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Perséphone reine des Enfers

De
168 pages
L'auteur, en voulant approfondir l'idée de la mort, ne pouvait ignorer les mythes de Déméter et Perséphone. La mère et la fille représentent un enseignement qui a donné naissance aux Mystères d'Éleusis et qui symbolisent la nécessaire mort de la matière pour accéder au ciel. Perséphone manifeste la possibilité, pour l'homme, de dominer la mort de la matière pour accéder à l'intelligence divine, au royaume des Olympiens. Mère de Zagreus et du coeur de Dionysos, elle donne un sens particulier à la mort qu'il faudrait dépasser si l'on veut comprendre l'existence de l'éternel retour.
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Gilbert ANDRIEU
P e r s é p h o n e reine des Enfers suivi par Un essai sur la mort
Perséphone Reine des Enfers suivi parUn essai sur la mort
Gilbert ANDRIEUPerséphone Reine des Enfers suivi parUn essai sur la mort
DU MÊME AUTEUR Aux éditions ACTİO L’homme et la force. 1988. e L’éducation physique au XX siècle. 1990. Enjeux et débats en E.P. 1992. À propos des finalités de l’éducation physique et sportive. 1994. e La gymnastique au XIX siècle. 1997. Du sport aristocratique au sport démocratique. 2002. Aux PRESSES UNİVERSİTAİRES DE BORDEAUX Force et beauté. Histoire de l’esthétique en éducation physique ème ème aux 19 et 20 siècles. 1992 Aux éditions L’HARMATTAN Les Jeux Olympiques un mythe moderne. 2004. Sport et spiritualité. 2009. Sport et conquête de soi. 2009. L’enseignement caché de la mythologie. 2012. Au-delà des mots. 2012. Les demi-dieux. 2013. Au-delà de la pensée 2013. Œdipe sans complexe 2013. Le choix d’Ulysse : mortel ou immortel ? 2013. À la rencontre de Dionysos. 2014. Être, paraître, disparaître. 2014. La preuve par Zeus. 2014. Jason le guérisseur au service d’Héra. 2014. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05975-4 EAN : 9782343059754
ELLE M’ATTEND  Ordinairement, cela peut paraître prétentieux, mais il faut situer cette formule dans le droit fil des livres que j’écris sur la mythologie. Je sais bien que Perséphone n’existe pas au point d’attendre la visite d’un simple mortel, même si ce dernier se sent plus près d’Orphée que de Pirithoos. Mais avançons !  J’écrivais à une amie pour lui faire connaître mes réflexions, mes sensations, mes sentiments sur les mille et une façons de se connaître et de pouvoir donner du sens à la vie. Le nom de Perséphone est apparu dans une phrase comme un lapin peut sortir du chapeau d’un magicien. Permettez-moi de penser qu’il n’y a pas là seulement l’effet du hasard. Depuis que je traite de l’enseignement caché de la mythologie, j’ai abordé de nombreux personnages de la mythologie grecque, le dernier étant celui d’Héra. Bien entendu, j’ai parlé d’elle dans presque tous mes livres, mais sans jamais lui donner l’importance qui était la sienne et qui échappe habituellement au commun des mortels. Perséphone n’est pas seulement la fille de Déméter et c’est probablement là que se tient la faible connaissance que nous avons d’elle.  Son statut de reine des Enfers ne lui procure pas une notoriété au moins semblable à celle de sa mère. Je ne connais pas beaucoup d’amis qui aimeraient parler des Enfers sans éprouver quelque retenue !  J’ai compris aussi que les personnages mythiques qui me venaient à l’esprit correspondaient assez bien aux problèmes que je me posais et venaient éclairer mes démarches personnelles à la fois conscientes et inconscientes.  Comme il arrive qu’un livre vous tombe dans les mains en balayant du regard un rayon de bibliothèque, les grands personnages de la mythologie sont venus depuis plusieurs 5
années m’apporter des réponses à ce que je cherchais inconsciemment.  Je crois bien que Perséphone surgit dans ma pensée aujourd’hui parce qu’elle répond à cette curiosité qui anime les hommes, mais aussi parce qu’elle sait que l’heure est venue pour moi de m’intéresser davantage à son royaume.  Il faut le regretter : la mythologie ne la sert pas beaucoup et il n’y a pas grand-chose sur elle en tant que personnalité indépendante ou par rapport aux Olympiens. Ne serait-elle pas aussi mal aimée chez les dieux que chez les mortels ? Bien entendu, il s’agit là d’une boutade puisque j’ai pris l’habitude de penser que les dieux étaient des inventions des hommes et non l’inverse. Les hommes ayant engendré les dieux à partir de leurs propres besoins, il est clair que Perséphone a la place qui correspond le mieux aux préoccupations de ces derniers.  Demandez au passant qui est Perséphone. Vous apprendrez probablement qu’elle est la reine des Enfers, moins souvent qu’elle est la fille de Déméter et de Zeus, encore moins souvent qu’elle est la mère de Zagreus. Essayez de savoir comment s’est déterminé le mariage de Perséphone et d’Hadès, par quel compromis il s’est soldé ! Cela vous permettra de savoir que la déesse vit une partie de son temps avec les morts l’autre avec les dieux, que Déméter, sa mère, a parcouru la Grèce avant que Zeus et Hadès ne puissent aboutir à une sorte d’accord, rarement que Zeus était de mèche avec Hadès pour que sa propre fille, mariée à son frère devienne reine des Enfers.  Est-il possible de saisir le symbolisme qui se cache dans la totalité du personnage si l’on ne tient pas compte d’une cosmogonie mythique qui place les Enfers sous la surface de la Terre, tandis que l’Olympe se trouve au-dessus de l’espace dans lequel le Soleil dirige son char chaque jour ? Je reviendrai sur la verticalité de cette cosmogonie, mais nous avons souvent retenu la descente de Perséphone aux Enfers, plus que sa remontée vers sa mère, autrement dit jusqu’à l’Olympe. Or, nous avons fait des Enfers des lieux maudits, des lieux indésirables, dont on
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préfère ne pas parler de peur d’y aller plus vite que ne le prévoit notre destin. N’oublions pas, chez nos anciens, cette sorte de précaution vis-à-vis de la parole : on ne parlera pas des Érinyes, mais des Bienveillantes pour ne pas attirer leur attention !  Perséphone est un personnage de légende, comme les autres divinités, mais nous la pensons comme une femme de notre temps, comme une sorte de princesse, grande et belle, puisqu’elle est une reine ou bien alors, puisqu’elle règne sur les morts, nous lui donnons des allures de sorcière, laide et désagréable, acariâtre, violente, détestée de tout le monde ! Il est toujours possible de jouer avec les images lorsque nous pénétrons dans la mythologie, mais au-delà de cette parenthèse qui la vulgarise, il faut éviter d’enfermer la reine des Enfers dans l’idée que nous nous ferions de ces lieux que nous opposerions trop vite à un Paradis qui n’existe pas davantage. Pour connaître cette déesse, il faut tenir compte de tous les paramètres qui lui permettent d’exister, mais aussi d’obtenir une telle autorité. Finalement, nous pourrions dire qu’elle n’existe que par association à d’autres divinités, sa mère en particulier !  J’y reviendrai de façon plus explicite, mais je crois, de plus en plus, que Perséphone n’existe qu’à travers sa mère, qu’à partir des fonctions de sa mère ce qui expliquerait que les légendes sont le plus souvent articulées autour de son enlèvement.  Il faut, plus que jamais, éviter de penser à elle en bon chrétien ! Je dis plus que jamais parce que nous avons facilement tendance à écraser le temps et à réfléchir comme si nos ancêtres les plus lointains avaient à leur disposition les mêmes connaissances que les nôtres, les mêmes options mystiques. Lorsque nous constatons que d’une génération à l’autre les repères intellectuels ne sont plus les mêmes, comment ne le seraient-ils pas d’un siècle à l’autre, d’un millénaire à l’autre ? Perséphone n’était certainement pas perçue comme nous pouvons la percevoir aujourd’hui. Si, pour nous, elle est une figue mythique avant tout, autrement dit un personnage de légende avec tout ce que cela possède de négatif, de secondaire, d’imaginaire, elle ne l’était pas du temps des Grecs anciens. Il suffit de lire Hésiode pour s’apercevoir que les
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dieux et les hommes ne vivent pas dans des mondes isolés, pour comprendre qu’ils font partie d’un vaste habitât dans lequel les morts, les vivants mortels et immortels forment un tout. Les dieux ne sont pas devant les hommes, au-dessus ou en dessous, ils sont dans l’homme tout simplement parce qu’ils représentent cet idéal que les hommes ont déifié tout en mesurant que pour l’atteindre il faudrait le conquérir. Ils étaient probablement plus près d’une totalité que notre psychologie, à peine vieille d’un long siècle, s’efforce de comprendre. Il faudrait éviter de refaire à son propos ce qu’Apulée a fait vis-à-vis de Psyché, même si le mythe est merveilleusement construit et explicite, mais dans un autre contexte que celui des contemporains d’Homère.  À vrai dire, le temps importe peu. Perséphone est une femme et, depuis des siècles, Hésiode nous le montre, une femme n’a d’autorité que sous la tutelle d’un homme. Zeus et Hadès sont les vrais seigneurs des Enfers, mais Perséphone a certainement une place d’honneur parce que ses frères en ont besoin ! Il nous reste à imaginer ce que ces deux frères lui confient comme responsabilités puisque les différents mythes ne nous le disent pas. Je voudrais rappeler que le problème est identique pour Héra, la troisième épouse de Zeus. Elle n’était pas seulement une épouse jalouse, elle était aussi celle qui organisait la conquête de l’immortalité pour les héros. Sans elle, Zeus n’aurait pas pu imaginer la transcendance, il n’aurait jamais conduit le moindre mortel vers un quelconque dépassement de soi !  La mythologie, bien mieux qu’un traité de philosophie ou d’histoire politique, nous apprend à ne pas nous laisser endoctriner, à ne pas prendre pour des vérités ce qui n’est finalement qu’un souci permanent des hommes à un moment où ils prennent le pouvoir sur les femmes, je devrais dire les Mères, ce qui correspondrait mieux à l’histoire des religions.  Sans entrer dans les détails, remarquons que les dieux, en prenant ce pouvoir, Zeus tout particulièrement, ont besoin des déesses pour faire le travail dont ils n’ont que l’idée. L’homme pense, la femme agit ! Nous le voyons clairement avec Héra dont nous ne pouvons pas ignorer qu’elle était honorée bien avant Zeus. Il en va de même avec Perséphone qui
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était honorée en Crète avant d’être imaginée comme la reine des Enfers par des Grecs qui ne dépendent plus de la civilisation minoenne.  Ce qui domine ici la légende reste certainement le rapport qu’elle entretient avec la mort. Elle en parle peu toutefois et il faut travailler dans la marge pour comprendre que Perséphone n’est pas une simple reine des ombres. Parce qu’elle revient à la lumière du jour, son statut de reine des Enfers doit être envisagé en contrepoint de celui d’une reine de la germination. En ce sens, elle est la digne fille de sa mère, déesse de la terre cultivée et pour comprendre le compromis trouvé par Zeus et Hadès, il faut tenir compte du statut de Déméter, du moins de ses missions dans un contexte plus large qui englobe les dieux de première et de seconde génération.  Mieux certainement que dans de nombreux mythes, nous voyons dans celui de Perséphone tout l’effort de représentation que les hommes recherchent. Les hommes de la cinquième race - en réalité, il n’y a jamais eu que celle-là -connaissent les difficultés si bien racontées par Hésiode dans son second poèmeLes travaux et les jours. Nous nous trouvons au moment où les mortels rassemblés pour mieux vivre ont remplacé la cueillette et la chasse par l’agriculture. Ce passage de la vie nomade à la vie sédentaire est à mettre en relation avec un autre passage : celui des Grandes Mères, comme Cybèle, à celui des divinités mâles, Zeus devenant son principal représentant. La dernière déesse, en rapport avec ce pouvoir féminin de la fécondité-fertilité, reste Déméter. Le fait qu’elle soit la seule divinité à manger le corps de Pélops, son épaule dit la légende, lorsque Tantale offre son fils aux dieux, qui ne se laissent pas prendre au piège d’ailleurs, ne saurait passer pour une faim particulière. Il n’est pas nécessaire d’aller très loin dans l’analyse symbolique du mythe pour comprendre pourquoi Déméter est celle qui dévore la vie encore au stade de l’enfance.  Là encore, sans aller trop loin dans l’interprétation, notons que l’acte de Déméter est comparable à celui des Titans qui dévorent Zagreus, le fils de Perséphone et de Zeus. Il ne s’agit pas ici d’anthropophagie, mais de nourriture particulière ingérée divinement ou du moins symboliquement. Déméter est
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