrielle, l'historique de la France 1939-1945 est très documenté, très précis. Le récit de la vie de votre tante Marguerite est passionnant: - Ses jeunes années assombries par le manque d'amour de sa mère puis brusquement, à quinze ans, l'amour passionné qui dura sa vie entière et au-delà. - Ce couple soudé que l'on retrouve dans les moments durs de la Résistance, en Espagne, dans la 2e DB - séparé et pourtant uni- puis dans la vie civile parfois bien difficile. Tout est bien mis en valeur. La Résistance, les Rochambelles dans la 2e DB et surtout la personnalité de Marguerite, volontaire, courageuse, entreprenante, faisant face à tous les risques jusqu'à l'extrême, ainsi que sa volonté farouche de servir la France.

Edith Vezy Rochambelle.

AVANT -PROPOS.

«Marguerite ou la vie d'une Rochambelle» est l'épopée d'une femme hors du commun qui, en 1944, a servi comme ambulancière, «Rochambelle », dans la 2e Division blindée du général Leclerc, aux côtés de Suzanne Torrès (devenue par la suite madame la générale Massu). Marguerite Marchandeau est ma grand-tante paternelle et depuis ma plus tendre enfance, je l'ai entendue me raconter la guerre. Elle a fêté son quatre-vingtième anniversaire le 12 avril 2000, et la nécessité absolue de conserver une trace écrite de son existence m'est soudain apparue comme une évidence, une urgence. Lorsque je lui ai fait part de mon intention de relater, dans un recueil de souvenirs, les faits marquants qui ont jalonné sa vie de 1940 à 1944, elle a tout de suite accepté. J'ai commencé dans un premier temps par construire une biographie uniquement destinée au cercle familial. Pour conduire mon projet à son terme et mettre en page le récit de la vie de Marguerite, j'ai rassemblé une large documentation pour vérifier des dates, préciser des lieux, présenter des personnages, et surtout évoquer un contexte historique sans erreur. Toutes mes recherches ont abouti, à mon grand étonnement, au même constat on ne parle des Rochambelles dans aucun livre d'Histoire! Même en cherchant dans les dictionnaires et les encyclopédies, je n'ai pas trouvé le mot «Rochambelle ». Quelques lignes leur sont parfois consacrées dans certains ouvrages*l, mais leur action et le rôle sanitaire

1

Notamment E. Bergot, La 2e D.B., Presses de la Cité, 1980. Historama, 179/1966.

qu'elles ont joué dans la division ne sont jamais réellement évoqués. A l'évidence, elles ne sont pas bien connues, malgré les récits autobiographiques de trois d'entre elles * 1. J'ai donc décidé d'écrire un livre pour faire découvrir les Rochambelles à toutes les générations, jeunes ou moins Jeunes. Mon objectif est de faire connaître au grand public l'existence de ces jeunes femmes qui se sont engagées dans la lutte contre l'ennemi avec un courage, une détermination et un dévouement exceptionnels. On a beaucoup parlé à juste raison du général Leclerc, de la 2e Division blindée, de tous ces militaires qui ont participé à la Campagne de France et contribué à la libération de notre pays. Mais on n'a guère parlé de ces trente-huit femmes qui ont vécu au sein d'une division d'environ 16 000 hommes. Ces femmes qui les ont suivis au volant de leurs ambulances et les ont ramassés sur les champs de bataille. Ces femmes qui, au péril de leur vie, ont porté secours aux soldats blessés, les ont évacués, soignés, réconfortés sous le feu de la mitraille, sans jamais reculer devant le danger. A travers la biographie de Marguerite, dont les quelques mois vécus parmi les Rochambelles ont marqué la mémoire à tout jamais, je veux rendre hommage, humblement, respectueusement, à toutes ces femmes, vivantes ou disparues, dont le dévouement, le courage et le sang-froid ont forcé l'admiration de tous les soldats de la division. J'ai la chance d'appartenir à une génération qui ne connaît pas la guerre.

Suzanne.Massu, Quand j'étais Rochan1belle, Grasset, 1969. «Zizon» Bervialle, Au volant de Madeleine-Bastille, Caravane, 1970. Edith.Vezy, Gargamelle, mon an1bulance guerrière 2e DB., L'Harmattan, 1994.

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Pourtant, en écrivant ce récit à la première personne pour faire parler Marguerite, j'ai ressenti un sentiment étrange. Le sentiment d'avoir été plongée au cœur de ces évènements dramatiques qui ont déchiré et endeuillé la France pendant cinq années. Ce retour dans un passé que je n'ai pas vécu a fait émerger de mon cœur une profonde gratitude à l'égard de ceux qui se sont battus contre l'ennemi sans jamais perdre l'espoir, en sacrifiant leur vie bien souvent, avec pour unique objectif de rendre à la France sa liberté. Et j'ai pris conscience qu'il ne faut pas oublier. Jamais! « (...) plus d'un demi-siècle après ces sinistres évènements qui auraient bien pu marquer la fin de l' humanité, il est de la responsabilité et de la vigilance de chacun d'anticiper ce qui peut advenir, et c'est pourquoi nul ne devrait se soustraire au devoir de connaissance du passe» *1. " Soixante ans après l'Appel du général de Gaulle depuis Londres, les Anciens de la France libre ont lancé le 18 juin 2000 un appel à la mémoire.

En publiant «Marguerite ou la vie d'une Rochambelle »
auprès d'un large public, je veux répondre à cet appel et mener à ma façon mon combat contre l'oubli.

Marie-Gabrielle

Copin -Barrier.

1

Thierry FeraI, Le National-socialisme, Ellipses, 1999.

Il

A Pol, mon seul grand amour, sans qui ma vie n'aurait pas eu le goût du fruit défendu et de l'abnégation de soi.

A toutes les Rochambelles avec qui j'ai partagé des moments intenses et inoubliables, et dont l'action mérite d'être mieux connue.

Marguerite Marchandeau.

Le 28 Juin 1919, le traité de Versailles est signé dans la galerie des Glaces du célèbre château. Ce traité de paix entre l'Allemagne, la France et les Alliés met fin à la première guerre mondiale. L'Alsace-Lorraine est restituée à la France.

Le 16 septembre 1919, à Munich, un inconnu du nom de Adolf Hitler adhère au Parti ouvrier allemand, le D.A.P (Deutsche Arbeiter Partei)....
Le 1er avril 1920, le Parti ouvrier allemand devient le Parti ouvrier allemand national-socialiste, le N.S.D.A.P (Nationalsozialistisch Deutsche Arbeiterpartei).

Ce sera le parti nazi....

MA JEUNESSE ARDENNAISE

Une marguerite en avril.
Enfant de l'entre-deux guerres, je suis arrivée au monde le 12 avril 1920, dans les années folles, à Mohon, un petit village des Ardennes françaises tout proche de CharlevilleMézières.

Mes parents étaient tous deux originaires de Saône et Loire. Dans son pays natal, mon père avait exercé plusieurs métiers: domestique, batelier, puis travailleur itinérant dans l'agriculture, avant d'être embauché dans la sidérurgie. C'est dans les établissements Schneider, au Creusot, qu'il était devenu contremaître. TItravaillait sur un four Martin et c'était une activité très dangereuse. A la suite de l'installation d'une succursale de cette usine dans les Ardennes, Papa fut muté à Mohon, dans les usines Lefort, et l'implantation de mes parents dans l'Est de la France fut définitive. Lorsque je suis née, ils n'étaient plus tout jeunes: ma mère, Marie, avait quarante-deux ans et mon père Jean en avait quarante-neuf, ce qui à l'époque était un âge très avancé pour avoir un bébé. D'autant qu'ils avaient déjà deux grands enfants. Nicolas, mon demi-frère, né du premier mariage de mon père, avait dix-huit ans. Sa maman était décédée lorsqu'il avait trois ans et ma mère s'occupait de lui comme de son propre fils depuis le jour de sa rencontre avec mon père. Ma sœur aînée, également prénommée Marie, avait qUInze ans. En ce début de vingtième siècle, l'espérance de vie était

bien plus courte qu'à l'heure où j'écris ces lignes. La
chirurgie et la médecine modernes en étaient encore à leurs balbutiements. Bien des maladies, notamment la tuberculose, faisaient encore de nombreux ravages au sein

.

d'une population à dominante rurale, déjà endeuillée par la perte de près d'un million et demi de soldats dans les combats qui s'étaient déroulés de 1914 à 1918. Les personnes de plus de quarante ans étaient alors considérées comme «vieilles », et ma naissance n'était évidemment pas désirée. Mais en l'absence de moyens de contraception suffisamment efficaces, ma mère se trouva enceinte sans l'avoir souhaité. Au lendemain d'une guerre sanglante et particulièrement meurtrière, la France était en proie à de terribles difficultés et le pays tentait péniblement de renaître de ses cendres. Le contexte économique et social de l'époque n'était pas très favorable à la naissance d'un troisième enfant dans une famille d'ouvriers. Et ma mère était furieuse d'avoir une bouche supplémentaire à nourrir en ces temps si difficiles. Pourtant, mes parents n'étaient pas dans une situation des plus précaires. Mon frère aîné travaillait. TI avait un salaire et n'était plus à leur charge. Et ils avaient réussi pendant quinze ans à échapper aux naissances successives d'enfants non désirés, ce qui n'était pas le cas pour tout le monde. Bien des familles à cette époque, pour les raisons que l'on sait, se sont agrandies sans l'avoir vraiment choisi. . . Mais comparer leur condition à celle des autres ne leur offrait qu'une maigre consolation. Et comme de surcroît, ils avaient dépassé « l'âge limite autorisé» pour la procréation, ils vécurent cette situation comme un événement particulièrement honteux. Dès lors, tout au long de sa grossesse, ma mère passa son temps à maugréer contre son état, sans penser à choisir un prénom pour l'enfant qui allait naître. Mon père, quant à lui, s'était progressivement accoutumé pendant ces neuf mois d'attente, à l'idée d'avoir
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un bébé, et cette perspective le rendait même un peu plus heureux chaque jour. Jusqu'à ma naissance, ma mère était persuadée qu'elle aurait un garçon. Pressentiment de femme enceinte... Quelle ne fut pas sa surprise lorsque je pointai le bout de mon nez! Et il fallut en toute hâte trouver de quoi me baptiser. C'est alors que, sur le chemin qui le conduisait à la mairie pour me déclarer à l'état civil, mon père trouva sur le bas-côté, insolite, une marguerite qui n'aurait jamais dû fleurir au mois d'avril. En cueillant cette fleur pour l'offrir à ma mère, il décida que ce serait mon prénom, et c'est ainsi que je me suis appelée Marguerite. A cette époque en France, du côté politique, c'était plutôt le calme plat. La vilaine querelle droite/gauche existait déjà et, hormis l'inquiétude générée par le refus de l'Allemagne à payer ses dettes de guerre, on voyait simplement se succéder à vive allure les Présidents de la République. (Cinq en douze ans! ) * 1. Pendant ce temps-là, nos deux pays voisins les plus proches, l'Allemagne et l'Italie, étaient en proie à des courants nationalistes très puissants qui allaient, en quelques années, se transformer en dictatures et plonger l'Europe dans l'horreur. Dès juillet 1921, en Allemagne, Adolf Hitler prit la tête du Parti national-socialiste. En exposant les grandes lignes de son programme et en créant les S.A *2, il commençait à poser les jalons de son odieux parcours.
De 1920 à 1932: Paul Deschanel, Alexandre Millerand, Gaston Doumergue, Paul Doumer et Albert Lebrun. 2 Sections d'Assaut: premières troupes de choc du parti nazi, créées le er 1 novembre 1921 par Ernst Rahm, officier et homme politique 1

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Au même moment, en Italie, on assistait à l'inéluctable montée du fascisme et Mussolini, dirigeant du Parti national fasciste, prenait le pouvoir le 31 octobre 1922. J'ai passé mon enfance et mon adolescence à Mohon, et j'y ai suivi toute ma scolarité depuis la maternelle jusqu'au certificat d'études. A cet âge-là, je n'avais pas conscience de la gravité des évènements qui se déroulaient de l'autre côté de nos frontières et dont l'enjeu était d'une importance capitale pour l'avenir de l'Europe, pour l'avenir de la paix. Je ne savais pas non plus que je serais amenée, bien des années plus tard, à prendre une part active dans la guerre qui en découlerait. J'ai grandi parmi les adultes et j'ai été élevée en enfant unIque. Lorsque je suis née, mon frère travaillait aux « Chemins de Fer de l'Est », où il était conducteur de locomotive. TI était très souvent absent du fait de son travail. Puis il s'est marié quand j'étais encore toute petite et a quitté la maison. Je le voyais régulièrement puisqu'il habitait à Mohon avec sa femme, mais nos relations n'ont jamais pu être celles d'un frère et d'une sœur compte tenu de la différence d'âge qui nous séparait. Ma mère, qui ne voulait pas d'autre enfant, était très dure avec moi. Je me souviens de son allure très autoritaire. A cinquante ans à peine, elle ressemblait déjà à une vieille femme, toujours habillée de façon stricte, austère, avec des couleurs sombres ou noires. Elle ne me prodiguait jamais aucune affection. Comme tous les enfants, j'avais besoin d'être embrassée, câlinée, chouchoutée, mais elle me repoussait à chaque fois que je
allemand. Il sera assassiné sur l'ordre d'Hitler lors de la «Nuit des longs couteaux », le 30 juin 1934.

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