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Petite contribution à l'histoire de la télévision

De
198 pages
La "télévision", un mot lancé à Paris en 1900 devant les participants d'un congrès d'électriciens, ne décrivait encore qu'un projet sans essais. Depuis les années trente, les progrès incessants des techniques de diffusion et des stratégies de communication ont servi les meilleures intentions et, parfois, les pires causes. L'auteur a recherché les sources les plus proches du développement de la transmission par les ondes que l'imaginaire littéraire ou scientifique avait pressenti.
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Petite contribution à lhistoire de la télévision
Questions Contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation Jamais les « questions contemporaines » nont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions Contemporaines » est doffrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idéesneuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Derniers ouvrages parus Jean-Jacques LEDOS,Petite contribution à lhistoire de la radio, 2012. Julien DENIEUIL,Concentration éditoriale et bibliodiversité, 2011. Roland GUILLON,La Méditerranée à lépreuve de la globalisation, 2012.Esther RESTALa société patriarcale face à la résistance des femmes, 2012.Esther RESTA,Du matriarcat au patriarcat, 2012.Saïd KOUTANI,Le devenir du métier dingénieur,2012. Bernard GOURMELEN,Handicap, projet et réinsertion. Analyse des processus identitaires pour les travailleurs handicapés, 2012. Eric SARTORI,Le socialisme dAuguste, 2012. Jean-Christophe TORRES,Du narcissisme. Individualisme et amour de soi à lère postmoderne,2012. Yvon OLLIVIER,La Désunion française. Essai sur laltérité au sein de la République, 2012. Joachim MARCUS-STEIFF,La société sous-informée, 2012.
Jean-Jacques Ledos
Petite contribution à lhistoire de la télévision
Travaux publiés Nombreux articles dhistoire de la radiodiffusion et de la télévision dans divers journaux ou revues, Cahiers dhistoire de la Radiodiffusion, Bulletin du Comité dhistoire de la télévision, Culture technique, France Télécom, Gavroche, Historia, Le Monde, Les Temps modernes etc. Lâge dor de la télévision, 1945-1975, LHarmattan, 2007. En collaboration avec Jean-Pierre Jézéquel et Pierre Régnier : Le gâchis audiovisuel, Éditions ouvrières, 1986. En participation : La grande aventure du petit écran, Musée dhistoire contemporaine - BDIC, 1997. De Radiola au media, enquête sur les sièges de linfo, Éditions du Pavillon de lArsenal, 1994.
© L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96994-0 EAN : 9782296969940
LimaginaireetlacommunicationàdistanceLe désir de savoir ce qui se passe ailleurs, c'est-à-dire de voir et dentendre à distance, hors de portée de la vue et de l'oreille, est sans doute aussi ancien que la pensée imaginante. On peut parler de fantasme lorsque la réalisation du désir apparaît impossiblehic etnuncà moins qu'on ne lui apporte la satisfaction virtuelle que permet l'imaginaire dans la création ou l'invention. Il peut ne peut s'agir que d'illusion lorsque d'habiles manipulateurs abusent la crédulité d'une collectivité à laquelle ils ont le projet d'imposer leur pouvoir. Cest le rôle que se fixent les religions, les mythes, la magie ou plus prosaïquement la création artistique ou certains marchands. Faire accepter lillusion constitue la mission des mages, des ministres des religions et des monarques qui imposent à des esprits crédules la croyance ou la foi. Lirrationnel que constitue une vérité présentée comme « révélée » apparaît vraisemblable à des esprits crédules qui ne se soucient pas de rechercher la vérité. La persuasion, entretenue par des vérités dogmatiques autant qu'invérifiables comme le sont les mythes, les légendes ou les textes dont la source est inconnue, devient l'expression d'une tradition initiatique. Lhistorien allemand Oswald Spengler soutenait que l'Antiquité n'avait pas entretenu la mémoire du passé. Il mettait en doute la véracité des historiens grecs et latins dont l'imagination aurait pu suppléer l'absence de sources fiables : « Une caractéristique du mot histoire au sens antique est la très forte influence exercée par la littérature romanesque alexandrine sur les thèmes de l'histoire proprement politique et
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religieuse. On ne songeait nullement à une discrimination de principe entre la matière des documents et leur date1. La tradition  ou la manipulation  pouvait ainsi attribuer aux puissants des pouvoirs extraordinaires, comme la possibilité de voir et dentendre à distance. L'Histoire, grande ou petite, se nourrit ainsi de légendes développées à partir de la vie des héros, telle celle qui a assuré la gloire d'Alexandre de Macédoine dans une tradition littéraire connue comme « Roman dAlexandre ». Le jeune roi, mécontent de l'éloge qu'il avait commandé à un certain Callisthène, aurait détruit l'uvre et fait assassiner l'auteur. La légende a, toutefois, été reprise et entretenue plus tard au point de constituer une tradition, voire, de créer un genre littéraire. On a établi comme source la plus ancienne, auIIIesiècle de notre ère, un texte connu commeRoman d'Alexandre, attribué à un auteur désigné comme Pseudo-Callisthène, six siècles après la fin de l'épopée alexandrine2. Cette biographie, dont l'historicité n'est pas établie, est devenue, au Moyen Âge, une tradition littéraire éponyme qui a peut-être été, par ailleurs, également influencée par des auteurs orientaux comme Mas Oudi (mort vers 957), auteur desPrairies d'ordont on connaît des traductions en langue thaï et mongole ou Ferdowsi, auteur duShâh Nâhmè (Lelivre des rois) ou encore, un siècle plus tard, Nizami (Iskender Nahmé)(Le livre d'Iskender,c'est-à-dire dAlexandre). Une première compilation en langue romane,Li romans d'Alixandre,apparaît, en Occident, à la fin duXIIesiècle. Au cours du Moyen Âge, leRoman d'Alexandre été, a jusqu'aux Croisades, la source d'inspiration de fictions, non dépourvues d'arrière-pensées manipulatrices. C'est, en particulier, la fonction d'une prétendueLettre du Prêtre Jean,soi-disant prêtre nestorien et monarque, qui aurait établi un royaume chrétien, en Mongolie3. Plus pertinent est limaginaire des penseurs, quon désigne comme philosophes plutôt que comme scientifiques. Cest le 1O. Spengler :Le déclin de l'Occident(édition française Gallimard, 2002) : Introduction. 2Jean Sirinelli :Les enfants d'Alexandre, Fayard, 1993. 3Dans son romanBaudolino française Grasset, 2002), Umberto Eco (édition imagine que le Prêtre Jean aurait été le dépositaire du Graal.
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cas, en particulier des philosophes présocratiques qui ont eu le projet dexpliquer le monde offert à leurs sens. Si la théorie des quatre éléments proposée par Empédocle appartient au domaine de la poésie, lintuition de latome par Anaxagore, Démocrite, Platon (dans leTimée)ou Leucippe sera reconnue et précisée. Des Stoïciens aux Néoplatoniciens, la propagation de la lumière est parfois présentée, comme une émanation de l'âme4. L'hypothèse de la lumière constituée de grains procède encore, au Moyen Âge, des hypothèses de la philosophie antique. L'illusion entretenue par la magie des miroirs, qui aurait permis de voir à distance, a été relevée par certains historiens de la Chine ancienne. Plus récemment, auXVIIIe siècle de notre calendrier, le miroir est offert entre amants séparés dans une légendé coréenne :Histoire de Chungyang. L'illusion s'entretient selon une tradition selon laquelle l'occultisme partage ses fausses certitudes entre initiés. La dénonciation de l'illusion s'affirme chez des auteurs à l'esprit libre, en rupture avec l'ordre établi. On la trouve, par exemple, au deuxième siècle de notre ère, chez l'un des premiers auteurs du genre romanesque, Lucien de Samosate. Dans l'introduction de sonHistoire véritable, il se moque des auteurs qui imposent leur imaginaire comme vérité. Il décide d'écrire une fiction, dont les épisodes sont largement empruntés à la tradition des « merveilles » et enrichis d'un thème nouveau mais appelé à un succès durable : le voyage extraterrestre. Cest alors une utopie qui introduit le genre fantastique. Le genre, qui deviendra le roman, aura une carrière durable jusqu'à nos jours mais l'imaginaire s'adaptera au progrès des sciences et techniques. Au dix-huitième siècle, un auteur méconnu, le normand Tiphaigne de la Roche reprendra les thèmes exploités par Lucien dont il a peut-être lu lHistoire véritablede Lucien. Au cours du siècle suivant, les découvertes élargissent le champ des connaissances. Les auteurs curieux s'en emparent. Leur imaginaire en développe les applications possibles. On parlera alors de romans d'anticipation qui décrivent un avenir souhaitable ou redouté avec l'intention de distraire, de faire 4Mary Hesse :Forces and fields. The concept of Action at a Distance in the history of physics. Nelson, Edimbourg, 1961.
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rêver ou d'inquiéter. Leur mission n'est pas de proposer des solutions pratiques mais d'en indiquer l'attente, sinon la voie, à une autre forme d'imagination : scientifique, celle-là. La description des moyens modernes de communication, apparaît au dix-neuvième siècle, grâce en particulier, à la découverte des possibilités de production et d'usage de l'électricité que d'autres ne tarderont pas à proposer pour la transmission de messages. On passe ainsi de lutopie à la science-fiction qu'inspire la démarche heuristique des scientifiques. Les jalons qu'ils posent stimulent une « mémoire du futur » développée par extrapolation à partir des événements d'actualité qui établissent des « relations causales et permet[tent] d'organiser le comportement en termes d'anticipation et de prévisions5.» Désormais, la culture technique guidera l'imaginaire littéraire désigné à juste titre comme « science-fiction ». André Breton établissait une différence entre le merveilleux et le fantastique : «Le merveilleux, nul n'est [] parvenu à le définir par opposition au fantastique qui tend, hélas, de plus en plus à le supplanter auprès de nos contemporains. C'est que le fantastique est presque toujours de l'ordre de la fiction sans conséquence, alors que le merveilleux luit à l'extrême pointe du mouvement vital et l'affectivité tout entière6. »Lutopie comme expression d'une attente Limaginaire humain ne connaît pas de limites. Les audaces de linvention, les excès de lextrapolation voire la précision de lanticipation sont souvent une indication de direction pour la recherche scientifique et ses applications.L'anticipation extrapole des solutions que lui inspirent les avancées de la Science. Elle est apparue dans la littérature, qu'on dit de nos jours, de science-fiction, sans référence à une réalisation technique possible. La crédulité est seulement celle 5D'après Ilya Prigogine et Isabelle Stengers. inLa nouvelle alliance, Gallimard Folio. 6Préface d'André Breton àLe miroir du merveilleux Pierre Mabille, de Éditions de Minuit, 1962.
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des lecteurs. Elle est entretenue par la part de rêve dont elle est porteuse.La prospective apparaît lorsque l'imaginaire devient inventivité, comme stimulation de la recherche d'une application nécessaire et possible. Les voyages extraterrestres, qui constituent lun des grands succès de la science-fiction, ont été décrits comme utopies, plutôt que pressentis par les premiers auteurs, dès la fin de lAntiquité classique. Lutopie désigne des sites ou des situations inaccessibles mais aussi le « meilleur » souhaité quil faut atteindre ou réaliser, fût-ce au prix dune longue attente. Si Jules Verne a anticipé de quelque cent années certaines réalités techniques, comme le voyage vers la Lune ou la croisière en sous-marin, limagination dun Herbert George Wells décrivant lhomme invisible ou la machine à remonter le temps qui na pas encore quitté le domaine de la fiction. Il est arrivé que des scientifiques détendent leur esprit logique dans ce domaine. Lastronome Camille Flammarion a publié plusieurs ouvrages danticipation. Plus près de nous, lingénieur Arthur C. Clarke a décrit, daprès les hypothèses du précédent, la fonction de réémetteur dondes que pourraient assurer des satellites stabilisés sur une orbite extraterrestre. En revanche, des chercheurs fondamentaux comme Heinrich Hertz ou Branly nont pas deviné lusage que lavenir ferait des ondes dont ils avaient démontré lexistence et les propriétés. Penser limpossible, cest déjà le faire exister. Marc Soriano résumait ainsi la problématique du rêve à réaliser. La fonction de limaginaire : «nous aide à concevoir lhomme comme projet, comme un être en mouvement dans un espace différent de celui quil occupe et dans un temps qui nest pas encore. [] Elle est toujours une synthèse entre des aspirations fondamentales, relativement constantes de lhumanité [] aspirations qui toutefois, pour se réaliser, mettent en uvre des techniques qui, elles, dépendent du niveau scientifique et culturel dune société donnée et évidemment aussi de ses curiosités et de ses croyances.7»
7Marc Soriano :Les Contes de Perrault(Gallimard Tel, 1977).
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L'imaginaire des poètes ou des romanciers navait, le plus souvent, que lambition de faire rêver des lecteurs. Avec les moyens de la littérature, il a prolongé le « merveilleux » jusquà lutopie chargée de porter les espérances dun monde meilleur. Faute des moyens techniques den hâter lavènement, la magie a proposé pendant de nombreux siècles sa réponse illusoire aux esprits crédules. Le souci de pouvoir est habituellement présent chez les détenteurs du savoir, avéré ou supposé. Lésotérisme, savoir invérifiable, se propose de donner à des initiés crédules la connaissance, la puissance et la jouissance8. Au-delà de la tradition ésotérique, la recherche et la méthodologie rationnelle ont établi les vérités de la science et développé les techniques dont les deux derniers siècles ont montré la difficulté den évaluer les limites du progrès.Lutopie projette les désirs ou les fantasmes en direction dun lieu idéal (İȣIJȠʌȠȢ, eu-topos), entendu, non sans imprudence, comme un non-lieu (ȠȣIJȠʌȠȢ, ou-topos). LHistoire réalise en effet les rêves auxquels les utopistes croyaient peu sans doute, tels la possibilité de se libérer de la pesanteur terrestre - que laviation a réalisée - et de son attraction - les vols extraterrestres - ou bien la communication à distance sans lien 9 matériel. du gourmandiseLutopie nest pas seulement la « rêve »10. Elle constitue peut-être le capital génétique de lHistoire. Le besoin de voir et entendre à distance, d'échapper à la pesanteur et à la gravitation ont stimulé l'imaginaire des poètes et des scientifiques et parfois celui des ambitieux toujours attentifs à conquérir de nouveaux moyens de pouvoir, fût-ce par l'illusion. Lutopie de la vision et de lécoute à distance Si la destruction des flottes romaines, par embrasement, au moyen de miroirs concaves, est exacte, Archimède a détourné 8Pierre A. Riffard :Lésotérisme, Robert Laffont, collection Éditions Bouquins. 9La mécanique ondulatoire sapplique à un aspect de la matière qui ne doit rien à la fabrication dobjets palpables. 10Article « Utopie » inDictionnaire des Littératures, Larousse, 1985.
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