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Mon enfance sépharade

230 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 121
EAN13 : 9782296324657
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MON ENFANCE SEPHARADE

mémoires judéo-espagnoles

Collection Mémoires du XXème siècle sous la direction d'Alain Forest

Michel Bloit, Moi, Maurice, bottier à Belleville, 1993. Maurice Schiff, Histoire d'un bambinjuif sous l'occupation nazie. Préface d'Henri Bulawko, 1993. David Diamant, La résistance juive. Entre gloire et tragédie, 1993. Francisco Pons, Barbelés à Argelès et autour d'autres canlps, 1993. . Joseph Berman, Un juif en Ukraine au tenlps de l'arl11ée rouge, 1993. Pierre Brandon, Coulisses de la résistance à TouloÛse, Lyon, Marseille et Nice, 1994 Charlotte Schapira, llfaudra que je nle souvienne. La déportation des enfants de l'Union Générale des Israélites de France" 1994. Georges Sadoul, Journal de guerre (2 sept. 1939 - 20 juillet 1940 J, deuxième édition, 1994. Pierre Leenhardt, Pascal Copeau ( 1908-1982). L 'histoi re préfè re les vainqueurs, 1994. France Hamelin, La Résistance vue d'en bas... au confluent du Lot et de la Garonne, 1994. Marcel Ducos, Je voulais seulenlent changer l'Eglise, 1994. Léon Arditti, Vouloir vivre. Deuxfrères à Auschwitz, 1995. Georges Bellenger, Pilote d'essais. Du ceif-volant à l'aéroplane, 1995. Claude-Henri Mouchnino, Survivant par hasard, 1995. Georges Moreau-Bellenger, Pilote d'essais. Du;::ceif-volant el l'aéroplane, 1995. Philippe Barrière, Grenoble à la Libération ( 1944- 1945 J. Opinion publique et imaginaire social, 1995. Stanislas Likiernik, Une jeunesse polonaise, 1923-1946, Damnée chance ou doigt de Dieu ?, 1995. Odette Abadi, Terre de détresse - Birkenau-Bergen.-Belsen, 1995 Louis Boyé, "Unjour, le grand bateau viendra", chroniques de la Résistance, 1996. Michel Bloit, Micheline Ostermeyer ou la vie partagée, 1996. Lisa Drach, Lesfantômes de Lisa, juive polonaise énzigrée, 1996. Edward Reicher, Une vie de Juif. Souvenirs d'un nlédecin juif polonais - 1939-1945,1996. Micheline Larès- Y oël, France 40-44. Expérience d'une persécution, 1996.

ISBN: 2-7384-4576-4 @ L'Harmattan, 1996.

A.

Rivka

Cohen

MON ENFANCE SÉPHARADE

mémoires

judéo-espagnoles

L' Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FR.\.~CE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques H2). ~lontréal (Qc) - CA-\NA--\DA~ lK9

et tu diras à ton fils et tu diras à ta fille ... Exode X-2

à mon fils David à ma fille Tamara

Pour leur savoir, tous mes remerciements

vont à

Monsieur le Grand Rabbin Chalom Benizri, Communauté Sépharade de Bruxelles Monsieur Haïm Vidal Sephiha, Professeur à"la Sorbonne mes soeurs Claire, Fortunée et Jeanne Yvette, la mémoire de mon enfance Yossi, mon époux, pour son ineffable patience

Confidences murmurées à mi-voix, secrets de famille et cris imperceptibles s'entremêlent, pour nous livrer dans une avalanche de mots, de sons et de parfums, une vibration d'âme sépharade. 'Une source de vie spontanée et fugace fait irruption dÇt.nschacune de ces pages pour soulever la poussière qui menaçait de recouvrir la mémoire du proche et du lointain. Rivka déploie un talent dissimulé d'une écriture raffinée dont elle use avec candeur et fierté, pudeur et exubérance, à travers l'esquisse d'un itinéraire de l'enfance et de l'adolescence d'une jeune Sépharade marquée par l'attrait d'un foyer stable et chaleureux. Le symbole et l'image de la figure du grand-père, attachante et authentique dans cette famille déracinée, éveille sa conscience. Lire entre les portes et soulever intégrer les mots sait confectionner lignes ne suffit pas pour':: franchir les les voiles de son verger secret, il faut enfilés tel un collier de perles qu'elle avec beaucoup d'amour.

Grand Rabbin Chalom Benizri Communauté Sépharade de Bruxelles

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PREFACE

Un rabbin judéo-espagnol, Monsieur Passy, appelé d'Istanbul à Anvers, .puis installé à Bruxelles, y assure les offices religieux des Juifs ottomans qui, en quête d'une terre plus hospitalière, petit à petit y émigrèrent. La maman de Rivka Cohen, fille du Rabbin Passy, s'y marie. Ainsi commence l'histoire de cette famille et de cette communauté dont je suis également issu, et dont l'histoire s'estompait dans la nébuleuse de l'oubli, voire dans l'indifférence des nouvelles générations. Toute cette histoire, Rivka, née en 1939, à la veille de l'invasion de la Belgique par les nazis, la puînée des quatre filles, nous la fait revivre poétiquement et magistralement. Pugnace, elle recherche sa mémoire auprès des siens, de ses soeurs, de sa famille, des amis. "Au fil du temps", dit-elle, "j'ai glané des oublis qui peuplaient la vie des miens. J'ai surpris et engrangé les souvenirs; lentement, j'ai meublé ma mémoire, fragilisé les inquiétudes, conforté les complaintes. Des historiettes troublaient et faisaient trembler ma raison des récits retrouvés; les scintillements d'un monde mouvant 11

renaissaient d'une étincelle". Oui, Rivka est sur le quivive, toujours en quête de cette mémoire tantôt floue, tantôt nette, mais toujours, non sans humour, poignante. Ainsirespecte-t-elle la ..tradition biblique de dire de redire aux siens tant l'esclavage en Egypte que mémoire des siècles ultérieurs et du passé ancien récent, notamment celui vécu dans leur chair par J~ifs des pays occupés qu'ils fussent achk~nazes séfarades. et la ou les ou

TIen résulte une fresque multicolore, multiculturelle, multilingue et multiéthnique, où surgissent mille et un toponymes bruxellois, voire des noms de mag"asjns et de firmes, le tout coloré de français, de judéo-espagnol, de flamand, d'hébreu et de marollien. Exemplaire préfiguration de ce que sera l'Europe polyculturelle de demain. Les souvenirs de Rivka suivent l'ordre de ses domiciles au cours des décennies: rue du Moulin, avenue Kersbeek, rue du Vautour, le C2:hâteau des Cailloux, chaussée de Vleurgat, rue des Cultes, tous toponymes qui intensifient la couleur locale de ce magnifique livre dont les portraits du père, de la mère, des soeurs et du vénérable grand-père sont inoubliables. De multiples autres personnages judéo-espagnols ou bruxellois (Fineke) retiennent également le lecteur qui suit les heurs et malheurs de cette famille en butte à la chasse aux Juifs, à l'emprisonnement dans la tristement célèbre caserne Dossin (Malines) d'où je fus moi12

même déporté à Auschwitz. La chasse à l'homme, mais aussi la cache des enfants, la résistance de la mère, et l'héroïsme muet de tant de citoyens belges. Dans cette fresque, haute en couleurs, on retrouve la vie quotidienne des rues de Bruxelles et de ses environs (Dilbeek, Wezembeek, etc), souvent le quotidien dans l'exceptionnel, à savoir les nuits noires de l'occupation et,'.des rafles, les fenêtres occultées à grands aboiements q~ Licht aus! et tout cela, alors que résonneJ;lt les voix de Tino Rossi, de Lucienne Delyle, de Charles Trenet ou de Maurice Chevali~r, que se chantent les comptines enfantines ou les romansas des parents dont Je vaste répertoire va de "Le Roi Albert en fouillant dans ses poches..." A la una yo nasi, a las dos engrandesi... en passant par La Madelon, et d'autres chants hérités des écoles de l'Alliance Israélite Universelle. Un véritable puzzle d'us et coutumes, certains communs à diverses ethnies. Ainsi ce respect religieux et universel du pain. Et les jeux, tant des enfants que des adultes. Et les remèdes souvent efficaces, bien que dits de bonnes femmes. Et les petites misères résultant d'un nom peu commun (racisme insidieux). Par moments, Rivka adulte, comme Carlos Saura dans certains de ses films, fait irruption parmi les enfants de sa classe. L'effet est stupéfiant.

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Et défilent des personnages aux noms qui chantent, enchantent et font pleurer: Estrougo, Franco, Pesaro, Escojido, Diamante, Luna, Pepo, Alegrina... De page en page, la mémoire s'enrichit: "L'événement s'infiltre dans la légende familiale" - "Ils (les souvenirs) sont nombreux à se bousculer à la porte de la mémoire" . Sa maman "enclave levantine fascinée, gar9-ait dans les yeux, dans la voix, la chaleur de cet Orient où elle naquit (...), dans cet ,Empire Ottoman si accueillant à l'errance séfarade".
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Dans ce creuset des ethnies, des langues, des'cu.ltures et des religions, s'opère une insertion lente et harmonieuse sans perte d'identité. On adopte Saint-Nicolas, mais continue de célébrer Hanoukka, la fête des Lumières; on écoute les cloches de Pâques, mais la Pâque juive s'impose dans toute sa solennité avec sa nappe blanche et son Ma nichtanah? Qu'est-ce qui a changé? car, lentement, d'Istanbul à Bruxelles, bien des choses l'auront été: "Le grand-père s0ulevait son chapeau devant la Colonne du Congrès (...). Aux premières notes de La Brabançonne, nous nous taisions

en un garde-à-vous

cérémonieux.

A. Bruxelles,

les

parents avaient trouvé et scellé leur nouvel enràcinement" en un cheminement vivant, souriant, riant, voire moqueur et angoissant à la fois, cheminement que le lecteur lira probablement d'une seule traite, tant est prenante, belle et magnifiquement écrite cette enfance judéo-espagnole. 14

Chaque famille judéo-espagnole s'y retrouvera, mais aussi chaque être digne du qualificatif d'humain. Des milliers de livres comme celui-ci devraient voir le jour afin que jamais ne s'obscurcisse notre mémoire judéoespagnole.

Haïm Vidal Sephiha Professeur émérite Chaire de judéo-espagnol (Sorbonne Nouvelle)

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AVANT-PROPOS

Ces quelques pages sont l'illustration d'une vie, ma vie heureuse éc~airée par les sourires soyeux narquois des miens, des âmes ciselées, transmises ne s'éteindront pas, maintenant retenues fidèles ardentes.

de et qui et

A toi, ami lecteur, je demanderai la caresse de ne point glisser les mots-chansons de muestras palavras1 dans des guillemets austères, couleur de muraille, qui expulsent les rêveries, déforcent la prière de la cohérence du langage doux et commun. Ces expressions existentielles me sont les rivières de sève qui glissent de mon coeur battant les fiertés anciennes tissées aux sources des miens. Des parfums exhalent; des saveurs emplissent le présent des images du passé, d'une humanité profonde et vivace. Les mots deviennent les errances captées aux nostalgies de chair et d'impulsion recherchées, un retour violemment soupiré. J'ai capté le témoignage, j'ai
1nos paroles sépharades 17

voulu l'arrêter afin que perdure la référence. D'Adèle à Rivka... Dix-neuf années de vibrations sépharades... Je ne crains que les sentiments de ceux que j'aime, car ce livret, honnêteté de mon moi, s'ouvre sans blessure héroïque, sans image corrompue. .;~'yrevois les fragments d'une vie irradiée de faveurs égargnées, même dans la tourmente, modulée..de transparences, de lucidités délicates, non réprimées, une tr~versée des ans, de. l'insouciance de l'enfance à l'adolescence inassouvie. D'un damassé d'étranges lumières, d'espoir et de désespérance, demeure la mosaïque bruissante des richesses et des pudeurs de l'Espagne sévère et hautaine, de la Turquie éblouissante, de la Belgique remarquable et astucieuse. Sans doute ai-je filtré les réalités, les inclémences et serré les cordons protecteurs d'une bulle irisée, triomphant des instantanés, des complaisances simples ou privilégiées, des morales révélées; celles-ci se paraient du tulle gardien de la Loi, conseillère grave et tempérante. Ai-je tant aimé cette enfance, contentes et pauvrettes... cette adolescence,

Les heures s'égrènent, intemporelles; elles me laissent les défunts vivants. L'oubli grève l'éternité: il est trahison qui métamorphose le sentiment, la vérité. Ma route longue, si brève, attache le souvenir, renoue d'indulgence la puissance des dialogues, intimités persistantes entre les anciens et moi. 18

;f

Le pèlerinage de la mémoire, dans la mémoire, à la recherche des racines, attise mon besoin des retrouvailles, cimente les unions entre les générations qui m'ont modelée telle que devenue aujourd'hui et fondent, au travers de mon moi, mes enfants, la conscience, la poursuite, 1ft pérennité. Je reste fascinée par les émotions brèves, broderies de contretemps, levées de silences; elles unissent et gélivrent les facettes de la vie; si je n'écrivais pas, je n'exorciserais pas. Je tente le chemin du mieux qui conduit au beau. Avec humilité, sans tricherie, je dépose en ma fille, en mon fils, les héritages rares, l'ébauche d'un destin étayé des empreintes lointaines et personnelles. Car le passé, matrice, crée le présent qui engendre l'avenir; tous trois sont valeurs fortes du judaïsme. Je remercie mes trois soeurs, aimées de l'amour de toutes les fraternités, pour la dîme des souvenirs étourdissants, qu'ensemble elles m'ont confiés, pour l'humour affectueux qu'elles dédicacent à 'ma mémoire, ce legs si subtil, d'avant ma naissance... Je n'ai rien supposé; j'ai aligné sur ce feuillet les grelots des voix qui tintent précieusement, s'emportent comme le jet d'eau, se déchaînent en artifices de lumière, retombent en rires d'enfant éternel.

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CHAPITRE I RUE DU MOULIN

Que reste-t-il des images, premières années?

des frissonnements

des

Rue du Moulin, à Saint-Josse-ten-Noode, j'ai grandi, attentive aux chuchotements des images rapportées, l'oreill,e exacerbée, nimbée des énergies diaphanes et mystérieuses des mondes clos. Des témoignages à demi-teintés, des brusqueries, des vécus fugitifs déjà nuancés, des conseils négociés, des indulgences nerveuses, des écueils brumeux et apaisés, des chagrins irraisonnés, toutes les légendes satinées ou souffreteuses s'échappaient des lèvres familiales, en spirales, en chroniques fragmentées et ombrées. Ces récits désordonnés, parés des odeurs acidulées, des douceurs hâtives et llacrées, se précipitaient en langueursresserres, prisonnières de ma mémoire, résille chiffonnée, écornée dans les sillons inextricables des souvenances; ces émois indéfinissables se défroissent, se dérident à l'appel ou au souffle d'une effluve, et ces escales à peine préludées, se jouent de la chronologie du 21

ternps.
Un inconscient, sensibilisé par les atmosphèresanxiétés dénudées, percevait, accrochait, retenait intensément les. repères, balises-éclairs, raisonnés par le père, plaisantés par Maman, taquinés par Fortunée, écorchés par une bouderie de Claire. J'écoutais, mais entendais-je? Les échos se dessinaient, un halo se dévoilait,
s'éveillait.

merveilleux

:if'

le

D'un sourire, d'une mélancolie, Maman évoquait... Elle s'en était allée au bras de la lourde et intelligente cousine Nini Catalan; ses deux fillettes, sagement vêtues, les accompagnaient. Spectatrices étrangères, captivées, angoissées, figées, un peu en retrait, elles avaient écouté les cantiques doucereux de la messe de minuit en l'église Sainte-Marie, ex-voto royal et pansu, bousculées par les édiles catholiques, bien-pensants, du Schaerbeek de l'avant-guerre. L'atmosphère oppressée, secouée des derniers jours de l'année 1939, les inquiétudes politiques mondiales menaçant, la froidure de l'édifice refoulée par la mollesse bienfaisante des fourrures racées, leurs présences juives, insolites à cette heure de cette nuit, l'avaient étreinte; elle pressentait la délivrance pour le jour de la Noël des Chrétiens. Un été peu lointain, dans 22 la taverne enfumée,

guindée et bon enfant, du Vieux Saint-Martin, coincée entre les façades baroques du Grand Sablon, Fortunée me glissait un feuillet, pelure rose et gazouillante, étroit, froissé, griffé par son écriture alerte et linéaire. TI parlait... "Elles avaient quitté rapidement l'église. Lasse, Maman reposait ses jambes fatiguées... Papa l'emporta..." 110rtunée avait neuf ans. A la Clinique Baron Lambert, elle adoptait immédiatement le poupon, adoption qui persiste aujourd'hui aussi. La veille du retour de l'accouchée et de la venue du nouvel enfant à la maison, Papa découvrait un lit-cage que la soeurette, déjà responsable, s'appliquait <"à~grémenter, à réchauffer. Sur l'oreiller de coton fin, le Livre de Prières protégeait. Sous le traversin, discrètement posés, l'éclat d'ail, le ruban de satin bleu, les clous de girofle odorants dévieraient désormais tout maléfice, toute sollicitude maligne, écarteraient toute projection de l'oeil mauvais des envieux. La coutume judéo-espagnole, léguée, inculquée, prolongeait ses racines. La layette de laine douce et mousseuse ou de lin délicat, presque transparent, sans couture-meurtrissure, ne s'était brodée qu'en fin de maternité, le lit ne se borderait qu'après la naissance, le prénom de la fillette se consacrerait un mois plus tard. Une fin d'après-midi de janvier 1940, le grand-père, 23

1940

-

Fortunée

- Adèle - Claire
24

Cohen

le rabbin, interpellait Fortunée: -Prends l'enfant; couvre-le de la longue robe de batiste blanche qui augure longue vie. Porte-le à la révélation, à la lumière de la fenêtre. Et de réciter le verset, dépouillé, de la nomination, de las fadasl... TIavait jeté le nom de Rebecca, appelant sur la fillette et Fortunée, madrika kaal2, les bénédietions ancestrales des mères d'Israël. Dès cet instant, F:{;)rtunées'investissait dans la protection de sa.cadette. Jusqu'à cette céré~onie, achevée par la lecture d'un psaume du Cantique des Degrés, le grand-père avait appelé la petite enfant d'une épithète indéfinie", banale, sans force, sans conséquence. Ijica3... ce diminutif imprécis repoussait, rejetait tout ce qui pouvai~ attirer l'esprit malin sur le bébé joufflu. Désigné ainsi négligeable et commun, le fourbe pervers, dupé, dédaignerait l'approche et la spéculation de l'avenir du nourrisson insignifiant. Bien des années se sont écoulées depuis cette prise de conscience et rares sont les moments où Fortunée, lucidement, faillirait à son engagement. Le Haham4, le Sage, instruit des préceptes justes et

lCérémonie familiale au cours de laquelle le Haham donne un prénom à la fillette nouveau-née 2marraine du temple 3petite fille 41e Sage, mais aussi le Rabbin 25