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MODELE CULTUREL ARISTOCRATIQUE DE LA ROME ANTIQUE (LE)

De
303 pages
L'objet de ce livre est double. Il est d'abord de comprendre, d'une part, les raisons pour lesquelles le régime de la République romaine a dû être abandonné au cours des deux derniers siècles av. J.-C., et d'autre part, les raisons de la consolidation du régime de l'Empire au cours des deux siècles suivants. Il est ensuite de montrer qu'il existait une « complémentarité fonctionnelle » entre ce que les Romains faisaient (leurs régimes économiques, politiques et sociaux) et ce qu'ils pensaient et disaient (leur culture et leurs idéologies).
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Le modèle culturel aristocratique de la Rome antique
Guy Bajoit
Le modèle culturel aristocratique de la Rome antique
D/2017/4910/29
©Academia – L’Harmattan s.a.Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
ISBN : 978-2-8061-0345-1
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Guy Bajoit
Le modèle culturel aristocratique de la Rome antique
Je dédîe ce îvre aux jeunes quî s’întéressentà comprendre e monde (économîque, socîa,poîtîque et cuture) dans eque îs vîvent, et à eurs proesseurs d’îstoîre et de scîences socîaes, quî rempîssent a tâce mérîtoîre de es accompagner dans cet apprentîssage dîIcîe.
Je remercîe vîvement : Jorge Magasîc, Proesseur d’îstoîre à ’ïHECS (ïnstîtut des Hautes Études des Communîcatîonssocîaes) pour ses remarques judîcîeuses. Jean-Mîce Caumont, Proesseur de socîoogîe à ’Unîversîté de catoîque de Louvaîn pour nos dîscussîons stîmuantes. Françoîse Van Haeperen, proesseure d’îstoîre à ’Unîversîté Catoîque de Louvaîn, pour ses conseîs bîbîograpîques. Nîcoe Desaux, Proesseure de angue rançaîse, pour sa reecture très attentîve et ses précîeux conseîs grammatîcaux et ortograpîques.
Introduction générale
Introduction générale
« Après un sîèce de socîoogîe de a cuture,es îstorîens sont de pus en pus nombreuxà avouer qu’îs sont încapabes d’expîquer esmutatîons cuturees et qu’îs n’ont même pasa moîndre îdée de ce quî pourraît être une1 expîcatîon causae en cette matîère » .
Ce îvre constîtue e second voet d’une recerce pus vaste, dont e but est d’îdentîIer et d’anayseres modèes cutures constîtutîs de a cuture de ’Europe occîdentaeet de comprendreeurs rapports avec es pratîques économîques, socîaes et poîtîques de ses acteurs. Une premîère partîe de cette recerce a déjà aît ’objet d’un ouvrage, consacré aumodèe cuture cîvîque de a cîté 2 grecque. Mon but est de reaîre îcî cette même démarce pour e modèe arîstocratîque de a Rome antîque. Avant d’entrer en matîère, je tîens à exprîmer, avec însîstance, une remarque très împortante : ma recerce se îmîte à’Europe occîdentaeet, par conséquent,es anayses proposées dans ce îvrene sont pas généraîsabes. Même sî e ecteur trouvera bîen îcî unetéorîe socîoogîque de ’îstoîre –quî estpeut-être appîcabe à d’autres coectîvîtés umaînes–,î devra toujours 3 se rappeer qu’ee n’est encore qu’uneproposîtîon ,car ee ne repose que sur un nombre îmîté d’observatîons empîrîques. Beaucoup d’autres socîétés ont ressembé ou ressembent aux socîétés européennes, maîs je n’aî nî ’întentîon, nî surtout ’énorme érudîtîon qu’î me audraît pour es comparer. 1- Le sociologue et l’historien
Une seconde remarque me parat tout aussî essentîee :cecî n’est pas un îvre d’îstoîre, maîsdesocîoogîe de ’îstoîre.Je suîs socîoogue et non îstorîen et je prends donc es travaux de mes coègues îstorîens comme « matîère premîère » de mes anayses. Cea ades conséquences împortantes, qu’î vaut mîeux expîcîter. En efet, es démarces du socîoogue et de ’îstorîen, bîen qu’ees soîent compémentaîres, n’en sont pas moîns dîférentes. a
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Pau Veyne, 1999, p. 52. VoîrLe modèe cuture cîvîque de a cîté grecque, Académîa, 2015, 294 p. J’appee « proposîtîon » une airmatîon quî estpus qu’une ypotèse(parce qu’ee repose sur une base empîrîque) maîsmoîns qu’une certîtude(parce que cette base empîrîque est trop îmîtée).
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préoccupatîon majeure de ’îstorîen estd’étabîr a vérîté des aîts: î doît donc trouver des sources Iabes et es crîtîquer,ce quî est évîdemment a premîère condîtîon de tout travaî scîentîIque sérîeux. Quand, en pus, î cerce à comprendre esraîsonsde ces aîts, à esexpîquer– ce que ne ont pas tous es îstorîens –, c’est presque toujours en s’appuyant sur sonbon sens,ce quî revîent înterpréter es aîts à partîr d’une « téorîe împîcîte », d’une « pîosopîe spontanée », c’est-à-dîre, d’une îdéoogîe. En efet, à tort ou à raîson, beaucoup d’îstorîens se méIent des téorîes expîcîtes, et Françoîs Jacques énonce caîrement es raîsons de cette méIance : « e rîsque est évîdent, quand a téorîe devîent dogme, quand a documentatîon est pîée aux exîgences du modèe et qu’ee ne sert qu’à conIrmer sa vaîdîté, ou bîen quand ee est déprécîée ou mîse 4 à ’écart sî ee ne s’însère pas dans e scéma expîcatî. » Pour écapper à ce rîsque, beaucoup d’îstorîens se îmîtent donc à casser es aîts par tèmes et à es présenter dans’ordre cronoogîqueoù îs se sont produîts. e socîoogue ne peut jamaîs procéder de cette açon, car î cerce àanayser es rapports entre es aîts, pour comprendre comment et pourquoî îs se sont engendrés récîproquement et î veut mettre à joures ogîques des acteurs, quî ont cercé à donner du sens à eursconduîtes, c’est-à-dîre à ce qu’îs ont aît, dît, pensé et ressentî. Dès ors, pour es besoîns de a démarce socîoogue, « poser un modèe téorîque au départ » est exactement ce que je vaîs aîre îcî. e rîsque sîgnaé par F. Jacques est donc bîen rée. Cependant, î n’est pas d’écarter întentîonneement des aîts quî înIrmeraîent a téorîe – à moîns d’une maonnêteté înteectuee, que je m’engage ormeement à évîter comme a peste ! Maîs ce rîsque a deux autres raîsons. a premîère est que, dans toute coectîvîté umaîne, on trouvepusîeurs ogîques d’actîonînteragîssent (je es aî nommées ogîques de a puîssance, quî de ’égémonîe, du pouvoîr, de ’înLuence et de ’autorîté : voîr pus oîn). ’îstorîen peut se permettre de conondre ces ogîques, car ce quî împorte pour uî, c’est surtout d’étabîr es aîts ; e socîoogue doît es dîstînguer, parce que ce qu’î veut comprendre, ce sontes raîsons d’agîr des acteurs.Dès ors, sur une seue page d’un îvre d’îstoîre, et paroîs même dans un seu paragrape, on peut trouver des réérences à pusîeurs ogîques d’actîon dîférentes. a seconde raîson de ce rîsque est sîgnaée par Hervé ïngebert : « Toute compréensîon du passé 5 est une înterprétatîon où e poîds du présent est énorme. » Ce rîsque-à, éas ! étant putôt înconscîent, même en aîsant un gros efort de dîstancîatîon – que je m’engage à aîre –, je ne peux pas garantîr de e surmonter absoument. Ce « poîds du présent » dans a recerce sur e passé est souîgné égaement par Pau Veyne, quî e consîdère comme commun aux deux dîscîpînes. « es socîoogues et es îstorîens sont à paîndre » parce que « quand îs ont à décîfrer es motîvatîons des conduîtes umaînes, îs sont en présence d’un textedoubement brouîé; a soutîon que {es acteurs ont} coîsîe ne concîde jamaîs avec a ratîonaîté qu’on {e cerceur} pourraît uî supposer et e poîds {de eurs} dîférentes motîvatîons
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Jacques, 2002, p. 292. ïngebert, 2005, p. 8.
Introduction générale
6 sembe modîIé par es contraîntes de a soutîon. » C’est bîen à, en efet, un probème majeur sur eque je revîendraî, toujours avec ’aîde précîeuse de P. Veyne, dans ’întroductîon du capître ïïï de ce îvre. 2- Propositions pour une théorie sociologique de l’histoire
Tous es socîoogues ont eur conceptîon du monde, ondée sur eur expérîence personnee, sur des années d’observatîon, de recerce, de ecture et de réLexîon. Cette conceptîon reste souventîmpîcîteet je trouve que c’est 7 dommage. Je vaîs donc tenter d’expîcîter a mîenne, en însîstant bîen sur e aît que ce ne sont que desproposîtîons.
1 Proposîtîon 1.Les êtres umaîns, prîs en un temps et un îeu donnés(t ), sont 1 conrontés à des condîtîons d’exîstence(CExt )spécîiques (objectîves et subjectîves) érîtées de eur passé, auxquees îs doîvent s’adapter et sur esquees îs doîvent agîr pour survîvre.
Sî es êtres umaîns sont parvenus à s’adapter et à agîr sur eur envîronnement c’est parce qu’îs ont réussî à mettre en pace, non pas un cerce, maîs une 8 spîrae vertueuse (dont es produîts sont souvent cumuatîs ). Cette spîrae peut être expîcîtée comme suît :
a- pour survîvre dans eur envîronnement, îs ont cercé, trouvé et accumué desînnovatîons(tecnîques et socîaes) ;
b- es coectîvîtés quî ont adopté ces înnovatîons ont survécu mîeux que es 9 autres et eur mode de vîe a Inî par s’împoser à toutes (adaptatîon séectîve ) ;
c- eur créatîvîté cuturee, transmîse de génératîon en génératîon, a Inî 10 par engendrer des mutatîons génétîques, notamment dans eurs cerveaux ;
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Deux cîtatîons de Veyne, 1976, p. 667 (2x). Pour en savoîr pus, e ecteur peut consuter aussî un autre ouvrage, que j’aî consacré excusîvement à a téorîe socîoogîque :La Maîson du socîoogue. Pour une téorîe socîoogîque générae, Académîa, 2015. Sîgnaons cependant que cette « spîrae vertueuse » peut aussî être arrêtée dans son expansîon et qu’ee peut même régresser : beaucoup de coectîvîtés ont perdu es acquîs qu’ees avaîent accumués pendant des sîèces. Rome en est justement un exempe rappant. Je pare d’adaptatîon séectîve et non de « séectîon naturee », parce que ’adaptatîon séectîve est un processus au moîns partîeementîntentîonne,aors que a séectîon naturee dépend duasard, donc est aéatoîre. Voîr a crîtîque du modèe darwînîen par Aaîn Testart, 2012, p. 136-148. C’est en tout cas ce que suggéraît déjà e îvre magîstra du pîosope Henrî Bergson,L’évoutîon créatrîce. C’est aussî ce que conIrme aujourd’uî es recerces en socîobîoogîe : voîr ’ouvrage d’Edward O. Wîson et Cares umsden. (1981),Genes, Mînd and Cuture : he Coevoutîonary Process.
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