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MARIN DE LA RÉPUBLIQUE ET DE L'EMPIRE

179 pages
Habitué des grandes traversées vers nos possessions d'outre-mer, Pierre Guieysse croisera dans des conditions dramatiques le destin de personnages historiques fameux, Tousaint Louverture à Saint-Domingue et Quéau du Quinssy, le dernier gouverneur français des Seychelles. Il fit partie de ceux qui apportèrent à la Marine le sang neuf et le dynamisme qui auraient pu en faire l'égale de la Grande Armée…
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Bernard THÉRY

MARIN DE LA RÉPUBLIQUE ET DE L'EMPIRE

Pierre GUIEYSSE 1766-1853

L'Harmattan 5-7, rue de l'Éco]e-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Avant propos

Je savais par la Inén10ire falniliale que Pierre Guieysse, un de n1es ancêtres directs, avait servi dans la Marine pendant la Révolution et l'En1pire. On l'appelait dans la falnille "Pierre le corsaire". Je savais que Georges Lenotre dans son ouvrage aujourd'hui introuvable "Les derniers terroristes" avait raconté sa calnpagne aux Seychelles, campagne qui s'était terminée par la perte de sa frégate la Chiffonne, 111aisje n'en connaissais pas le détail. J'ignorais en particulier si le bateau avait été capturé ou coulé. Je ne c01l1prenaispas très bien pourquoi son con1111andant tait rentré é si rapidenlent à Brest etc... En escale aux Seychelles, au début 1982 avec le Kersaint que je comlnandais, j'eus l'occasion d'évoquer cette tnélnoire inlprécise auprès de l'alnbassadeur de France du luoment. Sa réaction fut imll1édiate, HIne tira d'une arnl0ire un guide touristique récent sur le pays. L'affaire de la Chiffonne du con11nandant Guieysse an1enant en 1801 des bannis, envoyés dans la colonie à la suite de l'attentat de la rue Saint Nicaise contre Napoléon, puis, de sa prise ultérieure par la frégate anglaise la Sibylle figuraient en bonne place dans l'historique de ce pays, d'abord français, puis anglais depuis 1815 et indépendant depuis 1976. J'avais déjà consulté rapidenlent, à l'occasion d'une visite au service historique de la Marine, des dossiers Guieysse. Mais, puisque j'étais sur place, je décidais d'essayer de trouver les traces laissées par cette affaire et si possible de localiser le cOlnbat. Elle était effectivenlent bien connue et je fus surpris, en me présentant, de susciter des réactions sympathiques à mon égard. Je trouvai dans la 111eilleure librairie locale à Mahé un livre édité en 1909 intitulé: "Unpublished Documents on the history of the Seychelles Islands anterior to 1810" dont une dizaine de pages, écrites d'ailleurs en français, étaient consacrées à l'affaire et 111e perlnettaient de la situer dans le contexte local. Je pris contact avec le Ministre des Affaires Etrangères des Seychelles, qui en 1982 s'appelait Hodoul. C'était le descendant direct d'un des tous prelniers pionniers, officier de marine marchande de l'époque 5

portant le même nom. Il remplissait alors dans la colonie, où il n'y avait qu'une centaine de Français, les fonctions d'adjoint du gouverneur, chargé des questions maritimes. Il avait donc traité avec Guieysse. Ses descendants firent connaissance. Il existe aux Seychelles un atelier qui fait de remarquables maquettes de navires anciens; monsieur Marchesseau, son patron, accepta de me faire une maquette de la Chiffonne, ainsi liée à l'histoire locale, si je pouvais lui en procurer les plans. Le musée de la Marine n'en ayant pas me renvoya chez les Anglais au National Maritime Museum de Greenwich d'où j'obtins une copie des plans de la coque du bateau. Les Anglais, qui appréciaient beaucoup la construction des frégates françaises, avaient l'habitude de relever tous les plans de leurs prises; ce fut fait pour la Chiffonne et cela me permit, 181 ans plus tard, d'obtenir ces plans totalement disparus en France. A l'occasion d'une deuxième escale aux Seychelles fin 82, je les ai fournies à Marchesseau. Deux ans plus tard, c'est le capitaine de frégate Combarieu, commandant un aviso-escorteur dans la région, qui les a récupérés sans la maquette commandée. Si j'en ai le courage, j'essayerai un jour de la faire moi-même. Depuis, en étudiant tous les documents disponibles, en retournant aux archives de la Marine à Vincennes, en passant au National Maritime Museum à Greenwich, en lisant un certain nombre de livres français et anglais où ces événements étaient relatés, j'ai découvert que Pierre Guieysse, né le 16 février 1766, n'avait rien d'un corsaire. Il était entré dans la Marine marchande en 1783 à dix sept ans comme pilotin pour y faire une carrière d'officier. Sans cesser de naviguer, il avait franchi en dix ans tous les grades jusqu'à celui de second capitaine. En 1793, il était passé dans la Marine au moment où il avait fallu remplacer les officiers qui avaient été emprisonnés ou avaient émigré. Enseigne de vaisseau à 27 ans, il était six ans plus tard, en 1799, capitaine de frégate à 33 ans. C'est à ce grade qu'il quittât la marine en 1807 à 41 ans. Il mourut en 1853 à l'âge de 87 ans.

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Pierre Guieysse fut certainement un excellent Inarin très expérimenté et un très bon officier courageux et déterminé. Pour l'époque, il fut un grand navigateur. Il est allé quatre fois dans l'Océan Indien à l'lIe de France (lIe Maurice), à Pondichéry et aux Seychelles en passant par le cap de Bonne Espérance. Il a fait au n10ins huit traversées de l'Atlantique dans les deux sens à des périodes de l'année oÙ elles n'étaient certainen1ent pas toujours faciles, sUl10utavec des bateaux de petit tonnage. Il a participé à six combats contre les Anglais ou leurs alliés, dont trois COlnn1ecomlnandant. Certains furent très durs, il a été deux fois blessé. A chaque occasion il n'hésitait jalllais à courir sus à l'ennemi. Il a con1mandé deux frégates, un aviso et un petit bateau. C0l1l11le c0l1l11landant, il a capturé une goélette anglaise, probablen1ent tnieux armée que son propre bateau, une frégate et une goélette portugaise et plusieurs bâtin1ents de COlnlnerce ennelnis. Il eut la malchance d'être attaqué sur la Chiffonne par une frégate plus puissante que la sienne alors qu'il était au mouillage et en cours de réparation. Après que son bateau ait été bien Inahnené, il fut obligé d'amener. A 35 ans, ce Inalheur nlarqua pratiquen1ent la fin de sa carrière active. Il avait mis son expérience de 10ans d'officier de Inarine Jnarchande à la disposition de la marine nationale. Il y servit pendant 13 ans dont Il en période de guerre. Après quatre ans passés à Brest sur des bateaux qui ne sortaient pas, il quitta la Jnarine, pour raisons de santé, sans obtenir la Inoindre pension. C'était réglelnentaire à l'époque, nlais COIn te p tenu de ses services et de la réorientation de sa carrière in1posée par les circonstances, c'était certainen1ent une injustice. Alors que la flotte venait, après celui d'Aboukir, de subir le désastre de Trafalgar et que la France s'essoufflait à conquérir l'Europe, qui pouvait s'intéresser à un petit capitaine de frégate qui, constalnlnent frotté aux anglais, avait fini par perdre son bateau? Et poul1ant, il était un des rares marins qui n'avait cessé de naviguer et qui leur avait infligé des coups directs, alors qu'à

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l'époque, l'escadre de Brest, sous les ordres de l'Amiral Ganteaume, n'osait même pas s'aventurer au-delà du goulet. A partir de sources diverses, j'ai essayé de replacer Pierre Guieysse dans le contexte de l'époque, contexte technique en rappelant ce qu'étaient alors les bateaux, la vie à bord et la navigation, contexte politique en situant ses missions à Saint Domingue et aux Seychelles dans leur environnement historique qui, par certains côtés, paraît, aujourd'hui encore, extrêmement Inoderne. A cet égard, la relation de sa vie est d'autant plus intéressante qu'elle se situe à la période charnière de notre histoire dont, deux cent ans plus tard, notre pays subit toujours les conséquences. Sa vie familiale ne m'est connue que par la date des événements familiaux majeurs et quelques très rares pièces officielles obtenues de cousins ayant travaillé sur les origines de notre falnille, sans malheureusement aucun courrier personnel, ce qui est dommage car ses rapports officiels montrent qu'il écrivait bien. Par contre, ses papiers militaires ont été bien tenus et préservés aux archives de la marine. De plus, il a participé à des actions bien répertoriées dans les ouvrages d'histoire maritime français et anglais du siècle dernier. C'est donc surtout par sa carrière Inilitaire que nous pouvons le connaître. A chaque fois que lui-même ou ses supérieurs s'expriment, j'ai rapporté directement leurs témoignages. Sans m'étendre sur le déroulement bien connu de la Révolution en France, j'ai essayé de résumer le contexte colonial de son action, beaucoup moins connu. Ainsi je me suis un peu plus étendu sur celui de Saint Domingue que j'ai découvert dans un excellent livre récent sur le sujet. Il y joua le rôle d'agent de liaison entre Toussaint Louverture et la France, rôle modeste mais indispensable qui aurait pu être déterminant si les dirigeants français successifs avaient été plus avisés. Saint Domingue m'intéressait aussi parce qu'une autre branche de notre famille, des Georgeon Delance ( de quelle anse s'agit-il car la carte de l'époque en est pleine ?) y étaient installés comme colons planteurs et durent fuir au moment de la révolte. 8

Pour relater la tnission de la Chiffonne, j'ai essayé de synthétiser les nOlubreux récits dont j'ai eu connaissance. Dans ce cas particulier, le livre de Lenotre "Les derniers terroristes" est évidemment très précieux. Les points essentiels de son récit sont confirmés par des archives indiscutables. Il rajoute certains détails difficiles à vérifier aujourd'hui. Je pense qu'on peut lui faire confiance puisqu'ils paraissent très vraiselnblables et qu'il a dû avoir accès à des sources sérieuses, peut-être presque directes. A la fin de ce travail qui In'a passionné, je pense que notre falnille qui cOinpte cel1ainelnent plusieurs centaines de ses descendants directs, peut être fière de son ancêtre, en particulier, les marins passés, présents et futurs. Sa mélnoire mérite que l'on en parle, puisse-t-elle leur servir d'exelnple. Toulon, Juin 2001
Capitaine de vaisseau Bernard Théry 5° génération

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Chapitre l Les origines de Pierre Guieysse, premières années Pierre Guieysse est originaire de l'Aveyron. Il est né le 16 février 1766 à Anlboul, lieu-dit situé à un kilolnètre dans l'est de Nant, petite cOlnlnune elle-même située sur la Dourbie à l'est du plateau du Larzac. Nant est traversé par la départelnentale 999 qui longe en alnont le canyon de la Dourbie et le village est donliné par une série de hauteurs entre 800 et 900 mètres.

Les registres locaux permettent de remonter la falnille Guieysse jusqu'au XVIIème siècle. Son grand-père Jean Guieysse était ménager à Amboul. Jean a eu quatre garçons et une fille Marguerite. Pierre, l'aîné, naquit en 1720 et fut le père du Inarin. Il était agriculteur et épousa en première noce en 1761 Suzanne Carle née en 1741. Ene lui apporta en dot deux cent livres et une pièce de terre du terroir d'Alnboul. Elle eut de lui 2 enfants, un garçon Pierre, le 111arin,et une fille Suzanne. Hélas, elle mourut à vingt huit ans, très jeune, lorsque son fils n'avait que trois ans. Son 111ari se relnaria et eut, en secondes noces, une autre filJe Marie Anne. Pierre Guieysse qui n'a donc pratiquelnent pas connu sa mère, eut comme marraine Marguerite, sa tante, sœur de son père et comnle parrain Antoine Carle, son oncle, sans doute un frère de sa Inère. Il Il

fut probablement élevé par sa belle-mère et il n'a pas dû en garder mauvais souvenir car, en 1848, il légua mille francs aux enfants de sa demi-sœur Marie Anne. La Inort prématurée de sa mère explique peut-être pourquoi il quitta très jeune Nant pour s'engager à 17 ans comme futur officier dans la marine marchande. Il a certainement reçu une excellente éducation car les lettres et les rapports, qu'il a écrits plus tard et qui nous sont parvenus, sont toujours très bien rédigés. C'est certainement à récole, et pas en naviguant dans la marine marchande, qu'il a appris à le faire. Il existe peu d'informations sur le niveau requis pour être pilotin puis officier de marine marchande, mais il y avait certainement un minimum de sélection. Pourquoi a-t-il quitté son pays et choisi de naviguer? Peut-être a-til été attiré par le goût des voyages qui se développait dans toutes les classes de la société en cette fin du XVIIIèmesiècle? Peut-être la vie était-elle trop dure à Amboul ? Peut-être était-il simplement dans le Inouvement des paysans qui commençaient à quitter la campagne pour aller vers la ville ou vers d'autres horizons? Il était catholique comme l'étaient ses parents et grands parents et comme le fut une bonne partie de sa descendance. Nous savons qu'il a été baptisé, mais nous n'en savons guère plus car tous ses écrits sont officiels et datent de la Révolution, à une période où toute référence religieuse eût été dangereuse et avait disparu des doculnents publics. En tête de son testament, en date de 1760, son grand-père Jean Guieysse "a premièrement recommandé son âme à Dieu et prié par les mérites infinis de Notre Seigneur Jésus Christ lui vouloir faire grâce, pardon et miséricorde de ses péchés, et lorsque son âme sera séparée de son corps la vouloir recevoir dans son royaume céleste". C'était sans doute une formule consacrée mais elle est belle et a été signée de sa main, devant témoins, alors qu'il était déjà alité. Au milieu de ce siècle dit "des Lumières" nos parents de milieux modestes étaient, pour l'essentiel, plus éclairés que nous. En fait, la différence de ton entre ce testament et celui de son petit-fils montre bien que la référence à Dieu disparaît des écrits officiels et privés à

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partir de la Révolution Française et que ce HprogrèsHa bien été le point de départ de la profonde déchristianisation de notre pays. Nous savons par contre, qu'au moment de rentrer dans la Inarine, Pierre Guieysse fit l'objet d'une enquête où, sur les critères républicains, était jugé son bon esprit citoyen, nous y reviendrons.

Des Guieysse se sont perpétrés à Nant jusqu'à nos jours. En juillet 1976 Armand, Alice et un troisièn1e Guieysse, n1alheureusen1ent célibataires, âgés et sans enfants, habitaient encore aux Liquisse, autre halneau situé celui-ci dans l'ouest de Nant. Ils vivaient tous les trois dans cette maison de famille, datant d'avant la Révolution, qui n'était pas celle de Pierre puisqu'il habitait Alnboul, mais qui appartenait à la fatnille et qu'il a pu connaître.

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Chapitre 2 Carrière dans la marine marchande

La carrière dans la marine 111archandede Pierre Guieysse va durer du 10 avril 1783 au 19 octobre 1793 soit dix ans et six mois. Pendant cette période, il va beaucoup naviguer, aller trois fois dans l'Océan Indien et cinq fois aux Antilles. Il est très difficile de trouver des inforlnations sur la Inarine 111archandede cette époque. En effet, à la différence de la Inarine de guerre qui dispose d'archives pour l'histoire, la marine Inarchande, dont la vocation est commerciale, se préoccupait déjà plus de sa rentabilité que de son histoire. On trouve cependant aux archives départementales de Nantes les rôles d'équipages des différents bateaux de commerce sur lesquels a servi Pierre Guieysse. Ces rôles avaient une fonction d'état civil et ont sans doute été conservés à ce titre. Pour Tramond, dans son ouvrage cité en référence, la période qui précède immédiatement la Révolution est une des plus brillantes pour le commerce maritin1e français; et pout1ant, selon lui, sur vingt tnille mouvelnents annuels dans nos ports avec un tnillion trois cent cinquante Inille tonnes à l'entrée et à la sortie, ce qui est équivalent au trafic des anglais, trente pour cent seulement du trafic est fait sous notre pavillon. Aucun bateau français ne va dans les mers du nord, en Angleterre et en Espagne. Ce sont les Anglais qui assurent tout notre trafic dans ces directions. Seul, le port de Marseille fait exception en assurant, sur des bateaux français, ses exportations de savon et de draps vers le levant. Par contre, tout le trafic avec nos colonies, et il est très important, se fait sous pavillon national. C'est à partir des grands ports de l'ouest du pays, Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Le Havre, SaintMalo et aussi un peu de Marseille qu'est donc assuré, en totalité sous notre pavillon, ce trafic avec nos colonies. Il assure à lui seul la prospérité de ces ports. Depuis 1763, le COlnmercedes Indes orientales et occidentales est ouvert à tous; à cette date en effet, le gouvernement a ordonné la 15

liquidation de la compagnie des Indes qui en avait le monopole. Les principales destinations sont les Mascareignes dans l'Océan Indien: lIe de France (Maurice) et lIe Bourbon (La Réunion) et surtout les Antilles, dont la perle est Saint Domingue avec aussi la Guadeloupe et la Martinique.
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C'est sur ces destinations que va naviguer Guieysse. Il va faire deux voyages à l'lIe de France et cinq voyages à Saint DOlningue, précisément à Léogane, mouillage situé à proximité immédiate de Port au Prince. Le dernier, le plus lointain, à Pondichéry à partir de Marseille en 1792 1793, verra la fin de cette faste période de paix pendant laquelle il aura fait tous ses voyages. Sur la route du retour, il sera capturé par les Anglais quelques semaines après la reprise des hostilités. Le détail de ses embarquements nous est connu par ses dossiers Inilitaires et ils sont confirmés par les archives de Nantes. Il est successivement embarqué comme: 16

Pilotin sur la Thémise du 10/04/83 au 26/10/85 de Nantes à destination de l'lIe de France, capitaine Berthoux.

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- Second lieutenant sur le May du 1/03/86 au 18/09/86de Nantes à destination de Léogane, capitaine Letiot.
Léogane, on l'a vu, était le port de Port au Prince à Saint Domingue.

- Premier lieutenant sur le Trajan du 10/11/86 au 28/07/87 de Nantes à destination de Léogane, capitaine Celmin.
.. Second capitaine sur le Trajan du 27/12/87 au 14/06/88 de Nantes à destination de Léogane, capitaine Cehnin.

- Second capitaine sur le Trajan du 8/08/88 au 18/03/89de Nantes à destination de Léogane, capitaine Cehnin.
.. Second capitaine sur le Trajan du 11/05/89 au 15/12/89 de Nantes à destination de Léogane, capitaine Celmin.

- Second capitaine sur le Trajan du 29/08/90 au 15/12/90 de Bordeaux à destination de l'lie de France, capitaine Boulet.
Aide pilote sur la gabarre de l'Etat La Bienvenue à l'lIe de France de janvier à mi-mars 91, capitaine Baumont. Les gabares étaient déjà des navires de servitude de la marine royale. On peut supposer que Pierre Guieysse était disponible sur place car le Trajan était sans doute en réparation (avaries, tel11pête?). Il est donc en1ployé telnporairement par la marine comme officier 111arinier ide pilote. a Cet etnploi passager par la marine montre la souplesse de cette administration. Il permet aussi de se rendre compte que tout juste deux ans avant la remise en question du système hiérarchique de la marine, il n'était pas question d'utiliser COlnlneofficier, un second capitaine expérimenté d'un bateau de commerce qui naviguait vers les destinations les plus lointaines. Précisons cependant que les

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pilotes étaient déjà considérés comme la crème des officiers mariniers comme ça le restera jusqu'au milieu du vingtième siècle.

- Reprend du service comme second capitaine sur le Trajan jusqu'au 30/03/91 au retour à Lorient où il reste jusqu'au désarmement du bâtiment le 7/08/91, capitaine Boulet.

- Second capitaine sur le Trajan qu'il va chercher à Marseille à destination de Pondichéry, capitaine Boulet. On peut imaginer qu'il a peut-être profité de la fin de l'année 91 et de son voyage Lorient Marseille pour passer voir son père et sa famille à Nant qui était presque sur le trajet.
Fait prisonnier par les Anglais à son retour en Europe le 29 mars 1993, il est conduit successivement à Madère, Gibraltar, Lisbonne, Falmouth et Londres, d'où il s'échappe sur un bateau américain. Il arrive à Bordeaux le 14 août 1993. Il naviguait sur le Trajan depuis presque sept ans. Arrivé COlnme lieutenant, il en était devenu le second depuis cinq ans. Il avait eu comme commandants successifs les capitaines Celmin et Boulet. Il devait connaître parfaitement son bateau. Terminer cet embarquement en tombant aux mains des Anglais a dû être pour lui une dure épreuve. Il est très probable que le Trajan a été capturé par surprise et que l'on ne devait pas savoir à bord que la guerre était à nouveau déclarée avec les Anglais qu'on ne cessait de rencontrer en mer. On peut imaginer qu'en ce début d'une nouvelle guerre avec la France, il régnait à Londres une certaine pagaille dont Pierre Guieysse a su profiter pour s'esquiver et s'embarquer clandestinement vers la France sur un bateau américain. Il semble que sa carrière dans la marine Inarchande se soit déroulée très normalement puisqu'il a franchi tous les grades à un rythme régulier. Il était certainement appréc,ié de ses cOlnmandants puisqu'HIes a suivis longuement. En particulier, le capitaine Boulet et lui ont du former une bonne équipe et beaucoup s'apprécier mutuellement. Si cela n'avait pas 18

été le cas, ils n'auraient pas pu collaborer aussi longtemps dans les difficiles conditions de vie et de navigation, qui étaient celles de cette époque. Il a sans doute apprécié l'intermède des trois mois passés dans la marine à J'lIe de France, sur la gabare la Bienvenue. Profitant de l'opportunité qui se présente, il va rallier la marine de guerre qui n1anque d'officiers. Ce marin sait d'expérience que la période de paix étant terl11inée, la navigation de comlnerce va devenir très difficile et qu'il aura de meilleures chances de naviguer dans la Inarine de guerre.
Pierre Guieysse rentre donc le 18 octobre 1793 C0111111e enseigne de vaisseau provisoire dans la marine nationale. Malgré le désordre qui y règne, il a déjà un cOlnpte à régler avec les Anglais.

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