Montbonnot Saint-Martin

De
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Curé de la paroisse de Monbonnot-Saint-Martin depuis 1973, le père Georges Sailler nous livre ici le fruit de ses recherches sur ce village existant déjà au XIIe et XVe siècle, et surplombant l'Isère.

Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782296496774
Nombre de pages : 313
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MONTBONNOT-SAINT-MARTIN

Regards sur l’histoire et le patrimoine
d’une commune du Grésivaudan
2
L’édition de ce livre a été effectuée sous la responsabilité
de Pierre Croce, chargé de mission, avec la collaboration
de Gisèle Peuchlestrade et Frédéric Schmitt,
Université Pierre-Mendès-France, Grenoble 2





Crédit photographique : l’auteur et l’éditeur remercient chaleureusement
madame Colette Dusserre qui a eu la gentillesse de mettre à leur disposition
son fonds photographique personnel pour illustrer cet ouvrage.














www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

© L’Harmattan, 2012
16 rue des Écoles – 75005 Paris
ISBN : 978-2-296-96564-5
EAN : 9782296965645 Georges SAILLER








MONTBONNOT-SAINT-MARTIN

Regards sur l’histoire et le patrimoine
d’une commune du Grésivaudan













« La Librairie des Humanités » 2012

L’Harmattan


La Librairie des Humanités


Collection dirigée par Thierry MÉNISSIER, docteur de l’EHESS, Maître de conférences
de philosophie politique et Pierre CROCE, Chargé de mission sur la politique de
publication, Université Pierre Mendès France, Grenoble 2.

La Librairie des Humanités est une collection co-éditée par les Éditions L’Harmattan
et par l’Université Pierre Mendès France de Grenoble. Destinée à recevoir, dans ses
diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines,
son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de
jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés.


Membres du Conseil scientifique de la collection :

Thierry Ménissier : Sciences de l’Homme – Alain Spalanzani : Gestion – Fanny Coulomb :
Économie – Jérôme Ferrand : Droit – Jacques Fontanel : « Côté cours »


Dans la même collection

J. Ferrand, H. Petit (Dir.) – L’Odyssée des Droits de l’homme (2003)
T. I – Fondations et naissances des Droits de l’homme
T. II – Mises en œuvre des Droits de l’homme
T. III – Enjeux et perspectives des Droits de l’homme
A. Blanc, A. Pessin (Dir.) – L’Art du terrain. Mélanges offerts à Howard Becker, (2003)
C. Amourous – Que faire de l’hôpital ? (2004)
Y. Chalas (Dir.) – L’Imaginaire aménageur en mutation (2004)
J.-L. Chabot, Ch. Tournu (Dir.) – L’héritage religieux et spirituel de l’identité européenne (2004)
E. Bogalska Martin – Entre mémoire et oubli. Le destin croisé des héros et des victimes
A. Ferguène (Ed.) – Gouvernance locale et développement territorial (2004)
C. Offredi (Dir.) – La dynamique de l’évaluation face au développement durable (2004)
L. Dowbor – La mosaïque brisée ou l’économie au-delà des équations (2004)
P. Chaix – Le rugby professionnel en France (2004)
Y. Polity et al. (Dir.) – L’organisation des connaissances. Approches conceptuelles (2005)
J.-L. Chabot, P. Didier, J. Ferrand (Eds) – Le Code civil et les Droits de l’homme (2005)
D. Rigaux – Le Christ du dimanche. Histoire d’une image médiévale (2005)
C. Martin et al. – Pologne, la longue marche (2005)
M. Lequan (Dir.) – Métaphysique et philosophie transcendantale selon Kant (2005)
L. Bensahel, P. Marchand (Eds) – Les régions de Russie à l’épreuve des théories et pratiques économiques (2005)
H. Leroux – De la phénoménologie à la sociologie de la connaissance (2006)
O. Forlin – Les intellectuels français et l’Italie 1945-1955 (2006)
G. Orcel – La rue « choisie » (2006)
T. Ménissier (Dir.) – L’idée d’empire dans la pensée politique, historique, juridique et philosophique (2006)
S. Plana – Le prosélytisme religieux à l’épreuve du droit privé (2006)
M. Kauffmann – Gouvernance économique mondiale et conflits armés (2006)
C. Abattu, B. Lamotte (Dir.) – Diversité et inégalités : quelles pratiques de formation ? (2006)
G. Cauquil (Dir.) – Évaluer les politiques sociales (2006)
A. A. Taïrou – Analyse et décisions financières (2006)
S. Hernandez – Le monde du conte. Contribution à une sociologie de l’oralité (2006)
I. Vezeanu – L’identité personnelle à travers le temps (2006)
S. Gal et al. (Eds) – Figures de la médiation sociale (2006)

J.-L. Chabot – Introduction aux sciences sociales (2006)
H. Jacot, A. Fouquet (Eds) – Le citoyen, l’élu, l’expert. (2007)
J. Lapèze et al. – Éléments d’analyse sur le développement territorial (2007)
M. Bensaïd et al. – Économie des organisations. Tendances actuelles
A. Rochas – La Handchar. Histoire d’une division de Waffen-SS bosniaque (2007)
P. Tillard – Le pain des temps maudits, suivi de Mauthausen (témoignage) (2007)
Défense de la France – Les Témoins qui se firent égorger (2007)
V. Garcia – L’Anarchisme aujourd’hui (2007)
D. J. Grange – Du Môle au Maquis des Glières. Vie et mort d’un jeune Résistant savoyard Paul Lespine (2007)
C. Dutheil-Pessin, Y. Neyrat (Eds) – Hommages à Alain Pessin « Un sociologue en liberté » (2007)
P. Saltel – Une odieuse passion. Analyse philosophique de la haine (2007)
M.-C. Monnoyer, P. Ternaux (Eds) – Mondialisation des services, innovation et dynamiques territoriales (2007)
M. Le Berre, A. Spalanzani Regards sur la recherche en Gestion (2007)
J.-L. Guichet (Ed) – Usages politiques de l’animalité (2008)
M. Fontanel – Sportif de haut niveau, manager en devenir (2008)
V. Plauchu, A.A. Taïrou – Méthodologie du diagnostic d’entreprise (2008)
J.-W. Dereymez (Dir) – Le refuge et le piège : les Juifs dans les Alpes, 1938-1945 (2008)
Ph. Hanus, G. Vergnon (Dir) – Vercors, Résistance en résonances (2008)
A. Gauchet – Observance thérapeutique et VIH (2008)
N. Didry – Les enjeux de l’événement sportif (2008)
D. Zaït, A. Spalanzani – La recherche en management et en économie (2009)
M. Kauffmann – Méthodes statistiques appliquées aux relations internationales (2009)
P. Chaix (Dir) – Regards sur l’économie et le management du sport (2009)
A. Mavridis – Les Grecs à Grenoble, des pionniers à nos jours (2009)
C. Offredi, F. Ravoux (Ed.) – La notion d’utilité sociale au défi de son identité (2009)
L. Bensahel-Perrin, J. Fontanel, B. Corvaisier-Drouart (Ed.) – Les organisations non gouvernementales (2009)
N.-E. Sadi – Analyse financière d’entreprise, (2009) Contrôle de gestion stratégique
eV. Huys Clavel – Image et discours au XII siècle, les chapiteaux de Sainte-Marie-Madeleine à Vézelay (2009)
G. Sharp – De la dictature à la démocratie, un cadre conceptuel pour la libération (2009) La force sans la violence (2009)
G. Sharp – L’anti coup d’État (2009)
J. Ferrand (Ed.) – Juristes en utopies (2009)
V. Ferrone – La politique des Lumières : le cas Filangieri (2009)
J. Fontanel (Ed.) – Économie politique de la sécurité internationale (2010)
e eO. Forlin – L’idée nationale en Italie (fin XVIII -début XXI siècle) (2010)
H. Hamon-Valanchon – Femmes et cancer, récits de maladie (2010)
R. Effantin – Les comptes de groupe. Techniques de consolidation (2010)
K. Ant – L’adhésion de la Turquie à l’UE, une conditionnalité hors du commun (2010)
A. Bagnasco, C. Courlet, G. Novarina, Sociétés urbaines et nouvelle économie (2010)
F. Mouterde, S. Trosa (Dir.), Les nouvelles frontières de l’évaluation (2010)
B. Lamotte, C. Massit (Coord.) – Pour une sécurité professionnelle, nouveaux dialogues, nouveaux espaces (2010)
A. Rosanvallon – La gestion des Opérations d’Aide au Développement (2011)
P. Chaix (Ed.) – Les Grands stades, au cœur des enjeux économiques et sociaux (2011)
B. Dreyfus – Regard contemporain sur la défense sociale nouvelle de Marc Ancel, (2011)
J. Ferrand – Revue L’IrasCible, « Penser la Réforme pénale » N°1, (2011)
F. El Moustaoui – François Mitterrand et le Moyen-Orient (2011)
J. Perrin – Pourquoi les sciences économiques nous conduisent « dans le mur » ? (2011)
J.-L. Chabot – Fondements théoriques du politique. La pensée politique, L’Europe, les Droits de
l’homme (2011)
F. Vital-Durand – Art et langage : les frontispices allégoriques de la science à l’âge classique (2011)
J.-L. Chabot, J. Ferrand, M. Mathieu (Dir.) – Les représentations de d’Antiquité (2011)

J. Ferrand – Revue L’IrasCible, « Les foudres du pénal » N°2, (2011)
E. Lesourt – André Gorz Portrait du philosophe en contrebandier ou l’écologie politique comme reconquête du
sujet, (2011)
D. Llerena, D. Rieu, Innovation connaissances et société. Vers une société de l’innovation, (2011)
J.-L. Chabot, Fondement théoriques du politique. La pensée politique, l’Europe, les Droits de l’homme, (2012)






Remerciements





E LIVRE est le résultat de patientes recherches que j’ai tirées des Carchives municipales, paroissiales et quelques-unes du Vatican ;
la commission « Culture » de la commune de Montbonnot Saint-
Martin a très rapidement souhaité que soit publié ce travail afin que
trace soit laissée aux générations futures, ce dont je me réjouis.

Mes remerciements vont tout particulièrement à Anne-Marie Spalanzani,
adjointe aux affaires socioculturelles qui a porté et soutenu ce projet,
à Marie Bourgeois, membre de la commission « Culture » et à
Annick Rémond, historienne. Toutes trois, par leur travail de relecture
attentive, de correction et de transcription de documents enregistrés
d’une part, par leurs suggestions, remarques et commentaires d’autre
part, ont su stimuler mon travail.
Ma gratitude va à Pierre Béguéry, maire de la commune, à Christine
Fontan, Pierre Gaillard, Élisabeth de Sèze et Dominique Ramez,
membres de la commission « Culture » pour leur soutien sans faille.
Je remercie également Richard Bligny pour la pertinence de ses
conseils et suggestions, René Verdier, historien qui a accepté
d’apporter une contribution majeure à ce texte en rédigeant une
excellente préface, il a également effectué une relecture critique,
rétablissant ainsi quelques vérités historiques.
Ma reconnaissance va enfin à Gisèle Peuchlestrade et Frédéric Schmitt
dont la compétence professionnelle et la qualité d’écoute ont grande-
ment facilité l’aspect technique de cette publication.









Sommaire

Préface par René Verdier 13
Introduction 15


Chapitre I

MONTBONNOT ET SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ
DE LA NAISSANCE DE LA FÉODALITÉ
À LA RÉVOLUTION


MONTBONNOT ET SON CHÂTEAU 19
LA FÉODALITÉ 23
LE MANDEMENT DE MONTBONNOT 28
LE CHÂTEAU 33
LES GUERRES DE RELIGION 45
LA FAMILLE DE GALBERT 52
LE NOUVEAU CHÂTEAU 55

SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ ET SON PRIEURÉ 61
VILLA IN MISERIACO 61
LA FONDATION DU PRIEURÉ 63
e eLE DÉVELOPPEMENT DU PRIEURÉ AUX XII ET XIII SIÈCLES 68

LA VIE DES VILLAGES DE MONTBONNOT
ET DE SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ 77
L’HOSPICE ET LA LÉPROSERIE 77
e eLA VIE QUOTIDIENNE AUX XVII ET XVIII SIÈCLES 83
e eLA VIE RELIGIEUSE ET PAROISSIALE AUX XVII ET XVIII SIÈCLES 105

Chapitre II

MONTBONNOT ET SAINT-MARTIN
SOUS LA RÉVOLUTION


À LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION 135

LA CRISE RÉVOLUTIONNAIRE 139
L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE 139
L’ÉGLISE 148
LES BIENS NATIONAUX 159
LA GUERRE 161
LES HABITANTS DANS LA TOURMENTE RÉVOLUTIONNAIRE 174

LES DEUX VILLAGES APRÈS LA TOURMENTE
RÉVOLUTIONNAIRE 181

Chapitre III

DE MONTBONNOT
À MONTBONNOT-SAINT-MARTIN


SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ ET MONTBONNOT
AU SORTIR DE LA RÉVOLUTION 187
SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ 187
MONTBONNOT 202

L’ÉCOLE ET L’ÉGLISE 211
L’ÉCOLE 211
LA NOUVELLE ÉGLISE 222

1851 LA NAISSANCE DE LA COMMUNE
DE MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 237
L’UNION DES DEUX COMMUNES 237
LA VIE RELIGIEUSE EN 1850 247
L’ÉCOLE UNIQUE 251
UN VILLAGE DU SECOND EMPIRE À LA RÉPUBLIQUE 262


C O N C L U S I O N 285

Appendice et autres petites histoires... 289 Préface
E PÈRE GEORGES SAILLER, après une longue existence d’enseignement et L d’apostolat, nous livre enfin le fruit de ses recherches sur sa patrie
d’adoption.
À première vue, Montbonnot-Saint-Martin semble une collectivité comme
beaucoup d’autres parmi les plus de trente-cinq mille qui découpent le
territoire national, la plupart héritières directes des paroisses d’Ancien
Régime. Or cette configuration administrative ne remonte qu’au milieu du
eXIX siècle, lorsque les deux anciennes communautés, non sans hésitations
et délibérations, décidèrent de former une seule entité. Voilà qui est
original dans un pays farouchement attaché au maintien d’un découpage
menu. Pourtant, les deux noyaux primitifs eurent pendant longtemps des
personnalités fort différentes : Saint-Martin est né dans la plaine autour
ed’un prieuré fondé au XI siècle par l’évêque de Grenoble alors que
Montbonnot s’est développé autour d’une éminence très tôt fortifiée.
Du fait déjà de son ancienneté, la commune méritait d’avoir sa chronique.
Mais ce récit, au-delà de menues péripéties derrière lesquelles il faut
souvent voir l’immense peine des hommes, flirte à plusieurs reprises avec
la grande histoire, celle qui concentre l’attention des manuels scolaires.
Parfois sur le mode anecdotique : au temps des Guerres d’Italie, le
château logea ainsi plusieurs hôtes illustres avant leur traversée des Alpes
et le passage dans la péninsule. Plus gravement, les habitants ont souvent
subi cruellement le contrecoup de grandes commotions qui dépassaient le
cadre local : les persécutions des juifs avec l’arrivée de la Peste noire ; les
eluttes religieuses du XVI siècle qui laissèrent les deux villages exsangues ;
plusieurs campagnes militaires contre la Savoie, longtemps pays étranger
et fréquemment ennemi ; la Révolution, etc. Après 1870, sans drame,
à l’instar de la majorité des Français, la population « glissa » dans la
République, le « château », malgré le prestige du général Copin de Miribel,
réorganisateur de l’armée après la défaite, ayant peu d’influence sur les
votes. MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 14
Tous les évènements rassemblés par Georges Sailler soulignent aussi les
fortes permanences d’une histoire : la tonalité cléricale qui imprégna Saint-
Martin pendant huit siècles avec son prieuré de chanoines (qui fut à la tête
d’une importante congrégation régionale), puis le séminaire des Oratoriens,
mais aussi la présence d’un grand domaine cartusien à l’emplacement
duquel s’installèrent beaucoup plus tard les pupilles de l’Air, a disparu
brusquement et irrémédiablement lors de la Révolution. Pensons aussi à
l’Isère qui divaguait régulièrement sur une partie des surfaces cultivables
avant la réalisation d’un solide endiguement.
De même, la vigne marqua longtemps le paysage et s’est effacée sur les
coteaux de Montbonnot. Quant à la route entre Grenoble et Chambéry,
source d’activités, parfois de richesses (avec des auberges qui valurent aux
indigènes une réputation mitigée), son trafic est aujourd’hui largement
capté par une autoroute.
Depuis les « Trente Glorieuses », la croissance urbaine grenobloise a radi-
calement transformé la localité. Mais cette proximité de la cité est aussi une
constante : dès le Moyen Âge, les riches citoyens de ce qui n’était qu’une
ville assez modeste y plaçaient volontiers leurs capitaux en terres. Cette
emprise séculaire fut d’ailleurs renforcée par la vente des biens nationaux.
Également, au cours des combats entre Lesdiguières et les Ligueurs pour
le contrôle de la capitale provinciale, le château médiéval fut un point
d’appui disputé ; il en sortit démantelé sans retour et fut remplacé au siècle
suivant par un château de plaisance construit par une aristocrate qui
appréciait le voisinage d’une agglomération.
En définitive, ce livre est aussi une illustration d’un riche patrimoine, sauvé
car désormais vécu comme utile à tous (à ce titre, le destin de la demeure
nobiliaire devenue maison commune est exemplaire) et montre que
Montbonnot-Saint-Martin ne mérite pas de devenir une commune dortoir
anonyme.
De cela, la lecture du père Sailler nous convainc pleinement.

René Verdier
Maître de conférences en histoire
Université Pierre-Mendès-France
Introduction
N 1851, MESSIEURS LES CONSEILLERS délibéraient pour choisir un nouveau E nom au village qu’ils venaient de créer par l’union de leurs deux ancien-
nes communes, lorsque l’un d’eux proposa « Saint-Martin-de-Montbonnot »
comme il existait Saint-Martin-d’Uriage par exemple. À juste titre le nom
fut refusé.
Il eût laissé croire à l’existence d’une seule commune dont saint Martin
était le patron. En inversant les deux noms, les conseillers ne se doutaient
pas qu’ils provoqueraient la curiosité des générations futures et respecte-
raient la réalité : l’existence de deux communes juxtaposées Montbonnot et
Saint-Martin qui ne voulaient rien perdre de leur identité.
Leur acte de naissance est difficile à établir. Leur nom apparaît, après
leur existence, dans les années 1100. L’une est née autour d’une position
fortifiée, sur une petite éminence, l’autre dans la plaine et sera davantage
connue par la fondation d’un prieuré.

Au départ de notre connaissance (et non de leur existence), les deux com-
munautés relevaient de la même autorité ou du moins de deux autorités
proches qui se partageaient pacifiquement les possessions et le pouvoir en
Graisivaudan : l’évêque de Grenoble et le comte d’Albon.
Le château abritait le pouvoir civil et devint chef-lieu de mandement, le
prieuré, signe de la présence spirituelle, envoyait ses religieux jusqu’en
Savoie pour assurer le service paroissial.
Leur histoire commune n’est pas, comme pourraient le laisser deviner les
eannées qui ont précédé la fusion au XIX siècle, une histoire de rivalité et
de jalousie. Certes des difficultés ont jailli lors du partage des terres et
d’influence entre le châtelain et le prieur, mais la vie quotidienne était
tissée de tous autres rapports et les artisans de Montbonnot vivaient en
bonne harmonie de la richesse rurale de Saint-Martin.
À quelques années d’intervalle, les mêmes causes, les guerres civiles de
religion et le développement du pouvoir central entraînèrent la destruction
MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 16
du château fort en 1590 et la décadence du prieuré. Celui-ci ferma ses
portes en 1673. Avec la disparition de ces deux forces, spirituelle et
militaire, à l’origine de notre village, se ferme un chapitre de près de six
siècles de notre histoire.

En 1660, non loin du « burg » disparu, à l’intérieur de l’ancienne enceinte,
une maison bourgeoise s’enrubannait de tours et devenait ainsi le nouveau
château, signe d’une nouvelle race de seigneurs. Le village est depuis
longtemps sorti de ses murailles et vit « portes ouvertes » sur le grand
chemin royal.
Comme à Montbonnot, les grands bourgeois, avoués, avocats, gens de
robe et commerçants aisés continuaient à s’installer dans les immenses
domaines, en particulier des vignobles de Biviers et de Saint-Martin où il
faisait bon passer l’été loin des miasmes de la ville.
À leurs fils, le pensionnat des Oratoriens, héritiers du prieuré, ouvrait ses
portes, pensionnat qui pendant près de cent ans fut la gloire de la région.
Ces nouveaux riches propriétaires, nobles ou bourgeois, s’intéressaient de
plus en plus à la vie locale et par leurs fermiers, mieux équipés, contri-
buaient au développement rural de la communauté. La Révolution de 1789
passera sans les inquiéter. Tous, sauf un, gardèrent intact leur domaine.
L’impact de la Révolution, 1789-1799, est difficile à préciser. On a
l’impression que l’ensemble de la population était plus touché par les
réalités de la vie quotidienne (circonscription, réquisitions multiples, etc.)
que par les idées nouvelles. L’arrivée de nouveaux propriétaires, les
acquéreurs de biens nationaux, ne donna pas le sourire aux anciens.
Le concordat de 1802, en supprimant quelques paroisses pour les joindre
à leurs voisines, fut peut-être le premier pas vers l’union des deux
communes. L’obligation de s’unir à Montbonnot devenait de plus en plus
indispensable pour Saint-Martin qui était dans l’incapacité de restaurer son
église qui tombait en ruine.
L’entretien et l’agrandissement d’une église commune, la création d’un
nouveau cimetière, la nécessité pour chaque commune de construire pour
le Conseil municipal une maison communale et une école pour répondre
à la demande des parents obligeaient les édiles des deux communes à se
rapprocher, à s’affronter verbalement, parfois en luttes très serrées, toujours
par peur que l’une des deux communautés l’emportât sur l’autre.
Enfin, après un parcours de plus de cinquante ans, poussées par l’admi-
nistration préfectorale les deux communes s’unirent devant Monsieur le
Maire de Saint-Martin et l’adjoint de Montbonnot pour former notre
commune de Montbonnot – Saint-Martin-de-Miséré en juin 1851.
INTRODUCTION 17
Ces quelques pages sont bien incomplètes ! Accueillez-les avec bienveillance.
Elles sont le fruit de lectures d’archives privées, municipales, départementales
et du Vatican.

Chapitre I


MONTBONNOT
ET SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ DE
LA NAISSANCE DE LA FÉODALITÉ À
LA RÉVOLUTION


MONTBONNOT ET SON CHÂTEAU



N SITE, UNE ÉMINENCE (mons) a donné son nom au « burg », lieu fortifié, à U l’origine de notre village.
1Mons Bonaldi – Mons Bonodi – Mons Bonoudi : tels sont les noms les plus
e eemployés pour désigner en latin notre village, du XII au XV siècle.
eOn trouve aussi au XI siècle les noms de Mons Buenol – de Mons Bonali
ou Bonoli. « Le Chevalier Silvius Roux de Monte Bunulo donne une
excellente vigne de son héritage au monastère de Domène. Il en conserve la
2jouissance sous l’investiture d’un muid de vin » .


1 e e Jusqu’au XV -XVI , les deux termes sont séparés, le deuxième commence toujours par une
majuscule comme pour désigner un nom propre :
e— Au XII – Cartulaire de St-Hugues : mons Bonaldi ou mons Bonoldi, Ecclesia montis
Bonodi ;
e— Au XIII – Le deuxième nom est tantôt adjectif, tantôt génitif d’un nom : Acta apud
montem Bonoudum (acte fait à Montbonnot) ;
e e e— Aux XV et XVI – Il apparaît en un seul mot comme parfois au XI : Parrochia (paroisse)
Montisbonodi. Bonoaldus ou Bonaldus peuvent être à l’origine de ces orthographes ;
e e— Au XVII – On rencontre souvent Montbonoud – Au XVIII , Monbonod et soudain avec la
révolution centralisatrice, l’administration fixera l’orthographe : Montbonnot et Monbonot.
Il est intéressant de voir la même évolution du nom « Villard Bonnot » : en 1105 – Villare
eBonaldi – Villare Bonoudi – Au XV – Episcopus visitavit ecclesiam Villarii Bonoudi mais le
nom, même après la fixation de l’orthographe s’est toujours écrit en deux mots et le
deuxième avec majuscules.
2 Cartulaire de Domène vers 1100.
MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 20
Si le premier terme est facile à traduire et désigne l’éminence rocheuse qui
3surplombe l’Isère et la vallée du Graisivaudan , comme Montfleury et
Montfort, deux autres châteaux du Dauphin, en revanche le deuxième terme
demeure une énigme. Parmi les hypothèses, deux paraissent plus sérieuses.
Le mot serait d’origine ligure et signifierait lieu habité, ce qui donnerait à
notre village un caractère très ancien. L’occupation ligure remonte au
emoins au V siècle avant J.-C. Il est vrai que les Ligures se sont ensuite
mélangés aux Gaulois ou Celtes, ce qui peut ramener pour l’origine du
e enom au III ou II siècle, mais nous n’avons aucun texte de cette époque
concernant notre village. Parmi les Celtes, mentionnons les Allobroges qui
s’établirent du Léman à l’Isère en Graisivaudan.
La deuxième hypothèse plus intéressante nous ramènerait à une période
plus récente. Bonoaldus ou Bonaldus (Bonoaldi – Bonoudi) d’où viendrait le
mot de Bonnod serait le nom du propriétaire du grand domaine sur lequel
était planté ‘‘le burg’’, le château fort, et le même Bonoald aurait possédé
aussi la plaine de Villard Bonnot.
Bonoald, peut-être un Germain attiré par le soleil, aurait occupé les lieux
eau temps du royaume de Bourgogne soit au plus tard au IX siècle, au temps
de la Lotharingie, cette longue bande de territoire découpée sur l’empire de
Charlemagne et qui s’étirait de la Lorraine à l’Italie. Bonoald, peut-être un
eGermain du X siècle appelé par l’évêque Isarn après l’expulsion des
Sarrasins. Donc une curiosité non satisfaite sur celui qui a donné son nom à
ce promontoire, merveilleux site d’observation et de surveillance qui est à
l’origine du village.

La vallée du Grésivaudan, comme les autres grandes vallées des Alpes, a vu
défiler des flots d’envahisseurs. Les Allobroges qui habitaient la vallée après
eles Ibères et les Ligures eurent leurs heures de gloire au IV siècle avant J.-C.
Et quelques tribus aidèrent même Hannibal en 218 avant Jésus-Christ dans
sa marche sur Rome. Mais ils durent se soumettre quelques années plus
tard à la toute-puissance romaine envahissant la Gaule. La maîtrise de
Rome sur les vallées alpines permit à César d’entreprendre et achever
rapidement la conquête de toute la Gaule de 58 à 51 avant Jésus-Christ.
Les Romains développèrent les voies de communication par le
Grésivaudan, des cols alpins au Rhône et à Vienne capitale régionale, ainsi
que les postes de guet de sécurité installés dans les lieux faciles à défendre.
Ainsi, ils ne purent ignorer cette plate-forme, qui plus tard sera aménagée,
ce « mons » adossé à la montagne, dominant la vallée et surveillant l’Isère,

3 Le terme Grésivaudan, ou Graisivaudan, signifierait selon l’étymologie traditionnellement
admise « vallée de Grenoble », et représente la vallée de l’Isère dont Gratianapolis, nom
gallo-romain de Grenoble, était le centre.
CHAPITRE I. MONTBONNOT ET SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ DE LA NAISSANCE DE LA FÉODALITÉ... 21
ce « mons » à l’origine de notre village. N’était-elle pas toute proche de la
voie romaine joignant par le haut Meylan à Saint-Ismier ?
Cinq siècles de présence romaine comptèrent dans l’histoire de notre
région. C’est l’empereur Gratien qui donna à l’antique Cularo des Allobroges
e le rang de cité romaine « Gratianopolis » à la fin du IV siècle.
D’autres peuples ne firent que passer. Les Wisigoths et les Vandales,
eprofitant de l’anarchie qui régnait dans l’empire au V siècle, se ruèrent
sur Rome à son déclin et la pillèrent en 476. Plus sagement en 443, les
Burgondes, d’origine germanique, s’installèrent dans notre région avant
d’être vaincus par les francs à Vézeronce en 524. Durant plus de trois
siècles, sous les Mérovingiens et les Carolingiens, Montbonnot fut une
terre franque.
L’empire de Charlemagne en l’an 800 ne fut qu’un beau rêve.
L’incapacité de ses héritiers, comme la faiblesse de Rome autrefois, attira
les convoitises des Normands, des Hongrois, des Sarrasins qui s’étaient
manifestés non seulement à Poitiers en 732 mais aussi dans la vallée du
Rhône en 725. Remontant le fleuve, les Arabes envahirent le Viennois.
Valence et toutes les villes des Alpes au Rhône furent pillées, sauf Vienne qui
résista.
La faiblesse du pouvoir central avait permis la reconstitution du royaume
d’Arles et de Vienne auquel appartenait le Grésivaudan. En fait, contre les
envahisseurs, les rois de Bourgogne incapables de protéger leurs terres
elaissèrent les Ongrois, les Ogres, dévaster la vallée du Rhône au X siècle et
les Sarrasins, les vallées alpines riches en passages et en monastères.



























MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 22








Plan du château réalisé par M. Pierre Félix
d’après l’enquête de 1339.
eSeule la maison carrée date du XV siècle.
CHAPITRE I. MONTBONNOT ET SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ DE LA NAISSANCE DE LA FÉODALITÉ... 23
LA FÉODALITÉ

Face aux envahisseurs, Normands, Sarrasins, Hongrois, le pouvoir royal
divisé entre les héritiers de Charlemagne se révéla impuissant à prendre
la défense de ses sujets. Les seigneurs prirent la relève. Le danger poussa le
plus faible à se mettre sous la protection d’un plus puissant, lequel faisait
payer celle-ci par de multiples services. Le signe de la puissance et de la
e eprotection était le château fort, lieu de refuge qui se généralisa aux XI -XII
siècles. Ainsi naquit la féodalité où les seigneurs exerçaient sur leurs terres
les droits qui n’auraient dû appartenir qu’au roi.
En dehors du château fort, l’église était elle aussi une des rares forces
organisées. C’est ainsi que dans les années 950-980, l’évêque de Grenoble
Isarn dont le rôle est mal connu aurait participé à l’expulsion des Sarrasins
avec le comte de Provence et le marquis de Turin. La lutte finie, il se comporta
comme un chef civil. Tout était à refaire et il était le seul pouvoir encore
debout. « Il mit la main sur d’immenses étendues de terres que la perte et
l’oubli des titres de propriété, la disparition ou l’exode des populations face
4aux invasions sarrasines laissaient sans maître » . Isarn aurait fait appel, au
dire de saint Hugues, à des étrangers réputés, soit pour l’aider contre les
Sarrasins soit pour peupler son diocèse. Ainsi les Monteynard à Domène, les
Allemans à Laval, les Lombards, tous devaient leurs richesses à l’évêque et
devenaient à leur tour ses vassaux.

La famille d’Albon

Cette prise de possession et cette autorité acquise par Isarn se poursui-
vront avec l’évêque Humbert mais au bénéfice d’une famille, la sienne, celle
5des comtes d’Albon qu’il installa dans le comté de Grenoble . Son frère
Guigues (l’ancêtre des Dauphins) et l’aîné de ses neveux reçurent tous deux
des terres du domaine épiscopal. À sa mort, l’évêché était devenu une affaire
de famille. Son neveu Mallen devenu évêque continua la politique de partage
du pouvoir. À Guigues le Vieux, son cousin, l’évêque donnera en fief la
moitié indivise de Grenoble et des terres de l’évêché. Mais pouvait-on parler
de partage quand le plus audacieux cherchait à évincer l’autre ? Guigues
dépouilla son cousin, prit le titre de « princeps Gratianopolitanae
provinciae » et ainsi Grenoble et la vallée du Grésivaudan furent soumises à
la coseigneurie du comte et de l’évêque.

4 e e N. Didier, Étude sur le patrimoine de l’église cathédrale de Grenoble du X au XII siècle,
1936.
5 Les Guigues avaient construit à Albon, village de la Drôme dont ils avaient pris le nom, le
château familial.

MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 24
eÀ la fin du XI siècle, les Guigues étaient devenus « comtes en
Grésivaudan » et le château fort de Montbonnot est mentionné en 1116
dans le cartulaire de Saint-Hugues « in communi solo » sur territoire
commun. Construit quand ? À l’initiative de qui ? Nous ne le savons pas,
mais ce château passa rapidement aux mains du pouvoir laïc, plus fort et
plus rusé, c’est-à-dire aux d’Albon, les ancêtres du Dauphin.
Cet abandon des biens aux laïcs continua avec les successeurs d’Humbert
6et de Mallen, en particulier avec l’évêque Pons II . Cette pratique fut
vivement condamnée par Grégoire VII, entre 1073 et 1085, le pape
réformateur qui voulait l’épiscopat indépendant du pouvoir temporel. Et
c’est dans cet esprit qu’en 1080 fut nommé Hugues de Châteauneuf, évêque
de Grenoble.
Lorsque le futur saint Hugues prit possession du siège de Grenoble,
son objectif était de reconstituer le domaine épiscopal et de l’affranchir
de l’emprise des seigneurs grands et petits, les Sassenage, les Moirans, les
Moretel et surtout les d’Albon, qui avaient profité soit de la faiblesse soit
de la complicité de ses prédécesseurs pour s’approprier des biens d’Église
7tels dîmes, cimetières, églises, etc. . Certains biens qui n’avaient pas été
usurpés étaient soumis à la copropriété, ce qui ne valait guère mieux. Terres
communes et revenus, redevances et corvées partagées étaient source de
difficultés et de tracas.
L’évêque n’était pas en force et ne voulait pas de soldats pour tenir tête
aux comtes et à quelques grands. Quand un conflit éclatait, un homme de
valeur, un religieux de Saint-Martin par exemple ou un évêque était choisi
comme médiateur.
Entre 1100 et 1120 les faits concernant notre mandement sont rapportés
par le cartulaire de Saint-Hugues.
8« L’évêque Hugues et le comte Guigues possédaient quatre condamines :
deux près de l’église Saint-Victor de Meylan, deux sur la paroisse de Saint-
Ismier, Corbonne et l’Orme. En toutes occasions surgissaient des disputes
et des rixes. Les gens du comte ne labouraient pas consciencieusement et
fraudaient sur la récolte. Des médiateurs furent choisis de part et d’autre.
Guigues, religieux convers de Saint-Martin, fut choisi par l’évêque. Après
avoir planté des bornes pour diviser, les hommes de l’évêque dirent à ceux
du comte de choisir les premiers. Ils prirent la meilleure part et la paix
revint ».

6 Ponce II vendait des biens d’église à son profit, il était nommé le païen ou simoniaque.
7 L’église était riche et sa richesse tentait les nobles. Par exemple, Pierre de Moretel s’était
emparé par la violence des cimetières de Saint-Ismier, Meylan et Miséré gardant pour lui les
offrandes, souvent en nature, faites à l’occasion des sépultures. Mais elle devait être aussi
sans tâche.
8 Nom que l'on donnait en Bourgogne aux réserves de terres seigneuriales.
CHAPITRE I. MONTBONNOT ET SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ DE LA NAISSANCE DE LA FÉODALITÉ... 25
Quelques années plus tard, Hugues se plaignait des dévastations com-
mises par le comte dans la châtellenie de Montbonnot. L’évêque de Viviers,
Léger, fut choisi comme médiateur. L’évêque n’avait aucune inimitié mais
demandait réparation. En dédommagement, Guigues restitua les églises
et les cimetières dont il avait dépouillé l’évêque depuis le début de son
pontificat et il lui donna, outre la Condamine de Corbonne, le tiers de la
9 leyde des marchés et foires de Montbonnot, gardant pour lui les deux
autres tiers.
À force de persévérance et de prudence en rachetant le plus souvent
biens et droits usurpés, Hugues réussit à recouvrer assez d’éléments du
patrimoine dilapidé par ses prédécesseurs pour reconstituer une baronnie
cohérente. Il fut aidé dans sa tâche par l’immense émotion que suscita la
première croisade à travers la chrétienté. Avant de partir, pour la paix de
leur conscience, des croisés rendirent à l’évêque les biens usurpés à l’Église.
Hugues confia l’administration à des hommes compétents et efficaces
mais il eut le tort de ne pas évincer les comtes d’Albon du pouvoir. Hugues
établit un partage mais la juxtaposition de deux administrations est toujours
source de conflits ce qui fut le cas avec le comte Guigues III.
À cette époque, le Grésivaudan comportait la vallée de l’Isère, l’Oisans,
le Trièves et la Matheysine, plus une partie du comté de Sermorens disputée
aux comtes de Savoie. L’autorité de l’évêque s’étendait sur Grenoble et
sur la vallée de l’Isère en amont de la ville. Les autres territoires lui
échappaient et restaient sous la souveraineté des comtes d’Albon. Cependant,
le comte rendait hommage de fidélité à l’évêque. Saint Hugues ou un de
ses prédécesseurs l’avait-il exigé ? L’hommage sera rendu par les Dauphins
jusqu’à Louis XI qui aura l’habileté de le tourner puis de le refuser.


Les Dauphins

Nous avons fait connaissance avec la famille des comtes d’Albon, parents de
l’évêque de Grenoble qui les installa en Grésivaudan.
À partir de Guigues IV qui succéda à son père en 1133, le premier à
porter le surnom de Dauphin, la puissance des comtes d’Albon ne cessa de
grandir. Le système des usurpations et du brigandage avait fait place aux
alliances par mariages et diplomatie. Lui-même avait épousé Marguerite de
Bourgogne, fille du comte de Bourgogne et nièce du pape Calixte II.
Marguerite, « grande princesse généreuse », fonda l’abbaye des Ayes de
Crolles où elle fut enterrée en janvier 1163.

9 Leyde : impôt sur tout ce qui se vendait au marché, sur les transactions commerciales.
L’évêque a droit au tiers des langues de bœufs et de vaches tués dans sa ville.

MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 26
erCent ans plus tard, le mariage de la Dauphine Anne, sœur de Jean I qui
régna peu de temps, avec Humbert de La Tour-du-Pin agrandit encore le
territoire et réunit sous une seule autorité les possessions de deux grandes
familles.
La faiblesse de l’autorité impériale, suzerain du royaume d’Arles et de
Vienne dont le Dauphiné était une des plus riches provinces, développa les
convoitises du roi de France qui s’y intéressait de plus en plus. En 1294, on
ervit même Philippe IV le Bel offrir une pension à Humbert I en échange d’un
contingent d’hommes armés. Bien que riches en châteaux comme Montfort,
Montfleury, Montbonnot, les Dauphins qui menaient un train de vie
fastueux, au-dessus de leurs moyens, étaient souvent à court d’argent. À qui
emprunter ? Au Pape en Avignon, au roi, aux juifs banquiers ? À la mort en
1333 du Dauphin Guigues VIII, blessé au siège de la Perrière (Saint Julien
de Ratz) dans sa lutte contre le comte de Savoie, les finances étaient dans un
état déplorable. Guigues avait gaspillé son trésor et accumulé des dettes
importantes. Péché de jeunesse… En effet Guigues mourut à l’âge de vingt-
quatre ans. Son frère Humbert II lui succéda, à peine moins âgé, vingt et un
ans. Il avait lui aussi le même goût du luxe, de la dépense, du voyage. Il
tenait table ouverte entretenant une suite importante, invitant baladins,
jongleurs, danseuses et musiciens. À tous et à toutes il donnait largement. La
mort de son fils unique en 1335 l’affligea profondément mais cette mort ne
10changea pas son caractère de prodigue et de rêveur .
La disparition de son héritier et ses dettes considérables l’incitèrent à
trouver pour le Dauphiné un acquéreur qui rembourserait ses créanciers.
Laissant de côté le roi de Sicile, trop pauvre, et l’empereur d’Allemagne, trop
loin, il entreprit des pourparlers avec le roi de France, Philippe VI de Valois
et en particulier son fils Jean, le futur le Bon, et avec le Pape d’Avignon
Benoît XII, le premier de ses créanciers à qui il devait seize mille florins.
Était-ce pour remplir les caisses vides ? Était-ce pour faciliter le recou-
vrement des droits ? Était-ce pour établir les revenus delphinaux ? Était-ce
en vue de faire l’inventaire avant la vente qu’Humbert envoya des com-
missaires procéder au dénombrement de ses vassaux, à l’inventaire de ses
propriétés et à l’obtention de reconnaissances nouvelles ? L’enquête dura
cinq mois. C’est par cette enquête de 1339 que nous avons la description
détaillée du « castrum Montis Bonoudi », le nombre de ses vassaux hommes

10 La générosité d’Humbert et sa prodigalité étaient légendaires. Parmi ses dons : cent sols
d’argent, monnaie du roi de France, à la Grande Chartreuse, argent à prendre sur les reve-
nus de Montbonnot, Montfleury, Montfort, pour offrir tous les deux ans à chaque religieux
une pelisse de peau d’agneau et tous les ans un habit neuf. Les vêtements anciens seront
donnés aux pauvres. En 1342, il s’embarque pour la croisade après avoir récompensé tous
ses familiers par des lettres de créance. « Je ne vous cacherai pas que vous avez créé tant de
conseillers, de receveurs, auxquels vous avez attribué des salaires exagérés, dont ils
exhibent la preuve par vos lettres, que cela absorbe une grande quantité d’argent qu’il serait
mieux de réserver ». H. de Villard, régent en l’absence du Dauphin.
CHAPITRE I. MONTBONNOT ET SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ DE LA NAISSANCE DE LA FÉODALITÉ... 27
liges du mandement et de sa population. Le Pape envoya lui aussi
des commissaires qui firent une enquête très consciencieuse, mais les
pourparlers avec le Pape n’aboutirent pas. En revanche le roi de France aida
Humbert à payer ses dettes. En 1342, Humbert II faisait don de Montfleury
aux Dominicains.
Un premier traité avec la France en 1343 établissait qu’un douaire serait
constitué à sa femme Marie des Baux et parmi les terres qui lui seraient
réservées le château de Montbonnot. Après la mort de la Dauphine et
l’échec de ses deux projets de mariage, Humbert II décida de quitter ses
états, et le Dauphiné fut remis au Dauphin Charles, le futur Charles V, le
16 juillet 1349. Le traité comportait une clause : le Dauphin se réservait
en toute propriété les châteaux de Montbonnot, cité en premier, Vizille et
la Mure, jusqu’à l’exécution des promesses du roi. Quatre ans plus tard,
Humbert devenu administrateur de la cathédrale de Reims abandonnait les
places qu’il s’était réservées. Il mourut en 1355 à Clermont-Ferrand.
Le châtelain prêta désormais serment au Dauphin Charles, son nouveau
maître.





















eHommage d’un vassal à son suzerain, dessin du XI siècle


MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 28
LE MANDEMENT DE MONTBONNOT

Pour connaître le château et son mandement, nous avons deux enquêtes qui
ont précédé la cession du Dauphiné à la France en 1343.
La première diligentée par le Dauphin Humbert II s’intéresse au château
fort, sa construction, son état, sa situation, au dénombrement des vassaux
ainsi qu’aux revenus du mandement.
La deuxième ne fait aucune allusion à sa valeur militaire mais s’intéresse
un peu à sa population, et surtout aux sources et aux montants des revenus.
Le Dauphin était débiteur envers la papauté d’Avignon d’une somme
importante et les enquêtes de Benoît XII s’informaient de « combien pesait le
Dauphiné en regard de la dette ? ». Cette deuxième enquête est intéressante
par la façon dont elle se déroula et par les personnes interrogées, les notables,
les proches du château et les curés des neuf paroisses du mandement. Ces
derniers connaissaient le nombre de feux de leur paroisse mais ils ignoraient
les revenus du château. « Ils avaient entendu dire », on disait, mais ils ne
savaient rien d’exact. Tous les interrogés étaient d’accord sur l’indépendance
du Dauphiné, état dans lequel le Dauphin avait une totale juridiction. Le
châtelain lui devait hommage pour sa personne et pour le fief qu’il détenait.
Guillaume de Cizerin, seigneur et châtelain en 1339 avait fait deux fois hom-
mage : le premier à Guigues VIII, l’autre à Humbert II après la mort de son
frère en 1333. Tous étaient d’accord sur les limites du mandement et le nom-
bre de feux par paroisse. Le désaccord portait sur l’importance des revenus.

Le mandement

Parmi les limites du mandement, deux sont indiscutables : au nord la Roche
et le Saint Eynard ; au sud l’Isère ; à l’est, il était séparé du mandement de
Montfort par le ruisseau Craponod, descendant du haut de la montagne par
son ancien lit jusqu’au chemin conduisant de Bernin à l’abbaye des Ayes,
une limite en pierres ayant été dressée ; à l’ouest, le Cizerin qui coule au
Mollard de Corenc et le Bachais à Meylan formaient les limites avec le
mandement de Montfleury, mais au nord-ouest, au lieu de Bouquéron, se
joignaient et se séparaient les mandements de Montfleury, de Montbonnot
et le petit mandement de Bouquéron. Une bande de territoire était même
commune aux deux derniers mandements cités.
Le mandement regroupait neuf paroisses : Meylan, cent vingt-deux feux ;
Saint-Ismier, cent soixante ; Saint-Maurice (Saint-Mury), quatorze ; Saint-
Nazaire, treize ; Biviers, quatre-vingt-quinze ; Saint-Maurice de Cleymes,
vingt et un ; Bernin, cinquante-huit ; Montbonnot, quarante-six ; Saint-
Martin, cinquante-deux.
CHAPITRE I. MONTBONNOT ET SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ DE LA NAISSANCE DE LA FÉODALITÉ... 29
Le feu était une unité fiscale, unité variable. Il était sensé représenter une
famille, parfois celle-ci n’était comptée que pour un demi-feu. Certaines
familles misérables n’étaient pas comptées. Dans les calculs, la moyenne
de quatre à cinq personnes a été choisie par feu pour dénombrer les
habitants, mais à la suite d’une épidémie ou d’une catastrophe telles qu’un
incendie ou une inondation, au cours de laquelle les habitants avaient
disparu ou étaient devenus pauvres, « feux misérables » sans valeur pour
l’impôt, le nombre des feux pouvait chuter brutalement. Tous les feux ne
relevaient pas du dauphin dans le mandement, certains appartenaient à des
familles nobles, un monastère ou un mandement voisin. Ainsi, dix-huit feux
de Meylan étaient administrés par le châtelain de Montfleury.
Dans le mandement dix-huit familles non résidantes étaient propriétaires
d’un ou plusieurs feux, trente et une familles nobles y résidaient. Tous les
hommes, par l’intermédiaire du châtelain, reconnaissaient l’autorité du
Dauphin et se plaçaient sous sa protection. Les hommes liges (soixante-deux
en 1339) rendaient hommage au châtelain et s’engageaient à répondre au
premier appel. Être homme lige signifiait pour un paysan une dépendance
étroite et une soumission complète au seigneur.

Les baties

11Les Baties ou maisons fortes étaient des postes avancés.
La Batie Champrond, aussi ancienne que le château fort de Montbonnot
et située au bord de l’Isère appartenait à la famille Alleman, seigneur
d’Uriage, à laquelle un droit de péage à exiger de chaque bateau ou radeau,
soit descendant soit remontant l’Isère, avait été concédé par le Dauphin
Guigues VII en 1240. Par vente et par héritage, la Batie connut de nombreux
propriétaires pour finir en 1714 propriété des religieux hospitaliers de
12Grenoble, les frères de Saint-Jean de Dieu .
eLa Batie Meylan, disparue à la fin du XVI siècle et appelée aussi Batie d’en
haut, devait défendre les approches du château de Montbonnot. Elle devint
erpropriété de la Dauphine Anne, femme d’Humbert I en 1292. La Batie
porta aussi le nom de château Corbeau du nom du dernier propriétaire, la
famille Corbeau de Vaulserre.
La Tour d’Arces est peut-être l’une des plus anciennes de la vallée. Le
premier seigneur connu est Louis d’Arces vers 1170. Cette famille joua un
grand rôle, en particulier au prieuré Saint-Martin. Soffrey d’Arces contribua
à la fondation de l’hospice de Montbonnot en 1433 avec Jean d’Arces devenu

11 E. Pilot de Thorey, Les Baties du haut et bas Grésivaudan.
12 À la révolution devint propriété de l’hôpital.

MONTBONNOT-SAINT-MARTIN 30
archevêque de Tarentaise et cardinal. À la veille de la révolution de 1789, la
tour était depuis longtemps en ruine.
Le Dauphin plaçait comme maître du château un de ses compagnons
d’armes, un bon soldat, pas toujours préparé à administrer. Ce militaire à qui
l’on donnait le titre de châtelain devait s’entourer d’hommes compétents et
instruits pour percevoir et gérer les revenus, rendre la justice et faire
exécuter les sentences. Il devait rendre compte fidèlement des divers revenus
aux « auditeurs des comptes » du Dauphin ou s’affranchir de la tutelle. Le
châtelain n’était pas le propriétaire de sa charge et à tout moment le
Dauphin pouvait la lui retirer ou la confirmer. Dans la pratique, le châtelain
essayait de rendre sa charge héréditaire sur deux ou trois générations. Ainsi,
la famille Auruce installée dans le mandement en 1203 était encore aux
commandes en 1280, après avoir mené une politique d’achat de biens
fonciers et de droits en Grésivaudan. Auruce était devenu un grand féodal,
13rival du Dauphin .
En cas de guerre, le châtelain rassemblait les nobles et les hommes liges
du mandement pour combattre sous les ordres du Dauphin. En temps de
paix, il obligeait, si nécessaire, paysans et artisans à entretenir les fortifi-
14cations aux frais de la communauté grâce au vingtain , laquelle payait aussi
un trompette qui de jour et de nuit veillait au sommet du donjon.
Les pouvoirs du châtelain en matière de justice étaient peu étendus. Il
s’agissait surtout de basse justice de police et de bon ordre dans les limites
du mandement : dégâts de bêtes, rixes, injures. L’amende ne pouvait
dépasser neuf sols. Pour les cas graves, le juge mage, ou majeur, du bailliage
condamnait de cinq sous jusqu’à la peine de mort. Le Grésivaudan formait
alors un bailliage.
e eLes premières sources de revenus du mandement entre le XI et le XII
siècle furent les corvées imposées aux paysans pour construire et travailler
aux fortifications autant que pour cultiver la terre du châtelain. Le paysan
était la main-d’œuvre à bon marché. Les corvées de la terre étaient les
tâches saisonnières : labours, fenaisons, moissons, vendanges auxquelles
participaient les animaux de trait, bœufs, vaches, ânes. En principe les
corvées ne devaient pas dépasser dix jours par an avec donc une alternance
des familles.
eÀ ces corvées s’ajoutait la taille à partir du XI siècle. Lorsque le seigneur
était pressé par tel ou tel besoin, il exigeait un secours des habitants dont le
montant était arbitraire. Ceux-ci étaient taillables et corvéables à merci.

13 e H. Falque-Vert, Les hommes et la montagne en Dauphiné au XIII siècle, 1997,
p. 364-365.
14 Le vingtain, un vingtième des revenus des habitants, était un impôt pour financer la
construction des murs d’un bourg fortifié.
CHAPITRE I. MONTBONNOT ET SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ DE LA NAISSANCE DE LA FÉODALITÉ... 31

La terre du mandement était considérée comme propriété du Dauphin, le
paysan n’en était que le tenancier. En échange de sa tenure, il était assujetti
au cens, le loyer de la terre, une sorte de rente perpétuelle pour la possession
et la sécurité, normalement une redevance en nature proportionnelle à la
récolte. À partir de 1150, la circulation monétaire incita les seigneurs à
remplacer pour une part les perceptions en nature par de l’argent. Dès la fin
edu XIII siècle, les paysans disposeront plus librement de leur tenure, ils
pourront la transmettre par succession ou par vente, moyennant acquit-
tement de droits de mutation ou de vente (le lods) mais la terre continuera
à être la propriété du seigneur.
L’enquête de 1339 nous révèle l’importance du cens versé par les neuf
15paroisses : froment, trois cent vingt-deux setiers ; avoine, deux cent
16soixante-cinq setiers ; poules, cent soixante-quinze poules et une demie ;
vin, trois cent cinquante-six setiers ; noix, deux setiers un demi quartal (un
quartal, environ quinze litres) ; poulets, quatorze ; poivre, sept livres ; cire,
dix-neuf livres ; fromage, deux livres ; chanvre, douze liasses ; foin et paille,
deux cent quarante-cinq charges, une charge correspondant à ce que
pouvait porter un homme ; en argent, cent vingt-neuf livres dix sous.
À titre d’exemples de cens dans les comptes de 1388, on trouve : pour trois
éminées de terre situées derrière l’église, Aymonet Maréchal, héritier du
curé, payait une poule ; pour une maison et son jardin sous le rempart, Jean
Feydel payait deux livres de cire et une poule ; Jean Gayte avait une pièce de
vigne et payait un setier de froment ; Pierre Revol pour sa maison fermière
donnait douze sous de bonne monnaie.
Parmi les taxes de la vie quotidienne se trouvaient les bans ou édits du
seigneur sur le four, le pressoir, le moulin, etc. mis au service de la
communauté. Ces bans étaient mis à l’encan et souvent adjugés aux hommes
du châtelain. Le banvin était le droit selon lequel le châtelain avait la
possibilité de vendre son vin pendant le mois d’août, vin de sa production ou
vin provenant du paiement en nature des cens. Le vin ne se conservait guère
au-delà d’un an et il fallait vider les cuves pour la prochaine récolte.
Les habitants devaient participer sous forme d’une aide financière, le
vingtain, à l’entretien des murailles ainsi qu’à la nourriture des chevaux de
la garnison. Le vingtain était levé en espèces et en nature sur le blé et le vin.
17En 1390, ce droit fut albergé à un fermier pour le bail de quarante livres
par an. Ce droit était difficile à percevoir. Les murailles furent négligées

15 Setier : la quantité nécessaire pour ensemencer une stérée. Un setier représente 60 litres
de grains, deux setiers un sac de cent kilos de blé.
16 La demie était payée en argent.
17 L’albergement était un bail de longue durée.

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